‹ Prêtre et hostieChapitre 38 sur 56 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

l'exercice de l'oraison mentale

Nous avons à dire dans ce chapitre •.premièrement, que Notre-Seigneur doit être toujours le sujet principal de notre oraison, et, deuxièmement, donner quelque idée de la manière de faire oraison, conformément à cette doctrine.

I. Notre-Seigneur doit être toujours le sujet principal de notre oraison : en ce sens que ce divin Maître y occupe toujours la première place et qu'il en est comme la lumière divine qui éclaire tout le sujet, soit qu'il s'agisse, dans l'oraison, de sa Personne adorable directement, d'une de ses Perfections, d'un de ses Mystères, soit que nous nous occupions de toute autre vérité de la foi, ou d'une vertu à acquérir, ou d'un vice à éviter. j\Iais ce dernier point demande une particulière explication. Nous n'en donnerons pas, pour le cas où Notre-Seigneur lui même est le sujet de l'oraison, parce qu'il est bien évident qu'il y occupe la première place, puisqu'il ne s'agit alors que de sa Personne divine. — Voici connnent Notre-Seigneur est toujours le principal sujet de l'oraison, quelle que soit la vérité qui nous occupe.

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Nous disons d'abord : « quelle que soit la vérité qui nous occupe », parce que, s'il est vrai que Notre-Seigneur, sa Personne adorable, ses Perfections, ses Mystères, ses états, ses dispositions, ses actions, ses paroles, ce qu'il est dans l'Evangile, et dans l'Eglise, et au Sacrement, et dans le Ciel, et dans les âmes, — si, disons-nous, il est vrai que tous ces sujets puissent occuj)er constamment, toute la vie, les oraisons d'un Prêtre, et si même il n'y a aucune exagération à affirmer que c'est là que sa grâce l'attire ; cependant nous concevons qu'une âme sacerdotale ait attrait, de temps en temps, fréquemment même, à méditer sur Dieu, sa Providence, ses œuvres et toutes les autres vérités que la Foi nous enseigne.

Eh bien! c'est lorsque le Prêtre a cet attrait, que nous voudrions lui rappeler combien il est juste de dire, qu'alors même Notre-Seigneur doit être le sujet principal de son oraison ; et voici comment : — (Nous ne faisons, du reste, en donnant cette explication que rappeler une doctrine plusieurs fois exposée, plus ou moins explicitement, dans cet ouvrage.)

« Ce qu'il y a de plus lumineux dans toute la théologie, dit saint Denys l'Aréopagite, c'est llncarnation du Fils de Dieu i. » Or, ce radieux mystère est partout. Il est dans la Trinité, puisque Jésus-Christ est Dieu; il est toute la gloire du Père et il est toute l'œuvre du Saint- Esprit. Rien n'a été fait sans lui, tout a été fait par lui, pour lui et en lui : de sorte « qu'en toute chose il occupe le premier rang -. > 11 préside à tout, il communique son

1 1(1 qtiod est omnium qixœ de Doo (liciintiir claris.siiniim, cliviiia Ipsiiis .Tesn è naturâ nostrâ formatio. — De Divin, noiain., cap. ii, ii. {). — Patr, graec, t. Ill, col. G48.

