CHAPITRE XIX
La sainte Eglise a défini qu'elle possède divers Ordres^ dont les uns sont appelés mineurs et les autres majeurs, et que c'est par ces Ordres, comme par des degrés, que l'élu de Dieu s'élève jusqu'au Sacerdoce i. Le Diaconat est le dernier de ces degrés -. Le mot Diacre signifie ministre ou serviteur; mais le rang qu'il occupe est d'une grande sublimité. Il plaît à Dieu, pour le plus grand bien de ses créatures, qu'à mesure qu'elles s'élèvent dans l'Eglise, il y ait, d'une manière ou d'une autre, quelque contre-poids qui leur fasse éviter la vanité et les maintienne dans la vérité. Celui qui est au soinmet de la divine Hiérarchie, devra s'appeler «le Serviteur des serviteurs de Dieu. »
Le Diacre est donc ministre ; mais il l'est d'une manière excellente; il l'est à un titre bien plus saint que
1 Si quis dixerit, praeter Sacerdotium, non esse, in Ecclesià catliolicâ, alios ordines, et majores et minores, per qiios, velut per graduw quosdam, in Sacerdotium tendatur : Anathenia sit.— Trid. Sess. XXIII. — De sàcram, Ovdinis. Can. 2.
- Diaconus qnasi propinquus ordini sacerdotali aliquid pai'ticipat de ejiis officio. — S. Tliom. III, q. lxxxii, a. H, ad 1.
l'Acolyte et que le Sous-Diacre. Il est de foi (|u"il y a clans l'Église catholique une Hiérarchie, établie et fondée par Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même, et que cette Hiérarchie se compose des Évèques, des Prêtres et des Ministres 1. Le Diacre appartient, d'une manière indubitable, à cette divine Hiérarchie. C'est pourquoi dans son ordination tout est grand. « Pensez avec une très grande attention, ditrEvêq(ie,à quel haut degré vous montez, dans l'Eglise -. ; Le portier, le lecteur, l'exorciste, l'iicolyte nous apparaissent comme de modestes et humblesEnfants du Sanctuaire; le Sous-Diacre, c'est l'adolescent plein d'innocence, de grâce et de ferveur virginales. Le Diacre^ c'est l'homme. « Faites votre choix, disaient les Apôtres à l'assemblée des fidèles, quand il s'agit de l'élection des Diacres, et jetez les yeux sur sept hommes d'entre vous^ dont tout le monde rende un bon témoignage et qui soient pleins du Saint-Esprit et de sagesse'». Considérât e riros ex i-obi.s. » Le Diacre, c'est l'homme, non point parfait encore: c'est dans une autre ordination plus sublime, que l'Évêque demandera pour lui qu'il devienne « l'homme parfait, selon la mesure de l'âge de la plénitude du Christ^ » ; mais, il atteint cet âge viril qui rend capable de faire de grandes œuvres, avec dignité, avec énergie, avec constance. Nous allons en juger en suivant le saint rit de son Ordination.
' Si qiiis (lixerit in Eccle.sià Catholic-A non esse hierarelnaiu, Jiviuà ordinatioue institutam, quse con«tat ex Episcopis, Presbyteri.s et Miuistris: Anathema sit. — Trid. ibid. Can. G.
^ Cogitate magnoperè ad quantum giaduni Ecelesire asceuditis. — In Ordin. Diaconi.
^ Considerate ergo, Fratves, viros ex \ol>is boni te.stimonii septem,pleuos Spiritu Sancto, et sapientià. — Act. Apost. vi, 3.
* Deus... super lios famulos tuos, quos ad Presbyterii lionorem dedieannis, iruxniis tuae benedictionis infunde: ut... inviolabili ch.aritate in virum* jierfectuni, in mensurani œtati.s plenitudinis Cliristi... re.surgant. — Pontif. Rom. In ordinat. Prtshyttri.
