‹ Prêtre et hostieChapitre 21 sur 56 · L ESPRIT ET LE CŒUK · texte numérisé non relu

L ESPRIT ET LE CŒUK

Cette grâce admirable nous vient, comme de sa somxe, duMystère delà Résurrection. Mais ce Mystère est toujours actuel et agit toujours actuellement dans la sainte Eucharistie. Il agit par sa seule Présence sous les espèces sacramentelles, il agit par le Sacrifice, il agit par la Communion ; et cette action fait les âmes chastes et virginales i. Elle a fait, cette action divine, lésâmes virginales de tous les siècles ; elle fait surtout les âmes que le Sacerdoce de Jésus-Christ consacre Vierges. Car, aucune autre n'est sous l'action de l'Hostie, comme l'âme du Prêtre. L'Hostie est son Centre, l'Hostie est son œuvre, son bien, sa Souveraine, sa Directrice, son Principe, et sa vie. Il est créé pour l'Hostie, il n'a de raison d'être que pour l'Hostie, il se nourrit de l'Hostie. Or, cette Hostie fait les Vierges. Déjà Vierge par l'Ordination, le Prêtre est toujours davantage consacré Vierge, par ses relations avec l'Hostie, par l'adoration de l'Hostie, par la consécration de l'Hostie, par l'attouchement de l'Hostie, par la manducation de l'Hostie. Qu'elle est glorieuse pour lui, cette multiple in- Huence, cette action purifiante toujours renouvelée, cette consécration do son état virginal toujours plus confirmée! Il en résulte poui* sa grâce propre un triple caractère, qui ne se trouve à ce degré que dans sa personne, parmi les enfants de l'Église: il est Prêtre, il est Vierge, il est Hostie ; et ce triple caractère constitue la plus parfaite unité: car, Prêtre, Vierge et Hostie, c'est réellement tout un. Tout Prêtre est Vierge et Hostie; toute Vierge est mystiquement Prêtre et Hostie ; toute Hostie est mystiquement Prêtre et Vierge. Il en fut ainsi de Marie, et de saint Joseph, et des âmes consacrées de tous les siècles. Il en est ainsi de chacun de nous, mais avec le caractère

' Kt quid pixlclirum ejus, nisi frumentuin electoruni, et viiuim g-erminans Vir{)^ines? — Zacliar. ix, 17.

spécial que donne le sacrement de l'Ordre. Beau mystère qui assigne à la Virginité une place si éminente !

Ce mystère n'a pas été inconnu aux Pères et aux Docteurs. Nous avons vu saint Jérôme appeler la Virginité « l'Holocauste et l'Hostie du Christ. Il ajoute en un autre endroit : qu'elle est son propre Prêtre i. » Tertullien a écrit ces magnifiques paroles : Cum omnes Templum Dei simus, ïllato in nos et consecrato Sjpiritu Sancto, ejus Templi œditua et antistes est Pudicitia, quœ nihil immundum nec profanum inferri sinat, ne Deus ille qui inhabitat inquinatam sedem offensus dereUnquaf^. Saint Ignace Martyr dit : « Honorez les Vierges comme étant des Prêtres de Jésus-Christ s. » 8aint Athanase dit aussi : « Les Vierges sontj par la vertu du Saint-Esprit, des Hosties particulièrement saintes et pures, et dignes d'être offertes sur l'autel de Dieu par le Souverain Prêtre, qui est Jésus- Christ 4. » Enfin, un autre ancien Père grec, saint Isidore de Péluse, nous rappelle que « nous sommes les Prêtres de notre propre corps «^ pour offrir à Dieu, comme parle saint Paul, une Hostie vivante, sainte et agréable à Dieu 6. » Qu'est-ce à dire: « une Hostie vivante, sainte et agréable à Dieu? » Une hostie qui répande partout une odeur virginale, suivant la belle expression de l'Eglise

1 Virginitas Holocaustuni Christi est. Rem novam loquor : Hostia Castitatis ipsa se portât. — In Psalni. X(J V (iuter opp. dubia). — Patr. lat., t. XXVI, col. lli;-5, 1114. — Bourdaloue a dit : « La Virginité de Marik était comme un Sacrifice continuel qu'elle offrait à Dieu, une Oblation de son corps qu'elle immolait comme une Hostie vivante.» —Sermon snr l'Anrionciatlon de la Sainte Vierge, 2" point.

" De cnUu feminarum, lib. II, n. 1. — Patr. lat., t. I, col. 131G.

3 Eas qnœ in Virginitate degunt, honorate velut Christo sacratas. — Epist.ud Tarsenses (ex suppositis), n. 9. — Patr. gr8ec.,t. V, col. 896.

* Ap. Amalarium. — Régula sanciimonial., lib. II, cap. vi. — Pàtr. lat., t. CV, col. 954.

5 Einstolar. lib. III. lxxv. - Patr. grœc, t. LXXVIII, col. 782-783.

* Rom. XII, 1.

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en sa liturgie : Ascendat ad te, Domine... liostia salutarisy virgineo fragrans odore i.

Prêtre, Vierge, Hostie ! quelle gloire est donc la nôtre ! quelle bénédiction d'une incomparable tendresse a été donnée à notre vie, à notre âme, à notre corps lui-même ! 0 quam pulchra est casfa generafio cum claritate! Timnortalis est enini memovia ilUûs ; quoîiiam et apud Deum nota est, et apud homines-. La mémoire de cette grâce infinie est immortelle ; elle ne périra pas, même avec le temps. « Dès maintenant, les hommes savent » qu'elle nous est faite d'une manière singulière, éminente et sublime; et DiEiT, notre Dieu, ce Dieu de notre Sacerdoce éternel, ce Dieu qui a mis sur notre face et sur notre cœur, le sceau de sa prédilection ineffable. Dieu, Père, Fils, Saint- Esprit, « nous reconnaît » amoureusement sous ces trois nobles, glorieux, et tout divins caractères : Prêtres, Vierges et Hosties !

