‹ Prêtre et hostieChapitre 14 sur 56 · CHAPITRE Xn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xn

l'ordre de LECTEl'H

L'Archidiacre dit : Accédant (jui onlinundi snnt ad officiiiin Lectorum. Les Clercs qui ont déjà reçu l'ordre de Portier, se lèvent, s'avancent vers FEvêque et se mettent à genoux. L'Evêque, assis et la mitre en tête, leur adresse alors cette exhortation :

« Electi, Filii charissimi, ut sitis Lectores in doino Dei nostri, offieiuin vestnim ao-uoscite,et impiété. Potens est eiiim Deiis, ut aiig-eat A'obis yratiam perfectionis ivtenia'. Leetorein siquideui ojjortet leg'ere ci qui prsedicat, et lectiones cantare, et benedicere pauem et omnes fnictus novos. Studete igitur Aerba Dei, videlicet lectiones sacras, distincte et apertè, ad intellig-entiam et jvdificationem fidelium, ahsque orani mendacio falsitatis proferre; ne veritas divinarum lectionuni^ incuria vestrâ, ad instructioneni aiidientium corrunipatur. Quod autem ore leg'itis, corde credatis, atqiie opère corapleatis; quatenùs auditores vestros, verbo pai-iter et exemplo vestro, docere ])ossitis. Ideoque, dùm leg'itis, in alto loco Ecclesi* statis, ut ab omnibus audiamini et videamini, figurantes i)ositione corporali vos ni alto virtutum gradu debere conversari; quatenùs cunctis, à qiiibus nudimini et videmini, cœlestis vitte forniam pra'l)eatis ; quod in vobis Deus impleat per gratiam suam.

L'exhortation finie, l'Evêque présente à toucher aux ordinands le livre des Leçons ; les ordiuands étendent la main droite et touchent le livre. L'Evêque dit : Accipite,

17() LES ORDUES MINEURS

et est(}fe Vei'h'i Dci delatoves, hahifuri, si fi d élite r et ntUifer 'nnph'cerif'is offic'imn cestnaii, partctu ciini lis (/ni ]\'rb(iiii Del benè ndniiuisfi'avernnf ah iiiitlo.

Suit l'invitation que l'Elvêque fait à l'assemblée, de prier pour les ordinands, et enfin, il récite r(Jraison suivante :

.< Doinine Sancte, Pater oiimipotens, interne Dciis, beue f dicere dig-nare hos fatnulos tuns in officium Lectoruin ; ut assiduitate lectionutn instructi «int, atque ordinati, et ag-enda dicant, et dicta opère inipleant; ut in utroque, Sancta' Ecclesia", exeniplo .sanctitatis sua-, cousulant. Per Doininam Nostrum Jesuin Cliristuni Filiuui tuuui, qui tecum vivit etreg-iiat in unitate Spiritûs Saneti, Deus, per omnia sa^cula sa?euloium. Amen. »

Toutes ces paroles sont dignes de notre étude, de notre méditation. Reprenons-les, du moins sommairement.

Electl. — Les ordinands sont appelés élus ; c'est une allusion à l'élection éternelle ; c'est aussi la constatation d'un fait. L'Église a fait son choix parmi les clercs de l'ordre des Portiers. Mais ce choix a son fondement dans l'Élection de Dieu. Or, nous savons que le premier Élu, Celui dont la Prédestination est la cause de la nôtre. Celui ^< qui porte tout i, en qui toute chose a sa consistance - », c'est Notre-Seigneur Jésus-Christ. Aussi, c'est en JÉsus- Chkist que l'Évcque voit les élus qui sont à genoux devant lui, comme c'est en Jésus-Christ que le Père nous voit et nous aime tous, et non en nous-mêmes.

Elecfi, ut .sitis Lectores in clonio Dei nostri ; « pour être Lecteurs dans la Maison de notre Dieu. » Le Lecteur doit lire l'Ancien Testament, comme le Sous-Diacre lit l'Epître qui appartient au Nouveau, et le Diacre l'Évangile. Voici à ce sujet les saintes recommandations de l'Évêque : « Etudiez-vous à prononcer la parole de Dieu, contenue dans

' l'ortaiis oiniiia vGi'bo virtutis suœ. — Hebr. i, ;-i. '- Oiiiuia in ipso constant. — Colos.s. i, 17.

