‹ Prêtre et hostie (volume 2)Chapitre 199 sur 204 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Saint Grégoire-le-Grand a dit : « Pour nous approcher de Celui qui est au-dessus de nous et monter jusqu'à Lui, il est nécessaire de nous démettre de nous-même et de faire de tout ce que nous sommes un Sacrifice i » ; et pour que Celui qui est au-dessus de nous, Notre-Seigneur Jésus-Christ, descende vers nous et prenne possession de notre âme, de sorte que tout en nous soit comme dévoré par le feu de sa toute-puissance et de son amour, il est nécessaire que notre âme aspire à devenir un sacrifice parfait. Car, le Sacrifice, c'est notre condition, c'est notre état permanent et universel.

Ce chapitre est le complément de ce que nous avions à dire de principal sur ce sujet, dans ce Livre deuxième.

Il y avait, dans l'Ancien Testament, une prescription de Dieu, qui portait le nom de Loi de L'Holocauste. Elle est ainsi formulée au livre du Lévitique : Hœc est lex Holocausti : Cremàbitur in altari totâ nocte usque mane.

• Nisi <iuis /i semetipso deficiat, ad Euro qui raper ipsum esl nonappropinquat; nec valet appréhendera quod ultra ipsu -t. -i neacieril mactare quodest. - lion, il. in Evangelia, lib. II. Il îl. XXXII, d "-'• Patr

lat., t. LXXVI, col. 1234

f)74 LE PRÊTRE TOUJOUR8 HOSTIE

Ignis ex eodem altari erit... Ignis autem in altari semper ardébit, que)» nutriet Sacerdos... Ignis est iste perpetuus, qui nunquam deficiet in altari *. Cette loi divine que le Verbe de Dieu avait faite, le Verbe incarné l'a accomplie fidèlement. Son Holocauste est éternel ; le feu qui consume l'Holocauste, et que lui, unique Prêtre de Dieu, entretient perpétuellement, n'a jamais cessé et ne cessera jamais d'avoir toute son ardeur. Sa vie voyagère, sa vie du ciel, sa vie eucharistique ne sont qu'une même vie; et cette vie, c'est son perpétuel Holocauste. De même, l'Eglise accomplit cette loi. Si l'Epoux est un Holocauste permanent, comment l'Epouse ne serait-elle pas en état de perpétuel Sacrifice? Si le Chef est toujours immolé et consumé, dans les flammes de sa Religion et de son Amour pour le Père, comment le Corps, qui est aussi luimême, comme saint Augustin ne cesse de nous l'apprendre, pourrait-il n'être pas dans les flammes d'un Holocauste éternel? C'est la doctrine des Pères, que Jésus-Christ tout entier, Jésus-Christ en sa chair et Jésus-Christ en son corps mystique, Jésus-Christ depuis sa venue, et Jésus-Christ avant sa venue, vivant depuis l'Incarnation dans les âmes justes qui l'ont reçu, vivant déjà dans les âmes justes qui l'attendaient, Jésus- Christ au ciel et Jésus-Christ dans son Église, est Holocauste de Dieu, portant le monde avec lui pour en faire l'Holocauste de Dieu, pour que tous les desseins de la création et de la Rédemption s'accomplissent. Ut sit Deus omnia in omnibus -. Nous avons déjà exposé cette

1 Levit. vi, 9-13.

*-' Tauri m<! et saginata occùa swït, <i oniniù j<tm para/a: venitt ad nuptias (Mat th. xxii, 4). Qui sunt tauri et saginata occisa ? Prophetse qui occisi sunt pro .sainte populi. Sancti quoque occis i sunt pro sainte ejusdem populi... Et Paulus immolandus fuerat pro populo quom docobat... Sed et Christus de figuratâ immolatione sanctorum suorum dicebat : Holocauste medullata offeram tîbi cum incenso arietum, offeram tîbi boves cum hircû

doctrine. Nous y revenons, comme par un attrait irrésistible, d'autant qu'il en sort toujours cette conclusion sî pratique : Donc, nous Prêtres, nous sommes Hosties, toujours Hosties, toujours sur l'Autel où brûle un feu qui ne s'éteint jamais, toujours Holocauste, qui se consume sans cesse, et dans des flammes que nous devons nous-mêmes alimenter par nos œuvres, nos œuvres de Religion, de charité, d'humilité, de mortification, de toutes les vertus.

Nous avons mis en tête de ce chapitre : « Toujours Hostie » précisément avec l'intention de montrer comment toute la vie du Prêtre est un perpétuel Sacrifice. Saint Augustin a dit à tous les fidèles : « N'allez pas chercher hors de vous une Victime à immoler ; cette Victime, A'ous la trouverez en vous-mêmes i. » C'est cet enseignement que le Prêtre, plus que tout autre, doit s'appliquer à lui-même.

Le Prêtre est en présence de Dieu et il lui rend toute sorte d'hommages, en union avec Notre-Seigneur JÉsus- CHRIST. Il est en rapport avec les âmes et il se livre, en leur faveur, à toute sorte d'œuvres de charité. 11 est en rapport avec lui-même, pour se réformer, pour lutter contre toute passion mauvaise et mortifier son esprit et sa chair, pour subir la loi commune de l'épreuve ei de

(Psalm. i.w. 15). Net- enim aliquando animalia obtulil Patri : obtnlil aatem rationabiles arietes, ici est, principes omnium Christianorum; obtulit bores, rationabilem terram colentes; obtulil etiain hircos ex gentibus, qui pro nomine Cbristi passi sunt. Hsec autem diximus, al ostendamus laui saginata occisa, intelligi debere sanct03 occisos. S Joann. Chrysost A-el auctor operis imperfecti in Matthatum, Homil. XI. I. [nter opp s. Chrysost. - Patr. grœc, t. LVI, col. 861 862 Cfr S. August l>< Civil. Dei, lib. X, cap. vi. Patr. lat., t. XI. I, col.284. l>.j:. cité.

