L'ESPRIT DE FORCE
nous savons que, par un effet delà divine Sagesse, nous concourons à notre élection, et nous pouvons la rendre certaine. Or, voilà que saint Pierre vient de nous dire comment se fait ce concours nécessaire : Magis saf agite; ce que les commentateurs expliquent ainsi '.Date dilig enter operam, omnem diligent'tain et conatum adh'thitc, summo stîtdio contendïte, ut pev hona opéra certain, kl est stah'dem, vextram rocationem et electionetn faclafi.s^.
Que conclure? sinon qu'il nous faut être constants, énergiques, toujours persévérants, dans l'accomplissement des devoirs de chaque jour. Soyons diligents, soigneux, attentifs, appliqués. Que quiconque nous voit, ou peut nous surprendre, voie toujours en nous le Prêtre de Jésus-Christ , non un homme ordinaire, mais l'homme de Dieu. Que la gêne ne nous soit rien, ni le travail, ni le sacrifice, ne cédons jamais à la nature ; qu'elle soit vaincue toujours et sans iDitié. S'il y a quelque devoir moins estimé que d'autres, que la vigueur de notre esprit, de notre volonté, soutenue par une forte foi 2, se porte de ce côté, pour que rien de ce qui est de notre grâce, de notre sanctification, ne périclite. Thomassin appelle quelque part l'étude un sacrifice 3, Est-ce l'étude qui nous coûte, qui est peut-être négligée? Prions, faisons sur ce sujet notre méditation fréquemment, et armonsnous de résolutions fermes, qui soient exécutées le jour même; si bien que notre indolence ou notre légèreté ou notre dissipation soient domptées. Est-ce l'exactitude au confessionnal, qui est mal observée? ou la visite aux malades? ou l'instruction adonner aux enfants? Que l'esprit
1 Menocliius in illud Petr.
- Fortes in fide. — I Petr. v, 9.
* Theologieœ meditationes, prœdicationes, lectiones, scriptiones, sacrifi cia sunt, hostise siint. — De Prolegomenls Theologlce, cap. iv, n. 7.
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de foi-ce nous soit en aide, pour secouer toute indifférence. Pour l'amour du devoir, qui est simplement et absolument la volonté de Dieu, se vaincre, toujours se vaincre, voilà^ disent les Pères, le triomphe le plus éclatant de la Force chrétienne ^
III. L'esprit de force, quand les dispositio]is des créatures nous sont contraires, — Cette épreuve nous est infailliblement réservée. Il n'est pas nécessaire de vivre longtemps, pour s'apercevoir que, dans le plan même de la Providence, les dispositions des créatures à notre égard sont destinées à exercer sur notre vie spirituelle une grande influence. C'est notre manière de recevoir l'épreuve, qui fait notre salut ou notre perte ; mais l'épreuve nous attend, et le nombre des causes qui peuvent la produire est presque incalculable. Il n'est pas impossible que la pure malice soit une de ces causes; mais, nous n'en parlerons pas en ce moment, et, du reste, il faut croire qu'elle est rare. Mais, ce qui est commun, c'est cet ensemble de contradictions, auxquelles donnent lieu l'extrême variété des points de vue, des manières défaire, des dispositions intérieures et de la conduite extérieure; qui naissent de la variété même des caractères, des éléments de la première éducation, des habitudes de famille ou de nationalité, etc. Que de malentendus s'ensuivent! Que d'oppositions occultes ou publiques! Que de
* Roverà fortins pugnant, qui contra se pugnant. — S. August. Serin. ex VII (alias 7 de Tempore), n. 3. — Appendix.— Patr. lat., t. XXXIX. col. 1978. — Quid tortiùs, qnàin omnes auinii motus ratioiii subigere,.- propria.s voluntates abjicere, etc."? — S. Gregor. Magn., //* Psalm. pœnit. — In Psaliii. Il, n. i. — Patr. lat., t. LXXIX, col. 559. — Fortitudinis est altiis gradiis viucere niiindum... Altior vincere carnem... Altissimus vincere seipsiim, simpliciter et spontè iisque ad mortem obediendo, sicut Cliristus. — S. Jionavent. De gradibns ch'htlum, cap. x.
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manque de sj'mpathie, de bienveillance, d'aide, de secours ! et parfois que d'hostilité !
Nous pouvons rencontrer cela dans notre entourage le plus voisin, dans notre famille, nos plus proches parents, ou bien dans les confrères même avec lesquels nous devons vivre. Il serait peut être très-difficile de saisir la première origine d'un état de choses, dont nous souffrons cruellement ; il y a du tort de part et d'autre; les essais d'entente n'ont jamais réussi: ils n'ont fait quelquefois qu'aggraver la situation.
Plus loin que le presbytère, il y a d'autres confrères qui n'approuvent pas notre esprit, notre manière de diriger nos œuvres, notre paroisse. Nous savons les termes mêmes dont ils se sont servis. Il est évident qu'ils ne nous sont pas favorables, et que, dans l'occasion, ils nous censurent sans se gêner.
Plus près de nous, il y a des personnes influentes, dont le concours nous serait grandement utile ; elles ne nous sont pas sympathiques. Quelques familles, même chrétiennes, se sont tournées contre nous. Deux, trois personnes des plus pieuses n'aiment pas nos prédications, notre administration, et notre présence, par conséquent, dans la paroisse.
