LES ORDRES SACRÉS — LE S()US-DL\CONAT
Avant d'aborder ce sujet, qui va nous faire voir tant de gloire sur le front de TOrdinand, une réflexion nous occupe. Quelle diff"érence entre cet Acolyte de vingt et un ans, qui se prépare à devenir Sous-Diacre, et tous les autres jeunes gens de son âge qui sont dans le siècle ! Les uns vivent dans une condition modeste; d'autres aspi rent à occuper quelque position distinguée : il y a des élèves des écoles de l'État, des étudiants en droit, en médecine, etc. ; ils ont des succès, ils sont applaudis, on augure pour eux un avenir heureux et brillant... Et puis?... Qu'est-ce que tout cela? Si la pensée de Dieu préside à tout, si l'honneur de Dieu est la fin de tout, ces succès, cette gloire sont quelque chose; mais, si Dieu et son Christ-Jésus sont absents de tant d'études, d'examens, d'applaudissements et d'espérance pour l'avenir, le mot du Saint-Esprit s'applique à tout, avec une rigoureuse vérité : Et ecce unlversa i-anifas, et afflictio spiritûs i.
Au contraire, notre cher et pieux Acolyte a été l'Enfant sacerdotal qui, un jour, fut séparé de la foule des en-
1 Eccle. I, 14.
fants de son âge et introduit au Presbytère. Il fut nourri de foi, comme le juste dont parle l'Ecriture i ; il fut exercé aux saintes œuvres de l'humilité, de l'obéissance, de la modestie, de la charité, de la piété. Envoyé plus tard à l'école cléricale ou au petit Séminaire, sa séparation mystérieuse de tout ce qui est mondain et séculier, s'est affirmée chaque année davantage. Durant le temps des vacances, tout le monde sentait qu'il était voué et dédié à Dieu. Aussi, même encore jeune, ses habitudes, ses paroles, toute sa conduite avait quelque chose de religieux. Enfin, sont venus les jours d'incomparable grâce du grand Séminaire : il a été initié à cette vie ecclésiastique tant louée par les Saints, avec son règlement si précis, presque austère, avec ses graves enseignements, ses fortes études, ses sérieux sujets de réflexions. L'Enfant sacerdotal est devenu Clerc ; il porte maintenant, dans la vie habituelle, le vêtement de deuil qui rapj)elle la mort du Fils de Dieu ; et quand il paraît dans le saint Temple, il est revêtu du surplis, comme le serait un esprit céleste... Que tout cela est élevé, vraiment grand, vraiment beau ! et qu'est-ce, devant tant de dignité, de sainteté, de beauté divine, que toute la gloire humaine et les plus grands succès des jeunes hommes, qui se vouent aux carrières humaines ?...
Et la magnifique grandeur du jeune Clerc grandit toujours. Portier, Lecteur, Exorciste, Acolyte, que tous ces titres sont sublimes ! A quelle hauteur lumineuse, sereine, sans rivale, du côté de la terre, monte et se fixe son âme prédestinée ! Sous l'humilité de son vêtement et de ses habitudes de vie, que de grâces admirables au dedans, dans l'intime du cœur, et que de gloire au dehors, dans
' Kom. I, 17 — Galat. m, 11.— Hebr. x,38.
LE SOUS-DIACOXAT 233
l'ordre surnaturel de l'Église de Jésus-Christ! Que d'honneur sur cette tête, ce front, ces mains, sur toute cette existence immaculée de vingt ans !
Le monde ne le sait pas, et il demeure indifférent; nous avons, nous, le bonheur de le savoir. Aussi quand nous voyons l'Acolyte s'avancer vers l'autel pour la consécration éternelle du Sous-Diaconat, le cœur s'émeut et se trouble, les larmes montent aux yeux, et, tandis que nous sommes impuissants à voir la scène extérieure de nos yeux voilés par les larmes, notre regard intérieur, que la grande lumière de la foi illumine, jouit de la plus merveilleuse vision.
Essayons d'en dire quelque chose ; mais à mesure que nous contemplons de plus près les mystères de Dieu, la difficulté de parler devient plus grande.
