CHAPITRE XIII
l'ordre de l'exorciste
C'est un douloureux mystère que celui de l'extraordinaire puissance des démons et de leur implacable haine contre nous ! « Vous croirez peut-être que leur ruine les a désarmés, dit Bossuet, et qu'étant tombés de si haut, ils n'ont pu conserver leurs forces entières. Désabusezvous, chrétiens; tout est entier en eux, excepté leur justice et leur sainteté, et conséquemment leur béatitude. En voici la raison solide, tirée des principes de saint Augustin : C'est que la félicité des esprits ne se trouve, ni dans une nature excellente, ni dans un sublime raisonnement, ni dans la force, ni dans la vigueur ; mais elle consiste seulement à s'unir à Dieu, par un amour chaste et persévérant. Quand donc ils se séparent de lui, ne croyez pas qu'il soit nécessaire que Dieu change rien en leur nature, pour punir leur égarement ; il suffit, dit saint Augustin, pour se venger d'eux, qu'il les abandonne à euxmêmes: Quia sud superhiâ sihi placuerunt, Del jiif<titiâ sihi donarentur i. De cette sorte, ces anges rebelles, que l'honneur de leur nature a enflés, que leurs grandes connaissances ont rendu superbes jusqu'à vouloir s'égaler à Dieu,
* De civit. Del, lib. XIV, cap. xv. — Patr. lat., t. XLI, col. 423.
102 LES ORDRES MIXEURS
ne perdront pas pour cela leurs dons naturels. Non, ils leur seront conservés... Toute l'Ecriture les appelle forts. « Les forts, dit David, se sont jetés sur moi i »; par où saint Augustin entend les démons'-. Jésus-Chkist appelle Satan « le fort armé 3, » Non seulement il a sa force, c'est-à-dire, sa nature et ses facultés; mais encore ses armes lui sont conservées, c'est-à-dire, ses inventions et ses connaissances. Ailleurs, il le nomme « le prince du monde : prbiceps hujus mundi 4 » ; et saint Paul : « gouverneur du monde : mundi redores ^ »... Telle est la puissance de notre ennemi; et ce qui la rend plus terrible, c'est la violente application avec laquelle il unit ses forces dans le dessein de notre ruine... Voyez leur rage, voyez leur envie, et comme ils triomphent de la mort des hommes. C'est là leur application; « c'est tout leur ouvrage : Operatio eorum est lioyn'mis eversio 6. » Que ne peuvent-ils aussi se venger de Dieu ? Sa puissance infinie ne le permet pas. Outrés d'une rage impuissante, ils déchargent tout leiu' fiel sur l'homme qui est son image ; ils mettent en pièces cette image ; ils repaissent leur esprit envieux d'une vaine imagination de vengeance 7. »
C'est pourquoi saint Paul s'écrie avec force : FratreSy confoi'famini in Domino, et in potentiâ virtufis ejns. Induite DOS armaturam Dei, ut possitis stare adversus insidias diaboli. Quoniam non est nohis coUuctatio adversus carnem et sanguinem, sed adversus principes, et potestafes, adcersus
1 Psalm. Lviii, 4.
2 Etiarval- in Psahu. In Psalm. lviit. Enarrat I, ii. 0. — Patr. lat., t. XXXVI, col. 548.
^ Luc. XI, 21.
* Joann. xii, 31.
•"• Eplie.s. VI, 12.
•> TeYiwWiKn. Apolo(ietlc., cap. xxii. — Patr. lat., t. I, col. 405. ' Bossuet, 2'= Sermon anr les Démolis, poui" le premier Dimanche fie Carême, 1='' et 2'- point.
L'oRDKE DEX(^RCrSTE 19o
mundi recfores tenehramni hariinf, confrà spirifudlia nequltiœ, in cœlestihux^. Il coiitimie, et décrit « cette armure de Dieu », cette sorte de panoplie céleste, qu'on peut lire dans cet endroit de Tépître aux Ephésiens.
Or, c'est pour cette lutte, ou à soutenir ou à engager, soit en lui-même, soit dans les chrétiens tourmentés par les démons, que le Clerc reçoit le saint ordre des Exorcistes. Voici comment s'accomplit ce rit si important et si grave.
L'Archidiacre appelle les Ordinands, par la formule habituelle : Accédant qui ofdinandi sunf ad officium Exorcistavum. Les Ordinands s'avancent vers l'Evêque, et se mettent à genoux. L'Evêque, assis et la mître en tête, leur adresse l'exhortation suivante :
'< Ordinandi, Filii .charissimi, in officiixm Exorcistarum, debetis noscere qiiid suscipitis. Exorcistam eteuim nportet abjiceve da?moues, et dicere populo, ut qui non communicat, det locum; et aquaiii in ministerio fundere. Accipitis itaque potestatem imponendi manuin super energ'umenos, et per impositionein manuum A^estraruni. gratiâ Spiritûs Sancti. et verbis exorcismi, pelluntur spiritus ininiundi à corporibus obsessis. Studete igitur, ut, sicut à corporibus alioi'uin da-mones expellitis, ità à mentibus et corporibus vestris omnem immunditiam et nequitiam ejiciatis ; ne illis succunibatis. quos ab aliis vestro ministerio effug-atis. Discite per officium vestrum vitiis imperare. ne in moribus vestris aliquid sui juris inimicxis valeat vindicare. Tùnc enim rectè in aliis divmonibus imperabitis. cùm priùs in vobis eorum multimodam nequitiam superabitis ; quoil vobis Dominus ag'ere concédât per Spiritum suum Sanctum. »
Cette exhortation terminée, IT^vêque présente à chaque ordinand le livre des Exorcismes, que chacun'd'eux touche de la main droite. UÈvêciviQ àii-.Accipite, et commendate memoria', et hahete potestatem imponendi manns Kuper energumenos, sice haptizafos, si ce cathecumenos.
