CHAPITRE XXI
LA PRETRISE
L'Archidiacre appelle les Ordinands, disant : Accédant qui ordinandi siint ad ordinem Preshi/terafûs. Les Diacres, qui doivent recevoir l'Ordination de la Prêtrise, s'avancent vêtus de l'amict, de l'aube, du cordon, du manipule et de l'étole (disposée selon leur Ordre), et portant sur le bras g-auche la chasuble pliée. Déjà ils se sont présentés une fois, on s'en souvient; c'est an commencement de l'Ordination du Sous-Diaconat: et ils se sont prosternés, avec les futurs Sous-Diacres et les futurs Diacres, la face contre terre. Tous les élus des Ordres majeurs sont d'une manière spéciale et solennelle Hosties de Dieu; ils expriment leur état d'anéantissement par cette extraordinaire prostration. Ce n'est pas toutefois, pour demeurer Victimes sur le pavé du temple, qu'ils sont ainsi étendus ; leur place est à l'autel : comme nous voyons notre Dieu, Victime pour nous, prosterné d'abord au Jardin des Olives, dans le Mystère de son Agonie, mais peu après immolé sur l'autel de la Croix.
Quand les Ordinands se sont rangés en couronne autour de l'Evêque, l'Archidiacre dit : Rêver endissime Pater, postulat saiida Mater Ecclesia. CathoUca lit Jios jjrœsentes
Diaconos ad omis Pi'e.sh//ferii ordhiefis. Graves iDaroles, et doiit le sens est bien plus profond que celui qu'elles signifient dans l'Ordination du Diacre. L'Eglise demande des Prêtres, parce que les Prêtres lui sont Jésus-Chrlst. Elle veut toujours et partout voir son image, dans leur personne; les Prêtres sont ses mandataires auprès de l'Époux, et du Père et de l'Esprit de l'Epoux ; c'est à eux qu'elle confie ses secrets, ses intimes pensées, son intime amour pour l'Epoux, et aussi s.es besoins, ses tristesses, ses luttes, ses défaillances, ses espérances, ses joies ; c'est aussi par les Prêtres qu'elle multiplie les enfants de l'Epoux. De sorte que les Prêtres sont sa consolation, son secours, sa force, sa gloire, et comme le principe de tous les biens qu'elle désire, puisque, pour tout dire en un mot, c'est par eux que l'Eglise vit dans la plus parfaite union avec son Epoux, « Personne, dit saint Ambroise, n'aime autant Jésus-Christ que l'Eglise, pas même Pierre i. » Or, c'est par les Prêtres et dans les Prêtres et surtout les Evêques, qu'elle aime Jésus-Christ. On comprend la demande qu'elle adresse à l'Evêque, qui seul peut la satisfaire.
L'Evêque dit : Scis illos dignos esse ? L'Archidiacre répond : Quantum humaîia fragilitas nosse sinlt, et scio, et testificor ipsos dignos esse ad hujus oniis officii. Grand témoignage! attestation qui va donner lieu à un événement d'une immense grandeur et d'une immense portée ! Plaise à Dieu que ce témoignage et cette attestation soient ratifiés et comme souscrits par Celui « qui sonde les reins et les cœurs - ! »
1 Xemo tantiim potest diligere, quantum illn... Ergo iiec Petrus ipse, quia Ecelosia dilexit in l'etro. — In Uvaiiijel. sectind. Luc, lib. VI, n. 22. — Patr. lat., t. XV, col. 1674.
2 Ego suni scnitviDs renés et corda. — Apoc. ii, 2î].
LA PRÊTRISE STîî
Le Pontife a cette douce confiance et répond : Deo grattas. Suit, comme dans les Ordinations précédentes, mais avec une plus grande solennité, l'allocution de l'Évêque au Clergé et au peuple, après laquelle il s'adi'esse directement aux Ordinands :
Couseci-audi, Filii dilectissimi, in Presb yt eratûs officium, illud dig-nè snscipere, ac susceptum laudabiliter exeqiii studeatis. Sacerdotem euim oportet offerre, benedicere, praeesse, prsedicare et baptizare. Ciim magiio qiiippe timoré ad tantiim gTadum ascendendiim est, ac providendum. ut cœlestis sapieutia, probi mores, et diutiirna justitvx observatio ad id electos commemieut. UndéDomiinis pmecipiens Moysi, ut septuaginta vires de iiiiiverso Israël in adjutorium sniim elig-eret, quibus Spiritùs Sancti doua divideret, sug-gessit: Quos tu nôsti, quôd senes populi sunt . Vos siquidem in septuagiuta viris et senibus signati estis; si per Spiritum septiformem, Decalogum legis custodientes, probi et maturi in scieutiâ similiter et opère eritis. Sub eodem quoque mj'sterio, et eâdem figura in novo Testamento Dominus septuaginta duos elegit, ac biuos antè se in prœdicationem misit, ut doeeret verbo simul et facto, Ministres Ecclesite sus fide et opère debere esse perfectos: seu gemina? dilectionis, Dei scilicet et prosimi virtute fundatos. Taies itaque esse studeatis, ut in adjutorium Moysi et duodeeim Apostolorum, Episcoporum videlicet Catholicorum, qui per Moysen et Apostolos figurantur, digne, per gratiam Dei^ elig'i valeatis. Hâc certè mira varietate Eeclesia Sancta circumdatur, oruatur et reg'itur; cùm alii in eâPontifices. alii minoris Ordinis Sacerdotes, Diaconi et Subdiaconi diversorum Ordinum viri consecrantur ; et ex multis et alterna* dignitatis menibris unum Corpus Clxristi efficitur. Itaque, Filii dilectissimi, quos ad nostrum adjutorium, fratrum nostrorum arbitrium consecrandos eleg'it, servate, in moribus vestris, castae et sanctœ vita? integritatem. Ag-noscite quod ag'itis; imitamini quod ti'actatis, quatenùs mortis Dominiciï Mysterium célébrantes, mortificare membra vestra à vitiis et concupiscentiis omnibus procuretis. Sit doctrina vestra spiritualis medicina populo Dei ; sit odor vitœ vestrse delectamentum Ecclesire Christi; ut prîedicatione atque exemple sedificetis domum, id est, familiam Dei; quatenùs nec nos de vestra provectione, nec vos de tanti officii susceptione damuari à Domino, sed renumerari, potiùs mereamur. Quod ipse nobis concédât per gratiam suam. Amen.