1 Noli extrinsecùs pecus quod mactes înquirere, habea in te <i<>«"1 occidas. Enarraliones <'« Psalm Psalm. l, m. 21. - Patr. !:<t.,

t. XXXVI, col. 598

la souffrance, pour s'avancer dans la vertu et atteindre la perfection, qui est cette union intime, habituelle, toujours croissante avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, dont nous avons parlé précédemment. Or, c'est dans ces diverses relations avec Dieu, les âmes et soi-même, que le Prêtre est toujours Hostie. Mais nous n'avons fait cette énumération que pour présenter l'ensemble complet des devoirs du Prêtre, toujours Hostie en chacune de ses actions. En réalité, nous n'avons pas à traiter des rapports qui regardent Dieu, croyant l'avoir fait suffisamment, dans le cours de ce Livre deuxième, quand nous avons parlé de la vertu de Religion et de quelques autres qui,, ayant Dieu pour objet, nous ont donné l'occasion de montrer le Prêtre absolument immolé à l'honneur et à la gloire de ce Dieu, Fin unique de toute vie et de toute œuvre de notre vie. D'autre part, nous ne pensons pas dire en ce moment (on sait pourquoi) ce qui concerne les relations de charité avec le prochain i.

Il s'agit donc, ici, du Prêtre, dans le travail intérieur qu'il doit faire, pour éviter ou expier tout mal, se fortifier dans la vertu, et finalement atteindre le degré de sainteté dont parle le Pontifical, le jour de son ordination : In eu eluceat totius justitiœ forma.' Or, dans ce travail surnaturel, humble, constant, œuvre de son amour pour Celui qui l'a élu, le Prêtre est très réellement toujours Hostie. Essayons de le constater. La doctrine de l'Ecriture et des saints Pères va être, comme d'habitude, notre lumière.

Il y a, au fond de toute vie humaine, dans l'âme avec ses puissances, dans le corps avec ses sens, la perverse et mortelle concupiscence. Elle nous vient d'Adam, et le Baptême, qui nous donne une vie nouvelle, un esprit

1 Nous avons annoncé plusieurs fois que nous avons l'intention de traiter «!<• ces relations de charité, «lan.s un autre ouvrage.

LE PRÊTRE T0UJ0UR8 H08TIE ."> i <

nouveau, des inclinations et des mœurs nouvelles, ne nous délivre pas de cette terrible et opiniâtre ennemie. Elle est en nous, et, à vrai dire, elle est nous-même. < l'es! d'elle que saint Paul disait : •< Je sais que le bien n'habite pas en moi, c'est-à-dire, dans ma chair i »; et encore : « Homme malheureux que je suis! Qui me délivrera du corps de cette mort2? »Elle appesantit l'âme, elle opprime l'esprit3. Elle provoque au mal. « Car chacun est tenté par sa propre concupiscence, qui l'emporte et qui l'attire au péché4. » Et il y a lutte entre la chair et l'esprit5; et il arrive trop souvent que la chair (car c'est un des noms de la concupiscence) l'emporte sur l'esprit. C'est alors comme un enfantement victorieux de cette ennemie mortelle; elle a conçu, et elle enfante le péché; et, le péché étant ainsi produit, elle engendre la mort0. C'est le langage même du Saint-Esprit. Quelle condition douloureuse ! On comprend le cri affligé de saint Paul : Infelix homo ! qui* me liberaMt? Il fait immédiatement la réponse : Gfratia Dei per Jesum Christurn Dominum nostrum. Cette grâce divine, que la Passion du Fils de Dieu nous a méritée, aurait pu nous soustraire au péché. Elle était toute-puissante pour nous faire obtenir cette victoire; niais nous avons été lâches; nous n'avons pas prie, nous avons résisté mollement, et notre ennemie l'a emporté.

Que nous reste-t-il â faire? Cette grâce miséricor-

i Seio enim quia non habitat in me, hoc est in carne meâ, bonum. Rom. vu, 18.

- Rom. vu, 24

3 Sap. ix, 15.

i Unusquisque rero tentatur a concupiscent!! suâ abstractus, et illectus. Jacob, i. 1 1

" Galat. v, 17.

e Doinde concupiscentia cùm conceperit, parit peccatum; peccatum vero cum consummatum fuerit, générât mon. 'in. Jacob, t, 15

dieuse, la grâce de Dieu par Jésus-Christ, ne nous fera jamais défaut. Nous n'avons pas su vaincre avec elle; avec elle nous pouvons réparer notre défaite; et comment ?

Nous avons à expier le péché commis, et à réduire à l'impuissance l'ennemie qui nous l'a fait commettre. A cette fin, la grâce de Jésus-Christ nous donne deux auxiliaires, qui ont accompagné ce compatissant Rédempteur durant tout le cours de sa vie : la pénitence et la mortification ; non qu'il en ait eu besoin, pour éviter le mal qui nous afflige, mais pour nous donner l'exemple de ce que nous avions à faire1. Il daigne donc nous donner, par sa grâce, la pénitence et la mortification : la pénitence qui expie le péché, et la mortification qui lutte contre l'auteur et le principe du péché, la concupiscence.

Et parce que la concupiscence est en même temps dans l'âme et dans le corps, c'est sur l'âme et sur le corps qu'il faut exercer la vertu de ces deux puissances surnaturelles : la pénitence et la mortification.