Ensuite, l'Evêque invite l'assistance à la prière. Il dit :
« Deum Patrem onniipotentem, fratres charissimi. supplices dcprecemur, ut hos famulos suos bene 7 dicere dignetur. in officium
' Ephes. VI, 10-1-2.
Exoreistariuii, ut wiiit spirittiales iniperatores, ad abjicieiulos da-iiioues de corporibiis obsessis, ciim omni neqiiitiâ eorum inultifoniii. Per iiuig-ciiituiu Filium suiim Doiniuxini nostrum Jesum Cliristuin, (jui cum eo vi\ it vt régnât in nnitate Spiritiis Sancti, Deus, pex* omnia Sîvcula sa'culorum. Ainen. »
Il termine la sainte Ordination par la prière suivante :
« Domine santîte, Pater omnipotens, a'terne Deiis, bene -J- diccre dig-nare lios fanuilos tiios in officiuni Exorcistarnm; ut, perimpositioneni niannum et oris officium, potestateni et imperiuui habeant spiritus innnundos coercendi; ut probabiles sint niedici Ecclesite tu;e,gratiâ curatiouuni, virtuteque cœlesti eonfirinati. PerDominum nostruin Jesuni Christiim Filium tiium, qui tecum vivit et rcg-nat in unitate Spiritiis Sancti, Deus, per onniia s;ecula sai-culorum. Amen.»
Si nous avons une juste idée de ces formidables « puissances » , qu'il s'agit d'humilier, et de chasser honteusement des créatures de Dieu, qu'elles possèdent, nous comprendi'ons la grandeur et la sublimité du pouvoir qui est donné à l'Exorciste. Aussi, n'est-ce pas l'autorité d'un homme, pas même celle d'un ange, pas même l'autorité de Michel, poussant ce cri d'indignation et de louange : Quis nt Deus / et disant au dragon : Imperet t'ibî Donilmi.s 1; c'est l'autorité même du Verbe incarné, qui est en eux; c'est sa vertu, c'est sa force « triomphante », pour rappeler un mot de saint Paul-. Nous savons, par saint Jean, qu'une des fins du grand et glorieux Mystère de l'Incarnation a été cette humiliation des démons et la destruction de leurs œuvres -K Le sang a coulé au Calvaire, « afin que la mort même du Fils de Dieu détruisît celui qui avait l'empire de la mort, c'est-à-dire, le diable», dit saint Paid ^. Que cette doctrine est surprenante
• Cum Mii^liael Arcliang-ehis euni dialtolo disputniis altercaretur de Moysi corpore... dixit : Imperet tibi Dominu.s. — .luda^, U.
- Expoliaus principatus, et pote.state.s, tracbixit coiitidoiiter, pabim triunipluuis illos in seinetipso. — Coloss. ii, lu.
■* In hoc apparnit FiHus Dei, ut dissolvat opéra diaboli. — I Joann. m, S.
* Ut per niorteni de.strueret eum, qui habebat niortis imperinm, id e.st, diabobun. — IIel>r. ii, 14. — Ad Mariani Gabriel mittitur, qui Dei Fortitudo
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pour notre obscure raison ! Le Fils de Dieu est armé contre cet ennemi; il lutte constamment contre lui; il exerce, avec une grande autorité, le pouvoir qu'il a de l'humilier et de le forcer à céder la place qu'il occupe; mais finalement, ce n'est que par l'ignominie et le supplice de sa mort, qu'il l'emporte sur lui, et qu'il détruit son empire, comme s'il avait fallu- tant d'etibrts et tant de sacrifices pour atteindre ce but. Ce n'est pas (qui ne le sait V) que rien de tout cela fût réellement nécessaire, pour abaisser tant d'orgueil et réduire à néant toute cette puissance i. Notre humble Rédempteur aurait pu le faire «d'un seul souffle de sa bouche-», comme saint Paul nous apprend qu'il détruira toute la puissance de l'Antéchrist, le plus redoutable des suppôts de Satan. Mais il voulait fîiire connaître à son Eglise qu'on ne peut réussir à l'emporter sur cet ennemi, que si l'on a la vertu même de Dieu. Grande leçon que l'Exorciste ne perdra pas de vue. Mais que fera-t il ? Il n'y a qu'un seul vainqueur du démon, c'est Jésus-Christ. Par conséquent, tout consiste pour lui, pour l'accomplissement de sa redoutable mission, à se tenir dans la dépendance la plus parfaite de Jésus-Christ. Qu'est-ce à dire ? De quelle dépendance s'agit-il V il se tiendra dans la plus absolue et la plus constante dépendance de la souveraineté et de la
iioniinntur. lUuin qiiippè niuitiare vciiieliat. qui ad cleljeliaiida.s aei'eas potestatcs hiunilis apparere lUg-uatus c^st. — S. Gregor. Magrn. lu IjCani/el. Homil. XXXIV, u. !». — Brev. Rom. in f'i'sto S. Miclia(l,2'J septemb. lect. vi.
