CHAPITRE XXIV
Bossuet a dit: « Il n'y a rien de plus grand dans l'univers que Jésus-Christ ; il n'y a rien de plus grand dans Jésus-Christ que son Sacrifice ; et il n'y a rien de plus grand dans son Sacrifice que son dernier soupir, et que le moment précieux qui sépara son âme très sainte de son corps adorable i. »
Nous n'ignorons pas le sens profond de cette dernière parole. Notre-Seigneur a été Victime, et Victime parfaite, toute sa vie. Quand il dit, au sein de sa divine Mère : Holocautomata pro peceato non tibi placuerunt ; tune dixi : Ecce cenio-, son Sacrifice fut complet; car, rien ne pouvait être ajouté à l'excellence d'une telle Oblation. Les actes qui suivirent jusqu'au dernier soupir, eurent une valeur infinie, pris dans leur ensemble et isolément; mais ils ne donnèrent pas une valeur nouvelle au Sacrifice du Fils de Dieu. C'est pourquoi saint Paul dit: « Il a consommé par une seule Oblation tous les sanctifiés :\ » Toui ct'ois, il avait plu au Père, dans les décrets de son adora-
1 Réflexions sur l'agonie il» Jésus-Christ. - Hebr. x, 6, 7.
Il.l.r. x, H.
ble sagesse, de poser, à l'acceptation définitive du Sacrifice de son propre Fils, des conditions extérieures; et la principale de ces conditions fut la mort de ce Fils bien -aimé. ( l'est en ce sens qu'il est écrit de lui, « qu'il fut fait obéis sant jusqu'à la mort, et la mort de la croix i ». Mais quand cette mort douloureuse, au milieu de tant de supplices et de honte, cette mort dans le sang eût été subie par l'adorable Victime, alors, en vérité, « tout fut consommé 2 ». « Et ce fut dans cet instant fatal à l'enfer, et infiniment favorable à l'Église, dit encore Bossuet, que, toute la vieille loi étant finie, et toutes les promesses du Testament étant confirmées (ce qui ne se pouvait accomplir que par l'achèvement du Sacrifice du Médiateur;, tous les anciens sacrifices des animaux perdirent alors leur vertu : tous les enfants des promesses prirent alors leurs places avec le Sauveur; et, devenant des Victimes, leur mort, qui n'aurait pu être jusque-là qu'une peine du péché, fut changée, dans celle de Jésus-Christ, en nature de Sacrifice 3. » Mais quel est ce mystère? Comment « notre mort futelle changée, dans celle de Jésus-Christ, en nature de Sacrifice? » Cette invention de l'amour de notre Du r esl d'une grande beauté, on ne peut y penser sans ravissement. Xotre-Seigneur était sur la croix: mais il n'y étail pas seul. Il n'était jamais seul. Nous savons bien ce que saint Augustin nous a appris: Jésus-Cheist est a la fois le ( «nef ei !«•- membres. Nous étions avec lui en chacun des mystères de sa vie. eût-il été possible «pie nous fussions absents de lui, dans ce mystère suprême <!<■ sa Rédemp tion ? N'en! < lit le grand Docteur de l'unité du Christ el de l'Église, commentant le Psaume LVIIIe il s'agit ici de
i Philipp. n,8.