2 In omnibus ipse primatiim tenens. — Coloss. i, 18. — In omni geute primatum habui. — Eccli. xxiv, 10.

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caractère, son empreinte, sa grâce et sa vie à tout : vérité sans l'intelligence de laquelle, il faut rappeler la parole de saint Pierre : Cul non pvœsto sunt hœc, cœcus e.st, et manu tenfans^. Les Pères semblent s'être particulièrement appliqués à affirmer cette doctrine, qui, du reste, est si expressément enseignée par saint Paul "^. Nous avons cité, en divers lieux de ce livre, un grand nombre de leurs témoignages ; mais le trésor de leur admirable enseignement demeure inépuisable. Il s'ensuit que, Notre-Seigneur étant la lumière, le principe, la vie de toute chose, il convient, quel que soit d'ailleurs notre sujet d'oraison, qu'il en occupe la première place. — Nous méditons sur les attributs de Dieu ; il est personnellement Dieu. ^ C'est la création (jui nous occupe : comme Dieu, il est Créateur ; comme Homme-DiEU, il est la tin et la raison d'être de toute créature, et, par l'effusion de son Sang, il a donné à l'univers, même matériel, une gloire nouvelle ^. — Nous admirons la magnifique création des Anges ; « même des Anges, dit saint Bernard, Jésus-Chkist est le vrai Sauveur et Rédempteur, comme il en est le Chef et le Roi i. » — Adam n'est qu'une ébauche, dont il est le type ; et la grâce d'Adam a sa source en lui. — L'his-

' II Petr. I, '.I.

- Frœclpiiè Coloss. i, 12-20.

•* Tevra, pontus, astra, mundus, — Quo lavautiir Humilie ! — Ilynui. hmp. Passion. — Cfr. Origène cité par de ilaistre: tSoirécs de Saint Péter-iboitr;/, Éclaircissemeut sur les Sacrifices, cli. iri, vers la fin.

* Quo pacto tu dicis Dominum Jesiim Cliristum eis (Ang-eiis) fuisse redemptionemV Audi breviter. Qui erexit homineui lapsum, dédit stauti angelo ne laberetur, sic illum de captivitate eruens, sirut hune à captivitate defeiidens. Et liâc ratione fuit œquè utrique redemptio, solvens illum et servaus istum. Liquet ergo sanctis Angelis Dominum Cliristum fuisse i'edemptionein, sicut justitiaiii, sicut sajiientiam, sicut sanctificationem... Sic erg'o omne quod erat Angelis, factus est nobis. — In Caiifica, Serin. XXII, n. 0. -- Patr. lat.,t. CLXXXIII, col. S8U.

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toire des Patriarches et du peuple hébreu, c'est son histoire. Tout le premier Testament est plein de sa vie. Les hommes, les événements, les institutions, c'est lui annoncé, figuré ; et c'est lui soutenant, ennoblissant, sanctifiant tout. Nous l'avons dit, au Chapitre XXIV du Livre premier, et ailleurs.

Lors donc que nous méditons les œuvres de Dieu, les voies de DiEr, dans les siècles qui ont précédé TLicarnation, nous y trouvons ce Mystère présidant à tout : Jésus Chrisfu.-i Jieri, et liod'ie ; ipse et in sœcuJa i.

Si, après l'hicarnation, nous nous appliquons à considérer, dans nos oraisons, le beau mystère de l'Église, estce que l'Église n'est pas Jésus-Christ? Rappelons-nous la doctrine de saint Augustin, tant de fois enseignée par le saint Docteur, surtout dans ses Dis'cours sur Jes Psaumes -.

Si nous nous attachons à la vie, aux gloires, aux grâces, aux merveilleuses tendresses du Cœur de Marie, est-ce que Marie n'est pas Jésus?... Et les Saints ne sont-ils pas JÉSUS ? Est-ce que nous ne recevons pas tous de sa plénitude? et avons-nous autre chose, dans l'ordre de la grâce, que ce qui nous vient exclusivement de lui ?

Mais, supposons que notre sujet soit une des vertus théologales : est-ce que Jésus n'en est pas « l'auteur et le consommateur»? Et ce dernier mot que saint Paul a dit de la Foi :>, n'est-il pas vrai aussi de l'Espérance et de la Charité, comme saint Augustin nous l'a appris? Quant aux vertus, morales, n'en est-il pas aussi et l'auteur et le consommateur, et rexemplaii'e,et la substance, pour rappeler une parole d'( )rigène ?

1 Hebr. xiii, 8.

- Voir précédeininent t. I, p. W.i, KHi, ptc , etc.