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les sacrées Leçons, distinctement et clairement, pour que les fidèles les comprennent et s'en édifient. Veillez à n'y rien changer ; et ce que vous lisez de bouche, que votre cœur le croie et que vos œuvres l'accomplissent.»

Toute la vie surnaturelle est dans ces paroles: Lire avec soin et porter dans son cœur et accomplir dans sa conduite la vérité contenue dans les saints Livres.

Qui est le i^remier modèle du Lecteur 'i Écoutons saint Luc : «Et il vint à Nazareth, où il avait été nourri (c'est au début de la Vie publique), et il entra, suivant sa coutume le jour du sabbat, dans la synagogue, et il se leva pour lire. Et on lui donna le livre du prophète Isaïe ; et lorsqu'il eut déroulé le livre, il trouva l'endroit où il était écrit : L'Esprit du Seigneur est sur moi ; c'est pourquoi il m'a oint, et m'a envoyé évangéliser les pauvres, guérir ceux qui ont le cœur brisé, annoncer aux captifs leur délivrance et aux aveugles le recouvrement de la vue, mettre en liberté ceux qui sont écrasés par leurs fers, publier l'année salutaire du Seigneur, et le jour de la rétribution. Et lorsqu'il eiit replié le livre, il le rendit au ministre, et s'assit 1.» L'office du Lecteur est termnié; celui du Docteur commence ensuite. « Et il commença à leur dire : Aujourd'hui s'accomplit cette Écriture que vous venez d'entendre. »

Voilà le modèle! Voilà Celui qui a fondé, par son exemple, en attendant de le désigner à l'Église, comme faisant partie de l'Ordre sacerdotal, le saint office de Lecteur. Avec quel amour il prit le livre où se trouve le Verbe de son Père, la révélation des droits de son Père, des volontés de son Père, des gloires, des miséricordes et des desseins éternels de son Père pour le salut du monde ! avec quel respect il l'ouvrit! avec quelle religion, il jeta

1 Luc. IV, 10--2L

Il 12

les yeux sur ces pages vénérables! avec quelle émotion, il lut l'accomplissement des desseins si amoureux de son Père sur les âmes, surtout les pauvres, les affligés, tous ceux qu'oppressaient les chaînes du péché ! Qui nous dira les saintes dispositions de notre adorable Lecteur? Ce sont ces dispositions si sublimes et si parfaites, que l'ordinand doit avoir l'intention d'honorer toutes les fois qu'il remplit son office, soit devant l'Evêque, soit dans sa vie privée, quand il ouvre les saintes Ecritures, soit plus tard quand il aura à remplir le grand ministère de l'interprétation des Ecritures, dans l'assemblée des fidèles. Il y a des Lecteurs illustres dans l'Église. Saint Cyprien parle avec grand éloge de ces deux vaillants chrétiens, Aurélius et Célérinus, qui, après avoir subi pendant la persécution de Dèce les plus horribles tourments, furent élevés, comme pour recevoir la récompense de tant de vertus, à la dignité de Lecteur. Nous voudrions recommander les deux lettres du saint Evêque de Carthage à l'ordinand, qui doit recevoir ce saint Ordre i. Mais notre Chef, c'est JÉsus-

1 Tout pieux Lecteur sera heureux de trouver ici un extrait de ces mag-nifiques pages : « Aurélius, fraternoster, illustris adolescens, à Domino jam probatus et in Deo suo carus, in annis adhuc novellus, sed in virtutis ac fidei laude provectus, minor in œtatis suaj indole, sed major in honore, gemino hic agone certavit ; bis confessus et bis confessionis suae victoriâ gloriosus, et quando vicit incursu factus extorris, et cum denuo certamine fortiore pugnavit, triumphator et victor in prselio passionis... Nec invenio quid in eo prœdicare plus debeam, gloriani vulnerum an verecundiam morum, quod honore virtutis insignis est an quod pudoris admiratione laudabilis. Ita et dignitate excelsus est et huinilitate submissus, ut appareat illum divinitus reservatum qui ad ecclesiasticam disciplinam cœteris esset exemplo, quomodo servi Dei in confessioue virtutibus vincerent, post confessionem moribus eminerent. Merebatur talis clericœ ordhiationis ulteriores gradus et incrementa majora, non de annis suis sed de meritis sestimandus ; sed intérim placuit, ut ab ot'ticio Lectionis incipiat, quia et nihil magis congruit voci qure Dominum gloriosâ prîedicatione confessa est, quam celebrandis divinis Lectionibus personare ; post verba sublimia quœ Christi martyrium prolocuta snnt, Evangelium Christi légère, undè martyres fiunt ; ad pulpituni post catastam venire.... Hune igitur, fratres cha-

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Christ. C'est la grâce de son Lectorat, qui se répand dans rÉgiise depuis le commencement et qui fait la multitude des âmes attentives à l'intelligence et à la pratique de la parole de Dieu.

