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L ORDRE DE PORTIER

dans le reste). Et, en même temps que la Porte, l'Eglise, TAutel, c'est lui; il est le g-ardien de tout, il est le Portier par excellence. Saint Grégoire remarque, dans la circonstance où Notre-Seigneur fut accusé par les Juifs d'être Samaritain et possédé du démon, qu'il repoussa cette dernière injure, mais qu'il n'en vit pas une dans ce nom de Samaritain; parce que, dit le saint Pape, Samaritain signifie gardien, et qu'en effet il est véritablement gardien, et ipse véracité)' custos est, le Prophète ayant dit : « Si le Seigneur ne garde la ville, c'est en vain que d'autres la gardent 1 », et Isaïe : « 0 Gardien ! où en sommesnous de la nuit -? »

Si Jesus-Chkist est Gardien et Portier, la plus grande intimité existe entre ce doux Maître et son nouvel ordinand. On dira plus tard: Sacerdos alter Christus; il faut dire maintenant : Ostiarius alter Christus '^>. Mais quel est le fruit de cette intimité; c'est la communication des dispositions et des sentiments intérieurs. Jésus-Christ, gardien de l'Eglise, est chez lui dans l'Eglise. Personnellement, il est au Saint-Sacrement. Le nouveau Portier, gardien de l'Église, est aussi chez lui dans l'Église; il y demeure, il y passe pour ainsi dire sa vie; mais le lieu intime où il se plaît, quel est-il? « Là où est votre trésor, là est aussi votre cœur^. » Son trésor, où est-il? au saint Autel; voilà où l'union s'opère. Le Prophète chantait: Qaàni dilecta tahernacida tua, Domine virtutum ! concuj) /. se lt,et déficit anima mea in atria Domini... Etenlm passer

' Psalm. cxxvi, 1.

■-■ Custos, quid de iiocte '? Custo.s, quid de nocte ? — Isaise xxi, 11. — v5. (iregor. Papa, in "Evangelia, Homil. XVIII. — ]irev. Rom. in Domln. Pns- .slonis, Lect. ix. — Patr. lat., t. LXXVI, col. 1151.

•' Ipse se ostiarhim sig-niticans, dicit : Ego sum ostium. — Petr. Loinh. Srnlentiar. Lib. IV. Distinct, xxiv. De ostiariis. — Patr. lat., t. CXCII, col

^ Matth. VI, 21.

tuvenit s'ihi donnim, et ffiiiur nklum sibi, uhi ponat i)uUoi< suos . Altaria tua. Domine f'irtntumy Rex meus et Deux meus 1. Saint Augustin dit: « C'est le Corps du Christ, qui cliante dans ce psaume; et qu'est-ce que le Corps du (/HKIST? c'est vous, c'est nous tous, si nous le voulons, tous les hommes en un seul homme, parce que le Corps du Christ est un... Le passereau s'est trouvé une maison ; mon cœur s'est trouvé uiie maison. Il exerce ses ailes dans ha pratique des vertus, dans la foi, l'espérance et la charité,au moyen desquelles il vole vers sa maison; et, quand il y sera parvenu, il y restera... Et la tourterelle s'est trouvé un nid; quel nid? Dieu a daigné fournir de quoi faire un nid : il s'est revêtu d'une chair, qui n'est que de l'herbe. Déposez vos petits, faites vos bonnes œuvres dans ce nid. Quel est ce nid ? Le Prophète le dit aussitôt après: Vos autels. Seigneur des vertus, mon Roi et mon DlEU"^. »

Voilà le mouvement du cœur, voilà les aspirations incessantes de notre jeune ordinand: « Vos autels ! mon Dieu ! vos autels ! » Il sonne les cloches : « Vos autels l mon Dieu ! vos autels ! » il ouvre l'Eglise, il s'avance vers le Sanctuaire, il dispose toute chose pour l'ordre et la propreté du saint temple: « Vos autels! mon Dieu! vos autels ! » Et que sont ces autels ? Ils sont le trône où

