LA CHASTETE SACERDOTALE — L USAGE DES SENS ET LA CONDUITE DE LA VIE
Ce sujet est particulièrement difficile. Faut-il ne parler que de ce qui est bien? ne faut- il faire aucune allusion à ce qui est mal? C'est assurément le parti qui est préférable. « O Dieu! s'écrie Bossuet, qui oserait parler de cette profonde et honteuse plaie de la nature, de (ictte concupiscence qui lie l'âme au corps par des liens si tendres et si violents, dont on a tant de peine à se déprendre, et qui cause aussi dans le genre humain de si effroyables désordres ? >^ Après ces premières paroles, le grand Evêque s'élève au langage majestueux des Prophètes : « Malheur à la terre ! Malheur à la terre ! Encore un coup, malheur à la terre, d'où sort continuellement une si épaisse fumée, des vapeurs si noires, qui s'élèvent de ces passions ténébreuses, et qui nous cachent le ciel et la lumière; d'où partent aussi des éclairs et des foudres de la Justice divine contre la corruption du genre humain! » Quelle éloquence! Ecoutons encore un peu cette grande voix : « Oh ! que l'Apôtre Vierge, l'ami de JÉSUS et le Fils de la Vierge Mère de Jésus, que Jésus aussi toujours Vierge lui a donnée pour Mère à la Croix, que cet- Apôtre a raison de crier de toute sa force aux grands et aux
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petits, aux jeunes gens et aux vieillards, et aux enfants comme aux pères : N'aimez pas le monde, ni tout ce qui est dans' le rtionde , parce que ce qu'il y a dans le monde est concupiscence de la chair^-^ un attachement à la fragile et trompeuse beauté des corps, et un amour déréglé du plaisir des sens, qui corrompt également les deux sexes 2.»
Si «l'Apôtre Vierge a raison de crier de toute sa force» pour être entendu de tous, n'est-il pas surtout nécessaire que sa voix retentisse dans le Sîinctuaire et jette dans une sorte d'effroi ceux à qui il est dit, non plus seulement comme aux anciens lévites : « Soyez purs, vous qui portez les vases du Seigneurs,» mais: « Soyez l'honneur de Dieu et sa gloire, et portez le Christ dans votre corps i. »
Qu'est-ce que glorifier Jésus-Christ dans notre coips? Qu'est-ce qu'avoir dans notre chair et nos sens l'éclat de sa gloire? Qu'est-ce que participer, même dans les conditions humiliées et basses de cette vie, à l'esprit, à la pure gloire de la Résurrection? Qu'est-ce que vivre comme Jésus-Christ ressuscité, malgré le sentiment fréquent, presque incessant, de la menace de honte et d'infamie qui nous vient de « notre corps de mort-j» ? Xous allons répondre à ces questions. Xous dirons ce qui est saint. Nous éviterons de parler de ce qui serait le déshonneur de Jésus-Christ dans son Prêtre, puisque, suivant une
* l .Joann. ii, 15, 16.
* Traité de la Concupiscence, chap. iv : Que l'attache que nous avons au plaisir des sens, est mauvaise et vicieuse.
' Isaise lu, 11 .
* Verbum Prophetse est : Mundamini, qui fertis vasa Domini. Quanto mundiores esse oportet, qui in manibus et in corpore portant Christum ? Quibus Apostolus dicit : Gloriticate et portate Christum in corpore vestro (l Cor. VI, 20). — Petr. Blesens. Eyislol. CXXIII, ad Ricard. Episcop. Londnn. — Patr. lat., t. CCVII,col. 359.
