CHAPITRE XXV
TROISIEME MOYEN : L ORAISON MENTALE — LA PREPARATION DE l'oraison MENTALE
Qu'elle e?t belle la vie du Prêtre ! Jésus-Christ ! toujours Jésus-Christ! omnia et in omnibus Chri.stus. Dmus ses études, ses lectures, c'est Jésus-Christ qu'il clierche, c'est Jésus ( hrist qu'ilvoit, c'est Jésus-Christ qu'il sert; car, il veut faire régner Jésus-Christ, ( n lui el dans les âmes, par l'amour. Dans la variété de ses œuvres, dans les secours portés aux âmes, dans l'adrainistiation des saints nij^stèies, c'est encore Jésus-ChrîST qu'il contemple, qu'il sert, qu'il veut uniquement aimer et taire aimer. « 8a vie est le Christ i »; « sa perfection, c'est le Christ'^ », et toute sa personne est « la révélation du Christ'^». II vient du Christ et il tend au Christ et il se repose dans le Christ; de sorte que toute son existence,
1 Mihi vivore ( Iiristiis est. — Philipp. i, 21. — Galat. ir, 20
* Finis noster |.«-ifi>itio uostra esse débet : perfeciio nostra Cliristiis. —
S. Ang. Lnarral. m I nalm. — In Psalm. liv, n. 1. — 1 atr. lai., 1. X\XVI,
col. 628.
3 Me spgiegavit ex tilcro niatris mese, et vocavit i er giJitiaui siiain, ut
revelaret Filiuni buuni in me. — Galat. i, 15, 16.
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selon une admirable expression de saint Denys, « n'est qu'un mouvement et un passage du divin au divin ».
Voici le texte en entier du sublime Aréopagite : « A la conclusion de ces cérémonies (il s'agit du Baptême), riliérarquo revient de ces fonctions secondaires aux fonctions pi'imaircs de la contemplation, de manière à n'agir dans aucune circonstance, ni d'aucune sorte, en dehors de ce qui est de ses divers ministères ; mais il passe toujours, avec fidélité, comme en se transformant, sous la conduite du Saint-Esprit, du divin au divin i. »
Nous le voyons ici; au milieu de ces divers ministères qui sont tous saints et divins, il y a « une fonction primaire », à laquelle le Prêtre doit se livrer : c'est la contemplation. Il se le doit à lui-même; il le doit aussi aux âmes, puisque, suivant saint Thomas, celui qui distribue la parole aux fidèles « leur livre ce qu'il a contemplé le premier, et donne ainsi l'abondance de sa contemplation '^. »
Mais, nous parlons de contemplation ; est-ce bien là le caractère et la forme de l'oraison du Prêtre ? et que fautil entendre d'abord par contemplation ?
Nous ne voulons rien énoncer d'extraordinaire. La contemplation dont nous parlons, est celle dont saint Grrégoiro a dit : Non conteynplationis gratla summis datur, et minimia non datur ; sed sœpè hanc >iumnii, sœpè minimi,
1 Hiw rite peractis, à suo ad secuiida progressa, ad reriim iterùm prajcipiiarum exigitur coDtemplationein, ne uUo tempore vel modo quidpiam à suis institutistraetetalienuia,sed assidue perpetuoque diviniSpiritûs ductu, à diviuis ad divina transforuietur. — De Eccleslasf. Hierarchiâ, cap. ii, i, 8. — Patr. graec, t. III, col. ;508.
r ■- Vita activa, secundùmquam aliquis prîedicaudo et docendo, contemplata aliis tradit, est perfectior quàm vita quse solum est contemplativa; quia talis vita priesuppouit abundantiam contemplatioais. — III, q. xl, a. 1, ad 2. — Cfr. II, q. ci.xxxvni, a. 6. c.
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sœpiùs remofi, aliquando etiam conjugati percipiunt. Si ergo nullum est fidelium officium à quo possit gratia contemplationls excludl, qiilsquis cor intùs habet, illustrari stiam lumine contemplationis potest^. Personne n'en est exclu ; comment leTrêtre le serait-il ? Pour être dans la condition qui est exigée pour y être appelé, dit le saint Pontife, il suffit d'avoir « un cœur au dedans de soi», un cœur, c'est-à-dire, de la disposition à l'amour, un commencement d'amour, d'amour tendre, généreux, qui se perd de vue, qui n'aspire qu'à l'objet aimé. Or, c'est bien le cœur de tout Prêtre. Nous étudions, par amour ; nous faisons nos lectures, par amour; « notre cœur est prêt 2. » Qu'une plus vive lumière nous soit donnée d'en haut, qu'il plaise à l'Esprit de Dieu, « qui enseigne toute vérité ^ » ^ de nous révéler mieux Celui qui est la Vérité, et notre cœur s'enflammera, et rien ne manquera à notre âme : la grâce désirée lui sera accordée, la grâce de la contemplation. Car, cette grâce est lumière et amour. Elle est lumière vive, pénétrante, qui attire et qui captive, à un certain degré, le regard de l'âme, auquel elle révèle les beautés de Dieu et de son Verbe, incarné pour notre amour; elle est amour : car tout s'achève dans l'amour au ciel et sur la terre. Elle est amour, parce que l'amomseul opère la donation de nous-même, et comme le trans-
> HomU. in Ezechlelem, lib. II, homil. V, n. 19. — Patr. lat., t. LXXVI, col. 996. — Nous ne voudrions pas être accusé de confondre le.s noms et les notions des choses. Dans la Tliéolog-ie ascétique et mystique, les mots Méditation, Oraiion, Contemplation, ont des signitications très précises et différentes. (Cfr. S. François de Sales, Traité de l'amour de Dieu, liv. VI.) Ici, nous donnons à ce terme de Confemj^lation le sens général qu'indique saint Thomas, quand il dit : Contemjilatio pertinet ad ijisum simplicem intuitum. veritatis... et in affectum terminatur. II, II, q. clxxx, art. 3, ad 1 et 3.
* Psalm. cvii, 2.
• Joann. xvi, 13.