2 Joanii. xix, 30.
3 Ibid. Réflexions, etc.
la Passion du Seigneur); nous ne devons pas voir seulement en lui la tète, c'est-à-dire le seul Médiateur entre Dieu et les hommes. Jésus-Christ, qui est homme, et qui de toute éternité, selon sa Divinité, est le Verbe de Dieu en Dieu, lequel Verbe s'est fait chair et a habité parmi nous. Ce n'est pas seulement au Christ notre tête que nous devons penser, mais au Christ homme parfait, qui réunit en lui et la tête et le corps. Car le Christ tout entier est à la fois la tête et le corps. C'est pourquoi lorsqu'il était attaché à la croix, lui-même a parlé au nom de son corps, lorsqu'il a dit : Mon Dieu ! mon Dieu ! pourquoi m'avez-vous abandonné? Dieu, en effet, n'avait pas abandonné le Christ, qui ne l'avait pas non plus abandonné. Mais parce que l'homme a été réellement abandonné par Dieu, qu'il avait lui-même abandonné, le CHRIST, après avoir pris notre chair en Adam, parle ici comme s'il était la personne d'Adam, notre vieil homme étant alors attaché avec lui sur la croix U »
Jésus-Christ n'était donc pas seul sur la croix; nous étions réellement avec lui, et c'est pourquoi, lorsque notre Chef mourut, nous, ses membres indivisiblement unis à notre Chef, nous reçûmes le coup de la mort avec lui. C'est ce qui fait dire à saint Paul : « Vous êtes morts -: car
1 Hic intelligamus Doniini Passionem... Non ergo illuin solum qui est caput nos t ru m cogitemus ; sed cogitemus Christum capul et corpus, totum integrum quemdam virum... Si ergo ille caput, nos corpus ; tutus Christus caput et corpus... Ipse denique in cruce pendens, ex personâ corporis locutus est: Deus meus, Deus meus, etc. Non enim dereliquerat Christum, à quo derelictus non est; aut verosic ad nos venit, ut illum desereret; aut sic illum misit, ut ab ill<> discederet. Sed, quia homo desertusest .-'i Deo, Ailaiu illo peccans... et verè dereliquit illum I>cn<. quia ipse deseruit Deum : ex quo Adam Christus cum carnera accepisset, hoc ex personâ ipsius carnis ait ; quià tune vêtus homo noster simul crucitixus est cruci cum illo (Rom. vi, 6 . — Enarrat. in Psalm. — In Psalm. î.vm. — Sermo I, de parte prima ejusdem psalmi, n. •'. — Patr. lat., t. XXXVI, cul. 693. 1 loss. m,3.
si Jésus-Christ est mort, donc tous sont nions 1. Cela s'entend, il esl vrai, de la séparation dans laquelle nous devons être de tout ce qui est du péché et de la chair de péché, et du monde et de ses maximes corrompues; mais il y a aussi cet autre sens, suivant lequel notre mort a été consacrée, par la mort de Jésus-Christ, pour devenir comme la sienne un véritable Sacrifice-. « Le grand Sacrifice de Jésus-Christ en fut le préparatif. Jésus-( !hrist en est le Souverain Prêtre comme il le fut sur la croix . N'y envisageons rien de naturel : et un dos grands emplois de sa Sacrificature, jusqu'à la fin des siècles, scia de renouveler et de perpétuer son Sacrifice, non seulement dans le mystère de la divine Eucharistie, mais encore dans la mort de tous les vrais fidèles. » Car nous ne devons pas oublier que « le Sauveur s'était chargé non seulement des péchés, mais aussi de tous les intérêts, <U-^ obligations et de tous les devoirs de ses enfants et de ses véritables membres mystiques. Leur agonie était,à la croix, distinctement présente aux yeux de son ( lœur : il prévit le genre de maladie dont ils devaient mourir; et comme il n'ignorait pas combien les douleurs et les symptômes d'une maladie violente ou précipitée lieraient, avec les sens, les plus nobles puissances de l'âme, et les rendraient faibles et impuissantes dans leur abattement; qui pourrait comprendre l'étendue el l'effor! de lacharitéavec laquelle il regarda leur agonie connue inséparable de la sienne ? Tout ce qu'il fit alors, il le fit en acquit de leurs obligations el en supplémenl de ce qu'ils ue pourraient faire en
» II Cor. v. 14.
- Verbnm, quoniam raori uon potuit, utpotè immortale, corpus sibi aumpsit quod mori poterat, illudque ul suum pro omnibus obtulit, ut
ità pr nnibus, omnibus ipse corpore conjunctus, mortem patiens, com
pescerel eum qui morlis habel Lmperium, id est, diabolum. s. A.thanasi,ls, Oralio de Tncarnalioru Verbi, a. 20. Patr. grœc, t. XXV, col 131.