1 Psalm. Lxxxiii, 1-4.

2 Qnis est qui cantal in hoc psalnio? Corpus Ciiristi. Quis est iste? ^'os, si vultis ; nos omnes, si volumus... onines unus liomo, quia ununi Cliristi Corpus. Quomodo non est unus liomo,qui ununi eaput liabet'?... Cor tanquàni passer;... invenit sibidoinum passer ; invenit sibi domum cor meum. Exercet pennas in virtutibus hujus temporis, in ipsâ tide, spe et caritate, quibiis volet in domum suam ; et cum venerit permanebit... (Et turtur nidum sibi)... Dignatus est Dominus prfebere tibi undè nidum faceres: indutus est enim fteno carnis, ut ad te veniret. In istâ tide pone puUos tuos, in isto nido operare opéra tua.... Quis est nidus? Sequitur statim :... Altaria tua, Domine virtutum, Rex meus et Deus meus. — Evarvat. in Psalvi. — In Psalm, LxxxiTi, n. 5 et 7. — Tatr. lat., t. XXXVfl, col. lOôD-lOCO.

l'ordre de portier ITiT

repose son Bien-Aimé. L'autel est ce qui se voit ; il y a un centre de vie et d'amour, qui ne se voit pas ; c'est là, dans ce secret, qu'il pénètre sans crainte. Il en est le gardien, il en est responsable, il est bien à sa place en ce centre, encore qu'il se croit indigne de s'en approcher. Et que fait-il « dans cette demeure, dans ce nid, sur cet autel ? » Rex meus et Deiis meus. « Que veut dire : Re.v meus et Deus meus? se demande saint Augustin. Vous qui me dirigez, vous qui m'avez créé i. » Si celui qui est là, le Créateur, le Maitre, dirige et conduit librement son ministre, où le mènera-t-ilV II a dit: « Là où je suis, je veux que mon ministre soit-. » Où est-il? dans les flammes de son Sacrifice, dans les profondeurs de son état d'Hostie, dans les anéantissements de sa divine Religion envers son Père. C'est donc dans ces flammes et dans ces abîmes, qu'il attire et qu'il veut fixer à jamais cet humble Portier, dont l'office paraît si peu considérable et dont la grâce est si sublime ''\ La grâce spéciale du Sacerdoce, c'est l'union à Xotre-Seigneur en son état d'Hostie au Très-Saint-Sacrement. Cette grâce est si éminente, dans les Prêtres, qu'il faut une longue préparation à l'acquisition de la perfection qui lui est propre. C'est pourquoi, de bonne heure, dès la première ordination, le Clerc y est initié. Ce n'est pas qu'il n'ait dû s'y appliquer auparavant. Tout chrétien, en vertu de son Baptême, doit y tendre ; mais il y a une relation particulière d'amour,

' Quid est, « Rex ineu.s et Deus meu.s V Qui régis me. qui i-reasti lue. — Ihifl. 11.7. in fine.

- Joaun. XII, 26.

•'' « Il faut concevoir de grandes idées de cet Ordre, pour en avoir toute Testime que là Religion demande. Et, comme il est mille fois plus saint et plus élevé que toutes les dignités du monde, il faut que ceux qui y sont appelés dans l'Eglise, s'en estiment tellement honorés, qu'ils soient ravis d'en pouvoir exercer les fonctions. > — il. <;)lier. Traité des Saints Ordres. W partie, chap. i. in fine.

It)8 LES ORDRES MINEURS

celle que Notre-Seigneur exprime dans les paroles que nous venons de rappeler : « Là où je suis, je veux que mon ministre soit aussi >, il y a une intimité spéciale, indiquée pareillement par cette douce assurance du divin Maître : « Je ne vous appellerai plus mes serviteurs, mais mes amis ^ », qui est le don, la faveur, la bénédiction singulière des âmes sacerdotales.

