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Un second obstacle, c'est une sorte d'activité excessive et d'ag^itation qui ne nous laisse pas assez de paix, pour que Dieu opère tout à l'aise dans nos âmes. Il est vrai que cette agitation, ce trouble, cette sorte de vie hors de soi-même est compatible avec beaucoup de saintes œuvres ; mais elle ne l'est pas avec un certain degré d'oraison. Saint Thomas le fait remarquer i, et Gerson n'a pas craint de dire : « D'où vient, parmi les ecclésiastiques et les religieux, même lettrés, même théologiens, une si extraordinaire et regrettable rareté de contemplatifs ? Ah! c'est que presque personne n'aime à se trouver seul avec soi-même. Lire, prier vocalement, entendre la parole de Dieu: on le veut bien; 'mais la méditation silencieuse : on ne peut s'y résoudre 2. » Un mystique du xiie siècle, qui est le continuateur des Sermons de saint Bernard sur le Cantique des Cantiques, s'adresse avec force à ceux qui négligent ce recueillement et cette solitude de l'âme, pour s'adonner, plus qu'il ne faut, même à de bonnes lectures, et qui font, en courant, leurs prières vocales. Ce passage que Mabillon recommande ^, mérite d'être cité : « 0 vous, dit le pieux cénobite, qui priez en courant, et qui passez beaucoup de temps à lire ; qui êtes pleins d'ardeur pour la lecture, et que l'oraison trouve languissants; remarquez ceci. La lecture doit servir à l'oi-aison, préparer l'affection, et non occuper tout le temps
' linpeditur actus couteinplationis... per tuinultus exteriores... exterioruin Dcc.upationuni tumultus. — II, II, q. clxxx, a. 2. c.
* Uudè, pioh (lolor! tanta raritas contemplantiuni etiam inter litteratos (H'olesiasticos et religiosos, imo theologicos, nisi quia vix sustinet aliquis soins secum esse, secura dii'i meditari... Falluntur qui volunt senipor vel légère, vel vocaliter orare, vel devotionem à loquentis verbis accipere.... Sit meditatio silens, liber tuus, praedicatio tua. — De mijst. Theolog. practica. Tract. III.
' In tom. V et VI opp. S. Bern. Prœfatio, n. 4.
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et supprimer nos loisirs. Quand vous lisez, vous avancez dans la science de Jésus-Christ ; mais, quand vous faites oraison, vousentretenez avec lui un colloque familier. Et qu'y a-t-il de plus agréable avec lui, que de parler de lui ? Mais, si ceux qui s'adonnent avec trop d'ardeur à la lecture et prient peu, sont privés des visites de Dieu ; que dirons-nous de ceux qui se dissipent en des conversations déréglées, ou qui luttent entre eux sur des questions difficiles ^ ? »
On voit où le vénérable religieux trouvait un obstacle à l'oraison. Qui sait ce qu'il aurait dit d'une vie toute extérieure, toute distraite et dissipée ?
Si une certaine activité qui nous dissipe, est un obstacle, il y a une disposition qui nous fait occuper de nousmême d'une manière molle et sensuelle, qui est peut-être un obstacle plus grand encore. Il est écrit, que « la Sagesse ne se trouve pas dans la terre de ceux qui vivent sensuellement 2. » Une certaine attache aux commodités de la vie, ce certain bien-être que l'on se procure facilement aujourd'hui, ce manque de vigueur contre le laisser-aller général, des soins exagérés de la santé, cette sorte d'immortification universelle, non grossière, quel'on pourrait même appeler honnête et décente, qui est comme entrée dans nos mœurs, qui se révèle dans presque toutes les habitudes de la vie, qui a créé, même dans le Clergé, certaines façons de faire, que les laïques seuls
1 Gilleberti de Hoilandiâ, abb. ordin. cisterc, Serra. In Canticum Salomonis, ah eo loco ubi S. Bernardus morte prœventus desllt, — Serm. VII, n. 2. - Patr. lat., t. CLXXXIV, col. 39.
* Sapientia non invenitur in terra suaviter viventium. — Job. xxviii, 1.3. — Id est, qui luxum et voluptates sectantur. — Menoch. in illud. — Hanc enitn divinam Sapientiani non habet quisquam, nisi carnem suam cruci fixerit cum vitiis et concupiscentiis suis. — S. Hieron. ap. Corderium in illud Job.