« Veillez à n'y rien changer, dit l'Evêque; et ce que vous lisez de bouche, que votre cœur le croie, et que vos œuvres l'accomplissent.» Ecoutons le témoignage de notre Chef : Non veuisolvere (legeiiï), sed adimplere. Iota zinum, mit unus apex non prœterihit à lege, donec omnia fiant ^. Dico enini vohis,quoniam adhtic hoc quodscriptum est, oportet impJen in me 2. Postea sciens Jésus quia omnia consummata sunt, nt consiimmaretu)' Scriptura, dixit: Sitio... Consummatum est '■^. Jusqu'à la fin, jusqu'au dei'nier soupir, tout est accompli. L'Ecriture parlait de lui ^; tout a été réalisé jusqu'à une parole, jusqu'à un accent peu important en apparence. L'Écriture parle aussi de nous : elle dit ce que doivent être nos vues, nos appréciations, les jugements de notre esprit, les affections, les préférences, les désirs, les volontés de notre cœur, et toute notre conduite extérieure. Un mot adressé aux Lévites résume tout: bancti estote, quia ego Sanctus sttvw. Le croyons-nous? L'Evêque dit : Corde credatis, atque opère compleatis. Le croyons-nous de cœur? Portons-nous constamment, nourrissons-nous assidûment en nous cette forte, profonde et si salutaire conviction : Je suis appelé à la sainteté, à une

rissimi, à me et à collegis qui prœsentes aderant, orclinatum sciatis : quod vos scio et libenter aniplecti et optare taies in Ecclesiâ nostrâ qiiamplurimos ordiiiari. — S. Cyprian. Epistol. XXXIII. — Patr. lat., t. IV, col. 318.

— La lettre sur Célériuus est aussi d'uue grande beauté. C'est la xxxiv*.

— Patr. lat., t. IV, col. 320.

* Matth. V, 17, 18.

* Luc. XXII, 37.

' Joann. xix, 28, 30.

* Si enim crederetis Moysi, crederctis forsitaii et niilii : de me enim ille ,><cripsit. — Joann. v, 4G.

sainteté qui honore la sainteté de Dieu. Corde cvedatis,. c'est, en effet, clans le cœur qu'il faut le croire i. Et nos œuvres? nos œuvres de piété, de régularité, de travail, de charité, de pénitence, toute notre vie, en un mot, est-elle l'expression de ce que nous croyons? Il le faut, pour ne pas tromper les vues de Dieu, qui nous a comblés de tant de grâces; il le ftiut pour répondre aux espérances de l'Eglise.Voici la suite de l'exhortation de l'Evêque : Quatenus audifores vestros, verho et exemplo restro, docere possitis. Il insiste. Cette insistance doit paraître très surprenante, si l'on croit que le Clerc, destiné à être Lecteur, peut se contenter de vertus ordinaires : « Ideoque dum. legiih... C'est dans ce but que vous êtes placés en un lieu élevé, ou chacun peut vous voir et vous entendre; cette élévation signifie, en effet, le haut degré de vertu auquel vous devez être parvenu : de sorte que ceux qui vous écoutent et qui vous regardent, trouvent en vous l'exemplaire d'une vie céleste. Qu'il plaise au Seigneur de l'accomplir en vous par sa grâce! »

Quelles paroles ! Que faudra-t-il dire plus tard aux Diacres et aux Prêtres? « Un haut degré de vertu! In alto virtutum gyadn convefsari /l'exemplaire d'une vie céleste : cœlestis v'itœ fonnam prœheatis ! » Comme il est vrai que le Clergé est un peuple de saints - ! Comme il vrai que Notre-Seigneur Jésus-Chkist vit dans ses Clercs et dans ses Prêtres, d'une manière plus intime, plus spéciale, plus efficace, plus sensible : Ego in ei.^, et tu in me; ut sint consummati in umim '^ !