ce temps. Il consacra en lui la peine naturelle que l'âme ressent, quand elle est frappée des sombres et affreuses idées d'une séparation inévitable -, il la sanctifia dans un esprit de soumission et de pénitence, de sacrifice et d'hommage à la souveraineté de son Père. Il offrit cette agonie de ses enfants, et toute sa suite, par un mouvement d'amour qu'il leur communiqua dès lors, s'ils sont en état d'y avoir part ; et dont il leur fit le transport aux yeux et clans le sein de son Père, en supplément de leur impuissance, si leur raison obscurcie les rendait incapables d'entrer actuellement dans ses dispositions. S'ils ne peuvent les avoir en eux-mêmes, ils les ont en Jésus-Christ; et les avoir en lui, c'est les avoir en soi, par le droit de la société que la grâce de leur union avec lui met entre lui et eux l. »
Quelle grande théologie ! De quel éclat magnifique et doux, ces clartés sublimes illuminent la mort !... Nous permet-onde continuer la citation du grand Evêque qui parle de la sorte ? Qui pourrait, qui oserait substituer ses paroles aux siennes ? Et comment se priver d'entendre ce qu'il continue de dire sur ce sujet ?
« C'est dans cet esprit qu'il faut recevoir le saint Viatique. Le grand Pontife de la loi nouvelle se transporte pour cela dans son Temple, c'est-à-dire dans le corps et l'âme du chrétien; il y offre premièrement le Sacrifice de luimême, y étant en état de Victime par le Sacrement, et y représentant cette destruction, qui se fit, sur le Calvaire, de sa vie naturelle. Il exerça alors singulièrement auprès de son Père le grand emploi de sa médiation, y traitant avec lui de tous les intérêts éternels de ses élus; et tout cela se fait dans l'âme et le corps du fidèle même : et celui qui est le Temple du Sacerdoce de Jesus-Christ, pour ces
1 Bossuet, Lbid. Réflexions, etc.
augustes usages et ces divines fonctions de son Sacerdoce,
devient aussi Prêtre et Victime avec lui.
1 est en dernier ressort que le Pontife souverain prend ssion de la Victime dans ce Sacrement: qu'il consacre sa mort; qu'il devient lui-même le sceau, qui est la marque du caractère de Victime; et qu'usant de ses droits sur une vie qui lui appartient, il se sert de la maladie comme du couteau et du glaive, avec lequel il égorge et immole cette Hostie. Ainsi le chrétien s'unissant alors, non seulement au corps adorable de Jésus-Christ dans son Sacrement, mais encore à son esprit et à son cœur; entrant par soumission et par adhérence dans tous ses desseins: voulant disposer de son être et de sa vie, comme le grand Sacrificateur en dispose, devient Prêtre avec lui dans sa mort; et achève, dans ce dernier moment, ce Sacrifice auquel il avait été consacré au Baptême, et qu'il a dû continuer tous les moments de sa vie i. »
Tel est le consolant enseignement qu'il serait grandement utile de faire connaître aux fidèles. La mort est effrayante à la nature; cette destruction universelle, cette extrême humiliation de notre chair et de notre orgueil, cette suite de circonstances, qui font aboutir au néant tout ce qui a tant occupé notre vie, est naturellement un sujet d'épouvante et de terreur. Mais voilà la mort de JÉSUS-Cheist, qui relève tant d'abaissement, qui ennoblit tant d'humiliation, et qui répand sur des ombres si redoutables une si douce lumière. Encore une fois, il serait très désirable que les simples fidèles fussent mieux instruits d'une 8Î consolante doctrine ei plus habitués à <'<'r aspect de la mort, qui est le plus vrai et le plus propre à dous faire sanctifier cette situation extrême, la plus grave qu'on
