SUITE DU MFME SUJET — LA MORTIFICATION
La Mortification ciirétienne fait les âmes viriles, Timmortiflcation les âmes lâches et efféminées. Mais il y a un milieu entre l'une et l'autre. « Pas d'excès, dira-t-on, pas de raffinement de sensualité, pas de recherche du plaisir, de la bonne chère, de l'oisiveté molle et sans but; mais, pas de gêne. Le point de vue que le bon sens veut qu'on adopte, est celui de la santé, de l'hygiène. Une certaine modération, de la retenue, toutes les bienséances possibles parfaitement gardées ; mais rien de plus. S'observer, veiller sur soi, sur ses pensées, ses imaginations, ses goûts, certains plaisirs honnêtes, se défendre une certaine jouissance de cœur, s'interdire un certain bien-être de la chair; c'est trop austère. » Voilà le langage du monde. Évidemment, tout n'est pas défendu; mais l'esprit chrétien est un feu, qui dévore même ce qui, étant permis, est dangereux, à cause de l'infirmité de notre nature et de son inclination au mali. Il faut mettre en principe, dit saint Paulin deXole, que celui qui s'accorde tout ce qui est
1 Non quaecumqiie vultis, illa faciatis. — Galat. v, 17.
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permis, finit infailliblement par commettre ce qui n'est pas permis i.
Du reste, sans plus de raisonnement, voici le code invariable de la vie nouvelle, que nous avons reçue de JÉsus- Chklst parle Baptême :aS7 quis viilt post me venh-e,abneget semetipsuîu, ettoUat crucemsuam quotidiè, et sequatur me 2. Etenhn Chi'i.stns non sihl placulf ■^. Qui auteiu sunt ChrisH, varnerii siiam cnicifixerunt cum vitiis et concuplscentiis'^. Semper morti/ïcafiouem Jesu in corpore nostro clrcumferentes, ut et vita Jesu manifestetur in corporilms nostris. Semper enim nos, qui vivimus, in niortem tradiniur propter Jesum ; ut et vita Jesu manifestetur in carne nostrâ mortali'o.
Donc, que le disciple de Jésus-Christ veille, et soit armé contre lui-même. C'est pour lui, bien plus que pour les simples fidèles, que saint Paul a dit : Fratres, si secundum carneni vixeritis, moriemini ; si autem spiritu facta carnis mortificaveritis, vicetis^. 11 faut qu'il vive, et de quelle vie? Christus , vita vestra'^. Mihi vicere CTiristus est^. Or, « toute la vie du Christ n'a été que croix et martyre. » Tota vita Christi Cntx fuit et marti/rium^. Que
• Quod non expediebat admisi, dum non tempero qnod licebat. — Ad Severum, Epistol. XXX, n.3. — Patr. lat., t. LXI, col. 3-23. — « En effet, dit Uossuet citant ces paroles, celui qui prend sa course avec tant d'ardeur» dans ce vaste champ des choses licites, doit craindre qu'étant sur le bord, il ne puisse plus retenir ses pas ; qu'il ne soit emporté plus loin qu'il ne pense, ou par le penchant du chemin, ou par l'impétuosité de son mouvement ; et qu'enfin il ne lui arrive ce qu'a dit de lui-même le grand saint Paulin: Quod non expediehat, etc. — Sermon pour une Vêture, 8 septembre 1600.
2 Luc. IX, 23.
^ Rom. XV, 3.
* Galat. V, 24.
•'' II Cor. IV, 10, 11.
« Rom. VIII, 12, 13.
' Coloss. III, 4.
8 Philipp. I, 21.
** De Imitât. V/irisfi, lib. II, cap. xii, n. 7.
toute âme sacerdotale se persuade, qu'il n'y a rien de sérieux, dans la piété, dans l'amour de l'étude, dans les œuvres de zèle, dans la vie la plus édifiante pour le peuple, et même la plus fructueuse pour l'Eglise, sans un esprit appliqué, vigilant, vigoureux et constant de mortification. « Le règne de Dieu » et par conséquent la vraie gloire de Dif.u « est au-dedans de nousi », et la vraie gloire de Dieu est dans la ruine de ce moi, que Notre-Seigneur a désigné, quand il a dit : Si quisvuîtpost me venire, abneget semetipsum. Et ce mol, c'est toutThomme; c'est son esprit, c'est son cœui", c'est sa volonté, c'est sa chair.