* Rom. VII, 24.
autre grave parole de Bossuet, « on n'y pense point sanspéril, même pour le blâmer i. »
Tout notre corps est consacré ; tous nos membres le sont ; tous les mouvements de la vie qui sont en nous, le sont aussi. Nous sommes universellement consacrés Temples de Dieu, Prêtres de Dieu, Hosties de Dieu, Vierges de Dieu, par la première grâce de notre Baptême. Nous le savons par saint Paul, par saint Pierre, et par toute la tradition des Pères. Leurs témoignages nous sont connus -. Le Baptême nous a consacrés; chaque Sacrement nous a consacrés de nouveau et plus parfaitement. Mais, il en est un qui opère et consomme, en toute créature rachetée, cette divine consécration, c'est le Sacrement Saint par excellence, qui n'est pas seulement une source de grâce et de pureté, mais la grâce et la pureté même. Jésus dit à chacun de nous : « Ceci est mon Corps. » « C'est donc ici la consommation de notre union. Son corps n'est pasà lui, mais à nous; (et réciproquement) notre corps n'est pas â nous, mais à Jésus-Christ. C'est le mystère de la jouissance, le mystère de l'Epoux et de l'Epouse. 11 est écrit : Le corps de VEpotix n'est pas en sa puissance, mais en celle de VEjJOîise'^. Ame chrétienne, qui l'avez choisi pour votre Epoux dans le Baptême, en foi et avec des promesses mutuelles : le voyez-vous, ce Corps sacré de votre Époux; le voyez-vous sur la sainte table, où on vient de le consacrer? Il n'est plus en sa puissance, mais en la vôtre... Mais aussi votre corps n'est pas à vous : Jésus le veut posséder. Ainsi vous serez unis corps à corps, et vous serez deux dans une chair : qui est le droit de l'E-
» Op. cit. Ibid.
* I Cor. III, 16, 17. — VI, 19. - II Cor. vi, HJ. - Rom. xii, 1. - I Petr. ii, 5,9.— II Cor. XI, 2: Despondi enim vos uni viro virgiiiem castam exhibere Christo. — V. Patruin comment, in iisec verba Epistol. ad Cor. ii.
* I Cor. vil, 4.
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.pouse, et l'accomplissement parfait de ce chaste, de ce divin mariage i. »
Telle est la condition de tous les chrétiens qui reçoivent le Sacrement. C'est aussi la nôtre, en tant que nous sommes membres du Corps mystique. Mais nous avons bien d'autres relations avec la pure Hostie; Dieu lui-même nous a voués à la plus sainte union, par une grâce bien plus sublime. L'union du fidèle à Jésus- Christ n'est pas incompatible avec d'humiliantes servitudes, dont saint Paul a parlé'-. Nous ne connaissons pas, nous ne pouvons jamais connaître ces servitudes-, et la grâce du Sacremeiit que nous seuls pouvons recevoir, est comme une flamme divine qui a passé sur nos mains, sur nos lèvres, sur notre chair, sur tout notre être, dans tout notre être, pour le purifier, le sacrer, et, en quelque manière, le spiritualiser. Ce sont nos lèvres qui disent : « Ceci est mon Corps »: ce sont nos mains qui le portent, ce Corps, qui le distribuent, qui le donnent en communion; et nous nous le donnons à nous-mêmes, comme un bien que nous nous sommes procuré nous-mêmes et qui nous revient de plein droit. Car l'Hostie est au Prêtre. C'est pourquoi, notre grand Bossuet, que l'on ne peut se lasser de citer, dit : « Rendons-nous dignes de recevoir ce Corps virginal, ce Corps conçu d'une Vierge, né d'une Vierge. Purifîez-
* Bossuet, Méditations sur V Évangile. La Cène,!''' partie, xxiv'- jour. — Bossuet ne fait que traduire, dans son magnifique langage, la doctrine des Pères : Est in nobis Filius corporaliter ut homo, nobiscum conimixtus per eulogiam mysticam ; spiritaliter aiitem ut Deus, seu Spiritûs virtute et gratiâ, spiritum qui in nobis est instaurans ad novitatem vitae et divinasuse naturse consortes faciens... Concorporei facti sumus in Christo unâ carne pasti et uno spiritu ad unitatem obsignati, etc.— S. Cyrilli Alexandr. In Joannis Evangelium,xi, 12.— Patr grsec, t. LXXIV, col. 563. - Ideni S. Cyrill. De Sanrtisximâ Trinitate, Dialog. I. — Patr. grœc, t. LXXA^^ col. G98.