Quand les Ordiiiaiids, appelés par rx^rcliidiacre, sont arrivés en présence de l'Evêque, l'Archidiacre dit : lieverendissime Pater, postulat sancta Mater Ecclesia Catholica, nf hos prœsentes Sîihdiaconos ad omis Diaconii ordinetis. Nous n'avons pas entendu, dans les Ordinations précédentes, ces graves paroles : Postulat sancta Mater Ecclesia CatJioUca. L'Evêque interroge l'Archidiacre, disant : Scfs illos dignos esse? Quelle solennité et quelle sollicitude, peut-être quelle préoccupation dans cette question! L'Archidiacre répond : Quantum Innnana fragilitas nosse shiit, et scio, et testlfcor îpsos dignos esse ad hujus omis offcii. L'Evêque rassuré répond: I)eo grattas. Il s'adresse alors au Clergé et à l'assistance. Ensuite, aucune réclamation n'étant faite contre l'élection des Diacres, l'Évêque, assis, la mitre en tête, s'adresse directement aux Ordinands :
Proveliendi, Filii dilectissinii, adLeviticum Ordinem, cog'itate iiiaii'iiopere ad quantum g-raduin Ecclesia? ascenditis. Diaconuui enim oportet ministrare ad Altare, baptizareet prisedicai-e. Sanè in veteri leg'e ex duodecim una Tribus Levi electaest, qua» spécial! devotioiie tabernaculo Dei,ejusque Sacvificiis ritu perpetuo deserviret. Tantaque dig-iiitas ipsi concessa est, quod nullus, nisi ex ejus stirpe, ad divinum illum cultum, atque officiuin iiiinistraturiis assui'geret ; adeo utg'raudi quodam privilégie ha'reditatis, et Tribus Dominiesse mereretur et dici : quorum hodiè, filii dilectissimi, et nomen, et officium teuetis, quia in ministerium tabernaculi testimonii, id est Ecclesiîv Dei, oligimini in Levitico officio, quai semper in procinctu posita, iucessabili pugnâ contra inimicos dimicat-, undè ait Apostolus: Non est nobis colluctatio adversùs carnem et sang-uinem ; sed adversùs principes et potestates, adversùs mundi rectorps tenebrarum harum^ contra spiritualia nequitiœ, in cœlestibus. Quam Ecciesiam Dei, A'eluti tabernaculum, portare, et inunire debetis ornatu sancto, pranlicatu divino, exemplo perfecto ; Levi quippe intevpretatur additus, sive assumptus.Et a'os, filii dilectissimi, (pii ab ha^reditate jiaternfi nomen accipitis, estote assumpti à carnalibusdesideriis, à terrenis concupiscentiis, quae militant adversùs animam : estote nitidi, mundi, puri, casti, siciitdecetMinistros Christi, et dispensatorcsmysteriorum
Dei : lit diy-nè addamiui ad numeruiu ecclesiastici g-radûs; ut Imereditas, et Tribus amabilis Doniiniesse mereainiui. Et quia coiuiuinistri et cooperatores estis Coi-poris et Sang-uinis Domini, estote ab omni illecebrâ carnis alieni, sicut ait Scriptura : Mundamini, (jui fertisvasa Domini. Cog-itate beatum Steplianum, merito prtecipua? castitatis ab Apostolis ad offlcium istud electum . Curate, ut quibus Evangelium ore annuntiatis.vivis operibus exponatis, ut de vobis dicatur: Beati ])cdes evangelizantium pacem, evangelizantium bona. Habete pedes vestros cak-eatos Sanctoruia exemplis, in pra?paratione Evangelii pacis. Quod vobis Dominiis concédât per gratiam suani.
L'exhortation finie, l'Évêque sollicite les prières de l'assemblée des Clercs et des fidèles; puis, déposant la mitre, il lit une Préface, dans laquelle il demande pour les Ordinands les plus précieuses grâces. Vers la fin, il se tourne vers eux et, posant sa main droite sur la tête de chacun successivement, il dit : Accipe Sp'iHtum Sanctum ad rolmr, ad resistenduni diabolo et tentationîhus ejus : in nomine Domini. La Fréfcice continue, toujours suppliante:
Eniitte in eos, qua'sunius, Domine, Spiritum Sanctum, (luo, in opus ministerii tui fideliter exequendi, septifonnisg'ratia' twx munere roliorentur. Abundet in eis totius forma virtutis: auctoritas modesta, pudor constans, innocentia' puritas, et spiritualis observantia discijilina^. Tnmoribus eoruin pra-cepta tua fulgeant, ut, sua- castitatis exemple, imitationem sanctam plebs acquirat; et bonum eonscientia'. testimonium pra^terentes, in Cliristo lîrmi et stabiles persévèrent, dignisque successibus de inferiori gradu per g-ratiam tuam capere potiora mereantur.
La Préface terminée, l'Elvêque impose l'étole, puis la dalraatique, et enfin remet le livre des Evangiles.