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se permettaient autrefois: tout cela est vraiment incompatible avec la grâce pure, élevée, délicate, qui porte l'àme à converser familièrement avec Jésus-Christ, dans l'intimité de ses mystères, sur la Croix, au saint Tabernacle. « La chair, dit saint Grégoire de Nazianze, est comme une nuée qui obstrue la lumière de l'âme, et qui ne lui permet pas de voir purement la splendeur du rayon divin. Il faut donc purifier la chair. Là où il y a purification, il y a illumination ; mais l'illumination intérieure n'est parfaite, que dans ceux qui sont enflammés du désir de contempler les choses sublimes ou plutôt l'unique chose sublime, qui surpasse toute grandeur i. »
Tout Prêtre doit avoir cet ardent désii', tout Prêtre doit facilement s'élever à la contemplation « de l'unique chose sublime », qui est le Verbe incarné, Jésus-Christ. C'est pourquoi, tout Prêtre se fait un devoir rigoureux et sacré d'écarter de sa vie, de ses pensées, de ses sentiments, de ses habitudes privées, tout ce qui serait un obstacle à cette précieuse grâce.
IL Nous devons préparer notre âme à l'oraison.
C'est la recommandation du Saint-Esprit2; mais, comment doit se faire cette préparation ?
Il y a d'abord la préparation habituelle ; elle consiste dans les dispositions suivantes: une grande estime pour
' Ubi aiitem mandatonim observatio, carnis etiam, quse, nubis cujusdam instar, animœ lumen obscurat nec divini radii splendorem pnro intiieri sinit, purgatio est. Porro ubi purg-atio, illic illuminatio; illuminatio autem desiderii suuiuia est, iis utique qui maximarum rerum, vel potius niaximae rei, atque adeo inagnitudinein oninem superantis, cupiditate flagrant. — Orat. XXXIX, in Sancta lumina, n. 9.— Pair, greec, t. XXXVI, col. 34:5.— Cfr. De hnitatione Cliristi, Vih. III, cap. xxxi, n. 1.
* Ante orationem prsepara animam tuam; et rioli esse quasi lionio qui tentât Deum. — Eccli. xviii, 23.
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roraison, pour la contemplation, pour toute sorte de relations intimes avec Notre-Seigneur, et le désir de nous avancer, toujours davantage, dans l'union avec cet unique Amour de nos âmes. Remarquons ces deux points: un désir ardent d'une union toujours plus intime et par conséquent une grande estime de l'oraison, qui satisfait en grande partie ce désir. Mais, enparlant ainsi, n'avonsnous pas à craindre de soulever de graves objections? « Quelles sont donc les hauteurs, où l'on veut nous conduire? Pourquoi prétendre à une telle perfection? n'estce pas une sorte de mysticisme exagéré, plus idéal que pratique ? et ne suffit-il pas au Prêtre, au bon Prêtre, au Prêtre exemplaire, de se maintenir avec soin dans l'état de grâce, d'être fidèle au règlement qu'il s'est prescrit et que son directeur a approuvé, et de se livrer avec dévouement à tout ce qu'exige la charité, dans le saint ministère? N'est-ce donc rien que tout cela? et cette vie sacerdotale est-elle une vie sans vertus, et qui ne réponde pas aux vues qu'avait Notre-Seigneur, en instituant le Sacerdoce ? »
Il est de toute justice de reconnaître que cette vie est pleine de mérites, qu'elle honore Dieu et l'Eglise, et que les âmes y trouvent abondamment et la lumière et la consolation et la force, qui leur sont nécessaires. Mais, quelque digne d'éloges que soit cet ensemble de qualités et de vertus sacerdotales, est-ce bien là^ toute la perfection du Prêtre? On peut dire que cette perfection élevée, vraiment extraordinaire, comme sont extraordinaires sa dignité et la place qu'il occupe dans le plan divin, est tout entière dans ces simples paroles : Le plus grand, le plus fort, le plus parfait amour de Notre-Seigneur Jésus- Christ. Ce parfait amour est la fin où le Prêtre doit tendre, sans jamais se lasser, sans jamais ralentir sa course.