- Tatr. lat., t. LXXVI, col. 1-251.
• A'erVmni Dei, uiiicus I)ei Filins, dialioliun qnoin seinper suh legibus s\iis lialmit et lialiebit, lioiniue iiidutii.s, etiain iioiniiii subjugavit, luhil ei cxtorqueiis violento doiuinatii, sed siippran.s eum lege jiistitiîp. — S. Aiignst. De.Uhero arhilrio, lil). III, cap. a, u. ."51. — Patr. Lit., t. XXXII, col. l-2f<G.
- Revelabitnr ille iniquiis, (lueinDoniiuus .lesus interficiet si)iritu oiis siii.
— H Thes.s. Il, 8.
196 LES OIJUUKS MINEURS
sainteté de JÉ.sus-CnKi.sT : de sa souveraineté, reconnaissant qu'il ne peut absolument rien par lui-même; de sa sainteté, se soumettant si universellement à son action sanctifiante qu'il puisse dire, dans la mesure qui convient à un pécheur : Veiiit eniin pi-hn^epu mnndt hiijns. et in me non hahef quidquam i.
Arrêtons-nous à expliquer eu quoi consiste cette double dépendance.
Premièrement, l'Exorciste se tient dans une dépendance absolue de la souverainetédeJÉsr.s-CHKiST. Jésus- Christ est le seul, dont l'autorité, toute-puissante et essentiellement irrésistible, domine et tienne dans l'abaissement et la confusion les démons, ces esprits rebelles. Malgré leur énergie naturelle, ils sont sans force aucune sous son regard qui les méprise. C'est lui qui a dit cette parole : Et super inhnicos meos despexit oculus meus 2. C'est de lui qu'il est écrit : « Je placerai vos ennemis comme un escabeau sous vos pieds •''. » Ils le savent, ils l'éprouvent sans cesse; et quand saint Paul nous apprend qu'au seul « nom de Jésus tout genou tiéchit dans les enfers ^ », il veut exprimer la nécessité où sont les démons de reconnaître et de révérer, par leur accablement et leur consternation, la puissance souveraine et absolue du Fils de Dieu. Mais, c'est la seule qui les tienne dans un état voisin de la mort et du néant, soit que Notre-Seigneur l'exerce lui-même, comme il le faisait sur la terre, soit qu'il la communi(]ue à ses ministres, comme il l'a fait
' .loann. xiv, :■»:).
- l'snlm. LUI, 9.
•' r.salm. tix, 1.
* Pliilipi). II. 10. -- <)mii(^ ijcini llci-tatur... iiit'cnudinii : putà... coruiii qui (l.iii iiati sunt in iiit'enio, sixc lioiiiiiie.s .siiit, sine dioniones, ait Anselinii.s : In enini iicct iiiviti {^enn Hci-tunt. iil est, .ngnoscunt, trenmnt et reverentur noir.en Jesu, etc. — Corn, a Lap. in illiid J'Inlipj).
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quelquefois, dans le cours de sa Vie Publique i, soit qu'il Teuille que l'Eglise en use pour le bien de ses enfants. Toute autre autorité ne serait qu'une dérision pour ces intelligences cruelles et moqueuses, comme les appelle Bossuet -. Nous avons, dans les Actes des Apôtres, un fait remarquable qui en est la preuve. Voici le récit de saint Luc : « Or, quelques-uns des exorcistes juifs, qui allaient de ville en ville, entreprirent aussi d'invoquer le nom du Seigneur Jésus, sur ceux qui étaient possédés des malins esprits "^ en leur disant : Nous vous conjurons, par JÉSUS que Paul prêche, de vous retirer d'ici. Ceux qui parlaient ainsi, étaient sept fils d'un Juif, prince des Prêtres, nommé Scéva. Mais l'esprit malin leur répondit : Je connais Jésus et je sais qui est Paul; mais vous, qui êtes-vous '? Et aussitôt l'homme qui était possédé d'un démon furieux, se jeta sur eux, et, s'étant rendu maître do deux d'entre eux, il les traita si mal, qu'ils furent obligés de s'enfuir, nus et blessés, de la maison où cela se passait ■*. »
C'est une grande leçon, L'Exorciste ne sera réellement redoutable au démon, qu'à la condition de n'être plus lui-
• Mattli. X, 1, 8. — Marc, m, 15, — etc.
- « Tous ces esprits rebelles sout nécessairement cruels et moqueurs. » — II'' Sermon, sur la Passion de X.-S. J.-C, 1"'' point, vers la tin.
^ On n'ignore pas qne les juifs avaient leurs exorcistes. Xotre-Seigneur fait allusion à cet office, quand il dit : Si ego in Beelzebub ejicio dtemones, filii vestri in que ejiciunt? Ideo ipsi judices vestri erunt. - Matth. xii, 27.