L'Ordination s'achève par deux oraisons, dans lesquelles l'Évêque demande toute sorte de bénédictions célestes : tant la sainteté est nécessaire aux nouveaux Ordinands !... toute la gloire de Diei", l'honneur de l'Eglise et la sanctification des âmes sont comme liés à la pureté et à la ferveur de leur vie. Domine sa nef e, Pater fidei, spei et
."J.'îO LES ORDRES SACRÉS
(jrat'KC... hos famnJos tuos spiritual} dignare ilJusft'are affccf/f ; af fais ohse(i>iiis expediti, sancfis aJtavihu.s tnis Ministrl piu'i accrescant ; et indulgent i à tuâ puriores, eorum (iradu, quos ApostoU tui in septenarium mimerutii, heato Stephano duce ac p)rœvio, Spiritu Sancto auctore, elegenint, digni existant; et rirtutibus universis quibus tibi servire opoytet, instnu-ti, tibi coinplaceant. Per Doniinum nostrum Jesum Cliristuiii...
Voilà donc accomplie cette grande œuvre, toute divine, cette admirable merveille de la toute -puissance et de l'amour de la Très-Sainte Trinité, l'institution, la création d'un Diacre. Habitués que nous sommes aux événements de l'ordre temporel, « fascinés quelquefois par ces bagatelles » brillantes, qui sont les divers spectacles que présentent les choses humaines i, nous sommes exposés à ne pas voir, dans leur beauté magnifique et radieuse, les opérations de la droite et du cœur de Dieu. Heureuse' l'âme que rien de ce qui est terrestre ne distrait, et qui contemple tout à l'aise le spectacle des grandeurs divines ! Ce Diacre, qui se relève, quand les oraisons sont finies, est une de ces grandeurs divines. H possède le Saint- Esprit; il en est possédé et rempli. Les dons admirables de cet Esprit et du Père et du Fils, la sagesse, l'intelligence, le conseil, la force, la science, la piété, la crainte de Dieu, sont en lui, d'une manière nouvelle, éminente, sublime. Sa grâce d'Hostie s'est accrue au delà de toutes nos conceptions ; il a l'esprit et la grâce des martyrs, il est capable de supporter les plus grandes épreuves, les plus effrayants supplices. Etienne, Laurent, Vincent revivent en lui. H a reçu le livre de l'Evangile, il le porte en ses mains, dit saint Cyprien, et ce livre lui est un principe
> Hap. IV, 11, 12.
de force et de vertu, qui peut bien ne pas l'empêcher de mourir, mais qui ne lui permet pas d'être vaincu i. Il a reçu le pouvoir de distribuer le 8ang- de Jésus- ChkIvST. Il n'exercera pas ce pouvoir, il est vrai -; mais l'esprit et la grâce de ce ministère sont en lui ; et cet esprit et cette grâce, c'est le fond et la substance de l'état d'Hostie. « Si les Diacres reçoivent la puissance de distribuer le Sang de Jésus-Christ, dit le vénérable M. Olier, c'est pour leur apprendre combien ils doivent être prodigues de leur propre sang, et toujours prêts à donner leur vie, dont ils ne doivent pas être plus avares que du Sang de JÉsus- Chkist, qu'ils donnent tous les jours si volontiers -K » Or,, tout cela, avec les divers ministères qu'assigne au Diacre le Pontifical Romain: servir l'Évêque et le Prêtre à l'autel, baptiser, prêcher la parole de Dieu, tout cela, disons-nous, est vraiment grand, d'une grandeur qui dépasse sans mesure tout ce que l'œil de chair ou la pénétration de la raison peuvent connaître ou admirer, dans l'ordre des choses humaines. Le génie de l'écrivain, de l'orateur, du poète, est un don élevé de la divine Providence; l'héroïsme du soldat, sur un champ de bataille, est la preuve d'un grand cœur ; une nature peut être douée de qualités si grandes, qu'elle donne le spectacle d'œuvres sublimes; mais sa sphère d'action est limitée dans l'orch'e même où
1 Sacerdos Dei Evangeliiim teiiens, et Christi lira-cepta custodiens, occidi potest, vinci non pote.st. — EjjïsfoJ. XII, ad t'oniel. — l'atr. lat., t. III, col. 8-25.
- Diaconns qnasi propinquus ordini sacerdotal! aliquid participât de ejus officio, nt scilicet dispenset Sang-uinem, non antem Corpus, nisi in necessitate, jubente Episcopo vel prc.sbytero. — S. Thoni. III, q. i.xxxii, art. 3. ad 1. — Usas ille omnino exolevit ; sed omnes conveniunt, quod in necessitate extreniâ, absente Sacerdote, Diaconus poterit et tenebitnr viaticum ministrare, adlmc sine comniissione. — S. Alphons. Ligori. Theolofj. moral., part. VI, n. 237.