L'Archidiacre dit : Accédant, qui ordinandi sunt Subdiaconi. Les Ordinands s'avancent versl'Evêque; ils sont vêtus de l'aube et ceints du cordon; ils portent l'amict autour du cou, sur l'aube ; ils ont le manipule à la main gauche et la dalmatique sur le bras gauche ; ils tiennent un cierge de la main droite.
Arrivés à la distance qui convient, vis-à-vis de l' Évoque, ils ne tombent pas à genoux, comme le font les ordinands des ordres inférieurs ; ils sont debout. L'Église le veut ainsi, comme pour exprimer la plénitude de la liberté dont ils jouissent, en présence des grands devoirs dont la charge va leur être imposée, s'ils persévèrent dans leur dessein de franchir le seuil redoutable du Sanctuaire. LÉvêque les en avertit, par ces paroles solennelles :
(' Filii dilectissimi, ad sacrum Subdiaconatûs Ordinem promoveudi, iterum atque iteruui cousiderare debetis attente, qiiod omis hodiè ultro appetitis. Hactenùs enim liberi estis, licetque vobis pro
arbitrio ad sa'i'uhiria vota transire. Quod si hune Ordinein susceperitis, ainpliùs non licebit à proposito resilire, sed Deo, cui servira l'egnare est, perpétue famulari, et castitateni, illo adjuvante, servare oportebit, atque in Ecclesiaî ministevio semper esse niancipatos. Proindè, dùm tempus est, cog'itate, et, si in sancto proposito persevei'are placet, in nomiue Do mini, hùc aceedite. »
Les Ordinands, émus mais fermes, le cœur en haut, « sachant à qui ils se confient i », sous les regards de Dieu, de Marie, des Anges, de tout le ciel, sous les regards de l'Église militante, s'élancent vers le Sanctuaire, faisant ce pas sublime, ce grand acte de foi et d'amour divin, qui les consacre vierges pour l'éternité.
Alors l'Archidiacre appelle les Ordinands qui doivent recevoir le Diaconat et la Prêtrise. Ils viennent dans le Sanctuaire, s'unissent aux Sous-Diacres, et tous, Prêtres, Diacres, Sous-Diaci'es, tombent à genoux et se prosternent la face contre terre, comme des Victimes anéanties devant la Sainteté de Dieu 2.
L'Évêque lui-même quitte son siège, se met à genoux, et récite avec l'Archidiacre et toute l'assistance les Litanies des Saints : « Seigneur, ayez pitié de nous... Trinité Sainte, ayezpitié de nous... Sainte Marie, Vierge des vierges, priez pour nous... Saints Anges, priez pour nous... Saints Patriarches, saints Apôtres, saints Martyrs, priez pournous... Saints Pontifes, saints Prêtres, saints Lévites, saintes Vierges, priez pour nous... Tous les Saints et Saintes de Dieu, intercédez pour nous... » C'est la longue supplication que l'Eglise sent le besoin de faire, à cause de la grande œuvre qui va s'accomplir.
1 II Tim. 1, 12.
* Bossuet a dit quelque part de la génuflexion : « qu'elle est une chute dans le néant. » Qu'est-ce donc que cette longue prostration de toutes ces âmes sacerdotales? L'image du grand Mystère qui a commencé au sein de Marie : Exinanivil semefipsum, et qui dure toujours, au Saint-Sacrement.
A la fin des Litanies, l'Évêque se lève, prend la mitre, se tourne vers les Ordinands toujours prosternés, étendus sur le sol du Sanctuaire, et dit : « Seigneur, pour que vous daigniez bénir ces élus, nous vous supplions, écouteznous ! Pour que vous daigniez bénir et sanctifier ces élus, nous vous supplions, écoutez-nous! Pour que vous daigniez bénir, sanctifier et consacrer ces élus, nous vous supplions, écoutez-nous! » Il se remet à genoux et achève la récitation des Litanies.