Oh! qu'il est désirable que, de très bonne heure, le fervent Séminariste s'exerce à cet esprit de destruction, de ruine et de mort; et que, de même qu'il en porte extérieurement le témoignage par la sainte soutane, il en ait dans le cœur les sentiments, et il en fasse les œuvres en toute sa conduite.
Il y a d'abord la mortification de l'esprit. L'esprit est vain dans ses vues, ses imaginations, ses souvenirs ; ou bien léger, mobile, inattentif, inappliqué; ou bien absolu, opiniâtre, contentieux; ou bien curieux, ou singulier, ou bizarre ; ou encore vif, impétueux , ennemi de la contrainte. Tous ces défauts sont indiqués bien sommairement.
Il faut arriver à se connaître et ensuite à lutter énergiquement. C'est là, dans cette lutte, dans la manière de l'engager, de la diriger, de la faire triompher, que paraît en particulier l'excellence de la Direction spirituelle.
Il y a la mortification de l'amour-propre. L'amourpropre est pétri de vanité, d'égoïsme, d'affectation de
1 Ecce enim regnum Dei intra vos est. — Luc. xvii, 21.
dig-nité et de réelle bassesse, de dissimulation, de jalousie, de sotte tristesse, de sotte joie.
Il y a la mortification du cœur et de la partie sensible de nous-même. Toutes les fois que Dieu n'est pas le principe et la fin de nos affections, nos affections s'égarent. Un homme d'esprit a dit : « Heureux ceux qui ont une lyre dans le cœurM » c'est-à-dire, un tel ordre, une telle harmonie, que la' grâce divine y reconnaisse sonœuvre, et que tout y soit cantique pour l'honneur de Dieu. H y a des cœurs déjeunes gens, trop tendres, trop étrangers à la grâce divine de leur chasteté sans pareille ; mais il y a des jeunes gens qui n'ont point ou presque point de cœur, qui ne sont pas sensibles à une affliction, à un malheur public ou privé, aux épreuves de l'Eglise, à la perte des âmes. Cette insensibilité, cette dureté est un mal redoutable, dans un Prêtre, parce que sa mission est de compatir 2.
Que la réforme du cœur occupe une grande place dans les examens de conscience, les examens particuliers, les rendements de compte du jeune Clerc. Nous avons déjà attiré son attention sur ce sujet. Il est certain qu'il est tenu d'étudier, au point de vue de la mortification, le travail qu'il doit faire, et, par toute sorte de moyens, prière, lecture, oraison, conseil, tout réformer et établir dans la vérité.
Il y a la mortification de la volonté. La volonté, c'est nous. Là se porte l'activité de notre esprit et de notre cœur ; et la mesure suivant laquelle la volonté accepte et s'approprie cette activité, c'est la mesure de notre
1 Joubert, Fensées, titre IX, lxjixi.
^ Non habemus Pontiticein, qui non possit compati infirmitatihusnostris.
— Hebr. iv, 15. — Oinnis namque Pontifex ex hominibus assnmptus, pro liominibiis constituitur... Qui condolere possit iis qui ignorant et errant.
— Hebr, v, 1, 2.
valeur morale. C'est donc la volonté qu'il faut principalement combattre et mortifier impitoyablement, en tout ce qui est déréglé. Elle a, suivant les hommes, des caractères très différents. Il y a la volonté lente, lâche, paresseuse, presque inerte pour l'accomplissement du devoir, la fuite du mal, l'application à la vertu. Il y a la volonté inconstante, inégale, sans suite, prompte à formuler des résolutions, presque toujours infidèle à les tenir. Il y a la volonté entière, absolue, indépendante, insomnise à l'autorité, fîère en présence d'une injonction légitime, préoccupée de ne rien céder de ce qu'elle regarde comme ses droits à l'autonomie, à la liberté de ses décisions. Elle accorde ce qui ne peut pas être convenablement refusé; mais, lors même qu'elle paraît se plier au dehors, elle fait ses réserves au dedans. Ce genre de volonté est malheureusement très commun aujourd'hui. Cela tient à nos perpétuelles révolutions, qui ont abaissé, avili même l'autorité temporelle. Mais toute autre autorité s'en est ressentie.