Nous ne sommes pas sans f;mte. Une parole dite, une mesui'e prise, n'étaient pas irrépréhensibles; mais on a exagéré ce tort, on a dénaturé nos intentions ; ce que l'on s'est permis de dire n'est pas moins qu'»ne calomnie; et les dispositions des personnes qui l'ont faite et qui la répètent, sont connues des Supérieurs. Toutefois, à leurs yeux, nous ne réussissons pas, quelle qu'en soit la cause. On a parlé de changement de poste. Nous sommes, dans une certaine mesure, disgracié ; et plusieurs de nos amis regrettent qu'il en soit ainsi, mais, au fond, inclinent à
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penser que c'est notre faute, si nous subissons cette épreuve.
L'épreuve est dure ; et toutefois la situation est supportable, parce que, devant Dieu, le sentiment de notre inuocence nous soutient. En voici une autre : Nous avons été réellement imprudent ;nous ne réussissons pas, parce que nous manquons des qualités que tout le monde exige, pour le succès de notre ministère ; nous méritons la disgrâce, dans laquelle nous sommes tombé. Les dispositions des créatures à notre égard ne sont que justice; il est très vrai que, devant DiF.u, nous sommes un misérable pécheur...
0 Esprit-Saint du Diaconat ! Esprit de force ! qu'il est urgent, dans une telle extrémité, que- vous répandiez votre puissante et victorieuse grâce, dans nos âmes ! La tristesse est en nous et autour de nous. La tristesse, c'est la nuit. L'ennemi aime ces ténèbres. Vous nous avez été donné , « pour que nous résistions à ses tentations » et à ses ruses. Qu'il soit repoussé, qu'il soit vaincu, que la honte ne soit que pour luii, et que notre âme se relève, plus humble, mais plus forte, plus prudente, mais plus ferme, plus courageuse, plus constante dans sa fidélité.
IV. L'espi'it de force en face du monde. — Voici un ennemi extraordinairement dangereux. Mais il est jugé^. Notre-Seigneur nous a dit ce qu'il est, dans ces effrayan-
' Mag^na potestas, mag-na gratia, quîB imperat diabolo, ut se ipse destni.-.t. Se eniiu destriiit, cum honiiiieiii, queiii teiitaiulo siipplantare studet, rx iiifiriiio fortioreni efficit ; quia dum carnem débilitât, uientem ejus corloborat. — S. Ainbiosius, De pœnitentlâ, hh. 1, c-ap. xiii, n. 6;:i. — Patr. lat., t. XVI, col. 4,sr).
'^ NuHc judieiuni est mundi. — Joanii. xii, 31.
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tes paroles : « Le'monde ne peut pas recevoir l'Esprit de vérité K Je ne prie pas pour le monde-. » Mais, qu'est-ce que le monde ? Ce ne sont pas les hommes qui sont dans le monde, même les plus pervers, même les plus scandaleux ; nous devons avoir pitié d'eux, les aimer, être victimes pour leurs péchés. Le monde, c'est l'esprit qui anime, qui dirige les mondains, l'esprit qui provoque toutes les erreurs, tous les scandales, et qui justifie tout cela, quand tout cela est fait. Le monde, c'est l'ensemble de certaines opinions qui ont cours, de certaines maximes auxquelles on adhère, on applaudit, et qui sont exactement l'opposé des enseignements évangéliques, des exemples et des paroles de Notre-Seigneur. Il a dit : « Bienheureux sont les pauvres... Bienheureux les pacifiques..., ceux dont le cœur est doux, est pur... Bienheureux ceux qui pleurent..., qui souffrent persécution pour la justice...-^' » C'est le contraire, absolument le contraire, qu'enseigne, que croit et que prétend le monde. 11 le dit, il le révèle par ses actes, et il veut faire des prosélytes toujours plus nombreux, comme s'il n'y avait de vraie vie, de bonheur réel, que dans ce qu'il aime, et (pie tout le reste ne fût que chimère.
Le monde, représenté par certains hommes, nous répugne, nous fait horreur ; mais il a ses affidés partout, même parmi les personnes les plus innocentes. C'estalors qu'il est plus séduisant. C'est en elles surtout que se trouve, pour le Prêtre, la plus dangereuse tentation.
Pour lui, le monde, c'est peut-être un père, une mère, une sœur, une nièce, d'autres parents. Le monde, c'est le
' Ej^o rogabo l'atrem, et aliiuii Parnclitiim dabit vobis... Spiiitum veritatis, qiiem niuiidus non potest accipere. — .Joann. xiv, 16, 17. - .lo.nnn. xvii, 9.
•■> Mattb. V, :>-10.
356 l'esprit de force
lang-age qu'ils tiennent, ce sont les craintes qu'ils ont ou les espérances dont ils se nourrissent. — « Il faut songer à l'avenir... Ces aumônes sont excessives... Cette œuvre commencée entraînera des dépenses dont il faudi'a répondre, et ce sera s'exposer à une véritable ruine... Tant de fatigues au confessionnal, auprès des enfants, finiront par épuiser la santé... Bon nombre d'ecclésiastiques, qui sont d'excellents Prêtres, ne font pas tout cela... Ces. mêmes dignes Prêtres savent se produire et se faire valoir; et ils avancent, ils font leur chemin... Pourquoi tant de modestie, qui condamne à une obscurité impénétrable, et ferme toute voie vers des postes, où l'on ferait beaucoup plus de bien... ? » C'est le monde qui parle i.
