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CHAPITRE XVIII

Nous risquons de répéter, au commencement de ce chapitre, ce que nous avons dit ailleurs; mais nous ne craignons pas de le faire.

Il n'y a, dans tout l'univers, au Ciel, dans les flammes du Purgatoire et sur la terre, qu'une seule et unique Religion, la Religion de Jésus-Christ, Fils de Dieu fait homme, « seul Médiateur de Dieu et des hommes i.» Aucune autre n'est vraie, aucune autre n'est reçue du Père, parce qu'aucune autre, quelle qu'elle soit, n'est louange du Père, adoration du Père, reconnaissance envers le Père, vraie supplication, vraie satisfaction, vrai hommage devant la Majesté du Père. La raison nous apprend que nous devons un culte à Dieu ; mais le culte qui ne vient que de la raison, n'est pas celui que Dieu reçoit. Un grand esprit, un philosophe sublime, peut s'élever vers l'Être immense, infini, éternel, qui a fait et qui gouverne le monde ; mais cette élévation, en apparence pleine de grandeur, si elle n'est pas une participation à la Religion

' Unus enim Deus, unus et Mediator Dei et hominum, Homo Christus Jésus. — l Tim. ii, 5.

LE BRÉVIAIRE ."jOl

-de Jésus-Christ, n'est qu'une grande vanité que le Père repousse i : non que cet hommage, s'il est sincère, soit un mal ; mais parce que rien n'est agréé du Père que ce qui est de son Fils. Car, le seul Dieu du Ciel et de la terre, c'est le Père, et la seule Religion qu'il aime et qui soit digne de lui, est'celle de son Fils, égal A lui en toute chose, le Verbe incarné, « qui s'est offert à sa Majesté, comme une Victime sans tache, par la vertu du Saint-Esprit -. » Mais, parce que le Verbe divin, en se faisant homme, a pris toute la nature humaine et a voulu réellement attirer et « résumer en lui » tous les hommes 3, en ce sens, il a fait tous les hommes chrétiens. C'est pourquoi, tous ceux qui, sans avoir reçu les lumières de la foi, ont voulu honorer Dieu, dans tous les siècles et en tous les lieux, avecsimplicité et droiture de cœur, lui ont réellement rendu des hommages qu'il a daigné recevoir, parce que, implicitement, ces hommages lui étaient rendus en Jésus- Christ et par Jésus-Christ *.

' C'est l'application de la parole si expressive et si absolue de Xotre- Seigneur : Sine me nihil polestis facere (Joanii. xv, 5). — Slce ergo parum. sive mulfum, dit saint Augustin, sine illo fieri non ]iotest,sine quo nihil fier i potest.— InJoann. Evaiif/.Tracf. LXXXI, n.3.— Patr. lat., t. XXXV, col. 1841.

2 Hebr. ix,14.

s Ephes. I, 10. — Nous savons que c'est le sens de la Tradition. — « J'ai compris ce matin, dit le vénérable M. Olier, dans ses Mémoires (i, -l.Sl), ce que signifient ces mots : Inslaurare omnia in C-hristo Jesit. Insfaurare, abréger, récapituler. Jésits-Christ est comme l'homme universel, qui rend à Dieu tout l'honneur qu'il peut trouver hors de lui. »

* De \k ces paroles de saint Justin, le philosophe, qui, sans cette explication, nous paraîtraient étranges: Christum primogenitum Dei esse instituti sumus, et Rationem esse cujus universum honiinuni genus est particeps, anteà ostendimus. Et quicumque cum ratione vixêre, Christian! sunt, quamvis athei seu nuUius numinis cultores, habiti sint : quales inter grsecos fuére Socrales, Heraclitus atque his similes... Perindè atque ex veteribus qui itidem tempore Christum prœcessêre, et absque ratione jetatem exegêre, -/.'/ÙTroi, achristi et inimici Christi fuêre, eorumque qui secundum rationem vixerunt, percussores. At, qui cum ratione vixerunt, atque «tiam nunc vivunt, Christian! sunt et extra metum atque pertubationem

Grande et admirable doctrine, qui nous présente Jésus- Christ comme l'unique Principe de toute Religion et, par conséquent, de toute adoration, de toute louange, de toute action de grâces, de toute supplication, de toute expiation, en un mot, de tout ce qui répond à tous les droits, à toutes les perfections et, à vrai dire, autant qu'un tel culte est possible, à tout l'Être de DieuI.

Et Jésus-Christ est Principe et Centre universel et unique de toute la Religion que reçoit le Père, qu'il s'agisse de la Religion des Anges, depuis le commencement et maintenant et pour toujours, et, au même titre, de la Religion de tous les hommes, depuis Adam jusqu'aux siècles des siècles.