Un volume ne suffirait pas pour faire le commentaire de si saintes et véné^^^bles paroles. C'estd'abord le grand et sublime pouvoir qui est annoncé : « Il faut que le Prêtre offre le Sacrifice, qu'il bénisse, qu'il préside, qu'il prêche et qu'il baptise. » Mais cela même doit inspirer à rOrdinand « une grande crainte » ; car, « la charge » qui va peser sur lui, « est redoutable aux épaules angéliques elles-mêmes i » ; une. céleste sagesse est exigée, en même temps que « des mœurs à toute" épreuve > et « la longue liabitude d'une vie sainte ». Il est dit au nouveau Prêtre qu'il succède aux soixante et dix vieillards, que Diel^ choisit autrefois pour aider Moïse dans le gouvernement du peuple hébreux; mais, à cause de cet honneur, il doit être « comme un vieillard lui-même » et « par la vertu de l'Esprit-Saint aux sept dons >■ il a l'obligation « de garder fidèlement le Décalogue de la Loi, et de montrer une grande probité et maturité en science et en toute conduite. » Il succède aussi aux soixante et douze disciples ; mais, à leur exemple, il doit être, par ses paroles et par ses œuvres, un ministre parfait de l'Eglise-, il faut qu'il n'ait que « des habitudes d'une vie chaste et sainte. > Cette vie tout entière doit être, « pour l'Église de Jésus- Christ, comme un parfum et une consolation continuelle», de sorte que « la maison et la famille de Dieu en soient véritablement édifiées, et qu'ainsi ni le saint Evêque qui communique une. si grande grâce au nouveau Prêtre, ni le Prêtre qui en est fait participant, ne soient pas condamnés de Dieu, au jour du jugement, mais bien plutôt réccmpensés. »
C'est la substance de cette admirable allocution. Mais, il y a, vers le milieu, une parole mille fois redite, parti-
' Ce mot qui est de S. Beni;iril, a et*'; déjà cité, au cliap. i do ce Liv. III.
culièrement inspirée de Dieu, que nous venons de passer sous silence, parce que nous voulons maintenant nous y arrêter plus longtemps et, s'il se peut, en pénétrer le sens profond.
Agnoscite quod agitis ; imitaminl quod tractalis. « Reconnaissez ce que vous faites ; imitez ce que vous touchez, vous opérez, vous accomplissez, à l'autel. »
« Reconnaissez ce que vous faites. » 0 Dieu ! qui nous donnera de dire ce que recommande une telle parole? « Reconnaissez ce que vous faites. » Il y a longtemps que nous avons été instruits de la sublimité de cette grâce, de cet honneur, de ce ministère. On nous l'a dit même enfant, avant notre première communion, au catéchisme ; on nous l'a redit, avec plus de zèle, d'amour, de lumière et d'onction, au petit Séminaire, au grand Séminaire surtout; dans les lectures spirituelles, dans la direction particulière, et principalement quand avaient lieu les exercices des retraites d'Ordination, nous apprenions toujours mieux le saint, le doux, l'attrayant, le glorieux mystère de ce qui se passe sur l'autel, au moment de la Consécration, et la part si prodigieuse, si miraculeuse du Prêtre à l'accomplissement de ce Mystère. Eh bien ! cette science est toujours à apprendre. Il y a là des profondeurs où il faudra toujours pénétrer plus avant; il y a là des sublimités où il faudra que le regard de la contemplation s'exerce à monter toujours avec plus de ferveur, parce que ces profondeurs sont en réalité au delà de toutes nos investigations, ces sublimités bien plus haut que tous nos efforts. Nous méditerons, nous étudierons, nous consulterons, nous solliciterons la lumière des saints; nous demanderons, avec d'instantes prières, que les abîmes du secret divin se dévoilent, que les splendeurs de son amour pour son humble créature s'abaissent jusqu'à nos
3<6 LA PRÊTRISh.
yeux infii-mes, et, peu à peu, par un effet de la miséricordieuse condescendance de notre Dieu (car «^de telles consolations, de telles délices ne peuvent être accordées tout d'un coup 1 >), le regard pénétrera dans ces ténèbres profondes, et supportera tant de magnifiques[siDlendeurs 2.
Agnoscite quod agitis. 0 Prêtre! sachez-le bien, afin que vous ayez cette conviction intime et inaltérable, que jamais votre préparation à la sainte Messe ne sera suffisante pour une telle action,votre conscience jamais assez pure, votre foi jamais assez vive, votre ferveur assez ardente, votre humilité, votre contrition, votre Eeligion intérieure et extérieure assez parfaites. « Keconnaissez, sachez bien ce que vous faites »; et vous comprendrez la vérité de ces paroles du livre de V Imitation de Jésus-Christ : >SV liaheres angelicam jmritatem, et Sancti Joannis Baptistw sanctitatem, non esses dignus hoc Sacramentum accipere, nec tract are. Xon enim hoc meritis debetur ho mi nu m, quod homo consecret et tractet Christi Sacramentum... Grande mgsterium, et magna dignitas Sacerdotnm, quilnis datum est quod Angelis non est concessiim^l
« Reconnaissez ce que vous faites : » et vous serez saints, de cœur, d'esprit, de corps, quand même vous n'auriez qu'à dire une seule fois, dans votre vie, les paroles de la Consécration... et, dans le cours de la sainte Liturgie, qui prépare à cet ineffable Mystère, vous ne serez pas seulement un ange de religion, d'humilité, d'amour ; mais vous serez comme Marie (dle-même ; mais vous serez ce qu'en vérité vous êtes : Jésus-Christ.
« Reconnaissez ce que vous faites; » et, quand viendra
* Non .statim à primo epiil.amur omnia, iieque potamus omiiia. — S. Amhrosi. In EcaiifjeL secund. Luc, lib. VI, n. 71.— Patr. lat., t. XV, col. 1086.
* Siciit tenebrœ eju.s, it;i et lumen ejus. — Psalm. cxxxviii, 12. ' Lib.IVj cap. v, n. 1
le moment qui vaut toute l'éternité, le moment tout divin, où ce que vous ai:ez à faire s'accomplit, où l'Action par excellence s'opère, vous ne serez plus de la terre, mais du Ciel; vous ne serez plus au milieu des créatures, mais, comme nous l'avons expliqué ailleurs, dans le sein même du Père; car, en vérité, Jésus-Christ ne peut être produit c^ue dans le sein même de son Père i.
« Reconnaissez ce que vous faites : Agnoscife quod agitas: » et alors il vous sera facile ou au moins possible d'imiter ce que vous opérez : Imitamini qiiodtractatis.
En vérité, voilà une parole qui dit tout : tout ce qui est de notre sanctification et perfection, tout ce qui est de la gloire de Dieu et de Jésus-Christ, tout ce cj[ui est du bien de l'Eglise et des âmes. Est-il nécessaire de développer ces pensées, si simples et si lumineuses ? Imitamini quod tractati.s. « C'est la perfection de la Religion, dit saint Augustin, que d'imiter ce qui est l'objet de notre culte-. » Voilà bien le cas. Imitamini quod tractatis. Notre Baptême même nous oblige à l'imitation de la divine Hostie. Il nous fait Hostie, comme il nous fait Prêtre, suivant la doctrine si connue des Pères ^. Cliacjue communion consacre notre Sacerdoce spirituel et notre état d'Hostie ^. Chaque grâce actuelle tend à la même fin. Mais, quand les saints Ordres nous sont conférés, c'est alors l'état d'Hostie dans toute sa sainteté, et c'est le
* Voir le cliap. xxii de notre 1'^'" Livre.— Cfr. M. Olier, Explication dea cérémonies de la grand' Messe de Paroisse, Préface.
- Religionis snmma est imitari quem colis. — De Civil. Dei, lil). ^'III• cap. XVII, 11. 2. — Patr. lat., t. XLI, col. •24-2.
^ Xous l'aTons montré dans plusieurs chapitres, particulièrement dans le I" du II"= Liv. et le I*'' du III^ Liv. — C'est le sujet de notre livre intitulé : De l'Union à Xotre-Seigneur Jésus-Christ dans sa rie de Victime.
* Et nos unam seciiin hostiam effectos ad sacrum invitât convivium. — Prœfatio pro Solemnit. SS. Sacram. in quib. diœcesib. h S. Sede concessa
Sacerdoce, non plus spirituel, mais tel que Notre-Seigneur l'a institué dans son Église, qui nous sont communiqués. Or, cette communication, c'est notre plus haute sanctification. Être Hostie avec Jésus-Chkist, comme nous sommes Prêtre en J^sus-Christ, c'est la plus éminente grâce qu'une simple créature puisse recevoir, à part celle qui ne convient qu'à Marie. « Imiter l'Hostie », en avoir les sentiments, les dispositions, en faire les œuvres de mortification, d'humilité, de religion, de charité, c'est donc toute notre perfection spirituelle i.
