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CHAPITRE IV

LE GRAND SEMINAIRE

Ce n'est pas sans émotion que nous abordons ce sujet. Le Grand Séminaire ! Que de souvenirs infiniment doux il nous rappelle ! Nous avions beaucoup reçu à l'école l^resbytérale ou au Petit Séminaire. Rien n'avait fait défaut pour renouveler, encourager, élever nos âmes, ni le dévouement, ni la bienveillance, ni la direction la plus paternelle, ni l'instruction la plus saine et la plus sage ; et, bien qu'en ce moment le Grand Séminaire occupe nos pensées et nous apparaisse si beau, nous ne serons jamais injustes ni ingrats après tant de soins, d'attentions, de patience, d'abnégation, de désintéressement, de la part du digne et vénéré Prêtre qui nous tira de la foule pour nous admettre au Presbytère, de tant de Maîtres qui, jusqu'au terme de nos études classiques, se dévouèrent à notre formation sacerdotale. Mais, c'est au Grand Séminaire que nous devions recevoir les plus grandes grâces, et avec quelle abondance ! C'est là que nous fûmes initiés à cette vie de foi, si haute, si lumineuse, si féconde, pleine de tant de consolations; c'est là que nous reçûmes communication de cette belle et profonde science des principes de la vie chrétienne et de la vie parfaite ; c'est

là qu'on nous apprit à faire l'oraison avec plus de fruit^ d'une manière plus sérieuse, plus intime, plus appropriée aux besoins particuliers de notre âme ; c'est là que la lecture des Livres Saints nous devint un si doux sujet de joie ; c'est là que les grandes vérités de la Théologie dogmatique nous apparurent dans leur magnificence grandiose et si attrayante. Là aussi, une vie toujours réglée commença à nous donner des habitudes plus constantes d'ordre, de travail, de sacrifice. Là, nous rencontrâmes ces amis si bons, si modestes, si pieux, si purs, si simples, si droits dans leur affection, leur dévouement, leurs monitions quelquefois. Là surtout, nous apparut d'une manière plus sensible, plus grave et plus aimable à la fois, cette grande et belle vie sacerdotale, que nous avions aimée tout enfant, mais que nous connaissions peu et vers laquelle nous tendions ; elle nous apparut dans ces Maîtres, Supérieur, Directeurs, Professeurs, si modestes, si religieux, si accueillants, dont la vie était si effacée, tant elle était semblable à la nôtre; mais dont l'admirable régularité, l'abnégation, la patience, le dévouement nous ravissaient. Témoins de tant de charité, de dignité, de simplicité, de fidélité au devoir, de tant de vertus réunies, nous disions : « Voilà le Prêtre ! Voilà ce qu'il faut que nous soyons plus tard. » Leurs noms sont éternellement écrits dans nos cœurs. La plupart sont morts; « leur mémoire est en bénédiction i. » Jamais le texte si connu du livre de l'Ecclésiastique ne fut mieux appliqué : Memoria Josiœ in composifJonem odoris... In omn'i ore quasi met induh-ahifur ejus memoria -.

Cette sainte vie sacerdotale, dont l'idéal nous apparaissait réalisé ainsi sous nos yeux, d'une manière si tou-

1 Efcli. xLV, 1. — XL\ I, 14.

2 Eccli. xi.ix, 1, 2.

chante, se montrait aussi à nous dans ces belles ordinations, d'année en année, plusieurs fois même dans une année, et auxquelles, avec tant de préoccupation de conscience, tant de crainte et pourtant tant d'amour, nous avions le bonheur de participer.

Dans le silence de la cellule, elle nous apparaissait encore dans ces pages si lumineuses de l'incomparable Traité des Saints Ordres du vénérable Fondateur de Saint- Sulpice. Qui ne se souvient de la magnifique vision, à laquelle il lui fut donné d'assister tant de fois, dans le secret de la lecture et de la méditation de ce livre si beau !