* Mulier sui corporis potestatem non habet, sed vir; similiter autem et vir sui corporis potestatem non habet, sed mulier. — 1 Cor. vu, 4.
VOUS, sacrés ministres, qui nous le donnez. Que votre main, qui nous le donne, soit plus pure que la lumière ; que votre bouche, qui le consacre, soit plus chaste que vielle des Vierges les plus innocentes. Oh ! quel Mystère ! avec quelle pureté doit-il être célébré! Le mariage est saint et honorable entre tous ; et la couche nuptiale est sans tache i : mais elle n'est pas encore assez sainte pour ceux qui doivent consacrer la chair de l'Agneau. Par cette sainte institution de la continence, que l'Eglise a toujours eue en vue (les doctes le savent), depuis le temps des Apôtres ; qu'elle a enfin établie, quand elle a pu, dès les premiers siècles, partout où elle a pu, et d'une manière plus particulière dans l'Eglise d'Occident, et dans celle de Rome spécialement, consacrée et fondée par les deux Princes des Apôtres, saint Pierre et saint Paul ; l'Eglise veut préparer à ce Corps Viei'ge, à ce Corps formé d'une Vierge, des Ministres dignes de lui, et nous donner une vive idée de la pureté de ce Mystère -. »
Voici quelques règles de chasteté sacerdotale, dans l'usage du corps et des sens, et dans la conduite de la vie.
lo Ne perdons jamais de vue que le corps est notre ennemi. Par une disposition mystérieuse de la Providence, le mal est ainsi une partie de nous-mêmes. Quelle délicate, attentive, non inquiète, mais ferme surveillance sur nous-mêmes, cela nous impose ! La loi de la mortification est la plus urgente de toutes. Nous avons traité ce sujets. Mortifions notre corps des diverses manières que la foi, le zèle de notre salut, la prudence, l'esprit de Dieu, en un mot, nous inspire ; car il est écrit, que si nous n'a-
1 Hehr. xiii, 4.
* Méditations sur V Évangile, iibi suprà.
* Livre II, chap. xxiu. — Livre III, cluip. vui.
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gissons pas de la sorte, nous mourrons i à la vie divine. Le corps est sans cesse disposé à envahir le domaine de l'esprit; c'est comme son essence de tendre à l'emporter sur lui : il s'y exerce dans le repos, à table, quand il souffre, quand il jouit, dans les relations personnelles qu'il nous impose, dans les relations d'amitié, de société, que le devoir ou la charité rendent nécessaires. Il est indispensable de veiller sur lui, d'accorder le moins possible toujours et partout, et, si l'on peut ainsi dire, de le tenir toujours à distance; et souvent de le châtier. Nous savons que c'est de la sorte, que saint Paul le traitait2. — Cette première règle, qui est générale, exprime des vérités qui ne doivent jamais varier, jamais s'afifaiblir dans notre esprit.
2o Ayons une vie très sérieusement réglée, pour le temps à donner au lit, par conséquent pour l'heure précise du coucher et surtout du lever, pour la distribution des heures de la journée, pour des études qui élèvent, fortifient, enrichissent l'intelligence, pour le soin avec lequel nous nous portons aux œuvres de zèle, d'abnégation, de dévouement, auprès des pauvres, des affligés, des enfants, des malades. — La vie toujours réglée supprime l'oisiveté, la mollesse, le vague des pensées, le laisser-aller des manières; et tout le monde sait que ces divers défauts ou vices sont synonymes, ou peu s'en faut, du désordre que nous ne voulons pas nommer 3.
