‹ Prêtre et hostieChapitre 10 sur 56 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

COMMENTAIRE D UN TEXTE DE SAINT rAUI>, QUI SEMBLE RÉSUMER TOUT CE QUI CONCERNE LA PARFAITE FORMA- TION d'une AME SACERDOTALE — PREMIÈRE PARTIE DU TEXTE

Voici ce texte. — Il est emprunté au chaj)itre quatrième de l'Épître aux Philippiens :

De cœfero, Fratres, quœcumque sunf fera, quœcumque inidiea, quœcumque justa, quœcumque sancfa, quœcumque amabUia, quœcumque hoiiœ famœ, si qua i-irfus, si qua laus disciplinœ, hœc cogitate... hœc agite ^.

A la seule lecture de ces belles et saintes paroles, on sent qu'elles conviennent spécialement à toute âme sacerdotale. Que le jeune Clerc, qui doit comprendre de bonne heure ce qu'il doit observer toute sa vie, les étudie et les inédite pendant quelques instants avec nous,

I. Quœcumque sunt fera. — « Tout ce qui est vrai. » — Tout ce qui est vrai, convient au Prêtre. La vérité est notre bien, notre patrimoine, notre grand trésor. Vestimt (^Moyses) Pontificem..., et humeraJe... aptavit rationali, in

ï Versets 8 et 9.

quo erat : Docfrina et Veritas i. Nous avons dit, dans le dernier chapitre du Livre Ile, que nous sommes < sanctifiés dans la vérité », et comment nous pratiquons la vérité : ceci en est la confirmation et le développement.

« Tout ce qui est vrai. » — C'est d'abord tout ce qui est de foi, parce que le motif de la foi, c'est la véracité divine, la parole de Dieu, la révélation de Dieu, le témoignage de Dieu. Hœc cogifafe, Jiœc agite. Tout ce qui est vrai, c'est tout ce que contient la sainte Écriture, et nommément le saint Evangile. Il y a ce qui est dogmatique, et ce qui est historique, mais aussi ce qui est pratique : Si quis vult post me venire, ahneget semetipsum... - Beati pauperes... heati qui Jugent... heati qui jjersecutionempatiuntur propter justitiam...^' Eegnum cœlorumvim patitur...^ Qui odit animamsiiani in hoc riiundo, in vitam œternam custodit eam... -j Le saint Evangile est vrai sur toute chose, qu'il parle du temps ou de l'éternité, du bien ou du mal, des vertus ou des vices.... Le inonde au contraire se trompe sur tout. Quia vero de mundo non estis, sed ego elegi co.s de iiiundo 6.

« Tout ce qui est vrai. » — C'est ce qui nous vient de l'Eglise, du saint Siège ; ses vues sont vraies, ses décisions sont vraies, sa direction est vraie. Ce que le saint Siège préfère, dans les opinions controversées, c'est pratiquement le vrai ; — tandis que le sens humain, les insinuations de l'esprit propre, en opposition avec les plus simples désirs du saint Siège, sont toujours erronés. C'est l'histoire

1 Levit. VIII, 7, 8.

« Matth. XVI, 24.

s Matth. V, 3 et seq.

* Matth. XI, 12.

^ Joann. xii, 25.

*= Joann. xv, 19

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de plusieurs grands esprits, depuis Tertullien jusqu'à Lamennais et autres.

« Tout ce qui est vrai. » — C'est tout ce que nous faisons pour plaire à Dieu ; parce que dans cet amour seulement est l'ordre véritable. « On ne sert Dieu qu'en l'aimant, dit saint Augustin; et l'amour, c'est le vrai culte, c'est la vraie religion, c'est la vraie piété, c'est le service vraiment dû à Dieu... Celui-là seul loue véritablement Dieu, qui l'aime sincèrement i. » Nous ne sommes donc pas dans le vrai, lorsque nous faisons une œuvre quelconque, de charité, de zèle, au profit de notre vaine gloire, ou simplement par plaisir et par goût naturel.