Mais c'est aussi toute la gloire de Dieu, parce que tout rapporter à Dieu, tout consacrer et vouer à Dieu, faire Dieu la fin unique de tout notre être, c'est se reposer en lui seul, c'est n'aimer que lui seul, et l'aimer sans mesure. L'Hostie se perd, l'Hostie s'anéantit, l'Hostie se consume, dans les flammes de la plus parfaite charité : Imitaminl quod tractatis.
Enfin, c'est tout le bien de l'Eglise et des âmes. En eff'et, que le Prêtre « imitant ce qu'il opère » soit toujours et paitout Hostie, prêchant, catéchisant, administrant les sacrements, consolant les affligés, fortifiant les faibles, créant et dirigeant des œuvres nouvelles, en un mot, se donnant, « se dépensant 2 », vivant et mourant; qu'il soit Hostie, dans ses vues, dans ses affections, dans ses actes, dans tout son ministère, dans tout son être; et l'Eglise et les âmes respireront « comme une odeur de vie et éprou-
> L'Évêqne insiste sur la mortification, soit intérieure, soit extérieure, à cause de la relation particulièrement sensible de cette vertu et de l'état dans lequel elle nous fixe, avec le Mj-stère de la moi-t de Notre-Seigneiir Jésus-Christ, que nous célébrons : Imil amini quod fractatis, quatenhs mortis Doininicœ Mysterium célébrantes!^ morlificare inemhra restra à vit'i'is et cour np Iscenliin o m n ihns j^rocuretis.
* Impendain et superiinpondar ipse pro animaljus vestris. — Il Cor. XII, lu.
veront le saint contentement i », que donnent l'amitié de Dieu et la grâce de Jésus-Christ.
Et, Hostie le premier, ce Prêtre fera des Hosties: il communiquera la vie d'Hostie dont il est plein; car cette vie doit être aussi celle de toutes les âmes rachetées. « C'est le dessein de Dieu, dit le grand Evêque de Milan, que les peuples vivent de la vie des Prêtres ; soit parce que les Prêtres sont en réalité les modèles, qu'ils n'ont qu'à imiter ; soit parce que, en vertu du Baptême, chaque chrétien est oint d'une huile sainte qui le fait Prêtre spirituel et qui l'oblige à s'offrir lui-même en Victime-, >
La grâce de l'Ordination de la Prêtrise est donc la grâce d'Hostie. Qui le comprend, a pour le temps et l'éternité un trésor de vie. Qui pense et se conduit selon cette grâce est saint; parce qu'il est Jésus-Christ tout entier, non point seulement Jésus-Christ, selon la dignité et l'autorité de son divin Sacerdoce, mais Jésus- Christ, selon la sainteté toute parfaite de l'état pour lequel le Sacerdoce lui a été donné de son Père et dans lequel le fixe à jamais ce Sacerdoce divin.
' Sit odor vita' vestr;»-' delec-tamentuni Ecelesi» Cliri.sti. — Suprà, Coa- -ico'ciiuh, fil il dilectissùiit.
^ Qnomodo ille ob.ser^•atol• legi.s et defeii.sor (David) panes (propositionjs) et ipse manducavit, et dédit iis qui seciim eraiit, quos non licebat mandncare nisi tantiimmodo sacerdotibus; nisi lit per illam denionstraret figuram, sacerdotaleni cibiini adiisum transitiinim esse populorum ? Sive qiiod omncs vitam sacerdotaleni debeiniis iniitari; sive quia omnes Ecclesiae filii Sacerdotes suiit : ungimur eiiim in Sacerdotium sanctuin, ofterentes nosnietipsos Deo hostias spirituales. — /*( JEccnif/eJ. secund. Luc, lib. V, n. 33. — Patr. lat., t. XV, col. 1(345. — Cfr. ejusd. S. Doctor. De Sacramenfi.fl, lib. IV, cap. I. — Patr. lat., t. XVI, col. 436-437. — Et in opère inscripto : De Gain et Ahel : Xunc revelatum est (per friictus primogenitos à Cain et Abel oblatos) eos significari, qui per baptismatis sacramenta renovantur. Hoc est enini verè sacrificium priinitivum, quando unusquisqiie se oiïert hostiam,et àT se incipit, ut posteà niunus suum possit offerro. — Lib. II, cap. VI, n. 19. — Patr. lat., t. XIV, col. 350.
Miim, cette doctrine, nous Favons exposée ailleurs, dans cet ouvrage. Seulement, il est impossible de résister à la très douce jouissance qu'on éprouve à se répéter sur ce beau sujet.
Voici du reste la suite de l'Ordination, qui va confirmer cette même doctrine.
Quand l'allocution de l'Evêque est terminée, les Ordinands, deux à deux, s'avancent vers lui et se mettent à genoux. L'Evêque alors impose en silence ses deux mains sur la tête de chacun d'eux. Après l'Evêque, les Prêtres qui sont présents imposent aussi les mains sur chaque Ordinand. Quel est le sens mystique de cette cérémonie? Elle est premièrement le symbole de l'Oblation. Ainsi parlent les Pères et les commentateurs de l'Écriture: Manuum imposifio symholum eyat ohlafionis i. Hoc ritu, dit Corneille Lapierre, offerenfi signifcat se v/ctimam è suâ mami et potestate in Dei jus transferre-. Lors donc que l'Evêque, seul, en silence impose les mains sur l'Ordinand. c'est comme s'il voulait effectivement, en même temps qu'il le fait Prêtre, le faire Hostie, sachant bien que le complément nécessaire de la grâce sacerdotale c'est qu'il soit autant Victime que Prêtre. Et, ici, d'une manière touchante, apparaît ce Mystère qui nous occupe sans cesse clans les Ordinations; L'Evêque, c'est le Père; l'Ordinand, c'est Jésus-Christ. Qui a fait Jésus-Christ, Prêtre et Hostie? Le Père, la volonté du Père; cette volonté a été véritablement comme une imposition des mains du Père. « L'imposition des mains, dit saint Denys, est bien l'expression d'une protection et d'un amour paternels ^ » ;
1 Euseb. Dem. Ecawj. Lib. I, cap. x. — Patr. g'ra'C, t. XXII, col. 8G. - Corn, il Lap. in Levit. I, 4.
^ Pontitici.s aiitem manûs impositio desig-nat liievarchicam protectioneni, quâ, tanquain saiictos filios patenio atiectu fovet, et statiim virtuteinque
ce Fils qui est ainsi consacré, est bien, en effet, « le Fils de la dilection du Père i » ; mais, « à cause de nous, il ne l'a pas épargné, il Ta livré, il l'a fait notre Victime 2. »
L'Ordinand qui est à genoux, comme pour recevoir ce qu'il plaît à l'Évêque de lui imposer, est donc réellement Jésus-Christ sous la main du Père, et il reçoit, par ces deux mains que l'Évêque met sur sa tête, la consécration de l'état d'Hostie comme son adorable Prêtre et Modèle.
Mais, à la cérémonie de l'imposition des mains par l'Evêque, succède celle de l'imposition des mains par les Prêtres, qui sont présents: Que signifie ce nouveau rit ?