2 Traité des Saints Ordres, 11^ paitif, tlia]). vu : Du l)ia<-oiiat.
-332 LES OKDKES SACRÉS
elle agit ; ses forces ne peuvent jamais être celles du Tout- Puissant; et sa dignité n'est jamais l'ennoblissement tout ■divin, que donne la grâce d'un Sacrement. Au contraire, l'ordre où le Diacre est placé, c'est l'ordre même où vit le Chkist; sa force, c'est la force du Chri8T; sa dignité et l'ennoblissement qui l'accompagne, c'est la dignité même et l'ennoblissement du Christ. En un mot, il est le Christ ; JÉsrs vit en lui, règne en lui, triomphe en lui. Jésus l'a marqué de son sceau, même dans sa chair et ses sens; il lui a donné de ce qu'il est; il lui a fait part de l'éminente grâce de son Sacerdoce. Il ne lui a pas encore tout donné. Il ne donne tout qu'à l'Évêque, et, sous un rapport, au Prêtre ; il donne moins au Diacre ; mais il lui donne de lui-même, il lui donne de son état de Ministre du Père ; il lui donne d'être Diacre, comme lui. Fils de Dieu fait homme, est Diacre devant son Père, dans l'Eglise. Et c'est, maintenant, le touchant Mystère que nous allons étudier. Car, dans les Ordinations, nous ne voyons jamais que le Christ, sachant bien, avec saint Ambroise, que « jamais le regard n'est plus éclairé, plus sûr, plus pénétrant, que quand il ne voit que le Christ en toute chose i. »
Il y a à considérer dans le Diacre: !« sa dignité hiérarchique et 2o les fonctions qu'il exerce.
1" Sa dignité hiérarchique. Nous avons vu, dans l'exhortation de l'Evêque, au commencement de l'Ordination, que l'Ordre du Diaconat répond à l'institution divine du grand Ordre lévitique, destiné exclusivement au culte de Dieu '^. Ce que cet Ordre figurait, il le réalise. Il n'y a eu,
1 Quis eniin melius videi, qnàm qui videt Cliri.stum ? — De JacoJ) et cita heatâ, lib. Il, cap. ix, n. 37. — Patr. lut., t. XIV, col. {j-",t.
- Uria tril)ns Levi electa est... tantaqne dig'uitas ip.si concessa est, quod niiUus, nisi ex ejus stirpe, ad diviiiuiii illum cultiim atque ofticium minis
traturus asstii-ii-eret ; etc.— l'oiitif. Rom., uhi siiprà : l'rorchemU.
LE DIACONAT o'A^j-
clans l'ancien Testament, un Ordre de Lévites, que parce qu'il devait y avoir, dans le Nouveau, le saint Ordre des Diacres, qui, pour cette raison, sont appelés les Lévites du nouveau Testament. Nous nous souvenons de la fréquence de cette appellation, dans l'oftice de saint Laurent : Levita Laurentius honum opus operaius est... Posf triduiim me seqneris Sacerdofem Levita... SuhjickntihuK pvunas insultât Levita Chri-^ti. Le Diacre est donc le vrai Lévite. Or, que signifie le mot Lévite"? L'Évêque nous l'apprend: Levita interpretatur additus, sivc assumptnx. Saint Ambroise confirme cette interprétation, en ajoutant qu'il faut entendre ce mot a.s.sionptii s, ennotre faveur: Lévites signifieat susceptus pro me, veJ ipse mihi. Et il dit: « Tous ces Lévites du premier Testament annonçaient un Lévite à venir, un Lévite qui porte ce nom d'une manière excellente, qui n'est pas venu pour exiger d'être servi, mais qui nous a servis lui-même par le service de sa Passion, Il est vraiment Lévite, mis à part pour moi, snsceptiis pvo me, lui qui pour moi a été conçu dans le sein de la Vierge, pour moi offert, pour moi condamné à mourir, pour moi ressuscité. En lui a été agréée la Rédemption de tous les hommes, en lui a été faite leur Résurrection. Il est vraiment Lévite celui-là ; il est vraiment notre Lévite, notre Rédempteur i.» Or, voilà la grande gloire du Diacre, voilà son sujet de joie intime et profonde.