Le monde, c'est peut-être la manière d'être et de faire d'amis, d'ailleurs très estimables; c'est leur esprit d'indépendance, de critique ; c'est le jugement qu'ils portent sur les choses de la vie présente, et qui n'a rien d'évangélique; c'est l'ameublement de leur chambre, c'est leur vie désœuvrée, qu'ils ne songent pas à amender, qu'ils essayent même de justifier.
Le monde, ce sont quelques familles bourgeoises demimondaines demi-chrétiennes, dont nous avons besoin pour nos œuvres, qu'il nous faut malheureusement ménager, à cause de leur influence, mais qui sont suscepti-
' C'est à ce genre de parents, sans doute, que l'austère S. Jérôme faisait .allusion, quand il disait à un de ses amis ces fortes paroles : « Recordare tyrocinii tui diem, quo Cliristo in baptisniate consepultus, in sacramenti verba jurasti : pro nomine ejns, non te matri parciturum esse, non patri. Ecce adversarius in pectore tuo Christuni conatur occidere... Licet parvulus ex coUo pendeat nepos ; licet, sparso crine, et scissis vestibus,ubera, quibus te niitricrat, mater ostendat ; licet in limine pater jaceat: par calcatum perg-e patrem, siccis ocuUs ad vexillnm crucis evola. Solum pietatis {^cnus est, in liâc re, esse crudeleni. — H. Hieronym. Epist. XIV,ad Heliodor. n. •-'. - Patr. lat., t. XXII, col. ;]48.
LÎESPRIT DE FORCE 357
bles, exigeantes. Il faut les voir, il faut entendre certains dires, être témoin de certaines infractions faites à la charité, constater la mondanité des jeunes filles, le peu de sérieux des mères et l'indifférence des hommes et des jeunes gens. Peut-être, avons-nous reçu des présents qu'il étaitimpossible de refuser. Mais le langage, les manières, tout l'ensemble de la conduite, c'est bien le monde, pour lequel le temps est tout, l'éternité si peu de chose.
Hélas! le monde, c'est la multitude que l'on rencontre partout, dans les rues d'une ville, dans une gare de chemin de fer, qui ne s'occupe et ne parle que d'argent, de plaisir, de bien-être. Ce n'est guère que ce qu'on voit, qu'on entend, que l'on coudoie, qui frappe nos sens, qui tend, sans air aucun de malice, à nous gagner à son esprit, à nous entraîner, à nous faire semblable à ce qu'il est...
Le monde est mauvais ; mais, grâce à ce que la civilisation a fait de nos mœurs, le monde est en général plus léger, plus inconsidéré, que méchant. C'est, quelquefois, par une sorte de commisération, qu'il voudrait modifier notre position, nos habitudes, nos mœurs, renverser la barrière qui nous sépare de lui, et nous associer à ses plaisirs et à ses fêtes."
Du reste, qui voudrait décrire ce qu'il est, dans la variété de ses prétentions, dans ses artifices, ses jeux de toute sorte, ses caresses, ses faveurs, entreprendrait une œuvre difficile. Le mot de saint Jean demeure toujours vrai: « Totiis in mcdigno positus est i. » Il est tout entier sous la puissance du démon, que Notre-Seigneur luimême a appelé « son Prince 2. »
Eh bien! ô Diacre ! ô Prêtre ! qui n'êtes pas du monde.
' I Joann. v, 19.
* Joann. xii, 31.
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mais élus pour être séparés du inonde'i! qu'il s'agisse de uotre père ou de notre mère, d'un paroissien ou d'un estimé confrère"^, de la foule turbulente des gens de la campagne ou de ces classes plus élevées où le monde a surtout les siens, n'oublions pas que l'honneur de l'Évangile nous est confié ; nous avons à le prêcher, par notre parole et plus encore par notre exemple. Tant pis pour le monde et pour ceux qui sont du monde, si nos œuvres et notre conduite les ofirensentjlescontristent, les irritent ■!. Nous sommes les hommes de Dieu, et de Jésus-Christ ; nous sommes les dépositaires de leur gloire et de leurs intérêts 4. De notre part, la moindre défaillance, la moindre concession faite à l'esprit du monde, compromettent ces intérêts et ternissent cette gloire. C'est .le cas plus que jamais de nous souvenir de la grave parole du Maître : « Celui qui aura rougi de moi devant les hommes, je rougirai de lui devant mon Père y. » Ce qu'il a dit, il le fera; et cette rougeur de son visage irrité sera l'annonce de la plus effroyable condamnation. Ecoutons plutôt l'énergique saint Augustin, expliquant ces paroles du psaume LXVIII : Qiioniam propter fe susthiui opprobriam ; opern'if
^ De iimndo non estis, sed eg-o eloyi vos de mundo. — Joann. xv, 19.
2 Qui dixerit patri suo, et matri suin: Nescio vos; et fratribus suis ilgnoro, vos : et nescievunt filios suos. Hi custodierunt eloquinin tuuni... ponenttliymiania... et liolocaustum super altare tuum. — Deiiterononi. xxxiir, 1), 10.
3 Cfr. S. I*aulin. Nolan., ad Severuni U])ist. XI (alias 5). — Patr. lat., t. LXI, coi.liM» et seq.
* Prreferenda est Religionecessitudini, pietas propinquitati : ea est enini vera pietas, quœ prseponit divina humanis, perpétua temporalibus... Sanctiora cseteris ad hoc niunus eliguntur niinisteria Levitarum, quorum portia Deus est : nesciunt enim suis parcere, qui nihil suum norunt ; quoniani .sanctis omnia Deus est. — S. Ambr. Ej*^^- LXVI, n. 7, 8. — Patr. lat., î. XVI, col. 1226-1227. — Cfr. ejusd. S. Doct., De fiigâ sœculi, cap. ii, n. 7. — Patr. lat., t. XIV, col. 572.