Il nous faut étuîiier cette grâce si élevée, « qui l'emporte sur tout bien du temps ^ », cet état plus que céleste et angélique, cet état divin, cet état qui est la plus admirable participation à l'esprit, à la grâce, à l'état de Jésus ressuscité, « cet état si nouveau », comme parle saint Jérôme ^, dont le monde n'a aucune idée, que les Anges admirent comme étant aussi saint que leur propre état, dans des conditions bien moins favorables 5, qui est la

J In Missâ S. Catliarinse Senens., xxx april., Sécréta. s Sap. IV, 1.

3 Oninis autem ponderatio non est (ligna continentis aniniie. — Eccli. ixvi, 20.

* Rem novam loquor : Hostia Castitatis, etc. — Suprà, page 256.

* Vides-ne Virginitatis prsestantiam? quomodo terrarum incolas sic nfficiat, lit qui corpore vestiti sunt, eos incorporais mentilms exaequet "?... Et idipsum, quo inferiore conditione videntiir esse, in magnâ est eorum lande ponendum. — S. Joann. Clirysost. De Vlrginitate Liber. — Brev. Koni. la officia S. Aloijsii Gonzag. xxi junii, ad matut., lect. viit et ix.

consolation du Cœur de Jésus, l'Agneau immolé, et l'honneur et la joie de l'Égiise, sa sainte Epouse.

Nous allons considérer la vie entière de l'âme privilégiée qui porto cette grâce excellente, cet état nouveau ; sa vie intérieure d'abord : pensées, souvenirs, imaginations, affections, mouvements du cœur, etc. ; et ensuite sa vie extérieure : usage des sens, lectures, études, conduite de la vie, réputation (rayonnement naturel de la pratique universelle de la chasteté). — On s'attend naturellement à ce que nous entrions, ici, dans plusieurs détails simples et pratiques.

La vie intime de Venue sacerdotale. — I. *S'es pensées.

Saint Paul nous en a donné la règle générale : Virgo cogitât quœ Domini sunt ; ut sit sancta corpore et spiritu i. 11 y a, dans ces paroles, l'objet des pensées de l'âme consacrée Vierge : Quœ Domini sunt, et le fruit des pensées chastes, la sanctification de l'esprit et du corps : ut sit sancta corpore et spiritu. Ce fruit apparaîtra, lorsque nous traiterons de la chasteté sacerdotale, dans l'usage des sens, et dans la conduite de la vie. Maintenant, nous nous arrêtons à ce qui est l'objet des pensées : ce qui est de Dieu : Quœ Domini sunt. Rien de plus digne d'une âme, que la Virginité a consacrée Prêtre de Dieu, puisqu'il est écrit : OmiiisPontifex...pro honiinibus constituitur in lis quœ sant ad Deum-. Mais qu'est-ce à dire, ce qui est de Dieu ? ►Sa beauté éternelle, immuable, qui, au ciel, ravit les Anges et les Saints, qui nous rassasiera aux siècles des siècles. En comparaison de cette Beauté substantielle et absolue, toutes les beautés créées ne sont réellement rien ; et si elles paraissent être quelque chose, l'éclat, qui est sur

1 I Cor. VII, 34.

2 Hebr. v, 1.

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elles, n'est qu'un reflet qui nous fait penser à la splendeur de la face de Dieu, et fixe en elle notre esprit i.

Quœ Domini sunt, c'est ce qui est de Jésus-Christ. Ce sont ses perfections, ses amabilités, ses attraits. Speciosus fonnâ prœ filiis hoininuni 2. Nous avons cité ailleurs le magnifique texte de saint Augustin, où il proclame, où il chante, si l'on peut ainsi dire, l'universelle beauté de Jésus-Christ, dans tous ses mystères •^. Ce qui est de Jésus-Christ, c'est aussi tout ce qui se rapporte à son honneur, au respect de ses droits, à son triomphe dans le monde ; mais, c'est encore sa très sainte et très aimable Mère, avec toutes ses grâces, toutes ses attrayantes gloires, toutes ses ravissantes bontés, et son incomparable beauté : Pulcherrima muUerum ^ !

Quœ Domini sunt, c'est tout ce qui est céleste, quœsursùm sunt : la pensée de ce que Dieu opère dans les esprits angéliques, dans les âmes, dans le monde. C'est le Père, c'est le Verbe, c'est l' Esprit-Saint, présents partout, agissant partout, pour atteindre la fin unique qui est digne des Personnes divines: leur gloire.

Telles sont les pensées de l'âme sacerdotale consacrée Vierge ; ce sont ses pensées habituelles, et qui lui deviennent comme naturelles. Mais, n'y a-t-ilet ne peut-il y avoir dans son esprit aucune autre pensée ? Tout ce qu'elle introduirait dans son esprit d'impressions profanes et mon-

1 Quorum si specie delectati, deos putaverunt ; sciaut quanto liis dominator eorum speciosior e.st ; .speciei enini generator hsec oninia constituit. — Sap. XIII, o. — Cfr. vu, 2[). — Pulchra est terra, Gœlum et Angeli; sed pulchrior est qui fecit ha-c... Ipsam Castitatem exigebat ab anima Domiiius noster .Jésus Christus, quando dicebat Petro : Petre, amas me ? Quid est : amas me ? Castus es ? Non est cor tuum adulterum V — S. August. ,S'erm. CXXXVII, cap. ix, n. 10. — Patr. lat., t. XXXVIII, col. 760.

2 Psalm. XLiv, 3.

' Livre 1*='', chap. viii.

