CHAPITRE XXYII
QUATRIÈME MOYEN: EXERCICE D'IMITATIOX OU VIE D'UXION ■ AVEC XOTRE-SEIUXEUR JÉSUS-CHRIST
L'étude, la lecture spirituelle, l'oraison nous font tendre à l'union avec Notre-Seigneur, L'union s'opère dans l'oraison d'une manière atiective, mais réelle et quelquefois sublime; elle ne se consomme toutefois, d'une manière pratique et complète, que dans la conduite de la vie, par l'imitation parfaite de Notre-Seigneur , et par sa vie divine pleinement réalisée et souveraine en nous : pleinement réalisée, souveraine, autant que cette grâce, la plus excellente de toutes, est possible en cette vie d'exil i.
Et ceci n'est pas contraire à la doctrine, suivant laquelle la perfection de l'union s'achève dans l'oraison ou la contemplation -. Cette doctrine est vrai de deux
1 « La vie de la grâce et celle de la gloii-e est la même ; d'autaut qu il iiy a d'atxtre différence entre l'une et l'autre, que celle qui se rencontre entre l'adolescence et la force de l'âge. Là elle est consommée, ici elle est en état de se perfectionner ; mais c'est la même vie... La gloire n'est autre chose qu'une certaine découverte qui se fait de notre vie cachée en ce monde, mais qui se fera paraître tout entière dans l'autre. » — Bossiiet, 11^ Sermon povr la fête de tous les Saint». — Cfr. S. Thoma. II, II, q. iv, a. 8. ad 2.
- Hœc est sublimior in hâc vitâ perfectio, ità inhaerere Dec ut tota anima, cum omnibus poteutiis suis et viribus in Deum collecta, unus fiât spiritus
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manières, premièrement, parce que, dans la contemplation, la force de l'amour est naturellement mieux disposée à s'élever plus haut que dans l'action; et secondement, parce qu'après les plus saintes œuvres la contemplation survient pour élever de nouveau l'Ame plus haut encore, s'il plaît à la divine Bonté. Mais, il faut dire aussi, premièrement, que la contemplation la plus élevée n'est pas à proprement parler la vie réelle du temps présent, à cause de ce qu'elle a d'essentiellement transitoire i; et, secondement, parce que la preuve sûre de l'amour le plus intense, c'est la fidélité à Dieu et à Notre-Seigneur, suivant cette parole : « Si quelqu'un m'aime, il gardera mes commandements; et nous viendrons à lui. et nous ferons notre demeure en lui -. »
La fidélité à DiEr et à Xotre-Seigneur I Oh! que cette disposition, qui embrasse toute perfection possible, soit l'objet d'une grande attention, d'un grand amour et d'un grand zèle, de la part d'une âme sacerdotale ! Il y va de son salut et de son éternité ; mais, dans cette fidélité se trouvent aussi engagés les intérêts spirituels d'une mul-
cmn eo, etL'... l'iuli'' oratiouis port'ectio <'st i-.ini 'ni olitinet anima ad ([Uotl oraiido tendit, ut tota ah intinii.s al>.stracta soluni uuiaturdiviuis, uec voleii.-s, iiec valeiis aliud sentire nisi Demn. Ibiqniescit anima, ibi deliciatiir insplendore Inci.s, in a,m(vnitate divina' dulccdinis et in secnritate paci.s. — S. ]5onavent. De jjrofes'x. reh\i/., liK. II. tap. i.xxiii. — Edif. Vives, t. Xll, p. 4'2y.
' Nous no disons ici rien de contvairi^ à la doctrine de saint Tiiouias, dont la thèse snr la durée de la contemplation a pour objet, non les actes de la vie contemplative, mais la vie contemplative elle-même (II, II, q. clxxx, art. 8 : l'triim vita contemplativa sit diutnrna). — Tous les Pères et les Docteurs s'accordent à dire que les actes de la contemplation sont de courte durée. Cfr. 8. Greg-or. Mag-n. Moralinin, lit). V, cap. x.\xu,n. ô7.— Patr. lat., t. LXXV. cl. 711. - l.ih. VIII, cap. xxx. n. 4'.i et .Vi. - Col. 832. - Lih. XXXi, cap. XXV, n. 4'.t. T. LXXVI. col. (iUO. — >S. IJernard. In Canficc, Sorm.XXlII.n. 15 et IC. - l'ntr. Int., t. Cl.XX \ 11 1, col. .^;i->-s<.i:;. - Russuot. J\fi/stici in fitlo, part. I. cap. \ ii, n. 14.