■< Autrefois, dans l'ancienne Loi, dit Bossuet, on mettait la main sur (la tête de) la Victime, en signe qu'on s'y unissait, et qu'on se dévouait à Dieu avec elle. C'est ce que témoigne le Prêtre (à la Messe) en mettant ses mains sur les dons qu'il va consacrer 3 » ; c'est aussi la pensée des Pères et des interprètes des saints Livres i. Que prétendent donc faire ces Prêtres, qui s'avancent et qui imposent les mains sur les Ordinands? Ils savent qu'ils sont eux-mêmes Hosties, ils veulent confirmer leur grâce d'Hostie; et c'est pourquoi, sachant ce qui se passe sous leurs yeux, cette Oblation que fait l'Evêque, cet état d'immolation et de sacrifice où est l'Ordinand, cette consécration dont il est l'objet et qui le marque du sceau des Victimes de Dieu, ils veulent, eux aussi, être Victimes plus que jamais ; et ils témoignent de ce désir, en faisant cet acte d'union à cette âme sacerdotale, qui leur rap-
sacri ordini.s impertitur. — De Hierarch. EcclesiasL. cap. v, part. Il, § 3.— Patr. gralc, t. III, col. 511.
1 Coloss. 1, 13.
2 Koin. VIII, y>'2.
^ KxiAlcation de quelques dif/icuJiés des jjrières de la Messe. * Tertio, hoc ritu signjticat offcrens, se totum semetipsum ciim victimfi in liolocaustnin offerre Deo, etc. — Cornel. à Lap. la Levlt. I, 4.
pelle d'une mcinière si touchante, leur première consécration, au jour de leur Prêtrise i.
Une courte invitation à la prière suit cette double cérémonie. Les mains demeurent étendues : « Oi-emtts, fratres charissinii, Deiim I^atrein omnipotenteiii, ut super hos famulos stios, quos ad Preshi/teril munus elegit, cœlestia doua iiiultqjlicet ; et quod ejus dignatione suscipiunt, ip.sius consequantu)' auxlîîo. » L'Évêque sollicite une abondance de dons célestes ; car il est nécessaire que ce qu'ils reçoivent fructifie.
Après l'Oraison qui suit, l'Évèque récite une préface. La même pensée, que nous avons remarquée dans l'exhortation du commencement, revient ici. C'est le cœur de l'Evèque qui a la sollicitude des âmes, dont la grande préoccupation se révèle toujours : Da, quœsunrus, omnipotens Pater, in hos famulos tuos Presbyteril dignitatem ; innova in viscerihus eorumspiritum sanctitatis ; ut acceptuni à te, Deus, secundl meriti munus ohtineant ; censuramque moruiii, exemplo suœ conversationis, insinuent... Eluceat in eis totiûs forma justitiœ... Que de grâces sont demandées pour ce nouveau Prêtre ! 11 n'a pourtant pas encore le premier rang dans rÉgiïse. L'Evêque le lui rappelle : secundi meriti munus:, mais il est Prêtre ; et il faut qu'il soit saint dans l'intime même de son âme: innova in viscerihus eoruni spiritum sanctitatis,Qt qu'il le soit devant le peuple, pour l'encourager et, au besoin, le reprendre: censuram morum exemplo suœ conversationis insinuent.
L'Évêque s'assied, prend la mitre; les Ordinands sont
' Le pieux M. de Lautages se deniancle dans ses Instructions ecclésiastiques, « ce que signifie la cérémonie de l'imposition des mains de l'Evèque et des Prêtres qui l'assistent ? » 11 répond : « Cette cérémonie marque que DiKU l'accepte (le Diacre présenté) pour être son Prêtre et sa Victime dans son Eg'lise. > — Titre VI. De l'Ordre de Prêtrise, cliap. i.
toujours à genoux devant lui. Chacun d'eux porte encore l'étole à la manière des Diacres : lÉvêque prend cette étole, et, l'imposant sur les deux épaules de chaque Ordinand, la fixe devant la poitrine, en forme de croix : Aptaf eam ante pectus himodiim cntc/s. Il a fait ce nouveau Prêtre Victime par l'imposition des mains ; en voici un signe sensible. Il dit en même temps : Accipe jiigum Domini; jugiim enhn ejus suave est, et omis ejits levé. La croix est ce joug de notre Dieu. Même la croix est un joug suave et un poids facile à porter, quand c'est l'amour qui le reçoit. Proposito sibi gaudio, sustimiit crucem'^. Saint Augustin a parlé de ce que l'amour peut faire, sous le poids du joug de Jésus-Christ, quand il dit: Humeros pios quœrebat, ciim diceref: Jagum enhn meum suave est, etc. Alla sarchia pondus Jiahet, Christi sarcina pennas liahet-. Il dit ailleurs cette gracieuse parole, si souvent citée : Xullo modo enhn sunt onerosi labores amant/urn, sed etiam ipsi délectant... Interest ergo qnid ametur. Xam in eo quod amatur, aut non Jaboratur, aut et labor amatur^. Ce qui est dit, pour que le jeune Prêtre sache bien que l'esprit d'Hostie n'a rien de sombre, et que le Prêtre seul est malheureux qui ne porte pas avec joie le joug de Jésus-Christ i.
* Hebr. XII, 2.— Propter gaudium sibi propositnni sustinuit Crucem...Hiê sensiis uti simplicior est et planior, itù germanior qnoque est et signifitantior priori. — Corn, à Lap. i'/t illud Hebr.
- Enarral. in Fsahn. — In Psalru. lix, n. 8. — Patr. Lit., t. XXXVI, col. 711».
3 De bono vldaltalis, cap. xxi, n. 2G. — Patr. lat., t. XL, col. 448.
* Citons le contexte des paroles du iiiênie S. Docteur: Jejunia quoque ac vigiliœ, in quantum valetudinem non perturbant, si orando, psallcndo, legendo, et in lege Dei meditando insumantur, in delicias spiritales etiam ipsa qua; videbantur laboriosa vertentur. Nullo modo enim sunt onerosi labores araantium, sed etiam ipsi délectant, sicut venantium, aucupantium, piscautium, vindemiantium, negotiantium, liido aliquo sese oblectantiuin. Interest ergo, etc. Et vide quàm pudendum et dolenduni sit, si delectet labor ut fera capiatur, ut cuppa et sacculus inipleatur, ut pila jaciatur, et non delectet ut Dens acquiratur.
384 r.A PRÊTRISE
A l'imposition de l'étole succède celle de la chasuble. C'est encore un joug et un fardeau, qui est placé sur nos épaules. Nous le rappelons chaque matin, en prenant ce vêtement sacré : Domine, qui dixisfl : Jugum meum suave, est, et omis meum levé; fac ut istud portare sic valeam, quôd consequav tuam gratiam. Mais l'Evêque ne parle que de charité. C'est la charité qui-est la loi universelle de la vie des élus de Dieu ; c'est la charité qui est le feu dans lequel se consument les Victimes : Acci2Je vestem sacerdotaJem, per quam charitas intelUgitur. Potens est enim Deiis, tit ciugeat tibi charitatem et opus perfectum. Amour de Dieu, et amour des âmes : tout est là ; c'est « l'œuvre parfaite » telle que l'a accomplie et consommée Celui dont il est écrit : Per 8piritum Smictum semetipsum ohtiilit immacidatum TJeo i. Dilexit me, et tradidit semetijjsum pro me 2.
