Joann. vi
* Sto ad ostiuni, et pulso. — Apoc. iii, 20. — lîeatu.s erg-o ille, cuju.s puisât januam Cliristus! Audi pulsantem, andi introire cupieiiteni... Aperi erg:o illi: vult introirp, viilt spoiisani inveniro vio-ilaiiteni. — S. Ambros. In Fsalin, cxviii, Serin. XII, n. 14 et lô. — Patr. lat., t. X^■, col. VMm.
or VIE d'lxiôn avec x.-s. Jésus-christ 503
de la sorte, par une bonne volonté constante, et Jésus aura réussi!
Mais voici, avec plus de clarté, rapplication prati([ue de ce que nous venons de dire.
K La définition du christianisme, dit saint Ikisile, c'est rimitation de Jésus-Christ, selon la mesure de l'Incarnationi. > Belle parole! La mesure de rincarnation. c"est l'ensemble maiiuitique et adorable des Mystères de notre Dieu, Prêtre et Hostie, depuis son entrée au sein de la Vierge jusqu'en sa demeure au saint Tabernacle. Mesure immense, dont saint Paul a dit: «Soyez enracinés et fondés dans la charité, pour que vous puissiez en comprendre, avec tous les saints, et la largeur et la longueur, et l'élévation et la profondeur, et savoir la suréminente charité de Jésus-Chkist, qui surpasse toute science, afin que vous soyez remplis et comblés de toute la plénitude de Dieu-. »
Imiter Jésus-Christ, « selon la mesure de l'Incarnation ». c'est faire passer en soi. autant qu'il est possible, dans la condition de Li vie présente, tout l'esprit et toute la grâce de ses Mystères; et. parce que, suivant une parole de saint Jérôme. « imiter Jésus-Christ c'est pouvoir dire avec l'Apôtre : Ce n'est plus moi qui vis, c'est Jésus-Chkist qui vit en moi"' ■•. en réalité l'imitation de
1 Christiani.snii meta i.seii detinitioi ost iiuitatio Cliristi, seruiidiuii nieusiiram Incarnationis. — lieijuhe fusihs frortotn:. respons. xr.iii. — Pati'grœc.., t. XXXI, col. lt»--'7.
- In charitate radieati et fuudati, lit possitis comprehendere;, cum omnibus sanctis, quse sit latitudo, et longitude, et subliniitas, et profondnm, scire etiam supeieminentem scientise charitatem Chri.sti, nt imjjleamini in omnem plenitndineni Dei. — Eplies. m, 17, 18, H).
- Qui conversationem Chri.'sti imitari potest et univorsas in se exprimeie virtutes, ut sit mansuetus, sicut ille fuit mansuetus, etc., iî-te indutus est iiovum liorainem. et dicere cum Apostolo potest : Vivo, jara non ego, vivit vero in me Cliristus. — //* Epi^tol. ad Epltenios, lib. Il, cap. iv, v. •2o--4. — Patr. lat.. t. XXVI, col. 50s.
504 i/exercice d'imitation
Jésus-Christ, c'est d'abord recevoir, avec foi et amour, l'esprit et la grâce de ses divins Mystères, esprit et grâce qu'il nous offre sans cesse et qu'il nous communique sans interruption : et c'est en même temps nous les approprier, nous les assimiler, pour ainsi dire, comme un aliment de vie, et en faire le principe unique de tous nos sentiments intérieurs et de toutes nos oeuvres au dehors.
Voyons maintenant comment il en est ainsi, en nous rappelant sommairement la suite des Mystères de notre Dieu.
Le Verbe s'est fait chair. La chair qu'il a prise, il l'a prise pour nous, ou plutôt, pour rappeler une expression de saint Ambroise, « il nous a pris dans cette chair i. » Or, quelle est la grâce de ce Mystère ? Saint Paul nous Ta appris : Hoc sent if e in vohis quod et in Chrlsto Je.su, qui... s-emefijj-siim exinanicif, formam .serri accij)i€ns -. C'est l'esprit de Jésus venant en ce monde ; mais c'est aussi son esprit maintenant, au saint Tabernacle et au Ciel. Eh bien! cet esprit, il nous l'offre, il veut nous le donner. Qu'est-ce à dire? Il veut vivre en nous selon cet esprit. Il veut donc être réellement anéanti en nous, comme il est anéanti en lui-même devant la majesté de son Père. Mais, être anéanti en nous comme en lui-même, c'est nous anéantir nous-mêmes à la gloire du Père, comme lui-même s'anéantit. Voilà la grâce offerte. Il veut absolument, vivant en nous anéanti, que nous soyons humbles, non d'une humilité quelconque, mais de son humilité même. C'est le sens de ces paroles : Opéra qiiœ ego facio, et ipse faciet ^. Qui manet in 7ne, et ego in
' NoJ)is canioin snscepit; imo potiùs nos in illA carne suscaiiit. — In Psalm. cxviii E.rposllio, Serm. X, n. 14.— l'atr. lat., t, X^^ col. 13:U, - Philipp. Il, j-7.