* Act. Apostol. XIX, 13-16. — Le Jésuite, Pierre Tliyrée, dans son ouvrage : l)e Demoniacis, raconte un fait à peu près semblable, arrivé à Luther. — Cap. XL, n.6, — in-8. Lyon, IGO'.t, p. 12(). — Il n'y a pas d'exemple qu'un hérétique ait chassé le démon. Mais on a vu de grands pécheurs se délivrer de .ses obsessions, principalement par la vertu du signe de la Croix : témoin le fait de .Julien l'Apostat, se délivrant d'une apparition du démon dans une évocation magique. Ce fait est raconté par S. Grégoire de Xazianze. Orat. I. Contra Jidian. n. 55 et 56. — Patr. gra?c., t. XXXV, col. 579; et par Théo- <loret, Errlesiast. Ilisloria, lib. III, cap. i. — Patr. grœc., t. LXXXII, col. 1086.
môme, mais Jésus-Chkist. C'est dire la très profonde humilité intérieure et extérieure qui doit être en toute sa personne dans l'exercice de ce grave ministère. Il faut qu'il reconnaisse, qu'il n'est rien par lui-même, qu'il est plutôt un obstacle qu'un instrument utile, cà cause de ses péchés passés et de son état de pécheur; et il doit en convenir sincèrement, s'il advient que, dans les exorcismes, le démon le lui reproche. S'il se maintient dans cette disposition, avouant en lui-même, déclarant au besoin « que tout son crédit lui vient uniquement de Dieu i >, il jettera son ennemi dans la confusion et la fureur. Il n'y a aucune vertu qui excite la rage de ce malheureux criminel, qui n'est tombé que par orgueil, comme une sincère humilité. Il n'a plus ni force, ni ruse, ni intelligence qui puisse le servir, en présence d'une âme profondément humble, qui n'a de vue que sur son propre néant, sa propre corruption, sa propre indignité, et dont toute l'ambition est purement et uniquement l'honneur de Dieu, et son triomphe ; de même que rien ne sert sa cause et ne lui donne toute sorte d'audace et d'autorité sur nous, comme l'orgueil. Rappelons-nous un texte de l'Evangile : « Et le Seigneur dit : Simon ! Simon ! (Je t'appelle par deux fois : sois attentif). Satan a demandé à vous cribler tous vous autres, comme on crible le froment '-. Quelle puissance de Satan ! dit Bossuet. Cribler les hommes, les Apôtres mômes, les agiter, les jeter en l'air, les précipiter en bas, en faire, en un mot, tout ce qu'il veut. Qui a donné ce droit à Satan, sinon le péché (d'orgueil) ?... Tout ce qui est possédé de la vaine gloire, est léger et propre au cri-
1 Non siiiims sufticionles... sed sufficieiitia nostrn ex Deo est. — II Cor. m, 5.
^ Luc. XXII, ;îl.
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ble de Satan ^ ». Que l'Exorciste sache donc que l'armure la plus puissante contre un ennemi si fort, c'est l'invincible humilité. Qu'il se préoccupe avant tout de l'opposer à toutes ses fureurs. Nous nous souviendrons toute notre vie de l'étrange eft'et produit sur une pauvre personne, réputée possédée du démon, par cette simple parole : « Je te commande par l'humilité du Cœui- de Marie de baiser la terre. » C'était des contorsions, des cris, des protestations ; mais cette invocation de la plus humble des Vierges était toute puissante : ce malheureux arrivait jusqu'à terre et baisait le sol, comme si un poids irrésistible l'y eût abaissé forcément -.
C'estl'humilité, que Notre-Seigneur recommande, quand il dit que le démon ne cède qu'à la prière et au jeûne : hoc genus hi nuUo potest e,rire,nisi in orafioiie et JeJuniO''>. La prière est l'humiliation de l'âme, qui proteste ne pouvoir rien faire qu'avec le secours de Dieu, et le jeûne est l'humiliation de la chair, que la privation des aliments permis affaiblit et abaisse.
Mais, si nous i^arlons d'humilité et d'humiliation, il ne faudrait pas conclure que l'Exorciste doive être timide et embarrassé. Il devrait l'être, s'il n'était pas humble, s'il se fiait de quelque manière à sa propre vertu; mais parce qu'il n'est rien à ses yeux, et quela grâce et la vertu de Jésus-Christ sont son unique force, il sait « qu'il peut tout en celui qui le fortihe -t. » Cette vue de foi lui donne
* Médit at ions sur l' Ertiin/ilc, La Cène, I'"' partie, GO^ jour.
2 S. Ephrein dans sou Farœnesis III raconte le trait suivant : Cum praefectus quidam curasset tVatrein al) impurissinio diemone divexatum, rexjeiito obsessus à diemoue eai'pit exelaniare: Tu me ejecisti atqne lig-asti per huniilitatem tuani. — Opéra, Antuerpia;, 1619, p. "275. — Le saint Diacre dit auparavant {Parœnes. II) : Dteinones, quantumvis inviti, confitentur se uiliil cum humilitate posse, sed eam timere atque horrere. — Cfr. S. Bernard. In Dedicafioiie, Sernio III, n. 2. — Tatr. lat., t. CLXXXIII, col. rv24.
3 Marc. IX, 28.
* Omnia possum in eo, qui me confortât. — IMiilipp. iv, lo.