Oh ! de grâce, que notre cher Séminariste qui a malheureusement, lui aussi, respiré l'air empesté de ce siècle d'insubordination et de révolte ; qui a entendu les intelligences les plus ignorantes et les plus bornées parmi le peuple, tant déraisonner, tout jugei', tout décrier, tout vilipender; qui a lu peut-être ses funestes feuilles publiques presque toutes si irrespectueuses envers tout pouvoir; qui a assisté à tant de conversations où chacun s'érige en juge souverain de tout le monde et de toute chose; — qu'il s'étudie, qu'il s'examine avec le plus grand sohi sur ses dispositions intérieures de soumission humble ou d'indépendance, de modeste et sérieux respect de tout supérieur, ou de suffisance et de légèreté à juger, à critiquer, à condamner leurs actes,ordinairement si difficiles à appré-
cier sainement;. Un texte de saint Paul, dont nous ferons le commentaire au chapitre suivant, nous rappellera ce grave sujet.
Mais, nous avons parlé de certaines volontés défectueuses : l'une par son manque d'activité, l'autre par son inconstance dans son activité. Il faut absolument tirer la première de son inaction et de son indolence. Il est écrit: « Le royaume des cieux souffre violence, et les violents seuls l'emportent i. » Et encore : « Aux timides, c'est-àdire, aux lâches, aux paresseux, la part qui leur est réservée, c'est le feu, c'est le soufre, dans l'abîme enflammés. » Quelle misérable vie que celle d'une âme sans vigueur, sans énergie ! Quand, dès le Séminaire, on se laisse aller â cette nonchalance de la volonté, on peut craindre beaucoup de fautes, si l'occasion en est offerte, et, dans le ministère, la plus déplorable stérilité. Donc, que la foi soit comme une verge, qui excite impitoyablement une si malheureuse apathie.
C'est aussi la foi qui, avec ses consolations, ses terreurs et ses espérances, donne à l'âme inconstante tout ce. qu'il faut de virilité pour persévérer dans le bien. F'dioli mei, non dUigamiis verho, 7ieque linguâ, secl opère et veritate 3. Qui autem perseveraverit usque in fi^iem, hic salvus erit *.
Il serait facile de s'étendre longuement sur des sujets qui demanderaient un volume. Il suffit sans doute d'attirer sur ces points si sérieux l'attention du Séminariste. Nous ne perdons pas de vue, qu'il jouit de l'inestimable grâce de la Direction. — Nous passons à la considération
» Matth. XI, 12.
'■i Timiflis autem... par.s illorum erit iu staguo ardeuti igue etsiilphure. Apoc. XXI, 8.
2 I Joann. m, 18.
* Matth. X, ■22.
de la mortification de la chair ; et c'est ici encore tout un monde.
Sous un rapport, la chair c'est tout l'homme. Plusieurs fois l'Ecriture l'entend ainsi i. La chair, c'est cette concupiscence qui est en nous depuis notre conception au sein de nos mères, et qui ne meurt jamais 2, En ce sens, il y a de la chair dans les opérations de notre esprit, dans les affections de notre cœur, dans les déterminations de notre volonté. Elle est partout ; elle caractérise notre condition présente de créature déchue, mais il semble qu'elle réside et qu'elle opère surtout dans nos sens, dans les organes des sens, dans tout notre corps 3. Quelle lutte vigilante, constante, énergique, terrible parfois, contre nous-même, contre la tyranique « volonté de la chair », comme l'appelle saint Paul ^, si nous voulons réussir à faire prévaloir l'esprit contre elle ^ ! L'ennemi est toujours avec nous, il est en nous, il est nous-même ; et il est insidieux, actif, opiniâtre; tantôt ardent et impétueux, comme s'il voulait prendre la place d'assaut; tantôt caressant, flatteur, enjoué, comme s'il n'y avait rien à craindre avec lui 6. Condelecfor legi Del secundùm interiorem hominem ; video auteni aliam Jegem in memhris meis, repugnantem
» Cfr. Gènes, vi, 12. — Deuteron. v, 26. — Rom. m. 20. — I Cor. i, 29. — Ephes. VI, 12, etc.
* Non cessât, et non moritur ho.stis, nisi in resurrectione mortuorum. — S. Ang-. Enarrat. in Psahn. — In Psalm. cxlviii, n. 4. — Patr. lat., t. XXXVII, col. 1940. — Voir la thèse, clans Suarez : De Grafiâ, lib. IX, cap. VII : Utrum in hominibus lapsis et viatoribus j)ossit gratia ità crescere, ut fomitem etiam peccati omnino extinf/uatf — (Edit. Vives, t. IX, p. 500).