■'' .Joanu. XIV, 12.
ou VIE d'l'XIon avec X.-.S. .JÉ«LS-CHKIST ÔOÔ
eo 1. Soyons attentifs ; laissons-nous faire. « Il faut qu'il règne -. » Aidons-le à régner, en nous anéantissant devant son Père ; pas un refus de notre part, pas une hésitation ; toujours vigilance et fidélité.
Passons au Mystère de sa Nativité.
Notre-.Seigneur est ué dans une étable. Posons-nous de nouveau la question que nous venons de faire : Quel est l'esprit de cette divine Naissance? La pauvreté. On peut se souvenir que nous en avons parlé précédemment ■''. Or, JÉSUS, pauvre en son humanité, veut être aussi pauvre en chacun de nous. Il en a l'ambition amoureuse; pour cela, il nous fait mille avances, il multiplie ses offres divines, il nous donne diverses inspirations, il aspire à vivre, en nos âmes, du même esprit dont il vivait à Bethléem et durant tout le cours de sa vie. Recevons cette grâce, aimons-]a, cultivons-la, faisons-la fructifier, et possédons, non pas simplement la pauvreté, mais la pauvreté de Jésus-Christ en nous, ou bien que JÉsus- Chkist lui-même soit pauvre en nous ^.
Voici les Mystères de la Circoncision, de la Présen tation au Temple, de la Fuite en Egypte, et tous ceux qui appartiennent à la Vie cachée. Ces Mystères demeurent : leur esprit est toujours présent, leur grâce est toujours actuelle. Elle est actuelle pour nous, et cette grâce,
' .loann. xv, 5.
- I Cor. XV, 25.
"• Tome I^"-, p. 170, et t. II, p. 01.
* Imitator Christi tria débet apere : Simplicis iniiocentisp sensum tenere, ut lum Christo puer efticiatur : abjectum et humilem habituui amare, ut infantise Christi ]iannis vilibus iuvolvatur : iu disciplina simpliciter ambnlave, lit cum Christo in prpesepio positus inveniatnr. — Liber senteutiorinn, n. til. - Inter opp. S. Bernardi. - Patr. lat., t. CLXXXIV, col. 1144,
506 l'exercice d'imitation'
c'est JÉsus-CiiKisT même, qui veut produire eu uous, vivaut en nous, les saints (effets (jui sont propres à chaque Mystère. « Le Verbe incarné, dit un ancien Père, ne cesse de croître eu nous ; il a eu une croissance autrefois en sou humanité, il l'a maintenant eu uous et dans son Eglise 1. >
Les mêmes considérations sont à faii'o au sujet des ^lystères de la Vie publique, liecherclions les grâces qui découlent de toutes les circonstances de l'adorable Ministère de Notre-Seigueur, durauf trois ans; soyons témoins de chacune de ses actions, écoutons chacune de ses paroles ; elles sont dites jjour nous ; assistons à ses prières, admirons son humilité, sa, simplicité, sa douceur, sa mansuétude, sa religion, sou amour delà gloire de son Père, son zèle dévorant pour les âmes; et disons-nous : JÉSUS, doux et humble de cœur, veut être doux et humble en moi ; Jésus, passionné d'amour pour l'honneur de son Père et dévoré de zèle pour les âmes, veut répandre en moi ce même amour, ce même zèle, non pas une ressemblance de ces vertus, mais ces vertus mêmes ; car, il veut que je puisse dire la grande parole de l'amour : « Je ne vis plus, c'est le Christ lui-même qui vit en moi.>
La douloureuse Passion, communiquée à nos âmes, empreinte même dans notre chair, vivante et agissante en nous, est indiquée par un grand nombre de textes de
> Cre^ccluit et coiifurlahaliir (Luc. u, 40). Et non iuterrog-a.s qiiare et quomodo?... U.squè in hodienuim diein Verbum Dei currit et gloriticatur et, crescit ae multiplicatur in Eccle.siâ sauctornm... accvetio Dei ad Ecclesiani pertinet... Genitu.s puer et datas iiol)i.s Filiu.s a'teniu.s, qui erat autè ssecula, et verè uol)is crevit et e-rescit quotidié et aiini ejus non déficient. — S. Diouy.si. Alexandrin. Epish,!. i-Diitrà l'aiilmn Samosat., Responsio ad v qua?.stion. — Mag'na liildiotli. l'atiuni/Coloniie Ag-ripp. 1G18, p. 72 et 7i5. - Cfr. Greg'. Xj-.s.son. In Cinil/cd i-anti.ror., Homil.III, ver.sù.s lineni. — Et quideni e.\pre.s,sii'i,><, — l'^tr. gra-u., t. XUV, cdI. S-27,
