L ECOLE J'RESBYTERALE OU CLERICALE — LE PETIT SÉMINAIRE
Ce sujet réclamerait un volume. Nous le traitons ici seulement au point de vue du développement de la grâce sacerdotale.
L'enfant est admis à l'école du Presbytère, composée seulement de trois ou quatre élèves, ou bien à l'école cléricale beaucoup plus nombreuse, ou au petit Séminaire diocésain!.
Dans ces diverses maisons, l'éducation est la même. Les moyens, les exercices, les programmes varient; mais l'esprit qui dirige les maîtres ne peut pas être différent, qu'il s'agisse d'une petite école ou d'un Séminaire.
Or, cet esprit, qui détermine le caractère et le but de l'éducation, quel est-il? Il se résume en un seul mot, qui est de saint Paul : « Former Jésus-Christ dans l'âme de chaque enfant.» C'est absolument vrai de toute éducation,c'est essentiellement indispensable, quand il s'agit d'élever
' L'école cléricale porte quelquefois le nom tVAliiiunat ecclésiastique. — Quelques congréyatious relig'ieuses (riionimes ont créé des écoles spéciales, qui ont pour but, ou bien de favoriser, d'une manière générale, les vocations ecclésiastiques, ou bien do s'assurer à elles-mêmes des' sujets pour les œuvres dont elles s'occupent. Ces institutions si précieuses portent le nom iï Ecoles apostoliques, de Jucenafs, etc.
une âme sacerdotale. Tout maître, tout professeur, tout préfet de discipline ou d'études, doit pouvoir dire: FUlolî mei, quos iterùm partuvio, donecformetur Christu.s in vobis'^.
Et la raison fondamentale et décisive de ce caractère à donner à l'éducation, de ce but à atteindre,de cette grande œuvre à accomplir, quelle est-elle ? Elle est tout entière dans ces paroles, qui nous disent ce qu'est Jésus-Christ, la place qu'il occupe dans le monde et dans le monde des âmes surtout : Omnia et lu omnibus Chrishis-.... Omnia in ipso constant''^.... Secundum heneplacitum ejus, quod proposuitineOy.. instcnirare omnia in Christo-^. Ego sum Alpha et Oméga, primus et novissimus, principium et finis ^. Dieu a fait toute chose pour sa gloire 'J; et sa gloire unique, c'est Jésus-Christ.
Il n'y a pas de programme, de tradition, d'usage, de thèse, de plan possibles, contre cette vérité. C'est parce qu'elle n'est j^as comprise, et qu'elle n'est pas mise en pratique, dans nos écoles publiques, que nous nous perdons; et ce qu'on appelle aujourd'hui la laïcisation de l'enseignement, n'est autre chose que l'exjDression de la haine de l'esprit de mensonge contre Jésus-Christ et ses droits.
Le temps est venu de donner à l'enfant, et à l'enfant ecclésiastique principalement, JÉsus-CHRiST,et nous ajoutons, sauf à nous expliquer (nous allons le faire), rien que Jésus-Christ.
Tout le but de l'éducation, avons-nous dit, est de former Jésus-Christ dans l'âme de l'enfant. Quel est tout le
1 Galat. IV, 19.
2 Coloss. III, 11.
3 Coloss. I, 17.
« Ephe. I, y, lu.
^ Apec. XXII, 13.
® Proverb. xvi, 4.
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sens et la portée de cette parole? M. de Bonald a dit: « L'éducation, c'est tout ce qui sert à former des habitudes i. » Quelles sont les habitudes d'une âme ecclésiastique, sinon les habitudes mêmes de Jésus-Christ; de sorte qu'elle puisse dire: « Pour moi, vivre, c'est Jésus- Christ 2.» Or, comment former l'enfant aux habitudes de Jésus-Christ? C'est premièrement en travaillant à donner à son intelligence une grande foi, à son cœur une vive charité, à toute sa conduite une parfaite modestie : à son intelligence une grande foi, car il est écrit : « que Jésus-Christ habite en nous par la foi^ »; — à son cœur une vive charité, car nous devons aimer Jésus-Christ de tout notre cœur^, et il habite en nous avec le Père et le Saint-Esprit, quand nous l'aimons^; — à toute sa conduite une parfaite modestie, étant obligé à manifester, même au dehors, la vie de Jésus-Christ 6, et à être revêtu de Jésus-Christ comme d'un vêtement 7,
Toute l'éducation d'un enfant sacerdotal est dans ces quelques mots. Nous allons reprendre.
I. — Nous devons travailler à former Jésus-Christ en lui, en concourant à donnera son intelligence une grande foi 8.
Nous n'avons pas à prouver ici la nécessité de l'enseignement de la foi, pour une âme destinée au Sacerdoce de Jésus-Christ. La foi est son aliment, c'est son atmosphère, c'est sa lumière, c'est sa vie.
1 Le vie. fie Bonald. — Mélanges : De rEducaliou et de V instruction.
2 Philipp. I, 21.
^ Ephe. III, 17.
« Matth.xxii, :!7.
^ Jo; nn. xiv, i?>.
<' II Cor. IV, 10.
1 Rom. XIII, 14.
** S.Bonaventiire a dit excellemment : Fructns omnium scientianim est, ut in omnibus cedificetur fides. — De reduct. omnium artium ad Theol. — in fine.