Quand ces deux cérémonies, si touchantes et si graves à la fois, sont achevées, l'Evêque sent le besoin de s'élever à Dieu et de prier pour les âmes privilégiées qui sont à genoux, à ses pieds. Voici sa prière:
Deus, sanctificationiim omnium aiictor, cujxis vera consecratio, plenaque benedictio est, tu Domine, super hos famulos tuos, quos ad Presbyterii honorem dedicamus, munus tu* bene -|- dictionis iufunde, ut gravitate actuum, et censura vivendi probent se seuiores, his instituti disciplinis, quas Tito et Timotheo Paulus exposuit ; ut in leg'e tufi die ac nocte méditantes, quod legerint, credant ; quod crediderint, doceant ; quod docuerint, imitentur ; jvistitlam, constantiam, misericordiam, fortitudinem, cfeterasque virtutes in se ostendant; exemplo prœbeant ; admonitione confirment; ac purum et immacu)atum ministerii sui donum custodiant ; et in obsequium plebistufe, panem et vinum in Corpus et Sang'uinem Filii tui imma-
« Hcbr. IX, 14.
-' (Jabit. II, 20. — S. Thomas donne une raisoli particulière, qu'il faut recueiUir, de la .>sig-nification de la chasuble ; il dit : Haliet casulam, qua; signiticat charitatem, quia ipse charitatis conficit .sacraraentum. — Siq»jAem. q. xi,, a. 7, e.
culatâ biMiediftioiie transfovnient ; et inviolabili charitate in virum perfVctuiii, in mensurani a^tatis jilenitiidiuis Christi, in die jnsti et a'terni judicii Dei, conscientiâ purâ, fide verâ, Spiritu Sancto ])kMii vesurji'ant. Per eunideni Doniinuni nostrum Jcsuni Ciiristum, Filiuni tuum, qui tecuni vivit et l'eg'nat in iinitate ejusdeni Spiritûs Saneti, Deup, per omnia srccula saiciilorum. Amen.
Quelles merveilleuses paroles ! Que nous ferions bien d'en faire fréquemment le sujet de nos méditations ! Que de lumières! quelle onction! comme c'est bien la parole seule que l'Esprit de Dieu peut inspirer à son Eglise !
Mais le saint rit devient de plus en plus solennel. Voilà que l'Evêque se tourne vers l'autel et se met lui-même à genoux. Il entonne le Veni Creator. Et, pendant que toute l'assistance des Prêtres, des Clercs et du peuple, implore les grâces et les dons de l'Esprit Saint, un grand mystère s'accomplit : l'onction des mains des Ordinands. L'Evêque s'est assis, il porte la mitre, pour exprimer qu'il agit dans toute la majesté de son Ordre. Chaque Ordinand à genoux présente successivement les deux mains; et l'Evêque les oint de l'huile des catéchumènes, en traçant une croix, in modumcrucis, du pouce de la main droite à l'index de la main gauche, et du pouce de la main gauche à l'index de la main droite; ensuite, il oint les mains tout entières, et enfin il fait un nouveau signe de croix sur les mains, disant, durant cette sainte onction, ces paroles si belles, si glorieuses pour nous: Comecrare et sanct'tfîcare digueris, Domine, rnanus istas,per htcun unctlonem et nostram hene y dictionem. — Amen. — Ut quœcumqiie henedixerint, henedicantiir , et quœcnmque consecraverint, consecreiitur et sanctlficentur, in nomine Domini nostri Jesu Christi. Chaque Ordinand répond: Amen, donnant ainsi à tant de grâces qu'il reçoit son joyeux assentiment.
L'î]vêque, prenant les deux mains de l'Ordinand, les
ferme ou les joint ensemble, et l'un des ministres du Pontife lie, avec un linge, les mains ainsi jointes, qui demeurent dans cet état, même pendant la porrection du calice, de la patène et de l'hostie. C'est l'Evêque qui les présente à chacun d'eux, disant: Accipe potestatem offerre Sacripcium Deo, Missasque celebrare, tàm pro vivis, quàm pro defunctis. In 7iomine Domini. L'Ordinand touche, les mains liées, avec les deux pouces et les deux doigts du milieu, le calice qui contient le vin avec l'eau, et la patène qui porte l'hostie.
Mais, n'y a-t-il ici aucun mystère? Que signifient ces mains liées? N'est-il pas question, dans l'Evangile, d'un fait semblable, douloureux et ignominieux, où il est parlé de notre divine Victime? Saint Jean dit:^^ ministri Judœorum comprelienderiint Jesum , et ligavemnt eum'^ ; et un peu plus loin : Acceperunt corpus Jesu, et ligaverunt ïllud linteis cum aronuitibus ^^.Yoilk Y action de lier, voilà des linges, voilà des parfums. Or, celui qui est lié de la sorte, c'est notre unique Victime. Il accomplissait une prophétie. C'était l'usage de lier les victimes ; Abraham lia son fils sur le bûcherS. Notre Ordinand honore les liens de Jésus: ceux qui lièrent ses mains avant le Sacrifice, au Jardin des Olives, et ceux qui environnèrent son Corps, après sa mort. Il honore les premiers et il est lié lui-même, afin qu'il n'oublie pas, suivant une parole de saint Ambroise, qu'il faut être Victime soi-même avant d'offrir un Sacrifice àDiEU-^^et c'est pourquoi il est lié avant qu'il lui soit dit: «Recevez le pouvoir d'ofi'rir. » Et il honore les liens
1 Joanu. XVIII, l'2.
- .Joaiiu. XIX, 40.
' Clinique alligasset Isaac filiuni suuin. — Geues. xxii, 9. * Unusquisque se offert Hostiam, et à se incipit, ut posteà munus suum possit offerre. — Déjà cité ci-dessus, dans ce même chapitre.
qui liaient Jésus après sa mort, et lui-même demeure lié pendant et après que ce pouv^oir de consacrer lui est donné, afin qu'il sache que l'esprit et l'état d'Hostie sont véritablement le fruit de son pouvoir de Sacrificature.
Cette union intime avec Jésus-Christ, Prêtre et Hostie, au moment où le Pontife oint les mains et les ferme ensemble pour qu'elles soient liées, est une précieuse grâce qu'il faut solliciter pour les Ordinands. Nous lisons dans la vie d'un saint Religieux de notre temps, le P. Clément Cathary, de la Compagnie de Jésus, qu'il eut le bonheur de la recevoir d'une manière éminente. Voici ce qu'il dit; il parle de lui-même à la troisième personne : « Et voilà qu'après l'onction épiscopale, il se vit tout-à-coup investi de Notre-Seigneur, le Prêtre selon l'ordre de Melchisédech ; et il se vit une même chose avec lui : en sorte qu'il voyait et sentait parfaitement que ce qu'il faisait et disait comme Prêtre, était l'action et la parole même de Noti'e- Seigneur, sans aucune différence. Il voyait cela, avec une évidence telle que le moindre doute lui devenait impossible, et le lendemain, à la sainte Messe, son cœur faillit éclater i. »
La cérémonie de la porrection du calice et de la patène étant achevée, les Ordinands doivent sécher leurs mains avec de la mie de pain et se les laver et les sécher avec les linges qui les liaient. En ce temps-là, la Messe qui était commencée (l'Ordination ayant eu lieu après l'Epître), se continue. A l'oftértoire, les nouveaux Prêtres se présentent à l'Evêque, qui reçoit l'offrande du cierge allumé, qu'ils portent. « Cette offrande indique qu'ils s'offrent eux-mêmes, donnant à Dieu tout ce qu'ils sont, pour être à Lui et à son Eglise, entièrement et à jamais 2. »
1 Vie, etc., Livre II", chap. x.
2 M, de Lantages, ^ibi suprà.
Nous avons expliqué, en parlant de l'Acolyte i, comment ce cierge qui se consume devant Dieu est le symbole de JÉSUS Christ, Victime, et de l'âme qui veut se consumer, comme Lui, dans les Hammes du même Sacrifice.