Considérons maintenant, en détail, les deux pouvoirs

' Koni. X, 10. — C^iii rectè ainat, procul duliio recté crédit et .sperat; qui vero non amat, inaniter crédit, etiamsi sint vera qufe crédit. — S. Aug. Enthlrldioti ad Laiirentium, cap. cxvii, n. 31. — Patr. lat., t. XL, col. 286"

* Kegale Sacerdotium, gens sancta. — l Petr. ii, 9.

^ Joaun. XVII, 2'à.

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que rÉvêqiie donne aux Lecteurs. Nous verrons cette vie divine opérer, toujours plus parfaitement, l'union de Celui qui en est si miséricordieusement le principe, et de ceux qui, malgré leur indignité, en sont l'objet.

L'Évêque dit : Lectorem slquidem oportef légère ei qui j)rœdicat, et lectlones canfare, et henedkefe panem et omîtes fructus novos.

Le premier pouvoir du Lecteur est de lire à celui qui prêche, et de chanter les leçons de l'Ecriture. Il avait simplement le pouvoir d'ouvrir le livre, quand il n'était que Portier ; il a maintenant celui de lire la parole de Dieu, non toutefois pour expliquer lui-même cette divine parole. C'est l'Évêque seul, ou le Prêtre que l'Évêque désigne, qui a ce droit. L'Evêque ou le Prêtre le fait alors avec une pleine autorité. C'est comme si la parole divine lui appartenait. Il peut dire : Eructavit cor ineutn verhum homim 1. La parole qu'il produit au dehors, il se l'est d'abord en quelque sorte assimilée, suivant une parole de saint Augustin que nous avons citée ailleurs 2. En cela, l'Évêque et le Prêtre représentent Notre-Seigneur, qui parlait comme ayant pleine autorité de le faire ^; et Notre- Seigneur vit et agit en eux, en cette qualité de Docteur et de Maître ; car il est vraiment « le seul Maître qui enseigne-^ ». Mais « Notre-Seigneur est tout en tous 5 »; et s'il vit et s'il opère de la sorte, en cette qualité, dans la

' Psalm. XLiv, 1.

2 Hoc nictabat quoil biljerat. — In Joann. Tract XXXVI, n. 1. — In octaoâ fesf. S. Joann. Evaufjel. leet. v. — Patr. lat., t. XXXV, col. 16G3.

' Erat docens eos sicut potestatem habens. — Matth. vu, 29.

* Magister vester unus est Christus. — Matth. xxiii, 10. — Ce qui a fait (lire à S. Aiig-ustin cette humble et grande parole: « Tanquàm vobis ex hoc loco {id est, cathedra Episcojyr) doctores sumus, sed sub illo uno Mag-istro in hâc scholâ vobiscum condiscipuli sumus. — Enarrat. in Psalnu — In Psalm. cxxvi, n. o. - Patr. lat., t. XXXVII, col. IGGO.

» Coloss. m, 11.

personne de l'Evêque et du Prêtre, il vit et il opère aussi dans le Lecteur-, et il a voulu dans sa vie exprimer cette infériorité qui est propre au Lecteur, Il semble avoir annoncé cette admirable disposition d'humilité, lorsque^ assis au milieu des Docteurs, il les écoutait et les interrogeait 1. Mais, ce qui révèle plus sensiblement l'infériorité dont nous parlons, au sujet de l'enseignement, c'est le témoignage extraordinaire qu'il en a donné. Nous venons de dire que le Lecteur lit (et c'est également vrai quand il chante, quelle que soit la solennité de son action), le Lecteur, disons-nous, lit une parole qui n'est pas la sienne, une doctrine qui n'est pas la sienne ; il est ministre, il prête sa voix; il doit s'appliquer « à prononcer distinctement et clairement », pour que la doctrine arrive à l'assemblée des fidèles dans toute son intégrité. Mais cette doctrine, il ne l'annonce pas comme étant de lui. Elle est à l'Église, elle est à l'Évêque et au Prêtre ; elle n'est pas à lui ; il la reçoit, il la transmet; il ne la donne pas.

Or, cette réflexion ne nous rappelle-t-elle pas une grande et profonde parole du Fils de Dieu V C'était au milieu de la fête des Tabernacles, dans le temple de Jérusalem. JÉSUS enseignait, et les Juifs étaient dans l'étonnement et disaient : « Comment cet homme peut-il être savant à ce point, lui qui n'a pas étudié? » JÉSUS profite de la circonstance pour leur dire un grand Mystère. Respondit eis Jésus, et cllxit : Mea doctrina non est mea, sed ejus qui misit me. Siquis volueritvoluntatem ejus facere, cognoscet de doctrina, utrum ex Deo sit, an ego a meipso loquar'^. Cette affirmation était formelle, mais étrange peut-être; et toutefois, parce qu'elle est un magnifique hommage à la

» Luc. II, 46.