Du reste, qu'il s'agisse d'expier le péché par la pénitence, ou de lutter par la mortification contre la concupiscence qui le fait naître, les œuvres de Tune et de l'autre sont semblables, et le plus souvent les mêmes. Ces (i -livres ont deux caractères et produisent deux effets différents, mais tendant au même but. Les unes sont privatives, comme les jeûnes, les veilles, au dehors, et au dedans tout ce qui contrarie notre tendance native à la curiosité, â la complaisance en soi-même, â l'ambition, à la sensualité; d'autres sont afflictives, comme le travail corporel et diverses macérations, ou bien les pensées

1 Christus passus est pro nobis, vobis relinquens exemptant, ut sequamini vestigia cjus. — I Petr. n, 21.

LE PRÊTRE TOUJOURS HOSTIK ."i7'.»

graves, les méditations sérieuses et profondes sur les fins de l'homme, sur les jugements de Dieu.

Tout cela est dit sommairement; mais ces quelques paroles suffisent pour nous révéler L'austère condition de notre vie d'exil. Il est nécessaire que nous fassions pénitence, et que « nous portions », dans notre âme et dans notre corps, « la mortification de JÉsrs-( ÎHRIST »; car il est écrit : Qui in carne sunt, Deo placere non postant... Si enim secundum carnem vixeritis, moriemini1. Il n'y a ni salut, ni christianisme sans cette lutte et ce travail : Qui sunt Christi, car ne m su a m critcifi.rerunt cum vitiis et concupiscentiis2. Si autem gpiritu fada Garnis mortificaveritis. vivetis '■>. Et. autant cette lutte et ce travail sont nécessaires, autant ils doivent être constants. L'ennemie n'est jamais entièrement vaincue. < L'amourpropre (et la concupiscence porte aussi ce nom, qui résume exactement sa nature), l' amour-propre, ditBossuet, parvient à l'entière extinction de l'amour de Dm': mais. par la constitution de la justice de cette vie, l'amour de Dieu ne parvient jamais à l'entière extinction de l'amourpropre*. » Quelle grave parole! Le grand Evêque assure qu'elle exprime un principe de foi. Mais, qu'est-ce à dire? sinon que notre mortification et notre pénitence doivenl être de tous les jours et durer toute notre vie D'autant plus que, si nous avons nos auxiliaires, notre ennemie a les siens : c'est le monde avec ses influences perfides, et le démon avec sa malice <it ses ruses infinies.

Sous quel jour étrange apparaît donc la vie! Nous

1 Rom. vin. S. 13.

lalat. v, 24. — Per crucem Boara omnea redemit, Bed remanel ut 'i"i rediini et cum eo regnare nititur, crucifigatur. 3 G - Papa, lu 1 ■ lib. IV. cap. iv, u. 57. Patr. lat., t. LXXIX, col. 273. 3 Rom. vin, 13.

* Etats d'oraison, liv. V.

sommes évidemment en disgrâce: le péché commis autrefois et renouvelé malheureusement si souvent, l'inclination actuelle au péché, qui est offense de Dieu et principe de perdition pour nous, les œuvres humiliantes que nous avons à faire pour nous faire pardonner ce mal et pour nous préserver de la honte de le commettre de nouveau : tout cela prouve que nous sommes des êtres coupables et peut-être dignes dé haine, comme parle la Sainte Écriture1.

Eh bien! voici l'étonnant prodige de l'indulgence et de la miséricorde de notre Dieu ! Rien n'est plus noble, rien n'est plus grand, rien n'est plus glorieux que le Sacrifice, parce que le Sacrifice nous met en rapport immédiat avec Dieu, en même temps qu'il nous donne l'assurance d'être agréé de lui ; car il veut bien que le Sacrifice soit l'action qui l'honore le plus. Après la gloire de Celui à qui le Sacrifice est offert, la plus grande gloire est pour la créature offerte en Sacrifice. Eh bien! c'est en cette qualité de créature offerte en Sacrifice, que nous sommes, considérés par Dieu lui-même toutes les fois que nous faisons une de ces œuvres d'expiation, d'affliction, de mortification et de pénitence, que nous impose notre condition malheureuse de pécheur. Notre âme qui se repent et qui s'humilie, notre corps qui est condamné â la privation, au travail, à la souffrance, sont l'un et l'autre des Victimes agréables à Dieu. Saint Pierre nous en assure 2. Mais c'est surtout dans ce texte de l'Epître aux Romains. que ce secret de la condescendance divine nous est révélé : Obsecro vos, fratres, per misericordiam Dei, ut exhibeatis corpora vestra Hostiam viventem, sanctam, Deo

1 Eccle. ix, 1.

- ht ipsi... Sacerdotium sanctum, offerre spirituales hostias, acceptabiles Deo per Jesum Christum. — I Petr. 11, ô.

placentem, rationabïle obsequium vestrum '.Que signifienl

ces paroles? Origène répond : ///' qui membra sua mortificant ab incentivo libidinis et furoris,et actus corporis sui Deo placitos habent, Hostiam viventem, sanctam, Deo placentem rationaliter offerunt : et legem sacrificiorum quœ in Levitico lata est, secundum spiritalem intelligentiam comptent... Si superbiam corporis tut rinças et reseces, immolas Deo vitulum : si iracundiam, arietem : si libidinem, hircum ; si ragos et lubricos cogitationum volatus, columbam et turtiirein-. A propos de ce même texte de saint Paul, le commentateur Corneille Lapierre fait remarquer l'étymologie des mots Victime et Hostie, et dit que le sens des deux est le même ; ils désignent un ennemi vaincu. « Notre ennemi, ajoute-t-il, c'est la concupiscence. Parvenons à la vaincre, et même à la mettre à mort, et nous aurons offert à Dieu une Victime et une Hostie agréables 3. »

Tout acte par lequel nous nous mortifions, est un vrai Sacrifice; pareillement tout ce que nous faisons, avec contrition, avec esprit de pénitence, est une oblation que Dieu reçoit avec bonté. L'Esprit-Saint lui-même nous l'apprend, quand il t'ait dire à David: « Un esprit affligé (d'avoir offensé Dieu; est un Sacrifice offert eu sa présence. Seigneur, vous ne mépriserez pas un cœur contrit et humilié4. » Les actes de contrition abondent dans uotre vie sacerdotale; nos habitudes personnelles de piété,nos examens de conscience, nos fréquents retours sur nos

1 Rom. xii, 1.

'Comment, in Epistol. ad Roman., lib. IX, n. I. l'air. gTsec, t. \1V, col. 1203.