472 l'oraison mentale
Car Notre-Seigneur est tout. Qui le trouve, peut se reposer; il est le terme. Nous avons cité ailleurs saint Augustin, nous expliquant comment Jésus-Christ est véritament notre fin unique et notre terme unique. Or, pour arriver à Lui, il faut d'ardents désirs i. Les désirs ne suffisent pas, il faut aussi de grands efforts; il faut, humblement, de grandes œuvres; mais, pour soutenir ces efforts et ces œuvres, il faut de grands désirs. Or, ces fervents désirs sont absents de la vie irréprochable, dont nous venons de reconnaître la dignité et le mérite. L'état de grâce est nécessaire au Prêtre comme au fidèle ; mais suffit-il, et peut-il réellement suffire au Prêtre ? La vie de règle et d'ordre est nécessaire au Prêtre, sous peine de compromettre même l'état de grâce, parce que les péchés véniels et les imperfections volontaires abondent, quand l'ordre et la règle font défaut; mais ces deux auxiliaires de la ferveur ne peuvent-ils point exister avec une regrettable médiocrité de vie intérieure ? Le dévouement que la charité inspire est pareillement nécessaire: c'est une partie essentielle de la grâce de notre vocation; mais est-il incompatible avec un certain relâchement, des attaches à notre sens propre, peu de pureté de vues, et beaucoup d'immortification ? Non, cette vie si respectable est inférieure à la vraie perfection du Prêtre de Jésus-Christ. Finalement, il faut tendre à l'amour. Est-
' Recueillons ces paroles du saint Docteur sur les saints désirs de l'âme. Il explique ce texte du Psaume cxviii : « Defecit in salutare tuum anima mea. s Bonus est ergo iste defectus ; indicat enim desiderium boni, nondum quidem adepti, sed avidissimè ac vehementissimè concupiti. Sed quis hoc dicit, nisi « genus electum, regale Sacerdotium, gens sancta, populus acquiflitionis, s ab origine generis humani usque ad hujus Sfeculi finem, in eis qui, 6U0 quisque tempore, hic vixerunt, vivunt et victuri sunt, desiderans Christum ?... Nec tune quievit hoc desiderium sanctorum, nec nunc quiescit in Christi corpore, quod est Ecclesia, usque ad terminum saeculi, donec veniat Desideratus cunctis genfîbus. — Enarraf. — In psalm. cxviii, Serm. XX, 31. ï. - Patr.lat., t. XXXVII, col. 1556.
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ce que Notre-Seigneur n'est pas infiniment aimable? Pouvons-nous dire: « C'est assez! j'ai donné tout ce qu'il mérite? » Ce serait un blasphème. Il est le « tout désirable' > des Cantiques ; nous devons aller à Lui, avec des ardeurs toujours nouvelles. « N'est-il pas la vie unique dont nous devons vivre, dit saint Ambroise ? Est-ce que sa divinité n'est pas la vie ? et son éternité, n'est-elle pas la vie? et sa Chair, et son Enfance, et sa Passion, et sa Mort, et ses Plaies, ne sont-elles pas la vie 2? » « Croire en lui, dit saint Augustin, n'est-ce pas vivre ? n'est-ce pas manger, n'est-ce pas s'engraisser spirituellement ^ ? ^> Qu'est-ce donc que l'aimer? « Il est, dit encore le saint Docteur d'Hippone, le Pain quotidien que nous demandons *. Son humilité, c'est le lait des enfants; sa divine gloire, c'est notre nourriture solide 5. » « C'est pourquoi, reprend saint Ambroise, allez à lui: Accedite ad eiim, et satiamini, quià panis est ; et potate, quia fons est: accedite ad eum, et illuminamini, quià lux est^... » Les saints Pères semblent vouloir épuiser toutes les ressources du langage humain, pour exprimer cette vie, cette union, et révéler au monde comment Jésus-Cheist qui est tout en nous, opère
* Totus desiderabilis. — C.antic. v, 16.
* De fugâ sœculi, cap. vu, n. 44. — Patr. lat., t. XIV, col. 59<). — In Psalm. ixxvr, Enarrat., n. 36. — t. XIV, col. 985.
' Credere in eum, hoc est mandiicare panem vivum. Qui crédit, nianducat; invisibiliter saginatur. — la Joann, Evangel., Ti'act. XXVI, n. 1. — Patr. lat, t. XXXV, col. 1607.