Mais nous disons : Donnez une grande place au catécliisme, à un catéchisme bien fait, clair, intéressant, pieux, et qui devienne de la théologie, exposée avec les mêmes qualités de clarté, d'intérêt, d'onction, à mesure que l'enfant devient un adolescent, puis un jeune homme.
Révélons à son esprit, à son cœur, la vraie beautç de l'Histoire Sainte, qui est toute pleine de Jésus-Christ. Prenons pour nous la recommandation de saint xA.ugustin: « Quand nous entendons chanter un psaume, ou bien lire la Loi, ou quelqu'un des prophètes, et en tin quoi que ce soit qui ait été écrit avant que Jésus-Christ ne vînt dans sa chair, que toute notre application soit de nous attacher à voir là le Christ, à comprendre là le Christ; car nous ne pouvons présumer de comprendre quoi que ce soit (de l'ordre de la grâce), tant que nous ne comprendrons pas le Christ i. » Sans la personne de Jésus-Christ, l'Histoire Sainte présente des faits étranges, peut-être dangereux à faire connaître aux enfants; avec Jésus- Christ qu'elle annonce, par une grande variété de prophéties, tout s'illumine, tout se coordonne, et tout édifie. Les Pères n'ont pas compris autrement toute l'histoire de la première Alliance ; et tous, saint Ambroise et saint Augustin surtout, ont vu partout Jésus-Christ préparant, par tant de figures, l'Alliance nouvelle qui devait être éternelle 2.
' Modo ergo Iota intentio nostra est, qiiando Psalmum audimus, quando Prophetam, quando Legem, quae omnia antequàm veniret in carne Dominus Noster Jésus Christus, conscripta sunt, Christum ibi videre, Christum ibi intelligere... Quœramus liîc Christum.. — Enarrat. in Psahn. — In psalm. xcviii, n. 1. — Patr. lat., t. XXXVII, col. 1258. — Antequàm perveniat ad Christi intellectum, non se prjpsumat intellexisse. — In Fsahn. xcvi, n. 2. - Patr., t. XXXVII, col. 1237.
* Nous ne prétendons pas justifier un certain excès qui porte, dans les traités d'Herméneutique, le nom de figurisme. On abuse de tout et surtout de ce qu'il y a de meilleur. X'ous voulons dire simplement que nous sommes heureux, pour l'intelligence de l'Ecriture, d'être à l'école des Père.s de l'Eglise. C'est comme eux, et pas autrement que nous voudrions la lii-e
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Cette connaissance de l'Histoire Sainte ne peut se donner à l'enfant, sans qu'il reçoive en même temps une certaine communication de la science des Saintes Ecritures. Nos programmes sontencombrés.On ne manquera pas de nous faire cette objection. Mais, qu'est-ce que les programmes contiennent de si important, que l'on ne puisse sacrifier ou réduire à d'autres projDortions, pour qu'une certaine connaissance de la Sainte Ecriture soit absente d'une école ecclésiastique ? Saint Paul félicite son disciple Timothée d'avoir été initié dès son enfance à la connaissance des Saintes Lettres i. Théodoret nous apprend que, de son temps, les plus petits enfants n'étaient pas étrangers à cette divine science 2. Saint Jérôme recommande même à une jeune fille de 16 ans, Eustochium, de se lever deux ou trois fois chaque nuit pour méditer de nouveau les passages de l'Ecriture, qu'elle a appris dans la journée^; et nous savons, par un Canon du Concile de Vaison, tenu en 529, que dans les écoles cléricales, fondées par ce Concile même, l'étude des Livres Saints tenait le premier rang-^. Cet exemple ne serait-il pas bon à suivre?
et la comprendre : Omnia quœ illis continentiir libris, vel de Ipso (Christo) dicta s)mt, vel propter Ipsum. — S. Aiig-. Contra Fanslnm, lib. XII, cap. vir. — I atr. lat., t. XLII, col. 257.
1 Et quia ab infautiâ sacras litteras nôsti. — II Tim. m, 15.
* Statim à cunabulis velut mamillam quamdam sacrarum Scripturarum meditationem haurimus, ut, quum morbus nos invaserit, salutare pharmacum spiî-itûs disciplinam adhibeamus. — Eplstol. XIV,Alexandrœ. — Pair, grsec, t. LXXXIII, col. 1187.
^ Noctibus bis terque surgendum, revolvenda quœ de Scripturis memoriter retinemus. — Epis'ol. XXII, ad Eustochium, n. 37. — Patr. lat. t. XXII, col. 421. — Il ûcrit ailleurs, à la Vierge Principia, quelle était l'extraordinaire ardeur des Dames Romaines pour les Saintes Ecritures.— Divinariim Scripturarum erat ardor incrediliilis. — Eplst. CXXVII, ad Princij}. — Ejiitaphium MarceHœ, n. 4. — Patr. lat., t. XXII, col. 1089.