•'' CorneLi Lap. Comment, in Epiât, cl Hum., mi. 1 II <lit expressé mont : Per actus mortificationis, eorpus lit hostia vivens, quifl viv< >^ mortitu-atur, castigatur, et spiritui, ad omne spiritûs officium exequendum, a<l Bei honorem et obsequium, subditur.

4 Cor contritum et bumiliatum, Deus, uon despicies. Psalm. i., 19.

actions pour les contrôler, les juger et en réparer les défauts, nos confessions hebdomadaires; mais ensuite, tant de paroles qui expriment le repentir, dans la récitation de l'Office, et surtout dans le cours de la sainte Messe : tout cela s'élève vers le cœur de notre Dieu, comme une oblation qu'il daigne miséricordieusement agréer. Multiplions ces offrandes. L'esprit de contrition est une grande et précieuse grâce pour une âme sacerdotale. C'est peut-être la plus sainte de toutes, parce qu'elle ne nous est point donnée, sans qu'elle soit accompagnée de grandes vertus : l'humilité, l'abnégation, la patience, l'adoration des desseins de Dieu, quoi qu'il advienne, une très intime union avec la Passion de Notre- Seigneur. Quelquefois cette grâce vient à nous avec ce don des larmes, dont l'Église fait tant de cas qu'elle a mis, pour nous le faire demander, une oraison dans le missel pour les jours où une oraison facultative nous est offerte t. Saint Augustin appelle expressément du nom de « Sacrifice agréable au Seigneur >. les larmes que la contrition fait répandre 2.

Tous les actes de mortification et de pénitence nous consacrent donc Hosties de Dieu avec Jésus-Christ. Parmi ces actes, les uns sont importants et demandent beaucoup d'efforts de la volonté, d'autres semblent plus faciles; mais tous appartiennent à cette vie d'Hostie qui est notre vie propre. Dans une circonstance, nous avons à fouler aux pieds notre orgueil, notre susceptibilité, nous avons à faire taire un sentiment froissé, à oublier une injure, une indélicatesse, une grossièreté. Dans une

1 Orationes diversœ,2l&. — Il y a ces paroles à la Secrète : Produc de oculis nostris lacrymarum flumina, quibus débita flanmiarum incendia valeamns extinguere. — Que l'esprit de l'Église est sérieux et profond !

2 Prorupernnt flumina oculoruni meorum, acceptabile sacriticium tuum (Domine). - Confen. lib. VIII, cap. xn. - Patr. Lit., t. XXXII, col. 768.

autre, c'est un travail considérable, long, pénible, qui s'offre à nous, qui répond aux obligations de notre. état,

qui nous est en quelque sorte imposé ; ou bien encore, il faut lutter contre une tentation par quelque abstinence, quelque jeûne, l'usage de quelque instrument de pénitence... Ainsi, la vie est toute remplie d'occasions plus ou moins pressantes de nous oublier, de nous vaincre. Tout cela est Sacrifice devant Dieu. Mais il s'agit seulement de se priver d'une lecture inutile, de ne pas jeter un regard qui pourrait être dangereux ou qui n'est que curieux, de ne pas se donner une satisfaction honnête d'ailleurs, d'observer fidèlement un point de notre règlement, le lever du matin, par exemple, à une heure fixe, l'exactitude à l'oraison, la préparation sérieuse du catéchisme; il s'agit de mieux faire notre examen, de mieux nous préparer à la confession, de nous accuser plus simplement, plus humblement... Tout cela demande un effort de la volonté, tout cela « réduit en servitude », dirait le grand Apôtre i, et l'âme et le corps : tout cela est sacrifice devant Dieu. 11 est impossible de dire la variété presque infinie de faits semblables, dans la vie d'un Prêtre. Sa vie privée, ses devoirs personnels, les rapports avec les âmes, avec le monde, les imprévus, les déceptions, quelquefois la mauvaise volonté des créatures : tout est occasion d'immolation et de sacrifice.

Mais si tout ce qui porte le caractère de l'expiation, les œuvres de pénitence et de mortification sont des Sacrifices, est-ce que les vertus, et tous Les actes qui leur sont propres, ne seront pas des Sacrifices.-' Certes, si ce qui réduit notre corps et humilie notre âme, et porte ainsi notre personne en bas, monte à DIEU en odeur de suavité, comment ce qui s'élève comme naturellement vei

i I Cor. ix. 27.