* Cant. V, 9, 17.

daines, serait une sorte d'adultère ; et les pensées mauvaises (on sait ce que ce mot signifie,) seraient la ruine de sa virginité, si elles étaient volontairement consenties. Mais, en dehors de ce qui est profane, mondain, mauvais, il y a des pensées honnêtes en elles-mêmes, qui ne peuvent blesser la parfaite chasteté d'une âme sacerdotale. Cela est vrai. Certaines occupations intellectuelles et même certains délassements sont bons, et par conséquent permis. Mais « la chasteté, a dit saint Augustin, ramène tout à l'unité 1. » L'âme parfaitement chaste ne veut rien avoir en elle-même, qui puisse être étranger à l'honneur et à l'amour de son Époux. Qui ne comprend cette délicatesse? C'est pourquoi l'Époux, le Christ Jésus, Dieu, n'est jamais absent de son esprit ; elle fait mieux que de l'appeler à elle, en tout ce qu'elle pense ; en réalité, c'est lui seul qui préside à tout ; et sa beauté et ses perfections infinies ne cessent jamais de tout éclairer, de tout illuminer, ou de faire tout pâlir, dans l'usage des créatures.

Il arrive, dans cet ordre surnaturel et très sublime, ce que peut - être nous avons remarqué quelquefois dans l'ordre commun des choses humaines : L'époux occupe toutes les j)ensées de l'épouse et l'épouse rapporte tout à lui.

Mais l'ennemi veille ; et voici deux auxiliaires de sa malice : les souvenirs de la mémoire et les extravagances de l'imagination.

Souvenirs de la mémoire. — Peut-être avons-nous eu lemalheur lamentable de perdre l'innocence de notre Baptême, par quelque faute contre la vertu angélique... Peut-

1 Per continontiatn coUigimur et redigimur in tmum, à quo in multa defluxinms. — Confession. Lib. X, cap. xxix, il. 40. — Patr. lat., t. XXXII, col. 7%.

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être cette détestable infidélité s'est-elle reproduite plusieurs fois dans notre pauvre vie... Peut-être aussi avonsnous eu l'imprudence de lire, d'entendre, quelques pages, quelques paroles, de voir quelques gravures indécentes, ou ce qui, sans être indécent, était trop sensible, presque charnel et de nature à faire impression dans l'esprit et les sens. Et, malheureusement, le souvenir de ces diverses fautes demeure.

Prenons-y garde. Point de tristesse, point de découragement, et aussi point de faiblesse et de lâcheté; mais de la vigueur, de l'énergie. Regardons tout cela de haut, et avec un mépris absolu, quelle que soit l'humiliation intérieure de l'âme.

Quand nous avons à en faire l'examen pour une confession extraordinaire, que la honte secrète que nous éprouvons, n'affaiblisse en rien la haine profonde et puissante avec laquelle nous réprouvons de telles iniquités. Après nos confessions, n'y pensons plus, sinon d'une manière générale, soit par prudence, c'est-à-dire afin de nous souvenir de ce qui a été l'occasion de nos chutes, pour l'éviter, soit par esprit de componction, nous rappelant toujours que nous sommes pécheurs; mais jamais d'une manière distincte : ce qui n'est jamais bon, ce qui pourrait être un piège de Satan.

Il y a pour les Prêtres d'autres souvenirs dangereux; ce sont ceux des confessions entendues. Si le bien spirituel du pénitent nous fait un devoir de penser à ce qu'il nous a confié, au saint Tribunal, faisons avec paix cette œuvre de charité. Dans la prière et dans l'étude, nous nous souviendrons de ce que nous avons appris. Mais, la charité ne serait pas notre excuse, si, en procurant le bien de l'âme qui nous occupe, nous pouvions compromettre le nôtre. — Nous avons à dire au chapitre suivant, comment

nous devons étudier les dangereuses questions de Diaconale.

En dehors du cas, où la charité nous impose l'obligation de nous rappeler les accusations d'un pénitent sur le sixième précepte, le souvenir de ce qu'il nous a dit est purement et simplement une pensée mauvaise, qu'il faut traiter, par conséquent, comme on traite toutes les mauvaises pensées, avec paix, mais avec force, sans trouble ni effort de tête, mais aussi sans hésitation, sans mollesse, nettement, fermement, par un de ces « non, secs et courts », dont parle Bossuet i, comme aussi avec un humble recours aux Cœurs de notre miséricordieux Rédempteur et de sa compatissante Mère.

Leii extravagmices de V imagination. — Saint Thomas a dit, que l'esprit angélique saisit la vérité d'une manière immuable : apprehendit immobiliter '-. Hélas ! on dirait que l'esprit humain est parfois saisi, d'une manière immuable, par toute sorte d'idées fatigante>s, affligeantes, dangereuses. C'est comme une tyrannie, qu'il faut subir bon gré mal gré. Mais cette tyrannie, si cruelle, si douloureuse, n'est pas un mal : c'est le consentement qui est un mal. Il faut donc l'éviter à tout prix et, pour cela, réussir à mettre, à la place de ces imaginations détestables, les pensées salutaires que la foi nous fournit ^. Or, ces pensées

* Elévations sur les Mystères, XXIV« Semaine, I""* Elévation.

2 I, q. Lxiv, art. 2. — Ailleurs, le Docteur angélique développe ainsi sa pensée : Cùm in Angelo sit lumen intellectuale perfectum, cum sit « spéculum puruni et clarissinuim », ut dicitDionysius (de Divin. Novtin. cup.iVy n. 22), relinquitur quod Angélus, sicut non intelligit ratiocinando, ità non intelligit componendo et dividendo... Intelligit einin composita simpliciter, et mobilia immobiliter, et materialia immaterialiter. — I, q. lviii, a. 4. c. — On voit qu'en citant le S. Docteur, nous n'avons fait à sa grande pensée qu'une sorte d'allusion familière.

3 « S. Augustin admire la pureté de son cher Alypius, qui avait totalement oublié et méprisé toutes les voluptés charnelles, lesquelles il avait

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salutaires ne sont pas les mêmes pour tous les esprits. Pour les uns, il est bon de s'élever à la Beauté de Difu de Notre-Seigneur, de la Très-Sainte Vierge, du Ciel Le&' magnifiques images, que présentent de si beaux sujets dissipent ce qu'il y a de séduisant ou de violent, dans leh fantômes qui obsédaient l'imagination. Si, eu égard aux dispositions intellectuelles, morales d'une personne, ce moyen est utile, et non seulement met à l'abri du péril qu(^ courait la chasteté de l'esprit, mais confirme même ce don divin, il faut l'employer souvent. Mais, il convient que cette simple et haute application de l'esprit soit accompa gnée d'une prière humble et fervente i, et peut-être aussi de la pratique de quelque mortification corporelle, soumise à un Directeur éclairé, qui soutienne, pour ainsi dire, le crédit de la prière. Il est impossible que, dans ces conditions, la tentation intérieure ne devienne pas un grand profit spirituel, pour l'âme qui subit une aussi fati gante et tyrannique épreuve -.