1 Ille prrestantissimus Levita, qui veiiit non ut ministerium exig-eret. se<l ut omnibus exliiberet snse ministerium Passionis. — In P.ialm. CXTIII. .Serni. III, n. 20. — Patr. lat., t. XV, col. 12;jo.— In quibus figura Ag-ni prœeessit mysteriis verum venturum Levitem, qui proprii Corporis Passione tolleret peccatum mundi. Lévites sig^nificatur susceptus pro me, vel ipse mihi levis... Ipse ergo qui, pro sainte universorum expectatus, advenit, pro me est utero editus Virginal), pro me oblatu.s, pro me g-ustavit mortem,. pro me resurrexit. In quo omnium hominum suscepta est redemptio, assumpta est resurrectio. Ipse est verus Lévites... Redemptor Lévites est. — De Cain et Abel. lib. II, cap. m, n. 11. — Patr. lat., t. XIV, col. 345-340.
.').'}4 hEH ORDRES SACRÉS
2'^ Le Diacre, Lévite de la loi nouvelle, image, « vicaire de Jé.sus-Chrisï», comme l'appelle saintignace, martyr i, îi « la fonction spéciale de servir à l'autel : D'iaconiim enhn oporfef m'inhtrai'e ad Alfare. » Or, dans cette fonction principale, est-il encore l'image et le vicaire de JÉsus- €heist ? Notre Dieu-, notre Rédempteur a-t-il été Diacre en ce sens? a-t-il servi à l'autel ?— Il a réellement servi à l'autel, en portant à l'autel ce qui devait y être offert et immolé. Mais, ici, il faut nous souvenir de nouveau de l'enseignement des Pères.
Qu'est-ce que l'Autel, sur lequel le Sacrifice du Fils de Dieu a été offert ? Cet Autel, c'est la Divinité même, c'est la volonté du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Or, cet Autel s'est choisi lui-même uneVictime, l'unique Victime qui. lui convienne, l'Humanité sainte de Jésus. La nature divine du Fils de Dieu a pris cette Humanité; c'est l'Autel qui a attiré à soi la Victime -; et comme Notre-Seigneur luimême nous a appris, que c'est l'Autel qui sanctifie le don présenté, offert sur l'Autel-^, c'est bien la Personne divine qui a sanctifié l'Humanité; mais si la Personne divine a fait cette grande œuvre, faisant ainsi de l'Humanité sainte une Victime perpétuelle, il faut dire aussi qu'il y avait en cette Humanité une volonté réelle, soumise, il est vrai, à
1 Et vos reveremiiii Diaconos tanquam Jesum Christuni, cujiis Vicarii sunt. — S. Ignat. Epi^st. ad Trallenses, ii. 3 (ex interpolatis). — Patr. grsec., t. Y, col. 779.
2 Altare, Dei Filiiis e.st. — S. Gregor. Papa. /// septem psahnos jitEnll. — Patr. lat., t. LXXIX, col. GOO. — Cfr. Alg-enxm, De Sacrnmento Corjioris et Sanrjainis Dominici, lib. I, cap. 14. — Patr. lat., t. CLXXX, col. 781. — Le vénérable M. Olier a dit aussi : « L'Autel du sacrifice est la subsistance du A'erbe, qui soutient J. C. en sa sainte Humanité, et qui la voit toujours fumante et consommée à la gloire de Dieu, sur sa Personne comme sur un autel. » — ExjÂicalion des cérémonies de la fjrand' Alesse, Préface.
^ Quid enim majus est, donum, an altare quod sanctiiîcat donum ? -- Matth. xxni, !!>.
la volonté de la nature divine, mais distincte. Isaïe en parle quand il dit: «Il s'est offert, parce qiril l'a voulu ^. » Il l'a voulu, c'est-à-dire, il a acquiescé à la volonté divine. Or, acquiesçant à cette volonté, qu'a-t-il fait autre chose, sinon de donner lieu à la consommation du Sacrifice? Qu'a-t il fait autre chose, que de porter à l'xVutel la Victime du .Sacrifice ? Quand il dit au Jardin des Olives: « Que votre volonté soit faite, et non la mienne -», cette parole n'était -elle pas l'expression absolue de l'union de sa volonté à celle de son Père, laquelle union déterminait la grande œuvre du Sacrifice (comme fait le Diacre qui, durant les saints Mystères, au moment de l'oblation du Sacrifice, prononce les mêmes paroles que le Prêtre) ? JÉsu.s a donc, comme un Diacre d'une fidélité parfaite, servi à l'Autel, Sa volonté humaine a été comme un Ministre qui, par son adhésion et son obéissance, présentait et livrait à l'Autel et au feu consumant, que porte cet Autel et qui est DiEr lui-même, la Victime du Sacrifice.
