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LA CHASTETE SACERDOTALE — L ESPRIT ET LE CŒUR

Nous écrivons ce chapitre, non seulement pour les Sous- Diacres, mais pour les Diacres et les Prêtres i.

La Chasteté sacerdotale est la Chasteté la plus éminente qui soit dans l'Eglise de Dieu. Elle est, dans notre chair déchue et misérable, l'image de la Sainteté éternelle. Elle en est ici-bas, comme le sublime pendant. Thomassin a dit de cette perfection divine : -< Specialior est dos Deitatls ; sanctitas quasi arcanum est adytum, sinusque reconditissimus naturœ divinœ in seipsam refugce^

* li'Évêque dit aux Diacres : Esfote nitidl, mundi, puri, casfi, sicut decet mlnls'ros Christi, et. dispensatores mijsterlorum Dei... Esfote ah omni illecebrâ carnis ali.enl, sinit ait Scripfura : Alimdamini, qui fertis vasa Domini, etc. — Quand l'Evêque prie pour eux, il dit : Abundet in eis totius forma virtutis... ut,suœ castifatis exemplo,imitationem sanctamplehs acquiraf. — Cfr. I Tim. m, 8, 9. — Quant aux Prêtres, le Iviitamini quod tracfatis dit tout.

Le vœu ecclésiastique de chasteté a deux causes : La volonté de l'Ordinand qui s'engage à la chasteté, et le précepte de l'Eglise. S. Alphonse de Liguon dit : Ohlijati.o castitaiis in ordiiiatis in sacris verior est ex vi voti 07'dinihus aiinexi, quàni prœcepti Ecclesiœ... Attamen, si quis ordinem suscipiendo exjjressè nollet castitatem vovere, tune iste saltem ex prœrepta Eccleaiœ ad castitatem teneretur. — Examen Ordinandorum, cap. m, art. 3, §1.

et à creaturarum contagio secretœ i.EUe est plus spécialement l'iittribut de la Divinité. Elle est comme un sanctuaire très secret, et, en quelque sorte, l'intime même de la nature divine, profondément retirée en elle-même et très pure de tout contact des créatures. »

Telle est la Chasteté sacerdotale. Elle est d'une manière spéciale l'attribut de notre vocation. Elle est comme un sanctuaire, et ce qu'il y a de plus secret et de plus impénétrable dans notre grâce sublime; elle nous sépare de tout le créé et repousse absolument et essentiellement tout ce qui est de la chair et des sens.

Mais cette grâce éminente et cet état tout surnaturel, quelle en est la source? de qui les tenons-nous? Nous les tenons de Jésus-Christ.

La Sainteté de Dieu s'est incarnée. Cette Sainteté divine incarnée, c'est Jésus-Ciieist 2. Il est venu sur la terre, pour nous racheter, pour nous instruire, pour nous rendre semblables h lui ; et il a été parmi nous « le Pontife saint, innocent, sans souillure, séparé des pécheurs et plus élevé que les Cieux ■^. » Dans tous ses Mystères, il a été Saint et la Sainteté elle-même ; et une vertu de sainteté sortait de lui, et guérissait de toute souillure i. Mais il lui plut de manifester au dehors, d'une manière plus sensible, éclatante même, cette séparation du créé, cet éloignement de la chair et des sens, cette sainteté toute virgifiale. Il le fit dans le Mystère de sa Résurrection, que l'Eglise, dans ses plus solennelles Litanies, appelle particulièrement Sainte. Dans ce

' De Incaniatione, lib. VI, cap. vu, n. 1.

* Quod naseetur ex te Sanctuni, vocabitur Filius Dei. — Luc. i, Î-JS. 3 Hebr. vu, ^B.

* Virtii.s (le illo exibat, et sanabat omnes. — Luc. vi, 19.

* Per sanctam Resurrectioiitiin tuain. — Lltan. major. — Cfr. Opuscules de piété, du Cardinal do Bérulle, LXXIII. - Edit. Migne, col. 1U49. —