Mais, il y a des natures qui ne trouveraient pas un se-

néanmoins quelquefois expérimentées dans sa jeunesse. Et de vrai, tandis que les fruits sont bien entiers, ils peuvent être conservés, les uns sur la paille, les autres dedans le sable, et les autres en leur propre feuillage ; mais, étant une fois entamés, il est presque impossible de les garder que par le miel et le sucre en confitures. Ainsi la Chasteté, qui n'est point encore blessée ni violée, peut être gardée en plusieurs sortes ; mais, étant une fois entamée, rien ne la peut conserver qu'une excellente dévotion, laquelle, comme je l'ai souvent dit, est le vrai miel et sucre des esprits. »

— S. Franc, de Sa.\eii, Introducf. à la vie dévote. III" partie, chap. xii.

1 S. Augustin a dit à ce sujet : Contra quam(concupiscentiam) nisi oretur, ut superetur, ipsa illicita exoptatur ardcntius. — De hono ridiiitatis, cap. XX, n. 25.— Patr. lat., t. XI., col. 447. — Et nous connaissons la parole du 8age : Et ut scivi qnoniam aliter non possem esse continens, nisi Deus det... ; adii Dominum, et deprecatus sum illuni, et dixi ex totis prsecordiis mois; etc. — Sap. viii, 21.

'^ Fidelis autein Deus est, qui non patietur vos tentari suprà id quod potestis, sed faciet etiam cum tentatione proventum, ut possitis sustineie-

- I Cor. X, 13.

2fil LA CHA8TETÉ SACERDOTALE

cours salutaire, dans cette manière de faire diversion à l'attaque de l'ennemi, où s'unissent parfois et la colère la plus violente et la plus entraînante séduction. On se souvient de la lutte de saint Jérôme au désert et de saint Fi-ançois d'Assise dans son buisson d'épines. Il n'est pas nécessaire toutefois d'en venir là. Mais, assurément, la méditation profonde, humiliée, des Fins dernières peut produire un très g'rand effet : la mort qui réduira notre corps à un état si vil et si hideux ; le jugement dans lequel la sainteté de Dieu repoussera avec tant de force tout ce qui est impur, même une simple pensée ; l'enfer qui dévorera éternellement, avec d'effroyables supplices, ce mal, cette iniquité, ce plaisir d'un moment, qui paraît maintenant si délectable. Il faudrait entendre sur ce sujet le g'rand Évêque de Césarée, saint Basile : Nisi timor instituendœ vifœ no.^trœ rudhnentajaciat, dit-il d'abord (et ces pi'emiers mots semblent désigner ces commencements de la vie sacerdotale, où se trouve encore le Sous-Diacre), impossibile erit casfitatemque sanctimoniamque légitime ohservari. Coiiflge, inquit psaltef!, timoré fuo carnes meas (Psalm. CXVIII, 120). Nam quemadmodum qui corporis memhra habent clavis transfixa, ad actionem quamlihet immohilia ea retinent; sic ii, quorum anima m occupaverit Dei timor, omnem prorsus importunant peccati ex perturhationibus occasionem vitant i. Le saint Docteur explique ensuite toute sa pensée, et décrit l'épouvantable spectacle du Jugement du Fils de Dieu et l'abîme et les ténèbres épaisses et le feu obscur et les innombrables vers rongeurs, avec leurs morsures impitoyables, et enfin La honte éternelle de la damnation '-'. Il conclut : Hœc tu time, et

» In Psahn. XXXIII. Homîlia. n. G. — Patr. grsec, t. XXIX, col. 366. * Il nous .semble bon de citer ici, pour l'instruction des jeunes clercs, ce • passage du grand Evoque. Il est d'une remarquable éloquence : Timor

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htijîis timoré eruditus quasi freno quodam aharce animum.y et inhibe ad vitiosas concupiscent ias jjvojjendentetn.

II, Nous passons à l'étude de la Chasteté du Cœur.

Le cœur aime, — le cœur veut jouir de ce qu'il aime, — le cœur veut s'attirer des cœurs qui l'aiment. Ce sont les trois phénomènes de notre vie, qu'il nous faut considérer avec soin.

Le cœur aime. — C'est son être et sa vie. Or, l'amour du cœur, c'est sa chasteté ou sa flétrissure. S'il aime ce qui seul est aimable, il est chaste et consacré chaste. S'il aime ce qui n'est pas digne d'être aimé, il se flétrit, il se corrompt, il se dégrade. Il faut donc savoir ce qui est aimable. Il n'y a d'aimable que Dieu ; c'est pourquoi Notre-Seigneur dit: « Vous aimerez le Seigneur de tout votre cœur,*'.!- toto corde tuo'^. » Il n'existe de place pour rien autre. Mais, n'y a-t-il pas un commandement d'aimer le prochain? Nous l'aimons, mais en Dieu et pour Dieu. Qu'est-ce à dire : en Dieu ? C'est-à-dire, en tant qu'il y a, dans le prochain

salutarius et qui sanctitatis operatorius est, vis enarrera qualis sit ? Si quando te senseris ad unum aliquod cieri ac prosilire peccatum, ad mentera revoca formidabile illud nec uUi mortalium tolerabile Christi judicium, in quo quidem pi-residet Judex in alto et sublime throno, adstat porro creatura omnis prsetrepida et intremiscens ad ipsius gloriosum et illustrem adventum. Eo singuli sistentur, de bis examinandis quse quisque gessit iu vivis. Deindè eos qui inulta perperàm in vità adiniserunt, liorrendi quidam ac tristes circumstabunt Angeli, ignem aspectu reddentes, ignem exspirantes propter propositi et voluntatis acerbitatem, vultum pra^ferentes morti assimilem, propter mœrorem atque hominum odium. Subindè conspicient barathrum, in imum patens, tenebras impermeabiles quidem illas, ignemque obscurum, urendi quidem in tenebris vim habentem, luce vero destitiitum, indè vermium innumerabilium genus venenosnm ac carnivorum, esitans quidem seuiper,nec tamen se exsatians, intolerabiles dolores morsibus infligens, postremo, omnium durissimam pœnam, probrum illud et verecundiam sempiternam. — S. Basil, ibid. — n. 8. — Patr. grsec, ejusd. tomi, col. 370-371.