» Joann. vu, lG-17.

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gloire du Père, ce Fils, qui ne vit que iDOur cette gloire, se plaît à redire son témoignage. Jésus est de nouveau dans le temple de Jérusalem. Ses contradicteurs multiplient leurs objections ; enfin, ils lui disent : Qui êtesvous? Dicehantergo ei:Tit quis ^.9.'' Voici sa réponse: 7) /,r/f eis Jésus: Principium, qui et Jofjuor vobis. MuJfa haheo de vobis loqui etjudîcare, sed qui me misit, verax est ; et ego quœ audivi ab eo, hœc Joquor in mundo... Et à meipso facio nihil, sed sicttt docuit me Inciter, hœcloquor; et qui me misit, mecum est, et non reJiquit me solum i.

0 humilité du Fils de DiF.r ! ô touchante vérité de son témoignage! ô admirable et aimable reconnaissance de ce que son Père est pour lui. Principe, Origine et Cause unique de tout ce qu'il est, même en sa Personne divine de Fils éternel ! Mais, en vérité, il parle ici en sa qualité d'Homme-DiEU, et il déclare (bien qu'il soit véritablement Principe, lui aussi, Princijjiu m, qui et loquor vohis), qu'il ne dit que ce qu'il a entendu de son Père, quœ audivi ah eo, hœc loquor\ qu'il ne dit que ce qu'il a appris de son Père, sicut docuit me Pater, hœc loquor. Rien de plus vrai que cette affirmation si humble, mais rien de plus digne de nos adorations. Il tient le livre de l'éternelle Doctrine : c'est tout ce que son Père veut transmettre au monde ; il lit dans ce livre, il lit à haute voix ; il lui arrive même de l'élever très haut, et précisément il le fit dans la circonstance de la fête dont nous venons de parler: Stahat Jésus, et clamahat'-. C'était comme le chant du Lecteur « dans la maison de Dieu ». A la manière de l'humble ordinand qui lit, qui chante la parole de Dieu, que, dans son ministère inférieur, il ne peut pas appeler sa parole, JÉSUS disait: Mea doctrina non est mea... Sicut docuit me Pater, hœc loquor.

> Joann. viii, 25-29.

■'' Joann. vu, '61. — Cfr. Luc. viii, 8.

Que l'ordinand ne perde jamais de vue ce grand, ce doux, cet adorable exemple ! Quand il lit, quand il chante, qu'il honore, qu'il loue, qu'il bénisse le Verbe en son humilité; mais quand il sera Prêtre, et fût-il un jour couronné de la gloire sublime des Évêques, même alors, quand il parlera « comme ayant le pouvoir de le faire », qu'il se souvienne de l'humilité du Fils de Dieu, et qu'il puisse dire toujours, annonçant la parole sainte : « Ce que j'ai appris du Père, c'est cela que je dis au monde: Quœ andivi à Pâtre, hœc loquor in mundo ; et ce que j'ai appris de la bouche du Père, c'est cela que je prêche: Sïcut docuH me Pater, hœc loquor. » Ce sont bien les sentiments et les dispositions d'une Victime : remonter toujours à la source de tout bien, à l'Auteur unique de toute grâce, et se reconnaître infiniment honoré du ministère de médiation qu'il daigne miséricordieusement nous confier, pour sa gloire et le salut de ses créatures.

Mais un ministère semblable, le ministère de la parole publique, est confié souvent au Lecteur, même en vertu de son Ordination i. Il s'agit du catéchisme à faire aux enfants et aux ignorants 2 : ministère moins considérable assurément que celui du Prêtre, qui parle à toute l'assemblée des fidèles; ministère moins autorisé aussi; mais ministère souvent très fructueux, quand il est rempli saintement. Tout le monde sait qu'il exige bien des qualités : une connaissance très précise de la foi et de ce qu'on peut appeler l'historique de la foi : la suite des faits

1 Quidam smit voleutes credere.sel noudiiin iustructi, suilicet catechiimeni ; et ad liornm instructionem ordinatnr ordo Lectorum ; et ideo prima rudimeuta doctriiue tidei, scilicet vêtus Testamentum eis legendum committitur. — S. Tlionias. — Supplément, q. xxxvii, a. 2, c.