3 Hebr. xii, -1,

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Mais, nous méditons sur le péché. Qui nous en révèle la malice, la laideur, le danger, la folie, comme Jésus crucifié ? C'est toujours à ses pieds qu'il faut méditer sur ce mal effroyable. La lumière dont nous avons besoin, pour le connaître tel qu'il est, ne vient que des plaies de Celui qui est mort pour le détruire.

Les grandes vérités de la Mort, du Jugement, du Purgatoire, de l'Enfer, du Ciel ne feront dans nos âmes de saintes et salutaires impressions, que si cette même lumière les éclaire. L'aspect le plus vrai de la mort, la mort de Jésus-Christ le révèle. Sa Passion nous explique, mieux que tout raisonnement, le Purgatoire et l'Enfer et le Ciel. Elle est l'espérance du Purgatoire; elle est la terreur de l'Enfer; elle est l'éternelle joie des Élus. « Et dans ce beau Ciel, dit saint Thomas, la nature divine dans le Verbe (comme dans le Père et le Saint-Esprit) est bien l'objet de la Vision béatifique ; mais les Saints contemplent aussi l'humanité du Chkist ; et cette contemplation est pour eux une semblable béatitude i. »

Après cette vie, et à la fin des temps, il sera notre Juge, non Dieu le Père, mais lui-même, v< parce que le Père lui a donné ce pouvoir - » ; et avant le Jugement général, c'est encore lui, qui sera la cause de notre Résurrection -^

Est-il donc possible de faire une seule fois l'oraison.

' Uluil ad quod primo atteiicUuit Saiicti, est ipse Deus...; et sic prias coiitemplantur CMiristi divinitaiem, quàm ejus humanitatem. In utrâque tamen conteinplaiidà delectationein iuveiiiunt. Uudé dicitur (Joanii. x, 0) : Ingreilieiitin- scilicet Beati ad coiitemplaiidain diviiiitatem Cliristi, et ei/redieatiir ad contemplationein ejus hunianitatis, et \\tïoh\(i\\\e iJascHa ùiveiiient, id est delectationem. — Quodlih. viii.

-' Neqiie enim Pater judicat quemquani; sed oimio jiidiciuni dédit Filio.. . et potestatem dédit ei jiidicium facere, quia Filius iiomiuis est. — Joauii. V, -i-i, 27.

3 I Cor. XV, 13-22, etc.

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sans que Notre-Seigneur y soit le sujet principal? — Nous n'ignorons pas qu'il y a une manière différente de concevoir la suite des vérités, dont la méditation et la piatique forment l'homme spirituel; et cette manière est grandement respectable ; elle est fondée sur la conduite d'un grand nombre de Saints. Les admirables Exercices de saint Ignace en sont comme la consécration. Dans ce plan, Notre-Seigneur apjjaraît seulement au commencement de la seconde semaine ; nous disons : « apparaît », pour désigner les méditations de sa Vie et de ses Mystères. De fait, ce miséricordieux Rédempteur a sa place dans les colloques, après certaines méditations. Mais il n'en est pas le sujet principal. L'exercitant est en présence de \si fondamentale vérité de la fin de l'honn^ie et de l'usage qu'il doit faire des créatures. Viennent ensuite les exercices sur le péché des Anges, sur celui de nos premiers parents, sur nos propres péchés, sur l'Enfer mérité par tout péché mortel, etc. Or, on conçoit une manière de procéder qui serait différente. Dans ce dernier cas, tout le plan des exercices serait fondé sur ces paroles de saint Paul : Ipsias enim sumu^ factura, creati in Christo Jesii^, et plusieurs autres semblables. Par l'Incarnation et la Rédemption, nous sommes en Jésl's-Christ et JÉsus- Chkist est en nous; par conséquent, Jésu.s-Chrlst est toujours le principe de toute connaissance et de tout devoir surnaturels. Quelle a été la tin de Jésus-Christ llomme-DiEU, en son humanité V voilà la nôtre, dans toute sa vérité et son excellence. Quelles ont été les dispositions de Jésu.s-Chkist à l'égard des créatures? voilà celles que nous devons avoir : Hoc sentite in robis, quod et in Chrisfo Jesu -.Comment a-t-il compris et traité le péchéV

1 Ephes. II, 10.

* Philipp. II, 5.