> Matth. XXII, 37.

et dans toute créature, quelque chose de Dieu; et c'est ce qu'il y a de Dieu, que nous aimons en elles ; et qu'estce à dire : pour Dieu ? C'est-à-dire, pour l'honneur de Dieu, n'aimant les créatures qu'afin qu'elles deviennent ou qu'elles soient toujours davantage la gloire de Dieu, ou bien encore pour que l'usage que nous en faisons, n'ait d'autre fin que cette gloire divine i.

Le mal n'est pas d'aimer la créature, mais de nous reposer en elle en l'aimant, comme si elle pouvait être un lieu de repos, un terme. Le seul terme, le seul lieu de repos, c'est Dieu 2. La créature n'est jamais qu'une voie, qu'un échelon, une indication, ou bien un secours, un aide, pour arriver au Terme et y reposer notre cœur.

Cela dit, voici des faits qui appartiennent à la vie de chacun de nous. Nous aimons les enfants, les jeunes gens, nos amis, nos connaissances, d'autres personnes. Faisons avec simplicité et sincérité un examen de notre cœur. Quel est le vrai motif de notre amour ? Si nous nous arrêtons à un certain extérieur où se révèlent des grâces sensibles delà nature, une sorte de beauté dont l'expression est dans la chair, la chasteté de notre cœur est en péril 3. Nous attachons-nous davantage aux petites filles,

1 I Cor. X, 3L - Coloss. m, 17. - l Tim. iv, 3.

' Fecisti nos ad te, (Deus) et inquietum est cor nostnim, donec requiescat in te. — S. August. Confess. lib. I, cap. i, n. 1. — Patr. lat., t. XXXII, col. 66 L

3 S. Aug-ustin en a donné la raison philosophique, dans ce passage de bi- Cité de Dieu : Deficitiir (volnntasj non ad inala, sed maie ; id est, non ad maî"» naturas, sed ideo niale, quia contra ordinem naturarum, ab eo quod suminè e.st ad id quod minus est. ISeque enim auri vitium est avaritia, sed hominis perverse ainantis aurum, justitiâ derelictâ, qu.-B incomparabiîiter auro debui - anteponi. Nec luxuria est vitium pulchrorum suaviumque corporum, sed animas perverse amantis corporeas voluptates, neglectâ temperantiâ. quâ rébus spiritualiter pulchrioribus et incorruptibiliter suavioribus v.oaptamur... Ac per hoc, qui perverse amat cujuslibet natuiabonumi, etiamsi adipiscatur, ipse fit in bono malus, et miser meliore privatus — De Cl cit. Dei, lib. XII, cap. viii. — Patr. lat. t., XLI, col. 355-356.

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qu'aux petits garçons?... Pourquoi?... Avons-nous plus d'attraits pour la conversation des personnes jeunes et dont les manières sont gracieuses, que pour celle des personnes âgées, et de langage et de mœurs moins cultivés ? Pourquoi?... Certaines confessions sont peut-être instinctivement préférées à d'autres? Pourquoi?... Il faut une réponse à toutes ces questions ; elles sont graves et très graves : non, si l'on considère tel fait qui s'y rapporte (un fait peut n'être qu'une défaillance sans portée) ; mais le principe que ces faits compromettent, est de la plus grande importance, dans une vie sacerdotale i.

Il est dit des Anges, qui sont les Vierges du ciel : « Us voient toujours la face du Père -. » Ils vivent parmi nous (car, ce sont les Anges gardiens, que Notre -Seigneur désigne dans ces paroles); et « ils voient toujours la face du Père. » Qu'est-ce que voir la face du Père toujours ? C'est en toute chose, en toute relation avec les créatures, quelles qu'elles soient, voir uniquement Dieu et Jésus- Christ. Caria face du Père, c'est Jésus-Christ. C'est par la face que l'on se fait connaître, dit saint Grégoire 3. C'est par son Fils que le Père s'est fait connaître^. Donc, pour que notre cœur, qui ne peut s'empêcher d'aimer, demeure chaste, il faut qu'en toute chose, il ne voit que Jésus- Christ et il n'aime que Jésus-Christ. Non seulement il demeure chaste, mais il devient comme la chasteté même,

1 Qui ne se souvient de la parole de S. Jérôme à Népotien : Omnes puellas et Virgines Christi, aut sequaliter ig-nora, aut îiequaliter dilige. — Epist. LU (aliàs 2), n. 5.— Patr. lat., t. XXII, col. 531. — L'auteur de Vhuifation dit aussi : Non sis faniiliaris alicui mulieri ; sed in communi, omne» bonas mulieres Deo commenda. — Lib. I, cap. viii, n. 1.

^ Matth. XVIII, 10.

^ Quid per faciem, nisi notitia ?... Per faciem quippe unusquisque cognoscitur. — In Ezerhlel. Homil. III, lib. I. — Brev. Rom. in officia EvaiujeUst., ad matutiii. lect. iv. — Patr. lat., t. LXXVI, col. 806.