Et Jésus-Christ a été Principe et Centre unique de toute la Religion due au Père, dans chacun de ses Mystères, dans chaque instant de sa vie mortelle et de sa vie glorieuse au Ciel; car toute la Religion du Père, c'est lui, c'est sa vie d'Homme-DiEU, c'est son être. Il est la Religion unique et universelle du Père, par ses actes et par ses états, par tout ce qu'il produit de louange, et par sa condition invariable, inaltérable, à jamais fixe, de Prêtre et d'Hostie du Père.

Il l'est au Ciel, nous le savons par saint Paul. Rien n'est plus lumineux que sa doctrine; nous l'avons exposée ailleurs -. Mais il y a un autre lieu, et comme un autre centre de cette Religion universelle et unique. Nous disons:

omnem sunt. — Apologia I pro C/iristianis, cap. xlvi. — Patr. grsec, t. ^I, col. 398. — Cfr. Apologia II j)ro C'hristianis, u. 13. — Patr. ^rsec, t. VI, col. 46(5-7. — Ces textes de saint .Justin se rapportent à la question si grave du salut des infidèles de tous les siècles.— Nous nous proposons delà traiter, dans le nouvel ouvrage que nous avons annoncé dans la Ptéface ^e celui-ci.

1 Cfr. Saint François de Sales, Traité de l'Amour de Dieu, liv. V, chap. XII.

* Livre l"", chap. xx.

un autre lieu, un autre centre, à cause de l'infirmité de nos conceptions ; mais comme il n'y a qu'une seule Religion et qu'un seul Religieux du Père, il n'y a qu'un seul centre qui est l'Humanité sainte de Jésus. Or, cette Humanité adorable, vivante, glorieuse, dans la plénitude de ses grâces, de ses perfections, de ses droits, de ses opérations, de ses ministères, est présente dans nos Tabernacles. Elle passe de l'Autel, où elle a été consacrée, dans le Tabernacle, et y demeure. Et que fait-elle ? Que fait le Prêtre unique, l'Hostie unique, le Religieux unique du Père, source et centre de toute la Religion du Père ? Que fait-il dans le silence du Tabernacle, dans l'obscurité de son état sacramentel, mais aussi, dans toute la vie, la puissance, la gloire de son état de Fils de Dieu ressuscité et triomphant? Il donne à son Père la plus plénière, la plus totale, la plus absolue satisfaction, le plus parfait contentement que le Père puisse avoir. Il donne cette gloire magnifique au Père, par lui-même; mais se répandant sans cesse dans ses élus du Ciel, dans sa Mère, dans ses Anges, dans tous les Prédestinés, dans les âmes souffrantes du Purgatoire, et dans toute son Eglise de la terre, il fait cette Eglise qui lutte, ces âmes qui expient, ce beau ciel qui triomphe et jouit, participants de sa Religion i. Tous reçoivent de sa plénitude - «et, par lui et avec lui et en lui, rendent toute gloire au Père tout-puissant -K »

^ Deus, transmutatà forma, assumpsit corpus et coramiscetur, atque assurait animas sanutas et fit cum eis unus spiritus. Anima, ut ità loquar evadil in animam, substantia in substantiam, ut possit anima in novitate vitse vivere et imnioi'talem vitam sentire. — S. Macar. ^E^ypt. Homil. I T, n. 10. — Patr. g-ra?c., t. XXXIV, col. 479.

2 Et de plenitudine eju.s nos omnes accepimus, et gratiam pro fe'ratiâ. — Joann. i, 16. — Participes enim Cliristi effecti sumus, si tamen initium substantise ejus usqne ad finem firmum retineamus. — Hebr. m, 14.

3 Per ipsum et cnm ipso et in ipso, etc. — Canon Missœ.

C'est le plus beau des spectacles que l'œil de la foi puisse contempler, que cette Religion, plénière, parfaite, uniquCj du Fils de Dieu, communiquée à toutes les âmes « qui sont en société avec Dieu i, » pour que Dieu reçoive tout ce qui lui est dû d'honneur, de louange, de bénédiction, d'hommage de toute sorte. Ce n'est pas que Jésus- Christ ne puisse être lui-même l'objet de la Religion de ces âmes prédestinées ; mais, la Religion dont il est l'objet et que lui-même inspire, il en fait hommage à son Père ; car, cette parole, il la dit toujours: « Si je cherche ma gloire, ma gloire n'est rien -. »

Et, pareillement, nous pouvons adresser nos prières, nos louanges, nos actions de grâces à Marie et aux Saints ; et c'est par l'esprit de Religion de Jésus-Christ que nous rendons hommage aux élus de Dieu ; mais ces hommages ne s'arrêtent pas à eux, et comme Jésus porte à son Père tout ce que nous lui donnons, il otfre aussi à ce Père saint, à sa Majesté, à sa gloire, tout ce qu'il nous inspire d'adresser d'actes de Religion aux Saints du Ciel.