ou VIE D'CXIOX avec X.-S. JÉSU8-CHRIST 507
saint Paul i. Quand il dit : Adhnpleo ea quœ def>unt passionuia Christi-. quelle peut être sa pensée? JéSUs-Christ est seul Rédempteur: nul ne peut l'être et eontinuer de l'être que lui. Donc, quand saint Paul achève la Passion de Jé.sus-Christ, ne confesse-t-il pas que Jésu.s-Christ est en lui, continuant le mystère de ses douleurs et de sa mort? C'est pourquoi, il ne dit ])as simplement qu'il se mortifie, mais .^ qu'il porte toujours et partout la niortificafion de Jésux-Chvist ^. >^ Et que résulte-t-il de cette mortification qui est dans sa cliaii" et que chacun, par conséquent, peut constater? Il advient, dit-il, < que la vie de Jésus-Christ est manifestée en sa personne^. > Or, cette participation à la Passion, cette vie mystérieuse de Jésus-Christ, souffrant dans l'âme et le corps de l'Apôtre, n'était pas une grâce miraculeuse. C'est la gTâce commune à tout le Corps mystique, qui est l'Plo-lise, et qui est particulière k chaque membre de ce Corps, lequel n'est autre, d'ailleurs, comme saint Augustin nous l'a appris, que JÉsrs-CHHisT lui-même.
8i nous continuons la suite des Mystères, il faut en dire autant de ceux de la Résurrection et de l'Ascension. L'Apôtre, du reste, ne peut être plus explicite : « Dieu le Père nous a ressuscites avec JÉsr.s-CiiRiST, avec Jésus- Christ il nous a fait asseoir déjà dans le CiepJ. > Mais, quel est ce langage? Comment exilés, luttant avec afflic-
' Cfr. Rom. vr,;!,0. — II Cor. i, ."); — iv, lOet 11. - (ialat. ii. lU : — v.-J4. — VI, 17. — Pliillpp. ni. 10. - Colo.s.s. i, •24. - fie
- Qo\o>i». I, -.'4.
^ Seinperniortitieatioiioni ^cs\\ in coipoio uostru ciifumfereiite.s. — II Cor. IV, 10.
* Ut et vita Je.sii inauit'cstetitr in corporibns uostris... in earne nostrâ mortali. — Ihid. 10 ot 11,
6 Ephes. II, (^,
508 l'exekcice j/k\iitation
tion contre les ennemis de notre âme et subissant toutes les infirmités de notre corps, sommes-nous ressuscites et déjà triomphants? Nous le sommes, en vérité, parce que la grâce de Jé.su.s-Chki.st ressuscité, et monté au Ciel, est en nous; Jésus-Chkist lui-même est en nous, par cette grâce divine, et il veut opérer dans nos âmes les saints effets de ces Mystères. Quels sont-ils, ces effets? Écoutons les Pères: « Avant la résurrection, dit saint Ambroise, Jésus-Chkist est Dieu et homme; après la résurrection, il est universellement Dieu, conformément à la parole de saint Paul: Maintenant nous ne connaissons plus Jésus-C;!hrist selon la chniri. :^ cil n'est plus, dit saint Hilaire, en partie Dieu et en partie homme; mais en lui tout est Dieu-. » Paroles hardies, qui nous révèlent l'ineffable transformation, par laquelle l'humanité de Jésus-Chkist reçoit, non la nature, mais toute la gloire de la Divhiité. Or, elles indiquent aussi les mccurs divines qu'il veut avoir en nous. Recevons une si grande grâce, coopérons à un tel dessein; c'est la très parfaite imitation du Fils de Dieu ; c'est bien ^< cette vie passée ensemble ;>, dont parle saint Paul-^; c'est ce qu'Origène appelait, selon sa manière, porter en soi et manifester, dans sa personne, le nouveau Testament de Jésus-Chkist^.
' Ke.surrexit Homo, quouiniu Homo mortuu.s cstT re^u.si-itntiis Homo, «t;il re.siiscitans Deus. Tune .seciindiim cnrmjm Homo, miuc per omnia Peiis : nunc enim secundiiin cai'ncm j;im non uovimu.s Cliristuni (Il Cor. \, IGi. — De excessii fratris .sul Safijri, \\h. H, «en De Fide res7irrectloni>i, n. 01. — Patr. lat., t. XVI, col. i:)41. — Brev. Koni. Domin. V pcst Pasdia, leet. iv.