Nous avons dit ailleurs, qu'il y a des vertus vraies et des vertus fausses ; une vraie et une fausse humilité ; une vraie et une fausse mortification, etc.

« Tout ce qui est vrai. » — C'est tout ce qui, dans la conduite de la vie, est fait avec des vues droites, pures; par conséquent, « tout ce qui est vrai » : au confessionnal^ dans la direction. (En ces saintes œuvres de la Religion, la fausseté serait un sacrilège ou l'équivalent). Ce détail ne regarde pas encore le Séminariste ; mais il faut qu'il sache jusqu'à quel désordre et à quel abîme le conduirait, dans certains cas, le manque de vérité dans son esprit ou sa conduite.

« Tout ce qui est vrai, » — dans les relations d'amitié, de société, dans les affaires, avec qui que ce soit. De la prudence, du savoir-faire, une certaine habileté modérée et juste, soit; mais jamais aucune duplicité, aucune fi-

1 Non colitur Deus nisi amando. — Epistol. CXL. (aliàs 120) seu de Gratiâ Novi Testamenfi, ad Honoratum, cap. xviii, n. 45. — Pair, lat., t. XXXIII, col. 557. — Hic Dei cultus, haec vera religio, hœc recta pietas, liSBC tantùm Deo débita servitus. — De Civlt. Dei, lib. X, cap. m, n. 2. — Patr. lat., t. XLI, col. 281. — Quis aiitem veraciter laudat, nisi qui sinceriter ainat. — Eplst. CXL, etc. ut hic snprà, ihid.

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liesse, aucune politique humaine. Cela déplaît et choque grandement dans une âme sacerdotale ; et un mensonge, dans sa bouche, serait un scandale insupportable.

Quœcumque sunt vera. — Le jeune Clerc cherche, poursuit, aime avec ardeur la vérité partout : la vérité dogmatique si belle, la vérité morale si utile, la vérité dans l'ordre de la spiritualité si attrayante, la vérité sur son état d'âme, — sur sa conscience, — son caractère, — ses devoirs, — ses besoins, — ses défauts. Il veut éviter l'épouvantable malheur de celui « qui ne demeura pas dans la vérité *. » Il veut arriver à la plus étroite union avec « Celui qui est la Vérité- » ; et il veut un jour être, pour son amour, un fidèle « coopérateur de la vérité 3 ».

II. Quœcumque pudica. — Il y a dans le grec : So-a Tiy.vâ, tout ce qui est parfaitement convenable, digne de considération, grave, sérieux, et, par conséquent, pudique et chaste. Nous devons parler de la vertu de chasteté, après avoir assisté à l'Ordination du sous-diacre. Ici , arrêtons-nous particulièrement au sens du mot grec, puisque c'est justement dans cette langue que saint Paul a écrit cette épître. Le Concile de Trente semble avoir commenté la parole du grand Apôtre, quand il a dit : Sic decef oninino Clericos, in soriem Domini vocafos , vitam moresque suos omnes componere, ut habitu, gestu, incessu, sermone, aUisque omnibus rehus, nil, 7iisi grave, moderatum, ac religione plénum prœ se ferant. Lecia etiam delicta, quœ in ipsis inaxima essenf, effugianf, ut eorum actiones cunctis affermit venerationem ^.

Tenons-nous en à ces indications du saint Concile :

1 lu veritate non stetit (diabolus). — Joann. viii, 44. ^ Ego sum... Veritas. — Joann. xiv, 6. •'' Cooperatores veritatis. — III Joann. 8. •* Sess. XXII, De Reformatione, cap. i.

<c Tout ce qui est grave, digne, réservé, religieux », liahitu. — C'est l'extérieur, l'état, la forme des vêtements : simplicité, propreté; point de recherche, point d'affectation, point de luxe. Les ecclésiastiques qui sont en charge peuvent, pour de bonnes raisons, avoir à leur ceinture, à leur chaussure, aux doublures de leurs manteaux, ou camails, ou autres vêtements, je ne sais quelle distinction (assez peu importante, après tout); mais le Séminariste est toutà-fait simple; il se préoccupe de l'être, quand il commande à l'ouvrier sa soutane, sa douillette, sa chaussure, etc. La moindre recherche, la moindre affectation serait, à ses yeux, tout simplement ridicule.