Ainsi Jésus est toute Religion; et parce que, ayant pris notre humanité, il s'est uni, en un certain sens, à la création tout entière (car l'homme, dit saint Grégoire, est comme le résumé de toute la création 3), c'est par JÉsus-

1 Ut... sooiet;is no.stia .sit cnin Pâtre, et cuni Filio ejus .lesu Christo. — l Joann. i, o.

* Si ego glofitico meipsum, gloria mea nihil est. — .loann. viii, .54. — « (O Père), Jésus-Christ est le Médiateur entre vous et nous. Il faut lui donner la gloire qui retournera à vous. C'est ce qui arrive, quand nous invoquons par .Iésus-Christ : la gloire lui est donnée d'abord, mais pour être portée à Diput, à qui elle appartient toute. « Mon Père, glorifiez votre Fils, afin que votre Fils vous glorifie. » La gloire que vous lui donnerez, ne fait que passer en lui pour aller à vous : recevez-en le Sacrifice, puisque vous en aimez le Médiateur. » — Bossuet, Méditations sw l'Evangile, la Cène, II« partie, xxxvi*^ jour.

3 Omnis creaturse nomine signatur liomo, etc. .Jiixtà aliquid, omnis ereatura est homo. — In Evangelia, Homil. XXIX, n. 2. — Patr. lat., t. LXXVI, col. 1214. — Brev, Rom. In Asrensione Domini, ad matutin., lect. ix.

LE BRÉVIAIRE HOÔ

Christ que toute la création loue le Seigneur. 11 répand, pour ainsi dire, son esprit de louange dans le ciel des astres et dans toutes les œuvres des mains de Dieu, et c'est â cause de cela qu'il est écrit: « Les cieux racontent la gloire de Dieu, et les œuvres de ses mains annoncent sa puissance ^ » ; comme c'est aussi pour donner satisfaction à cet esprit de Jésus, qui veut s'étendre en toute créature et donner en quelque sorte une âme et une voix à tout ce qui existe, que nous disons: v< Bénissez le Seigneur, œuvres du Seigneur ! Soleil, étoiles, vents, pluie, feu..., bénissez le Seigneur 2! »

Encore une fois, ce spectacle de la Religion de Jésus- Christ se commimiquant à toute créature, est d'une grande, d'une ravissante beauté. Mais, ce spectacle se dilate et se déploie, si l'on peut ainsi dire, à nos yeux, d'une manière qui provoque comme un ravissement nouveau, quand nous voyons toutes les âmes, au Ciel, au Purgatoire, et un grand nombre sur la terre, heureuses d'êtrefciites participantes d'une telle grâce, aller et comme courir à ce Centre, à ce Principe d'où elle leur vient, et vouloir ne faire qu'un avec Jésus-Chrisï, pour être, avec Lui, par Lui et en Lui, la Religion du Père. Quelle union! quelle communion! Au ciel, Jésus est dans tous les Prédestinés, et tous les Prédestinés, sont en Jésus, pour cette Religion. Au Purgatoire, d'une manière bien différente, mais non moins réelle, JÉSUS est dans toutes les âmes qui y souffrent et expient, et il leur communique tout ce qu'elles ont d'adoration, de supplication, d'action de grâces ; et ces âmes humbles et résignées se portent vers JÉSUS, vers son esprit, vers son état d"Hostie, pour que la miséricorde du Père ne les repousse pas, si sa Jus-

' Psalni. XVIII, -2.

^ Daniel, m, ô7 et suiv. — Psalm. cxi.viii. - Ail Laudes.

