‹ Prêtre et hostieChapitre 17 sur 56 · L ORDRE D ACOLYTE · texte numérisé non relu

L ORDRE D ACOLYTE

tait ainsi, et qu'il ottrait à toute créature de Dieu, qu'était-elle en elle-même ? C'était la révélation des perfections de son Père, de sa gloire, de ses droits, de sa volonté, de son amour. Cette lumière était une tlamme vive et ardente, capable de consumer d'amour toutes les âmes. La multitude se tenait à distance et n'en éprouvait aucun efifet. Quelques âmes la recevaient en elles-mêmes et en subissaient les saintes ardeurs. Makie la première, les Apôtres, les disciples ensuite, plus tard, d'une manière très sensible , les deux voyageurs d'Emmaiis i. Mais JÉSUS en était tout dévoré et consumé. Cette lumière était la flamme irrésistible et toute puissante de son Holocauste ; elle dévorait et consumait sa vie, depuis le premier moment de son Incarnation, et elle devait la réduire en cendres, détruisant en lui toute vie humaine, toute gloire, toute grâce, toute beauté, sur le Calvaire; en attendant que cette même lumière et cette même flamme, qui sont Tune et l'autre la gloire de son Père, le ressuscitassent dans le tombeau -, et fissent de son Humanité un Holocauste éternel.

Il en est ainsi, en figure, du cierge que porte l'Acolyte dans les saintes cérémonies; il brille, il brûle, mais il se consume; il est vraiment en état de sacrifice (c'est l'expression même dont se sert l'Eglise, dans une cérémonie solennelle, la bénédiction du cierge pascal 3). Sous l'action de la tlamme qu'il porte, il se réduit peu à peu à rien, il n'y a plus à la fin qu'un peu de cendre. Mais la lumière n'est pas éteinte pour cela. D'autres cierges sont

■ Nonne eor nostruni ardens oiat iu nobi.s, dum loqueretur in via, et apcriret nobi.s Scriptuias ? — liUC. xxiv, 32.

* Surrexit à mortuis per g'ioriam Patris. — Rom. vi, 4.

3 Sacrificium vespertimim, quod tibi (Domine), in hâc cerei oblatione solemni, per ministrorum manus, de operibus apum sacrosancta reddit Ecdesia. — In Sabbato Sancto, Exultet.

prêts, d'autres Victimes attendent la lumière et la flamme qui vient de Dieu par Jésus-Christ, et comme le Sacrifice de Jésus-Christ est éternel, le Sacrifice de ses Prêtres et de ses fidèles, l'est aussi.

Telles sont les vues hautes et bienfaisantes qui occupent l'humble Acolyte, tandis que, modestement, avec foi, piété et amour, il allume les cierges et les lampes, et il porte le chandelier allumé, de la Sacristie au Sanctuaire, du pied de l'Autel à la crédence, de la crédence au lieu où le Diacre doit chanter l'Evang-ile, et partout où, dans les diverses cérémonies, il doit remplir son sahit Office de Céroféraire. La lumière, c'est Jésus-Christ; c'est donc Jésus-Christ qu'il porte ; il peut dire comme les anciens Martyrs : « Je suis porte-CHRiST i. » Cette lumière, c'est Jésus-Christ dans le Mystère de son Incarnation, se révélant aux hommes, mais humblement, avec une évidente intention de se voiler le plus possible, tandis qu'il glorifie son Père ; et ce cierge, c'est aussi le Christ, c'est son adorable humanité, que consumait sans cesse la flamme du bon Plaisir de son Père. Car, la volonté de « son Père est un feu consumant 2 ». Que l'Acolyte s'habitue à ces saintes pensées, qui ne sont pas de nous, que les Saints eux-mêmes nous suggèrent •^, et qui nous ré-

* On sait que cette parole est particulièrement familière à S. Ignace (l'Antioche. Il écrit toujours en tête de ses Épîtres : If/natlus, qui et TheojjJiorus, etc. — Patr. g-rsec, t. V, col. 643, et alibi passim.

* Etenim Deus noster ignis consumens est. — Hebr. xii, 29. — Deuter IV, 24.