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ce n'est pas autrement que nous devons le comprendre et le traiter nous-même. Qu'est-ce que l'Enfer aux yeux du Fils de Dieu, et le Jugement, et la Mort qui précède le Jugement? c'est ainsi, et pas autrement, qu'ils doivent paraître à nos yeux. Cette manière de procéder est peutêtre à la fois plus lumineuse, plus forte, plus suave, plus surnaturelle, et par suite plus fructueuse.

Mais que nous serions vraiment à plaindre si nous pouvions penser qu'il y ait quoi que ce soit de défectueux ou d'imparfait, dans l'admirable livre des Exercices. Nous n'ignorons pas ce qu'en pense notre sainte Mère l'Eglise i ; et le nombre d'âmes ferventes que ce livre a produit, est incalculable. Seulement, reconnaissons que les voies de Dieu sont très variées. La grâce opère diversement et « l'Esprit souftle où il veut 2 » . C'est pourquoi, on s'explique sans peine, croyons-nous, les remarques que nous venoiis de faire •^'.

' (^no tempore, honio litterarum plané nidis adiiiirabilem illum composuit Exereitiorum libnim Seclis apo.stolica» judicio et omnium utilitate comprobatum. — In offic. S. Ii/nalii, xxxi Jnlii, lect. iv. — Cfr. Paul III, Pantoralit; officli, anu. 154s.

- Joann. m, S.

3 II ne viendra, .sans doute, dans l'esprit de personne qu'en proposant, comme nous le faisons, l'Imitation de Notre-Seig'neur pour les commencements de la vie spirituelle, nous troublions l'ordre universellement adopté par les Tliéologiens et implicitement approuvé par l'Eglise, quand elle a condamné la proposition XXVI de Molinos (Innocent XI, Constitut. Cœlentts Pastor, 1087), ordre suivant lequel, l'âme qui tend à la perfection passe par trois voies ou vies distinctes et progressives : la vie purgative, la vie illuminative et la vie unitive. Dans ce plan, l'étude et l'imitation de Notre- Seigneur se rapportent à la vie illuminative. Or, il s'agirait de considérer Notre-Seigneur comme étant, même pour la vie purgative, « Voie, Vérité et Vie » : mais « Voie » qui mène l'âme « an crucifiement d'elle-même, de ses vices et de ses convoitises » (Galat. v, 24), « Vérité » qui révèle toute lamalice de l'offense de DiKr et l'effroyable malheur delà persévérance en cet état, et qui « nous délivre » de tant de mal (Joann. viii, .32), et « Vie » dont saint Paul a dit: Semper viorlificatioiiem Jesit in rorpore nostro rircvmf'erentes.... ut et vlta Jesu ntahifextetur in rame nostrâ mortali (II Cor. iv, 10, 11).

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IL Donnons maintenant quelque idée de la manière de taire oraison, Xotre-Seigneur en étant le principal sujet, conformément à la doctrine précédente .

Pour traiter ce sujet, avec l'étendue convenable, il faudrait tout un chapitre spécial. L'étude des diverses Méthodes d'oraison occuperait naturellement une place importante dans ce travciil. Ici, nous supposerons simplement que celle de ces méthodes qui, pratiquement, convient le mieux au Prêtre, voué au laborieux ministère des paroisses, est la .}féfhode affective; et c'est d'après elle que nous donnerons la manière de faire oraison, dans l'esprit que nous venons d'indiquer.