6 Luc. IX, 26.
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irreverentia^ faciem meau). Il dit: Oportet uf liaheat Chris- Hanus irreverenfiam Istam, quanclo venerit Inter homines, quihus dlspUcef Christus. Si eruhuerlt de Chrisfo, delehi.tiir delïbro viventinm. Opus est ergo ut habeas Irreverentiani, quatido tibi de Christo insultatur... Observa te ; sit in te irrevereîitia, frontosus esto, quando aiidis opprobriam de Christo. Prorsns esto frontosus. Quid times fronti tiiw, quam signo crncis arnwsti-? Voilà notre règle de conduite toute tracée. Y a-t-il. sur la terre, une plus grande gloire que celle de poi'ter en soi les intérêts de Jésus-Christ, que de personnifier, si l'on peut ainsi dire, sa cause, et d'avoir la garde de l'esprit tout divin de son Evangile^? Ah! le travail n'est rien, l'humiliation n'est rien, la risée et le dédain des créatures ne sont rien. C'est, au contraire, un excès d'honneur dont il serait à craindre que nous fussions trop fiei's, si l'amour de notre Dieu, qui seul nous fait agir, n'avait pour effet infaillible de nous faire perdre absolument de vue nous-mêmes. Qu'heureux est le Prêtre, qui, devant le monde ignorant ou frivole ou pervers, est, par la force de sa foi et de son amour, un Evangile vivant! Quelle beauté surnaturelle dans son âme, sur sa vie! Quelle profonde joie dans son cœur! Quelle couronne de gloire et d'honneur sera la sienne ! Quelle bénédiction descendra sur lui, quand s'accomplira cette infaillible parole: Qui conptebitur me coram hominibiis, confitebor et ego eum coram Pâtre Dieo, qui in cœJis est : et coram Angelis Dei^\
' Le saint Docteur lit irreverenila au lieu de coiifusio.
- Enarrat. in Psalni. — P.s. lxviii., Enarrat. I, n. 1-. — Patr. lai., t. XXXVI, col. 850-8.51.
•" Si exprohramini in noniine Christi, beati eritis; quoniam quod est honoris, g^lorire et virtutis Dei, et qui est ojus spiritus, super vos requiescit. — 1 Pfitr. IV, 14.
' Matth. X, :^-2. — Luc. xii, 8.
860 l'esprit de force
Mais voici un autre triomphe de l'esprit de force sacer dotale.
V. L'esprit de force, quand le monde persécute ouvertement l'Eglise et scandalise les âmes. — L'esprit du monde tend à nous séduire, à nous corrompre, à nous avilir; sa violence a pour but de nous abattre, de nous réduire à l'impuissance, d'anéantir notre ministère, et quelquefois de nous ôter même la vie. Nous n'avons pas besoin, pour savoir ce que peut faire la violence du monde, de nous reporter à la fin du siècle dernier, ilsuffit de jeter les yeux autour de nous. Certes ! il n'est pas nécessaire de tracer ici le tableau de la douloureuse condition qui est faite à notre Sacerdoce ; chacun le voit. La malice du démon semble incarnée dans plusieurs. Ils sont jaloux de notre grâce, de notre gloire et de notre influence, et ils nous haïssent i. Ils périront, et notre Hiérarchie demeura éternellement. Mais, avant de périr, ils ont dans le cœur de sinistres projets. Les plus puissants, qui donnent le mot d'ordre, sont les grands coupables. Au-dessous d'eux, il y a des hommes, moins méchants, qui exécutent ce mot d'ordre. Peut-être quelques-uns de ceux-ci sont près de nous. Nous l'econnaissons sans peine, à leur attitude, à leur langage, à leurs procédés à notre égard, qu'ils ajjpartiennent à l'armée de nos persécuteurs. Ce sont des âmes rachetées, nous ne le perdrons jamais de vue; mais nous sommes obligés de résister avec constance à leurs visées, à leurs desseins, à leurs actes mê-
1 Un écrivain de mérite, dont les idées se sont prol)<ablenient modifiées, n écrit : « 11 n'y a point parmi nous de passion plus vivace, que la haine de l'influence cléricale. » — Jules Simon, lieciie des Deux Mondes, livraison du 15 août, 1864.
l'esprit de force ^561
me; de protester, quand la protestation est seule possible, et de poursuivre leurs méfaits, par les moyens que la loi nous fournit encore, quand cette poursuite est autorisée par nos premiers Supérieurs. Ne soyons point timides; mais aussi ne soyons point présomptueux et imprudents ; et que ce ne soit jamais notre personne et nos intérêts propres que nous défendons, mais la grande cause de l'honneur de Dieu et du salut des âmes. Et voilà Tunique raison de notre énergique opposition, à la vie et à la mort. Mais ceci demande d'être particulièrement expliqué.