Mais habifu.s, c'est tout l'extérieur : c'est le visage, ce sont les mains, les cheveux. Tout, dans le jeune Clerc, doit être irréprochable. Le visage, les mains, toujours parfaitement propres. C'est l'indice d'une éducation manquée, que la négligence de la propreté des mains ; elle serait, cette négligence, plus grave encore et plus choquante, si elle était de la malpropreté au visage, à la bouche, aux oreilles. Que dire des cheveux? Des cheveux mal tenus, mal en ordi'e sont une véritable inconvenance ; mais des cheveux trop bien soignés sont une véritable puérilité. Il y a des façons de faire qui font juger un homme pour ce qu'il est. On ne conçoit aucune idée sérieuse d'un ecclésiastique (^ui soigne troj) sa chevelure. Même au point de vue du bon goût, un certain arrangement des cheveux sur la tête d'un jeune Prêtre est une aberration d'esprit et un manque de bon sensi.

' Bossuet qui exprime toujours les pensées même les plus communes, avec nol)lesse et g-randeur, a dit : « C'est ainsi que le monde prodigue les heures, c'est ainsi qu'il se joue du temps ; il le prodig'ue jusqu'aux clieveux; c'est-à-dire, la chose la plus nécessaire, à la chose la plus inutile. La nature, qui ménage tout, jette les cheveux sur la tête avec négligence, comme un excrément superflu- Ce que la nature regarde comme superflu,

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Quœcumque pudica... gesfu. — C'est toute sorte de mouvements des bras, du corps, de hi tête. Saint Ambroise, dans sou traité De offk-tis m'inîstroriim, raconte la sévérité avec laquelle il chassa de son clergé un clerc qui manquait, sous ce rapport, de tenue et de modestie i. Que les élèves des Séminaires, formés à tant de pratiques saintes, ne négligent pas le point important de la tenue, des mouvements, des manières. Nous sommes, depuis nos révolu- 4:ions égalitaires, sous l'influence d'idées, qui sont loin de nous servir et de nous aider à conserver cette dignité ecclésiastique , qui était autrefois proverbiale. On se permet, dans tous les rangs de la société, beaucoup -de sans-façon. Les jeunes gens surtout ne savent ce que c'est que de s'observer, se contenir, être toujours polis. Raison de plus, d'attacher une grande importance à tout ce qu'on peut appeler la politesse et les bienséances ecclésiastiques. Il faut absolument, nous l'avons dit précédemment, qu'un jeune Clerc donne toujours l'idée d'un homme très bien élevé.

« Tout ce qui est digne, très convenable, vraiment religieux », incessu. — Il ne s'agit pas des récréations au Séminaire, ou à la campagne du Séminaire, ni de certaines courses que la santé exige. Il y a, dans ces circonstances, une sorte de laisser-aller qui est permis. Ce n'est jamais, •pourtant, celui de jeunes étudiants; cela va sans dire. La •modestie, la décence, une certaine modération (moderafiin/, dit le saint Concile), sont toujours nécessaires ; mais où elles le sont absolument, c'est à l'église, durant l'année ou pendant les vacances; c'est dans les rues, soit dans la ville, à l'occasion d'une sortie, ou au pays natal; c'est dans

1.1 curiosité en fait une affaire ; elle devient inventive et ingénieuse, pour .>ie faire une étude d'une bagatelle, et un emploi d'un amusement. » — i>enno)i poitr une Vêt.ure.