* Voici les paroles des Pères du Concile: Hoc enim placuit, ut omnes presbyteri, qui sunt in parochiis constituti, secundum consuetudinem quam per totam Italiam satis salubriter teneri cogno\imus, juniores lectores quantoscumque sine uxore liabuerint, secum in domo ubi ipsi habitare
Comme THistoire Sainte annonce Jésus-Christ devant venir, l'Histoire ecclésiastique nous révèle sa vie dans son Corps mystique. Jusqu'à la fin des siècles, et surtout dans l'Éternité, le Chef et les membres sont dans la plus parfaite unité. C'est la grande lumière qui, répandue sur les Annales de l'Eglise, en manifeste le magnifique caractère, en explique toutes les épreuves. L'Eglise ne cesse de reproduire, d'une manière mj^stérieuse et même absolument incompréhensible pour la raison humaine réduite à ses propres vues, la vie et les mystères de son Epoux et de son Chef. Elle les reproduit par les persécutions qu'elle endure, parles luttes qu'elle soutient, par les défections mêmes qu'elle subit, comme par les triomphes qu'elle obtient. C'est ce qu'il faut dire de bonne heure à l'enfant sacerdotal.
Mais jSTotre-Seigneur « qui est tout en toute chose », a-t-il par là même naturellement sa place dans l'étude des langues, de la grammaire, des belles-lettres ?
Certes, sa place est partout et toujours la première i. Serait-il difficile de faire comprendre à un enfant, tant soit peu intelligent, que, Xotre-Seigneur Jésus-Christ étant seul le Verbe, seul la Parole du Père, seul la Parole que le Père se dit à lui-même éternellement, et la Parole qu'il a dite aux hommes au commencement, il est par là même le principe de tout langage; et, j^our nous servir d'une expression assez pittoresque de Thomassin, que, parlant à nos premiers parents, il leur a réellement enseigné la grammaire - ? Quelle que soit notre opinion sur
videntiir, recipiant ; et eos, quomoilo boui patres spiritualiter nutrieutes psalmos parai'e, divinis lectionibus insistere et in lege Domini erudire contendant, etc., — C'onc. Vaseuse, Labbe, t. IV, col. 1079. — Cfr. Cour. Toletan. II, ann. 531. — Labbe, ib., col. 1733.
' In omnibus ipse primatum tenen.s. — Coloss. i, IH.
'^ « Ce n'est pas un petit bienfait de la suprême bonté de Dieu, qu'il
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l'origine du langage, il faut bien, ou qu'une parole ait été d'abord dite à l'homme, ou que le Créateur ait déposé dans son esprit les mots et le sens des mots, ou au moins les racines des mots, pour que l'homme pût parler; et, dans tous les cas, c'est le Verbe, qui devait s'incarner, qui, le premier, créant le langage, a créé « l'art de parler et d'écrire correctement ». « Car, ce n'est pas le Père qui se montre et qui parle, dit saint Justin ; c'est son Verbe qui devait naître un jour de la Vierge i », « s'essayant ainsi, ajoute Tertullien, à être l'homme qui devait paraître plus tard 2. »
Ce qui vient d'être dit de la grammaire, regarde aussi les belles-lettres. Ici encore Jésus-Christ est « l'Alpha et l'Oméga, le principe et la fin » : le principe, parce qu'il n'y a, dans le monde, de vérité, d'ordre, de distinction, d'élévation, de beauté, que ce qu'il a daigné y répandre. La vérité, c'est lui; l'ordre, c'est lui; la distinction, la noblesse, l'élévation, la beauté, c'est lui; et, quelle que soit
ait produit lui-même la première langue, qu'il l'ait apprise à nos premiers pères d'une manière vraiment divine, digne de lui et digne d'eux, et qu'il ait voulu leur apprendre la grammaire, puisqu'on ne peut parler parfaitement une langue sans en savoir les règles, et c'est ce que nous appelons la grammaire. Voilà la première école de grammaire où Dieu lui-même a présidé. » — Méthode d'enseigner chrétiennement la gramviaire, liv. II, cliap. II, 8.
1 Neque Abraham, neque Isaac, neque Jacob, neque hominum alius quisquam, et ineftabilem Dominum rerum omnium universarum, et ipsius Christi, vidit; sed illum ipsum qui, juxtà consilium ejus et voluntatem, et Deus est Filius ipsius, et Angélus ex eo quod seutentiae illius est adniinister ; qui de voluntate ejusdem Homo ex Virgine natus est, qui etiam aliquando ignis fuit in suo cum Mose è rubo colloquio. — Dialogus cum Tr)j2)}ione Judœo, n. 127. — Patr. grsec, t. VI, col. 774. — Thomassin a dit, dans la Préface de l'ouvrage que nous venons de citer : « Celui qui est le Verbe même et la Sagesse du Père, se nomme le Verbe ou la Parole, parce que c'est par lui que le Père parle, soit dans son propre sein, soit à ses créatures, » — Cfr. S. Augustin. Confession, lib. XI, cap. viii. — Patr. lat.» t. XXXII, col 813.