3 Écoutons S. Anselme de Cantorbéry : Deus g-entes per fidem suam illuminavit, dicens : Ego lux in mundum veni, ut omnis qui crédit in me. in tenebris non nianeat. Unde pulcher Ecclesia' mos inolevit, ut fidèles cereos efferant.... Cereus enini Christum signiticat.... lu cereo quippè tri;t offeruntur : Cera, lychnus et flamma. Cera, quam apis virgo confecit, significat Christi carnem, quam Virgo Maria genuit ; interior autem lychnus, animam; flamma vero superior, divinitatem. Nec inveniri aliquid in creaturâ potest, quo congruentiùs significaretur Christus. — lu Evangel. sec. Lucam. Hom.VI. - Patr. lat., t. CLVIII, col. 627.

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vêlent, d'une manière touchante et sublime, l'admirable grâce que nous avons reçue de la grande miséricorde et libéralité de notre Dieu. Cette grâce si précieuse et dont nous ne connaîtrons qu'au ciel l'excellence, c'est l'union à Notre-Seigncur Jésus- Christ : union d'une ineffable beauté, qui n'est pas seulement celle qu'il daigne contracter avec les fidèles, vivant en eux et les possédant pour en faire des Victimes à la gloire de son Père : ce qui est assurément digne d'éternelles actions de grâces ; mais union tout à fait excellente, qu'il établit entre sa divine Personne et nous, union par la vertu de laquelle il vit en nous, en tant que Prêtre de son Père, d'une part, et, do l'autrCjChef de l'Église: de sorte qu'il nous communique de la plénitude de son Sacerdoce, et qu'il nous fait en même temps lumière de son Eglise i, comme il en est lui-même, par la volonté de son Père, la lumière indéfectible. C'est pourquoi, en tant que nous recevons de son Sacerdoce, nous nous immolons et consumons sans cesse à la gloire et sous l'action du bon Plaisir de son Père. (Ce sera surtout notre grâce, quand nous aurons reçu la Prêtrise ; mais c'est déjà le don céleste qui nous est fait par l'ordination de l'Acolytat.) Et, en tant que nous recevons de sa qualité de Chef de l'Eglise, nous sommes la lumière des fidèles, plus tard par la parole, l'enseignement et la prédication, dès maintenant par une vie sainte, par des exemples que les fidèles n'aient qu'à copier. Ce saint devoir est tellement attaché à notre dignité, que c'est celui sur lequel l'Evêque insiste le plus. Du reste, il est à remarquer que c'est toujours à cette grave obligation que l'Evêque revient, dans les diverses ordinations. L'Eglise a tant besoin de la sainte vie de ses Clercs et de ses

> Matth. V, 14.

1*20 LKS ORDRES MINEURS

Prêtres ! Et, de iiiéine qu'il a plu au Père que sa gioire accidentelle dépendît, en ce monde, de l'éclat de cette vie sainte i, de même, dans le plan qu'il a tracé des lois de sa Providence, l'Eglise ne fait ici son œuvre de sanctification et de salut, qu'à la condition d'avoir des Ministres qui soient, en toute chose, exemplaires.

Ecoutons ce que l'Evêque dit à l'Acolyte, qui est à genoux à ses pieds: « Appliquez-vous à exercer dignement votre office; car vous ne pourriez plaire au Seigneur, si, portant dans vos mains la lumière, vous vous adonniez à des œuvres de ténèbres, et qu'ainsi votre vie fût pour les fidèles un exemple de perfidie. Mais, comme la Vérité l'a déclaré : « Que votre lumière brille aux yeux des hommes, afin qu'ils voient que vos œuvres sont bonnes, et qu'ils glorifient votre Père qui est aux cieux. » Et l'Apôtre saint Paul a dit aussi : « Au milieu d'un peuple mauvais et pervers, brillez dans ce monde, comme des astres lumineux -... Vous étiez autrefois ténèbres ; mais vous êtes maintenant lumière dans le Seigneur. Marchez donc comme des enfants de lumière 3. » Or, quelle est ]iv lumière que l'Apôtre recommande si fortement? Le voici, dans les paroles qui suivent : « Le fruit de la lumière, c'est toute bonté, toute justice et toute vérité. » Soyez donc pleins de sollicitude, pour vivre en toute bonté, justice et vérité, afin que votre vie en soit illuminée, et que vous répandiez cette lumière et sur les autres et sur toute l'Église 4. »

1 Sic luceat lux ve.str;i corain lioniinibu.s, ut videant opéra vestra bona, et" glorificent Patrem ve.struiii, qui incotslis est. — Mattli. v, IG. — Ex bonis operibus vos considérantes, gloriticsnt Deum in die visitationis. — I Petr. II, 12.