Il faut bien, en vérité, que nous le reconnaissions : rien n'est ]A\i9, personnel que l'oraison; de sorte que, si l'on propose des règles, on ne peut en imposer aucune comme étant nécessaire. Il y a des esprits qui ont besoin de beaucoup d'ordre et de méthode, même dans cet exercice où l'action de Dieu, si libre de sa nature, peut à tout instant faire varier tous nos plans préconçus. D'autres ne peuvent se soumettre à cet arrangement fait d'avance. Leur disposition n'est pas sans inconvénient, et, somme toute, la précédente est préférable. Certaines personnes, même dans nos rangs, même après des années d'oraison quotidienne, ne peuvent se passer d'un livre. Il f^iut prendre garde à cette habitude. Elle pourrait être une illusion. Facilement l'usage du livre fait dégénérer l'oraison en lecture simplement méditée. Ce dernier exercice est bon; mais il peut n'être qu'un pieux passetemps, surtout si le temps consacré à l'oraison est un peu court, une demi-heure par exemple. L^ne telle méthode n'a rien de bien intime : elle est en général peu fructueuse. Toutefois la pratique d'avoir son livre près de soi est bonne, et, si l'oraison est de trois quarts d'heure et

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surtout d'une heure, le secours du livre est plus d'une fois indispensable.

Mais que le Pi-être dont l'oraison ne dépasse pas la demi-heure, arrive à se passer de ce secours. Il le fait certainement dans la visite au Saint-Sacrement, qui n'est ordinairement que d'un quart d'heure.

Une méthode, dans laquelle les réflexions occupent une partie notable du temps, est certainement utile. Il est des Prêtres qui ne pourraient se résoudre à faire leur méditation autrement. Et, toutefois, si celle-ci n'atteint pas trois quarts d'heure, il est à craindre qu'elle n'ait l'inconvénient que nous venons de signaler, relativement à l'usage excessif du livre. Une certaine intimité avec Notre-Seigneur y fait défaut .

C'est pourquoi, nous estimons que l'Oraison du Prêtre, surtout si elle est d'une demi-heure (et c'est ordinairement le temps qu'on y consacre, au milieu du ministère des paroisses i, nous croyons, disons-nous, que, dans cette limite, l'oraison doit être principalement affective. Il nous semble, que notre lecture spirituelle devrait avoir habituellement un caractère sérieux, de manière à donner à la réflexion une bonne part, nous arrêtant à certaines vérités énoncées, nous en rentlant compte, considérant leur solidité, leur force, leur côté pratique, non pouifaire, à propos de la lecture, une sorte d'oraison, mais pour que la lecture porte la conviction dans l'esprit ; et que nous devrions hcibituellement réserver à l'Oraison mentale, ce qui est la part du cœur et de la volonté, c'està-dire les affections et les résolutions i. L'ensemble des

' Nous voiulrioii.s iusi.ster sur cette rctlexion. Dans la vie du rrctrc, la i>c!cturc spirituelle et l'Oraisoii sont égalemuiit uécessaiies. 11 uepeut réellement point s'en priver. Or, les deux exercices se complètent mutuelleuient. Ni la lecture spirituelle seule ne suffit, ni l'oraison seule. Les deux réunies

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actes que produisent le cœur et la volonté, est ce que nous appelons la méthode afitective.

Nous allons en donner (pielques exemples. C'est ainsi que nous indiquerons comment il est possible de faire oraison, en considérant Notre-Seigneur Jésus-Chkist comme en étant le sujet principal.

Supposons d'abord que le sujet que nous avons choisi est un Mystère de ce divin Maître, ou une circonstance de sa vie, ou une parole qu'il a dite.