C'était notre vie au Séminaire i. Le monastère est beau et saint pour le Religieux. Le Séminaire était bien plus beau et plus saint à nos yeux. Nous ne nous croyions pas plus fervents (certes nonl , que les heureux novices d'un Ordre régulier ; mais nous savions que nous étions destinés, malgré l'infériorité de notre vie, à de plus grandes grâces, à de plus hauts ministères, que les simples religieux, et par conséquent à de plus grandes vertus, à une plus haute perfection -. Dans l'Eglise de Dieu, parmi toutes les maisons saintes où se réunissent des âmes qui aspirent à la sainteté, le Séminaire occupe le premier rang •*.

' Qu'on nous pardonne ces ett'usions d'âme. Xous n'osons nous les permettre, que parce que nous sommes convaincu d'exprimer ainsi (et bien imparfaitemt^nt, bien incomplètement, hélas !) ce qu'a eu le bonheur d'éprouver chacun de nos vénérés confrères qui liront ces lignes.

- Xonnisi probatiores atque meliores (monachos) in Clerum assumeresolenius. — S. August. EpistoL LX, ad Aurelium,n. 1. — Pati-. lat., t. XXXIII, col. 228. — Ciim aliquando etiam bonus mouachus vix bonum clericura faciat, si adsit ei sufficiens continentia, et taraen desit instructio necessaria, aut personœ regularis integritas. — Ibid.

3 Le Cardinal Pallavicini, historien du Concile de Trente, a écrit : « L'œuvre, sans contredit la plus importante, fut l'institution des Séminaires. On ne craignait pas d'avancer que, si le saint Concile n'avait pas.

5G LIO UKAND SÉMIXAIKE

C'est dans cette demeure de paix, que se rend le pieux Jeune homme dont les études littéraires sont terminées; il y est accueilli avec une grande bienveillance; une place, un rang, une cellule lui sont assignés; il est vraiment enfant de la famille sacerdotale. Il n'a qu'à tout accorder à la grâce admirable qui lui est faite, et tout réussira.

Mais, pour tout accorder à la grâce et qu'ainsi tout réussisse, que doit-il faire V C'est le point important qu'il faut étudier et déterminer.

Plus que jamais, Jésus-Christ lui est tout. 3Iihi vivere, Christus est. C'est donc sur Jésus-Christ qu'il jette les yeux avec amour, pour connaître les dispositions surnaturelles qui lui conviennent.

Saint Paul a décrit, comme il suit, les dispositions du Fils de Dieu, dans le Mystère de son Incarnation. Nous avons plusieurs fois ailleurs cité ce passage de l'Epître aux Hébreux ; il nous faut le reproduire ici.

Ideo ingrediens mundum dicif : Hostiam, et oblatlonem noJuwti ; Corpus aufem aptasti miJii. HoJocautomata pro peccato non f'ihi pJaciierunt. Tune dix! : Ecce venio; in capite lïbri .scriptmn est de nie : Ut faciam, iJeus, voluîitatem tuam i.

C'est le Mystère auquel se consacre, avec une affection particulière, le jeune aspirant à la Cléricature. Il

d'autre.s résultats, celui-là seul suffirait pour le dédommager amplement de ses travaux. » — Hist. du Concile de Trente, Liv. XXI chap. viii, n. 3. — Le Concile provincial de Cambrai, tenu douze ans après la clôture du Concile œcunuhiique, fait cette réflexion remarquable : Nihil dici aul cogifari 2iotest lioc decreto (Gonc. Trid.) exquisitiùs... ad reddenduvi Ecclesiœ pristinum decus, etc. Ac consequenter ut, infrà non mvltos annos, Ecclesia mire fioreat, eruditlone sacra, j^ietate, vitœque piiritate... Ab initio eccle-

SIjB VIX QUIDQUAM PK^CLARIUS AUT EKFICACIUS VIDEATUR AU REDDENDUM

Ecclesia Dei klurentissimum statum, etc.