* Ediscens jam inde hominein, quoderat futurus in fine. — Adv. Marcion. Lil). II, cap. XXVII.- Patr. lat., t. II, col. 317.
la forme que prenne la parole, elle ne peut être qu'une ombre, ou, si l'on veut, un reflet de la Parole éternelle. Jésus-Christ, principe de toute forme littéraire, en est aussi la fin; c'est-à-dire que tout ce qui est composition littéraire, narration, dissertation, poésie, discours, n'est, après tout, qu'une misérable vanité, si tout cela ne concourt de quelque manière, de la manière qui lui est propre, à glorifier Jésus-Christ et à lui gagner des âmes. Que le jeune Séminariste qui est aujourd'hui en quatrième, en troisième, qui fait ses humanités ou sa rhétorique, et qui est destiné à écrire, à parler en public, à exercer les talents particuliers que la Providence lui a donnés, sache bien, dès sa quatrième ou ses humanités, que, dans une vie sacerdotale (et à vrai dire dans toute vie), tout ce qui ne concourt pas à l'honneur de Dieu et de son Christ, est un déplorable désordre. La même observation est à faire pour l'étude des sciences. C'est du Verbe qu'il est dit : Deus scientiariim Dominus i.
* Et le texte ajoute : Et ipsi prseparantur cogitationes. — I Reg. ii, 3. — Kous n'avons pas à parler de la question des classiques païens. En principe, elle est jugée depuis rEncyelique de Pie IX, du 21 mars 1853, aux Evêques de France : Adolescentes Clerici, dit le grand Pontife, simîdhumanioribuslitteris, severiorihusque disciplinisyjjotissimum sacris, ità diligenter imbuaiilnr, ut... germanam eleyantiam et eJoquentiam, titm ex sajiientissimis SS. Patruin operihus, tùm ex clarlssimis ethnicis scrijjforihus, ah omni labe pnrgatis, addiscere valeant. — Et plus récemment, dans une lettre au Cardinal d'Avanzo (1"'" avril 1875) : Constanter in more fuit 2)ositum Ecclesiœ, juventntein latinâ erudire linguâ, ^jer mixtam sacrorum et classicorum anctoniin lectioiiem. — Voilà pour le principe. La question est jugée. C'est la pratique qu'il serait important de soigneusement déterminer. Les auteurs païens doivent avoir une place; mais la moindre possible n'est-ce pas celle qui leur convient? Et serait-ce trop tard que d'attendre la classe de troisième, pour mettre entre les mains des élèves d'une école cléricale, Virgile, Homère ou Cicéron? D'autre part, au lieu de donner à traduire, un cours de littérature latine et grecque ne suffirait-il pas pour initier les jeunes gens aux beautés littéraires incontestables des génies de Rome et de la Grèce? Nous savons bien que nous ne sommes pas eu mesure de traiter de telles questions. Mais que les Maîtres méditent cette belle sentence qui était une des règles de l'ancienne Université de Paris '•
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Mais cette réflexion appartient à l'ordre d'idées, qui fait l'objet du paragraphe suivant.
IL Le but de l'éducation est de « former Jésus-Christ» dans le cœur de l'enfant, par une vive charité.
La charité, c'est la grâce sanctifiante renouvelée, confirmée, toujours davantage embellie, accrue, perfectionnée par l'habitude de la prière, par l' usage des Sacrements et la pratique des vertus chrétiennes. Préféré, séparé, consacré, l'enfant sacerdotal est saint. Sa grâce n'a rien de commun. Elle ne produit pas encore ce qu'elle donnera de fruits plus tard. Mais « la fleur de son enfance », comme parle saint Ambroise, annonce les espérances qu'il assure à l'Église 1. Car, suivant la belle expression de saint Grégoire de Nazianze cité par Bossuet, « il faut qu'il soit Prêtre avant que d'être Prêtre. » Il est bon de reproduire le passage, où le grand Evêque de Meaux rapporte cette parole : « La préparation pour le Sacerdoce, dit-il, n'est pas, comme plusieurs pensent, une application de quelques jours, mais une étude de toute la vie; ce n'est pas un soudain effort de l'esprit pour se retirer du vice, mais une longue habitude de s'en abstenir; ce n'est pas une dévotion fervente seulement par sa nouveauté, mais affermie et enracinée par un long usage. Saint Grégoire de Nazianze a dit ce beau mot du grand saint Basile : « Il était Prêtre avant même que d'être Prêtre », c'est-à-dire, si je ne me trompe, il en avait les vertus, avant d'en avoir le degré. » Bossuet parle de la sorte, au commencement
Qui poteriïiiun id vilare perlrli, lùsl lot profanis ethnicorum homiiium vocibus inseratur dlvina vox, christianisrjue scholls, iit decet, quolidiè intersit, inio i:)rœsideo.t, unus liominum Magister, C'hrislus (Citée par. Rollin, Traité des études, discours préliminaire).