Saint Augustin semble avoir indiqué les actes que nous pouvons produire, dans ce cas, conformément à la méthode affective. Dans un de ses sermons, après avoir rappelé quelques-uns des caractères de la vie de Notre-Seigneur, il dit: Admire mur, y rafale i}rur, amemus, hnuleitms, adorenius, grattas illl aganms, qiioi:lain per eamdeni l'edempforis nosfri vwrfem, de tenebris ad lacem, de corrupfione ad incorruptionem, de exilio ad patriam, de lucfu ad gaitdfUDi, de terris ad cœhste regnum rocati siimus '. — Admiration, Cougratulation, Amour, Louange, Adoration, Action de grâces : voilà donc les actes affectifs ([ue nous pouvons faire, en les adressant à Notre-Seigneur au sujet du Mystère qui nous occupe. Il n'est pas nécessaire que nous les fassions tous; il peut être aussi fort utile qu'ils

sont H l'âme .sacerdotale raliiueut de vie qui la .soutient et la fait grandir. Eh bien ! que la lecture, qui e.st principalement pour l'esprit, .soit forte, ordinairement dogmatique, capable de faire impre.ssion par la beauté de la doctrine, la netteté de l'exposition, l'élévation de.s pensées, et la solidité des raisons et des preuves ; et que l'oraison soit principalement l'exercice du cœur, — du cœur qui adore, qui rend g'râces, qui supplie, qui s'épanche, ((tii se repent, quise console, qui se fortifie, pour l'accomplissement du devoir, pour la lutte contre la tentation, pour la patience dans l'épreuve... Nous croyons que le Prêtre doit procurer à son esprit une lecture spirituelle, habituelle, très sérieuse, et donner à son cœur une oraison simple et facile. 1 Sermo CCVIII, n. 7. De Assumpt. B. M. V. — Inter supposititios. — Patr. lat., XXXIX, col. 2132.

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soient précédés de quelques actes préliminaires, comme la Foi (on la divinité de Jésu8-Chri8T, ou en quelqu'un de SCS titres, ou simplement en sa présence) et VUumU'nition (nous reconnaissant indignes de paraître devant lui), et que pareillement nous les fassions suivre de ceux qui sont comme le complément de notre exercice : la Deinande ou Supplication (dans le sentiment que nous éprouvons de nos besoins) et lu Protestation ou Résolution (qui témoigne de notre généreuse volonté). De cette manière, nous aurons à notre disposition, si l'on peut ainsi dire, une suite d'actes très directement propres à nous occuper saintement et fructueusement, durant notre demi-heure d'oraison.

Prenons maintenant pour exemple, une des fins dernières, la mort. — Nous ferons d'abord les actes préliminaires de la méditation précédente : Foi et Humiliation^ et nous produirons ensuite ceux que saint Augustin recommande : Admiration (de la puissance de la mort sur Notre-Seigneur, et sur nous); Congratulation (à Notre- Seigneur, qui a opéré par sa mort de si grands effets, et qui exerce si souverainement son autorité sur les hommes, en les faisant mourir); Amour (à Notre-Seigneur qui nous a sauvés par sa mort et qui nous donne, par la mort à subir, un moj^en si puissant d'expier nos péchés et de lui être ^Qm\Ai\h\ç^)\ l.ouançje (aux attrilnits de Difa' et aux perfections de Jésus-Christ, qui se révèlent dans sa mort, et dans notre mort); Adoration (de sa vie divine dans sa mort, et de ses droits et desseins sur nous dans notre mort) ; Action de grâces (pour .tout ce que nous devons à sa mort et pour tout le bien qu'il veut nous faire, en nous retirant de ce monde). - A la un, Demande (d'une boinie mort, etc.) et Protestation (de fidélité, etc.).

Uu bien, il s'agit d'un devoir à remplir, d'une vertu à

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pratiquer, la religion par exemple, la douceur, la patience... — Nous sommes sur la voie. Composons une série d'actes afifectifs. Rien ne nous oblige à adopter la suite indiquée précédemment. Supposons les cinq actes suivants : Adoratioji (de Notre Seigneur, pratiquant cette vertu); Congrafidafioii (à Notre-Seigneur, la pratiquant d'une manière si sublimej: Action de grâces (c'est pour nous qu'il l'a pratiquée); Humiliation ipour notre défaut contraires; Demande, supplication (pour obtenir lumière, onction intérieure, bonne volonté... i.