1 Si .scciinrlum carneni vixeritis, moriemini. — Rom. viii, 13.
* Castig-o corpus meiiin, et in servitutem redigo; ne forte, cum aliispraedicaverim, ipse reprobus efficiar. — I Cor. ix, 27.
' Ecce haîc fuit iniquitas Sodoniîe, sororis tuse, superbia, satnritas panis, et otium ipsius etfiliarum ejus. — Ezech. xvi, 49. — Multam enim malitiani docuit otiositas. — Eecli. xxxiii, 29. — « Quand le démon trouve une personne oisive, il fait tout pour la faire succomber. Oh! qu'il a beau jeu pour
30 Imposons-nous l'habitude d'une certaine gêne (qui bientôt n'en est plus une), dans la manière denoustenir^ assis, couché, dans le support d'une incommodité, d'une petite souffrance, même quand nous sommes seuls dans notre chambre. Nous avons tous lu, dans l'Esprit de saint François de Sales de Mgr Camus, ce que cet indiscret ami osa faire un jour, pour examiner de près la conduite du Saint, même lorsqu'il se croyait sans témoin. C'était dans les choses les plus communes la modestie et la mortification la plus parfaite. Son historien, M. Hamon, dit « qu'il ne se chauffait presque jamais; et qu'il endurait gaiement les plus grands froids, comme les plus grandes chaleurs. Dans ses voyages, il bravait la pluie, la neige, les vents, les injures de l'air. Arrivé dans les hôtelleries, il souffrait, sans faire jamais aucune plainte, d'être mal logé, mal nourri, et de manquer de beaucoup de choses, répétant gracieusement sa parole chérie : « Je ne suis jamais mieux, que quand je ne suis pas bieni. »
Il y a plus de force d'âme qu'on ne pense, dans cette constante mortification; et la force d'âme qui s'exerce sur notre corps, c'est l'auxiliaire invincible, c'est comme la puissante guerrière, qui protège la délicate vertu de chasteté, dans une âme sacerdotale.
Il y a sans doute, dans la pratique de la mortification habituelle, quantité de petites choses qui semblent de prime abord peu importantes; et c'est un malheur pour le Prêtre, qu'elles paraissent peu de choses. S'il les néglige, il est désarmé; il n'y a, pour ainsi dire, plus de rempart autour de cette place, où jamais l'ennemi ne doit
la tenter et la tourmenter par des représentations impures ! » — Maxime^^ de saint Vincent de Paul, Vertus et doctrine spirituelle, -par M. l'abbé Maynard, chap. xix.
' Vie, etc., liv. VII, chap. xvi.
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pouvoir pénétrer : sa virginale chasteté. Nous avons entendu précédemment saint Augustin dire cette parole toute d'or: Quod minimum est^minimum est; sed in minimo fidelem esse, magnum esf^.
Eviter, pour l'amour de la chasteté, non seulement ce qui est une offense de Dieu, mais encore ce qui n'est qu'une imperfection, est une sorte d'obligation pour une âme honorée, comme est la nôtre, d'une si grande intimité avec Celui que les Pères ont appelé « le Fils de la Virginité '-^.v
Il en est de notre chasteté comme du corporal que nous déployons sur l'autel, pour y déposer le Corps de Jésus-Christ, La moindre souillure suffit pour nous le faire rejeter.
4o Nous sommes obligés de donner à notre corps des^ aliments, pour soutenir sa vie, des soins, pour ce qu'exigent la santé ou les bienséances sociales. Que la chasteté n'y perde jamais rien. C'est une maxime très commune, parmi les Saints, que le plaisir du boire et du manger pris avec une certaine avidité, une sorte d'intempérance, amène comme infailliblement des imaginations, des impressions, des excitations qui offensent la grâce de notre consécration virginale. L'Esprit-Saint a dit: que la sagesse ne se trouve point parmi ceux qui aiment les mets délicats^; et ailleurs, avec une grande énergie : Luxuriosa res, viniim * : grave parole, que saint Paul a répétée aux
1 De Doctrinâ Christianâ, lib. IV, cap. xviir. — Patr. lat., t. XXXIV, col. 805.
* Dilig-ite castimoniae puritatem, quia Christus Virginitatis est Filiu.s. — S. Léo. Mag-n., Sernio XXXI (alias 30) in Epiphaniâ /, cap. m. — Patr. lat., t. LIV, col. 2:^7.