1 Tu autem, fili, qui à primo flore pueritiae es liœres Ecelesise, qnse te suscepit et tenet. — Epist. LXX, n. 25, od llorontianum. — Patr. lat., t. XVI, col. 1-24L
de son Oraison funèbre cUi P. Bourgoing, supérieur de l'Oratoire. Il ajoute : ^< Je puis dire la même chose du P. Bourg-oing- : toujours modeste, toujours innocent, toujours zélé comme un saint Prêtre, il avait prévenu son ordination; il n'avait pas attendu la consécration mystique; il s'était, dès son enfance, consacré lui-même par la pratique persévérante de la piété. »
Il semble qu'il serait plus à propos de parler de cette préparation au Sacerdoce à des clercs déjà engagés au service de Dieu, par la sainte tonsure. Mais non ; remarquons ce dernier trait : ^< Il s'était, dès son enfance, consacré lui-même par la pratique persévérante de la piété. » ' Saint Jérôme a fait ces graves réflexions dans une lettre à une sainte mère, LcCta : « Samuel est élevé et nourri dans le Temple ; saint Jean-Baptiste se prépare dans la solitude. L'un ne prend point de vin, ni de bière, et, tout enfant, a des colloques avec Dieu; l'autre se livre à la plus austère pénitence. C'est ainsi que doit être formée l'âme qui est destinée à devenir le temple du Seigneur. Qu'elle n'entende jamais rien dire, et qu'elle ne dise jamais rien, si ce n'est ce qui sert à maintenir en elle la crainte de Dieu ; qu'elle ne puisse rien comprendre aux termes peu décents, qu'elle ignore les chants du siècle ; mais que sa langue, jeune encore, s'habitue et se plaise au chant des Psaumes. Qu'elle soit nourrie dans la solitude; qu'elle passe sa vie parmi les âmes virginales ; que sa bouche ne soit jamais souillée d'une parole grossière, et que tout mensonge lui soit un sacrilège ; que le monde lui demeure inconnu ; qu'elle vive comme vivent les Anges, et que, forcée de vivre avec un corps, elle soit comme n'ayant point de corps i. »
> Samuel nutritur in Templo, Joannes in solitudine pnipparatur. Ille sacro crine venerabilis est, vinum et siceram non bibit; adliuc parvulus cum
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C'est le portrait de l'enfant que le Seigneur a séparé, et destiné à ses Autels, depuis l'éternité. Que le Prêtre dévoué qui l'a attiré au Presbytère, ou conduit à l'école cléricale, ou au Séminaire, que chaque maître de ces maisons saintes, se le disent. Ecce puer meus, quem elegi, cUîecfus meus, in quo hene complacuit animœ mece. Ponam spu'itum meum super eum i. Il n'est pas possible d'exprimer le respect et le dévouement que mérite cet enfant privilégié. Saint Jean Chrysostôme a dit de la mère de Samuel des paroles, que tout instituteur d'âmes sacerdotales doit connaître et méditer : « Depuis la naissance de l'enfant, dit-il, sa mère ne le considérait plus comme le fruit de ses entrailles, mais comme un bien consacré à Dieu ; et elle le vénérait avec religion. Si, en effet, ceux qui se proposent de dédier au culte divin certains vases, certaines coupes d'or, ne manquent pas, quand ils les ont reçus des mains de l'ouvrier, de les placer soigneusement dans leur maison et de les considérer, non plus comme des objets profanes, mais comme déjà consacrés à Dieu, de sorte qu'ils se gardent bien de les toucher témérairement et sans motif ; avec quel respect cette sainte femme traitait son jeune enfant, destiné à devenir le ministre de Dieu 2 ! »
Domino sermocinatur. Hic fugit iirbes; zona pelliceâ cingitur, locustis alitur, ac melle sjlvestri... Sic erudienda est anima quie futura est Templum Dei. ÎS'iliil aliud discat audire, nihil loqui, nisi quod ad timorera Dei pertinet. Turpia verba non intelligat, cantica mundi ignoret, adhuc tenera lingua psalmis dulcibus imbuatur... Sit inter virginum choros, jurare non discat, mentiri sacrilegium putet; nesciat sasculum, vivat angelicè ; sit in carne sine carne. — Epistol. CVII, ad Lœlam. De institut, filice, n. 3, 4 et 13. - Patr. lat., t. XXII, col. 870, 871, 877.
'■ Isaiai xLii, 1. — Matth. xii, 18.
" Ex eo tempore, aspiciebat puerum non tantum ut mater, sed ut rem Deo consecratam, eumque reverebatur. Si enim qui phialas poculaque aurea Deo dicaturi sunt, posteàquam eajam confecta acceperint, domique reposuerint, nequaquam ea quasi vasa profana intiientur, sed tanquàm Deo sacra, nec audent ea temerè citràque . causam attingere quemadmodùm
Donnons quelques détails qui soient l'expression du respect et du dévouement de tout Prêtre, chargé de l'éducation d'une âme sacerdotale.
De bonne heure, il faut lui inspirer une haute idée de la prière et de tout ce qui se rapporte à la vertu de Religion, l'habituant à faire, avec intelligence et affection de coem-, tous les exercices de piété, même les moindres, comme un simple signe de croix et une génuflexion. Nous disons : avec intelligence; car il est extrêmement utile à l'enfant d'éviter le laisser-aller, la routine, qui sont si habituels à son âge. On ne peut s'attendre à ce qu'il observe ce qui est du culte de Dieu, avec le recueillement etl'application d'un grand Séminariste ; mais s'il arrive à donner son attention à ce qu'il fait, quand il s'agit d'honorer Dieu, Notre-Seigneur au Saint-Sacrement, la Très-Sainte Vierge, il dépose en son âme un germe fécond de sainteté i.
Nous disons aussi qu'il faut l'habituer à s'exercer aux diverses pratiques de la piété avec amour; oh ! oui, avec amour, sans contrainte, sans effort, ni l'application qu'impose « l'œil du maître- ». Les actes de la piété ainsi faits deviendraient bientôt une fatigue, et probablement finiraient par n'être que des actes d'hypocrisie : malheur qu'il faut éviter à tout prix.
