LES ORDRES MINEURS — L ORDRE DE PORTIER
Dans la cérémonie de la Tonsure et dans les diverses Ordinations qui vont suivre, l'Évêque représente le Père, .Source première et unique de tout Sacerdoce en son Fils, le Verbe Incarné, et dans l'Eglise. Le Prêtre qui reçoit le Sacerdoce par le ministère de l'Evêque, c'est Notre-Seigneur Jésus - Christ. Seulement, tandis que Notre-Seigneur, institué et sacré Prêtre parle Père, au moment de sonincarnation, est dès lors Prêtre en toute laplénitude et la perfection de sa Sacriflcature, le Prêtre, d'abord clerc, puis minoré, sous-diacre, etc., ne reçoit que peu à peu, si l'on peut dire ainsi, la grâce et la dignité de son Sacerdoce. C'est à cette progression lente que nous allons assister. Mais, parce que Notre-Seigneur a voulu, dans la conduite de sa vie et dans la suite de ses Mystères, donner en quelque sorte une règle à suivre à son Eglise, il est certain que, malgré la plénitude très parfaite de son Sacerdoce, dès le premier moment de son existence, il a voulu, selon le dessein de son Père, remettre à la fin de sa vie l'exercice extérieur de sa Sacriflcature, en ne s' immolant qu'a <;e moment suprême, sur la Croix ; et, en attendant cette divine et suprême consommation, il a fait ce que nous
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voyons qui s'accomplit dans l'initiîition du Clerc au Sacerdoce. Premièrement, en son Incarnation, il a opéré sa divine Vêture, nous l'avons dit ; et, comme expression de ce Mystère, nous avons vu le Clerc se présenter à l'Evêque, portant, lui aussi, un vêtement de mort, et disant, avec humilité, comme le Verbe Incarné : « Ecce venio! voilà que je viens. » Le Verbe est déjà Prêtre, et il se fait Hostie : Holocautomata pro peccato non tibi placuerunf ; tune dixi: Ecce venio ! Le jeune Clerc, animé déjà de l'esprit de Sacrificature de Jésus-Christ, se fait aussi Hostie, il se consacre, il se voue, il s'immole ; car il veut que sa dédicace k Dieu soit complète : Domînus pars Jiœreditatis Tneœ^,
Mais, voilà que maintenant il va être introduit par plusieurs Ordres véritables dans le Sanctuaire ; il va être Portier, puis Lecteur, etc. Comment, en cette initiation plus particulière, plus expressive, imite-t-il le Verbe Incarné, Souverain Prêtre ? et comment, à mesure qu'il marche sur ses traces, s'avance-t-il dans la voie de Victime et d'Hostie ? C'est ce que nous allons voir ~.
' Tonso capillo, Deo dedicantui-. — Catecli. conc. Trid. cap. xxvi.