2 Ne ex parte Deu.s sit, sod totus Deus... ut sit Deus omnia in omnibus; per qnod non Divinitatis intirmitas est, sed assumptionis profectns, iliim Homo et Deus jàni Deus totnm est. — De Trinilate, lib. XI, n. 40 ot41. l'atr. lat., t. X, col. 42.'j, 420.
■' (^noniam non posuit nos Deus in ii-am.siMJ lu aLHiuisitionem salutis ]>i'r Dominnm nostrum .lesum Christum, qui mortuus est pro uobis ; ut sive ^igilennis, sive dormiannis, sinnil cum illo vivamus. — I Thessal. v, il, 10.
* Vt'nio ad novum Tcstamentum, in quo est plenitudo omnium, et indè
ov \\K d'uxiox avec x.-î^. Jésus-christ âOO
Saint Aiig'iistdn semble avoir résumé, dans quelques paroles remarquables, cette intime relation de nos âmes avec les Mystères de Jésus-Christ. Ecoutons encore ce grand enseignement. Peut-on se lasser d'apporter la lumière sur un point de doctrine si consolant et si glorieux pour nous?
Qiiidquid igitiir (jesfit))/ <'xf in Cfucc Chvisfi, in Sepulturth in lU'xui'recfiouc teriiô iVu>. in A.'^censione in cœhim. in sede ad de.rteram Paivis; ità gesftun esf. ut liis rehus, non mijsficP fcnifitm dicfis, .sed efiam gesfis, confif/nraretîtr vit(t christiana (/itœ hic çievifur. Xùin propiev ejns Cruceni dicfunicsf: Qui a/tfein sanf Clirisfi, varneni suani o'ucifi.xeninf (.-(in) rifiis et conciipiscenfiis ^ : pyoptcr SepulUii'am: Consepnifi enint stonus enm Christo per Bapfismuni in morffin.-: propfer l'êsurveciionem: Uf quant odo Chrisfus Hiirre.rit à n/orf/iis per (/loricnn J'afris, ità et nos in novifafc cita' anihnlenufs'"' : propter Ascensionen? in cœlain, sedcmqne ad d<\rteram l'atvis: Si antem consnrve.vistis eu m (^/iristo, ipia' s/irsunf sfinf qna'rite, vhi Christus est ad de.rtevani Patris. (pue sttrsitin snnf sapife, non quœ super terrain. Mort ni enin/ estis i, et cita restra est idiscondita etim Chri.<ifo in Deo ■>.
Nous pensons que toute cette belle et vivifiante doc-
volo ostendere qnoinodo et nos po^;.siiiiu.s noviun To.stanieutuin Doniini uostri .Jesu Christi liabei'e super canicm iiostram... Qnomodo erit Te.stanientum Christi super carnem meam, requiro. Si mortificavero memlira inea. quaî sunt siiper terram, si semper mortem Cliristi in corjiore nieo circuniferam. Si complantatns fuero morti ejus, Testanientum ejus ostendo esse super carnem meam. — In dcnesim, liomil. III, n. 7. — Patr. gnw.. t. XII, col. 18-2.
1 (ralat. V, -24.
- Rom. VI, 4.
3 Ibid.
* Colcss. m, l-o.
•^ Enddridlon, cap. lui. — Patr. lat, t. XL, col. "i.'jT.
510 l'exercice d'imitation
trine est grandement agréable au Prêtre, et que, de même qu'il a reconnu précédemment qu'il doit être saint devant Dieu et devant les hommes, il voit ici quelle est la forme de sa sainteté. L'exercice d'imitation, c'est Jésus-Christ reproduiten lui, avec toutes ses divines dispositions, mais reproduit, non pas comme un modèle parfait est copié par un artiste habile, ni même comme le père ou la mère d'un enfant sont imités fidèlement par cet enfant, mais (s'il est permis de s'élever jusqu'à cette hauteur et de voir dans les opérations de la grâce quelque chose des opérations immanentes de la Trinité,) comme le Verbe reproduit le Père, est l'image et l'imitation, si ce mot peut se dire, (mais imitation substantielle, essentielle, éternelle, adéquate i du Père, qui vit en lui et n'opère que par lui.