« La charité de Dieu, répandue dans le cœur > de l'enfant 3, doucement excitée par notre zèle, l'inclinera à aimer les Sacrements. Il est utile, au-delà de toute expression, que son cœur s'affectionne à la confession et à la sainte communion, quel que soit du reste son état d'âme,
alla, multô magis hœc mulier. — S. Joann. Chrysost. de Anna, Homil. III, n. -2. — Patr. grœc, t. LIV, col. 654-655.
^ Corneille Lapierre a écrit iine bien piense page sur l'amour de la Très-Sainte Vierge pour les enfants. — Comment, in Proverh. viii, 17.
- Ephes. VI, 6. — Coloss. m, 22.
' Eom. V, 5.
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c'est-à-dire, quand même il am'ait à lutter contre quelque passion, ou même à déplorer des chûtes. Car, l'élu de Dieu, si haute que soit sa destinée, peut être sujet à des passions qui le fatiguent, qui le tyrannisent, qui l'emportent quefquefois sur sa bonne volonté inégale , un peu faible encore. Le saint usage des Sacrements, dans une maison ecclésiastique, est le principe nécessaire, mais infaillible, d'une grande vertu, dans les enfants et les jeunes gens qui y sont élevés.
Faisons aimer à ces jeunes âmes les cérémonies du culte. Qu'elles y prennent part le plus souvent possible, mais qu'elles y soient toujours bien préparées. Qu'on les instruise sur l'excellence du ministère qui a pour objet de répondre à la Messe, de servir à l'autel, de faire les offices de Portier, d'Acolyte. Qu'ils enrrevoient déjà, par l'honneur qu'on leur fait en les admettant à ces ministères, l'élévation surnaturelle de ces Ordres qu'ils recevront un Jour.
Mais la charité de Dieu dans nos cœurs ne se nourrit pas seulement de ce qui est de la piété ; elle aime à se répandre, et « à étendre, suivant l'expression de saint Augustin, les espaces » où son action s'exerce i. Portons nos élèves, surtout à mesure qu'ils grandissent, à aimer tendrement, fortement les grandes œuvres catholiques : celles qui se rapportent à l'honneur et à l'indépendance du Saint- Siège, comme l'œuvre du Denier de Saint-Pierre, leur recommandant de donner leurs prières, s'ils ne peuvent encore donner de leur argent - ; et encore, celles de la
' Sed .si ang-ustiantur vasa carnis, dilatentur spatia charitatis. — Sermo LXIX,n.l. faliàs X, de Verhis Domini.) — Patr. lat., t. XXXVIII, col. 440.
- Recueillons en passant ces bonnes paroles de S. Augustin : Si potes dare, da; si non potes, affabilem te prœsta. Coronat Deus intùs voluntatem, ubi non invenit facultatein. Nemo dicat : Non habeo. Carilas non de sac- (t'Uo erogahir. — Enarrat. in Psalm. — In Psalra. cm. Enarrat. I, n. 19. — l'air, lat., t. XXXVII, col. 1351.
Propagation de Ja Foi, do la Sainte Enfance, des Ecoles chrétiennes, leur inspirant une grande admiration pour le dévouement apostolique de tant de Missionnaires, qui dépensent leur vie pour l'honneur de Dieu et le salut des âmes ; ou bien encore, plus près d'eux, quelque œuvre de bienfaisance. Ne pourrait-on pas, à titre de récompense, initier les plus grands à la visite des pauvres, comme le font les Messieurs de la Société de Saint Vincent de Paul?
Le poète latin a dit : « Je suis homme, et rien de ce qui est de l'humanité ne m'est étranger i. » L'enfcint sacerdotal peut dire : « Je suis de l'Église, et tout ce qui est de l'Eglise m'intéresse. »
Nous ajouterons : Si les Maîtres veulent efficacement réussir à former les élèves à la piété, à l'amour de Dif.u et des âmes, qu'ils leur en donnent toujours et partout l'exemple. L'enfant apprend beaucoup plus par ce qu'il voit, que par ce qu'il entend. Ce qu'il apprend par la parole,est plus ou moins officiel; ce qu'il voit, c'est la règle et la leçon pratique. Qu'il voie donc son Directeur, son Professeur, son Surveillant, toujours pieux, religieux, vraiment Prêtre, soit qu'il dise les plus ordinaires prières, le Veni jSancte, V Angélus, le Benedicite, soit qu'il récite son Bréviaire, ou qu'il célèbre la sainte Messe, qu'il donne une bénédiction, ou qu'il annonce la parole de Dieu. Qui de nous, lisant ces lignes, ne se souvient d'avoir connu, à l'école presbytérale,au petit Séminaire, un de ces Prêtres modèles, dont le souvenir embaume encore notre vie? Peut-être aussi tel autre n'édifiait pas les élèves, par ses manières peu ecclésiastiques : nous l'avions remarqué. Est-ce que les élèves ne finissent pas par tout voir ou tout savoir ? Maintenant encore, quand son souvenir nous revient à l'esprit, ce souvenir nous fatigue et nous afflige.
' Terent. — Heauto}dlmoroumenos, scen. I, act. 1.
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Est-il exagéré de dire, que les meilleurs Prêtres d'un diocèse devraient être dans les écoles cléricales et les Séminaires ? Et ne serait-il pas avantageux qu'ils y fussent attachés de longues années, toute leur vie? Ministère obscur, mais le premier de tous i.