tice les condamne. Sur la terre, Jésus se donne à son Eglise, pour cette même Religion; mais, ô affligeant mystère ! l'Église porte dans son sein une multitude de pécheurs, et les pécheurs ne veulent pas recevoir la grâce de l'union à Jésus-Chrlst, pour la religion de son Père. Elle porte aussi, parmi les justes, un grand nombre d'âmes, qui sont comme forcément distraites de cette grâce d'union; elles l'aiment, mais elles n'y répondent qu'imparfaitement. Elles sont divisées, dit saint Paul i, non parfaitement unies. Les sollicitudes, les peines, les travaux nécessaires de la vie présente, les divisent. C'est jDourquoi, l'Eglise, qui se préoccupe, avec tant d'amour, de donner satisfaction aux désirs de son Epoux, de répondre à ses amoureuses avances, fait choix de quelques âmes privilégiées pour la divine union à la Religion de Jésus-Christ. Elle fait choix des Vierges; car c'est le propre des Vierges « de penser à ce qui est du Seigneur, et de vouloir plaire à Dieu '-. » Parmi ces âmes vierges, elle consacre les unes Sous-Diacres, Diacres, Prêtres, les autres auxiliaires des Sous-Diacres, des Diacres et des Prêtres. Celles-ci sont les Religieux laïques et toutes les Religieuses vouées à Dieu par la sainte profession. Elles sont auxiliaires, parce que l'honneur principal de l'oblation, que l'Eglise fait de ces membres d'élite à l'Epoux divin, pour l'union à sa divine Religion, est pour les ministres de ses autels: les Sous-Diacres, les Diacres et les Prêtres 3. Ce sont eux qui sont députés; d'autres s'unissent à eux et les soutiennent de leur ferveur.

» I Cor. VII, 33.

^ Millier innupta et virg-o cog'itîit qnœ Domiui saut. — Quomodo. placeat Deo. — I Cor. vu, 32 et 34.

" Quid miriim, si Sacerdos quilibet... vicem Eccle.site soins expleat, cum^ per unitatis intimse Sacramentuni, tota spiritiialiter sit Ecclesia. — S. Petr. Damian. — Opusctil. XI, cap. x. — Patr. lat., t. CXLV, col. 238.

Pour cette union, l'Eglise nous recommande, et nous impose même, un ordre à suivre, des règles à observer. Rien d'arbitraire, dans un ministère si saint. C'est elle qui nous députe : qui connaît comme elle les intentions de l'Epoux? Mais, elle nous députe, pour que nous servions, auprès de l'Epoux, ses intérêts, que nous exposions ses besoins, que nous sollicitions tant de grâces qui lui sont nécessaires, dans les luttes et les épreuves de sa vie voyagère. C'est donc à elle à nous donner les paroles qu'il faut dire, et la manière de les dire, et à désigner le temps et les lieux les plus favorables pour les bien dire.

Or, tout cela, ces paroles saintes, ces règles, ces prescriptions, c'est notre Bréviaire ; c'est ce Livre, le plus beau de tous, après la Sainte Ecriture, au sentiment de saint François de Sales, qui est notre consolation, notre honneur, «notre joie», comme saint Augustin le disait du Psautier i ; ce livre qui sera, à notre dernière heure, notre meilleure recommandation auprès du juste Juge, si nous l'avons aimé, honoré, si nous en avons fait un saint usage, comme il le mérite.

Il nous faut dire comment ce qu'il renferme est la Religion de Jésus-Chri.st envers son Père, comment nous nous unissons à cette divine Religion, et enfin de quelle manière nous remplissons les vues de la sainte Eglise et ses vénérables prescriptions.

Le Bréviaire, c'est la Religion de Jésus-Christ envers son Père : premièrement, parce que les actes qui y sont produits, répondent à tout ce que cette divine Religion est pour le Père; et, secondement, parce que, en réalité, toutes les paroles qu'il contient, sont les paroles de Jésus- Christ.

* Psalterium meiim, gaudiiim meum. — Enarrat. in Psalin. — In Psalm. CXXX.VI1, n. 3. — Patr. lat., t. XXXVII, col. 1775.

Premièrement, — tous les actes qui y sont produits, répondent à tout ce qu'est, pour le Père,, la Religion de Jésus-Christ. Cette sublime Religion est résumée dans ce que la Théologie appelle les quatre fins du Sacrifice : Adoration, action de grâces, supplication, expiation. JÉsu.* seul fait ces actes et atteint ces fins, parce qu'il est seul le Prêtre, l'Hostie, la Religion du Père. Or, ces actes sont exprimés presque à toutes les pages de notre Bréviaire : dans les Psaumes, les hymnes, les oraisons, les versets, les antiennes. Il serait facile de le montrer. Chaque Prêtre, cliaque Sous-Diacre peut le faire facilement. On pourrait s'en convaincre par un seul coup d'œil, par exemple, sur le premier psaume de Matines qui sert d'invitatoire. Yenlte , ejcnltemus . .. adoremus... procidamus... : c'est l'adoration ; Ipse est Dominu.s Deiis nosfer... qui fecit7io.s\.. nos autem popidus ejus et oves pascnœ ejus... : c'est le souvenir de ses bienfaits, c'est l'action de grâces; Quoniam non repeUet Dominus pJehem suam...: c'est la prière et la supplication; Procidamus cuite Denm ; ploremus corani Domino, qui fecit nos... noJite ohdur are corda vestra: c'est la contrition, l'expiation, la satisfaction.