L'esprit de force que Notre-Seigneur répand dans les membres de la sainte Hiérarchie, les Évêques, les Prêtres, les Diacres, opère en eux des effets très différents. Il porte le Diacre principalement à la patience, comme nous le voyons dans ces trois hommes admirables, qui subirent avec tant de constance le martyre, saint Etienne, saint Laurent et saint Vincent i. Il est plus agissant dans le Prêtre; il lui communique une énergie particulière pour la lutte ; il le porte au labeur, à la peine, même à l'attaque de l'ennemi ; mais le Prêtre ne fait les œuvres de cet esprit de force, que sous la direction de son Chef, qui est l'Évêque. Dans l'Évêque, l'esprit' de Notre-Seigneur opère dans sa plénitude.
Comment opère-t-il en sa plénitude dans l'Évêque ? et comment faut-il entendre ce que nous disons du même esprit dans le Prêtre et dans le Diacre?
■ Pûsitis geiiibus, elainavit voce magiiâ, dicens : Domine, ne statuas illis hoc peccatum. — Act. vu, 59. — Beatus Lanrentius, dura in craticulâ superpositus ureretur, ad impiissimnm tyrannum dixit : Assatum est jani, versa et manduca ; nain facilitâtes Ecclesiœ, quas requiris, in cœlestes tiiesauros nianus pauperum deportavenmt. — Brev. Rom., x. Aug., ant. ad. Maqiiifica'. — Verberibus et equiileo tortus (Vinceiitius), cùm nuUâ aut tormentoriim vi, aut acerbitate, vel lenitate verborum à proPO*'i*° déterrer! posset, etc. — Krev. Rom., xxii Januar., lect. iv.
3G2 l'esprit de force
L'esprit de force opère en plénitude dans l'Évêque^ parce que seul FEvêque a la perfection du Sacerdoce de Notre-Seigneur. Nous le verrons dans un chapitre spécial. Possédant cette perfection, il exerce l'autorité que Notre-Seig'neur a eue, sur la terre, à l'égard de ses ennemis. Nous voyons, en effet, que notre souverain Prêtre, voulant faire connaître aux Chefs de son Église qu'il y aurait, dans l'exercice de leur ministère, des cas particuliers où la force apparaîtrait principalement, et où l'autorité qu'il leur communique, agirait dans toute l'étendue qui lui est propre, monti-a quelquefois les effets de sa souveraineté toute-puissante. Il le fit dans le Temple, quand il chassa les vendeurs sacrilèges i, une autre fois lorsqu'il pi'ononça tant d'anathèmes contre les Docteurs de la Loi, les Scribes et les Pharisiens -, et dans la circonstance particulière, où, parlant d'Hérode qui voulait le faire mourir, il ne craignit pas de le flétrir d'un nom injurieux: Ite^ et (licite Vulpi iUi : Ecce ejicio dœmovia, et sanitates perficio hodiè et cras, et tertiâ die consummor ^.
Or la même force, la même autorité de parole, la même énergie dans la conduite et le langage, la même domination sur toute puissance adverse, est dans l'Evêque. Les saints Pères ne cessent de le lui rappeler. « C'en serait fait de la dignité de l'Episcopat et de la puissance sublime et divine qui gouverne l'Eglise, dit saint Cyprien, si l'Elvêque pouvait se laisser intimider par l'audace des méchants... Les périls, l'épouvante sont choses indifférentes pour lui; c'est de ces terreurs mêmes et de ces extrémités qu'il tire sa gloire *. » Saint Grégoire, dans son Pastoral,
1 Matth. XXI, 12.
2 Matth. xxiii, U-29.
3 Luc. XIII, .S2.
' Si ità res est, ut nequissimorum timeatur audacia... actum nst de Episcol)atris vigore, etdeEcclesiœ gubernandîBsublimi ac divinâ potestate ; iioc
l'esprit de force 363
cite ces paroles d'Ezéchiel : « Vous n'êtes point montés contre l'ennemi, Prophètes lâches et insensés ; vous ne vous êtes point opposés comme un mur pour hi défense de la maison d'Israël, pour tenir ferme dans le combat i; » et il ajoute: « Monter contre l'ennemi, c'est élever la voix, c'est se porter avec courage contre les puissances du monde, pour la défense du troupean ; se tenir ferme dans la lutte, c'est, pour l'amour de la justice, résister aux méchants qui nous attaquent. Pour le Pasteur, craindre de dire la vérité, ce n'est pas autre chose que tourner le dos à l'ennemi 2. » Dans son livre de l'Institution de VEcêque, Pierre de Blois ne craint pas de dire : « Annoncez au peuple ses crimes. S'il porte un front endurci, que votre front le soit aussi, pour lui résister. Frappez d'un front plus ferme son front endurci •^. » Et saint Bernard, écrivant son livre de la Considération pour le premier des Evêques,le Pontife Romain, dit des légats du Saint-Siège: « Qu'ils soient Jean-Baptiste, en présence des Rois, Moïse contre ceux qui ont les mœurs des Egyptiens, Phinéès pour les fornicateurs, Élie pour les idolâtres, Elisée pour les avares, Pierre pour les menteurs, Paul pour les blasphémateurs, et Jésus-Christ lui-même pour les traficants
jam Christiani ultra aut durare aut esse jam po.ssumus... Nec intevest unde Episcopo aut terror aut periculuni veniat ; qui terroribus et periculis vivit obnoxius, et tamen fit de ipsis terroribus ac periculis gloriosus. — Ejiisf. XII ad Cornet, de quinque Preshijteris et Fortu7iato 2Jseudoej)iscopo. - Patr. lat., t. III, col. 798.
' Ezech. XIII, 5.