'■' Pliilipp. II, l.'>.

•■* Ephes. V, 8.

* Ces paroles de l'Apôtre, la sainte fonction de l'Acolyte, la vue de foi <(ui doit raccompagner, tandis qu'il allume les cierges de l'Autel, rappel-

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Cette exhortation est sing'ulièreineut touchante. On dirait autant une humble prière faite aux Ordinands, qu'une parole d'autorité. Ah! c'est que l'Evêque a la grande sollicitude des âmes et de toute l'Eglise, comme parle saint Paul 1. Il sait « que tous les regards sont tournes vers les ministres du Sanctuaire, et que c'est à leur vie, à leurs mœurs, à leurs exemples, que les peuples reconnaissent ce qu'ils ont à imiter et à faire -. » Si le clergé est saint, le peuple est saint; s'il s'incline vers la tiédeur, la mollesse, la lâcheté, le peuple n'a plus de frein et il se précipite vers toute sorte de dissolutions. Si la lumière de la sainte doctrine et de la sainte vie pâlit et semble sur le point de s'éteindre dans la tribu sacerdotale d'une nation, les ténèbres de l'erreur se hâtent de s'étendre sur cette nation et de la couvrir des ombres de la mort. Oh ! quelle responsabilité est la nôtre ! Oh ! quel effroyable jugement nous attend, si nous ne remplissons pas notre mission de salut, si nous ne sommes pas, par les exemples d'une vie universellement irréprochable et sainte, les coopérateurs de Dieu et de Jésus-Christ, dans Tœuvre nécessaire de la Rédemption des âmes! Nul ne connaît cette obligation absolue comme l'Evêque. C'est pourquoi, parlant aux Acolytes, il y a presque des larmes dans sa voix ; mais ensuite, il s'adresse aux fidèles, et que dit-il V < Supplions Dieu,

lent ces paroles d'un aneieu Père do l'Ég-lise grocque, S. Mac aire d'Egypte : « Quemadmodum ab igné acceuduiitur miiltse Incernaî et lanipades ardentes, cunctse vero lanipades ac Incernœ ab unicâ naturâ accenduntur et hicent, haud aliter etiani christiani accenduntnr et splendent ab nnicâ naturâ ignis divini, Filii Dei .. Quare siniiles aliquatenns sxint christiani lucernis habentibus in se oleum, id est, tructus jnstitisp. Ac, nisi accendantnr in eis lucernse il lucernà Numinis divini, nibil sunt. — S. Mac. ^Egypt. Ilomil. XLin,u. 1 et 2. - Patr. graec, t XXX IV, col. 771.

1 II Cor. XI, -28.

- In eos, tanquain in specnliini, reliqui oculos i-OHJiciniit, ex ii.sque sumunt quod iniitentiir. — Conc. TridcTit. Sess. XXII. Dr /icfornint., cap. i.

Père tout-puisaiit, mes très cliers frères, de vouloir bien bénir ses serviteurs dans l'ordre d'Acolyte, afin que, portant dans leurs mains la lumière visible, ils donnent aussi au monde, par leurs mœurs, la lumière spirituelle. »

Après cette invitation, il prie lui-même, et voici la grâce qu'il demande :

« Seigneur Saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, qui avez répandu la lumière de votre divine clarté en ce monde, par Jésus-Christ votre Fils, Notre-Seigneur, et par les Apôtres..., daignez bénir vos serviteurs dans l'ordre d'Acolyte... Eclairez leur esprit, enflammez leur cœur de votre amour, afin qu'illuminés de la splendeur de votre face, ils remplissent avec fidélité leur ministère dans l'Église... 0 Dieu tout-puissant et éternel, source de lumière et de bonté, qui avez éclairé le monde par Jésus-Christ, votre Fils, daignez bénir vos serviteurs, que nous vous consacrons dans l'ordre d'Acolyte, suppliant votre clémence d'éclairer leur esprit de la lumière de la science et de répandre dans leur cœur la rosée de votre tendresse, afin qu'avec votre secours ils remplissent si bien leur ministère, qu'ils méritent de parvenir à la récompense éternelle. »

Que l'Acolyte n'oublie jamais cette prière émue, cette sollicitude, tempérée sans doute par la joie que donne le spectacle de tant de jeunes Clercs, qu'animent les plus sincères et les plus purs sentiments ; mais aggravée par la crainte que ce grand intérêt de l'Eglise, qui est la vie sainte de ses ministres, vie manifeste aux yeux de tous, vie qui fasse taire toute malice et toute haine, ne soit pas suffisamment servi par tous.