Majesté ne serait-il pas une oblation que sa bonté reçoit? Saint Augustin a sur ce sujet une belle page, que l'on nous permettra de citer :

« Le vrai Sacrifice, dit le saint Docteur, c'est toute œuvre que nous accomplissons pour nous unir à Dieu d'une union sainte, et qui se rapporte à ce souverain Bien, qui seul peut nous rendre heureux. C'est pourquoi, la miséricorde même que l'on exerce envers le prochain n'est Sacrifice, que parce qu'on ne l'exerce que pour l'amour de Dieu. C'est ainsi que le Sacrifice, bien qu'il soit offert par un homme, ne laisse pas toutefois d'être une chose divine, comme l'indique le mot même, qui signifie action sacrée. Et l'homme même consacré et voué à Dieu devient un Sacrifice, en tant qu'il meurt au inonde pour ne vivre qu'à Dieu. Xotre corps est un Sacrifice, quand nous le mortifions par la tempérance, si nous le faisons pour plaire à Dieu, comme nous y sommes tenus, et que, loin de prêter nos membres au péché pour lui servir d'instrument d'iniquité, nous les consacrons à Dieu comme des armes de justice. C'est à quoi l'Apôtre nous exhorte, en disant : « Je vous conjure, mes frères, par la miséricorde de Dieu, de faire de vos corps une Hostie vivante, sainte et agréable à Dieu, et de lui rendre un culte spirituel. » Or, si le corps, dont l'âme se sert comme d'un serviteur qui est au-dessous d'elle, et, pour ainsi dire, d'un instrument, est un Sacrifice, quand l'âme rapporte à Dieu le service qu'elle en tire ; à combien plus forte raison l'âme est-elle un Sacrifice, lorsqu'elle s'offre à Dieu, afin qu'embrasée du feu de son amour elle se dépouille de toute concupiscence du siècle, et soit renouvelée par sa soumission à cet Être immuable, qui aime en elle ce qu'il lui a communiqué de sa beauté 1. »

1 Verum sacrificium est omne opus, quod agitur, ut sanctà societate

Ainsi parle le saint Docteur. On sent que cette doctrine lui est chère; il y revient plusieurs fois dans ses ouvrages1. Nous aurons à rappeler de nouveau son enseignement.

Saint Jean Chrysostôme parle aussi du Sacrifice que nous offrons à Dieu, en pratiquant les vertus chrétiennes. Ses paroles sont bien dignes de son éloquence. Nous avons dans les hauteurs des cieux, dit-il, notre Prêtre, notre Sacrifice et notre Hostie. C'est là, sur l'autel où il s'offre lui-même, que nous avons aussi à offrir nos Vie times, non des brebis ou des bœufs, non du sang ou de la graisse: tout cela est aboli; notre culte à nous esl toul spirituel. Mais, qu'est-il ce culte spirituel? C'est tente offrande que fait l'âme, c'est tout sacrifice que présente l'esprit. Car Dieu est esprit, et il faut que ceux qui l'adorent, l'adorent en esprit et en vérité (Joann. iv. 24 .< l'est pourquoi ni matière, ni instrument, ni lieu spécial pour offrir, ne sont plus nécessaires. Quelles sont donc nos Victimes? La modestie, la tempérance, la charité envers

înhsereamus Deo, relatura scilicet ad illum finem boni, quo veraciter beati esse possimus... Corpus nostrum, cùm per temperantiam castigamus, si hoc quemadmodùm debemus, propter Deum facimus.... Sacrificium est... 8i autem corpus, quo int'eriore tanquam famulo, vel tanquam instrnniento utitur anima..., Sacrificium est : quanto magis anima ipsa, cùm se refert ad Deum. ut, igné amoris ejus aecensa, formam concupiscent]* saecularis amittat, eique tanquam incommutabili forma- subdita reformetur, hinc ei plaçons, quofl ex ••jus pulchritudine aeceperit, fit Sacrificium. D J>. /. lib. X, cap. vi. - Patr. lat.. t. XLI. col. 283.

1 Cfr. Enarrat. in psalm. — In Psalm. i., n. •':; : Totoa nos divinus i ir 1 1 i -

absumat, et fervor ille totos arripiat... Quia fervor ? De q licit Apostolaa :

Spiritu ferventes Rom. xir. 11 . Non tantùm anima nostra ab illo <H\ in< . igné sapientiae absumatur, sed et corpus nostrum, ut mereatur U<ï immortalitatem; sic levetur holocaustum, ut absorbeatur mors in victoriam. - Patr. lat. t.XXXX I. eol. 599. El encore : Deo cruentas victimas cœdimus, quandô osquè a 1 sanguinem pro ejusveritate certamns; ei suavissimum aâolemus incensum, cùm in ejus conspectu pio Banctoque amore flagraraus. — D i ', lib. X, cap. ni (alias 4) n. 2. Patr. lat., t. XLI,

col. 280

les pauvres, le support des défauts d' autrui, la douceur et la patience i. »

Un Père plus ancien, Minutius Félix, a dit aussi : « L*Hostie qu'il faut offrir à Dieu, c'est un cœur droit, une âme pure, des sentiments toujours sincères. C'est l'innocence qui le loue, c'est la justice qui lui fait honneur, c'est l'intégrité de vie qui le supplie, c'est le secours porté à un homme en péril, qui est sa Victime parfaite. Voilà nos sacrifices, voilà ce que Dieu considère comme digne de lui être immolé. C'est pourquoi, parmi nous, l'homme le plus religieux, c'est l'homme le plus juste'2. »

C'est ainsi que les Pères ont toujours compris la vie chrétienne :>\ Tout cela, par conséquent, est applicable à la vie sacerdotale. Mais il semble que c'est spécialement aux dispositions du Prêtre qu'Origène fait allusion, quand il dit : : Le Grand Prêtre entrait dans le Saint des Saints, portant en ce lieu sacré le feu et y recevant l'encens. Puis-je espérer que le Seigneur, mon vrai Pontife, recevra quelque peu de mon encens d'une composition si inférieure, pour le présenter à son Père'? Est-il à croire qu'il trouvera en moi assez de feu et un holocauste assez ar-

1 Eece enira in superis habemus victimam, in superis sacerdotom, in superis hostiam. Ea.s ergo offeramus hostias, quœ in illà arâ possint orYerri ; non ampliùs oves et boves, etc. Quid sunt victima? ? Modestia, temperantia, eleemosyna, tolerantia. bonitas et patieatia. — lu Epis t. ad Jlfhrœos, Homil. XI. n. 3. - Patr. grsBc, t. L.XIII, col. 92.