1 Refit xions, etc.
puisse concevoir. Mais, s'il faut désirer que chaque fidèle s'avance, avec cette sainte vue, vers la mort, qu'elle ne doit pas être la perfection de la foi du Prêtre ! C'est lui qui ne doit jamais cesser de voir ce terme de la vie, que dans la lumière admirable qui descend de la croix; c'est lui qui, « ayant annoncé chaque jour, par le Sacrifice, la mort du ►Seigneur1 », doit se préparer à participer au mystère de cette mort plus sensiblement que jamais; c'est lui qui doit se rendre chaque jour plus habituelle cette disposition d'union avec l'adorable Victime, suspendue, mourante et morte à cette divine Croix; c'est lui qui, à l'approche du Sacrifice suprême qu'il a à faire de sa vie, doit multiplier les actes d'adoration de la souveraineté du divin Sacrificateur, et de sa Sainteté qui réclame une si grande expiation2; c'est lui, plus que tout fidèle, qui, avec confiance, adore cette condescendance miséricordieuse de Dieu qui lui permet de s'unir aux dispositions de l'adorable Crucifié, qui lui permet même de considérer comme étant sa propriété ces dispositions si parfaites ; c'est lui qui doit, non plus craindre, mais aimer la mort, cette perte de la vie, cette séparation de l'âme et du corps, cette universelle humiliation de toutnous-même, à cause de la ressem-
1 Quotie.scumque eniin rnanducabitis panera hune, et calicem bibelis; mortem Domini annuntiabitis, donec veniat. — I Cor. xi, 26.
2 Quand le P. de Condren, ce Prêtre admirable qui avait toujours vécu en Victime, qui en avait même fait le vœu, fut sur le point de mourir, il éprouva d'une manière extrêmement douloureuse les effets de la Justice et de la Sainteté de Dieu. 11 dit avec une très profonde religion ces paroles de Job : Quia det ut veniat petitio mea; et quod expecto, tribuat milii Deus ? Et ijni cœpit, ipse me conférât ; solvai manum suam, et succidat un .' Et Im r miJii sit consolatio ut, affligens hn dolore, imn parcat ; m c eontradicam sermonibus Sancti (Job. vi, s. 9, 10). « Tel est, dit son dernier historien, M. l'abbé Pin (qui est mort lui-même comme une Victime sainte), tel est le dernier effort d'une humble el religieuse Hostie : elle brûle du désir d'honorer la Justice et la Sainteté de Dieu par toutes les douleurs: son bonheur le plus grand est de n'être point épargné. - Vie 'lu I'. Charte» il, ( 'ondren, liv. III, chap. un.
blance qu'elle opère avec notre Sauveur. C'est lui qui se considère comme la Victime qui est conduite à l'immolation, sans ouvrir la bouche pour se plaindre i. Il n'a pas compris autrement sa vie tout entière que comme un perpétuel Sacrifice. Toujours uni à Jésus Hostie, voici maintenant la suprême union. Il pouvait dire avec l'Apôtre : « Je meurs chaque jour 2 », tant les jours do sa vie d'exil ont été amoureusement passés sur l'autel d'un incessant Holocauste. Il savait que la vie présente n'est qu'une longue mort. 11 a lu souvent cette grave parole, en récitant le saint Office •*. Mais, il l'entendait non de la mort qui détruit mais de la mort qui consomme; et maintenant il va voir la réalité de cette définitive consommation. Heureux Prêtre !... Il y a peut-être quarante, cinquante ans, qu'il a dit chaque jour : Introibo tel altare Dei... Il y a tout ce temps que, « connaissant ce qu'il accomplissait, il imitait ce qu'il touchait. » Il a été Victime et Hostie dans ses prières, dans les œuvres de pénitence, dans celles do la charité; il a instruit les âmes, il les a édifiées et sanctifiées; il a fait de chacune d'elles ce que dit saint Paul, parlant de son apostolat, « une véritable Victime de Dur. sanctifiée dans le Saint-Esprit4 »; et il peut dire la parole de l'Apôtre : Immolor suprà SacrificiumZ. Quel est le sons de cette parole? Les commentateurs disent , : Saint Paul parle ici de deux Victimes, d'abord du peuple qu'il a évangélisé el offert à Dieu en qualité de Victime, après l'avoir
1 [saise lui, 7.
« I Cor. xv, 31.
:' [pse enim quotidianus defectus eorruptionis nostrœ, quid esl aliud quàai quœdam prolixitas mortis? s. Gregor. Papa, l« Evangel lli.mil. XXXVII, h. l Brev. Rom. in ofticio uniua Martyr, lectvn. Patr. lat, t. LXXYI. eol. l--'7.>.