IL L'Acolyte a l'ccu le pouvoir d'allumer les cierges et de les porter dans les saints Offices ; en voici un autre plus émouvant, plus attrayant, plein de plus profonds et

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de plus doux mystères. L'Evêque a dit : « Recevez ces burettes, afin de présenter le vin et l'eau, pour l'Eucharistie du Sang du Christ, au nom du Seigneur. Amen. »

Que se passe-t-il, en ce moment, dans l'âme de l'ordinand ? Il touche ces burettes ; le vin et l'eau lui sont confiés, le vin et l'eau du Sacrifice eucharistique du Sang de Jésus-Chkist! Un jour, il lui sera dit : « Ce que vous touchez, imitez-le i. »Dès aujourd'hui cette parole est vraie. Ce qu'il touche, cette eau, ce vin, il veut l'imiter. Que devient l'eau? Elle est mêlée au vin, et ainsi, par un mystère admirable, quoiqu'elle ne soit pas la matière du Sacrifice, elle devient le Sacrifice, elle est faite, comme le vin, le Sang de Jésus-Christ. Pauvres, infirmes, inconstants, infidèles, distraits des bontés de Dieu, trop souvent ingrats, rebelles même, nous sommes cette eau, si commune, qui ne se recommande en rien par elle-même, que l'on peut négliger, dédaigner, laisser tomber à terre et se perdre dans la poussière, mais qui est destinée à l'honneur le plus extraordinaire, le plus prodigieux. Nous sommes pécheurs et sourceintarissable de péchés, et voilà que nous pouvons être cette eau du Sacrifice, nous pouvons aspirer à nous mêler au vin, et à devenir, non par nous-mêmes (nous ne sommes pas aptes au Sacrifice qui plaît à Dieu), mais par la vertu, mais par les mérites de ce vin, de ce Sang du Christ, à devenir, disons-nous, un même Sacrifice avec le Christ.

Ce sont les pensées qui occupent le pieux Acolyte au moment où, sur l'invitation de l'Evêque, il touche les burettes, et dans la suite, quand il présente l'eau et le vin à l'Autel. Mais il a aussi d'autres vues plus élevées. L'eau, c'est le peuple, dit saint Jean 2; et nous avons appris

• Iniitainini qiiod tractatis. — In ordia. Fre-ihyt. - Apoc. XVII, 15.

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précédemment do saint Cyprien et de saint Césaire, que l'eau qui est offerte pour le Sacritice, c'est la multitude des fidèles i. L'Acolyte appartient par son Baptême à cette foule bienheureuse, qui est le Corps de Jésus-Christ, et, à ce titre, il se dit : « Je suis indigne de m'approcher de l'autel; mais je suis l'eau, j'appartiens à l'assemblée qui est le Corps mystique, et j'ose me mêler au Sang du Christ » ; et c'est là, pour cette âme simple et humble, un très grand sujet de joie. Mais il n'est pas l'eau seulement. Voilà que les ordinations se succèdent; il est maintenant sur les marches de l'autel, en qualité d'Acolyte. Dans deux, trois ans, un autre mystère d'une inetïable sublimité se sera accompli. Il sera non plus sur les marches de l'autel; il sera en réalité sur l'autel ; car, de même que Jésus-Christ est à la fois Prêtre et Hostie, il sera lui aussi Prêtre et Hostie. Qu'est-ce à dire ? Il n'est pas seulement l'eau qui se mêle au vin, il est le vin, qui devient, par l'institution même de Dieu et par conséquent de plein droit, le Sang de Jésus-Christ ; il n'est pas le vin actuellement changé en ce Sang divin, il est le vin qui demeure un peu de temps dans le vase liturgique destiné à le contenir. Mais dans quelque temps il dira : « Introiho ad altare Del... » et, un peu après, sur le Calice où le vin de la burette a été versé : « Hic est enim Calix sanguinis mei : C'est ici le Calice de mon Sang. » Il est bien le vin, et il est bien le Sang même du Christ, l'hostie de Dieu avec le Christ, puisqu'il dit : « C'est ici le Calice de mon sang. » Cette magnifique doctrine est contenue dans les paroles mêmes, que l'Evêque adresse à l'ordinand : Tune etenim in Dei Sacrificio digne vimim suggeretis et aquam, SI VOS IPSI DeO SâCEIFICIUM VElî CASTAM VITAM ET BON A OPEllA OBLATI FUERITIS.