Il y a, dans l'exhortation de l'Évêque aux Diacres, une parole qu'il nous faut recueillir et expliquer. Le saint Pontife dit : Et quia comministri et cooperatores estis Corporis et Sangiiinis Dom'ml, estote, etc. Vous êtes les co-ministres efles coopérateurs du Corps et du Sang de Jésus-Chkist. C'est grandement glorieux pour l'humble Diacre ; mais ces termes sont-ils applicables à Notre-Seigneur Jésus- Christ? Serait-il Diacre, en ce sens qu'il soit co-ministre et coopérateur de son Sacrifice? N'allons-nous pas nous égarer? Comment ce ministère pourrait-il lui convenir? N'est-il pas l'unique Prêtre de l'oblation qu'il fait à Dieu, son Père ?
1 Isaiœ LUT, 7.
2 Non sicut ego volo, secl sicut tu. — ^lattli. xxvi, :îi).
La réponse à ces questions est dans la doctrine, que nous avons exposée au commencement de cet ouvrage. La vérité est que la source première du Sacerdoce, c'est le Père. Notre-Seigneur, comme Dieu et comme Homme- UiEU, n'a rien qu'il n'ait reçu du Père. ILest Prêtre, parce que le Père lui a donné son Sacerdoce; et le Père est réellement l'auteur du Sacrifice de Jésu.s-Chriht et, en ce sens, le Prêtre de ce Sacrifice. En efïet, pour ofifrir une Victime, il faut avoir autorité sur elle; or, le Père seul avait pleine autorité sur le Verbe incarné. Quand saint Paul dit : In quâ voluntate sanctificati sumns, per oblationem Corporis Jesu Chrisfi semel i, il parle de la volonté du Père, qui nous a sanctifiés par cette oblation. Si donc la volonté du Père a été le Sacrificateur, dans le mystère de l'immolation de notre adorable Victime, il faut dire que Notre-Seigneur, humble et soumis et obéissant jusqu'à la mort et la mort de la croix, a été réellement et excellemment le co-ministre et le coopérateur du Père, souverain Prêtre.
Ce mystère semble exprimé, d'une manière saisissante, dans les circonstances les plus solennelles de la sainte liturgie. C'est lorsque l'Evêque lui-même oft're le Saint Sacrifice, et que le Diacre l'assiste-. L'Evêque offre et. immole le Corps et le Sang de Jésus-Chkist, et le Diacre est bien son co-ministre et son coopérateur. Nous avons vu souvent que l'Evêque représente le Père; en tant qu'il immole le Fils de Dieu, il rappelle le Père envoyant son
1 Heb. X, 10.
2 Quid Diaconi, qu;im iiiiitatore.s angelieanini virtutum y puriiin et iiicnlpatum mmisteritini illi (Epi.scopo) exhibentes.— S. Igiiat., Eplst. ad Trall. (ex jnterpol.), n- 7- — Pîvtr. graîc, t. V, col. 78G-7S7. - Nous avons déjà remarque plusieurs fois que S. Ignace se plaît à comparer l'Evêque à Dieu le Père. Il le dit encore dans cette épître, qui appartient, il est vrai, à la classe des intcrpolata: : Episcopus, iijpus Del Falris omnium est.
Fils à la mort ; ce Fils est la Victime maintenant étendue sur l'autel. Or, en tant que le Diacre coopère à cette immolation, soit par les paroles qu'il prononce à l'oblation, soit par tout l'ensemble du ministère qu'il remplit, il représente A'^otre-Seigneur lui-même, qui a coopéré, d'une manièi'e si directe et en même temps si décisive, au Sacrifice, tel qu'il a été ofiért. puisque nous savons par saint Paul que, la joie et non la douleur lui ayant été proposée, il méprisji toute honte, et soutint la douloureuse croix 1.
Ces pensées et ces considérations, bien que peu communes, nous paraissent simples, vraies et fondées.
Nous croyons que le Diacre peut s'en servir utilement, pour adorer et bénir, avec une grande etfusion de cœur, la bonté divine qui l'unit, d'une manière si glorieuse et si touchante, à notre si aimable Prêtre, à notre Dieu, à notre Tout. Certes, il peut dire avec vérité, dans l'exercice de son saint et beau ministère : « Je ne suis pas seul... Celui qui m'a envoyé, consacré et sanctifié, est avec moi, il ne me laisse pas seul; et ce qui lui plaît, je le fais toujours 2. »
Les mêmes vues, les mêmes sentiments sont en lui, dans l'accomplissement des autres devoirs, des autres fonctions de son Ordre: Diaconum oportet... hapfizare et pyœdkare. «Tout de plein droit se rapporte au Christ-^.» « Le Christ est toute chose en tout ^. » C'est toujours la même pensée qui nous occupe.