- » Lib. I, cap. xviii. — Patr. lat., t. XVI, toi. 44-4.J.

les voyages, allant d'un lieu dans un autre, d'une église à un monument public, d'une bibliothèque à un musée. Rappelons le mot de saint François de Sales, que nous avons cité à la fin du dernier chapitre. On lui disait: « Il semblerait que vous venez de prendre l'habit de Capucin. » « Ah ! Monsieur, j'ai pris l'habit de saint Pierre. » Faisons toujours honneur à l'habit de saint Pierre. On nous voit, on nous observe, et on ne croit plus à notre vertu. Par conséquent, disent les Pères de Trente : Sic decet oninino clericos...

Quœcumque pudica... sermone. — Oh ! que cette recommandation est importante! Rien que ce qui est décent, de bon ton, nous dirions volontiers de bon style, évidemment sans affectation d'élégance ou recherche de mots et de tournures à la mode (ce qui serait déplacé, pour ne pas dire un peu sot); mais le bon langage, celui des personnes vraiment bien élevées. Si nous sommes enfants de la campagne, et que nos parents soient pauvres, et que nous ayons d'anciens amis pauvres, soyons simples, bien simples, avec eux parlons comme eux; mais ne disons jamais rien de trivial et surtout de grossier. Ce n'est plus possible. Avec nos condisciples, même simplicité, même modeste retenue, même attention à n'employer aucun mot condamné par ce verset de saint Paul : Xec nominetur in vohis, sicut decet sanctos ; mit turpitudo, mit stultiloquiiim, mit scurrilitas, quœ ad remnon pertinet^. Tout le monde connaît la sentence de saint Bernard : Inter sœculares nugœ, ?iugœ sunt ; in ore Sacei'dotis , hlasphemiœ 2. Et il faudra très fidèlement et très sérieusement

1 Ephes. V, 3, 4. — Quœ ad rem non pertinet, ~- suivant le grec : « Autant de choses qui ne sont pas décentes. »

2 De conslderatione, lib. II, cap. xiii, n. 22. — Patr. lat., t. CLXXXII, col. 756. — Les paroles qui suivent cette sentence, ne méritent pas moins d'être citées: Consecrasti os tmim Evangello : talibus (nugis) jam aperire illici-

s'en souvenir, une fois sorti du Séminaire. Il est indispensable que les habitudes prises en cette sainte maison soient telles, que rien ne puisse plus les faire varier; non rien ! ni l'esprit de notre temps, ni les dires, ni les façons d'agir de quelques-uns de nos confrères peutêtre. Un mot bouffon, une plaisanterie leste, un récit un peu trop mondain, ne sont pas des crimes irrémissibles ; mais, à quoi bon? Autrefois, dans la bonne société française, on n'aurait pas même eu l'idée de se permettre ce qui, accidentellement, sans aucun excès, sans doute, ni scandale, on le suppose, advient quelquefois parmi nousi. Quœcumque pudica... Tout ce qui est honnête, chaste, digne de respect, vraiment bon, vraiment bien: voilà ce qui nous convient, jeune, âgé, vieillard. C'est des plus jeunes, que le saint Concile a dit la belle parole citée au chapitre qui précède : Quoriouprohata vif a senectns sit. Nous dirons aux jeunes Clercs : Ce qui est trop original, trop plaisant, quelque peu libre, évitez-le abso-

tnni, assuescere sacrilegnm est. « Labia Sacerdotis, ait, custodient scientiam, ot legem requirent ex ore ejiis » (Malae. ii, 7) ; non nugas profecto viil fabulas. Verbum scurrile, quod faceti urbanive nomine colorant, non sufficit peregrinari ab ore; procul et ab aiire releg-anduin. Fsedè ad i-achinnos moveris, t'œdiùs nioves.