Oh! que le Portier le sache bien; qu'il tende sans cesse à avancer dans cette union, qu'il aspire à la parfaite unité. Et, parce que ce ne sont pas seulement les sentiments intérieurs, mais les œuvi-es extérieures, faites par amour, qui sont l'aliment de l'amour et son témoignage, qu'il soit d'un grand zèle pour tout ce qui est de ses fonctions toutes eucharistiques. IS'ous avons traité ailleurs^de la vertu de Religion. Tout ce que nous avons écrit lui convient. Qu'il s'y applique avec un grand soin, av. Séminah'e, s'il est appelé quelquefois à balayer l'église, à mettre les chaises en ordre, à épousseter les bancs, les murs, à orner les autels, à approprier les marche-pieds des autels, les meubles de la sacristie, etc. Mais, c'est surtout durant les vacances, qu'il fera preuve de la grâce reçue. Des hommes peu instruits, des femmes zélées peutêtre, mais qu'aucune vocation n'autorise à de telles fonctions, s'occupent de l'église, des autels, de la sacristie : voilà l'occasion favorable de prouver à Notre-Seigneur sa reconnaissance, pour l'honneur que ce doux Maître a daigné lui faire de sa dignité de Portier. Il sait les touchants détails que saint Jérôme a donnés de l'application, du zèle, de l'esprit d'ordre, de la parfaite religion de Népotien : Eraf soJIicitns si nlteret aUare, si parietes

• Joann. xv, 15.

- Livre II, cliap. x : Quelques détalh sur la pratique extérieure de la vertu de Itelifjioii..

l'ordre de portier IGO

(ibsque fuligine, s} pav'nnenfa iersa, si vêla semper in i>stiis; si sacrariuin munchuiK si rasa Jaculenta ; et in omnes vœremonias pia soUicitudo disposita non minus, non ma- Jus negJigehat officiuni. Uhivumque eum quœreres, in Ecclesià inrenires... nf qiiidquid placehat in Ecclesiâ, tani dixjtositione, quant risu, Preshijferi laboreni et sfudiuni tesfarefur'^. Cette conduite si édifiante, si véritablement digne d'une âme sacerdotale, est la sienne. Il aime les visites au Saint-Sacrement ; il est toujours prêt à servir la sainte Messe (bien que cette fonction soit au-dessus de son Ordre), il se prépare pieusement à ses communions; mais : non mimis, non majus negUgehat ofjicium. Ce banc déplacé, cette chaise de travers, ces débris de papier qui sont à terre, cette poussière qui couvre légèrement les stalles, ou les cadres des tableaux, ou les murs; ces vêtements des enfants de chœur mal plies, ces linges jetés pêle-mêle en un coin, ces croix, ces chandeliers, exposés à être heurtés, détériorés ; et ces petits enfants qui se dissipent, même en servant à l'autel, et qui répondent mal aux paroles du Prêtre ; ces autres qui, par leur tenue, leur manière de marcher, de chanter, fatiguent les assistants et déshonorent les saints Offices 2 : tout cela et tant d'autres sujets de sollicitude qui conviennent à son âge, que le digne curé de la paroisse lui confie et encourage de ses conseils, occupent saintement resprit,le cœur, les aptitudes du jeune Portier, fortifient sa grâce, et le

1 Cite dans le chapitre x du Livre II.

- Un concile de Milan, convoqué et présidé par S. Charles, entre dans li's détails suivants : « In Ecclesiâ dormientes, vendantes, émeutes, déambulantes, coUoquentes, aliâve ratione divina officia perturbantes, et quovis modo indecorè atque irreverenter se habentes, (Ostiarius) nioneat; si pertinaces sint, expellat, aut ad snperiorem déférât... Bruta, canesque expellat: quidqiiid m ecclesiâ dedecel, adnioveat. — Coasfilution. et decrefor. Sijnoilol. ProvindK MedloJon. Lib. IV, De oxfloriu. — Parisiis MDCXLIII, p. 139.

rendent digne de monter plus haut. Oh! quel saint Prêtre annonce un saint Portier! L'oracle divin est infaillible : Qui fidelis est in mininw, et in majori fîdelis e.sf i.