1 Liv. I, fliaii. xxiir.

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Qu'elles sont belles les destinées de notre jeune Acolyte ! En attendant qu'il s'élève, par un effet de la très gratuite miséricorde du Seigneur, à ces hauteurs sublimes, il porte les cierges, et il présente les burettes au sous-diacre, dans les grands offices; et voici d'autres saintes fonctions qu'il remplit : Il porte l'encensoir et l'encens, et il sert aux messes basses.

m. Il porte l'encensoir et l'encens. Que signifient l'encensoir et l'encens ? Nous n'avons plus, devant les yeux. que les symboles de l'immolation et du Sacrifice. L'encensoir, c'est l'humanité de notre Dieu, dit saint Augustin, et, après lui, les liturgistes ; le feu qu'il contient, c'est sa dévorante charité ; l'encens, c'est encore cette humanité que ce feu puissant a dévorée tout entière i. Ils disent encore : Mais, en même temps, l'encensoir, c'est le corps mystique de Jésus-Christ ; le feu, c'est la charité de ce corps mystique, que Jésus-Christ lui-même est venu allumer sur la terre ; et l'encens, c'est le Sacrifice que ce corps ainsi uni à Jésus-Christ, ce corps qui est lui-même, comme saint Augustin nous l'a appris, offre sans cesse au Père, dans l'unité du Sacrifice de son Chef 2.

* Ascende ad Verbi hujus eelsiora fastigia, et vide quomodo verus Pontifex Jésus Christus, assumpto tlmribiilo carnis liumante, et superposito igné altaris, anima sine dubio illâ maguiticn, cum qiiâ natus est in carne, adjecto etiam incenso, qui est spiritus iramaculatus, médius inter vivos et mortuos stetit. — S. Aug-u.stin. Appendix. Serjn. XXX (alias de Tempore XCVIII), n. 2. - Patr. lat.,t. XXXIX, col. 1804-5. - Thuribulum est corpus Christi vel Verbum incarnatum, vel cor hominis ; ignis caritas seu fervor devotionis. — Durand. Divin, offic, lib. IV, cap. viii et x.

* Per thuribulum cor liumanum competenter notatur, quod débet esse apertum superiùs ad suscipiendum, et clausum inferiùs ad retinenduni : habens ignem cavitatis et tlius devotionis. — Durand. Ibid., cap. vi, n. 15. — Christus in arâ crucis se pro nobis obtulit, cujus corpus thuribulum Ecclesiae fuit: ex quo Deus Pater suavitatem odoris accepit et propitius mundo extitit. Fumus aroniatuin orationes sanctoruni sunt. qu;E super auream aram Christum per charitatis ardorem vel illuminationis Spiritfis Sancti carbones incensa^, ad Deum ascendnnt. — Honor. Augustod. Gemma anima. De antiquo ritu Missae, lib. I, cap. vu.— Patr. lat., t. CLXXII, col. 540.

L'Acolyte le sait. Il veut être, dans l'unité de l'adorable Sacrifice, le feu et l'encens. Le mot encens signifie proprement ce qui est entièrement brûlé et consume. Il n'aspire qu'à cette consomption. Et, parce que la fumée de l'encens qui sort de l'encensoir qu'il porte, ne s'élève que vers Dieu, il veut que sa vie soit un holocauste, qui ne s'élève jamais que vers sa Majesté adorable. Mais, parce que la vapeur odoriférante qui ne s'élève que vers Dieu, embaume cependant toute l'assemblée des fidèles, il veut qu'il en soit ainsi de toute sa vie. Il n'est pas encens pour les fidèles, il ne l'est que pour Dieu ; mais plus il se consume pour Dieu, plus la bonne odeur qui n'est offerte qu'à sa gloire est abondante, plus l'Eglise en est parfumée et réjouie; et il bénit le Seigneur de ce qu'il daigne faire de l'encens de sa vie humble, fervente et chaste, qui n'aspire qu'à l'honneur si prodigieux de s'évaporer devant sa Majesté, une occasion de consolation et de joie pour l'Eglise i. Après tout, c'est sa grâce, c'est son devoir sacré; car, l'encens véritable qui embaume l'assemblée sainte, comme la lumière qui l'illumine, c'est la bonne odeur et l'éclat de la vie irrépréhensible et immaculée des Clercs de Jésus-Christ.