' 8erait-il de trop de signaler ici ce qu'il y a de peu convenable dans le tutoiement entre séminaristes, entre confrères ? Les règlements des Séminaires s'y opposent formellement. Respectons-les sur ce point important, comme sur tous les autres : plus encore sur celui-ci que sur d'autres, parce que la dignité même de notre Ministère et, par conséquent, son influence sur les âmes, y sont intéressées. On sait l'origine du tutoiement. Elle ne le recommande pas. Nous le devons aux démocrates de la première Kévolution. Il fallait tout égaliser, et l'on se tutoya; les enfants surtout furent mis à l'aise ; et, par le plus choquant des abus, cette licence dure encore. <- Parmi nous, le tutoiement est l'expression d'un genre de familiarité, J'allais dire de camaraderie, complètement en désaccord avec le ton de dignité respectueuse, qui doit être la loi de toute société ecclésiastique. Déplacé en lui-même, il entraîne des habitudes de langage jlus déplacées encore. Il a pour première conséquence la suppression des formules de respect, usitées parmi nous, et qui, on le sait assez, sout incompatibles avec l'emploi du tu et du toi.... C'est avec raison que tous ceux qui ont tant soit

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hiiiiont; mais croyez aussi qu'il y a d'autres défauts qu'il faut rii^oureusement s'interdire, à votre âge : parler trop, ])arler sans rétiexion, au risque de blesser la charité ou de violer un secret, parler avec passion, trop affirmer, répondre vite, interrompre un interlocuteur, exprimer un avis contraire à celui d'un Prêtre supérieur à vous ou par l'âge ou par la position; et puis, s'amuser à contrefaire, à dire des traits d'esprit, à faire des calembourgs... tout cela, qui tantôt est un pur enfantillage, tantôt simple manque de savoir-vivre, et tantôt, malheureusement, inconvenance véritable, doit être banni, pour toujours, de la conversation et des mœurs d'un ecclésiastique.

AUisque omnihus, ajoute le saint Concile. — Toujours, en toute chose, en toute occasion: Quœcumque pudica. On veut tout laïciser, demeurons clercs. Même sous un vêtement séculier, s'il fallait quitter le nôtre par quelque nécessité, il faudrait qu'on pût nous reconnaître (à moins, assurément, que de graves raisons nous obligeassent à dissimuler. — Hélas ! nous traversons des temps qui pourraient, s'ils s'aggravent, nous amener à cette extrémité). Sic clecet onniino cJericos^...

peu le seutiineiit des convenanfe.s ecclésiastiques, déplorent Fiiivasiou du tutoiement dans le clergé. » M. Brancliereau, l'olifexse et concenaiices ecrlésiastiqufs, III« partie, section I'^', cliap. iv. — Une preuve de l'inconvenance du tutoiement entre Séminaristes et entre Prêtres, c'est l'interdiction absolue que la politesse en fait, en présence d'une personne éminente <'n dignité, d'un Evùque. etc. Ce que la politesse défend ici rigoureusement, le bon sens ecclésiastique doit l'interdire devant les laïques. C'est toujouis avec étonucment que les gens du monde entendent les Prêtres se tutoyer.

' Nous avons entendu dire, que l'usage du tabac à fumer devient de plus <'n plus général, dans le jeune clergé de quelques diocèses. Tous nos, vénérables anciens confrères seront certainement de notre avis, si nous disons que c'est extrêmement regrettable; et vraiment leur devoir est de réagir avec vigueur contre une liabitude si opposée à la gravité de notre sainte vocation.

III. Qucvcîimqne jnata. — « Tout ce qui est juste », équitable, conforme aux droits de chacun; tout ce qui indique do la rectitude et de la sagesse dans le jugement et la conduite. Nous demandons cette grâce précieuse toutes les fois que nous disons : Da nohi^ in eodem Spirifii recta sapere^. C'est la même grâce que Salomon sollicite dans cette prière : Da mihi seclhim tuarum assistricem Sapientîam'^.

« Tout ce qui est juste », exact, dans l'intelligence de la casuistique, dans la conduite à tenir avec les diverses personnes qui viennent nous avouer leurs fautes, nous confier leurs peines, nous soumettre leurs difficultés. Ceci ne regarde pas encore le jeune Clerc; mais il est nécessaire qu'il sache que cette intelligence saine, précise, pénétrante même, appartient à la grâce qui lui est offerte dès maintenant, dans l'étude de la théologie morale '^.