Du reste, cette réflexion, qui peut paraître étrange, n'est que le commentaire d'une parole de notre adorable Maître lui-même : ■< Sicuf misif me ricen.s Pater, et ego vlio propter Pat rem : et qui manducat me et ipse ri cet profiter vie. Connne mon Père qui m'a (Mivoyé est vivant, et que je vis de mon Père ; de même celui qui me mange vivra aussi de moii. » C'est bien, en effet, le sens de cette divine parole, suivant le sentiment des Pères et des commentateurs -.
Nous sommes ici en présence de ce Mystère « qui est le mémorial de toutes les merveilles de Dieu^>\, < qui est la vie, qui donne la vie éternelle, et par la vertu duquel celui qui y participe, demeure en Jésus-Chelst et
' Joaun. VI, r),s.
- Cfr. Coni. n 1..M|i. /// ilhid .loami. l'i-uptor l'atrfin, proptcr me, id osl ex Pâtre, ex me ^ l\salin. (X, 4.
ou VIK D'rXIOX AVEC X.-S. JÉSUS-CHRIST 511
Jésus-Christ demeure en lui^ » L'union qui s'opère est ineffable; mais le caractère de cette union n'est point de mêler ensuite deux vies, mais de faire prévaloir une seule vie, la vie de Jésus-Christ en nous. Nous venons d'entendre sa parole : « Celui qui me mange vivra de moi. » Qui aura cette inénarrable félicité? Quiconque le mange avec des dispositions saintes, sans doute ; par conséquent tout fidèle; mais qui peut s'attendre à ce changement, à cette transformation dont parle saint Augustin-? Qui peut singulièrement espérer cette prise de possession universelle et totale, que fait Jésus-Christ, Maître absolu de l'âme, suivant toute l'étendue de sa divine promesse : « Comme je vis de mon Père, celui qui me mange vivra de moi? > Qui recevra, à ce degré, la vie du (Jhrist Jésus? vSi ce n'est celui, qui, pour tout dire en un seul mot, est un autre lui-même. Quel mystère que celui-ci ! « Quel est l'homme assez instruit des choses divines, pour en avoir rintelligence"^? >^ Qui pourrait avoir un langage assez élevé, pour révéler les senti ments, les dispositions, les goûts nouveaux, la vie nouvelle que Notre-Seigneur veut donnei' à son Prêtre ? Il faudrait pouvoir soulever les voiles, connaître cette vie suradorable de Jésus- au Saint-Sacrement, cette vie de Religion si parfaite pour son Père, d'amour si fort et si tendre pour les âmes, d'humilité, de silence, de mortification, de ré))ararion, d'oxjjiation, de pénitence, de sépa-
' .Jo.'iini. \i. .")."), .")7.
- () ii'tenia veritas, et veia cliaritas, et cara îfteniita.s! Tu l's Deiis niuns: tibi suspiro «lie ac iiocte... Coiitremui aiuore et hon'ore... taiiquaiu audirem vocem tuani de excelso : Cibus sum grandiiim ; cresce et mauducabi.s me. Xec tu me in te mutabis sicut cibuni caniis tn.ie, sed tu uiutnberis in me.— Coiifes-f., lib. VII, cap. x. - Patr. lat., t. XXXII, col. 74-'.
•■' Qui .sapiens et eHsiO<liet lia-e V et uitelli<>'et niiseriuordins Doniiiii ? -- P.sabn. cvi, H).
r)12 l'exercice d'imitatiox
ration de tout ce qui est terrestre, de mouvement ardent pour tout ce qui est céleste, cette vie si anéantie et si glorieuse, en apparence si précaire, en réalité Indéfectible et éternelle, cette vie qui n'a plus rien d'humain et qui est toute divine. II faudrait entrer dans «de si prodigieuses puissances de l'Amour et de la Sainteté de notre Dieu^», pour en pouvoir conjecturer quelle est l'excellence et l'élévation, et l'universelle perfection de la vie que le Souverain Prêtre vient communiquer à son humble et mille fois heureux ministre ! « Comme je vis de mon Père, celui qui me mange vivra de moi. >
Nous avons cru qu'il fallait, sur un tel sujet, entendre le vénérable Fondateur de Saint-Sulpice. Nul, que nous sachions, n'a parlé comme lui de ce Mystère • et aucune parole ne pourrait remplacer la sienne. L'homme de Dieu essaye d'abord de nous donner quelque idée de l'état et .des dispositions de Notre-Seigneur au Très-Saint Sacrement, et il nous apprend ensuite ce que doit être le Prêtre, qui veut ne faire qu'un avec Jésus-Hostie. Il dit:
« Notre-Seigneur Jésus-Chkist, qui est le modèle de la vie des hommes et de toute son Église, a mené deux vies sur la terre: l'une commune et visible, l'autre inconnue et invisible; l'une qu'il donne pour exemple du commun de la vie des hommes (soit Prêtres, soit laïques), l'autre qu'il iDropose (particulièrement) pour le modèle de la vie des Prêtres et de tous ceux qui entrent dans son sanctuaire... Cette vie, tout invisible et inconnue aux hommes, est la vie d'une entière sainteté qu'il a menée depuis sa Résurrection jusqu'à son Ascension, et celle surtout qu'il mène maintenant au milieu de rp]glise, dans le Très-Saint Sacrement de l'Autel. C'est là proprement la