* Oinnes, quando oramus, mendici Dei sumus... Quid à te petit mendicusi' Panem. Et tu quid petis à Deo, nisi Christum, qui dicit : Ego sum panis vivus, qui de cœlo descendi. — Sermo LXXXIIl (alias, de Verbis Domini, XV), cap. II, n. 2. - Patr. lat., t. XXXVIII, col. 515.
' Lac nostrum, Christus humilis est; cibus noster, idem ipse Christu» eequalis Patri. — lu Epist. Joann. ad Parthos, tract. III, n. 1. — Patr. lat., t. XXXV, col. 1998.
^ In Psalm. cxviii Expositio, Serni. XVIII, n. 28. — Patr. lat., t XV, col. 14C2.
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tout en nous. « Ce que JÉSUS a été en lui-même, dit saint Paulin, il l'est en nous; il veut y renouveler les divers degrés de l'âge par lesquels il a passé: il naît, il grandit, il se fortifie, il arrive à l'âge mûr, il tend vei's la vieillesse. Mais prions-le, pour qu'il ne soit pas longtemps, pas toujours en nous, enfant, ou infirme, ou pauvre i. » « Il y en a, dit saint Bernard, en qui Jésus-Chkist n'est pas encore né, parce que l'humilité d'un Dieu n'opère pas dans ces hommes superbes. Il en est pour qui le Christ n'a pas encore souffert; i's fuient le travail, et craignent la mort... Il en est pour qui il n'est pas encore ressuscité; ce sont ceux qui se meurent toute la journée dans l'anxiété et l'affliction de la pénitence... Pour d'autres, le Christ est ressuscité, mais il n'est pas encore monté dans le ciel ; ce sont ceux qui vivent dans les consolations de la prière... Mais il faut que ce lait leur soit refusé, et qu'ils apprennent à se nourrir d'un aliment plus fort... Le Christ enverra l'Esprit-Saint ; et ils recevront ses dons ; et ils s'engageront dans la voie suréminente de la charité '-... »
Qu'on nous pardonne tant de citations et cette sorte de digression. Mais, si Notre-Seigneur est, de cette manière éminente, sublime, ineffable, notre vie, ce qui veut dire tout bien, toute paix, toute consolation, toute force, toute lumière, toute sécurité, tout salut, comment ne pas tendre incessamment, constamment, «. de tout notre esprit,
* Qui, sicut in ipso illo honiine quem gessit, ità in nostrismentibus gradus quo.sdam corporeae setatis exsequitur: nascitur, crescit, roboratur, senescit; sed orandus, ne in nobis diii aut jugiter parvulus et infirinus et pauper sit. — Epist. XXllI{a.\iks 3) ad Severum, n. "2. — Pair, lat., t. LXI, col. 257.
* Sant eniin quibus nondiim natus est Christus, ^unt quibus nondum est passas, sunt quibus nonresiirrexitusque adhuc. Aliis quoque nondum ascendit, aliis nondum misit Spiritum Sanctum ; etc.— Serm. XLIV De diverai» (aliàs in Resurrectione 111), n. 1, 2 — Patr. lat., t. CLXXXIII, col 666.
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de tout notre cœur, de toutes nos forces », comme il le dit lui-même i, vers sa Personne adorable, vers ses Mystères, vers son Cœur? Et, s'il est tout cela pour tout fidèle (car il est cela pour tout fidèle, pour chaque âme en particulier, comme si chaque âme était seule au monde 2), il l'est nuxnifestement, d'une manière tout à fait spéciale et à part, pour le Prêtre. Dès lors, comment toute la vie, et tout l'être du Prêtre ne serait-il pas une aspiration perpétuelle vers l'union à Notre Seigneur Jésus-Christ? comment son intelligence ne serait-elle pas de plus en plus avide de le connaître, lui qui est, selon saint Augustin, xc la droite fin de tout eftortde l'âme ^» ? et comment son cœur ne chercherait-il pas toujours plus à s'approcher de lui, et, en quelque sorte, à « se mêler à lui », pour parler comme saint Ambroise ; car il est seul «. sa volupté suprême^?»
Il nous reste donc à conclure que nous devons avoir la plus grande estime de l'oraison; puisque, en dehors des Sacrements, du Sacrement de l'amour surtout, il n'est rien, dans la vie présente, qui vienne, comme l'oraison, au secours de l'âme, pour que cet intime et ardent besoin d'union soit satisfait.