2 S. Charles dit, dans ses Constitutions synodales relatives à l'office du Lecteur : « Pueros, si ità Episcopo videatur, prima tidei rudimenta doceat. — Constltvtionum et Decretorum Frovinciœ Medlolan. Lib. IV, Parisiis, 1643, p. \m.

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de l'Ancien et du Nouvecxu Testament ; l'art d'exposer la vérité d'une manière claire, intéressante et pieuse ; enfin beaucoup de patience, d' abnégation, de sincère et de tendre amour des âmes. Que le jeune Clerc qui veut s'instruire de la vraie manière de faire le catéchisme, lise le Traité de saint Augustin: De catechizandis rudllm.s. Sans doute, tout ne se trouve pas dans ce remarquable livre, mais ce qui s'y trouve est digne du grand cœur et du solide esprit du saint Docteur ^.

Quand le Verbe Incarné daigna faire l'office de Lecteur, dans la synagogue de Nazareth, il lut dans Isaïe quel serait le caractère de sa mission et quelles seraient spécialement lésâmes qui en devaient être Y objet: EvangeUzare Ijcmperihtis misif me. Les pauvres, les ignorants par conséquent, les petits, les délaissés: voilà les privilégiés de son ministère. Les enfants n'y sont pas nommés; mais l'admirable prédilection que Notre-Seigneur leur a donnée, prouve bien qu'ils sont indiqués par les pauvres, qu'il devait évangéliser. Ne le sont-ils pas en effet par l'état d'indigence intellectuelle, morale, spirituelle, où se trouve leur âme à cet âge si tendre? C'est pourquoi, notre adorable Rédempteur, notre patient et doux Catéchiste de la Vie Publique, disait : Siniteparculos venire ad me, et ne

I De cafech. rvd. Lib. iiniis. — C'est un chef-d'œuvre trop peu connu. Bossuet conseille de commencer la lecture de S. Augustin par le traité De doctrinâ Chrisfianâ, et ensuite par celui-ci ; après vient VEnchirldion ad Laurentium. Ces deux derniers se suivent dans le tome XL de la Patrologie latine. — Le livre De Doctrinâ Christ,, se trouve au t. XXXIV. — Qu'il serait désirable que les Séminaristes eussent tous le goût de lire de tels ouvrages ! Mais pour le sujet qui nous occupe, le catéchisme, tout ne peut s'y trouver. On se rend compte de ces sortes de lacunes. Les mœurs varient, les moyens de faire du bien varient aussi. Divers ouvrages ont été composés pour aider le catéchiste zélé. Nous mentionnons la Méthode des Catéchismes de Saint-Sidjiice. Tout le monde en connaît le mérite. — Nous ne disons rien de plus sur ce ministère si important : nous avons maintes fois annoncé un autre ouvrage, où il sera nécessaire de nous en occuper.

prohibuei'itis eo.s ;... et imponens manus super illos, henedicebat eos^.

Si le Lecteur, au Séminaire, ou dans le cours des vacances, est autorisé à ftiire le catéchisme aux enfants, ou aux pauvres de l'hôpital, ou à quelque pauvre ignorant, qui, dans un âge avancé, n'a pas encore fait sa première communion, qu'il se rappelle le divin Lecteur, l'adorable Catéchiste, son modèle; et qu'il ait l'intention et l'application d'honorer et d'imiter sa douceur, sa condescendance, sa patience, son humilité, sa charité, dans l'œuvre sainte qu'il fait en son nom. Car, « il n'y a qu'un seul Maître, le Christ. »

Le premier pouvoir du Lecteur est donc de lire les Ecritures, de chanter les leçons tirées de l'Ancien Testament, et par extension d'enseigner les rudiments de la Doctrine chrétienne.

Le second pouvoir consiste à bénir le pain et tous les nouveaux fruits : henedicere panem et omnes fnictus îiovos.