8 Cf. Bossuet, Traité de la concupiscence, — svirtout les sept premiers chapitres. — Quelle manière magistrale de traiter ce grave sujet ! Ce sont de mag'nifiques pages de théologie, qu'il faut lire de bonne heure.
* Facientes voluntatem carnis. — Ephes. ii, 3. 6 Galat. v, 17-19.
* Velimus, nolimus, titillant (concupiscentise), blandiuntur, stimulant, infestant, surgere volunt. — S. August. Seviii. CXXVIII, n. 1.1. — Patr. lat., t. XXXVIII, col. 718.
Ji'll'i mentis nieœ, et captlvantem me in lege peccati, qtiœ est in memhris nieis. InfeJix egohomo ! quis me liberahit de corpore mortis liiijus i? Quel cri termine cet aveu! Augustin le poussait au milieu de ses luttes désolantes 2. Chacun de nous a senti cette oppression, cette angoisse, cette agonie. Mais, ce n'est pas de sentir qu'est le mal, c'est d'être défait et vaincu. A l'œuvre donc, avec humilité, mais avec magnanimité; avec prudence, mais sans faiblesse 3. La mortification chrétienne ou, comme dit saint Paul, « la mortification de Jésus » assiste et commande à toutes nos actions: le boire et le manger, la démarche, la pose que nous prenons, couché, assis, debout, le lever, le coucher, tous les soins qu'exige le corps, tout ce qui est du sens du toucher, les perceptions de l'ouïe, le goût, les regards sur les personnes, sur les choses, dans un livre, sur des tableaux, les relations de société, les paroles, les écrits, etc. Parce que tout i^eut être vicié, la mortification a le droit d'intervenir, d'observer, de contrôler, d'interdire : non que tout ce qui est plaisir des sens soit péché, mortel ou véniel; mais la vraie vertu n'est pas seulement l'exclusion du mal, elle est surtout l'habitude prise de faire le bien. Sans cette surveillance vigilante et impérieuse de la mortification, le péché véniel abonde dans une vie d'ailleurs édifiante. Plusieurs Théologiens n'enseignent-ils pas, que même les justes commettent plusieurs péchés véniels chaque jour; que peu d'heures se passent, trois ou qucitre
1 Rom. vir, 22-24.
2 Confession, lib. VIII, cap. v. — Patr. lat., t. XXXII, col. 760.
•'' Coiitendunt nobiscuni quoticTiè tentatioiies, contendnnt quotidiè delectationes. Etsi non consentianuis, taineu molestiam patimur, et contendimus ; et magnum periciihim est, ne qui contendit, vincatur; si autem, non consentiendo, vincamus, molestiam tamen patinuir resistendo delectationibus. — 8. Angust. Enarrat. in Psahn. — In Psalm. cxlviii, n. 4. — Patr. lat.,t. XXXVII, col. 1940.
au plus, sans que ces chutes se produisent i ? Voilà bien notre étrange fragilité. Que serait-ce donc si une certaine négligence donnait plus de carrière à notre active et prompte concupiscence ? Comme ils se multiplieraient ! Comme ils affaibliraient rapidement en nous la vie divine ! Comme ils parviendraient, sinon par leur gravité, dit saint Augustin, du moins par leur multitude, à nous incliner vers une ruine fatale - !
Voici quelques détails utiles.
Que le jeune Clerc prenne l'habitude d'une certaine austérité, dans ses rapports avec lui-même. Que son lit soit un peu dur. Que le temps du sommeil soit sévèrement limité. Le règlement du Séminaire donne près de huit heures ; c'est la plus extrême limite. Que ce temps ne soit jamais prolongé, soit au Séminaire, soit en vacances, sauf les cas de maladie ou d'indisposition (et ces cas sont toujours sousentendus, dans les conseils que nous donnons ici). Qu'il n'hésite jamais à secouer la somnolence, la paresse, dès le premier coup de la cloche. Que ses premiers mouvements soient prompts, et que le cœur s'élève à Dieu, à mesure
1 Ex quibus coUigitiiv neminem vitasse seu vitare posse omnia peccata venialia per longum tempus... Sed quferet aliquis quantum sit hoc tenipus.