- Notre dessein n'est pas de traiter les questions qui sont du domaine de la Tliéologie scholastique. Les Ordres mineurs sont-ils un sacrement? Impriment-ils un caractère? etc. — Nous connaissons le sentiment de S. Liguori, qui pense que le Sacerdoce et le Diaconat sont seuls un sacrement {Theolog. moral, lib. VI, n. 737). "Quant à la question du caractère •sacramentel, nous ne pouvons pas ne pas être de l'avis de S. Thomas : « Utrùm in sacramento ordinis imprimatur cliaracter, quantum ad omnes ordines ? — Respondeo dicendum quod circà hoc fuit triplex opinio. Quidam enim dixerunt quod in solo ordine Sacerdotali character imprimitur ; sed hoc non est verum, etc. Alii dixerunt quod in sacris ordiniljus imprimitur character, non autem in minoribus. Sed hoc iteriim nihil est, quià per quemlil)et ordinem aliquis constituitur suprà plebem in aliquo gradu potestatis ordinatfe ad sacramentorum dispensationem. Undè cùm character sit signum distinctivum ab aliis, oportet quod in omnibus character imprimatur ; cujus etiam signum est quod perpetuo manent, et nunquam iterantur. Et haec esttertia opinio, ^ua- communior est. » — Sujjplement.q. xxxv, art. "i, c. — Ce qui est aussi très digne de remarque, c'est l'antiquité des Ordres mineurs. S. Denys l'Aréopagite, quia dû écrire son traité de la Hiérarchie
160 LES ORDRES MIXEURS
V Ordre de Portier. — Les ordinands ont été appelés par
r Archidiacre: Accédant, qui ordinandi sunt ad officium
ostiarlorum; ils s'avancent vers l'Evêque, couverts du
saint « vêtement de la Religion » , la soutane et le surplis ;
ils se mettent à genoux ; et alors l'Evêque, assis et la mitre
sur la tête, leur adresse l'allocution suivante :
« Suscepturi, Filii charissimi, officium Ostiariorum, videte qua.- in domo Dei ag'ere debeatis. Ostiarium oportet percutere cymbahim et campanam, aperire ecclesiain et sacrai'ium, et librum aperire ci qui praidicat. Providete ig'itur ne, per neg-lig'entiani vestram, illarura reruin, qua? intrà ecclesiam sunt. aliquid depereat, cei'tisque horis domuin Dei aperiatis fldelibus, et semper claudatis infidelibus. Studete etiam, ut, sicut materialibus clavibus ecclesiain visibilem aperitis et cbiuditis, sic et invisibilem Dei domum, corda scilicet tidelium. dictis et exeraplis vestris, claudatis diabolo, et aperiatis Deo ; ut divina verba, quae audierint, corde retineant, et opère compleant. Quodiu A'obis Dominus perflciat per misericordiam suam. »
Que ces paroles sont graves et touchantes! Le nouveau Portier aura le droit et le devoir (officiuni) «de sonneries cloches, d'ouvrir l'Eglise et d'ouvrir le livre à celui qui annonce la parole de Dieu.» Immédiatement après l'allocution, l'Evêque livre les clefs de l'église à l'ordinand, disant : Sic agite, quasi reddituri Deo rationem pro his rébus, quœ his clavibus recluduntur. Puis, on le conduit à la porte de l'église, qu'il ferme et qu'il ouvre, et on lui présente la corde des cloches, qu'il met en mouvement et fait sonner. Cette cérémonie achevée, il revient devant l'Evêque, qui invite les fidèles à prier pour le nouveau Portier, et enfin il dit l'Oraison suivante :
<i Domine Sancte, Pater omnipotens, a'terne Deus, bene h dicere dig-nare hos famulos tuos in officium Ostiariorum; ut inter janitores Ecclesia' tuo pareant obsequio, et inter electos tuos partem tuae
ecclésiastique vers Tan 70, les désigne assez explicitement. —De Ecdesiasl. Jllerarih. cap. m. — Patr. grœc, t. III, col. 4"27-44-2. — Cfr. Darras, Ilist. fjéiu'r. de rJ'J;jlise, l'o époque, cliap. vi, § ix (t. VI, j). '.iXÀ).
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mereantiir liabere inercedis. Per Doiiiiiuiin Xostrum Jesuni Cliristxim Filium tuiim, qui tecum vivit et régnât in unitate Spiritûs Sancti. Deiis, per oiniiia sa?cula saîculoruin. Amen.»
L'Archidiacre dit alors : Becedanf qui ordinafi .'iunf ad officium ostiarionim : et la première Ordination est achevée ; mais quand le Portier se retire, portant la grâce nouvelle qu'il vient de recevoir, Notre Seigneur Jésus-Christ est en lui, pour le faire vivre, non point de la plénitude de son Sacerdoce, mais de cette part de son esprit sacerdotal, suivant laquelle il est lui-même le vrai et unique Portier de l'Eglise. Expliquons avec soin ce Mystère.