- Ex adverse ascendere est, defensione gregris, voce libéra hujus mundi potestatibus coutraire ; et in die Domini in prselio stare est pravis decertantibus, ex amore justitiœ, resistere. Pastori enim recta timuisse dicere, quid est aliud, quàm tacendo terga prœbuisse? — Pastor. Pars II, cap. IV. - Patr. lat., t. LXXVII, col. :^0.
^ Annuntia populo meo scelera eoruni (Is. i.viii, 1). Si obduratîe froutis sunt, et tu è diverse fronteni tuam obdura ; etc. — De Inst. Eplsc. in fine. — Patr. lat, t. CCVII, col. 1112.
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sacrilèges. .. Que bien loin de flatter les puissants et les riches, ils les fassent trembler ; que loin de redouter les menaces des Princes, ils les méprisent... Qu'ils relèvent partout les courageS; et qu'ils ne laissent aucun crime impuni i. »
Telle est la puissante énergie de l'Évêque. Rien ne l'arrête, quand il s'agit de l'honneur de Dieu et du salut de son troupeau. Il menace, il frappe du glaive spirituel, {^u'il tient en ses mains par le droit même que Jésus- Christ lui donne; ce glaive, c'est l'anathème, ce glaive, c'est l'excommunication. «Rien ne lui paraît dur, dit saint Ambroise, quand il s'agit de venger l'injure que le ciel a reçue 2. » Et, parce que c'est la puissance même de Dieu qu'il exerce, quelle que soit l'opiniâtreté ou la haine persévérante de ceux qu'il frappe, ils sont vaincus. Il arrive alors ce que le Seigneur dit à Moïse, qui est une parfaite figure de l'Evêque: « Voilà que je t'ai établi le Dieu de Pharaon ^. » Saint Ambroise a de belles paroles à ce sujet i ; mais il convient peu ici d'insister davantage sur ce grand et glorieux caractère de la dignité épiscopale -k Nous aurons, du reste, à admirer bientôt le saint et sublime
' Qui l'eg-iljiis Joamieiii cxliibeant, ^•Egj'ptiis Moyseu, foniicautibiis Phiiiees, Eliani idololatris, Eliseuin avaris, Pelrum meiitieiitibn.s, Pauluin blaslihemantibus, negotiautibus Christuin... Divites non palpent, sed terreant.. minas principum non paveant, sedcontemnant... Corda reticiant, et crimina <;oiTigant. — De Consideratiotie, lib. IV, cap. iv, n. 12. — Patr. lat., t. CLXXXII, col. 781.
'■^ Neque vero aliquid dnnim vldetur pro vindictâ injuriae cœlestif. — JJpist. LXVI, n. 7. - Patr. lat., t. XVI, col. 12-27.
s Exod. VII, 1.
* Cfr. Exposit. in Psalm. CXVIII, Serni. VIII, n. 15. — Pair, lat., t. XV, col. 1299-1300.
" Nous ne résistons pas au souvenir d'un extraordinaire passage de S. Grégoire de Nazianze, dans son panégyrique de S. Athanase : « Qui, tainetsi alioqui pacati et modesti sint, liâc tamen inre leues et faciles esse non sustinent, cuui, per silentium et quietem, causa Dei proditur ; verùni
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ensemble de tant de magnificences et de grandeurs. Ce qu'il faut remarquer, en ce moment, c'est la grâce de Chef, qui est dans ceux que Dieu lui-même a établis pour être les guides de son armée spirituelle, dans l'Église militante. Or, cette grâce implique le plus grand courage, la plus indomptable énergie, la force de Jésus-Cheist, en sou degré le plus élevé et en son efficacité la plus puissante. Ils usent de cette grâce divine, selon que l'Esprit même de Jésus-Christ les porte à le faire. Nous, Prêtres et Diacres, nous admirons, nous sommes prêts à suivre leur exemple ; mais nous n'avons aucune initiative. C'est pourquoi, notre esprit de force n'opère pas, par lui-même, de si grands effets.
L'esprit de force dans le Prêtre (et par conséquent d'une manière plus sensible encore dans le Diacre) ne s'exerce jamais sans douceur et modestie. Il n'a point de foudre entre les mains ; il résiste, il proteste, il intimide; il ne frappe pas, ou il ne frappe que lorsque le Chef le lui commande. L'Evêque, qui a la perfection du Sacerdoce, représente Notre-Seigneurdans la gloire de sa souveraine judicature, gloire en laquelle il entre par sa Résurrection; le Prêtre représente Notre-Seigneur dans l'humilité de son Sacrifice, dans sa Passion et au Calvaire, où, à cause même de son immolation, le divin Rédempteur semble n'exercer que sa Prêtrise i. Ce n'est pas que le Prêtre
hi admodum liellaces suiit atque in conHigeudo acres et féroces: liujusmodi enim zeliis ses lus est : citiùsque aliquid quodnoii oporteat amoverint qiuuu quod ex ot'ricio sit pnetermiseriut. — Orat. XXI. — Patr. graet-., t. XXXV. col. lOS-2. — Le S. Docteur dit de semblables paroles do S. Basile. Oratio XLIII (alias iO). ~ Ejusdem tom., col. 558 et seq.