' Luc. X, 27.
- Christus cunctis se iinpendit pariter ot singulis, et totum se dédit uuiversis, et totum singulis... uisi quod propè hoc plus singuli debent quant universi, quod tantùm acceperunt siiiguli quantum universi. — Salviau. Adoershs avarltlam (allas, ad Ecdeslam raiholicam), lib. II, n. 2. — Patr. lat., t. LUI, col. 190.
^. « Usquequo, Domine, oblivisceris me in tinem ? » id est, differs me ad intelligendum Christum spiritaliter, qui est Dei sapientia, et rectus finis omnis intentionis animse. — In Fnabn. xii, n. 1. — Patr. lat., t. XXXVI, col.
* Videat illud bonum ex quo pendent omnia, ipsum autem ex nullo. Eo igitur vivit, atque intellectum accipit. Vitse enim fons est summum illud bonum, cujus charitas nobis ac desiderium accenditur, cui appropinquare et niisceri voluptas est; quod ei qui non videt desideiio est, et ei qui videt ineat. — De Isaac et anima, cap. viii, n. 78. — Patr. lat., t. XIV, col. 532.
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Or, c'est cette estime singulière et ce désir d'union à Notre-Seigneur Jésus-Christ, que nous avons appelés la préparation habituelle à l'oraison.
Il y en a une autre, non moins importante, c'est la préparation actuelle, c'est-à-dire qui précède prochainement ou immédiatement ce saint exercice. Elle consiste : pre~ rnièrement, dans le silence intérieur; secondement, dans la direction de l'âme vers Notre-Seigneur ; troisièmement , dans certains actes particuliers qui disposent naturellement à l'oraison. Nous disons quelques mots de ces trois conditions de la préparation actuelle.
lo Le silence intérieur. C'est une sorte d'apaisement de l'âme, se retirant de la distraction que donne l'application aux choses extérieures. Il n'est pas impossible que les œuvres diverses, que la charité ou les bienséances nous imposent, ne nous aient quelque peu agité ou fatigué. Le soir vient; à un moment donné, nous tâchons de faire taire, autour de nous et surtout au dedans de nous, tout bruit qui serait contraire au saint isolement de l'âme 1. C'est l'homme intérieur qui reprend ses droits. Oh ! que ce point est important ! Mais que son importance est peu connue! « Veillez, autant qu'il vous sera possible, a dit un auteur ascétique dont l'ouvrage a été quelquefois attribué à saint Bernard, veillez sur votre homme intérieur; ne le négligez pas, ne le prenez pas en dégoût^ comme s'il était chose vile. C'est un bien d'un grand prix; ses fruits ne sont ni temporels, ni périssables; ils
J Eeclesia electoruni, ad seterna et subliiniaduin per sublevationem couteniplationis intendit, surgentes ab intimis cogitationum tumnltus promit, atque intrà se Deo quoddam silentium facit. — S. Gregor. Magnus, Moralium, lib. XXX, cap. xvi (aliàs 12, vel 24), n. 5ii. — Pati". lat., t. LXXVl, col. 553.
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sont stables et se rapportent au salut éternel. Si vous A'oulez le bien garder, observez d'abord le silence... Le silence nous isole des conversations humaines, et il nous rend plus aptes à converser avec Dieu i. » Donc, afin que notre âme se dispose intérieurement à l'oraison, elle fait d'abord cesser tout bruit de paroles, et d'occupations inopportunes, et même de souvenirs, si ce n'est qu'il s'agisse de l'amendement de notre vie. Ce n'est plus le moment de faire une lecture indifférente ou de pur passetemps. La lecture d'un livre même bon, qui ne porterait pas au recueillement de l'esprit et du cœur, doit être toujours sacrifiée; il faut en dire autant de celle d'une lettre, dont il n'est pas urgent de prendre connaissance. Sans doute, le devoir est toujours le devoir, et les impérieuses servitudes de; certaines positions peuvent rendre difficile l'observation de la loi du silence intérieur. Mais, si elle n'est pas gardée de notre mieux, la paix intime qui est nécessaire aux relations avec Dieu ne sera pas possible; et alors de quel bien ne serons-nous pas privés! Nous avons besoin de parler à Notre-Seigneur. Qui sait si Notre-Seigneur n'a pas à nous parler? Le prophète semblait compter sur cette parole intérieure : Audiam quid loquatur in me Dominus Deus 2. Mais c'est à condition que toute agitation aura cessé. Non in commotione Dominus^. Faisons, le soir, ce silence dans notre âme, pour que
* Custodi, quantum potes, iiiteriorein hoiuiiiem tuiini. Noli euin quasi vilem negligere ac f'astidire; quia pretiosa possessio est, et merito pretiosa... Si vis benè custodire, tace priùs... Taceiido euim apud hommes, melius loquiinur Deo. — De d'ufclplinû mormn, cap. iv, n. 13. — Inter opp. S. Bernard!. — Patr. lat., t. CLXXXIV, col. 569.