« Tout ce qui est juste », dans l'appréciation des personnes : amis, ennemis, indifférents. Ce i)oint est d'une très grande importance, pour un homme public; mais il est d'une difficulté extrême. Que notre Séminariste soit bien persuadé, qu'une appréciation juste n'est possible qu'à la condition de rejeter de son esprit toute prévention, toute précipitation, toute sévérité; que d'ordinaire l'indulgence est plus voisine du juste et du vrai, qu'une disposition défavorable; et que, lorsque la p)assion s'en mêle, nul homme n'est capable d'être tout-à-fait impartial. Dans ces rencontres, notre amour-propre blessé est in-

' Oral. De Spiritu Saucto.

2 Sap. IX, 4.

3 QuœciiiiKjiie Jiisia. — C'est aussi, plus tard, quand il aura à enseigner, une grande exactitude dans l'exposition de la doctrine, rien d'exagéré, rien de singulier, rien de liardi et de téméraire. Il faut (lu'il soit toujours le ministre du DiEf qui a dit: Ego Domùivs loqueux jiisl/iifiiii.aïuiKiiliaiiif recta (Isaiae xlv, 19) ; et que cette parole de la Sagesse puisse lui être appliquée : Aj^rienliir labiainea, u( recta liroetUcent (Prov..viri, C).

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failliblement un juge inique. Prenons garde aussi aux apparences. Elles trompent très souvent. Un jugement hâté est ordinairement un jugement téméraire : Quœciimqiiejîi.sfa.

« Tout ce qui est juste », dans l'appréciation des événements de la vie, bons ou mauvais, favorables ou défavorables. Le jeu que les iDassions des hommes y font communément, rend très obscure la part de responsabilité à assigner à chacun. C'est particulièrement vrai, quand il s'agit d'événements politiques i. Quelles complications! quel croisement, quel inextricable enchevêtrement d'intentions, de vues, de volontés, de faiblesses, de bien, de mal ! Savoir attendre, savoir douter, savoir reconnaître ce qu'il y a de bon, même dans un ensemble de choses détestables, faire la part des premières impressions que les hommes ont reçues, enfants, de leur éducation, du milieu où ils ont grandi, avant de produire les actes injustifiables dont nous souffrons peut-être... Que tout cela est difficile, et demande beaucoup de prières, de conseils, d'expérience ! Il est de rigueur qu'on ne l'oublie pas à vingt ou à vingt-deux ans. Car il y a des choses qui sont à cet âge très évidentes, et qui ne le sont plus à trente-cinq ou à quarante ans, et que l'on reconnaît être fausses plus tard à soixante.

Quœcumquejnsfa. — « Tout ce qui est juste »; c'est aussi le respect inviolable des droits du prochain. Or, il n'y a pas que les droits de justice, fondés sur une possession légitime. La supériorité hiérarchique est un droit ; la qualité de bienfaiteur est un droit ; la dignité, la position sociale, l'âge avancé, les cheveux blancs sont aussi des

' Nous avons conservé le souvenii' d'une parole, que nous disait notn^ vénéré professeur de Rhétorique, après les événements de 1848 : « Ah ! messieurs, les problèmes de L'i métaphysique sont du sucre, en comparaison des questions politiques » (^u'il avait raison !

LA PARFAITE FORMATION d'UXE AME SACERDOTALE 143

droits 1. Cui trihutum, trihutum ;... cui timorem, tîmorem; cul Jionorem, honorem ~.

IV. Quœcumque sancta. — Qu'est-ce à dire? « Tout ce qui est saint » comme objet de nos études, de nos connaissances : hœc cogifafe, dit saint Paul; et « tout ce qui est saint » comme objet de nos aspirations, de notre application, de notre généreuse volonté : hœc agite.