Il semble, de prime abord, qu'il n'y a point d'analogie entre ce deuxième pouvoir et le premier. Les relations qui existent entre eux sont, pourtant, profondes et touchantes. Il bénit le pain et les nouveaux fruits. Quel est ce j)ain ? le pain matériel ; et quels sont ces fruits ? les fruits de nos arbres et de notre sol. Or, nous venons de voir qu'il lit l'Écriture; qu'est-ce que l'Ecriture ? le pain de vie, le pain surnaturel de l'esprit et du cœur. « Il y a, dans le trésor de l'Église, dit l'auteur deVImitatloii, deux tables placées à droite et à gauche. L'une est la table de l'autel sacré où est le précieux Corps de Jésus-Christ ; l'autre est la loi divine qui contient la doctrine sainte, qui enseigne la vraie foi, qui conduit en sûreté jus-

1 Marc. X, 14-16.

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qu'au dedans du voile, où est le Saint des Saints. Je vous rends grâces, ô Seigneur Jésus, lumière de la lumière éternelle, pour cette table de la doctrine sacrée, que vous avez daigné nous préparer par vos serviteurs, les Prophètes, les Apôtres et les autres Docteurs i. »Bien avant le pieux auteur, saint Grégoire, Pape, avait dit : « L'Ecriture sainte est pour nous nourriture et breuvage 2. » Un autre saint Grégoire, archevêque de Constantinople, dit aussi : « Notre Dieu nous nourrit, sa doctrine est un aliment -j. » Plusieurs Pères tiennent le même langage^.

Si l'Ecriture est un pain de vie, pareillement elle doit être fruit de vie. C'est la pensée de saint Augustin 5. On lit dans l'oraison, avec laquelle se fait la bénédiction des fruits nouveaux : «Nous demandons que ceux à qui Dieu a donné ces fruits, en fassent usage pour la santé du corps et le salut de l'âme g. » C'est bien d'une manière élevée, éminente, pour le salut de l'âme, que nous nous assimilons, par la lecture des Livres saints, le fruit de vie, qui est la parole de Dieu.

' De Imit., lib. IV, cap. xi, n. 4.

2 Scriptura sacra cibus noster et potus est. — /;; Ezechlel. Hom. X, n. 3. — Patr. lat., t. LXXVI, col. 88G.

3 Doctrina enim ejixs qui alit, cibus est. — S. Gregor. Xazianzeu. Oratio XL F (alias 4-2) in Sanctum Paschci, n. 23. — Patr. grsic., t. XXXVI, col. 654.

* Panem nostruni quotidianum da nobis hodiè : leg"amus sanctas 8cripturas et inveuiemus liunc panem. Ego Corpus Jesu Evangeliuni esse puto, Scripturas puto doctrinam ejus... Cum legimus eam (Scripturam), Carnem Christi inanducamus et sanguineni ejus Inbimus; etc. — Heterius et Beatus, Epistola ad Elipandum, lib. I, n. 97. — Patr. lat., t. XCVI, col. 953. — Ha;c scriptura Corpu? Christ! est, et ipsum Corpus pauis noster est. — Id. ibid., n. 110, ejusd. t. col. 962.

* Eumdemque faniuluni tuuni (Moysen) Scripturse hujus dispensatoreni, Spiritu tuo plénum, ità honoremus, ut hoc eum, te révélante, cum hsec scriberet, attendisse credamus, quod in eis maxime et luce veritatis et fruge utilitatis excellit. — Confession., lib. XII, cap. xxx,n. 41. — Patr. lat., t. XXXII, col. 844.

* Oratio pro benedictione novorum frutuum. — Kit. Roman.

188 LES ORDRES MIXEURS

Le Lecteur a donc le pouvoir de bénir le pain et les nouveaux fruits. Bénir un objet, c'est le séparer du profane, c'est le marquer du sceau de Dieu, c'est le transférer, d'une manière spéciale et authentique, en son domaine; de sorte que, se servir d'un objet bénit, c'est entrer en quelque sorte en communion particulière avec Dieu, c'est reconnaître que nous usons de son bien, et que nous en usons pour atteindre plus sûrement les fins, pour lesquelles il nous permet l'usage de ses créatures. Mais pourquoi la bénédiction, spécialement désignée, du pain ? c'est parce que le pain est le principal soutien delà viei ; et pourquoi les fruits nouveaux? parce que « les prémices sont au Seigneur : Honora Dominum de tuâ suhstantiâ, et de primitiis omnium frugum tuarum da et -. »

Elevons-nous plus haut. La bénédiction universelle, c'est l'Incarnation du Fils de Dieu : bénédiction abondante et pleine d'amour qui s'étend non seulement aux hommes, mais à toute chose. Elle a réparé la malédiction que Dieu donna à la terre, au commencement, après le péché de notre premier père 3 • et si, maintenant, suivant la doctrine de saint Paul, toute créature gémit, c'est parce que, malgré cette bénédiction divine, elle est soumise jusqu'au jour du Jugement à la vanité et à la corruption des hommes 4. Or, par une faveur particulière de l'adorable Providence, quelques-unes sont comme soustraites

* Cfr. Eccli. XXIX, 28. — xxxix, 31. — Isaise m, 1. etc. 2 Proverb. m, 9.