* Ps. LXXXIV, 9.
'III Reg-. XIX, 11. — .Saint Ambroise a dit cette sentence : Diabolos sonum quserit, Cliristus silentium. — In Psalm, xlv enarratio, n. 11.— Patr. lat , t. XIV, col. 1138.
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l'oraison du lendemain se fasse dans la paix, et que notre cœur soit ce lieu pacifié où le Seigneur se trouve à l'aise i'; et, pour la même fin, maintenons-nous dans le recueillement, la nuit, aux heures d'insomnie, et le matin, avant l'heure de l'oraison. Mais observons la même règle, toutes les fois que nous devons nous mettre en rapport avec notre adorable Maître: avant de nous rendre à l'Église, pour notre visite du soir au Saint-Sacrement; avant de nous mettre aux pieds du Crucifix, pour y préparer notre confession; avant de descendre de notre chambre, pour aller faire notre préparation à la Messe; avant même d'ouvrir la porte de l'Église, quand nous n'y faisons qu'une apparition d'un instant. — Nous parlons ici d'oraison mentale, il faut le dire aussi de toute prière. — Sans cette préparation de l'âme, sans ce silence intérieur, il n'est moralement pas possible de faire un acte de religion qui honore Dieu, et qui profite à notre vie spirituelle; et alors, que de temps perdu! que de grâces négligées! et quelle confusion, pour le jour du Jugement, où nous aurons à rendre compte même d'une parole inutile 2!
2o La seconde condition de la préparation actuelle, c'est l'humble et amoureuse direction de l'âme vers Notre-Seigneur Jésus-Christ. 0 grâce précieuse! Les
1 Et factus est in pace locus ejus, et habitatio ejiis in Sion. — Ps. lxxv, 3. — Sion interpretatur contemplatio... Qnid promisit (Dominiis) ? Seipsum, ut in facieipsius et in illins contemplationegaudeamus; etnonaliquidaliud delectabit nos, quia nihil est nielius illo qni fecit oinnia qntc délectant. « Factus est in pace locus ejus, et habitatio ejus iu Sion » : id est, in contemplatione quâdam et speculatione, facta est habitatio ejus in Sion. — S. August. Eiiarratlon. in Psalm. — In Psalm. lxxv, n. 5. — Patr. lat., t, XXXVI, col. 9fil.
'■' Dico autem vobis, quoniam omne verbuin otiosum, quod locuti ftterint homines, reddent rationem de eo in die judicii. — Mattli. xii, 36.
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conversations sont finies, les affaires sont suspendues-,, l'âme est libre, et le mouvement que l'amour lui imprime, est vers Celui qui est l'objet de tout son amour.
Est-ce que l'avare, dès que son cœur est libre de toute autre occupation, ne se tourne pas vers son or? et l'ambitieux vers ce qui flatte son orgueil? et le savant vers ses études? et le voluptueux vers ses plaisirs? «Là où est votre trésor, là sera votre cœur i.» Eh bien, le Prêtre dit ces belles paroles, déjà connues, de saint Paulin de Noie : aSIM habeant sapientiam suam pMlosopM, dw'itlas suas divites, et régna sua reges; nobis gloria et possessio. et 7'egnum,, Christus est. Par besoin, par attrait, toujours tourné vers Jésus-Christ, il souffre, en quelque sorte, de le perdre de vue i\u milieu de l'agitation inévitable des devoirs qu'il remplit; ma^'s le voilà libre. Son cœur reprend la direction qui lui est propre. « Autant qu'il est en notre pouvoir, dit saint Ambroise, notre esprit n'est fixé que sur le Christ Jésus, n'ayant de désir que d'être en lui. Notie esprit s'applique là où est Celui qui est la Beauté, la Splendeur et la Bonté même, afin que notre âme illuminée de sa clarté devienne, elle aussi, belle et radieuse 2. »
Ici, relativement à l'exercice auquel nous nous disposons, cette direction toute confiante et amoureuse, c'est le regard du cœur fijîé sur le Mystère qui doit être le sujet de l'oraison : la Présence adorable de Notre- Seigneur au Sacrement, sa Nativité, sa Vie cachée, quelques circonstances de sa Vie publique, de sa Passion, etc.