Manifestement, l'Acolyte est Victime. L'Evêque appelle son ordination « une Consécration» ; nous avons la preuve qu'il en est ainsi, à mesure que nous considérons ses divers offices. Voici le dernier : Il sert aux messes basses.

IV. Cette fonction, si peu estimée parmi les hommes, est d'une grande beauté surnaturelle. Servir la sainte Messe, c'est ne faire qu'un avec le Prêtre, qui ne fait qu'un avec Jésus-Christ. C'est concourir, autant qu'il est possible, à l'acte de sa Sacrificature ; mais c'est aussi ne faire

> Sit odor vitic vestrae delectainciitum Ecclesise Christi. — In Ordinal. Preshyl.

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qu'une même Hostie avec lui. Il est vrai que toute l'Eglise a cette précieuse grâce et ce grand honneur, « et elle le sait », dit saint Augustin i; mais l'Eglise a un délégué; l'Église est représentée par un de ses membres; et ce membre ainsi honoré et privilégié, c'est l'Acolyte. Voyez l'intime union de cet humble Clerc avec le Prêtre qui sacrifie. Quel dialogue à la fois solennel et touchant que celui qu'ils ont entre eux, depuis le commencement de la Liturgie, jusqu'à la fin. Ce Psaume récité alternativement et qui exprime si bien, dans cette alternative même, les sentiments qui conviennent au Prêtre et à l'Acolyte. Ce Kyrie eleison où l'un et l'autre demandent miséricorde pour le peuple; ces réponses si humbles et si affectueuses au Domimis vohiscum, à Y Orate frafres, aux oraisons, à l'Epître et à l'Evangile ; cet autre dialogue qui revient avant le Canon, au commencement de la Préface : Sm-jium corda. — Hahemiis ad Dominum. — Grattas agamus Domino Deo nosfro. — Dignum et justum est. Le Canon commence. Le Prêtre semble s'être retiré en Dieu seul et en Jésus-Cheist. Mais bientôt après, au Pater, à la fraction de l'Hostie, et désormais jusqu'à la fin de la messe, l'Acolyte répond à tontes les prières, à toutes les louanges adressées à Dieu, à tous les vœux faits à l'Eglise; et, quand l'Evangile selon saint Jean est terminé, c'est lui qui dit le dernier mot de la vénérable Liturgie, le mot de l'action de grâces, le mot eucharistique par excellence : Deo gratias. Le Sacrificateur est seul nécessaire, et pourtant, selon les saintes règles de l'Église, il ne peut se suffire, comme pour exprimer que Notre-

1 Hoc est s;icrificium eliri.stianoinm : iiiulti unuin Corpus in Cliristo. l^uoil etiam, saeramento Altaris tidelibus note, fréquentât Ecclesia, ubi ei «lenionstratur qnod in eâ oblatione quani offert, ipsa offeratnr. — De Civil. Dei lib. X, cap. vi (déjà cité). - Patr. lat., t. XLI, col. 284.

Seigneur, que le Prêtre représente et qui est seul nécessaire, ne peut se suffire, lui aussi; car, il est comme incomplet, s'il n'a l'Église avec lui, l'Eglise immolée avec lui, si bien que saint Paul l'appelle « son complément et sa plénitude i. »