4 Rom. xv, 1<>.
» PhUipp. ii, 17.
converti et sanctifié, et ensuite de lui-même dont il annonce la mort. Cette mort est un Sacrifice qui survient après l'Oblation des âmes de son peuple. Immolor suprà Sacrificium i. Le Prêtre qui arrive au terme de la vie, après de longue? années de fidélité à Dieu, peut, avec humilité, s'approprier encore cette autre parole du grand Apôtre, qui est aussi une parole de Victime : Ego enimjam delibor et tenipus resolutionis meœ instat -. C'est maintenant la dissolution de mon corps; et voilà que je suis devant Dieu comme la libation d'un Sacrifice -\ Et parlant de la sorte, il témoigne, au sentiment de saint Jean Chrysostôme. qu'il est une Victime parfaite: en cet état il n'y a plus en lui de résistance dans le Sacrifice qu'il offre; il est cette libation sainte qui, après que la Victime était morte, était versée sur elle en présence de Dieu •*.
Il est vraiment beau, aux yeux de la Foi. le spectacle que présente à l'heure de la mort un Prêtre fervent ! Comme les absolutions doivent produire de saints effets sur cette âme d'Hostie ! Que l'Extrême-Onction apparaît singulièrement émouvante! ces yeux, ces oreilles, ces lèvres, ces mains, tous ces sens purifiés d'une purification si parfaite, après tant de bénédictions, tant de consécrations dont ils ont été l'objet, des milliers de fois! Et l'Eucharistie! et cette venue du souverain Prêtre et de l'humble et amoureuse Hostie ! cette visite rendue après tant de visites reçues! cette définitive prise. de possession, après tant et tant de Messeset de Communions ! cettedernière union sacramentelle avant le Jugement!... Quel mystère pro-
1 Voir sur ce texte le remarquable Commentaire «le Corneille Lapierre.
'- 11 Tim. iv. 6.
Voir 'le nouveau le Commentaire de Corneille Lapierre. — Voir aussi 1" Commentaire de Mgr Grinoulhiac, Archevêque de Lyon:Ze« Epîtres pastorales ou Réflexions dogmatiques et morales sur les Epîtres </< saint J'rml à Timothéeet à Tite, - p. 271-273. - Grenoble, 186Ç.
* A|'. c,,ni. à Lap. in illud. Il Tim. iv.
LE SUPBÊME SA) I.'ll l< F.
fond, plein de silence, niais plein de vie, d'espérance, de Force, où surabonde l'amour d'un Dieu, où surabondent L'humilité, la contrition, et la confiance amoureuse du Prêtre-Hostie de Jésus-Christ ! Puis viennent les prières delà Recommandation de l'âme, dont tant de paroles semblent spécialement convenir à l'humble moribond : Egredienti itaque animœ tuœ de corpore splendidus angelorum cœtus occurrat ; judex apostolorum tibi senatus adveniat; lUiata rutilantium te confessorum turma circumdet ; jubilantium te virginum chorus excipiat... Mitis atque festivus Ohristi Jesu tibi aspectus appareat, qui te inter assistentes sibi jugiter interesse décernât... et inter oves suas te vents ille Pastor agnoscat^.
Tout cela nous rappelle des souvenirs ineffaçables, ei nous annonce ce qui nous attend tous. dans peu de temps. Moriatur anima mea morte justorum - ! Pretiosa in conspectu Domini mors Sanctorum ejuss !
Mais nous venons de dire qu'il en est ainsi aux yeux de la Foi. 11 peut se faire que les dehors, que présente l'état du cher confrère, disent tout autre chose aux yeux de chair. I !'est peut-être un extraordinaire accablement, ou de grandes douleurs qui ne permettent aucun repos, même à l'esprit, ou une extrême et désolante appréhension de la mort. Le Prêtre qui est sur le point de mourir, est peut-être dans la force de l'âge. Il espérai! avoir du temps, pour faire une grande somme de bien; il axait livré son âme à l'étude, pour être prêl â instruire, a diriger, à élever lésâmes â Dieu; il avait commencé quelque œuvre de zèle qui prospérait, 'l'eut semblait annon
i II y a, vera la fin, cette parole bj grave, el qu'il faudra justifier an jugement de Dieu : Licet enim peccaverit.. zelum l><i in n hal Deum, qui fecit ouraîa, fidelîter adoravit
• N 1 1 1 1 1 » - r . xxin. I1'.