En ce moment, l'Archidiacre dit: Recédant in partem, qui ordinandl sunt Diaconi et Preshyteri. Tous se lèvent; les nouveaux Sous-Diacres restentseuls devant l'Evêque ; ils sont à genoux. L'Évêque, assis et portantla mitre, leur adresse cette belle admonition :
« Adepturi, Filii dilectissiini, officium Siibdiaconatûs, sedulo atteiidite quale ministeriuin vobis traditur. Subdiaconum enim oportet aquam ad ministerium Altaris prseparare, Diacono ministrare, pallas Altaris et corporalia abluere, Calicem et patenam in tisum Sacrificii eidem offerre. Oblationes qviœ veniunt in Altare, panes propositionis vocantur. De ipsis oblationibus tantùm débet in Altare poni, quantum populo possit siifficere,ne aliquid putridum in Sacrario renianeat . Pallse qiise sunt in substratorio Altaris, in alio vasedebent lavari, et iu alio corporales pallaj. Ubi aiitem corporales pallse lota^ fuerint. nullum aliud linteamen débet lavari, ipsaque lotionis aqua in Baptisteriuin débet verg-i. Studiste itaque ut ista visibilia ministeria,quae diximus, nitidè et dilig-entissiniè complentes,invisibilia horumexemplo perficiatis. Altare quidem Sanctai Ecclesiaî ipse est Christus, teste Joanne, qui, in Apocalypsi sua, Altare aureum se vidisse perhibet, stans antè thronum, in quo, et per quem oblationes fidelium Deo Patriconsecrantur. Cujus Altaris pallse et corporalia sunt membra Christi, scilicet, fidèles Dei, quibus Dominus quasi vestimentis pretiosis circumdatur, ut ait Psalmista .- Dominus regyiavlt,dixorem indutus est. Beatus quoque Joannes in Apocalypsi vidit Filium hominis praecinctum zona aureâ, id est, Sanctorum catervâ. Si itaque humanâ frag'ilitate contingat in aliquo fidèles maculari, pra^benda est à vobis aqua cœlestis doctrinœ, quâ punficati, ad ornamentum Altaris et cultum divini Sacrificii redeant. Estote ergo taies, qui Sacrificiis divinis, et Ecclesiœ Dei, hoc est, corpori Christi digne serviro
valeatis, in verâ et catholicâ ficle fundati ; quoniam,utait Apostolus, omne quod non est ex fide, peccatum est, schismaticum est, et extra unitatem EcclesiîB est. Et ideo si usque nùnc fuistis tai-di ad Ecclesiam, amodo debetis esse assidui. Si usque nùnc soinnolenti, amôdo vigiles. Si usque nùnc ebriosi, amodo sobrii. Si usque nùnc inhonesti, amodo casti. Quod ipse vobis prajstare dignetur, qui vivitet régnât Deus, etc. »
Ces belles et graves paroles étant dites, l'Evêque présente à chaque Ordinand le calice- couvert de la patène, et, tandis que l'Ordinand touche l'un et l'autre de la main droite, l'Evêque dit : Videte cujus ministerium vohis traditur ; ideo vos admoneo, utità vosexhiheatis, ut Deoplaaere possitis.
Immédiatement après, l'Archidiacre donne à toucher aux Ordinands les burettes, le bassin et le manuterge.
L'Evêque se lève, demande des prières à l'assistance ; et ensuite, sans mitre sur la tête, tourné vers les Ordinands qui demeurent à genoux, il dit :
<< Domine sancte, Pater omnipotens, aeterne Deus, bene-J-dicere dig'nare hos famulos tues, quos ad Subdiaconatûs officium eligere di- ^natus es; ut eos in Sacrario tuo sancto strenuos, sollicitosque cœlestis militiae instituas excubitores, sanctisque Altaribus tuis fideliter subministrent ; et requiescat super eos Spiritus sapientise et intellectûs, Spiritus consilii et fortitudinis, Spiritus scientise et pietatis ; et repleas eos Spiritu tiinoris tui; et eos in ministerio divine confirmes, ut obedientes facto, ae dicte parentes,, tuam gratiam consequantur. Per Doniinum nostrum, etc. «
L'Evêque s'assied, reprend la mitre, et impose Famict sur la tête de chaque Ordinand, disant: Accipe amichtm, per quem designatur castigatlo vocis. In nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti. Amen.
Il met le manipule au bras gauche de l'Ordinand, disant : Accipe manipidiim, per quem designantuv frucfiis bonorum operum. In nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti. Amen.