III. — Le but de l'éducation est de « former Jésus- Christ » dans la vie de l'enfant, par les habitudes d'une parfaite modestie.
Nous appelons « habitudes de parfaite modestie, » cet ensemble de manières, ce genre de pose, d'attitude, d'air du visage, de tenue générale, qui fait dire à un observateur d'expérience et de goût : « Que ce jeune homme est bien! »
On comprend qu'il s'agit ici d'une multitude de vertus morales: c'est la simplicité, c'est la droiture, c'est la discrétion, c'est l'oubli de soi, c'est l'indulgence, c'est le respect des droits, c'est la reconnaissance, c'est le dévouement : voilà pour les relations avec le prochain ; par devers nous, c'est l'esprit d'ordre, la propreté, une grande délicatesse, quelque austérité même dans nos rapports avec notre misérable chair.
Tout cela appartient seulement à l'ordre moral ; mais tout cela devient surnaturel, si nous en faisons la règle et le caractère de notre vie, pour l'amour de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Alors nous réalisons véritablement le conseil de saint Paul: « Kevêtez-vous de Jésus-Christ
1 Balmès ne voudrait, pour la grande œuvre de l'éducation en général, « que des âmes d'élite, des hommes possédant, avec la science, l'élévation de l'esprit et du cœur, l'amour sympathique du Vrai et du Beau, doués d'un caractère qui soit formé de dig'nité, de désintéressement, de simplicité, de force et de douceur, de coup d'œil, de sang froid, de sympathie, de dévouement. » — Art d'arriver au vrai, chap. xvir, § ii. — Est-ce trop exiger, quand il s'agit de former à J.-C. des âmes « qui soient sa gloire ? »
comme d'un vêtement i. » La vie de Jésus-Christ n'est plus seulement au dedans de nous, « elle se manifeste, suivant une autre parole de l'Apôtre, dans notre corps et dans notre chair mortelle-.»
C'est à ce point de perfection qu'il faut peu à peu amener l'enfant de l'école ou du Séminaire, de manière à ce que chacun puisse dire, surtout au terme de ses études secondaires : « C'est un jeune homme parfaitement élevé.» Il le faut pour la gloire de Jésus-Christ, «dont il doit être la bonne odeur 3 » ; il le faut pour l'honneur de l'Église, qu'il représente déjà aux yeux du peuple; il le faut pour le succès du Ministère, qu'il remplira plus tard. S'il ne commence de bonne heure à se faire, de ces habitudes de parfaite modestie, de parfaite urbanité, de parfaites convenances, comme une seconde nature, il ne réussira pas plus tard. Rien ne s'improvise moins que la bonne éducation; et un jeune Prêtre, qui n'a pas été bien formé dès son enfance, laisse voir toujours, quelle que soit son application à bien faire, quelque chose d'incorrect, et quelquefois de grossier-t. Xous aurons à insister sur ce point dans un des chapitres suivants. Retenons ce mot de La Bruyère : « Avec de la vertu, de la capacité, et une bonne conduite, on peut être insupportable^.»
Observons donc les enfants, les adolescents, les jeunes gens; il faudrait avoir une pénétration miraculeuse, qui nous permît d'être témoin de toutes leurs actions, pour ne laisser rien passer de grossier, de bas, d'inconvenant. Observons-les surtout en récréation, quand ils jouent.
1 Rom. XIII, 34.
2 II Cor. IV, 10.
3 II Cor. II, 15.
* Adolescens juxtà viain suam, etiam eùm semierit, non ret-edet ab eà. — Proverb. xxii, G. — Cfr. Clem. Alexandrin. — Pœdafjori. lib. I, cap. ix et seq. — Patr. grtec, t. VIII, col. vio9 et .seq.
» Caractères, chap. v, De la société et de la conversation.
50 l'école l'RESBYÏLRALE OU CLÉRICALE
D'abord, il faut qu'ils jouent; il faut provoquer une sorte de dissipation. Cela est bon, sous une foule de rapports. Mais c'est aussi le moment d'étudier la nature, le caractère, les passions de chaque enfant; et, parce que, selon la dure expression du Sage, « la folie est liée au cœur de l'enfant 1 », c'est au moment où il se livrera à toute l'ardeur de ses jeux, qu'il révélera mieux ce qu'il est.
Quand nous aurons constaté ce qui a besoin de réforme, dans cette vie qui ne doit rien avoir que de parfait, nous étudierons les moyens de corriger, de reprendre, de redresser, en instruisant, en exhortant, en excitant l'émulation, en proposant surtout le grand Modèle, dont saint Paul, préoccupé d'obtenir des Corinthiens ce qu'il désirait, invoquait la modestie-.