* Qui videt me, videt et Patrem. — Joan. xiv, 9.

s'unissant à Celui qui est la Chasteté substantielle et per* sonnelle. Nous nous souvenons peut-être des belles paroles de saint Paulin sur ce sujet ; nous les avons citées ailleurs ; il nous sera agréable de les relire ici : Ergo illum amemus, quem amare dehitum est. ILLUM OSCULEMUR, QUEM OSCULAEI CASTITAS EST. ILLI COFULEMUIÎ, CUI NUPSISSE

VIRGINITAS EST^. Que la créature ne nous soit jamais rien ; que Jésus-Christ nous soit, toujours, toute chose, suivant la recommandation de l'Apôtre '^. Que ce soit lui seul, que nous ayons à cœur de servir dans les âmes, par notre dévouement, notre tendresse, les mille inventions de notre charité ; lui, que nous voulions faire grandir et régner et réussir uniquement : oh ! alors, que notre cœur sera à son aise dans son amour, et que cet amour sera saint!

Le cœur aime, et le cœur veut jouir de ce qu'il aime. — C'est encore son être et sa vie. L'amour tend à la jouissance de l'objet aimé; et l'amour n'est heureux, que lorsque cette jouissance est complète. Ici encore, il faut dire : rien de plus saint et rien de plus bas, selon l'objet de l'amour et de la jouissance. Or, il n'y a qu'un seul objet dont la jouissance parfaite soit possible, c'est Celui dont le Prophète a dit : « Delectare in Domino; prenez vos délices dans le Seigneur '^. » Nous ne prenons nos délices que dans ce qui est bien ; or le Bien substantiel, essentiel, universel et vraiment unique, c'est Dieu et Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il y a un amour que la. Théologie mystique appelle amour de conjouissance; il consiste en ce que l'âme, contemplant la beauté et la bonté de Dieu,

> Epistol. XXIIl (alias 3 et 4) ad Severum, n. 42. — Patr. lat., t. LXI, col. 284.

2 ColoSS. III, IL

' Psal. XXXVI, 4.

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se fixe en cette contemplation, pour goûter tant de perfections, prendre plaisir à tant d'excellence, et ne vouloir absolument aucune joie, que celle que donne un tel Bien. C'est le suprême amour, et c'est aussi la suprême Chasteté. Car il est écrit : Qui adhœret Domino, iinus spiritus est i. Cet amour nous fait adhérer à Dieu, d'une manière très élevée, très pure, très parfaite. Nous devenons donc un même esprit avec Dieu. Mais, qu'est-ce à dire : un même esprit, quand il s'agit de la Sainteté absolue et personnelle ? Sinon que l'âme qui aime, devient sainte et pure et chaste, d'une manière sublime et ineffable.

L'amour de conjouissance a pour objet premier les attributs de la nature divine ; mais il s'exerce aussi sur les perfections théandriques de Notre -Seigneur Jésus- Christ, et c'est cet amour dont parle saint Augustin, quand il dit (nous lisons ces belles paroles chaque année dans notre Bréviaire) : Quid est trahi voJuptatef... Est quœdam voluptas cordis, eut Panis dulcis est ille cœlestis. Porro, si Poetœ dicere liciiit : Trahit sua quemque roluptas, non nécessitas, sed voluptas, non obligatio, sed delectatio ; quanto fortius nos dicere debemus, trahi hominem ad Christum, qui delectatur veritate, delectatur beatitudine, delectatur justitiâ, delectatur sempiternâ vitâ : quod totniri Chrititus est-.

Telle est la vie du Prêtre, et telle est la chasteté de son cœur ; il ne prend plaisir qu'en Jésus-Christ, il n'a de bonheur qu'à l'aimer et à reproduire en soi sa vérité, sa sagesse, sa sainteté. Il dit, avec joie, la parole de saint

« l Cor. VI, 17.

•■i In Joan. Evang. Tract. XXVI, n. 4. — Patr. lat., t. XXXV, col. 1G08.— Feriâ iv Quatuor Temporum, infra octavam Penteco.st., loct. i. — Cfr. Origen. In Psahn. XXXVl. Homil. I, n. 4.— Patr. grîec, t. XII, col. 1327.

Bernard : Ad alia quidem omnia mortuus sum, non sentiOy non attendo, non euro; si quœ vero sunt Christi^ hœc me rirum inrenuinf... Placet quod ad ejtis honorem fieri mdeo, dinjdicent quœ aliter fiunt^.

On dira : Mais, est-il absolument défendu de jouir de quelque créature? et faut-il condamner le plaisir profond et si innocent, que prend un ami en son ami, en sa présence, en ses paroles, en ses témoig-nages sincères d'affection ?

N'oublions pas que nous parlons ici de la Chasteté des Prêtres, la plus éminente de toutes. L'auteur de l'Imitation semble avoir écrit, pour nous, les paroles qui suivent : Bèatîis qui intelligit quid sit amare Jesum... Oportet dilectum pro dilecto relinquere, quia Jésus vuU solus super omnia amari... Dilectus tiius talis est naturœ, ut alienum non relit admiitere ; sed solus vult cor tuum hahere, et tanquàm rex ht proprio throno sedere... Si enim tuum in aliis quœris solatium, et lucrum, senties sœpiùs detrimentum^... Sine amico non potes benè vivere... (Sed) ex omnibus charis, sit Jésus solus dilectus specialis. Diliganttir omnes propter Jesum, Jésus autem propter seipsum '^.

Ces belles et simples paroles disent tout. Rien n'est doux, rien n'est consolant, rien n'est vivifiant, comme une amitié pure et sainte entre Prêtres. L'Esprit-Saint a prophétisé cette merveilleuse grâce, quand il a dit : Amiens fidelis,protectio fortis... Amico fideli nulla est comparatio, et non est digna ponderatio aiiri et argenti contra bonitatem, fidsi illius. Ahiicus fîdelis, medicamentum vitœ et immortali-

' Sermon. VIL In Quadragesimâ : De peregrluo, inortao et criuùfixo, u. 2. - Patr. lat., t. CLX XXIII, col. 184.

2 Lib. II, cap. VII, n. 1, 2, '6.

^ Lib. II, cap. viii, n. o, 4. — Le pieux auteur dit ailleurs : Quam imniaculatuin cor erit Sacerdotis, ad quem toties ingreditur auctor puritatis! — Lib. IV, cap. xi, n. 6.