l'esprit et le cœur 253

Mystère, « tout ce qui est mortel fut absorbé par la vie i. » La gloire du Père, qui ressuscita l'adorable Victime '-, fut comme une flamme consumante, qui dévora tout le sensible et l'humain, et qui couvrit de lumière, de pureté, de sainteté, cet état nouveau : non qu'une vertu nouvelle, une sainteté nouvelle fussent données au Fils de Diku ; mais son Corps, ce Corps soumis auparavant aux nécessités de la vie présente et entouré, suivant la parole de saint Paul, de nos infirmités '■^, ce Corps n'eut plus rien de son ancien état imparfait; il n'y eut en lui plus rien de la chair ; tout y fut esprit, esprit de vie, de gloire, de liberté, de séparation absolue des servitudes de la condition mortelle, tout y fut saint et divin. Ce fut le triomphe de l'esprit céleste de la Virginité. Notre-Seigneur avait demandé cet état sublime à son Père, quand il avait dit : « Mon Père, glorifiez votre Fils, pour que votre Fils vous glorifie^. » Il l'avait obtenu, dit saint Augustin 5. Cet état nouveau a jeté les Pères dans l'admiration, et leur langage est vraiment étonnant : « Depuis qu'il est ressuscité, dit saint Uilaire, il n'est plus simplement Dieu et homme, mais Dieu en toute son humanité 6. » « Avant ce Mystère, dit saint Ambroise, il était homme selon la chair, maintenant en toute chose il est Dieu; de sorte que nous ne connaissons plus Jésus-Christ selon la chaire. » Ces

Idée du Sacerdoce, par le P. de Condren, Il partie, cli. IV. — Catéchisme chrétien de la vie intérieure, par M. Olier, I partie, leçon xxiv.

1 II Cor. \', 4.

- Siirrexit per gloriam Patris. — Rom. vi, 4.

3 Hebr. v, 2.

■* Joann. xvii, 1. — InResurrectione Christi, totum divinum sentias, nihil huniaimm. — S. Petr. Chrysol. »SVrnio LXXV. — Patr. lat., t. LU, col. 412.

s Ha'c est clarificatio Domini nostri Jesii Christi, qiise ab ejus Resurectione suinpsit exordium. — In Joann. Evaagel. Tract. CIV, n. lî. — Patr. lat., t. XXXV, col. 1903.

6 De Trinitate, Lib- XI, n. 40 et 41.- Patr. lat., t. X, col. 425-42G.

' De excessu fratris sui Satyri,lAh. II, n.91.— Patr. lat.,t. XVI, col. 1341.

derniers mots sont de saint Paul. « Le Christ est mort, dit-il, et il est ressuscité, et depuis lors nous ne connaissons plus personne selon la chair; et Jésus-Christ, luimême, si nous l'avons connu selon la chair, maintenant ce n'est plus selon la chair que nous le connaissons. Car il y a dans le Christ une création nouvelle. Ce qui est ancien n'est plus. Voilà que maintenant tout est nouveau 1. »

Ainsi l'Apôtre, en même temps qu'il révèle l'état tout divin dans lequel Notre-Seigneur est entré, nous indique quelle est la grâce qui nous est offerte et communiquée par cet état. « Ce qui est ancien n'est plus ; maintenant tout est nouveau. » Ce qui est ancien, c'est tout ce qui est de la chair ; ce qui est nouveau, c'est tout ce qui est de l'esprit; ce qui est ancien, c'est tout ce qui est souillé; ce qui est nouveau, c'est tout ce qui est pur; c'est tout ce qui, isolant notre âme et. notre chair de toute inclination vers ce qui est des sens, nous élève vers ce qui est en haut, nous en donne le goût, et nous fixe, en quelque sorte, dans un état qui n'est plus terrestre, mais céleste '- : ce qui fait dire â saint Bernard : « Dans l'étroit espace et les courts moments où s'écoule notre vie mortelle, la chasteté seule réalise l'image de l'immortalité glorieuse :^. »

' (Chri.stii.s) niortuus est et resurrexit. Itaque nos ex lioc neminem novimus seciindùm carnem. Et si cog'novimiis secnndùin carnem Christnm; sed nunc jaiii non novimiis. Si qua ergo in Christo nova creatura, vetera transieriuit : ecce t'acta suiit oninia nova.— II Cor. v, 15-17.

- Si consiirrexistis cum Clnùsto, quse sursum sunt quserite, ubi Christu» est in dexteiâ Dei sedens : qiite sursum sunt sapite, non quœ super terram. — Coloss.iii, 1, 2.— Nostra autem eonversatio in cœlis est. — Pliilip. III, 20.

■' Sola est Castitas qua;, in lioc mortalitatis et loco, et tempore, statum quenidani immortalis glorise reprœsentat. — Ad Ilenricum, Episc. Senonen. — De riioribus et ofpcio Episcop. — Inter Epistol., XLII, cap. m, n" 8. — Patr. lat., t.CLXXXII, col. 816.

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