2 Litabilis hostia bonus animus. et para mens, et sincera sententia. Ijritur qui innocentiam colit. Domino supplicat; qui justitiam, Deo libat; qui fraudibus abstinet, propitial Deum; qui bominem periculo surripit, opimani Victimam caedit. Hsec nostra Sacrificîa, haec Dei sacra sunt; sic apnd nos, religii sior est ille qui justior. — Octavius, cap. xxxn. — Patr. lai., t. III, col. 339.

3 Qui Deo offero opimam et majorera hostiam, quam ipse manda vit, orationiMii de carne pudicâ, de anima innocenti, de Spiritu Sancto profectam. — Tertull. Apologet., cap. xxx. — Patr. lat.. t. I. col. 444. — Cfr. Laelant. ]>' divinis Inêtitutionibus, lib. VI, cap. n. — Patr. lat., t. VI, col. 840. - S. Petr. Chrysolog. Serm. CVIII. - Patr. lat., t. LU, col. 500.

dent, pour qu'il daigne y prendre des charbons qui remplissent son encensoir, de sorte que de ces charbons s'élève vers Dieu le Père une odeur de suavité?... Chacun de nous porte en soi son holocauste, et chacun met le feu à l'autel où se consume son holocauste, de manière à ce qu'il y soit toujours ardent. Pour moi, je sais comme je puis offrir à l'autel de mon Djf.I' un holocauste qu'il reçoive; c'est, si je renonce à tous mes biens, si je porte ma croix, si je marche sur les traces du Christ; <>u encore, si je livre mon corps et ma vie à toutes les ardeurs de la charité, et si, enfin, j'acquiers la gloire du martyre t.

I 'est aussi au Prêtre que conviennent ces belles paroles de Clément d'Alexandrie: « Un cœur humble, une intelligence éclairée et qui s'élève directement à DIEU, voilà le Sacrifice qui lui est agréable, l'Ecriture nous assurant que ces vertus sont un holocauste, quand celui qui les possède et que la grâce a élevé du milieu des hommes à la sainteté, est illuminé pour atteindre l'indivisible unité. Car se réduire soi-même en servitude, ei se l'aire mourir, en portant le coup de la mort au vieil homme qui se corrompt par les œuvres de la concupiscence, el en ressuscitant en nous l'homme nouveau; voilà ce que l'Evangile et l'Apôtre nous commandent de l'aire... Kt ainsi nous

1 [ngrediens Pontifex in Sancta Sanctorum, ignera secum de l""- ahuri (holocausti) et mcensum in bâc œde suscipifc.. Putasne, dignabitur Dominus meus, verns Pontifex, et à me suscipere partent aliquam incensi compositions minuti, quod secum déférât ad Patrem? Putasne, inveniet in me aliquid igniculi >'t holocaustum meum ardens, ut dignetur ex eo batillnm suuiM implere carbonibus et in ipsis Deo Patri odorem suavitatis offerre? Et paulo unir: Sed et unusquisque uostrûm habet in se holocaustuui suura et holocausti sui ipse succendit altare, ut semper ardeat. I renuntiem omnibus quse possideo, et tollam crucem meain et sequnr Christum, holocaustum obtuli ad altare Dei; aut si tradidero corpus meum, ut ardeam, habens charitatem, et gloriam martyrii consequar, holocaustum meipsum obtuli ad altare I»<i. In Let'iïicum, Hom. IX. n.'.'. Patr grac, t. XII. col. 521-522.

immolant nous-mêmes, nous glorifions Celui qui pour notre amour a été immolé l. »

Donc, soit que l'âme s'humilie et s'abaisse dans les œuvres de la pénitence, soit que, purifiée, elle s'élève «de vertu en vertu - », elle est toujours plus parfaitement Victime de Dieu, avec Jésus-Christ. Les actes des vertus sont multipliés dans la vie d'un Prêtre; on peut dire que ces actes sont de tous les instants. Foi, espérance, charité, religion, force, justice, prudence, tempérance, humilité, douceur, simplicité, longanimité, pureté d'intention, chasteté d'âme et de corps, générosité, dévouement et tant d'autres : chaque vertu a les actes qui lui sont propres, dans l'intime de l'âme, ou manifestés au dehors3. Eh bien! chacun de ces actes consacre de plus en plus le Prêtre Hostie. Son Sacerdoce le consacre, chaque Messe qu'il dit le consacre, tout ce qu'il fait devant Dieu. tout ce qu'il donne aux âmes de ses frères, tout ce que le zèle de son salut lui fait faire, tout ce que la grâce opère, tout ce que sa bonne volonté, aidée, prévenue, fortifiée par la grâce, exécute : tout cela le consacre admirablement Hostie. 11 est, en toute vérité, un Sacrifice de Dieu. La parole de saint Augustin est dite

1 Has ego dico virtutes esse sacrificium Deo gratum, cor nerapè à superbiâ alienum et rectam scientiam, dicente Scripturâ holocaustum Dei esse, ciim quicumque ex hominibus assumptus est ad sanctitale.m, illu rainetur ad individuam unitatem. Nam seipsos redigere in captivitatem, et seipsos interimere, veteri quiper cupiditates corrumpitur homme interfecto, novoque suscitato è veteris hominis conversatioue, et Evangeliuin jubel et Apostolus... Sed eum gloriticamus qui est pro nobis sacrificatus, nos ijisos sacrificantes. — Slromat. vu, :!. — Patr. grave, t. IX, col. Ils.

-' Psalm. î.xxxin.s.