» Hebr. xii, 2.
- Soins non snm... Et qui misit me mecum est, et non reliquit me solum : quia ego quœ placita sunt ei, facio semper. — Joanu. viii, IG, 21).
'■* Ad ipsum (Cliristuin) omnia jure referenda sunt. — S. Ambres. In rmlm. XLIIl, n. 12. - Patr. lat., t. XIV, col. 1095.
* Coloss. III, 11.
Il ■ 22
Le Diacre doit bciptiser. Ecoutons saint Augustin, par lant du Mystère du Baptême de Notre-Seigneur : « Celuilà seul baptise, sur lequel la colombe est descendue, et dont il a été dit: C'est lui qui baptise dans le Saint-Esprit. Que Pierre baptise, c'est lui qui baptise; que Paul baptise, c'est lui qui baptise ; que Judas baptise, c'est lui qui baptise . Et tous ceux qui sont baptisés reçoivent une gTâce qui est pareille et égale en tout, parce que c'est lui seul qui baptise 1. » Et ailleurs le saint Docteur dit encore: « Quelle est la véritable élévation spirituelle, si ce n'est celle qui consiste à ne présumer que du Christ et non de soi-même-, à ne pas dire : « C'est moi qui agis, c'est moi qui baptise » ; mais: « C'est Lui qui baptise. » Ainsi parlait Jean. Et c'est la grande joie des Saints, c'est ce qui remplit d'allégresse les Prêtres, sachant que tout ce qu'il y a de bon en eux ne vient pas d'eux, mais de Celui qui seul a le pouvoir de baptiser 2. »
C'est pourquoi saint Pierre dit: «Si quelqu'un exerce un ministère, que ce soit par la vertu que Dieu donne, afin qu'en toute chose Dieu soit glorifié par Jésus-Christ 3.» Or, la gloire de Dieu par Jésus-Christ, c'est « que nous ne puissions rien faire sans Jésus-Christ ^, et que JÉsus-
1 Non tribueretiir sanctitas lîaptismi, nisi illi super quem descendit columba, de qiio dictnni est : Hic est qui baptizat in Spiritu Sancto. Petriis baptizet, bic est qui baptizat ; Paulus baptizet, bic est qui baptizat ; Judas baptizet, bic est qui baptizat... Unum tamen et par et aequale est quod acceperunt (baptizati), nisi quia : Hic est qui baptizat. — In Joann. ErcnigcJ. Tract. VI, n. 7, s. - l'atr. lat., t. XXX\', cob 1428, 1429.
- Quœ autem altitude spiritualis est, nisi de Cbristo piiesuincre ; non dicere : Ego t'acio, ego baptizo ; sed : Hic est qui baptizat... In boc ergo exultabunt sancti, in hoc exultabunt Sacerdotes : quia omne quod ipsoruni bonnm est, non est ipsorum, sed illius qui babet potestateni baptizandi. — Enari-al. in. /'.srt/«i. , Psalui. cxxxi, ii. 27. — l'atr. hit., t. XXX\'II,' cob 1728.
^ Si quis ministrat, tanqaàin ex virtute, quam administrât Deus ; ut in omnibus bonorificetnr Deus per .lesum Christum. — I Petr. iv, 11.
* Joann. xv, 5.
LE DIACONAT 3 j9
Christ soit tout en toute chose », parce que c'est alors, et uniquement alors, que Dieu le Père agrée tout ce que nous faisons.
Le Diacre qui baptise, c'est donc Jésus-Christ qui baptise. C'est vrai du Diacre, c'est vrai du Prêtre et de l'Evêque.
Un autre droit et une autre fonction du Diacre, c'est ]a prédiccition de la parole de Dieu : Diaconum oporfef... prœdicare. Mais, s'il dit la parole de Dieu, est-ce bien lui qui prêche ? « Il n'y a qu'un seul Maître qui est le Christ », dit Notre-Seigneur lui-même i. « 11 n'y a qu'une parole, disent saint Ambroise et saint Augustin; parmi ceux qui enseignent, l'un s'exprime d'une manière que l'on dirait empruntée au langage des anges, l'autre prêche la justice, ou la chasteté, ou la prudence, ou la piété, ou toute autre vertu -, mais, dans cette multitude de paroles, il n'y a qu'une parole, le Verbe de Dieu, de la plénitude duquel nous recevons tous, le Verbe notre Maître, notre seul Maître, à l'école duquel nous sommes tous condisciples, et dans lequel nous sommes tous ramenés à l'unité. Il y a à l'extérieur un son. de paroles, qui frappe les oreilles; mais au dedans l'unique Maître, c'est le Christ 2. »
' Magister vester uniis est, Cliristn.s. — Matth.xxiii, lU.