Qu'il est vraiment heureux et vraiment admirable ce saint Acolyte qui sert, comme il convient, la sainte Messe. Les hommes le voient au bas de l'autel; les Anges le contemplent sur l'autel. Il a désiré être l'eau et le vin, il est exaucé spirituellement ; une transformation nouvelle se fait de lui-même, à chaque messe ; il est, en toute vérité, Hostie. Aussi, voyez comme au moment de la Communion, il s'avance avec joie vers cette marche supérieure de l'Autel, où est distribué le Pain de vie, l'Hostie d'amour. Il voudrait faire la sainte Communion chaque jour, en servant la messe. Cela est juste ; il a faim de cet aliment, il a soif du Sang dont il a préparé le mystère, en offrant l'eau et le vin. S'il est des fidèles en grand nombre qui font la Communion quotidienne, comment se pourrait-il que l'Acolyte n'eût pas ce bonheur? Est-ce que l'Eucharistie n'est pas le centre unique autour duquel il se meut, vers lequel il s'incline, il s'élève, dans lequel il veut amoureusement s'abîmer et se perdre, soit qu'il porte les cierges allumés, soit qu'il présente au sous-diacre les burettes de l'eau et du vin, ou bien qu'il porte l'encensoir, ou encore qu'il ait le bonheur, la grâce, la gloire, de servir le Prêtre lui-même et de lui répondre à l'autel?

C'est pourquoi, dans les premiers siècles, non seulement ce qui est commun aux fidèles, c'est-à-dire la Communion quotidienne, mais ce qui est spécial au Diacre et au Prêtre, c'est-à-dire l'honneur de porter la sainte Eu-

• Et ipsum dodit Caput siiprà oninem Ecclesiani, quaî est Corpus ipsius et plenitudo cjiis, qui oninia in omnibus adirapletur. — Ephes. i, 22,23.

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<?haristie elle-même, étcait quelquefois accordé aux Acolytes. Nous en avons la preuve dans ce trait si émouvant du martyre de saint Tharsicius, que le Martyrologe romain raconte comme il suit, à la date si glorieuse du 15 août : Romœ, via Appia, sancti Tharsicii, Acolythi, quem pagani, cum invenissent Corporis Christl Sacramenta portantem, cœperunt disquirere quid gereref; at ille, indigmim judicans porcis prodere margaritas, tamdiu ah ïllis mactatus est fustihus etlapldlbus,do?iec exhalaret spiritum; •et, revoluto ejus corpore, sacrilegl discussores n'ihil Sacramentorum Christl in manibiis aut in vestihus invenerunt : 4Jhristiani autem corptis Martyris coUegerunt, et in Cœmeferio CaUisti Jionorificè sepelierunt^.

Que le pieux Acolyte, qui vient d'être ordonné, invoque <le temps en temps, comme on invoque un tendre ami, l'admirable Acolyte delaA^oieappienne. Qu'il lui demande la grâce de toujours porter Jésus-Christ dans son cœur, de sorte qu'aucune tentation, aucune violence, aucune persécution ne puisse « le séparer de sa charité 2 » ; qu'au contraire la tentation, ou la persécution, ou la violence soient pour lui l'occasion d'une union plus intime, plus amoureuse, plus absolue. Tharsicius portait JÉSUS-Hostie sous ses vêtements ; il est à présumer que, par un miracle de l'amour de ce doux Sauveur, l'Hostie j)assa de la sainte custode qui la contenait, dans la poitrine du fervent Acolyte. Il désira s'en nourrir, et ses persécuteurs après son martyre « ne trouvèrent rien ni dans ses mains, ni dans ses vêtements. » L'Hostie était à sa vraie place, le cœur du Martyr. Que l'Acolyte, lui aussi, aspire à posséder JÉSUS, toujours plus avant dans son cœur. Que tout active son désir, que tout augmente et resserre et per-

1 Mar^î/roL JÇom., XVIII. Kalend. Septemb. (id est die xv aug.)- ^ Rom. VIII, 35.

fectionne runion; et qu'un martyre nouveau, celui d'un amour sans limite, fasse du Christ-Jésus et de son Aco lyte, une seule Hostie, un seul cœur.

Si l'humble et fervent Acolyte persévère pendant quelque temps dans cette union, qui le fait une Hostie si agréable à Dieu en Jésus-Christ, il ne tardera pas de mériter la consécration virginale du Sous-Diaconat ; car, suivant la belle pensée de saint Jérôme, « le véritable Holocauste et la parfaite Hostie de Jésus-Christ, c'est la Virginité i. »

* Virginitas hostia et holocaustum Christi est. — Contra Jothnan.'L'ûi^ I, n.l3.- Patr. lat, t. XXIII, col. 281.

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