Il impose ensuite la dalmatique; et il dit : Tunicâjucunditatls, et itidumento lœtitiœ induat te Dominus. In jiomine Patris, et Fïlii, et Spiritûs Sancti. Amen.
Enfin, il donne à toucher le livre des Epîtres, disant : Accipite lihrum Epistolarum, et habete potestatem legendi eas in Ecclesiâ sanctâ Del, tàm pro vivis, qtiàm pro defunctis. Innomme Patris, et Filii, et Spiritûs Sancti. Amen.
L'Archidiacre donne avis aux Ordinands de se retirer à leur place. La sainte ordination est terminée. L'ordination est terminée; mais que de touchants et doux mystères se sont accomplis ! Quand le Sous-Diacre revient du sanctuaire au chœur, le regard baissé, l'âme pleine de lumière, d'innocence et de joie, portant sa dalmatique blanche, son aube, son amict, son manipule, consacré Vierge dans tout son être, député par l'Église pour être médiateur auprès de Dieu par la glorieuse obligation de la prière quotidienne, lié, dédié au saint Autel, au Sacrifice adorable dont il présentera de droit et d'office la vénérable matière, le pain et le vin ; quand tant de grâces réunies, tant d'humilité et tant de gloire, tant de recueillement, d'intime allégresse etd'angélique chasteté, apparaît au regard de notre foi ; quel magnifique et attrayant sujet d'admiration, et de joie profonde, et en même temps de reconnaissance envers le Dieu de condescendance et d'amour infinis, qui opère, dans ses créatures, de si étonnantes merveilles ! C'est la face de Jésus-Christ qui se révèle, c'est sa grâce divine dont nous voyons l'effet sensible, c'est sa présence même qui remplit cette âme virginale, et qui va lui faire produire toutes sortes d'œuvres saintes, pour l'honneur de Dieu et la consolation de l'Église.
Comment Jésus-Christ est-il présent dans le Sous- Diacre? Comment vit-il en lui? En quel sens serait-il vrai que le Sous-Diacre est un autre Jésus-Christ ?
238 r>ES ORDRES SACRÉS
Rappelons-nous les sacrées fonctions du Sous-Diacre: lo II sert au Diacre dans le Sacrifice; 2o il prépare la matière qui doit servir au Sacrifice, et il verse un peu d'eau dans le vin qui doit être consacré ; 3o il a soin que les vases sacrés et les corporaux soient d'une propreté parfaite ; 4'^ il chante l'Epître dans les messes solennelles ; f)» il est l'homme de la prière publique, par l'obligation du saint Bréviaire, qui lui est imposée dans son Ordination. Et tout cela, il l'accomplit, dans un état et des dispositions de très haute, très humble et très intègre Virginité.
Or, le Sous-Diacre ne remplit toutes ces fonctions, que parce que Jésus-Christ, le très parfait et vraiment unique Sous-Diacre de l'Eglise, vit en lui. Rien ne se fait dans l'Église, dont Notre-Seigneur ne soit le principe, et qu'il n'ait fait le premier à l'égard de son Père ou des âmes qu'il est venu racheter. Arrêtons-nous à étudier et à contempler le mystère de sa conduite et de sa vie divine, en cette qualité de Sous-Diacre.
lo L'humble ministre, qui porte ce nom dans les saintes cérémonies, sert au Diacre. On peut même dire que c'est sa fonction principale, comme son nom l'indique. Mais que veut dire cette parole : Servir le Diacre? Le mot Diacre signifie serviteur. Servir le Diacre, c'est donc être serviteur d'un serviteur. Voilà bien l'expression de la condition, du rôle, du ministère le plus humble. Il semble qu'il n'y ait rien au-dessous. Après avoir été portier, lecteur, exorciste, acolyte, arriver à la gloire des Ordres sacrés et majeurs, et n'apparaître que le serviteur d'un serviteur! n'est-ce pas étrange? Non! L'Esprit-Saint a dit: Quant o maçjnus es-, liumiUa te in omnihiis, et coram Deo invenies gratiain i ; et saint Augustin, rapportant cette
> Eccli. 111, 2().
parole, ajoute : « ChacLin doit prendre la mesure de son humilité sur celle de sa grandeur i. » C'est la loi de toute créature. Eh bien ! c'est précisément celle que Notre-Seigneur s'est appliquée à lui-même. Comme il était le plus grand, il a voulu être le plus humble, non par nécessité, ni pour éviter les illusions de l'orgueil, mais par amour pour l'honneur de son Père et pour notre salut. Nous avons, dans le Livre premier -, considéré ce prodigieux mystère. Qui dit Jésus-Cheist dit Humilité, de la même manière que Dieu se définit la Charité •^. Sa vie, ses exemples, sa doctrine, semblent se résumer en ce mot unique : Humilité ^.