Sonner les cloches, ouvrir l'église et veiller à tout ce qu'elle contient, sont les deux premières fonctions du Portier; il y en a une troisième : Ostiarîum oportet... lihrum aperire ei qui prœcUcaf. Quel est ce livre? le livre des Écritures ; et qui est celui qui prêche? l'Evêque; car l'Evêque seul, en tant que juge de la foi, a ce droit dans l'Eglise. C'est pourquoi, le livre des Ecritures, c'est son livre. L'interrogatoire qui précède sa Consécration, en est la preuve-; et le rit par lequel ce même livre est posé, non entre ses mains, mais sur sa tête, indique qu'il doit, par sa doctrine et par la sainteté de sa vie, être comme le soutien de tout ce qui y est enseigné.

Mais ici encore, conmie dans toutes les cérémonies des ordinations, l'Evêque représente Dieu le Père ; et nous disons de nouveau que l'ordinand qui reçoit l'office de Portier, représente Jésus-Christ. Mais, comment cela? et quel est ce nouveau mystère ?

Nous disons que l'Evêque qui possède les Ecritures comme son bien et sa propriété, représente le Père, parce qu'en effet, c'est le Père plutôt que le Fils, suivant notre manière de concevoir les opérations divines, qui est l'auteur des Ecritures. Comme le Père éternellement engendre le Verbe, ainsi dans le temps il a produit les Ecritures =5, qui sont comme une autre production, une production

' Luc. XVI, 10.

* Pontif. Rom. De consecrntione l'Jpiscopi.

^ Totiens locutus est pei' prophetas, totiens per apostolos, liodièque loqnitur per sanctos suos. et ait : Semel lociitits est Deus. Unde semel locutus pst, nisi propter Verbum unum ? — S. Aug., Enarrat. in Psalm. — In Psalni. xi.iv, n. .j. - Patr. lat., t. XXXVI, col. 497.

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temporelle de son Verbe éternel i. C'est pourquoi saint Paul dit: ^< Dieu (le Père) avait parlé autrefois à nos Pères, en diverses occasions et de diverses manières, par les Prophètes ; tout nouvellement, et de nos jours, il nous a parlé par son Fils, qu'il a fait héritier de toutes choses 2. » Or, cette parole, que le Père a dite par les Prophètes et par son Fils, c'est l'Écriture. Voilà le livre, le livre par excellence, le livre unique, en tête duquel il est écrit du Fils, qu'il fera la volonté de son Père. Nous l'avons vu ailleurs. Mais ce livre est fermé. Qui l'ouvrira? Il y a dans l'Apocalypse une vision, dont saint Jean a fait ainsi le récit : ^< Je vis ensuite dans la main droite de celui qui était assis sur le trône, un livre écrit dedans et dehors, scellé de sept sceaux: et je vis un Ange puissant, qui criait d'une grande voix: Qui est digne d'ouvrir le livre et d'en lever les sceaux? Mais nul ne pouvait, ni dans le ciel, ni sur la terre, ni sous la terre, ouvrir le livre, ni même le regarder. Et je fondais en larmes, de ce qu'il ne s'était trouvé personne qui fût digne d'ouvrir le livre, ni de le regarder. Alors un des vieillards me dit : Ne pleurez pas : voici que le Lion de la tribu de Juda. le rejeton de David, a vaincu, et par sa victoire il a le pouvoir d'ouvrir le livre et d'en briser les sept sceaux. En même temps, je regardais, et je vis au milieu du trône et des quatre animaux, et au milieu des vieillards. l'Agneau comme égorgé, mais debout...: et il vint prendre le livre de la main de celui

^ Qiiid auteni Si-iipturam Sanctam ni.si Verlmni Dei esse credimus? Plané multa suut verl)a dig-esta calanio projdietaruni, sed uuum est Dei Vorbum universitas Scriptinariim... Ciiin igitnr Sciiptiiram Sanctam leginms, A'er- Itum Dei tractanms, Filium Dei per speculnni et in enig-mate, prse ociilis hahennis. — Hnpertus, De Spirifu Sanrto, lib. I, cap. vi. — Patr. lat., t. CLXVII, col. 107.-).