Premièrement, « tout ce qui est saint » comme objet de nos études, de nos connaissances. — La science de la sainteté, c'est la science du Prêtre. Qu'est-ce que la science de la sainteté? C'est la connaissance des progrès de l'âme depuis la conversion jusqu'à la charité parfaite : grande connaissance, sublime science; car elle n'est autre chose que la constatation du développement de la vie et des opérations de Dieu en nous. Elle est si vaste, il est vrai, qu'il ne faut pas espérer qu'on puisse la posséder, en sortant du Séminaire ; mais le pieux élève du sanctuaire est initié à ces grands secrets. Il étudie d'abord avec soin la Théologie morale, qui traite des vertus théologales et cardinales, des sacrements, de la prière ; il apprend en même temps, ou par des lectures, ou dans quelque cours particulier d'Écriture Sainte ou de Direction, ce que c'est que cette belle Théologie ascétique, trop peu étudiée, trop peu connue. Il ne peut devenir savant dans cette science; mais il est mis sur la voie. Il commence par se faire à laimême l'application des principes qui lui sont enseignés ; plus tard l'expérience, sans laquelle on ne sait jamais rien complètement, confirmera ses études; et il parviendra à connaître en quoi consiste cette action intime et toujours croissante de la grâce, par l'oraison, les dons du

' Parmi les conditions qu'exigée le saint Concile de Trente pour la promotion d'un ordre mineur à un autre, il y a celle-ci : Major erga Preshijteros reverentix. — Sess. XXIII, De Reformat., cap. xi.

* Rom. XIII, 7.

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.Saint-Esprit, et les Sacrements, dans une âme généreuse et fidèle. Au-dessus de cette belle et si bienfaisante connaissance, il y a la Théologie mystique. Il faudra tôt ou tard qu'il sache quels en sont l'objet et les principes, et les faits surnaturels et miraculeux qui lui sont propres. C'est moins utile au Séminaire. Il est toutefois à désirer que le jeune Clerc en ait quelque notion; mais qu'il n'y occupe pas trop de temps, et qu'il ne s'y applique pas avec curiosité. L'étude de cette partie de la Théologie générale demande avant tout un maître parfaitement sage et éclairé i.

(luœcumque xancta. « Tout ce qui est saint », comme objet de nos aspirations, de notre bonne volonté. — Il n'est pas de vertu, il n'est pas de degré de perfection, que le futur ministre de Jésus-Cheist ne doive aspirer à atteindre. Qu'il ne dise pas : « Je n'ai pas besoin de devenir un Saint ! » Il se tromperait. Qu'il ne dise pas : « Je ne suis pas un religieux ! » Il se tromperait aussi. Il est plus qu'un religieux, et il doit devenir Saint. Sanct/ esfote, quia ego Hanctus sum -. La sainteté a des degrés, elle a des moyens divers à nous offrir, pour nous sanctifier. Ce n'est pas tout d'un coup, qu'on monte à ces hauteurs si désirables ; ce n'est pas tous à la fois, qu'on prend les moyens, avec le secours desquels on s'élève à ces sommets. Mais il faut se mettre résolument en marche et avancer toujours. Kemo iniftens manum sîicon ad arafnim, et respiciens refro, apius

' On peut A'oir un abrégé de la Théologie mystique dans le Praxis confes.saru de saint Alphonse de Liguori. Il y est traité somniairenient de la contemplation, de ses degrés et de ses caractères, — des fiançailles spirituelles, — de l'extase, — du ravissement, — du vol de l'esprit, — du mariage spirituel, — des visions, — des révélations, etc.— 11 est vraiment digne de remarque, que le saint Docteur ait cru devoir initier tous les confesseurs à cette difficile science. Elle est donc, non seulement très sérieuse et très solidement fondée, mais pratique.