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tatis 1. Les Saints nous ont donné de grands exemples de cette bénédiction du Cœur de Dieu, et nous avons pu lire, dans le traité des Devoirs des Prêtres, par saint Ambroise, les belles et touchantes pages qu'il a écrites sur l'union des cœurs, entre nous-. Or, une telle union n'est pas possible, sans une grande jouissance. Est-ce que ces paroles de l'Écriture, qui expriment si bien ce qui se passe entre deux âmes sacerdotales : « Anima Jonaihœ conglutinata est animœ David, et dilexif eum Joiiathas quasi animam suam'^ », ne révèlent pas en même temps une grande et intime félicité mutuelle? Assurément; et c'est la suave consolation, c'est la douce joie de l'exil, dont il faut souhaiter la grâce précieuse à toute âme que l'ordination consacre Vierge. 11 y a, dans cette grâce, quelque chose du ravissant Mystère qui s'accomplissait dans la dernière Cène, lorsque le disciple bien-aimé était incliné sur la poitrine de Jésus. Diligebat autem eum Jésus, dit la Sainte Eglise, quoniam specialis prœrogativa castitatis ampliori dilectione feceraf dignum: quia virgo electus ab ipso, virgo in œvum permansit. In cruce denique rnoriturus, Jiuic Jfatrem suam Virginern virgini commendavit^.

Mais, en dehors de cette amitié virginale, très pure, très éloignée des sens, où la jouissance est toute spirituelle, parce qu'elle a, en même temps, son principe et sa fin dans le Cœur même de Jésus, Lien unique. Centre unique, où

' Eccli. VI, 14, 1.5, IG.

* De officiis vilnlsirorum, lib. III, e.'ip. xxi. — Patr. lat., t. XVI, col. 179-184. — Il y a ces touchantes paroles : Ostendamns illi (amico) nos pectus nostrum, et ille nobis aperiat sunm... îsihil occultât amicus.si verus est : effundit animum suum, sicut effundebat niysteria Patris Dominus Jésus.— n. 135. — col. 183. — C'est S. Ambroise quia fait cette réflexion à la fois si gracieuse et si juste . Nihil tàm utile, quàm diligi. — De offic. minist. lib. II, cap. VII, n. 29. - col. 111.

^ I Reg. XVIII, 1.

* In festo S. Joann. Evang., II noct., 2 respons.

se reposent et s'embrassent et s'unissent les âmes, est-il possible au Prêtre d'avoir une autre jouissance, moins élevée, mais toujours innocente, dont le principe soit dans certaines qualités intellectuelles ou morales i?... Que dire? Il n'est jamais bon d'exagérer, et nous voulons absolument éviter cette erreur. Mais, s'il s'agit d'une femme, l'appréhension est grande dans le cœur des Saints. Ils savent, par l'oracle même du Saint-Esprit, que, « de même que lever s'engendre dans les vêtements, l'iniquité de l'homme vient de la femme '^ »; et que la femme est plus que « toute autre créature, une tentation pour les âmes des hommes et le filet où sont pris les pieds des insensés 3.» « Considérez donc, s'écrie l'Apôtre, si vous n'êtes pas

1 L'Auteur avait donné à sa doctrine une forme plus complète et plus développée, que nous sommes heureux de mettre sous les yeux du lecteur. — « Est-il possible au Prêtre d'avoir une jouissance humaine, quoique innocente, auprès d'une mère, d'une sœur? non. Auprès d'une autre femme de grandes vertus, de grands mérites ? non ! Peut-on concevoir dans un cœur que Dieu s'est consacré une certaine jouissance intellectuelle, idéale, dont l'objet soit les dons de l'intelligence, ceux du cœur, l'élévation des sentiments, la noblesse des aspirations, la dignité, l'héroïsme même des actions ? Nous ne craignons pas de répondre à ce sousdiacre, à ce diacre, à ce Prêtre : S'il s'agit d'une femme, non ! Est-ce qu'en dehors de ce qui est purement et exclusivement surnaturel, il ne peut pas se rencontrer dans une âme sacerdotale, délicate, naturellement étrangère, antipathique même à tout ce qui est matériel et grossier, un sentiment assez libre des sens, une jouissance assez affranchie des formes et des figures, pour qu'il s'arrête avec plaisir à ce que possède de charme, de beauté, d'excellence, de perfection morale, une créature de Dieu? Si c'est une femme, non!.... Hélas! il peut se faire que nous ne soyons pas compris du lecteur, ou bien par le fait de son inexpérience, ou bien parce que quelque malheureuse illusion ne lui laisse pas voir la vérité ; mais qu'il sache que c'est le cas de rappeler et d'appliquer la parole du Saint-Esprit : Quoniaiii creaturœ Dei in odiuvi factœ sunt, et in tentationem animabiLS hominum, et in muscipulam pedibus insijiientitmi (Sap. xiv, 11). » — Manuscrit de l'Auteur.

2 De vestimentis enim procedit tinea, et à muliere iniquitas viri. — Eccli. XLii, 13.

' Quoniam creaturœ Dei in odium factœ sunt, et in tentationem animabus hominum, et in muscipulam pedibus insipientium. — Sap. xiv, 11.

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du nombre des insensés, et si vous êtes prudents et sa^es dans vos voies i. »

Ah! qui nous donnera, à nous, Prêtres de l'Hostie virginale, l'intelligence du mystère sublime de notre plus qu'ang'élique Chasteté "-?...