Ou bien encore, c'est le péché en général, ou un vice, un défaut, qui est le sujet de l'oraison. — Adoration (de Notre-Seigneur condamnant le péché ou tel péché, par sa conduite, par ses paroles, par sa Passion); Humiliation, contrition fpour tous les péchés de notre vie, et en particulier pour les actes multipliés de telle sorte de péché); Action de grâces (de ce que Notre-Seigneur nous a attendus à pénitence, nous épargnant l'Enfer éternel et les châtiments de sa justice, et multipliant toujours ses miséricordes); Demande (de lumière, de force, d'énergie...); Protestation i qu'on fera tel sacrifice, qu'en présence de telle occasion, on iDriera, on fuira, etc. i.

Telle est la méthode affective. — Il est possible que l'explication cpie nous venons d'en donner et l'application que nous venons d'en faire, ne satisfasse pas pleinement. Plusieurs la trouveront trop simple et d'autres trop compliquée. N'oublions pas que la méthode, c'est l'accessoire ; l'important est que Noti-e-Seigneur soit toujours la lumière qui éclaire nos oraisons, et la vie qui les vivifie. Dans ses examens particuliers, M. Tronson cite ces paroles de saint Laurent Justinien : hi Christo prœcipuè considerafionis obtutus fige i. Qu'elles soient notre règle inva-

1 Quatrième examen de l'Oraisuii, "2" point.

494 l'exercice de l'oraison mentale

riable. Mais une fois ce besoin de toute âme sacerdotale satisfait, il est évident que nous pouvons, et même que nous devons adopter, suivant notre attrait, et la nature de notre esprit, soit la belle et grande méthode de Saint-Sulpice, soit celle dont saint Ignace a doté la piété chrétienne « et qui convient, dit le P. Faber, à un plus grand nombre de personnes, et s'adapte mieux aux habitudes de l'esprit contemporain i. »Le principe que nous avons émis, et suivant lequel Notre-Seigneur est toujours le sujet principal de l'oraison, ne trouve aucune opposition, soit dans l'une, soit dans l'autre de ces méthodes. Los limites de ce chapitre ne nous permettent pas de le montrer -, mais l'épreuve est facile à faire.

Nous voudrions dire aux Prêtres en général : simplifions notre oraison. Si la lecture spirituelle est bien faite, l'oraison peut se réduire à un très petit nombre d'actes, qu'il s'agisse de l'oraison réglementaire, ou de la visite au Saint-Sacrement, ou de tout autre pratique mentale dont Notre-Seigneur est l'objet. Il faut arriver à une certaine intimité avec ce vivant Amour de nos âmes ; et, dans l'intimité, on parle peu. On se répète, on abonde en quelques sentiments, quelquefois en un seul. Plus d'un Prêtre a certainement goûté la paix profonde que le cœur éprouve à prononcer, pendant toute une oraison d'une demi-heure, des mots comme ceux-ci : « Je crois, ô Jésus ! que vous êtes là vivant... Je crois que vous êtes mon Sauveur... .Te crois que vous serez bientôt mon Juge... i^ Ou encore: « Ayez pitié!... Vous qui m'avez créé, — racheté, — fait votre Prêtre!... Ayez pitié de moi!... Délivrez-moi de moi-même!... >^ Ou encore : « Régnez en maître ! ô Dieu ! ô Vérité ! ô Sagesse ! ô Sainteté ! » On ra-

• Pro(/rh (le rame dans la vie sijlritnelle,c\\a.T^. xv : de la prière.