200 LKS ORDRES MIN KIRS
une gTaiide assurance. Qu'est-ce après tout que cet être méchant et hideux, en présence de hi Majesté et de la Toute-Puissance de Jésus-Christ? Que sont ses ruses, devant sa souveraine et infinie Sagesse ? Qu'est-ce que toute sa malice s'exerçant sur des créatures coupables peut-être, mais que le Verbe de Dieu a aimées jusqu'à verser son sang- pour elles ? Armé de cette grande et invincible foi, n'asj)irant qu'à confirmer une fois de plus l'essentielle autorité de Dieu et de son Christ, sur cette puissance ennemie, sans préoccupation de sa propre gloire, ardent à procurer en même temps le triomphe de Dieu et la délivrance, la paix, le salut des âmes, l'Exorciste lit les saints exorcismes, avec un grand empire et une inébranlable énergie i. Quelles puissantes et formidables paroles que celles-ci, que l'Eglise met dans sa bouche :
Adjura te, serpens antique, perJudicemmvorum etmortuorum... Adjurote iterum, non meâ inpnnltate, sed virtute S2}i)'itûs Sanctl, ut exeas ah hoc faiimlo Dei... Cède igitui-, cède, non mihi, sed tnini.stro Christi. lUius en'nn te uryet potestas, qui te cruel suœ subjugaint. III lus bracMiim contremisce, qui, devictif^ gémit Unis inferni, animas ad lucem perduxit. Sit tibi terror corpus liomlnîs, sit tibi formido imago Dei... Et ne contemnendum putes, duni nie peccatorem nimis esse cognoscis. Imper at tibi Deus; imper at tibi Majestas Christl. Imper at tibi Deus Pater; imper at tibi Deus Filius ; imperat tibi Deus tSpi)'itus Banctus. Lnperat tibi Sacramentum crucis. Imperat tibi Fides sanctorum Apostolorum Pétri et J'auli, et cieterorum Sanctorum. Ln-
1 Qui non ssnâ, sed divinâ tVetus virtute, ac ouini rerum humanarum cupiilitate aliénas, tani piuni opus ex caritate constanter et humiliter exequatur.. Exorci.snios faciat ac légat cum imperio, et auctoritate, magnâ iide, et huniilitate, atque t'ervore - Ritual. Rom. De e.rorch. obsess. à dœmon.
l'ordre d'exorciste 201
perat tibi ^larfijrani sanguis. Impernt tib'i confinentia confessorum... Imperat tibi christlanœ fidei Myaterioruni virtîis. Exi ergo, tran^gressor ;... Da locum, dlrisslme ; da locum, impiisshne ; dà Jocuni Chyisto, in quo uihil iuveui.sfi de operibus fuis : qui fe spoliavif, qui regmim fimui desfrnxif, quite victum ligavif, et rasa tua diripiiit... Adjuro te, draco neqai.ssime, in nomine Agni immacuJati... Confremisce, et effuge, invocafo nomine Doinini illius, qiieni inferi tremunt i...
Quel laniiage ! Comme il se sent anéanti, celui qui le tient ! Comme il est sans vigueur, par lui-même, en présence de cette redoutable puissance, cachée dans le corps de la pauvre créature qu'elle possède ! Mais qu'il est grand, notre Dieu, notre Christ, notre humble Rédempteur, dont la vertusouveraine, communiquée à un pauvre pécheur, peut rendre celui-ci capable d'humilier, à ce point, ce qu'il y a de plus superbe et de plus enflammé de colère et de haine dans toute la création î
C'est ainsi que l'Exorciste se fixe et demeure dans une très parfaite dépendance de la très haute et très puissante souveraineté de Jésus-Christ. Mais, ce n'est pas assez. En second lieu, il doit vivre habituellement dans une très intime dépendance de sasainteté. Qu'est-ce à dire? Notre- Seigiîeur, en sa qualité de Chef, influe sans cesse en nous, ses membres. Sa vie divine se répand dans notre vie, sans interruption. Le secret de la sainteté consiste à recevoir ce qu'il donne, et à nous assimiler ce qu'il communique. C'est la vie de la grâce, qui se fortifie toujours davantage en nous par cette efl'usion de la grâce actuelle : eftusion qui de plus en plus nous purifie de nos péchés passés, affaiblit nos passions qui sont les sources si fécondes de nou-
^ Ritual. Rom. nhl iiiipi-à.
veaux péchés, confirme les vertus qui commencent ù naître et à se perfectionner en nous : humilité, douceur, simplicité, chasteté, foi, espérance, charité. De sorte que la dépendance, dont il s'agit ici, c'est cette application attentive, soigneuse, généreuse, à ce que nous savons que Notre-Seigneur veut opérer en nous, pour qu'il y vive et qu'il y règne, et qu'il y établisse sa demeure, avec le Père et le Saint-Esprit.
Rien n'est plus digne de notre application et de nos efforts que cet état, où Notre-Seigneur, étant à l'aise dans une âme, y atteint amoureusement les fins de sa divine Rédemption. Mais rien aussi n'est plus nécessaire, quand cette âme est prédestinée à détruire l'empire de celui qui ne travaille sans cesse qu'à rendre inutile l'œuvre de cette adorable Rédemption.