2 Miiltifariani, nuiltisqiie modis olim Deiis loquens patribus in proplietis : iiovissime, diebiis istis locntus est nobis in Filio, queni constituit lia'redeiii uuiversoruni. — Hebr. i, 1,2.

qui était assis, sur le trône-, et il l'ouvrit, et les quatre animaux et les vingt-quatre vieillards se prosternèrent tlevant l'Agneau. ..-.et ils chantaient un cantique nouveau, disant: Vous êtes digne, Seigneur, de recevoir le livre, et d'en ouvrir les sceaux, parce que vous avez été mis à mort, et que vous nous avez rachetés, pour Dieu, par votre sang i. >

L'Agneau, c'est Jésus-Christ ; le Livre, c'est l'Écriture, non seulement l'Ancien, mais leNouveauTestament. Nous venons de dire, que le Père est l'auteur de la sainte Ecriture. Dans cette vue, saint Irénée appelle « le Livre du Père >^, ce livre mystérieux que l'Agneau seul peut ouvrir 2. Mais, q u'est-ce à dire : ". l'Agneau seul peut l'ouvrir?» L'Agneau seul en donne le sens. Écoutons saint Jérôme : « Il y a un voile sur la face de Moïse ; il y en a un sur les Évangélistes et sur les Apôtres. Le Sauveur lui même parlait du secret et de l'énigme de ses paroles. C'est pourquoi, tout est fermé dans les Écritures; un seul peut les ouvrir; c'est celui qui tient la clef de David, qui ouvre et personne ne ferme, qui ferme et personne n'ouvre 3. » Toute la tradition parle comme saint Jérôme.

' Apocal. V, 1-9.

- Nemo eiiiiii aliiis i)ot(^riit, iiec in cœlo, iiec. iu torrA, iiuc .siib terra, aperire paternum Lihruin, iioc virlo.re eum, nisi Agnns qui occisus est. — Adi'ersns Ilœres., lili. IV, cap. xx (alias 37), n. 2. — Patr. grsec, t. VII, col.

•'' Révéla, iiuiuit David, ociilos meos et t'onsidera)>o iiiirabilia de leg^e tuâ. Si taiitns Propheta tenel)ras ignorautiie contitetur, qiiâ nos, putas, par\ulos et peiiè laetentes, iiisi-itia- uoete eircuindari V Hoc autem velanien, non soltini in facie MoysiN, sed et in Evang'olistis, et in Apostolis posituni est. Turbis Salvator in paral)olis loqueliatnr, et, contestansmysticum esse quod dieebatur, aiebat: Qui habet anres- audiendi, audiat. Nisi aperta fuerint universa qute sc-rii)ta snnt ab eo, qui habet Claveni David, qui aperit et nemo claudit, claudit et nemo ajierit, nuUo alio reserante, pandentur. — EpistoJ. L VIII {aliàs V.i) ad Pfiiiliiiitni, de insfihtf. Monarli., n. *.). — Patr. lat., t. XXII, col. T)».-).

L ORDRE DE PORTIER ] T.'t

Nous pourrions en citer bien des témoignag-es i. Mais ce n'est pas le lieu; nous l'avons fait précédemment, à l'occasion d'autres sujets; H d'ailleurs rÉvangile lui-même ne nous apprend-il pas, que notre divin Maître, « après qu'il eût été mis à mort et qu'il nous eût rachetés de son sang », pour rappeler les paroles de l'Apocalypse, c'està-dire, le jour même de sa Résurrection, daigna « ouvrir» à deux de ses disciples « les divines Ecritures» : Nonne cor nostrum ardens evat in nob'is, dum loqueretii)' lu vid, et aperiret noMs ScrijJf^n'as'^?