Et, parce que c'est l'Esprit de Notre-Seigneur, etnon le nôtre, qui nous fait « crier de la sorte devant le Père qui est aux Cieuxi», c'est cet adorable Esprit « qui prie en nous avec des gémissements ineffables-. »

Deuxièmement, — en réalité toutes les paroles que le saint Bréviaire contient, sont les paroles de Jésus-Christ. Qu'est-ce à dire : les paroles? Tout ce que Jésus-Christ dit

' Qnoniani estis filii, inisit Deus Spii-itiuii Filii .siii in corda vestra, clamantem : Abl)a, Pater. — Galat. iv, G.

- Ipse Spiiitus postulat pro nobis gemitibus ineiiarrabilibu.s. — Rom. viii, 2G. — Honiiiiis opéra qua^ à Spiritii Sancto aguntiu", inagis dicuntur esso opéra Spiritûs Sancti, qiiàm ipsius homini.s. — S. Tliom. I, II, q. xcvni.

à son Père de louanges, soit par des termes qui l'expriment, soit par des actes qui la signifient. Il y a, dans ce saint Livre, l'Écriture Sainte et principalement les Psaumes. Or, l'Écriture Sainte, c'est ce que le Verbe de Dieu a dit, ou fait dire, ou fait écrire, pour la gloire et l'honneur de son Père. Il est la vie, il est l'âme de l'Écriture. Il a produit l'Écriture et il y est vivant; et c'est pourquoi elle est vie véritable pour nos âmes. Lors donc que nous lisons une leçon du premier ou du nouveau Testament, il nous faut, sous la lettre, voir cet esprit et cette vie i. Rien ne s'y trouve, dont Jé^us-Christ ne soit l'auteur, à divers titres, mais uniquement et absolument -.

Et quant aux Psaumes, nous savons ce que saint Augustin nous a maintes fois appris. C'est Jésus-Christ qui y parle, et c'est l'Église avec Jésus-Christ, et leurs voix ne font qu'une seule voix, et leurs cœurs, qu'un seul cœur. Avons-nous cité ailleurs ce beau texte du saint Docteur: Christus se dixit sponsuniyse sponsam.Quarèse .sponsum, se sponsam, nisi quia erunt chio in carne unâ? Si duo in carne unâ, ctir non duo in voce unâ? Loquatur

* lu venas meutis ac vires animse succus ^'erbi descendit œterni... Hoc pociilum bibe, de quo dixit Propheta : Et pocuhim meum inebrians, quàm pi-;eclarum est (Psalm. xxn, 5) !... Utrumqiie poculum bibe veteris et novi Testamenti. quia in utroque Christuni bibis;.. non in solo pane vivit honio, sed in onini Verbo Dei. Hoc Verbum bibe, etc. — S. Ambros. — In Psalm. I, n. 83. - Patr. lat., t. XIV, col. 9:i9-940.

- Recueillons une belle prière du vénérable M. Olier, que nous pourrions réciter quelquefois, avant notre Oftice : « Mon Dieu ! qui prenez toutes vos délices en Notre- Seigneur .Jésus-Christ, parce qu'il vous rend, lui seul, par la vertu de votre Esprit, dont il possède la plénitude tout ce que les Prophètes et les Patriarches, tout ce que les Apôtres et leurs disciples, tout ce que les Anges du ciel et les Saints de la terre, vous ont jamais rendu d'honneur et de louanges, daignez associer mon âme et toute votre Église aux sentiments et aux devoirs par lesquels il vous honore si parfaitement. Anéanti en moi-même,j'adore ce divin Fils, l'unique, véritable et parfait adorateur de votre nom, et je m'unis à votre Esprit, par la plus pure portion démon âme, afin de A'ous glorifier en lui. » — Journée chrétienne-

ergo Christus, quia in Chrisfo lo'quitur Ecclesia, et in Ecclesiâ loquitur Christus ; et Corpus in Capite, et Caput in Corpore. Audi Apostolum hoc ipsum évident ius exprimenteni'. Sicut enim corpus umimest, etmemhra liabetmulta ;... ununi tamen corpus sunt : ita et Christus (I Cor. Xll, 1:^),.. Sic et Christus, metnhra multa, unum corpus i.