— In hoc Soto et Vega uniiis diei tenipus admittunt. Aliis nimhim hoc videtur, quia de justo dicitur : Septiès in die cadere (Prov. xxiv, 1(5). Et ideo venialia bac vocantur peccata quotidiana. Alii vero assignant triiim vel quatuor horaruni tempus. Existimo tamen hoc tempus non posse omnino detiniri, quià pendet ex variis circumstantiis, ut ex complexione, etc. — Suarez, De Gratiâ, lib. IX, cap. viii, n. 26, 29. — (Edit. Vives, t. IX, p. 521, 522)
- lu ipsis ahmentis, qua- utique concessa sunt, si forte excedis modum, et aniplius accipis quàm necesse est, peccas. Quotidiana suut ista quœ dico ; sed tainen peccata sunt ; et uoii sunt levia, quia plura. Quia vero quotidiana et plurima, timenda est ruina multitudinis, etsi non magnitudinis. — Serm. IX (aliàs, de tempore 96), cap. xi, n. 17, 18. — Patr. lat., t. XXXVIII, col. 88, 89. — Cfr. eumd. S. August. Contra Jitlianum, lib. IV, cap. xiv, n. 66.
— Patr. lat, t. XLIV, col. 770. — Item Enarrat. in Psalm. — Psalm.cxviii, Serm. III, n. 2. - Patr. lat., t. XXXVII, col. 1508.
que se succèdent les premiers instants qui séparent le lever de la prière du matin. Rien de mou, rien de lang'uissant.
A rOraison, à la sainte Messe, que la pose du corps soit ferme, sans raideur, mais sans concession faite à une lassitude imaginaire.
Au repas du matin, de midi, du soir, du soir surtout, toujours quelque mortification; un rien peut suffire, pour nous maintenir dans l'esprit vigilant et sérieux de la mortification chrétienne.
Dans la cellule, point de laisser-aller séculier. Rodriguez a une histoire sur les jambes croisées: il faut se souvenir de la leçon. — Eviter toute espèce de temps perdu, de vague d'esprit, tout ce qui pourrait ressembler à de la rêverie et qui serait une funeste oisiveté.
A mesure qu'il avancera dans les études théologiques, il apprendra certaines choses qu'il n'est jamais sans danger de savoir. Qu'il sanctifie cette initiation aux mystères de la vie humaine, par une grande pureté d'intention, et qu'il n'en parle jamais qu'à son professeur ou au Directeur de sa conscience.
En récréation, racontant les choses du passé, certaines rencontres durant les vacances, ce qu'il a vu ou entendu; qu'il soit d'une parfaite circonspection.
En promenade, il est très insignifiant de remarquer si la personne que l'on rencontre est une paysanne ou une jeune fille. (Nous parlons des promenades collectives du Séminaire.) Il a certainement déjà entendu parler du pacte que fit Job avec ses yeux i.
Il ne se permet jamais une familiarité quelconque, dans ses gestes, avec un de ses condisciples. Saint Jean Climaque a dit du toucher : Nihil sensu isto periculoslus 2.
' Job, XXXI, 1.
« Scala paradlui, grad. XV. - Patr. grœc, t. LXXXVIII, col. 890.
LA JIORTIFICATIOX 129
On ne peut toujours éviter de se toucher soi-même; mais qu'il répudie et désavoue toujours toute espèce de sensualité. Que veut dire saint Paul par ces paroles : Ca^figo corpus meuni, et ni serritiifem rediçjo : ne forte cunt (dils prœdîcav er'i m , ipse reprohus effîciar^ '? Il ne s'agit pas ici de conseiller un excès quelconque à un jeune homme, qui a besoin de fortifier sa santé, déjà délicate peut-être ou éprouvée par la vie sédentaire du Séminaire; mais, sans rien faire qui puisse le moins du monde la compromettre ou l'altérer, que de saintes et sages pratiques de mortification sont familières au Séminariste fervent !
Certaines habitudes de simplicité et même de pauvreté appartiennent aussi à la vertu de mortification : étoffe l^our soutane et autres parties du costume ecclésiastique, forme de la chaussure, linge, mouchoirs ; tout cela peut concourir à la pratique de cette grande vertu. Saint Vincent de Paul allait au conseil d'Anne d'Autriche avec une soutane rapiécée. Il n'est pas nécessaire, pour être un Séminariste fervent, d'avoir une soutane rapiécée ; mais si nous la portons telle, parce que peut-être le vénérable Prêtre, qui a commencé notre éducation sacerdotale, nous en a fait présent, ce signe de la sainte pauvreté, tant recommandée aux Clercs -, est une très assurée bénédiction pour le pieux Séminariste: et n'est-ce pas une manière humble et touchante de réaliser la parole du grand Apôtre : Semper mortifcafionem Je.su in corpore nostro circiimferentes t
1 I Cor. IX, 27. — SaiDt AniVnoise écrivant au clergré de Verceil dit sans hésiter : Qui non castigant eorpns suuni, et volunt prœdicare cœteris, ip.si reprobi hahentur. — Epist. ad EcrJesiam VerreU. — Kpistol. I class. — F.pist. I.XIII, n. 7. - Patr. lat., t. XVI, col. 1191.