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conte de saint Augustin, qu'il passait un temps considérable à dire cette unique oraison jaculatoire : Noverlm te ! noverim me ! et de saint François d'Assise : De^is meus et omnia !

Quand on a vécu, quand on a souffert, quand on sent le poids de la vie, l'accablement d'une grande responsabilité, le besoin d'une immense miséricorde, et qu'on n'a à sa disposition que quelques minutes de repos, aux pieds du Crucifix ou du Saint-Sacrement, l'âme adore, rend grâces, supplie, demande pardon, prend quelques sincères- résolutions et se renouvelle ainsi, dans le désir de plaire à Celui qui lui est Tout ; et l'oraison est saintement faite 1.

Mais, il y a une très grande variété d'aptitudes; comme il y a une très grande variété de besoins; comme aussi il y a une extraordinaire variété de dispositions, d'impressions, dans la même personne; et ces divers états réclament les conseils d'un homme éclairé, d'un sage directeur. Le P. Faber, (pie nous venons de citer, a dit avec toute la tradition : « L' affaire la plus importante de la vie intérieure, c'est la prière mentale 2. » C'est dire à quel degré nous avons besoin du coup d'œil intelligent, exercé et sûr d'un' homme de UlEU, qui examine, qui observe, qui se rende exactement compte de nos besoins, de notre grâce, et qui juge en dernier ressort.

Mais nous ne pouvons penser qu'un directeur, quel que soit son attrait particulier ou sa doctrine sur l'orai-

1 lîieii (les Prêtres nous ont fi''licit('' d'avoir coniposi'> notre Peti.l Irailéde r Oraison mentale; ils disaient le Ijien qu'ils en avaient retiré ; et pourtant ce nVstpas pour les Prêtres que nous avons publié cet opuscule. Mais, simplifier l'oraison, c'est rendre service à une multitude d'âmes, même dans nos rangs. — Nous attirons ici l'attention sur notre petit travail, uniquement comme on donne un renseionemont.

- l'))i suprà.

l'.»G l'exercice de l"okaisux mentale

son, ne porte pas celui qui dit la sainte Messe chaque jour, qui est dans des rapports si intimes et si fréquents avec Notre-Seigneur, qui le donne aux âmes par les Sacrements et par la parole, qui en est la bonne odeur, et qui en porte les traits partout, qui est appelé à l'unité de vie, comme il a été consacré pour l'unité de ministère, celui dont il est dit d'une manière si absolument vraie : Sacerdos alter Christus^ — à avoir toujours devant les yeux, à porter toujours dans son cœur, afin de reproduire en toute sa personne, ^< le Fils unique de Dieu, que Dieu a envoyé en ce monde pour que nous vivions par lui 1. »

L'oraison porte un truit de vie, c'est la bénédiction qui se répand dans notre âme, en accroissantnotre bonne volonté pour la sanctification de la journée qui commence (s'il s'agit de l'oraison du matin). Mais, il y a un fruit plus général, une bénédiction plus étendue, c'est l'exercice d'imitation ou vie d'union, qu'opère peu à peu en nous l'habitude de l'oraison, qu'il s'agisse de l'oraison matinale, ou de tout autre intime relation d'amour avec Notre-Seigneur Jésuh-Christ -.

1 Filium siium nnigeiiituiii iiii.sit Dens in innuduiii, lit %iv;iniu.s \wv emii. — 1 Joaun. IV, 1).

- Nous pourrion.s pour compléter le .sujet de ToraLson traiter ici des Ketraites, soit annuelles, soit mensuelles, et dire comment doivent être sanctifiés ces jours de recueillement et de méditation. Mais le Prêtre qui fait avec fidélité et ferveur son oraison quotidienne, sait à quoi s'en tenir sur l'excellence de ces grands moyens de salut et la meilleure manière de se les rendre utiles. Le Lut est dans ces deux mots : Mourir de plus en plus à nous-même, et vivre de plus en plus de Jésus-Christ.

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