Il est vrai que l'efficacité des saints exorcismes ne dépend pas de la sainteté du ministre ; reconnaissons-le. La plupart des Théologiens pensent, qu'il en est de ces saints rits comme des Sacrements. « Les Docteurs affirment communément, dit saint Alphonse de Liguori, que les exorcismes ont la vertu infaillible de chasser les démons, et qu'ils opèrent par conséquent ex opère ojjerafo^. » Il s'ensuit que l'efficacité du ministère de l'Exorciste est dans le caractère qu'il porte, et non en sa propre vertu, quelque excellente qu'elle soit. Rien n'est plus juste que cette conclusion. Mais qui ne sait ce qu'il y a de puissance dans une vie sainte? « Croyez-moi, disait saint Antoine à ses solitaires; ce que Satan redoute, ce sont les veilles, les oraisons, les jeûnes, la pauvreté volontaire,la
' Communiter (licuut (loctores exorcismos habere vim infallibilem.expelleiidi dœniones tanquàm ex opère operato. — Tfieolog. moral., lib. III, tract. II. — Append. de adjuratione. — Cfr. Schrain. Tlieolog. Mystica,§22î), Schol. Il dit : (^iiod ilH a potiori assumere debent, qui volant ordineni ExorcLstatûs c.um reliqiiis ordiiiibn.s minoribus esse verum sacramentum.
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miséricorde, l'hiimilité, et surtout l'ardent amour que nous avons pour Jésus-Christ : un seul signe de sa très sainte Croix le met en fuite i. » Or, saint Antoine, saint Hilarion, et tant d'autres saints Religieux étaient de simples moines, et non pas Exorcistes : et pourtant, au moindre signe, au simple son de leur voix, quelquefois même par leur seule volonté, et à une grande distance, ils épouvantaient les démons et les obligeaient à se retirer des corps des possédés -. Des femmes d'une grande vertu, comme il est raconté de sainte Catherine de Sienne, de sainte Euphrasie, de sainte Geneviève, ont eu un semblable pouvoir. Du reste, l'exhortation de TÉvêque est formelle. Studefe igifiu'. nf, sicuf à corjjorihus cdiovum dœmones expeUifl'i. ifà à luei/fihus et corporlbus vestris omnem innnnndifiaui (4 uequ'itiam ejicîatU... Discite per officiuin vestvinu vitiis imperare, ne in morilnis vestris aliquid sni jioùs inimictis valeat vindicare. L'Evêque ajoute: Ttinc enim recte in oliis dœmonihus imperahitis, cum prius in vohis eoruni midtimodam nequitiani suj^erahitis.
Il est donc nécessaire que l'Exorciste vive dans une grande pureté de conscience, qu'il ait une vive horreur du péché, soit mortel, soit véniel. Une sinij^le affection au péché véniel pourrait être, pour le démon, une raison de lui résister avec audace*. Que cet ennemi rusé et méchant « ne trouve rien en lui, dont il puisse se prévaloir».
' Bii'v. Jîohi. xvii .Januar. — Ad Malutiimin, lect. vi.
- Cfr. 8. Hieiouvm. Vita S. llUarioni.s, n. ■20-2o. — Patr. lat., t. XXIIT, col. .30. — 8. Atlianas. Vita S. Antonii, n. G2 et seq. — Patr. g-ijec, t. XXVI, col. 931. — Bollaiul. Vifa S. Facomii, 14 maii, t. XVI, p. 398, u. 35. — etc.
^ Thyrée fait uue observation bien digne d'être méditée : Et quamvi.s venialia, levia peccata sint..., nuUa tamen fit hominibus injuria, quando etiam, jiropter hsec, dœmoniiiu carnificinse traduntur ; quoniam qua? coniparatione letbalium levia sunt, comparata cum psenis quibuscumque magna .sunt, et illas post se longissimè relinquunt. — De Dœmoniaris, Pars I, cap. XXX, n. 6. — Il y a dans Ihistoire ecclésiastique des exemples de pos-
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Que l'humble Exorciste n'ait de vigilance et d'attention que pour se maintenir dans l'amitié et l'intimité de Dieu. Qu'il ait l'abondante grâce de Jésus-Christ, et toutes ses vertus. Toutes lui sont nécessaires dans la lutte, qu'il soutient ou qu'il engage lui-même. Quelques-unes luisent spécialement indispensables, et il doit les posséder à un haut degré. Nous avons parlé précédemment de l'humilité; elle est accablante pour le démon i . Il ne soutient pas davantage la parfaite chasteté d'âme et de corps. La chasteté, c'est la bonne odeur de Jésus-Christ, qui met en fuite l'esprit impur 2. Pas la moindre souillure, et la moindre tache dans les sens, le regard, l'ouïe, le toucher ; pas la moindre immortification dans les pensées de l'esprit et les affections du cœur. La chair est la complice du démon. C'est par elle qu'il arrive à l'esprit; elle est toujours prête à lui livrer la place, comme une sentinelle perfide. On l'a vu s'emparer de pauvres créatures innocentes, d'enfants de deux ou trois ans ^, et de saints personnages dont la vie était irréprochable -t ; que serait-ce donc, si celui qui l'attaque et qui prétend le vaincre, était
«ession, pour fie .simples péchés véniels. — CtV. Cassian. Collation. VIL cap. XXVII. — Patr. lat., t. XLIX, col. 70G. — S. (ireg. Magn. Dialog., lih. I, cap. IV. - Patr. lat., t. LXXVII, col. IGN.