Il faut plus de tact qu'on ne pense, pour s'occuper avec succès de la réforme du caractère, des manières, des imperfections quelconques d'un enfant. L'à-propos, dans cette œuvre difficile et longue, est d'un grand prix; la manière de procéder, qui doit être toujours bienveillante, gagne quelquefois à être ferme, et d'autres fois à être seulement encourageante. La plupart des enfants qui viennent à l'école cléricale ou au Séminaire, appartiennent à des familles pauvres. Le saint Concile de Trente l'a prévu; il a même désiré que, dans le choix à faire des élèves du Sanctuaire, on leur donnât la préférence -'.Mais, chez ces enfants, sous le rapport de la formation des manières extérieures, le plus souvent tout est à faire ; et tout est à faire longtemps, parce que les habitudes natives sont extrêmement lentes à disparaître. De là, la nécessité, dans le Maître, d'une grande patience; patience soutenue, mais
■ .StuUitia coUigata est in corde piieri. — Proverb. xxii, 15. 2 Obsecro vos per mansuetudiuem et modestiam Christi. — II Cor. x, 1. ' Pauperum autem filios prœcipue eligi vult. — Sess. XXIII. — De Eeforviatioiie, cap. xviii.
intelligente, affectueuse, désintéressée. Saint Augustin, parlant de l'action de la divine grâce, disait : « Seigneur! votre main très miséricordieuse et très douce a refait mon cœur en le maniant et façonnant peu à peui. » C'est ainsi que doit être notre action sur les dispositions et les habitudes des jeunes âmes, qui sont entre nos mains. « La patience fait l'œuvre parfaite, dit saint Jacques 2. » Nous ne devons pas croire facilement que l'enfant, si lent à former, résiste délibérément à notre action. Mais il est enfant; et il faut dire souvent, de son application, ce que le judicieux Joubert a dit de l'attention : « Elle est d'étroite embouchure. Il faut y verser ce qu'on dit avec précaution, et, pour ainsi dire, goutte à goutte ■'>. »
Mais quand l'œuvre de tant de patience, de charité, de dévouement, a réussi; quand le Maître, Directeur, Professeur, Surveillant, — ajoutant à ses leçons, à ses observations, à ses corrections, son propre exemple de j)arfaite éducation dans le langage, les manières, la tenue, tout l'ensemble de la vie, — a véritablement, « par cette sorte d'enfantement mystérieux, formé Jésus-Christ » dans une âme déjeune homme qui arrive au terme de ses étude;s littéraires ; quel magnifique spectacle est offert aux regards des Anges!... Tant de foi, taiitde piété, tant de candeur ! Tant de grâces au dedans, et tant de modestie au dehors ! Cette force virile qui s'annonce, et cette douceur virginale qui demeure toujours ! « Dans un âge qui n'est pas encore mûr, connne dit saint Jean Chrysostôme, cette vertu déjà mûre, et qui lui donne, pour parler avec le même saint Docteur, auprès de ceux qui fréquentent le
^ Paulatiin tu, Domine, manu mitissimâ et misericorclissimà pertractans, et componens cor meum. — Coiife^.'iioii. Liv. VI, cap. v. — Patr. lat., t. XXXII, col. 7-22.
- Patientia opus perfectum liabet. — Jacob, i, 4.
3 Pensées. - Titre XXII. - LXXIX.
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temple, une sorte d'autorité, comme s'il était déjà un maître de grande religion et de piétéi! » Ce qu'il possède, et ce qu'il annonce! Ce qu'il donne d'édification, et ce que l'Eglise et les âmes attendent, pour un temps qui n'est pas éloigné, de lumière, de charité, de secours de toute sorte ! Quel sujet de saintes consolations et de saintes espérances!... Il a été « l'enfant qui a grandi en grâce et en âge devant DiEr et devant les hommes 2 »; et l'on pressent qu'il atteindra « l'état de l'homme parfait, à la mesure de l'âge et de la plénitude selon laquelle Jésus-Christ est formé en nous-^ !... »
Or, c'est là un bien doux spectacle, qui réjouit toute la sainte Hiérarchie et les fidèles qui en sont témoins *.
Et cependant cet adolescent n'est que laïque. Il n'a pas encore le droit de porter « l'habit de la sainte Religion 5 », la sainte soutane et le saint surplis, ni la royale couronne des Clercs. Mais il va, à la fin des vacances prochaines, se rendre au Grand Séminaire, où tant de grâces et tant d'honneurs surnaturels lui sont réservés.
' Qnaiiquàiii in piiei'o a'tas erat immatura, virtus tamen erat matura; omnibus enim in temphim ascendentibus mnltse pictatis ac religionis magister factus est. — De Anna, Homil. III, n. 2. — Patr. grsec, t. LIV, col. 655.
2 Luc. II, 52.
•' In virum pprfcctum, in mensiiram îetatis plenitndinis Christi. — Eph. IV, 1:5.
* N'est-ce pas d'une école cléricale, que parle S. Augustin, quand il dit dans une prière à Dieu : Respice agmina virginum puerorum... In ecclesiâ tuâ ernditnni est hoc genns; illic tibi à niaternis uberibus pullulavit, in nomen tuum ad loquendum linguam solvit, nomen tuum velut lac infantise .suîe suxit infusuin. Non potest quisquam ex hoc numéro dicere : Qui priùs fui blasphemus... Imo, etiam quod non jussisti, (id est, virginitatem)... arripuerunt, voverunt, et, propter regnum cœlorum, seipsos, non quia minatus es, sedquia hortatus es, castravenint.— De ^Sanc/fî Vlrglnitnte, cap. xxxvi. — Patr. lat., t. XL, col. 417.
^ Habitnm sacrsK' Religionis. — Pontif. Rom. De rierico faciendo.'