3 Sapientia ubi invenitur ? et quis est locus intelligentise ? Nescit homo pretiuni ejus, nec invenitur in terra suaviter viventiuni.— Job xxviii, 12, KJ.
* Prov. XX, 1.
premiers fidèles i, et qui est une menace qu'il serait bien imprudent de négliger. Le pieux M. Dubois, dans son excellent livre: Le Saint Prêtre, raconte ce qui suit : « Un jour, un médecin, très remarquable au double point de vue de la Religion et de la science, proféra ces paroles, que nous n'avons jamais oubliées, et qui trouvent ici tout naturellement leur place: « Je crois fermement cà la pureté des Prêtres, et je m'en édifie; mais quand j'en vois plusieurs prendre une large part aux repas très fréquents qu'ils se donnent entre eux, ou auxquels ils sont invités par des laïques, j'admire comment ils demeurent chastes, en renouvelant si souvent ce qui, selon moi, est excessivement dangereux pour la chasteté; et je ne m'explique la pureté de leurs mœurs avec de telles habitudes, que parles grâces d'état très abondantes qu'ils reçoivent sans doute dans leur auguste profession2. » Quel enseignement dans ces respectueuses paroles !
Il est des soins qu'une infirmité corporelle, l'hygiène, la propreté, réclament. Ces soins ne doivent pas être négligés. Mais, tandis que nous les donnons au corps, que dans notre esprit rien ne s'abaisse !
5o L'Esprit-Saint a dit : « Existe-t-il une créature plus méchante que l'œil 3? » Cette sentence est justifiée malheureusement par une multitude de chutes célèbres*. Celle de David est des plus lamentables ^ : c'est pourquoi,
' Nolite inebriari vino, in quo est luxuria. — Ephes. v, 18.
* Le saint Prêtre ou nécessité et moi/en d'acquérir ou de perfectionner la Sainteté sacerdotale, chap. xii : La Chasteté.
^ Neqiiius ocnlo quid creatunl est? — Eccli. xxxi, 15.
* Videntes filii Dei tilias homiiium quod essent pulchrse, acceperunt sibi uxores ex omnibus, qiias elegerant. Dixitque Deus : Non permanebit spiritus meus in liomine in œternum, quia caro est. — Gènes, vi, 2, 'A.
^ Accidit ut sui'geret David de strate suo post meridiem... viditque mulierem se lavantem, etc. — Il Keg. xi, 2.
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un Prêtre du vrai Dieu, qui vivait au sein de la gentilité, Job, s'est rendu ce témoignage: Pepigi fœdus cum oculis meis, ut ne cogitarem quidem de virgine i. C'était un acte de docilité parfaite à la recommandation de l'Esprit de Dieu : Virgmem ne conspicias, ne forte scandalizeris in décore illius '^. Ahelly a écrit de saint Vincent de Paul: « Il tenait tous ses sens dans une grande retenue, particulièrement la vue, ne regardant ni légèrement, ni curieusement, ni hors de propos, ni d'un regard fixe, les personnes de l'autre sexe. Il ne leur parlait point seul à seule, mais à la vue d'autres personnes, ou la porte ouverte 3.»