Nous avons dit comment le Fils de Dieu ne devait consommer l'œuvre de son Sacerdoce, son Sacrifice sanglant sur la croix, qu'à la fin de sa vie; mais auparavant, donnant à la sainte Eglise la forme et comme l'exemplaire de ses rits, il a voulu faire les fonctions pour lesquelles les divers Ordres mineurs et majeurs ont été institués. Il a donc été, d'une manière éminente. Portier de son Père et de l'Église, quand il est venu en ce monde.
L'humble Clerc, qui vient d'être ordonné, annonce par le son des cloches l'heure des grâces divines ; il ne le fait pas au hasard, mais « à des heures déterminées, » dit le Pontifical i ; et quand cela est fait, il se dispose à ouvrir le saint Temple. C'est l'imitation de l'adorable conduite que le Fils de Dieu a tenue, avant de venir parmi nous, d'instituer l'Église, et d'y faire entrer la multitude des nations. « Il a ouvert la bouche des Prophètes, >^ dit saint Augustin -, et il s'est fait annoncer. Comme les cloches
' Ad (listinctionem ceitarum horariim. — De ordinat. Oxlicirlur.
- Et aperiens os suum... nisi forte non vacet, qiiod nuiic eum dictvini pst aperuisse os suiim, quod ipse, iu lege veteri, aperire soleret ora Prophetarum. — De Serin, Doinuii in monte, lib. I. cap. i, ii. 2. — Patr. lat., t. XXXI \', col. 1231.
(le nos églises, ils ont élevé la voix, ils ont dit avec force, a\ec constance, de manière à être entendns de tous, des rois et des sujets, des puissants et des opprimés, la grande nouvelle de la Rédemption. Depuis Adam, depuis Noé, qui est ap^^elé par saint Pierre « le huitième héraut, octavuni Justitlœ prœconem^ », jusqu'à saint Jean-Baptiste qui disait : « Je suis la voix de celui qui crie dans le désert ~ », notre miséricordieux Messie fait retentir cette grande nouvelle : « Il viendra le désiré de toutes les nations; il viendra, il ne tardera pas; hâtez-vous, allez audevant de lui, et dites : Il est le grand PrinciiDC, et son règne n'aura point de fin; il est Dieu, il est le Fort, il est le Prince de la paix •'. »
Or, ce que Jésus a fait par ses Prophètes, il a continué de le faire par ses Apôtres, dont il est écrit : « Leur son est allé se faire entendre jusqu'aux extrémités de la terre 4 », et chaque jour, il le fera par le ministère de son humble Portier. Car, comme il s'annonçait lui-même par les Prophètes, comme il s'annonce toujours par les Apôtres et les successeurs des Apôtres, il s'annonce par le son des cloches; il frappe, avec leur son, à la porte des caairs, et c'est lui qui invite tous les hommes à venir dans son Temple. De même que plus tard le Prêtre prête sa voix et sa langue pour la Consécration de l'Hostie, m lintenant (en tenant compte de l'immense distance qui sépare les deux ministères) il se sert du bras de son jeune ministre; il donne sa vertu et sa divine grâce aux mouvements ([u'il fait, et, par cette grâce, la cloche ne
• II Petr. 11. .").
- Matth. m, ;!.
^ Antipli. ofticii, temp. Adveiit. — Agg. ii, S. — Isaia; lv, 1. — ix, G. ' In omiieiii terrain exivit sonus eonim. — Psaliii. xviii, 5. — Rom. x, 18. CaiTipana; pra^dicatores significant, qui fidèles, ad simililudiuem caiiipanse, il (idoiii vorarc deljeut. — Durand. lîalion. Diciu. offir. L'ih. I, cap. iv, n. 4.
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donne pas un vain son, mais touche, émeut, ébranle et détermine les âmes dociles à entrer, avec confiance, dans la maison de Dieu.