1 (Ille Dominus .Jésus) cui, ad exterminationeni persequentium, poterant plùsquàm duodecim millia Augelicarum servire legiouum, uialebat nostram recipere formidiuem quàm suam exercere potestatem. — S. Léo Sermo LIV (alias 52), de Passione Domini III, cap. iv.— Patr. lat., t. LIV,
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n'ait le droit de se défendre, d'attaquer même, et de faire tout ce qui est en son pouvoir, pour faire triompher les droits de la justice et de la vérité. Mais alors même, il y a de la modération, et comme une préoccupation incessante, (s'il s'agit des âmes qui lui sont immédiatement confiées,) préoccupation qui lui fait prévoir le cas, prochain peut-être, où ces âmes auront besoin de son ministère de salut. Cet homme méchcint, qui occupe, dans la paroisse, une position importante, qui est maire, conseiller municipal, etc., devra se convertir avant de mourir; il aura donc besoin du ministère de son Pasteur. C'est l'accès facile^ auprès du malade, qu'il faut toujours se réserver. La passion fermerait toute voie ; une certaine violence rendrait impossible l'acte d'humiliation que cet homme doit faire, en se confessant. Il faut que tous puissent s'apercevoir et être convaincus, que la haine ou la vengeance, ou simplement l'amour-propre froissé, ne sont pour rien, absolument pour rien, dans les actes d'énergie, d'ciutorité, de force et de vigueur, que nous faisons contre les ennemis de notre Sacerdoce et des âmes. — Mais, revenons à ce qui nous touche de plus près.
VI. L'esprit de force, dans les tentations et les épreuves spirituelles. — Saint Jacques a dit une parole que la grâce divine seule peut nous faire comprendre : Otnne gauclmm e.flsthnate, fratres niei, ctim in tentatlones varias incideritis K L'épreuve nous humilie, et l'humiliation est un
c-ol. ■)-!. — Ciun tralieretiir vuictii.s ad pra;'.sidem, non snpplicavit appariturilms, sed Pelri conipescuit zeluin ; nec gladioriim passus est adhiberi îsiiHVagia. — Ernaldus lîonrevallensis. De cardinalibus ojjeribus Christi, n.l>: ,1e l'itsxioii" Chrix'i. — Patr. lat., t. CLXXXIX, col. 1(557. " .Jacob. I, 2,
bien et une source de grands biens ^ L'épreuve nous instruit, et la science de la vie présente, qu'elle nous donne, est telle qu'aucun livre n'est capable de nous enseigner à ce point ce qu'il faut, avant tout, savoir 2 : que maintenant c'est l'exil, que nous avons à expier, que la vie de notre Dieu lui-même, incarné pour notre amour, n'a été que croix et martyre ^, et que ceux que le Père a prédestinés, doivent être conformes à ce Modèle adorable ^. Mais, autant il est facile de se rendre compte de la nécessité de la souffrance et des bénédictions qui y sont attachées, autant il répugne à notre nature délicate et faible de l'aimer, et même simplement de l'accepter avec résignation. Ténèbres de l'esprit, terreurs de la mémoire et de Timagination, appréhension accablante de l'avenir, brisement du cœur, impuissances inexplicables de la volonté, aridités, désolations de l'âme, tentations intérieures contre la foi, ou l'espérance, ou la charité, autres tentations d'une amertume extrême, luttes- intérieures aggravées d'un découragement mortel, sorte d'agonie où il semble que tout ce qui est saint et bon ait péri à jamais... Oh! que tout cela est amer, douloureux, intolérable, pour la pauvre âme qui endure un si rude supplice !... C'est aussi, c'est surtout pour ces épreuves effrayantes, que la grande parole de notre Ordination nous a été dite : Accipe Spirifuni Sanctain ad rohio- ; et, en toute vérité, l'Esprit-Saint est en nous, pour porter avec force de si accablantes croix. Par la vertu de cet
' Hoiiuni milii, quia Imiiiiliasti mo. — I'^;aliii. cxviii, 71. — Datiir coiisolatio (livina, ut hoino fortior sit ad sustiiieuduin adversa : seqiiitnr etiain tontatio, ne se elevet de Ijono. — De Imitât. CJirixti, lib. Il, cap. ix, u. s.
- <iai tentatus non est, qualia.scitV — Eccli. xxxiv, 11.
•' 'i'ota vita Christi, criix fuit et niartyriuni. — De Imita!. C/irist.', lih. Il, caj). XII, n. 7.
* Rom. VIII, 2S).
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Esprit, iDortons les jiioiiidrcs, avec courag-e : un peu de sécheresse dans l'oraison, un commencement de découragement après un insuccès, une certaine tristesse qui gagne le cœur, à l'occasion de l'ingratitude d'une personne obligée ou de l'inconstance d'un ami, la crainte d'un changement de position ou de quelque autre sacrifice, une tentation contre la charité, ou l'obéissance, ou toute autre vertu, (|ui s'annonce.... Cui resistite fortes in fîde ^. Fidelis (lutem Deus est, qui non patietii]', vos tentari suprà ici quod potestis ; sed faciet etiam cum tentatione proventum, ut possitis sustinere -. Tristatnr cdiquis vesfruin/ ovet'^. AdDominum ciim trilndarev cJ(imavi,et exaudivit me^. Jnxta est Dominus his qui fribulato sunf corde^ et Jiun/iles .sjjirifu saJrabit^.
VII. L'esprit de force, dans les infirmités, dans les maladies et en face de la mort. — Il n'est pas rare de voir des âmes qui sont fortes au milieu des tribulations de l'esprit ou du cœur, et qui faiblissent, qui succombent même, quand le corps est atteint trop douloureusement. Nous savons par l'auteur de l'Imitation de Jésus-Christ, que c'est le petit nombre qui devient meilleur dans la maladie g. Et cependant, nous sommes les premiers-, nous
1 I Petr. V, 1). — Cortare autera adversùs incidentes iiialos niotns aninii, sugg'estionemque spernere diaboli, in.sig-ne est virtutis et inagni iiieriti. — De imitât. Christi, lib. III, cap. vi.