1 Introilio in potentias Doniini. — Psalni. lxx, 15.
ou VIE d'union avec n.-s. Jésus-christ 513
vie cachée de Jésus-Christ dans son Église; c'est là sa vie du ciel et de son sanctuaire ; c'est là, en un mot, sa vie de sainteté consommée, qu'il a menée depuis le grand jour où il a été déclaré Prêtre selon l'ordre de Melcliisédech, et qu'il veut que tous les Prêtres continuent avec lui dans l'Église.
« Notre-Seigneur ressuscité, mais conversant encore sur la terre, était, par son état, comme il est encore au milieu de l'Église, au Très-Saint Sacrement, dans un éloignement incroyable de la créature visible. Car, comme il était entré en son Père et passé dans son état de sainteté, 11 était infiniment distant du monde et dans une opposition au siècle que l'on ne peut comprendre.
« Ainsi le Prêtre, par l'esprit intérieur qui lui est donné, étant rendu participant de Jésus-Christ ressuscité et déclaré Prêtre en sa Résurrection, doit être dans un éloignement intérieur et dans une distance infinie du monde. Il doit être dans une impossibilité morale d'aimer rien de la créature, parce que son état tout spirituel et tout divinisé le fait passer dans la sainteté divine et dans l'éminence de son être opposé à ce monde. Et c'est là ce que comporte l'esprit du Sacerdoce.
« Cet état intérieur doit retirer l'âme du Prêtre du commerce du monde, et la tenir séparée de tout, beaucoup plus que ne peuvent faire tous les états de mortification et tous les exercices crucifiants qu'on exerce sur soi ; car, la puissance et la sainteté infinie de Dieu, dans laquelle l'âme est entrée, a une bien plus grande vertu pour l'enlever et pour l'arracher à tout, que les pénitences et toutes les mortifications extérieui es.
« Notre-Seigneur, dans l'état où il est en sa Résurrection et au Très-Saint Sacrement, vit d'une vie si sainte, que, bien qu'il entende, qu'il connaisse et qu'il sente tous
514 l'exercice d'imitation
nos besoins, il n'est point néanmoins touché des choses corporelles; elles n'ont aucune prise sur lui et n'altèrent en rien l'état de sa parfaite sainteté, c'est-à-dire sa totale séparation des clioses de la terre.
« Ainsi doit-il en être du Prêtre qui, vivant intérieurement avec Dieu, tout occupé en sa divine essence, entend tous les besoins du prochain, prête l'oreille à tous, a les yeux ouverts sur tous, ressent les maux de tous, sans que rien ait prise sur lui, sans qu'aucun objet altère sa sainteté, et le retire de son occupation en Dieu; sans qu'aucune chose se fasse goûter à lui, lui donne du plaisir, et lui fasse trouver de la satisfaction dans les créatures. Il entend seulement pour concevoir, il voit seulement pour connaître, il ne sent que pour avoir plus de compassion des affligés et pour prendre plus de part à tous les maux, parce qu'il voudrait les porter tous.
« Notre-Seigneur, en cet état, est mort à toutes les beautés, à toutes les délices et à toutes les richesses de la terre, à cause des richesses, des délices et des beautés ravissantes qu'il voit dans son Père, et qui le dégoûtent de toutes les choses de ce monde. Ainsi le Prêtre, ressuscité en esprit, ne doit plus s'amuser à voir les beautés du monde ; il ne doit plus se satisfaire dans ses plaisirs ; il doit être mort à tous ses biens, à cause de ce qu'il contemple en Dieu par les yeux de la foi, et à cause des biens futurs dont l'attente le dégoûte de tous ceux du monde.