1 Humilitatern nostramnon siistinet. — S. IJeniaril. /;( Dediratione, Serm. III, n. 2. - Patr. lat., t. CLXXXIII, col. 524.
- Et respondens Angélus dixit ei : Cordis ejus (piscis) particulani, si super carbones ponas, fuinus ejus extricat onine genus dsemouioruni, sive à viro, sive à niuliere, ità ut ultra non accédât ad eos... Qui... sua; libidini ità vacent, sicut eqnus et niulus... : habet potostateni dsemoniuiu super eos... Ipsâ auteni nocte, iucenso jecore piscis, fugabitur dîtinonium. — Tobiacap. VI, 8, 17, 19.
^ Nous le savons par S. Augustin, De Cin'f. Dei, lib. XXII, cap. xxii, n. o. — Patr. lat., XLI, col. 780 ; - et par S.Jérôme, Epist. XXXIX, ad l'aidaiti xiiper ohltu Blœsillœ. n. 2. — Patr. lat., t. XXII, col. 4G7.
* Voir les trois admirables traités de S. Jean Chrysostôuie au saint cénobite Stagire : Oratio adbortaria ad Staginim, axcetam à dœinoiiio vexaliim, Libri III. - Patr. gra;c., t. XL VII, col. 42:1
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lui-même, en quelque manière, sous son empire, par certaines habitudes sensuelles, par des concessions faites à cette chair, sa plus puissante auxiliaire? Il faut que l'Exorciste puisse dire par toute sa vie, tous ses actes, toutes ses manières, et les pensées même de son esprit : «Je n'ai rien accordé à la chair et au sangi. Ma voie n'est pas selon la chair, mais selon l'esprit; ce n'est pas dans la chair que je suis, c'est dans l'esprit : car Je ne dois rien à la chair, pour que je vive selon ses tendances ; mais les faits qu'elle veut produire, je les condamne à la mort par l'esprit, afin d'avoir la véritable vie 2. »
Comme on sent qu'il domine en souverain (selon l'expression même de l'Evêque qui l'a ordonné •^, ) tous ses ennemis, toutes ces puissances spirituelles de malice: apiritiialia neqidfiœ, toute cette audace enflée de colère et d'envie, l'humble exorciste qui peut tenir un tel langage ! Il est pécheur, hélas ! il le sent. Mais, au sujet de la chasteté, la vertu angélique, il oserait dire à toute l'armée des esprits immondes : « Qui de vous m'accusera de péché 4 ■? »
Et c'est ainsi qu'il demeure, avec fidélité et amour, dans
' Nonaeqnievi carni et .sang-uini. — (ialat. i. Hi.
- Non secundum earnem ambulanius, so-d .sectuidniii .sijiritiun... Vos •anteni in carne non estis, sed in spiritn... Ergo debitores snmus non carni, nt secundnm carneni vivamns... Si antem spiritn facta caruis niortiticaveritis, vivetis. — Rom. viii, 4,9, 12, i:-.
^ I"t sint spiritnales imperatores, ad ahjiciendos djeniones. — De ordinat. Ejrorciist. ■
^ .loann. VIII, 4(). — Ce céleste esprit de cliasteté doit dominer VExorciste, principalement dans l'exercice de son ordre. Le Franciscain .lérônie.Mengo, qui a t'ait un traité remarquable des exorcismes sons ce titre : Flarjellum, DcEDioniorum, AowwG de très utiles conseils (cap. xii) sur la grande décence que doit avoir l'Exorciste, surtout si la personne possédée est une femme, parce que une des ruses les plus habiles du démon consiste à le faire tomber, si c'est possiV)lo, dans quelque faute ou quelque imperfection, .-m snjet delà vertu angélique. C'est d'ailleurs ce que nous fait connaître le seul bon sens chrétien.