L'oblation étant faite, les Prêtres se mettent à genoux, à terre, près de l'autel. On leur donne à chacun un livre, qui contient tout ce que le Pontife va dire dejDuis l'offrande de l'hostie : Su.scipe, sancte Pater, etc., jusqu'à la Communion. Ils doivent avoir soin de dire toutes les paroles de la sainte Liturgie et surtout celles de la Consécration, non pas après, mais dans le même moment que l'Evêque les prononce : Omnia... et prœsertimverha Consecration'is, quœ dicl dehent eodem momento per Ordhiatos, quo diciintur per Ponflficem ~.
Or, ceci mérite très particulièrement notre attention. Il y a, sur ce qui se passe à l'autel, deux vues également vraies. La première est familière (nous le savons par les témoignages que nous avons cités) k saint Ignace, Martyr. L'Evêque, source du Sacerdoce, qui vient de donner à l'Église d'autres Jésus-Christ, c'est le Père, source première du Sacerdoce de Jésus-Christ. Il offre le saint Sacrifice, parce qu'en effet, c'est bien le Père qui immole son Fils, suivant cette parole de saint Paul : Proprio FiUo .siio nonpepercit, sed pro nohh omnihus tradidit flum y ; et le Fils, Victime du Père, a été si soumis à tout -ce cpi'il lui a plu de faire de lui, que vraiment il a été le premier à redire la parole du Père ; il l'a dite avec une grande fidélité. Ce que fait le nouveau Prêtre, qui, s'appliquant à répéter les paroles de l'Evêque, non pas avant, non pas après, mais au même moment, avec une sorte
* Dans ce même Livre III'', chapitre xiv. 2 Ruljric. Pontif. Roman.
2 Rom. VIII, 32.
LA l'RÊTRISE 389'
d'intervalle cependant, comme le fait quelqu'un qui écoute, rappelle exactement cette application attentive, amoureuse du Fils à la parole, à la volonté, aux moindres mouvements du Père : touchant mystère depuis^ longtemps annoncé dans le Psaume, où l'Incarnatioiî étant prédite, on lit les paroles mêmes que Notre-Seigneur devait dire : « Vous n'avez plus voulu, Seigneur, les sacrifices et les oblations; mais vous m'avez donné une ouïe parfaite. Et voilà que je viens... poui" faire votre volonté i, »
Que le nouveau Prêtre contemple et adore ce Mystère de l'obéissance du Fils de Dieu, du soin amoureux avec lequel il a suivi pas à pas les ordres de son Père, répétant ses paroles qu'il faisait siennes, s'accommodant très fidèlement à toutes les indications de son bon plaisir, lisant assidûment « dans le Livre en tête duquel il est écrit qu'il ferait la volonté de son Père 2 «^ n'ayant d mtelligencepour comprendre, de cœur pour aimer, de volonté pour exécuter, qu'afin de satisfaire pleinement les desseins de les vues du Père, même quand il s'agissait de la plus grande pauvreté, de la [)lus extrême humiliation, et de la plus cruelle mort.
C'est le premier aspect du grand et saint mystère, qui se passe sur l'autel où l'Évêque sacrifie, et sur les marches de l'autel où les nouveaux Prêtres disent, « au même moment que le Pontife, toutes les paroles liturgiques et surtout celles de la Consécration. »
Mais, il y a une autre vue également sainte et élevée et conforme k la vérité. L'Évêque, c'est Jésus-Christ :
' SacriHeium et oblationeiu iioluisti ; aures autem perfecisti mihi, — Psalm. XXXIX, 7. — Cfr. Hebr. x, b.
^ In capite libri scriptnm est de nie, ut facerem voluiitatem tiiam. — Ibi.l. '.I.
Jésus-Christ dans la plénitude de son autorité et de sa gloire^ Jésus-Christ tel qu'il apparaît dans le Mystère de la Résurrection et tel qu'il est au ciel. Nous aurons à dire prochainement comment l'Evêque reproduit tant de gloire en sa personne. Dans cet état, l'Evêque consacre, mais avec desministres.il consacre réellement lui-même, mais les ministres consacrent avec lui et, en quelque sorte, en lui. Ils en ont le pouvoir ; ce qu'ils disent est efficace ; et pourtant la première émission de voix est celle de l'Evêque. Il est bien le principal offrant; il est bien le principal auteur du mystère. Ôr, c'est à Jésus-Christ, d'une manière éminente,que ces expressions conviennent. Nous lisons au livre de V Imitation : Sacerdos qnidem minister est Dei, utens verho Dei per jussionem et institut ionein Dei; Dens autem ihi principaUs est mi et or et invisihilis opérator^. Quand le nouveau Prêtre dira seul la sainte Messe, il saura quel est Celui qui seul peut dire : Hoc est enim Corpus meum. Il dira lui aussi ces paroles, mais il sera ministre d'un autre Prêtre invisible, qui est « le principal offrant et le principal auteur du mystère » .C'est pourquoi, il est vrai de dire que, dans la Messe qui accompagne le rit de la sainte Ordination, l'Evêque représente Jésus- Christ. Aussi, quand la Communion est faite, quand, après l'union de ministère pour la Consécration, s'accomplit l'union de dispositions par la Communion sacramentelle, que dit l'Evêque ? La parole même de Jésus-Christ, la parole dq son Cœur, et il la dit sans préambule, comme s'il parlait de lui-même :Jam noii dicam vos servos,sed amicos meos ; quia omnia cognoiùstis quœ operatus sum in medio vesfrî. Alléluia, Accipite Spiritum Sandum in vohis ParacUtum.
^ Lib. IV, c;ip. v, n. 1.
Ces derniers mots annoncent un nouveau pouvoir, une nouvelle grâce : le Saint-Esprit va être communiqué au Prêtre, pour la rémission des péchés. C'est ce que fit Notre-Seigneur à ses Apôtres, le soir du jour de la Résurrection. L'Évêque, qui porte cette grande gloire de l'état de JÉSUS ressuscité, l'Évêque qui représente à la fois le Père et le Fils, Principe unique du Saint-Esprit, va donner le Saint-Esprit et le produire en quelque sorte dans Tâme des Ordinands.