Nous avons énoncé cette troisième proposition : Le cœut' veut s'attirer des cœurs qui l'aiment. — Dans ces termes, cette proposition révèle un grand mal. C'est notre nature déchue qui a de telles ambitions. ISIous pouvons être tentés de tomber dans cette erreur grossière, puisque le principe en est certainement dans notre fonds. C'est pourquoi, nous devons être d'une très grande attention sur cette propension et cette sorte de nécessité, que la concupiscence fait naître en nous. Nous devons être d'autant plus prudents et circonspects, que les cœurs viennent à nous d'eux-mêmes, ou bien parle besoin qu'ils éprouvent de consolation, de lumière et de force, ou bien par un attrait secret que la grâce leur donne. Nous sommes centre des âmes, nous l'avons dit 3, et notre ministère nous attache les cœurs ; il est comme un charme saint et bienfaisant, auquel les fidèles au cœur droit et simple ne résistent pas. Notre parole est un charme, notre condition de

1 Videte, itaque, fratres, quoinodo cautè anibuletis; non quasi insiiiicntes, sed ut sapientes . — Ephes. v, 15.

2 Différant quidem inter se homo pudicus et Angélus, sed felicitate, non virtute. Sed etsi illius castitas felicior, hujus tamen fortior esse cognoscitur. — S. Bernard. De moribus et officlo Ejjiscop. — Episfol. XLII, seu tract, ad Henricum, Senonensem archiep. — cap. m, n. H. — Patr. lat., t. CLXXXII, col. 816. — La Bruyère a dit cette parole délicate et profonde : « Il y a quelquefois, dans le cours de la vie, de si cliers plaisirs et de ."-i tendres engagements que l'on nous défend, qu'il est naturel de désirer du moins qu'ils fussent permis : de si grands charmes ne peuvent être, surpassés que par celui de savoir y renoncer par vertu. » — Du cœur, dernière maxime .

* Liv. II, chap. viii.

vie est un charme, notre virginité même, et peut-être) plus que tout le reste, est un charme. Plus un Prêtre est saint, plus il attire. Eh bien! qu'il ne manque pas d'être grandement attentif. On en a vu qui se sont perdus, là même où il semblait qu'il n'y avait que sécurité ^ Une âme virginale est comme entraînée vers cette âme virginale d'un ordre à part, qui s'appelle un saint Prêtre. Rien n'est péril pour cette enfant naïve et pure: tout peut être péril pour cet homme, qui cependant a ceint ses reins, à la manière d'un athlète qui ne cesse jamais de lutter.;

Mais, si tout peut être péril pour un Prêtre saint, que, ne faut-il pas craindre pour celui qui serait peu soucieuX; de l'être '? Même quand les sens sont encore sans souillure, le cœur peut n'être plus chaste; même quand les dehors demeurent édifiants, un grand mal peut s'être fait, dans une âme qui doit être plus pure qu'un rayon du soleil, comme parle saint Jean Chrysostôme 2.

Mais puisque notre grâce est d'être un centre, où toutes, les âmes peuvent venir, pour leur consolation, leur paix, et leur vie, qu'elles viennent toutes ! Que les enfants, que, les jeunes gens, les jeunes filles, les vierges, les femmes; mariées viennent à nous ! et recevons toutes ces âmes ; et, comme nous prenons dans nos mains consacrées, le pain ([ui doit devenir l'Hostie de Dieu, prenons ces âmes dans nos mains, afin qu'offertes au Seigneur, en même temps <iue nous offrons l'Hostie sainte, elles deviennent, elles'

' Creile inilii : Episcopus siim, in Christo loqnor, non mentior. Cedros. Libani, id est, contemplationis altissimai honiine.s, et. gregiim arietes, jd est magnos piîelatos Ecclesiai, sub hâc specie corruisse vidi, de quorum casu non inagis metuebam quàm Hiei'onymi aut Ambrosii. — S. August. — Ap.: •S. Honaviînt. De modo roiifitendi. cf. de puritate coniscientiœ, cap. xiv.

* Que sqI^iI radio non splendidiorem manum, carnem hanc dividentem ?. — Breviar. Rom. — Domlnlcâ Infrà octav. Corporla Christi, ad ^latutin.^i lect. VI.

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^lussi, Hosties. Nous savons que c'était l'ambition unique de saint Paul : faire de toutes les âmes que son saint ministère servait, « des oblations que Dieu reçût, après avoir été sanctifiées par l'Esprit-Saint i. » Donc, que toutes les âmes viennent à nous; mais que pas une ne s'arrête entre nos mains. C'est là, au sentiment des Saints, la parfaite pureté du cœur ~. Nous disons à chacune : « Montez ! montez vers Dieu, vers Dieu seul! Sursum corda! » et toutes s'élèvent vers leur Fin unique. 0 heureux Prêtre ! dont la vie se passe à attirer les âmes dans ses mains, pour les offrir sans cesse à la Majesté, à la Sainteté, à la Miséricorde du Père, par Jésus-Christ ! Qu'il est béni du Père! qu'il est aimé du Fils! qu'il est agréable au Saint-Esprit! Prêtre, il multiplie les Hosties; Hostie lui-même, il s'élève vers Celui qui atout son amour : et Prêtre et Hostie, il est cette Vierge dont parle l'Apôtre, « qui n'a de soUicitude, de zèle, de cœur, que pour ce qui est du Seigneur, afin de ne plaire qu'à lui. Qui sine uxore est, solUcitus est qiice Domini siint, quomodo placent Deo'^. »

1 Propter gratiain, quœ data est niibi à Deo, ut sim minister Christi Jesu iu gentibiis ; sanctiticans Evangelium Doi. ut tiat oblatio gentium accepta, et sanctiticata in Spiiitu Sancto. — Kom. xv, 15, 16.

- Porro puritas cordis in duobus consistit : in quaerendâ gloriâ Dei, et utilitate proximi... Hoc tanto puritatis intimse bono gloriari non potest veraciter, nisi qui extrinsecas gloriolas perfectè respuerit... Is tantùm puritatis interioris gloriâ non fraudatur. qui dicere potest cum Domino : Si ego quaero gloriani uieam, gloriâ mea nihil est (Joann. viii, 54), et cum Apostolo : Milii vivere Christus est, et mori lucrum (Philipp. i, 21).— S. Bernard. Epist. XLII, seu tract, etc., ut paulo supra. — Cap. m, n. 10 et 11. — Patr. lat., t CLXXXII, col. 817-818.

» ICor. VII. 32.

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