1 Hebr. x, 5-7.

voit, dans ce Mystère, principalement trois états du Verbe divin incarné pour notre amour : Premièrement^ un état de solitude et de séparation totale du monde, au sein de son auguste Mère, — secondement, un état d'oblation constante par laquelle Jésus est Victime devant la Majesté de son Père, — troisièmement, un état d'abandon à la volonté de ce Père adorable, volonté qui lui est toute chose, en l'accomplissement de laquelle il proclame que consiste toute la fin de sa venue ici-bas. Ce sont ces trois états qu'adore l'enfant du Sanctuaire; ce sont eux qu'il veut spécialement honorer durant les années de son noviciat sacerdotal, persuadé que, dans cette union au Verbe incarné, se trouve toute la perfection de sa vie de séminariste. Et voici comment il s'exerce à reproduire en lui ce qu'il adore en son divin Modèle.

I. — JÉSUS, au sein de sa Mère, est dans une solitude profonde ; il est séparé du monde, il y demeure dans le silence, et sa vie n'est que prière et louange devant la Majesté de son Père.

De même, le pieux adolescent qui est arrivé depuis peu dans la maison de Dieu, se considère comme n'étant plus du monde, quoiqu'il soit en ce monde. Il évite de se souvenir de sa vie, de ses affaires, surtout de ses fêtes. Il repousse toutes ses influences, il a horreur de ses maximes. Il est dans la solitude où Dieu se plaît à parler aux âmes qu'il veut s'unir i ; et il aime tendrement ce saint isolement ; il aime le silence qui en est comme l'atmosphère sereine et embaumée, et les habitudes de régie, d'ordre, de suite, qui remplissent ce silence, cette solitude, de paix et, si l'on peut dire ainsi, d'harmonie. Car, au milieu de cette solitude et de ce silence, la règle, l'ordre de la

' Osée, II, 14.

journée, la suite des saints exercices amènent l'élévation à Dieu, l'union à sa Présence, la contemplation de ses perfections, de son action, de ses droits, et de tout ce qu'il nous a révélé de son Fils. C'est, en effet, la prière, la lecture, l'étude, l'audition de la parole de Dieu, la direction,, qui invitent successivement l'âme à cette élévation, à cette contemplation, à cette union.

Ainsi, en apparence, et selon le jugement des hommes, sa vie est obscure ; elle est comme une nuit ; mais « cette nuit est, en réalité, toute lumineuse, au milieu de grandes délices i. » Comme Jésus a semblé se plaire au sein de Marie (et certes ! qui pourrait en douter?) , de sorte qu'il est demeuré neuf mois entiers, en ce sein béni ; le pieux Enfant de Marie (c'est bien aussi de ce nom qu'il faut appeler l'heureux Séminariste) se plaît, dans la paix de sa solitude, et rien ne lui coûterait comme d'être obligé d'en sortir avant le temps.

Mais ici, ne va-t-on pas s'étonner que nous paraissions comparer le Séminaire au sein même de l'auguste Marie? Nous le faisons sans hésiter. Voyez l'analogie. Dans ce sein virginal, n'est-il pas vrai que l'Humanité sainte de JÉSUS se formait, se développait, se perfectionnait peu à peu, pour qu'elle fût ensuite apte à faire les fonctions de Prêtre et d'Hostie qui lui sont propres? Eh bien! le Séminaire, comme ce sein, que M. Olier appelait adorable, peu à peu, par tous les moyens de charité que l'Église a inspirés à ceux qui y sont nos modèles et nos maîtres, forme l'âme sacerdotale aux dispositions, aux vertus, aux œuvres qui préparent un saint Sacerdoce et une parfaite vie d'Hostie. D y a, dans un très pieux ouvrage du Bienheureux Serviteur de Dieu, Grignon de Montfort, quelques lignes, qu'on nous permettra de citer ici. Non seulement