Ceux-ci, d'abord debout, récitent la formule de la foi qu'ils devront prêcher, dit la rubrique du Pontifical i, le Credo des Apôtres; puis se mettent à genoux devant l'Évêque; alors le saint Pontife dit, en imposant de nou veau les mains sur chacun d'eux : Accîpe Splritum Sancfum; quorum remiseris peccata remittuntur eis, et quorum rethiueris retenta snnt. Immense mystère que ces paroles ! Nous ne pouvons nous y arrêter en ce moment. C'est plus tard, dans un autre travail, que nous devrons considérer le Prêtre de Jésus-Christ investi de cette prodigieuse autorité et l'exerçant dans l'Eglise. L'Evêque déplie ensuite la chasuble et en revêt entièrement chaque ordinand, disant : Stolâ innocentiœ induat te Domlnus. La chasuble est le symbole de la charité; l'Evêque demande à Dieu, pour le nouveau Prêtre, l'innocence et une innocence qui le couvre et le protège comme un vêtement. Charité et innocence ! Il faut absolument, et à un degré sublime, ces deux vertus au Prêtre qui va recevoir les aveux des pauvres pécheurs au saint Tribunal : la charité, avec tous les caractères que saint Paul lui assigne : patiente, douce, nullement envieuse, toujours bienfaisante, modeste, humble, désintéressée...-; et l'in-
1 Staiites, profitentui' tidem quam prsedicaturi siint.— lu ordia. Preshyt. I Cor. XIII, -1-8.
:i:»2 LA PRÊTRISE
nocence, une grande innocence de pensées, de sentiments, de paroles, de conduite, afin que celui qui doit purifier les autres, soit parfaitement pur, et que les souillures d'autrui ue puissent pas ternir son âme.
Nous touchons au terme de la sainte cérémonie. Tout devient plus intime. L'Evêque et le Prêtre ne font qu'un en Jésus-Chrlst, Evêque et Prêtre unique : grande doctrine si ancienne et toujours nouvelle dans l'Église ^ Deux témoignages de cette union vont être donnés : l'un qui exprime les relations hiérarchiques de l'Evêque et du Prêtre, la supériorité que le premier possède de droit divin, et l'infériorité du second, voulue aussi de Dieu -, l'autre est le plus doux symbole de la charité.
L'Evêque, toujours assis, prend dans ses mains, les deux mains du nouveau Prêtre et lui dit : Promittis milii et sticcessorihus meis reverentiam et ohedientiam f Le Prêtre répond : Promitto. Que cela est profond et sublime ! Que de grandeurs dans cette âme sacerdotale ! que de pouvoirs lui sont donnés! que de privilèges! quelle dignité ! Il est bien plus haut que les Anges ; il est Jésus- Christ même. Mais l'Evêque, c'est le Père. Or, les saints Docteurs disent : « Obéissez à l'Evêque comme JÉsus-
1 Écoutons S. Ig-nace : Una est caro Domini nostri Jesu, et uiius illins sanguis qui pro nobis effusus est ; uiins item panis omnibus contVactus est, et unus calix onmibns distributns est; unum altare omni Ecelesite ; ac mins Episcopus cnm presbyterio et diaconis consei'vis meis. Quandoquidem et unus est ingenitus, Deus et Pater, et unus unig-enitiis, Filins Deus, \'eibam atque Homo, et unus Paraclitus, Spiritns veritatis; una quoque pra'dieatio, et fides una, et unum baptisma, et una Ecclesia, quam suis sudoribus ac laboribus fandârunt sancti Apostoli, in sanguine Christi. — E/Hstol. ad Philadelph., n. 4 (ex interpolatis). — Patr. grsec, t. V, col. 82-2- 82:5. — Et ailleurs : Memorabile presbyterium, dignum Dec, ità est coaptatum Episcopo, ut cordje citharse ; ità coUigati consensu et concordi charitate, cnjus est Dnx et Custos Jésus Cliristus. Et vero singuli unus clioras eatote, etc. — E^jistol. ad Ephestos., u.-i. (ex iuterpol.) — Patr. grjec,
V, col. TiJô.
LA PRÊTRISE o93
Christ à son Père i »; et ce doux Rédempteur < obéit jusqu'à la mort, et la mort de la croix -. » C'est ce mystère touchant que reproduit, que porte en soi, le nouveau Prêtre. Il est Victime autant que Prêtre : c'est Tobéissance qui fait la Victime. D'autre part, l'Evêque lui a dit: « Il faut que le Prêtre préside », il doit avoir le premier rang : Sacerdotem ojiortet 2}}'œes.se. Or, nous n'ignorons pas cet oracle d'une grande sagesse : Xemo securè prœesi,nhi qui libeufe)' siihesf. Xemo securè prœcipif, nlsi qui henè obedire didicit 3. Et nous avons cité et expliqué ailleurs ce commandement exprès du Saint-Esprit. Quanfo magnus es, humilia te in omnibus et coram Deo invenies gratiam: quoniam magna pofenfia Dei soliûs et ab humilibus lionoratur ^.
L'obéissance du Prêtre à l'Evêque, c'est le premier témoignage, infiniment précieux, de leur intime et surnaturelle union. Le second, non moins précieux, est plus doux encore.
L'Evêque, tenant toujours dans ses mains les mains du nouveau Prêtre, s'incline vers lui et le baise, disant : Pdx Domini sif s-emper tecum. Le nouveau Prêtre répond : Amen.
Quel est ce baiser de l'Evêque? C'est le signe de l'amour le plus tendre, c'est le symbole de l'union la plus pure, c'est le témoignage d'une profonde allégresse, c'est le lien qui consacre la beauté toute divine de la sainte Hiérarchie. En parlant ainsi, nous ne faisons que paraphraser l'expliciition de saint Denys : '^ancta iUa
' Oinnes Episcopnni sequiiiiiiii, ut Jésus Christus Patreiu. — 8. Tgnat. Antioch. Epi.stol. ail ,'^iiii/rineox, u. i^. — l'atr. gTPec, t. ^', col. 714. - riiilipp. Il, 8.
^ L>p Luit. Clirisfi, lib. I, cap. xx, n. 2. * F.eclj. m, -20-21.
mutua vonsahitatio in sacHs Ordmibus celébratur, quœ mentlnm œquaUum sao'osajictam insinuât commnnionem, ainahiJciiique miduain hefitiam, quijjpè quœ deiformem nia.vimè venustafem tofiûs sao'i Ordinis coiiservat i. Ce baiser, c'est le salut affectueux de la Résurrection '-^.C'est l'annonce et la prophétie de ce que doit être l'union des Entants de Dieu, dans le ciel, et maintenant, dès l'exil; c'est l'expression touchante et pleine de joie de ce qu'est, dans l'Égiise, la parfaite union et l'unité de la Hiérarchie sacerdotale. L'Évêque l'a rappelé au nouveau Prêtre, dans le cours de l'ordination îî. Ce baiser signifie que le vœu du Pontife se réalise, et que l'édification qui en sera donnée à l'Egiise, et les biens qu'elle en recevra, sont d'une certaine manière assurés. Mais ce signe d'une très intime union est l'indication d'un autre mystère, du plus saint, du plus élevé, du plus vénérable et du plus admirable de tous. II nous révèle ici-bas ce qui se passe éternellement, dans le secret de la vie divine. Il y a un baiser du Père, il y a une union ineffable et incompréhensible du Père et du Fils, dans ce baiser éternel ; ce baiser, c'est le .Saint-Esprit. Mais, parce qu'on pourrait trouver étrange cette vue de notre foi, écoutons le Docteur de l'amour, le Séraphique saint Bernard; il parle à ses Religieux :
« Donnez une attention plus grande à quelque chose de bien doux, qu'on goûte bien rarement et que l'on comprend bien difficilement. Il me semble, pour remonter un peu plus haut, que Celui qui dit : « Personne ne connaît le
' De Ecclesiast. Hierarch., cap. v, ii. G. — Patr. grœc , t. III, col. 514.
- Stelit Jésus in nieclio eorum, et dicit eis : Pax vobis. — Luc. xxiv, .36. — .loann. xx, 19-21. — Cfr. S. Thoin. III, q. lxxxiii, a. 5, ad 0.