■ l'salin. cxv, 15.
cer un ministère fécond. Mais, le mal est venu; et voilà « qu'au milieu cle ses jours1 », il a entendu «une réponse de mort'2 » ; et il dit avec affliction comme le Prophète : « J'ai entendu, et mes entrailles se sont troublées, et ma voix expire sur mes lèvres qui tremblent 3. »
Quel Sacrifice est celui-là ! Tant de force, tant de volonté, tant d'énergie, tant de vie, et la mort ! la puissante et inexorable mort, qui va tout abattre, tout détruire, tout réduire à néant !... 0 Prêtre ! Jésus aussi était la force et la vie ; et il vit venir la mort accompagnée d'effroyables supplices; et il dit à son Père: « Si c'est possible, que ce calice s'éloigne de moi. Cependant que votre volonté soit faite et non la mienne ! Non comme je veux, mais comme vous voulez 4 » ; et il porta la douloureuse couronne d'épines, et ses mains et ses pieds furent crucifiés : et il inclina la tête pour mourir, disant : « Je remets mon âme entre vos mains 5 » ; et il mourut, à l'âge de trente-trois ans... Livrez votre âme et votre chair à l'esprit tout puissant de son Sacrifice, au feu consumant de son Holocauste, et soyez consacré son Hostie éternelle ,;. Il y a un autre spectacle moins douloureux à voir, où
1 Isaiœ, xxxviii, lu.
2 II Cor. ]. 9.
; Audivi, et conturbatus est venter meus; à voce contreinnerunt labia mea. — Habac. m, 16.
4 Matth. xxvi. 39. — Mare, xiv, :i(3.
5 Luc. xxi n, 46.
6 Nous avons recueilli dans la vie d'une pieuse fille, sœur Louise, qui vivait au xvne siècle et qui fonda, avec un saint Prêtre, le pèlerinage de
Notre Dame de l'armenie en Dauphiné, quelques détails sur la rt de
cet homme de Dn.r. 11 est raconté que, quelques jours avant sa mort, M Roux (c'était Le nom de en digne Prêtre) se rendit dans l'église de Parménie et s'y offrit en Victime, et qu'au moment de mourir, si' considérant connue une Victime due à la Justice de Dieu, il répétait souvent ces paroles: Sàcerdos est Victima. Hic ure, hic seca, modo in œternum parc as. ■ — Vie de sœur Louise de Parménie, liv. II. chap. vi (p. 106), el ili.ii>. vu p. 112). Grenoble, 1 7 ">2.
le mystère de la mort est moins terrible; c'est le jeune Prêtre, qui, après un an ou deux de Sacerdoce, va mourir. Une s'était pas encore habitué à monter les marches de L'autel. Il n'y montait qu'en tremblant. Malgré La sainte • allégresse et la gloire de son récent Sacerdoce, il éprou vair ce que le Seigneur a recommandé : Pavete ad Sanctuarium meum ' : effroi salutaire qui n'est pas de la peur, mais l'expression d'une souveraine Religion, et qui s'allie avec une joie intime et profonde. Quelque excès de labeur, ou la marche lente, mais que rien n'a pu arrêter, d'un mal intérieur, le condamne maintenant à la solitude, au repos : il ne peut plus offrir le saint Sacrifice: les seuls sacrifices qu'il présente à Dieu, sont ceux de la privation et de la souffrance.il n'est pas moins Prêtre et Victime. Il l'est même plus que jamais, comme l'écrivait saint Cyprien à des Prêtres que la persécution condamnait à ne pas pouvoir célébrer les saints Mystères2. Son lit de douleur est un autel. et il aime à penser a ce changement dont parle Job 3, qui ne tardera pas de se faire; il pense « à l'autel sublime ' ,où chaque jour il priait le Seigneur de faire porter ses offrandes et donc porté Luimême, par les mains de l'Ange qui préside au Sacrifice eucharistique : et il se plaît à dire avec saint < rrégoire do Nazianze: Il y a là-haut un antre autel, je le s;iis; il n'a pas été fait do main d'homme: il est l'œuvre do ['Es prit ;et c'est par la contemplation que nous nous élev< ns