Mais, est-il vrai de dire que Notre-Seigneur a été humble jusqu'à être serviteur de serviteurs? Rien n'est plus vrai. N'a-t-il pas affirmé de lui-même qu'il était venu sur la terre non pour être servi, mais pour servir ^? N'a-t-il pas dit à ses Apôtres : « Je suis au milieu de vous comme celui qui sert <>? » Que signifie cette parole? Notre-Seigneur sert ses Apôtres ; mais que sont les Apôtres? Des serviteurs de Dieu, par la condition de leur création. .1 K.su.s-CtiRisT est donc le serviteur des serviteurs de Dieu. Et lemarquons que la conduite qu'il a tenue à l'égard de
' Mensura liumilitatis cuique ex iiieusurâ ipsius inagiiitinliiii.s data est. — De Virgiiiitate, cap. xx.xi. n. ;»1. — l'atr. lat., t. XL, c-ol. 41.'!. ^ Chap. XV et xvi.
^ Cfr. Philipp. II, 6, 7, etc. — I Joauii. iv, 8.
* Doctor itaqiie liumilitatis Christus primo « semetiji-sum exinanivit formam servi accipiens, in .similitudinom liomiimm tactu.s, et liabitu inventus ut homo; humiJiavit semetipsuni, factus obedieus usque ad mortem, mortcm autem crucis (l'hilipp. ii, 7). » Ipsa vero doctriua ejus, quàm atteiitè insinuet luimilitatem atque liuic prœcipiendœ vehcmenter insistât, quis explicare facile possit, atque in liane rem demonstrandam testimonia cuncta congerere? — S. Aug-ust. Dr l'irr/initale, ibid., col. 413.
^ Filius hominis non venit ut miiiistraretur ei, sed ut luini.straret.— Marc. X, 4.'). — Matlh. XX, 2^
* In medio vestrfini suni, sicut (jui niiiiistiat. - Luc. xxii, •J7.
ces hommes privilégiés, qu'il daignait appeler ses amis ^, n'est qu'une confirmation éclatante de ce qu'il a été et de ce qu'il a fait pour chacun de nous. N'est-il pas vrai qu'il s'est conduit envers chaque âme, comme s'il en était le serviteur? Que fait celui qui sert? Il se place au dernier rang, il est aux pieds de son maître, il travaille pour lui, il travaille sans cesse ; et, s'il n'est pas seulement serviteur, mais esclave, il travaille, pour ainsi dire, sans salaire, il travaille jusqu'à s'épuiser, jusqu'à mourir; en un mot, il se donne, il se livre, il donnerait son sang, et sa chair et sa vie, comme s'il était tout entier à son maître. Or, c'est ce que Jésus a fait pour nous, misérables serviteurs du Père qui est aux Cieux "-, et (faut-il le dire?) malheureux esclaves du démon 3. Et c'est tandis que nous étions esclaves de son ennemi, que notre doux Rédempteur, devenu notre serviteur, notre humble et doux et infatigable Sous-Diacre, a travaillé,veillé, souffert, intercédé, et a fini par s'épuiser et par mourir. Saint Paul a dit : « Il a pris la forme de l'esclave, lui qui pouvait sans usurpation s'appeler Dieu 4. » Pour qui cette forme, cette condition, cet état? pour son Père, sans doute, qu'il servait, qu'il glorifiait par tant d'humiliation et d'anéantissement, mais plus sensiblement et manifestement pour nous, indignes serviteurs du Père, et réduits, par le péché de nos premiers parents et par nos propres infidélités, à être sous les pieds de Satan.