^ Levit. XI, 44, etc.

est regno Del i. Fratres, ego me non arbitror comprehendisse. Umim aidern, quœ quidem rétro sunt obliviscens, ad ea vero quœ sunt priora extendens meipsum, ad destinatuin persequor, ad hravium supernœ vocationis Dei, in Christo Jesu '-. « Il oublie le passé, dit saint Augustin, et il se porte avec transport vers ce qui est devant lui : le passé, c'est tout ce qui est temporel, et indigne, par conséquent, d'une âme appelée aux biens éternels : ce qui est devant lui, ce sont les vertus de sa nouvelle vocation, et la gloire du ciel qui en sera la récompense 3. » Quel beau spectacle présente aux regards des Anges un Séminariste tout préoccupé, humblement et avec amour, à devenir saint ; qui est attentif à recevoir et à faire fructifier toute grâce de lumière, de bon conseil, de saint exemple; qui se prépare, avec une grande foi et une tendre confiance, à toute relation intime avec Jésus-Christ : Visite au Saint-Sacrement, Oraison, sainte Messe, sainte Communion ; qui s'étudie, pour lui plaire, à pratiquer, suivant les occasions, l'humilité, la douceur, la simplicité, le dévouement, la mortification, la patience, la pauvreté, la modestie; qui, sans savoir précisément où il en est des divers degrés de la vie surnaturelle, opère, de fait, les œuvres de la vie purgative, par un esprit habituel de contrition et de pénitence; celles de la vie illuminative, par le soin avec lequel, dans la pratique des vertus, il s'unit â Notre-Seigneur, prend ses vues, s'anime de ses sentiments et s'essaie à vivre de sa vie; celles plus élevées de la vie unitive, dans laquelle l'amour pur devient comme une habitude de

* Luc. IX, G'2.

2 Philipp. III, 13, 14.

^ Ea (tenena) postposiiit Apostoli iutentio, quae rétro sunt obliviscentis : ubi temporalia cuncta oportet iutelligi ; et in ea quœ antè sunt cxteiiti : quœ appetitio est œternorum. — Enarrat In rsahn. — In Psalni. i.xxxix, u. 5. - Patr. lat., t. XXXVII, col. 1143.

Ifime. Toutes les autres vertus sont toujours pratiquées, cl les motifs qui leur sont propres, demeurent; mais, à vrcxi dire, tout est fait par amour i. Oh ! quel bon Prêtre le Cœur de Jésus se prépare ! Quelle consolation pour ce Cœur, hélas ! si triste et si affligé de la tiédeur de plusieurs et de la lamentable défection de quelques-uns ! Quelle joie et quel sujet d'espérance, aussi, pour l'Eglise, (|ui voit tous ses vœux se réaliser : Eluceat in eis totius forma jusfitlœ -.

• Quœcumque sancfa. « Tout ce qui est saint ! » Très aimé et privilégié Enfant de Dieu et de l'Église ! tout ce qui est pur, noble, délicat, grand, élevé, surhumain, angélique ! plus haut encore, tout ce qui est digne du Christ, tout ce qui est digne de Dieu !... C'est vous qui devez dire : « Je vis, non ! ce n'est pas moi qui vis, c'est Jésus-Christ qui vit en moi 3. » C'est pour vous que Jésus a dit : « Soyez parfait, comme votre Père céleste est parfait 4, » Oh ! « si vous saviez le don de Dieu 5 ! » Oh ! si vous aviez l'intelligence de la grâce glorieuse, qui vous est faite ! Si les magnifiques desseins de la Très Sainte Trinité vous étaient dévoilés ! Oh ! quelle vie d'innocence, de ferveur, de pur amour, serait la vôtre ! Quœcumque sancta !

' Quidquid praeripitur, in solâ charitate solidatur. Ut enim multi arboris )";ii:ii ex unâ i-adit-e prodeunt, sic multœ virtutes ex iinâ charitate gênerai itiir... — S. Greg-. Papa, In Ei-ançjeUa, lib. II, Hom. XXVII. — Brer. lîo n., in Viyiliis Aposlolorum. — Patr. lat., LXXVI, col. 1205.

- Poiitilicale Rom. — In ordinafione preshyt. — Prœfatio.

•' Galat. II, 20.

* Mattli. V, 48. — Illi qui in divinis ministeriis applicantur, perfecti in \ iitute esse debeut. — S. Thomas, In quatuor sentent. Dispiit. XXIV, q. m, a. 1. — Item, II, II, q. clxxxiv, a. (l.

■'• Joaini. IV, 10.

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