- Joann. xiv, 21, 2.'5.
OTJ VIE D'uXIOX avec X.-S. JÉSUS-CHRIST 499
titude d'âmes. Un degré de plus ou un degré de moins d'union à Xotre-Seigneur, dans la vie intérieure d'un Prêtre, c'est peut-être tout un monde d'eifets différents, dans le plan de la Providence et de la grâce divines. Sainte Thérèse disait à ses filles une parole qui est bien plus vraie du Prêtre que des fidèles les plus favorisés de Dieu : « J'ai connu des âmes fort élevées, parvenues à cet état (r oraison d'union), que le démon a gagnées de nouveau par ses prestiges et ses ruses, tout l'enfer concourant à cette ruine; car, je vous l'ai dit bien des fois, ce n est pas tme âme qui se perd Ici, mais une multitude. L'ennemi en a déjà fait l'expérience; il sait comme nous le grand nombre d'âmes que Dieu attire j^ar une seule i. » Que ces graves paroles donnent à réfléchir!
h'e.i-ercice d^ imitation est une application humble, simple, et liabituelle,[d'esprit, de cœur et de volonté à NotrevSeigneur Jésu8-Christ, pour reproduire en nous, en nos pensées, on nos sentiments, en toute notre conduite, en toute notre vie, les pensées, les sentiments, la conduite, la vie de Xotre-Seigneur Jésu8-Chi;i.st. L'âme semble regarder toujours, inteiToger toujours ett^ttirer toujours en elle, l'esprit, les dispositions, le ca'ur de cette adorable Vie de toute vie, afin de pouvoir diie a\ec saint Paul, eu vérité . IVro autem. jam nmi ei/n ; ricif cero in me C/iris- //^s•. Qiiod (lutem luinc riro in ciirnc, in fide rira Filii iJei, qui dilexit me et tcadidlt scmctipsum pro me-. Jli/ti i-irere (liristus est'^K Elle veut, au dedans, avoir « les sentiments de Jésus-Christ ^ », et elle veut, au dehors, porter l'i-
' L'hâleoii inlérieiir, 't'^ (Ilmucuin^. fliap. iv. '■^ (;alat. ir, -20.
■' Philipp. I, -il, * Philipp, Ji. 5.
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mag'e et les traits de Jésus-Christ ; car^ c'est le dessein du Père que « ceux qu'il a connus d'avance soient prédestinés, à porter les traits de Jésus-Christ i », qui sont ses vertus autant extérieures qu'intérieures. Elle sait que telle est la recommandation de l'Esprit-Saint, parla bouche de l'Apôtre: Sicnt accepisth Jei^um (lirhium Domlmim, in ipso amhttlate -. Induimini Domimim Jesum Christum ■'. Sicuf povtavimns imaginen/ fei'reni, portemus et imaginem cœlestis-^ ; «i et vita Jesu vionifestetnr in carne nostrâ mortaJi ^K Elle sait que les vertus sont nécessaires; mais ce ne sont pas les vertus considérées en elles-mêmes, c'est-à-dire à cause de leur excellence propre, qu'elle désire posséder, ce sont les vertus de Jésus-Christ, telles que Jésus-Christ les possède et les pratique. « Ce n'est pas notre vie dont nous vivons, dit-elle avec saint Ambroise, c'est bien la vie de .Iésms-Christ, vie d'innocence, vie de chasteté, vie de simplicité, vie de toutes les autres vertus '^\ » Et encore, avec le même saint Docteur: < Qu'il n'y ait que Jésus en nous, quoi que ce soit que nous fassions; que son image soit imprimée et apparaisse. Qu'il soit notre tête, puisque le Christ est la tête de l'homme; qu'il soit notre œil, pour que par lui nous voyions le Père ; qu'il soit notre voix, pour que par lui nous parlions au Père; qu'il soit notre main droite, pour que par lui nous offrions notre Sacrifice au Père "*. »
1 Rom. VIII, 29.
- Coloss. II, G.
2 Rom. XIII, 14.
* I Cor. XV, 4'J.
5 II Cor. IV, 10, 11.
^ Non ergo jam nostraui vitam, ,sed Cliri.sti vilaui viviiims, vitain iuuoceiitise, vitain castimoniae, vitain simplicitatis, omniumqno virtiitnin. - Dp fitf/â sœciili, cap. vu, n. 44 — Patr. lat., t. XIV, col. 590.