Certaines paroles des Psaumes ne conviennent qu'à Jésus-Christ, et l'Église les dit avec lui, à cause de l'unité dont parle saint Augustin. Et JÉsus-CHRiSTlesadites, parce que, suivant une autre parole du grand Evêque,. « Dieu, voulant être loué dignement par les hommes, s'est loué lui-même2. » Et il y a des paroles qui ne conviennent qu'à l'Eglise, et même aux pécheurs qui sont dans l'Eglise, et elles sont aussi de Jésus-Chkist, toujours à cause de l'unité qui fait que Jésus-Christ s'est considéré, dans tous ses mystères, comme un pécheur et le pécheur universel '-K — Il y aurait bien plus à dire, sur un si beau sujet.

Il en est ainsi des oraisons et des hymnes. C'f'st.bien l'Église qui les a composées ; mais « parce que nous ne savons exactement ce que nous devons demander, c'est l'Esprit de Jésus-Christ qui les lui a fait faire, c'est ce même Esprit qui demande avec elle et; pour elle^. »

' Enarrat. in Psalm.— In Psalni. xxx. — Enairat. ii, n. 4. — Patr. lat., t.

XXXVI, col. 239. - Item. In Psalm. xxvi.- Enarrat. ii, n.-2.— T. XXXVI, col. 200. - etc.

* Ut benè ab homine laudetur Deus, laudavit .se ipse Deus ; et quia dignatiis est laudare se, ideo invenit homo quemadmodum laudet eum... Ut Deus se laudet, misericordia est. Prodest amare, queni laudamus... Itaque quoniam hoc nobis prodesse novit, ut amemus eum, laudando se amabilem se facit. — Enarrat. in Psalm. — Psalm. cxliv, n. 1. — Patr. lat., t.

XXXVII, col. 1869.

3 Posuit Dominus in eo iniquitatem onnium nostrum. — Isaiœ lui, 6.

* Nam quid oremus, sicut oportet, nescimus ; sed ipse Spiritus po.stulat pro nobis peniitibus inenarrabilibus. Qui autem scrutatur corda, scit quid desideret Spiritus ; quia secundum Deum postulat pro sanctis.— Rom. viii.

« Quand on travaille en commun, dit saint Ambroise, on prie aussi en commun i. » C'est justement ce que font ensemble Jésus-Christ et son Église.

Il y a, dans notre Bréviaire, des passages des Saints Pères : enseignements dogmatiques, moraux, ascétiques. L'Eglise se les approprie, et nous les donne comme un aliment spirituel pour nos âmes. C'est donc la doctrine de l'Église que nous lisons. Car, quelle que soit l'autorité d'un saint Augustin, d'un saint Ambroise, d'un saint Jean Chrysostôme, dès que l'Église a mis, dans ses prières publiques, ce qu'ils ont écrit, c'est maintenant la parole de l'Église que nous entendons. Or, la parole de l'Église, c'est la parole de son Époux. En ce sens, c'est Jésus-Christ qui nous parle; et que dit-il? sinon ce qui peut servir à la gloire de son Père. Toujours cette gloire est l'objet et la tin de sa Religion. C'est donc pour nous exciter à servir cette divine gloire, que nous devons lire, sous l'action de l'Esprit de Jésus-Christ, ces leçons, ces homélies, ces commentaires des saints Docteurs.

Il y a encore, dans l'Office, les récits delà vie des Saints. La vie des Saints, c'est la vie même de Jésus-Christ. « Ce n'est plus moi qui vis, dit saint Paul, c'est Jésus- Christ qui vit en moi-. » Or, loisque nous lisons le Saint Évangile, nous sommes témoins de ce que Jésus a fait^ en lui-même, en sa personne, en son corps naturel, pour l'honneur de son Père; et toute cette existence, qui a été voyagère durant trente-trois ans, qui est maintenant glorifiée, dure encore avec toute son admirable Religion au

26, -27. — Implemini Spiritu Sancto : loqueiites vobisnietipsis in psalmis, et hynini.s, et canticis spiritualibus, eantantes et psallentes in cordibus vestris Domino.— Ephes. v, 18, U). — Cfr. Coloss. m, 1(5.

> In comamne orat, in commune laborat. — De offic. minislr. I, xxix,142. — Ratr. lat.,t. X^•I, col. Gô.

« Galat. II, 20.