1 Levitic. xxvi. •'.
1 elebratis et offertis sacrificium Deo >-t pretioBnm pariter <t gloriosum <■} plurîmum vobis ail retributioneiu prsemiornm cselestium profutnram, eùm Scriptura divina dic-at : Sacritieinm Deo, etc.. Hoc vos Bacrificiitni Deo offortis, hoc sacrificinm sine intermissione die lie bocte celebratis, Hostiœ facti Deo, el vosmetipsos sanctas el immacnlataa Victimaa exhi -. — Epistol. LXXVII. Patr. la t.. t. IV, col. 117.
<. xiv, 14.
anon Miasœ, oralio Sujpjdii < t.
jusqu'à lui. J'irai à cet autel; j'y ferai mon Oblation, j'y offrirai mon Sacrifice et monHolocauste. Maintenant, c'est l'ombre; là-haut, ce sera la vérité dévoilée. Alors s'accomplira pour moi ce que dit David: J'entrerai à l'autel de Dieu qui renouvelle ma jeunesse spirituelle1. » Belles paroles! Sainte espérance ! Elles n'excluent pas la douleur de l'âme et du corps. Ah ! la douleur! c'est, le plus souvent jusqu'à la fin, le glaive qui n'abandonne plus la Victime, c'est le feu qui la consume et la réduit en cendre ; mais, sous l'action de ce glaive et de ce feu, l'âme demeure humblement patiente, et sa patience est la consommation et « la perfection de l'œuvre » de sainteté que DiEr opère"2. « Car, cette patience sublime, dit saint Augustin, n'est point inactive; elle est amour; elle est toute ardeur; elle est toute flamme : ce qui plaît à la chair, elle le foule aux pieds ; ce qui l'épouvante, elle le foule aux pieds, et elle passe outre. 0 amour! ô mouvement en avant! ô mort à soi-même ! ô heureuse arrivée à Dieu ! Quid addi potest, ut opus perfectum habeat (patientia)? Aniat, ardet, fervet ; calent omnia quœ délectant, et transit ; renit ad aspera... calcat, frangit, et transit. O amare ! o ire ! o sibi perire! o ad De uni pervenire 3 /... »
Quand un saint Prêtre vient de mourir, et que, revêtu
1 At altare aliud scio, cujus figurée surit ea quœ nunc oculis cernimus, super quod nec ascia uec manus aseendit, uec ulluiu artificum instrumentum auditum est (III Reg-. vi, 7). Sed mentis totum hoc opus est, eoque per contemplationem subvehimur, huic astabo, in hoc grata immolabo sacrificium, oblationem et holocausta, tanto iis qua; nunc offeruntur excellentiora, quanto veritas umbrse antecellit. De quo mihi quoque David ])lii losophari videtur, eùm ait : Introibo ad altare Dei, qui spiritalem meam rénovât juventiitein. — Oiatio XXVI, in seipeum, n. 1G. — Patr. grsec, t. XXXV, col. P'17 et 1250.
- Patientia opus perfectum habet. — Jacob, i, 4.
1 Sermo CLIX (aliàs de Verhi» Apostoli, 17), cap. vu, n. 8. — Patr. lat., . XXXVIII, col. 871.
LE BUPRÊME S \< BIFICE 607
des ornements sacrés, il repose sur sou lit mortuaire, il
présente, aux regards des hommes, le plus émouvant et le plus sublime spectacle qui se puisse voir ici-bas i.
'Un sentiment de reconnaissance profonde et émue noua presj dire ici, qu'un digne et très pieux Prêtre d'Alais, M. l'abbé Meissonnier, aumônier des Sœms de la Présentation, ayant pris connaissance de notre manuscrit autographe, voulut de lui-même en faire une copie. Il en était à cet endroit de son travail, dans les premiers jours de mai 1883. six mois après, le 25 octobre, il offrait lui aussi à Pn:r. par une sainte mort, son -suprême Sacrifice, à l'âge de cinquante-deux ans.