2 I Cor. X, 13., ^ Jacob. V, 13.
* Psalm. cx:x, 1.
^ Psalm. xxxiri, U». — Cfr. S. Hieronyiii. Epiât. XII ad Eii.dochiam, de rustodiû rirginit., ii. G, ubi dicit de principiis teiitationum : Statim ut libido titillaverit sensiim, aut blandiim voluptatis incendiuni dulci nos calore perfuderit, erumpanius in vocem: Dominus auxiliator meus... etc., etc. — Patr. lat., t. XXII, col. 398.
« Pauci ex infirmitate melioiantur. — Lib. I, cap. xxiii, n. 4.
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Prêtres, par voc.ation^et par devoir, à proclamer ce qu'il y a de sanctifiant dans la souffrance. Nous le prouvons par l'Ecriture, par les témoignages des Pères, par les maximes et par la vie des Saints i ; et rien n'est en effet plus facile que cette démonstration. Mais, quelle différence entre les connaissances de l'esprit et les affections du cœur! entre la vive lumière qui couronne de clartés notre intelligence habituée à ses doux rayons, et ces profondeurs de l'âme où s'exerce, d'une manière étrange, l'influence du corps et des sens, comme s'il y avait deux vies et deux hommes en nous ! Et nous savons, par saint Paul, qu'il en est ainsi. Oh ! qu'il plaise à la grâce de Notre-Seigneur que, par la vertu et la force de sa divine foi, cette autre parole du grand Apôtre s'accomplisse en nous, quand les infirmités ou la maladie tendent à ruiner notre corps misérable : Pi-opter quod non defîcimuH : sed llcet is, qui forts est, noster homo corrumpatur, tamen is, qui hitus est, renovatur de die in diem 2.
Et, quand la mort s'annoncera, que rien ne nous trouble, que les plus salutaires pensées, qui doivent nous être
* Ce n'est pas le cas de citer ces textes si nombreux et si beaux. Qvi'on se donne la peine de parcourir simplement le commentaire de Corneille Lapierre, sur les treize premiers versets du premier cliap. de l'Epître de S. Jacques. Nous citons ces belles paroles de S. Augustin, que nous avons sous la main .- « Tota ista miseria generis humani, in quâ gémit mundus.... dolor medicinalis est, non sententia pœnalis. Videtis quia dolor ubique, iibique metus, ubique nécessitas, ubique labores... Si ad lioc Deus liîe talibus flagellis erudit nos, ut non tenebrentur tenebrœ nostrre, agnoscamus nos sub pœnà flagelli esse ; et benedicamus Deum miscentem jam amaritudines dulcedini vittB temporalis, ne, temporalium deliciarum delectatione caecati, non desideremus delicias aeternas. — Enarrat. in Psalm. — In Psalm. cxxxviii, n. 15. — Patr. lat., t. XXXVII, col. 1793.
2 II Cor. IV, 16. — Utinàm videam iniirmari carnem meam ! Utinani non in carne vivam, sed in fide Christi !... Consummatvxr cai'nis infirmitatilnis animae fortitudo... ^Egritudo carnis peccatum repellit; luxuria autem carnis culpam udolet. — S. Ambros., De Fœnitentiâ, lib. I, cap. xnr, n. 61, 6o. — Patr. lat., t. XVI, col. 185.
devenues familières, nous fortifient contre la crainte naturelle, que ce redoutable mystère inspire. Les Pères ont aimé cette considération : que la mort nous est un grand bien, parce qu'elle met fin à cette triste vie d'infidélités et d'offenses de Dieu i. La mort a un autre aspect plus élevé encore. Nous nous en sommes occupés ailleurs - : la mort, c'est le triomphe de la toute-puissance, de la souveraine justice et de l'absolue sainteté de Dieu. La mort est aussi un Sacrifice d'expiation qui, offert par amour pour notre Dieu mourant pour nous, achève de perfectionne!* notre éminente grâce d'Hostie. Et puis, n'y a-t-il pas comme une recommandation à aimer l'état dans lequel nous mettra la mort, dans ces paroles qui sont dites dans notre plus glorieuse Ordination : « Reconnaissez ce que vous faites, et imitez ce que vous touchez, vous qui célébrez le mystère de la mort du Seigneur 3? » Mais, nous voici maintenant en présence de cette Ordination si sublime et si sainte, qui nous fait passer dans l'unité de la Sacrificature du Fils de Dieu.
1 Scripsit libi'uin de Mortalltate beatus Cyprianus, in qno proptereà dicit non solum non esse fidelibusinutilemmortem, verùm etiam ntilem reperij-i, quoniam peccandi periculis hominem snbtraliit et in non peccandi securitate constituit. — ii. Augusi. De Prœdestinat. Sanctortu», cap. xiv, n. 26.— Patr. lat., t. XLIV, col. 'JT'J.
'■* Liv. 11°, cliap. XXIV : Le suprême Sacrifice.
3 Agnoscile quod agitis ; imilamini quod tractatis, quateniis mortis Dominicîe Mystcriuin célébrantes, etc. — Pontif. Koni. in Ordin. J^resthyt.