<c Notre-Seigneur ressuscité est comme mort et enseveli, dans ce divin et très adorable Sacrement ; et, de même que les personnes ensevelies non seulement ne voient plus rien, ne goûtent plus rien et ne sentent plus rien de tout ce monde, mais encore sont cachées aux yeux du monde^ ^ui n'en fait plus d'état; ainsi les Prêtres ne doivent pas
ou VIE d'union avec n.-s. Jésus-christ 515
seulement être morts à tout, mais il faut encore qu'ils soient cachés aux yeux du monde, en sorte que le monde ne les considère plus : c'est là ce qui doit faire leur souverain bonheur'
« Comme les Prêtres sont morts à toutes les beautés, à toutes les pompes et à toutes les grandeurs du monde, qu'ils ne considèrent jdIus et dont ils ne sont point touchés ; aussi doivent-ils être morts à toutes ses bassesses, à toutes ses misères et à toutes ses ordures. Car, ils doivent, comme Notre-Seigneur, mépriser tout, quand il s'agit du service de Dieu, à cause de la vie divine dont ils sont animés, et à cause du zèle de sa gloire qui les dévore.
« Jésus-Christ au Très-Saint Sacrement, à raison de son grand amour envers son Père et de sa charité infinie envers le prochain, n'a point égard à la différence des lieux où il va, et ne se met point en peine de ceux où on le porte. Il n'en examine point la pauvreté, la misère, l'ordure, la puanteur. Il ne fuit pas même la demeure infâme des pécheurs ; mais il les attend pour les gagner à Dieu, tâchant, par l'amour qu'il leur témoigne, par la tendresse qu'il leur fait paraître, par sa patience et par la longue attente qu'il a de leur salut, par la communication libérale de ses dons, par la forte conviction qu'il leur donne de leurs misères, et par mille autres inventions de son amour, de surmonter leur ingratitude par ses bienfaits.
« Cette charité de Jésus-Christ pour les âmes est la grande disposition qu'il demande dans tous les Prêtres ; ils doivent se donner sans réserve, pour les sauver toutes, se faisant tout à tous pour gagner tout le monde à Jésus-Christ. Il faut, pour cela, qu'ils aient renoncé à tout avec une grande fidélité, qu'ils aient fait un divorce
516 l'exercice d'imitation
universel et rompu tout commerce libre et volontaire avec la chair. Il faut qu'ils aient crucifié leurs appétits et fait mourir en eux la vieille créature, par des mortifications assidues; en suite de quoi l'Esprit de Jésus- Christ ressuscité, qui succède à la mort et à la croix, fera ses opérations divines d'une manière éminente dans leur intérieur, en leur communiquant ses adorables dispositions...
Voilà donc le Prêtre « tout perdu en Jésus-Christ. Et, quand je dis que le Prêtre doit être toujours perdu en Jésus-Christ, j'entends qu'il doit être si étroitement et si intimement uni à ce divin Maître, et avoir son âme tellement abîmée en lui, qu'il en jorenne les sentiments, les dispositions et tous les mouvements ; qu'il entre totalement dans les occupations mêmes de Jésus envers son Père.
« Je connais des Prêtres qui ont une telle union avec le Fils de Dieu, qu'ils se sentent vivement pénétrés et tout remplis de ces mêmes dispositions envers toutes choses. Quelquefois ils ressentent une charité immense pour le prochain; d'autres fois, ils se trouvent tout pleins de ses louanges envers Dieu ; souvent ils éprouvent les mouvements de son amour ardent; et toujours ils ont le cœur brûlant de son zèle pour la majesté de son Père.
« Chose admirable et que le commun des chrétiens ne conçoit pas !... Il s'en est vu, et j'en ai même connu quelques-uns, qui se sentaient comme s'ils eussent été, par tout le monde, dans les ciboires, et qui étaient rendus participants des louanges et des devoirs envers Dieu, que Jésus-Christ lui rend partout dans le Saint Sacrement. Cela fait bien connaître quelle est la communication, que Notre-Seigneur Jésus-Christ fait au Prêtre, de ses dispositions intérieures et de ses mouvements les plus
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purs envers son Père. Cette grâce est commune à ceux qui veulent vivre selon la foi et jouir des privilèges des saints Prêtres, c'est-à-dire qui veulent s'unir intérieurement à Jésus-Christ, se lier à lui d'affection et demeurer toujours perdus en lui, pour s'élever en lui incessamment à Dieu.