- Unum verbum multa siiiit, et mnlta veil>a unmn verlium sunt... Uiuini est igitur Verbum, quod operatni- in shigulis... lu me verbum eît limiiaiium ; in alio verbum cœleste, et verbum angelorum in plerisque est. Sunt qui habent verbum justitije, verbum castitatis, verbum prudentise, verbum pietatis, verbum etiam virtutis. Sic unum verbum multa sunt, et multa verba unum sunt... — S. Ambros. in Psalm. CXVIIl. Serm. III, n. 20. — Patr. Lit., t. XV, col. 1229-1230. — Magistrum enim babemus iinum, in quo omnes sumus unum, etc. etc. — S. August. Hermo C'CLXX., (alias, nx. Sirmondianis XXII) n. 1. — Patr. lat.,t. XXXVIII, col. 1237. — Sonus verborum nostrorum aures percutit, Magister intus est: etc. — S. Augnst. In Epistol. Joannis ad Parlhos, Tract. III, n. 13. — Patr. lat., t. XXXV, col. 2004.
Que le Diacre, que le Prêtre aussi, ne l'oublient jamais^ faisant le catéchisme aux enfants, instruisant le peuple sous la forme commune du prône ou de l'homélie, ou bien annonçant la parole sainte, dans certaines circonstances solennelles, en présence de grands auditoires ; qu'ils se persuadent bien, avec le grand Evoque d'Hippone, « que l'homme, après tout, ne peut rien apprendre de l'homme-, et que le bruit qui se fait au dehors, n'est qu'un vain son, si le Maître intérieur ne fait pas entendre sa voix, dans le secret des consciences i. » De là, d'une manière rigoureuse, la nécessité d'être un homme de prière, de saintes méditations, d'humilité profonde, et d'absolue dépendance de la grâce et de l'Esprit de Jésus-Christ.
Mais, ces dispositions et toutes les autres, dont nous avons parlé dans ce chapitre, cet esprit d'Hostie qui est si manifestement l'esprit du Diacre, à raison de son admirable coopération au Sacrifice avec le Prêtre 2^ ce courage héroïque qui lui ferait affronter toutes les horreurs du martyre, tout cela, disons-nous, suppose en lui une grande force d'âme. Il l'a reçue avec son Ordination, elle est comme la grâce spéciale de son Ordre ; c'est pour la répandre et l'infuser dans son âme sacerdotale, que l'Evêque a dit: Accipite Spiritum Sanctum ad ro^M/'. Il nous
1 Nolite piitare qviemquam hominem aliquid cliscere ab homme. Admonere possumus per strepitum vocis nostrse ; si non sit intus qui doceat, i"anis fit strepitus noster. — In Epist. Joaim, ad Parth. — nbi immed. snprà.
2 « Le Prêtre représente J.-C. comme Hostie consommée, et le Diacre représente J.-C. comme Hostie immolée ; et pour cela il sert le Prêtre, et met de sa propre main le vin dans le Calice, pour témoigner que Jéscs- Christ, comme Hostie, verse son sang sur la croix pour le service de Dieu sou Père ; et même le Diacre offre le vin avec le Prêtre, et prononce les mêmes paroles que le Prêtre dit en offrant le Calice... (Ainsi) il a une même intention dans la fin et la consommation du Sacrifice, comme dans l'oblalion et rimmolation. » — ISLOWer, ExiAication des cérémonies de la Grand' Messe, liv. I, cliap. i.
faut faire une étude particulière de cette grâce, de ce don divin; il nous faut voir, pour l'instruction et l'édification, non seulement du Diacre, mais du Prêtre, et la nécessité, et les caractères, et les œuvres de ce puissant esprit de Force, que saint Thomas appelle «la condition nécessaire de la pratique de toutes les vertus i. »
1 Nomen fortitudiuis dupliciter accipi potest : uno modo, secundûm quod absolutè importât qixamdam animi tirmitatem, et secundùra hoc est qua^dam generalis virtus, vel potiiis couditio cujuslibet virtutis. — II, II, q. cxxiii, art. "2, c.