- Ipse Dominiis pars Clericonini est... Habens victiim et vestitum,liis contentas ero, et nudam crTicem nudns sequar. — 8. Hieronym. Epist. LU (aliàs 2), ad Kepotianum, n. .">. — Patr. lat., t. XXII, col. 031.
i;50 LA MORTIFICATION
Mais, puisque nous venons de nommer de nouveau notre chère et bénie soutane, ne terminons pas cette étude sur les graves enseignements qu'elle nous donne, sans nous exciter à un tendre amour pour elle. Nous n'oublierons jamais ses grandes leçons sur la Pénitence et la Mortificatioii. Mais que d'autres précieux biens, elle nous fait ! C'est elle qui nous distingue du siècle, qui nous en tient éloigné, qui nous préserve, par conséquent, du danger de ses réunions et de ses fêtes. C'est elle qui, dans les temps de voyages surtout, quand nous sommes, bon gré mal gré, sous l'intiuence de l'esprit de mollesse, de lâcheté, ou de dissipation et de licence, qui est l'esprit du monde, nous oblige à la réserve sainte d'une âme consacrée, et nous fait vivre toujours dignement, selon la grâce sublime de notre vocation. On a dit : « Les habits modestes rendent modestes i. » Notre vêtement est saint ; il doit donc nous rendre saints. Il nous rappelle sans cesse notre Élection éternelle, notre consécration universelle à Dieu, et notre intime et glorieuse union à Jésus-Chklst... 0 aimé, ô vénéré, ô très saint vêtement ! plus beau que le manteau des rois et des triomphateurs ! puisqu'il est pour nous comme Jésus-Christ même : Induimini JJomlnum Jesum Chrlstum -. Quand nous le prenons chaque matin, nous éprouvons la vérité de cette belle parole de saint Grégoire de Nazianze : Christus, magna Sacerdotum tunica^\ et nous disons, avec une émotion qui se renouvelle tou-
i Une très juste pensée de Joiibert : « Les habits modestes rendent modestes ceux qui les portent; compliqués, ils amènent insensiblement quelque complication dans les manières des personnes les plus simples. Tous les hommes ne peuvent pas se donner un habit assorti à leurs mœurs ; mais tous assortissent inévitablement leurs manières à leur habit. » — J'eiisées, titre VIII, cxii.
'^ Rom. xm, 14.
^ Ap. Tronson, Exaviens partie: Des dispositions qu'il faut avoir en s'habillant. — S. Greg. Naz. Oratio XL. — Patr. graec, t. XXXVI, col. 40i>
jours : Domhius pars hœreditatis meœ et calicis mel... Ce Seigneur bieii-aimé qui est notre part, c'est Jésus-Christ. Le Religieux fervent aime le saint habit de sa professionet certes, il a raison. Ce vêtement que l'Église a bénit, et qui a été témoin de tant de grâces reçues et de tant de promesses solennelles, est vénérable plus qu'il n'est possible de l'exprimer. Mais, notre soutane est plus sainte et plus vénérable encore, puisque notre grâce, l'éminente grâce de notre vocation, l'emporte de beaucoup, malgré notre indignité, sur la grâce du simple religieux.
On sait le trait de saint François de Sales, quand il entra dans la cléricature. C'est le 13 mai 1593;, qu'il revêtit le saint habit ecclésiastique. Or, le nouveau Clerc avait un extérieur si recueilli, que quelqu'un se permit de lui dire : « Vraiment, il semblerait que vous prenez l'habit de Capucin. » « Ah ! Monsieur, répliqua le Saint, je prends l'habit de saint Pierre. Ce n'est que par dispense, que nous sommes sécularisés à l'extérieur ; au dedans, nous devons être des religieux sous la règle et les liens du Prince des Apôtres i. »
Édifiantes et instructives paroles, qu'il nous faut dire, nous aussi, toute notre vie, comme étant vraiment l'expression de nos sentiments intérieurs et de notre conduite extérieure.
* Vie de saint François de Sales, par M. Hamoii. — Liv. I, cliap. v.