:< * lu me sunt, Deus, vota tua...» In te est quod voveas et reddas. De cordis arcâ profer taudis incensnm, de cellarîo bon»; conscientise profer sacrificium fidei. Quidquid profers, accende charitate... [pse Deus dédit tidera, spern et ebaritatem : hoc prolaturus, hoc sacrificaturus es. s. August. Enarrat. in Psalm. -- In Psalm. i.v. n. 19, — Patr. lat., t. XXXVI, col. 659.

pour lui. plus que pour un fidèle quel qu'il soit : Homo Dei nomine consecratus, < t Deo rat us. 'm quantum mundo moritur ut Deo vivat, Sacrificium est*.

Mais il y a une autre consécration du Prêtre en cet état de Sacrifice er en cette qualité de Victime. Et cette consécration, c'est Dieu lui-même qui la t'ait. ( Jomment la fait-il? par la croix. Quand le Prêtre se dégage de tour ce qui est terrestre et tend à la perfection des vertus, c'est la consécration qu'il se demie en quelque sorte lui-même. Mais Dieu intervient, et il le consacre à sou tour; et, comme c'est par la croix qu'il a consacré son Fils unique sa Victime, c'est aussi par la croix qu'il consomme en son Prêtre l'état d'Hostie. Qu'est-ce «pie la croix dont nous parlons ici? C'est tout ce qui. par une disposition delà divine Providence, tend à détruire en nous tout ce qui est encore de la nature. C'est dans l'intérieur de l'âme, la tristesse, la crainte, les aridités de l'esprit, les sécheresses du cœur, Les impuissances de toute sorte, les tentations, les combats de la chair contre l'esprit, quelquefois de grandes désolations et comme de mortelles agonies; c'est dans le corps. l'infirmité sous une multitude de formes, c'est la maladie: de la part des hommes, c'est l'abandon, le discrédit, la déconsidération, l'antipathie, l'opposition, la persécution, le mépris; dans la position sociale, c'est la pauvreté, la perte de la fortune, des parents, des emplois; et tout e -la avec des caractères extraordinairement variés. Dieu

i ii.i snprà, l Dei, lib. X. cap. vi. - Un ancien auteur, dont

l'ouvrage tignre parmi les œuvres de saint Jean Chrj - numère >li\

- de sacrifices. Tous nous conviennent. Seulement, le second est absolument à la disposition de la divine Providence. Habes primum sacrificium, illud salutare donnm i>l est Eucharistiam), secundum martyrum, tertium deprecationis, quartum jubilationis, quintumjustitiœ, Bextum eleeniosynas, septimnm landis, octavnm compunctionis, nonum bumilitatis, decimum cationis. — Apud S. Joanu. Chrysost. inter Bpuria. /" Ptalm. scv, ii. -J. Patr. grsec, t. LV, col. 623.

n'est pas l'auteur de tant d'épreuves ; mais il veut les unes, il permet les autres; il y préside; il y donne son concours, et, à vrai dire, au sentiment des Saints, c'est de sa main et non d'ailleurs que vient la croix, quelle qu'elle soit, et c'est bien lui qui la fait ce qu'elle est, et non la créature, même la plus ennemie et la plus puissante i.

C'est pourquoi, il faut dire que la croix est toujours une grande bénédiction de Dieu. Le bien qu'elle nous fait, à notre insu souvent, mais réellement, si nous nous soumettons au dessein de ce DiEL'd'amour,est incalculable. L'auteur de l'Imitation a dit quelques-unes des grâces qu'elle nous apporte : In cruce salus, in cruce vit a, in cruce protêctio ab hostihus,... in cruee summa virtutis, in cruce perfeçtio sanctitatis2. Et comment est-elle la source de tant de biens? C'est parce qu'elle nous rend conformes à Jésus-Christ. Il y a une image de Jésus-Christ qu'il faut porter en nous; c'est elle qui est le signe des prédestinés ;\ Or, cette image divine, c'est celle de Jésus en croix. Le sommet de la perfection est clans cette ressemblance et cette union. ( 'est pourquoi, le Père, qui nous aime, nous amène à cet état par des voies mystérieuses, qui semblent quelquefois indignes de sa bonté ou de sa sagesse, qui surprennent, fatiguent et scandalisent même notre raison; mais qui sont le moyen infaillible, par lequel il daignera nous conduire à notre bienheureuse fini. Il faut même dire qu'il y a plus

1 Et ait Rex (Âbisai) . Quid mihi et vobis est, Filii Sarviœ V Diniittite euin (Semei), ut maledicat ; Dominos enim prsecepit ei ut malediceret David ; et quis est qui audeat dicere, quarè sic fecerit? — II Reg-. xvï, 10.

2 lie Imitation? Ckristi, lit»- II, cap. xn, n. 2.

Quos praescivit, et prsedestinavit conformes fieri imaginis Eilii sui. — Rom. vin, 21».

1 si putas te non liabere tribulationes, nondum cœpisti esse Christianus. Et ubi est vox Apostoli: Sed et omnes qui piè volunt vivere in Christo Jesu, persecationem patientur(D Tim. m, 12)? si ergonon pateris ullani pro Christo persecationem, vide ne nondum cœperis in Christo piè vivere. ("mu Mnte.in cœperis in Christo piè vivere, ingressus es torcular; prœpara

qu'une ressemblance avec Jésus-Christ, dans ces états d'affliction, d'humiliation et de mort: etc'est parler étrangement que de parler ainsi. Il y a, en effet, ce que saint Paul appelle un complément de la Passion de JÉ8US- Christ. Jésus-Christ est bien Victime parfaite, et il semblerait que tout consiste simplement à devenir Victime avec lui. En un sens, il ne peut en être autrement. JÉS - Christ crucifié est tout: et que pouvons-nous faire qui ajoute quoi que ce soit à son adorable Passion ? Eh bien, par une disposition admirable de la Sagesse du Père, la perfection de notre consécration en notre état de Victime n'est pas simplement dans l'union à Notre-Seigneur, par la souffrance: elle est d'une manière sublime, dans l'achèvement même de la divine Passion du Fils de DiF.r. dans le parfait accomplissement du dessein qu'il a eu en se faisant Victime: achèvement, accomplissement parfait qu'il semble n'avoir pas opérés suffisamment sur la croix, et qui ne se consomment en réalité que par notre union a son divin Sacrifice, par notre propre état d'Hostie.