* Adœ vero dixit (Deus) : Quia audisti vocem iixoris tua-, et comedisti de ligno, ex quo prseceperam tibi, ne coniederes, maledicta terra in opère tuo. — Gènes, m, 17. — Christus Deus noster, qui solvens maledictioneni, dédit benedictiouem; etc. — Aniiph. in offic. Nativ. B. M. V.

* Nani expectatio creatiirse, revelationem tiliorum Dei expcctat. Vanitati enim creatura subjecta est non volens... Quia et ipsa liberabitur à servitute corruptionis... Scimus enim quod omnis creatura ingeniiscit. — Rom. viii, 19-22.

l'ordre de lecteur 189 ■

à cette servitude. Le pain en particulier, et les fruits nouveaux. Pourquoi le pain? à cause du Christ Jésus qui a dit : « Je suis le pain vivant, descendu du CieP »; et les fruits nouveaux? à cause sans doute de cette nouveauté même. Ce sont des prémices de la création; et il est dit de Jésus-Christ : Unusquisque autem in sno ordhie, pri- ■mitiœ Chrishis-: de sorte que le Lecteur qui bénit, n'a devant les regards de l'âme que le Christ. C'est le Christ seul qui bénit : qui pourrait bénir sans lui ? et c'est le Christ, figuré par ces objets si humbles, qui est béni. Qu'est-ce à dire : béni ? glorifié dans ces objets dont on ne se servira que pour sa gloire, selon cette parole de l'Apôtre : « Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, faites tout pour la* gloire de Dieu-^ ; » et encore : « Quoi que vous fassiez, faites-le au nom de Jésus-Christ ^. » Mais il y a une autre vue, bien plus haute, bien plus attrayante encore. Nous lisons, dans les Evangélistes et dans saint Paul, un récit où Jésus bénit, et où ce qu'il a bénit, c'est bien lui, personnellement lui-même. « Et, pendant le repas, Jésus prit du pain et il le bénit, et il le donna à ses disciples, disant : Prenez et mangez : Ceci est mon corps. Pareillement, il prit le Calice en ses mains saintes et vénérables, il le bénit, et dit à ses disciples : Prenez et buvez, ceci est le Calice de mon sangïJ. » Quelle bénédiction que celle-là ! Quelle consécration que celle de ce pain! et le miracle se perpétue sur toute la face de la terre !

Un jour, le Lecteur, s'il est fidèle, deviendra le thauma-

* Joanu. VI, 41, ûL

2 I Cor. XV, 23.

3 I Cor. X, ?A.

* Colo.ss. III, 17.

•^ Matth. XXVI, -iij. — Marc, xiv, 17. — Lue. xxii, 19. — I Cor. xi, 24. Canon Misste.

turg'e de cet incomparable miracle. En attendant, il bénit le pain que les fidèles lui présentent; et quand ce pain est sous ses yeux de chair, et qu'il répand sur cette matière commune et les prières de l'Eglise et l'eau bénite, le regard intérieur de l'âme est fixé sur le pain, « qui est la Chair du Fils de Dieu pour le salut du monde i » ; et rien ne peut plus l'en distraire.

0 heureux, ô sublime, ô admirable Enfant de Dieu ! Quelle grâce est la vôtre !... On comprend la prière de l'Évêque, qui voit, plus que tout autre, le mystère de Dieu accompli dans le nouveau Lecteur : « Seigneur saint ! Père tout puissant! Dieu éternel! daignez bénir vos serviteurs dans cet office de Lecteurs ; afin que, instruits et formés par l'assiduité des saintes Lectures, ils disent ce qu'il faut faire, et ils l'accomplissent par leurs œuvres, et qu'ainsi ils servent doublement les sacrés intérêts de l'Église par l'exemple de leur sainteté : Sanctœ Ecclesiœ exemplo sanctitatis suœ consulant : per Dominum nostrum Jesum Christum.

1 Et panis quem ego dabo, caro niea est pro mundi vitâ. — Joann. vi, 52.

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