Ciel et dans le Tabernacle. Quand nous lisons la vie des Saints, nous assistons à cette autre merveille qui est la vie véritable et réelle de Jéhus-Cheist dans ceux qui lui sont fidèles. « Le Père les avait prédestinés pour être conformes à la ressemblance de son Fils i» ; ils ont cette ressemblance, qui consiste en ce qu'ils ont « les mêmes sentiments "2 et le même esprit, et qu'ils font les mêmes (euvres-i. » Or, qui ne le sait? ils ont cette ressemblance et ces sentiments, parce que Jésus-Christ les leur donne, et ils font ces œuvres, parce que Jésus-Christ leur en donne le pouvoir, et même opère en eux et le vouloir de les faire et le succès pour les achever ^. Mais, pourquoi cette communication, cette influence et cette action de JÉSUS- Christ dans ses Saints, sinon pour en faire des Hosties de louange à la gloire de son Père, comme il est lui-même Hostie de louange, devant cette divine gloire '?

La lecture des saintes légendes est donc comme une constatation particulièrement touchante et attrayante de cette vérité : Il n'y a qu'un Religieux du Père qui est son Fils JÉSUS, et tout consiste pour nous à nous soumettre à son action, à nous unir à ses actes, à ne faire véritablement qu'un avec Lui, en son esprit de Religion. Là est notre salut et notre sainteté, et toute la gloire de Dieu.

Eh bien! telle est la grâce et tel est l'esprit de notre sainte mission, de notre office vraiment divin, quand nous récitons notre Bréviaire. Oninia, et in omnibus Chris- /Mi-'J. Avant quenous récitions Matines, Laudes, les petites Heures, Vêpres, Compiles, il y a quelqu'un qui dit, à sa

ï Rom. VIII, 29.

' Philipp. II, 5.

» Galat. V, 25.

♦ Deus est eniin qui operatur iu vobis et vclle et perKceru, pro bona voluntate. — Philipp. ii, VU.

' Coloss. m, IL

manière incomparable, ces mêmes prières, ces mêmes louanges, tous les actes de cette Religion. Il les dit depuis le moment de son Incarnation, il les a dites dans tous les instants de sa vie et sur la Croix, il les dit au Ciel, il les dit au divin Sacrement. Il nous a donc devancés, nous n'avons qu'à nous unir à sa voix, à la voix de sa Religion et de son amour. On raconte d'une âme sainte, qu'elle disait amoureusement au divin Adorateur du Père, avant de dire son Office : « Commencez, s'il vous plaît, mon Époux! » et, en même temps, dit son historien, elle entendait une voix qui commençait, et à laquelle elle répondait K La voix commençait à se faire entendre aux oreilles de l'humble vierge de saint Dominique; mais saint Paul nous a appris, qu'au sein même de sa divine Mère, dès le premier instant de l'Incarnation, cette voix du Verbe de Dieu disait des psaumes et des prières 2.

Donc, avant de réciter le saint Office, que notre préparation consiste principalement à nous livrer à l'esprit, à la grâce de notre Dif.u, notre Prêtre, notre Hostie, voulant recevoir de lui tout ce qu'il veut donner de dispositions d'adoration, de louange, de féUcitation, de reconnaissance, de prière, d'amour, pour son Père. Que notre regard se porte vers le Tabernacle; et soumettons-nous avec humilité, avec joie, avec une grande simplicité d'abandon, à l'action de ces flammes dévorantes et consumantes: elles dévorent, et consument, en effet, tout ce qu'il y a trop souvent, en nos prières, d'inattention, d'inapplication, de négligence, de dissipation, d'indifférence. Livrons-nous à cette puissante vertu de JÉSUS,

' Vie de la vénérable Af/iiès de Jésus, écrite par M. de Lautages, I'^ partie, c'hap. X.

- Ingrediens nnindiim dicit : Ho.stiam et oblationem uoluisti ; etc. (ex l'salni. XXXIX, 7). — Hebr. x, .").

qui est capable, quand elle trouve un cœur docile, d'en faire une Hostie digne du Père, en l'unité de son Sacrifice. Et, durant tout le cours de la récitation de l'Office divin, même application à l'Hostie du Tabernacle, à sa Religion, à son zèle de la gloire du Père. Si, par un effet de l'infirmité de notre nature, quelques distractions viennent nous en détourner, revenons au plus tôt à cette soumission de tout notre être, à cette union intime, universelle. Car notre Religion n'a de mérite qu'en la Religion de Jésus-Christ.