Le regard, c'est la personne. Tous les saints, avec la variété des caractères qu'ils portent, même quand la grâce les a unis à Jésus-Christ, n'ont pas eu la môme manière de regarder. Qui a un extérieur plus modeste, plus humble, plus doux ; qui révèle, dans ses yeux, plus de force, plus de fermeté, plus d'autorité. Mais tous, sans exception, ont eu cet œil chaste que Notre-Seigneur appelle simple, parce qu'il est pur, et qui revêt de lumière tout le corps 'A.
Il faut nous interdire tout regard qui n'aurait pas ce caractère, dans nos rapports avec les personnes d'un sexe différent; il faut nous interdire tout regard, sur un objet qu'il n'est pas nécessaire de voir, si cet objet est dangereux.
Nous visitons un musée de statues, de tableaux ; observons-nous très sévèrement. Au danger qui nous menace, s'ajoute celui de mal édifier le prochain.
Nous parcourons un livre de littérature, de médecine:
• .Job XXXI, 1.
- Eccli. IX, 5.
•■' Vie de saint Vincent de Poî/?, liv. III, chap. xx.
* Si oculus tuus fuerit simplex, totum corpus tiium luciduni erit. — Mattli. VI, 22. — Oculi ejus (Sacerdotis) simplices et j)udici, qui Christi Corpus soient intuerï. — De Imitât. Christi, lib. IV, cap. xi, n. 7.
Iî86 LA CHASTETÉ SACERDOTALE
fermons le livre, dès que nous nous apercevons de ce qui blesse la décence. Si quelque raison grave nous autorise à ne pas fermer le livre, que la prière nous accompagne , et nous assiste, que la pensée de Dieu, de Jésus crucifié, • de notre Mère immaculée, ]ious vienne en aide, pour neutraliser le mal qui nous provoque à l'offense de Dieu. Par conséquent, point d'imprudence, point de curiosité. Prenons-y garde. Un jeune Prêtre peut y perdre sa chasteté, et un vieillard aussi. A tout âge, la mort peut entrer dans notre âme, par un seul regard peu modeste i.
A propos de lecture, sachons bien qu'il n'y a jamais une bonne raison pour lire un roman, un poëme, quoi que ce soit, que nous savons être indécent. On nous l'a peutêtre apporté, pour que nous en prenions connaissance, et l'interdire ensuite, ou l'approuver. Il ne faut pas lire longtemps un ouvrage, ni lire ce qu'il contient de plus dangereux, pour voir qu'il est mauvais. Le nom de l'auteur peut quelquefois suffire, ou un simple coup d'œil sur la table des chapitres. Pour peu que nous sentions l'odeur infecte du vice, le volume n'a plus de place convenable que dans le feu.
Que les jeunes Prêtres surtout retiennent bien ce que nous disons ici pour tous!
Nous avons à faire, par devoir et par charité, des lectures et même des études vraiment dangereuses : ce sont celles de la Diaconale. Nous pouvons avoir oublié ou appris incomplètement ce qui est traité, dans cette partie spéciale de la Théologie morale. Un cas de conscience survient qui exige de nous que nous nous portions vers « ce puits de l'abîme». Écoutons les répugnances des saints et les graves avis qu'ils nous donnent:
» Asceiulit mois per fenestras nostras. — Jerem. ix, •2L — Les saivits Pères disent que « ces fenêtres » sont nos yeux. — Cfr. S. Ambros. /»«., Pxahn. ex VIII. Serm. VI, n. 20. - Patr. lat., t. XV, col. 1274.
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Nunc œgrè materiam illam tradandam aggredimur, dit Saint Alphonse de Lig'uori, cujuh vel solum nomen Jiomi-' Miim mentes Inficit... Utinam hreviiis mit obscur iùs eœplicare me potuissem! Sed cum hœc sit frequentior atque abmidantior confessionum materia, propter quam inajor animarum nunierus ad infernuni, delabitur... Hinc opus mihi fuit, ad instructionem eorum qui moralem scientiani cupimit addiscerej ut clarè (licet quo castlssimè fieri potuit) me explicareni... Oro tainen studiosos, qui ad mumis audiendarum confessionum séparant, utliunc tractatum, quemadinodum et alium de debito co7ijugaîi..., legant ob hune unice finem^ omnem prorsùs curiositatem abjicientes, atque eo tempore sœpius mentem AD DE UM ELEVENT UT ViliGINI IMMA- (TLAT^E sese commendent, ne, dinn aliorum animas Deo student acqtiirere, ipsi suanim detrimentum patiantur^.