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une très parfaite dépendance de la sainteté de son Dieu, de son Pontife, de son Prêtre, dont l'Apôtre a écrit : « Il est saint, il est innocent, il est sans souillure, il est séparé des pécheurs, et plus élevé que les cieux^. »
La fonction principale de l'Exorciste est de chasser les démons. Mais, il en est une autre, que l'Evêque lui assigne, et qu'il est nécessaire de remarquer. L'Evêque dit: E.vorcistam oportet ahjicere dœmoiies, et dlcere populo ut qui non communicat, det Jocum. Il a le droit d'élever la voix dans l'assemblée des< fidèles, « afin de dire au peuple que ceux qui ne communient pas, cèdent la place à ceux qui communient. » Il serait bien dura celui qui a été Portier de l'Eglise, ouvrant les portes à ceux qui viennent participer aux saints Mystères, qui ensuite a été promu à l'ordre de Lecteur, avec le droit d'insti'uire les catéchumènes et les ignorants de la sainteté de nos Mystères, et de bénir le pain qui annonce la plus merveilleuse des bénédictions, celle qui change le pain au Corps de Jésus- Christ, il serait, disons-nous, bien dur à ce Clerc, que les Ordres inférieurs ont mis en rapport déjà intime avec l'Eucharistie, de n'avoir, dans son saint office, de relation qu'avec les possédés et les énergumènes. Non! cela n'est pas possible. Portier, il ouvrait l'Eglise, il allait assez avant dans le saint Temple pour établir l'ordre partout; Lecteur, il montait à l'ambon, et « de ce lieu élevé », comme l'appelle l'Evêque, il lui était facile de contempler les saints Mystères de l'Autel. Mais maintenant, il s'occupe, d'office et de plein droit, de la réception de l'adorable Sacrement. 11 est là, près de la table sainte, assistant à la distribution du pain eucharistique. C'est une récompense bien méritée, que le doux spectacle dont il jouit,
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lui qui a été si fréquemment témoin des affligeantes scènes de la possession diabolique. Du reste, il est prol)able que, parmi ceux dont il favorise l'accès à la communion du Corps et du Sang de Jésus-Christ, il y a plusieurs de ces pauvres âmes dont le démon possède ou obsède le corps. La première recommandation que fait à l'Exorciste le Rituel romain, est de presser celui, dont il veut obtenir la délivrance, de hâter la purification entière de sa conscience, par une confession humble et sincère ; mais l'Église, qui parle dans ce saint livre liturgique, veut aussi, si rien ne s'y oppose, que ce pauvre affligé communie souvent 1. C'était pareillement la pratique recommandée par les Conciles et les anciens Pères, qui ne balançaient pas de lui accorder même la communion quotidienne -.
Le pieux Exorciste fait des vœux ardents pour tous ceux qui se présentent. Il demande à A^otre-Seigneur de posséder si bien les âmes, parla sainte communion, que jamais l'ennemi ne possède plus ni les âmes ni les coi-ps. Mais, il prie plus spécialement, plus tendrement, pour ceux qu'il a vus sous l'oppression de cet ennemi cruel; et il supplie Notre-Seigneur d'en faire au plus tôt des victimes de son amour, victimes qu'ils sont de la méchanceté du démon. S'il réussit par tant de prières qui ciccompagnent, qui précèdent, qui suivent le ministère terrible qu'il remplit lorsqu'il exorcise, la demande que l'Evêque a faite pour lui, le jour de son ordination, est exaucée : « Uf prohabiles siyit Medlci Ecclesiœ tuœ, gratta curatlonam, cirtîi-
' De exorcizandls ohsesais. Admoneatur obse.s.sus... ut .saer.â coiit"e.s.sione,etc.
- CtV: Cassian. Collation. VII, eap. xxx. — Patr. lat., t. XLIX, col. 70ii. — Concil. Eliberitcni., ann. 305, can. o7. — Labbe, t. I, p. ',t74. — C'oacil. Araiisi.c. I, can. 14. — Labbe, t. III, p. 1450. — Lire un fait, bien merveilleux «les effets de la sainte Eucharistie sur une pauvre tille possédée, dans uu ouvrage quelquefois attribué ji S. Prosper d'Aquit. — Liber de jjromissis et prœdictionih. Dei. — P. IV, cap. vi, n. 0. — Patr. lat., t. LI, col. 842.
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fcquc civlesti co)//innafi : Qu'ils soient, dans votre Eg'lise, ô Dieu Saint et Père Tout-Puissant, des médecins expérimentés et qui se recommandent, par la grâce des guérisons qu'ils opèrent, et par la vertu céleste qui apparaît en toutes leurs actions. »
Cette grâce qui opère de si saints effets, cette vertu céleste qui apparaît dans tout leur ministère, a sa source unique dans Celui dont saint Pierre a dit: Unxit eum Deua '"^piritu Sancfo, et rirtufe, qui perfransiif henefaciendo et i^anando omnes oppressas à diabolo'^. L'humble Exorciste le sait, et rien ne lui est doux comme de penser qu'il est, dans l'œuvre de délivrance et de salut qu'il fait, l'instrument de ce Dieu d'inépuisable compassion pour ses créatures malheureuses. Un jour viendra, où il aura l'immense joie de délivrer, non pas seulement les corps, mais les âmes, par d'efficaces absolutions, et non pas seulement .< de dire au peuple de céder la place à ceux qui communient », mais d'inviter, mais de presser lui-même tout le peuple, toutes les âmes rachetées, les petits, les pauvres, les aftligés, comme les grands et les puissants etlesheul'eux de ce monde, à venir recevoir de ses mains consacrées, ^< le Corps du Fils de Dieu, qui garde les âmes et les corps pour la vie éternelle ».
Mais, avant de goûter tant de bonheur et de recevoir une si grande gloire, il ne s'avancera que lentement «vers l'Autel de Dieu, du Dieu qui réjouit sa jeunesse2. » Et voici ([u'il va faire un pas de plus dans le Sanctuaire, où se porte son cœur avec des désirs si ardents, et où la crainte et l'amoui' lui font subir souvent de mystérieuses défaillances -5. Il est appelé à recevoir prochainement le saint Ordre d'Acolyte.
' Aft. Apohitol. X, :]8.
- Psaliii. XI, II, 4.
^ Coneuiiicit, et deticit anima inoa in atria Domini. — Psalm. i.xxxiii, 3