Dans cette union, nous nous rencontrons avec toutes les âmes rachetées. Car toutes les âmes sont en Lui, pour la même fin, nous l'avons vu.Ainsi en Jésus-Christ nous serons unis à tout le Ciel, dont la Religion n'est que la Religion de Jésus-Christ i. Quelle consolation et quelle gloire ! Nous serons unis à Marie, qui, sous l'action et l'influence de l'esprit de Jésus Victime, chanta autrefois son Magnificat, à Hébron, Magnificat qu'Elle chante toujours au Ciel, dit saint Bernard-. Nous serons unis trèsvéritablement à tout le Ciel : aux Anges, aux Apôtres, aux Pontifes, aux Confesseurs, aux Vierges, aux Martyrs, à la multitude des Justes. Nous serons aussi intimement unis à ce peuple des âmes du Purgatoire', qui toujours, prie, toujours bénit, toujours proclame la grande miséricorde de Dieu et de son Christ Jésus; et cette union,, qui est, pour le Sous-Diacre, le Diacre, le Prêtre, une source de consolation, d'encouragement, de ferveur, est

' Sed illa sedes Cœlitum — Semper résultat laudibus, — Deunique Trinnm et Unicum — Jugi canore prsedicat; — lUi canentes jungimur — Almae Sionis fenmli. — In Dedicat. Ecc.les. Hymn. ad I-andes.

'^ Novum quidein canticiim ilhid, quod solis dabitur in reg'no Dei cantare virginibus, ipsam virgimim Reg'inam cum eseteris, imo priniam inter cœtera.s esse cantaturam, iienio est qui ambig-at. — Super Alismis est : IIo mil. II, n. 1. - Patr lat, t. CLXXXIII, col. Gl.

pour ces Ames une occasion de soulagement, et pour plusieurs la délivrance.

Mais, quoi encore V Voici ce qui surtout occupe le député de la sainte Église de la terre. Il rencontre aussi cette Église, dans l'unité de Jésus-Cheist Hostie. En tout temps JÉSUS l'attire; et les âmes fidèles et dociles qui sonten elle, jouissent de cette unité. C'estpourquoi, quand nous allons à lui, nous rencontrons, en lui, et notre Saint Père le Pape, et les Évêques, et les Prêtres, et les Clercs, et toutes les âmes ferventes et pures ; et nous ne faisons qu'un avec tous ces membres du Corps mystique; et, unis à Jésus-Christ et en Jésus-Christ, nous prions comme lui et en lui. C'est dire que tous les intérêts de l'Église militante nous occupent; nous les offrons tous au Cœur du Père, par les mains et le Cœur du Fils ; car ce Fils bien-aimé, Époux de l'Église, présente sans cesse à son Père tous ces intérêts si graves et si nombreux. Dans l'unité de la Religion de Jesus-Christ, celui qui dit le saint Office, député par l'Église, embrasse toute l'Église; et il n'est rien de ce qui touche à cette Église, si chère au Cœur de son Époux et de ses enfants, qu'il ne porte dans son cœur, qu'il ne veuille exprimer par ses lèvres, qu'il n'ait l'ambition de recommander efficacement à la Providence, à la miséricorde, à l'amour de la Très-Sainte Trinité, par Jésus-Christ.

Il donne ainsi à l'Église ; mais il reçoit aussi de son union à l'Église. Car, ce que Jésus communique en abondance à son Épouse, il y a part^; et, de cette sorte, uni à Jésus-Christ et, en Jésus-Christ, à l'Église, et recevant de l'abondance de l'Église, l'heureux ministre est comme dans un milieu d'influences surnaturelles, si puis-

1 Partieeps ego sum omnium timentium te, et custodientium mandata tua. — Psalni. cxviii, 6.5.

lilG LA SAINTE LOI UE LA PRIÈRE ECCLÉSIASTIQUE

saut dans son action, qu'il n'est pas possible qu'il ne soit comme soustrait à tout ce qui est du monde, de la chair et des sens, et inti'oduit et fixé dans un état de paix, de lumière, de sainte vie, qui est quelque chose du Ciel.

Mais, s'il trouve dans l'unité de cette divine Religion une multitude d'âmes que Jésus-Christ y attire, combien d'autres qui n'y sont pas : les pécheurs en si grand nombre qui sont dans l'Eglise et hors de l'Église, les hérétiques, les schismatiques, les infidèles. Oh! qu'il souffre de cette absence ! Comme il voudrait amener toutes ces âmes à leur Centre, à leur Vie unique. Comme il aurait à cœur de les voir se rendre à l'appel du divin Religieux du Père et se jeter avec amour dans les flammes de son Sacrifice !

On comprend dès lors la ferveur de l'humble et dévoué ministre. Quelque chose manque à la gloire du Père, quelque consolation fait défaut au Cœur de JÉSUS, à cause de l'obstination des pécheurs et de l'aveuglement des hérétiques et du reste des malheureux qui n'ont pas reçu l'Evangile. Ah ! qu'il voudrait, avec son Office, saintement récité, dédommager le Père et consoler le Cœur de son

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