L'humble Portier voit la distance qui le sépare de son Modèle adorable. Mais, tandis qu'il est à genoux, aux pieds de l'Evêque, ouvrant le livre des Écritures, dans ' lequel l'Evêque lit pour annoncer ensuite au peuple la parole divine, qu'il ne manque pas d'adorer le Verbe du Père, dans lequel, comme dans un livre éternel, le Père lit toute chose, mais qui ouvre lui-même, c'est-à-dire, manifeste aux hommes, par les mystères de sa vie, ce que le Père lit en son Fils; qu'il adore le Père parlant aux hommes par son Fils, et leur disant, par sa voix humaine, toutes ses volontés et tout son cimour-î. Qu'il adoi-e le Père dans l'Evêque, qu'il adore le Fils dans la Parole écrite des saints Livres, qu'il adore l'action du Fils donnant au Père, par son Incarnation, le moyen de parler aux hommes et de les instruire. Qu'il bénisse, avec une grande effusion de reconnaissance et d'amour, ce Fils

' CtV. s. Aiis'iist. /// Joniiit. Eraiii/i'l. tract. IX, n. .">, nbi .suiit liœc: Lege lihros omnes pro[)lieticos, non intellet'to Ciiristo, quid t;iiii insipidum et t'aUmiii inveiiies ? lutellig'e ibi Clirislum, iioii .soluiii >a))it i|nofl leg'is, sed etiam inel)riat: etc. — Patr. lat., t. X\X\'. col. 14.')',».

2 Lue. XXIV, ;!•>.

•■' Vicarinin se Patris osteuderat (Cliri.stus), jier (|Ufiii Pater et videretur in facti.s et audiretnr in vei-bis; et cou^noscoietiir iii Filio, t'ac-ta et verba Patri.s admini.strante. — Tertnll. Adrersii.s Pi-K.i-ca m, caji. xxiv. — Patr lat., t. 11, col. 187.

liteniel, fait homme, qui lui i:)crmet, qui lui donne la grâce iit le pouvoir de faire en figure et en imitation, ce qu'il fait dans tous les siècles, et ce qu'il fait dans le ciel encore, ne cessant d'ouvrir aux Saints ce Livre adorable qui est la Nature divine, l'Essence divine, objet delà Vision béatifique; car c'est dans la lumière de l'Agneau qu'ils voient, et, par l'intelligence qu'il leur communique éternellement, qu'ils pénètrent dans ces ravissants abîmes de beauté et d'amour 1. C'est cette belle et ravissante vision, que, dans son humilité, le jeune Portier contemple, tandis qu'à genoux il ouvre le livre des Ecritures. Et comme il voit le Verbe incarné, vraie et unique Victime du Père, tout occupé, et consumé d'amour, dans le ministère qu'il remplit <iu Ciel, et qu'il a rempli sur la terre, pour la gloire de ce Père bien-aimé; il veut, lui aussi, tout indigne qu'il se reconnaisse de tant de grâce et d'honneur, devenir une vraie Victime du Père, n'ayant d'occupation, de désir, d'ardeur et de zèle, que pour cette gloire infiniment aimable et adorable.

Après ces considérations et ces vues, nous pouvons bien dire avec le vénérable Fondateur de Saint-Sulpice, traitant le même sujet :. «Il n'y a (vraiment) rien de petit dans l'Église ; tout y est auguste, tout y est majestueux; et les choses les plus basses en apparence renferment en elles des secrets si sublimes et si magnifiques, qu'on n'ose pres- <\ue les envisager, tant elles sont élevées et remplies de mystères. Par exemple, cette dignité de Portier, qui paraît basse aux yeux du monde, renferme néanmoins des mystères très relevés; et Notre-Seigneur n'aurait pas institué un Ordre exprès pour cette dignité, si elle n'était pas très l'xcellente -. »

' Et civitas non eget soU-, ihmjuc limâ... Lucenia ejiis ost Agnu.s. — Ai)oi-. XXI, 28.

'■' T'ra'dé des Saints Ordres, 1 1" jjaitie, diap. i. De l'Ordre des Portiers, vers la fin.

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