(( La vie du Prêtre consiste donc à vivre uniquement pour Dieu en Jésus-Christ, c'est-à-dire en sa vertu, en sa grâce, en son esprit, en ses mœurs, et en toutes ses saintes et adorables dispositions i. »
Voilà donc cette vie d'union avec Notre-Seigneur dans tous ses mystères, dans tous ses états surnaturels, dans toutes ses dispositions, vie intime, vie profonde, vrai et unique bien de la vie présente. C'est la vie spéciale du Prêtre, c'est sa grâce; et c'est pourquoi, c'est le but de toutes ses prières, de tous ses efforts, de toutes les forces de son cœur. Sans cette grâce, il est Prêtre, selon l'Ordre qu'il a reçu de l'Église; il n'est pas Prêtre, selon tout le dessein que Notre-Seigneur a formé, en l'appelant à cette dignité. Cette grâce est seule le complément de son Sacerdoce. Ce complément n'est pas le génie, ni même les grandes œuvres faites dans l'Église, ni les grands services rendus à la cause de Dieu et des âmes. Le zèle surnaturel qui est le principe de ces œuvres et qui porte à ces grands travaux, est une partie de cette grâce; mais celle-ci est plus complète et plus haute. C'est une grâce de pure union; ce mot dit tout. L'âme sacerdotale est cette épouse du Verbe dont parle saint Bernard, quand il dit : Cum videris animam, reJldis omnibus, Verho votis omnibus adhœrere, Verbo vivere, Verbo se regere, de Verbo concipere quod pariât Yerbo\ quœ possit dicere : Mihi vivere
1 Traité des Saints Ordres, llï'^ partie, cliap. iv et vi.
518 l'exercice d'imitation
Christus est, et mori lucruni\ puta conjugem, Verhoque maritatam^ . C'est la grâce du Prêtre; mais elle n'est pas exclusivement la grâce du Prêtre: qui ne sait combien d'âmes, dans le monde, et surtout dans les rangs des vierges, sont intimement unies au Verbe, incarné pour notre amour? Mais la grâce du Prêtre est comme une sorte de plénitude dont les âmes reçoivent: comme si les fidèles ne pouvaient posséder que ce qui se trouve originairement dans l'immense trésor du Sacerdoce.
Saint Bernard dit encore dans le discours que nous venons de citer : Confidit in eâ Cor viri sui, sciens fidelem, qiiœ prœ se omnîa spreverit, omnia arhitretur ut stercora, ut sibi Ipsum Uicrifaciat. Taleiii Jioveraf, de quo dicehat: Vas electionis est iste mîhi. Prorsùs pia mater et fidelis viro suo anima Pauli^. Voilà la grande âme sacerdotale de Paul, Epouse du Christ et Mère des enfants du Christ, par l'union avec le Christ, « en qui se confie le Cœur de l'Époux. » Talem noverat. L'Epoux reconnaissait en Paul, en son Prêtre, cette âme fidèlement unie, en qui il pouvait se confier; et c'est là la grande joie de l'Époux. Or, cette joie est ce qui doit nous occuper sans cesse ; car, ce n'est pas pour jouir de l'union, que nous sommes appelés à l'union ; mais c'est afin que notre Dieu, qui nous offre une telle grâce, qui nous l'a préparée en même temps qu'il a porté le décret de notre vocation au Sacerdoce, et qui nous la communique sans cesse, à chaque Messe, dans chaque oraison, et toujours et partout, ait la consolation et la joie de nous voir fidèles. Ah ! fidèles! fidèles aux avances de notre Dieu, fidèles à ses apjDcls, fidèles à son amour, fidèles à l'union, fidèles plus que
1 In Cantha, Serm. LXXXV, n. 12. - Patr. lat., t. CLXXXIII, col. 1194. « Ibid.
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jamais ! « Que Xotre-Seigneur nous reconnaisse pour fidèles! » Talemnoverat de quo dicehat: Vas elecfionis est iste mihi. Autour de nous, les infidélités se multiplient. Ce Sauveur des âmes, leur Roi, bientôt leur Juge, est méconnu, délaissé, méprisé, haï. Il se tourne vers nous et semble nous dire: Xiimquid et vosvultlsahii'e'^? Notre réponse éternelle est le chant joyeux et amoureux de notre premier pas vers le Sacerdoce: Dominus, pars Jiœreditafis meœ et calicis mei. Qu'il soit vrai, toujours vrai, dans l'intime du cœur, dans la pratique constante de la vie, comme sur nos lèvres ! Que les scandales, les défections, les épreuves, les séductions, tout ce que l'enfer peut inventer, tout le succès qu'il peut avoir, que rien, neque mors, neque vita, neque angeli... neque instantia, neque futiwa, neque fortitudo, neque altitudo, neque profundum, neque creatura alla poterit nos separare à charitate Dei, quœ est in Christ o Jesu Domino nostro^, que rien, absolument rien, ne puisse être obstacle, et que tout au contraire soit une occasion de fidélité, toujours plus sainte, à la vie d'union avec l'unique Bien; l' unique Tout de notre vie d'exil et de l'Éternité ^ !
1 Joann. vi; 68.
2 Rom. VIII, 38, .39..
3 In omni tiducià, sicut semper, et mmc maguificabitur Cliristus in corpore mec, sive per vitam, sive per mortem. — Philipp. i, 20.