Quelle gloire est la nôtre, quand nous souffrons ! <^ue de souffrances dans le corps et dans l'âme que JÉSl S- CHRIST n'a pas pu endurer! Il n'eut pas été digne do la. Sagesse de son Père qu'il eût à subir certaines humiliations, certain.» états d'avilissement, certaines maladies abjectes, ou simplement des infirmités fort incommodes, comme la paralysie la surdité, la cécité, ou qu'il eut à endurerce qu'un manque d'intelligence, ou de sens, ou d'éducation, nous impose souvent de souffrances morales. Nous portons, non», ces épreuves et ces croix; eh bien, c'est sa soif de souffrance- ()ue nous concourons à satisfaire,

te ad pressuras : <•■'! uoli esse aridus, ne de pressura nihi] exeat - *

, Psalm. In Psalm. i.v. n. 4. - Patr. lat, t. \\W I, •;49.

la somme de ses opprobres que nous contribuons à atteindre. Chacun pour notre part, membre de ce Chef couronné d'épines, nous lui rendons possible cette extension de sa douloureuse Passion qui, selon ses vues et ses désirs, doit se continuer dans son Eglise, et ne s'achèvera finalement que lorsque viendra le jour de son Jugement. L'admirable saint Augustin a écrit, sur ce sujet, une page qui trouve naturellement et comme forcément sa place ici. « Jésus-Christ n'est qu'un seul homme, la tête et le corps, le Sauveur du corps et les membres de ce corps, deux en une même chair (Gènes, n, 24. — Ephes. v. 31), en une même louange, en une même souffrance et, plus tard, en un même repos. C'est pourquoi, les souffrances du Christ n'ont pas été supportées par le Christ seul, ou, en un autre sens, les souffrances du Christ n'ont pas été supportées que par le Christ... Si, en effet, les souffrances du Christ sont bornées au Christ seul, c'est-à-dire à la tête, pourquoi l'apôtre saint Paul, l'un des membres, ditil : « J'accomplis dans ma chair ce qui manque aux souffrances du Christ? » Si donc vous faites partie des membres du Christ, ô vous qui que vous soyez, tout ce que vous souffrez, de la part de ceux qui ne font pas pairie des membres du CHRIST, manquait aux souffrances du ( Ihrist. On les ajoute, puisqu'elles manquaient. Vous remplissez la mesure, vous ne la faites pas déborder.... Nous payons chacun, selon notre faible pouvoir, ce que nous devons à la masse commune de notre trésor public, et nous apportons tous, selon ce que nous possédons de forces particulières, comme notre contribution de souffrances. Le total de foutes ces souffrances ne sera complet qu'à la fin des siècles 1. »

1 Finis enim homo eum capite et corporu suo Jésus Christus... Passiones itaque Christi non in solo Christo, immo passiones Christi non niai in Christo... Quidquid pateris... deerat passionibus Christi. [deo additur quià

Encore une fois, rien n'est plus admirable que cette vocation,quia pour tin l'achèvement de la Passion de .1; bps ( ÎHRiST.Aussi acceptons-nous avec amour la nécessité dont parle saint Léon: Totius est temporis vitse crua m /'< rre ' et l'Auteur de V Imitation, dans le passage si connu: Couverte tesupra, couverte te infra; couverte te extra, couverte te intra; et in his omnibus invenies crucem '-'. Par la miséricorde de notre Dieu, de plus en plus la lumière est faite dans nos âmes. Plus que jamais nous savons que la grâce de Jésus-Christ ne tend qu'à taire des Victimes, rien que des Victimes. « Toute la vie du chrétien, s'il vit selon l'Evangile, dit un saint Évêque du ve siècle, n'es! que croix et martyre3. .Mais nous savons aussi, plus que jamais, que, de toutes les Victimes de Dieu, la plus chère à son cœur, la plus intimement unie à Jésus, l'unique Hostie de sa Gloire et de son Amour, c'est le Prêtre.

0 Prêtre ! que votre sort est beau ! Les Anges vous l'envient. Bénissez le Dieu qui vous comble d'honneur et d'amour et de grâces. Soyez fidèle. Que votre vie se passe tout entière, avec amour, dans cette union si puissante et si douce, qui faisait dire à l'Apôtre : Christo confixus sum cruci h Ne vivez que sur cet autel de l'amour, et que sur cet autel, comme JÉSUS, votre dernier soupir soit votre suprême Sacrifice.

deerat. Kfensuram impies, non superfundïs... Ad communem liane qnasi rem pnblicam nostram quisque, pro modulo nos! imus quod debeuius...

Pariatoria plenaria passionum omnium nonerit, nisicum sœculum finitum fnerit. — Enarrat. in Psalm. - In Psalm. i.xi. n. 4. - Patr. la t . i. XX W I. col. T:;i .

XLVII al. 16), Dt Quad IX. cap. t. Brev. Rom.

in Dominicâ Fassionis, ad Matntin. lect vi. - Patr. lai., t. LIV, <■,

l.iii. II, cap. xii. n. l.

Hoc dic-it. ut intelligas crucem non ligni esse patibulum, sod viUe virtutisque propoeitum. Tota igitur vita Christian! bominis, -i secuudum Evangelium vivat, crux est atque martyrium. S. Maximua Taurii Il ■ i . I. XXXII. !>■ Sanctis martyribtu. Patr. lat, t. LVII, col. 430. ■ Galat. n, 1'.'.

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