C'est, premièrement, de cette manière mystérieuse, que Xotre-Seigneur a été et est toujours l'unique Portier de son Église. Oh ! que cette considération doit donner de joie, de reconnaissance, d'intime désir d'union avec Jésus, au cœur du jeune Séminariste, qui est honoré d'un si beau ministère !
Il reçoit, en second lieu, avec la tradition des clefs, le pouvoir d'ouvrir l'église. Ici, la signification de la sainte action liturgique est particulièrement claire et évidente. Qui a « la Clef qui ouvre, et personne ne ferme; qui ferme, et personne ne peut ouvrir, si ce n'est Jésus- Christ, le Saint et le Véridique i ? >^ Il la porte, cette Clef, sur son épaule, pour manifester la pleine puissance qu'il a de s'en servir -. Il est lui-même mystérieusement la Clef puissante, unique, sans laquelle nul n'entre dans la bergerie du Père : O Chu-is David et sepfrum domiU Israël, qui aperis, et nemo claudit ; daudis, et nemo aperit : reiii, et educ vinctum de domo cai'ceris sedentem in tenehris cf innbrâ mortis^^. Cette prison, c'est le monde; ces ténèbres de mort sont les doctrines du monde. 0 Clef puissante! attirez à votre Eglise les âmes liées par ces ténèbres, assoupies dans ces ténèbres ! Jésus-Cheist est appelé la Clef unique, et il est aussi toutes les Clefs qui ouvrent et qui ferment avec efficacité; il est la Clef unique, pour exprimer l'unité d'action et de principe; et
' Hsec dicit Sanctiis et Veni«, qui liulift ilavem David ; qui aperit, et iicjiiio elaudit ; claudit, et nemo aperit, — Apoc. m, 7.
- Kt dabo flaveni domûs David super liuinerum ejus ; et aperiet, et non orit qui claudat; et claudet, et non erit qui aperiat. — Lsaiœ, xxii, -22.
^ Aittiph. 0, XX decembr.
il est toutes les Clefs, h cause de la variété des ministères. C'est pourquoi il dit à saint Pierre : « Je vous donnerai les clefs du royaume des cieuxi. » C'est toujours lui qui donne son autorité, sa grâce, le fruit de sa divine Rédemption.
Qu'il est heureux le nouvel Ordinand, qui pénètre avec amour dans le sens de ce Mystère ! Quelles saintes pensées occupent son esprit ! Quelles bienfaisantes émotions agitent doucement son cœur, quand il tient, dans ses mains, ces saintes clefs de son Ordination, et qu'il s'en sert pour ouvrir le saint Temple !
Mais, nous avons remarqué les graves paroles que prononce r Évoque, en remettant les Clefs à l' ordinand : Sic agite, qtiasi reddituri Deo rationem pro iis rehus, qnœ hi.sclavihus rechiduntur . Quelles sont « ces choses » dont le Portier est responsable devant Dieu, et dont il rendra compte au jour du Jugement? C'est la porte même, c'est l'intérieur du temple, ce sont les biens de l'Église, les objets du culte, et le Trésor des trésors, la sainte et adorable Eucharistie. Or, qui est la Porte? qui est l'Église et tous les biens de l'Église ? Voyez l'union nouvelle do JÉscs-CiiRiST et de son ministre. Il a dit : « Je suis la Porte -. » Nous savons qu'il est l'Eglise. Les Pères, surtout saint Augustin, nous l'ont appris : Le Chef et les membres ne font qu'un. Jésus-Chkist est l'Église, dont le temple est la figure; tout ce qui est figuré par les objets du culte, c'est lui ; et la foi, la ti'ès délectable foi, nous apprend qu'il est vivant dans ce temple de pierre, sur cet autel, au Tabernacle. Tout cela, c'est lui (considéré sans doute sous les aspects essentiellement très différents de la réalité au Sacrement, et de la figure et du symbole,
' Mattli. XVI, ut.
* .Jo.aiiii. X, 7-'.h