^ Alii in eâ (Ecclesiâ) Pontiiices, alii minons ordinis Sacerdotes... consecrantur : et ex multis, et alternre dig-nitatis membris unum Corpus Christi efficitur. — Snjjrà : Consecrandi.
Fils que le Père, et personne ne connaît le Père que le Fils, ou celui à qui le Fils voudra le révéler i, » il me semble, dis-je, que Celui-là parlait d'un baiser ineffable et qu'aucune créature n'a jamais expérimenté. Car, le Père aime le Fils et il l'embrasse avec un amour singulier : le Très-Haut embrasse son égal, l'Eternel son coéternel, et le Dieu unique son unique. Mais l'amour que le Fils a pour le Père n'est pas moindre... Or, la connaissance mutuelle et l'amour mutuel de Celui qui engendre et de Celui qui est engendré, qu'est-ce autre chose qu'un baiser très doux, mais très secret?... Car, ce baiser, si nous entendons bien ce que c'est, pour le Père, que de baiser son Fils et, pour le Fils, d'être baisé de son Père, nous conviendrons qu'il n'est autre que le Saint-Esprit lui-même, puisqu'il est la paix inaltérable, le nœud indissoluble, l'amour et l'unité indivisible du Père et du Fils ■'-. »
Après que l'Evêque a donné à chaque nouveau Prêtre
le saint baiser d'union, il s'adresse à tous, disant : Quia
res qiiam fracfafuri esfis, safis pericidosa est, FiJii d'dec-
fissimi, moneo vos, ut diligente)' totiûs Missœ ordinem, atque
Hostiœ Consecrationem , ac fractionem, et Communionem,
1 Matth. XI, 27.
- Audite atteutius quod sapit suavius, et g-ustatur rarius, et intelligitur (Ufticilius. Milii videtur inetîabile quoddam atque inexpertum oiuui creatiirse osciilum désignasse, qui ait : Nemo novit Filium nisi Pater, et nemo iiovit Patrem, etc. Pater enim diligit Filium, et singulari dilectione amplectitur, summus œqualem, œternus coa?ternmn, unus uuicum. Sed enim non minori ipsi Filius attectione adstringitur ; qiiippè pro cujus amore et molitur... 111a itaque mutua gignentis genitique cognitio pariter et dilectio, quid nisi osculum est suavissimum, sed secretissimum... Si recte Pater osculans, Filins osculatus accipitur ; non erit abs re osculum Spiritum Sanctum intelligi, utpotè qui Patris et Filii imperturbabilis pax sit, gluten lirmum, indivisibilis unitas. — In cantica, Serm VIII, n. 1 et 2. — Patr. lat., t. CLXXXIII, col 810-811.
ah alif.'^ jain doctis Sacerdofibiis dlscath, prliisquam ad celehrandam Afissam accedafis.
Suit une bénédiction, puis la postcommunion, encore une autre bénédiction et une nouvelle recommandation de « s'exercer à vivre saintement et religieusement : Sttidete sancte et reUgiose vicere, et de plaire en toute chose au Dieu tout-puissant, atqwe omnipotenfi Deo placere; » enfin, le Pontife impose à chaque Ordinand l'obligation de célébrer trois messes : la première du Saint-Esprit, la seconde en l'honneur de la Bienheureuse Vierge Marie, la troisième pour les fidèles défunts ; et celui qui est le plus grand de tous, ajoute humblement : Et omnipotentem Deum etiam pro me orate.
Il peut bien, du reste, le grand et saint Evêque, se recommander ainsi aux prières de son Fils spirituel, qu'il vient de consacrer Prêtj-e. Il a mis en lui une si puissante grâce de supplication, d'intercession, de médiation, que même ce qu'il y a de plus élevé et de plus comblé des dons divins, peut recevoir quelque bien encore du.ci'édit de cet humble Prêtre auprès de Dieu. Ce qu'il est devenu par l'ordination du Sacerdoce est absolument au delà de toute pensée humaine. L'élévation qui s'est faite en lui, l'ennoblissement, la sanctification, et, pour parler le langage familier à saint Denys, l'état déiforme dans lequel il est entré i, tout cela échajDpe à notre vue infirme, et probablement au regard si pénétrant des Anges eux-mêmes. C'est l'intime et profond secret de Dieu.
' Sacrosauctè ad uniformem (leit'onnitatem pro captu nostio, et ad Denm diviiianiqiie virtutem promoveninr. — De Ecdesiast. Uierarchiû, cap. i, u. 2. — l'atr. grœc, t. III, col. 374. — 8i veruni sit virum esse prorsùs diviimin, divinoriiin commimione digiium, pro suo modulo ad deiformitatis tastigiiun perfectissimis perfectiviscuie deiticationibus evectum, etc. — De Ecries. Jlierar., cap. m, part, m, n. 7. — Ejusd. t., col. 4rj'J-4(')"2. — Et alibi passini.
Il est Prêtre et Prêtre dans toute sa personne et tout son être; il est Prêtre dans son âme comme dans sa chair; il est Prêtre, soit qu'il remplisse un ministère, soit qu'il paraisse un homme privé. Tout en lui est sacerdotal et, par conséquent, tout est divin. Il pense d'une manière divine, il aime comme un Dif.u, il vit, ce n'est plus lui qui vit, c'est Dieu qui vit en lui, le Dieu qui l'a fait son Prêtre et un autre lui-même. Aussi, quand il se lève et qu'il passe, si humble, si modeste, si beau cependant sous son vêtement blanc et sa chasuble sacerdotale, tout s'incline, l'Egiise de la terre s'incline, les Anges du Ciel s'inclinent. C'est qu'il y a tant de gloire céleste et divine, sur cette âme qui est devenue Jésus-Chrlst. Si les rayons qui envk-onnent son front, sa face, son cœur, sa chair même, devenaient visibles, tout pâlirait dans l'univers. Si sa grandeur apparaissait sensiblement ce qu'elle est, les rois et les reines jetteraient leurs couronnes à ses pieds. Si toute créature pouvait savoir la source intarissable de bien qui lui est ouverte, toutes les fois qu'il lève la main pour bénir et consacrer, il y aurait partout, sur la face du globe, un immense tressaillement de joie. Il se fait au ciel, ce tressaillement, parce que le Prêtre est, ici-bas, le concitoyen du Ciel; il se fait au Purgatoire, parce qu'il est l'ami, l'auxiliaire, le libérateur des âmes du Purgatoire; il se fait dans la multitude des âmes qui, suivant la parole de saint Ambroise, « voyant le Christ en lui, sont dans la vraie et infaillible lumière i. » Il se fait, d'une manière incompréhensible, mais plus profonde et plus amoureuse, dans l'Hostie... 0 Prêtre! l'Hostie vivante tressaille, l'Hostie vivante vous attend: elle veut être
1 Omnis auima, quae Clin.stum cogitât, in lumine seniper est; (lies hicet, tibisempei- Christus aspirât. — la Psalin. CXVIII, Serm. XIX, n. 18. — Patr. lat., t. XV, col. 1474.
entre vos mains, c'est là qu'elle se plaît surtout. Elle est à vous: vous êtes à elle. Toujours l'Hostie réclame son Prêtre, toujours le Prêtre est un avec l'Hostie. Ils ne jDeuvent vivre séparés. C'est la joie de l'Hostie d'avoir son Prêtre; c'est la joie du Prêtre d'avoir son Hostie. 0 beau mystère! ô insondable abîme de grâce, d'innocence, de paix, de joie, qui demeure le secret du Prêtre et de PHostie!