' Lnceat ergo imago ejus (Cliristi) in contessionc nostrâ, luceat in dilec-
ou VIE d'union avec n.-s. Jésus-christ 501
Ces dernières paroles sont spécialement d'une âme sacerdotale. Voilà bien, en etîet, l'intime, amoureuse et constante vie du Prêtre : Ut absorbeatur qicod niortale est, à Vitd 1. Ce qui est mortel en nous, c'est tout ce qui vient de la g'énération d'Adam, c'est « la chair avec ses vices et ses concupiscences- », c'est « la loi des membres qui répugne à la loi de l'esprit •"' »; et la vie, c'est JÉsus- Chkist, vie unique, vie sainte, vie éternellç. Faire passer en soi cette vie souveraine, de sorte qu'elle domine tout, et les moindres mouvements intérieurs de l'âme et les sens extérieurs avec les actes qui leur sont propres, et le présent et l'avenir, et la conduite privée et le ministère qui se rapporte aux âmes, pour que tout cela n'ait qu'un nom devant Dieu et devant les anges: la vie de Notre-Seigneur Jé8U8-Christ, voilà tout pour le Prêtre. Ad Ipsum, dit saint Ambroise, sfiidni nosfra dirigimus, ad Ipsum rota )iosfra coiiferimus ; quia Ipse est pleuitudo, Tpse est consummatio unh-eysorum^.
Mais si c'est le désir du Pi'être. robjet de ses prières, de ses examens, de sa vigilance, de son application constante et de son zèle ardent, il faut que nous sachions que cette fin bienheureuse est infiniment plus l'objet des dé-
tione, luceat in operibus et facti.s ; nt, «i lieri potest, tota eju.s .species expriluatiir \\\ uobis. Ipse sit eaput iio.struni, quia caput \u\ Christus; ipse oculus iio.st(?i-, ut per liliiin videaimis Patrem: ipse vox nostra, per qiiein loqnamnr ad l'atrem; ipse flextera, per quem Deo Patri >Sacrilîcium nostnim offeraiim.s. — De lauac cl cnu'iiin, cap. viii, n. 75. — Patr. lat., t. XIV, col. ô30.
1 II Cor. V, 4.
-' Qui autem suut Chvisti, cariicm suaiii crucirixeruut cuin vitiis et concupiscentiis. — (lalat. v, iM.
■' Koin. VII. •':').
' In I'.saliii.xi,, 11. 1. - l'ati-. lat.. t. Xl\', col. l<>C..s. - |,o saint 1 )oetour dit nilienrs : Ipsum seniper loqnanuir : cnin de sapientiâ loquiniur, ipse est: (•uni de virtute loquimur, ipse est ; cnin de justitiâ loquimur, ipse est; cuin de pace loquiniur, ipse est ; cuin de veritate, et vit.â, et redemptione loquimur, ipse est. — //( PsaJin, xxxvi, u. 0."). — Patr. lat., t. XIV, col. 1001.
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sirs ardents, passionnés do Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ali! ne l'onblions pas, quel que soit le besoin intime de l'âme de monter vers lui pour l'union, pour vivre de sa vie et porter devant Dieu ses traits bénis, le besoin qu'il éprouve de descendre vers nous est infiniment plus fort et plus irrésistible! Quel est son plan? Pourquoi s'est-il fait homme i pourquoi sa vie? pourquoi sa mortV et pourquoi le don de sa Mère ? celui de son Eg'lise? et pourquoi sa grâce, si multipliée et si puissante ? et ses Sacrements, qui ré])andent une si abondante vie? et surtout le Sacrement de son amour, dont il a dit: « Celui qui me mange vivra de moi i? > La fin de tout cela, la fin ardemment poursuivie, la fin passionnément désirée, c'est la vie do JÉSUS, c'est le règne de Jésus, c'est le triomphe de Jésus en nous. Il veut entrer d'abord, « il se tient à la porte et il frappe 2; » il le fait par le Baptême, et il entre ; ensuite, il se répcmd, il se dilate en nous, il finit par nous envahir. Heureuses les âmes, mille fois heureux le Prêtre qui, attentif à ce dessein, à ce travail, à cet ambitieux amour de notre Dieu, seconde avec fidélité ses projets de pleine possession et de définitive et universelle conquête ! C'est JÉSUS tout entier qui vivra, qui régnera souverainement en lui tout entier ! C'est la grâce de tous ses Mystères que JÉSUS lui communiquera. Qu'il soit attentif, qu'il reçoive, qu'il soit fidèle à bien garder tout ce qui lui sera offert, qu'il se l'approprie par l'amour, par les actes correspondants à la grâce reçue, qu'il se l'assimile