' Matth. VI, 2L
* Nosquanlùii) po.'sumus, intendamiis lUi animum, et in Illosimus; illnd animo teneamus, quod est Pulchrum, Décorum, Bonum, ut fiât illuminatione ejus et fulgore speciosa anima nostra, et mens dilucida. — Epistol. I class. Epistol. XXIX ad Ircnœum,n. "2. — Patr. lat., t. XVI, col. 1054.
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Cette application de l'esprit et du cœur se fait sans effort. Si quelque distraction en détourne, on y revient avec paix et simplicité. Nous tâchons de nous y maintenir, jusqu'au moment de l'oraison. Même la nuit, si quelque insomnie nous visite et nous fatigue, notre cœur, selon ce que l'Église elle-même et les Saints nous recommandent, « cherche avec amour son Sauveur i. »
oo En troisième lieu, la préparation actuelle consiste à faire certains actes qui disposent naturellement notre âme à l'oraison : c'est le choix précis du sujet; c'est une bonne et sérieuse lecture relative à ce sujet (cette lecture n'est pas toujours nécessaire, mais elle est très souvent utile); c'est la prévision de la suite des actes principaux qui seront faits, dans l'oraison, relativement à ce sujet (ce qui n'est autre chose que prévoir et déterminer la méthode que l'on suivra) ; c'est un acte particulier de prévoyance, qui a pour objet le fruit que l'on désire retirer de l'oraison, c'est quelque résolution particulière que l'on sent le besoin de prendre, pour la sanctification de la vie.
On se rend facilement compte de l'utilité de ces actes préparatoires. Ils regardent toutefois spécialement l'exercice réglementaire du matin; ils doivent être simplifiés, s'il s'agit de la visite au Saint-Sacrement et surtout de quelqu'autre pratique d'oraison mentale très brève. Dans ce dernier cas, ils peuvent être supprimés, ei ils le sont de fait habituellement et comme forcément. Mais nous avons en vue, ici, l'oraison quotidienne. Elle a besoin
• Et nocte quseramiis Deum.— Hyiini. Matutiu. : Primo die qiio TrinUas. — Christum require in bonis cogitationibus.... ; quatre in noctibus, qiisere in cubiculo... Vult enim te omnibus invigilare momentis. — S. Ambrosius. Liber exhorlationis Virginit., cap. ix, n. 58. — Patr. lat., t. XVI, col. 353.
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d'être prévue avec soin. Nous ne savons pas, il est vrai, ce qu'elle sera le lendemain. Il en faut si peu à notre nature variable, pour que la meilleure préparation de la veille semble devenir inutile i. Une disposition pénible de l'espritj une affliction de cœur, une incommodité physique, telle autre cause inconnue, peuvent donner lieu à une véritable déception, à une sensible épreuve : aridité, obscurité, impuissance, fatigue difficile à porter, distractions obstinées qui nous obsèdent, etc. C'est la condition inévitable de la vie présente. Mais, en nous préparant avec soin, nous faisons devant notre Dieu, si miséricordieux, notre humble devoir ; et c'est surtout ce qui plaît à son Cœur, quel que soit d'ailleurs l'insuccès apparent qui nous est réservé.
Mais, l'heure de l'oraison approche. Comment devonsnous faire cet exercice, si justement appelé saint V
1 Cette rétlexiou nous fait penser ;ï une singuliéi'e expression d'un poëte latin, que saint Bernard a citée dans un de ses sermons: Fleni riiuarum, effliiliiins undiijite (Terent. Eunuchus, i, ii, 25). Que c'est vrai ! nous en faisons (.■linque jour roxpérienco. — S. Bernard. Serm. in Domin. infrh octac. AssKiiqjl. B. r., n. 11. - l'atr. lat., t. CLXXXII, col. -435.
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