60 Que nos lèvres soient pures et chastes ! La vertu de notre Ordination est le charbon enflammé qu'un Séraphin passa sur les lèvres d'Isaïe, en lui disant: « Voilà <[uej'ai touché tes lèvres, et il n'y aura plus d'iniquité en toi, et tu seras purifié de ton péché '2. » Nous avons entendu Bossuet nous dire : « Que votre bouche qui consacre le Corps de Jésijs-Cpikist, soit plus chaste que celle des Vierges les plus innocentes ! » Il ajoute: « La pureté de la bouche, c'est qu'il n'en sorte que des paroles de bénédiction ; la pureté de la bouche, c'est de modérer sa langue, la tenir le plus qu'on peut dans le silence; la pureté de la bouche, c'est de désirer le chaste baiser de l'Époux, et renoncer à toute autre joie qu'à cf^lle de le posséder -5. » Voilà bien do quoi méditer. « La pu-
1 Tract, de VI prœceiJto, iuitio.
* Isaise vi, 7.
3 Méditations sur V lEvangile, ubi suprà. — L'auteur de V Imitution dit aussi : Ex ore Sacerdotis nihil nisi saiictuni, niiiil nisi honestum et util»
reté de la bouche, c'est qu'il n'en sorte que des paroles de bénédiction, c'est de modérer sa langue, c'est la tenir le plus qu'on peut dans le silence. » Le grave Auteur ne dit pas ce qui serait le contraire de cette bénédiction, de cette modération, de ce silence. Il ne fait pas la moindre allusion à ce qui souillerait une bouche sacerdotale. Cela vaut mieux. Mais ce qu'il ne dit pas, et ce que nous ne voulons non plus dire, que chacun, dans un examen sérieux, le pense. De cœtero, fratres... quœcumque pudica^ qtiœcumque sancta^. Fornicatio autem, et omtiis immunditla,... nec nominetur in vohis, slcut decet sanctos, autturpitudo, mit stultiloquium, aut scurrilitas, quœ ad rem non pertinet ~. Lepores et risu dlgnas urhanitates et cœteras ineptias amatorum, in comœdis eruhescimus, in sœculi hominibus detestamur ; quanto magis in clericisf... Officii tui est, 71071 sohim oculos castos se7'vare, sed et linguam. Nunquam de for7nis muliemm disputes 3. Et, parce que « la bouche parle de l'abondance du cœur 4 », la facilité à dire de telles paroles serait l'indice d'un état d'âme grandement à plaindre.
« La pureté de la bouche, c'est de désirer le chaste baiser de l'Epoux, et de renoncer à toute autre joie qu'à celle de le posséder. » Osculetu7' me osculo oi'is sui ^\ Le Prêtre, malgré le sentiment de son indignité, fait ce vœu chaque matin; et, quand l'heure du Sacrifice arrive, c'est bien plus qu'il reçoit. Quel Mystère! Quelle condition touchante, ravissante, unique, est faite au Prêtre! Comme
procedere débet verbum, qui tàm sajpè Christi accipit Sacramentum. — Lib. IV, cap. xi, n. 6.
1 Philipp. IV, 8.
2 Ephes. V, 3, 4.
3 S. Hieronym. Epintol. ad Nepotian. LU (al. 2), n. 5 et 15. — l'atr. lat. t. XXII, col. 532 et 538.
* Mattb. xii, 34.
* Cantic. i, 1.