' Etnox illuniiiiatio iiiea in deliciis meis. — Psalm. cxxxviii, 11.

elles confirment ce que nous disons, mais elles insinuent une pratique qui est une imitation bien touchante de la vie de Jésus en JMarie, durant les neuf mois qui précédèrent sa naissance. « Marie est un lieu saint, dit cet homme admirable, et le Saint des Saints, où les Saints sont formés et moulés. Remarquez, s'il vous plaît, que je dis, que les Saints sont moulés en Marie. Il y a une grande différence entre faire une figure en relief à coups de marteau et de ciseau, et faire une figure en la jetant dans uu

moule Or, saint Augustin appelle la Sainte Vierge

Forma Del, le moule de Dieu (SI Formam Dei te appellem, cligna existis i), le moule i^ropre à former et à mouler des Dieux. Celui qui est jeté dans ce moule divin, est bientôt formé et moulé en .Jésus-Christ, et Jésus-Christ en lui. A peu de frais et en peu de temps, il deviendra Dieu, puisqu'il est jeté dans le même moule qui a formé un Dieu. » Le saint Prêtre continue d'exposer sa doctrine, et enfin il dit dans l'ardeur de son zèle : « Oh ! la belle et véritable comparaison! Mais qui la comprendra? Je désire que ce soit vous, mon cher frère ; mais souvenez-vous qu'on ne jette en moule que ce qui est fondu et liquide, c'est-à-dire,, qu'il faut détruire et fondre en vous le vieil Adam, pour devenir le nouveau en Marie 2. »

Voilà donc que nous devons nous considérer, dans cette vie du Séminaire, comme étant dans le sein même de Marie, afin que livré, comme Jésus, à l'influence, à l'action vivifiante de cette Mère, « notre vie s y>^ nous soyons efficacement formé selon la grâce, comme Jésus l'était selon cette nature humaine qu'il avait prise, semblable en tout à la nôtre. N'est-ce pas, du reste, ce que nous

' Appendix. — Serm. CCVIII, n. 5. - Patr. lat., t. XXXIX, col. 2131.

2 Traité de la vraie dévolion à la Sainte Vierge. — Deuxième pai'tie,, III : Effets admirables de la jiarfaite consécration à Jésus ]}ar Marie.

3 Vita. — Salve Regina.

(iO LE GRAND SÉMINAIRE

affirmons, avec l'Eglise, chaque fois que nous récitons l'office de la sainte Vierge, dans ses fêtes ordinaires : « Sicut lœtantium omnium nostrûm liabitatio est in te, Sancta Dei Genitrix. Nous sommes en vous, ô Sainte Mère de Dieu, comme dans une demeure qui nous donne la joie 1. »

Mille fois heureux et joyeux de la joie des Saints, le Séminariste qui passe les années de son Séminaire, comme vivant obscurément, mais amoureusement, avec Jésus, dans le sein de Marie!

II. — Dans ce sein, dans ce silence, dans cette solitude, JÉSUS dit à son Père : « Les Sacrifices de la Loi ne vous sont pas agréables ; voilà que je viens ! » Il se voue, il se consacre Hostie devant la Majesté de son Père, Beau spectacle que celui du Verbe incarné qui, avec tant d'abaissement, reconnaît ainsi le souverain Domaine de Dieu son Père ! C'est la disposition que notre fervent Séminariste voudrait se rendre familière.

Ce qui fait presque universellement défaut, dans la piété de notre temps, c'est la connaissance, claire, lumineuse, affective des attributs de Dieu. Quelques habitudes religieuses, des notions vagues sur les droits de Dieu et de Jésus-Christ, une certaine bonne volonté de ne pas commettre le péché mortel, quelque désir peu soutenu, peu profond, de ne pas commettre le péché véniel: voilà, pour un grand nombre, toute la vie spirituelle. Or, cela ne suffit pas, tant s'en faut, à l'aspirant au Sacerdoce. Il veut aller plus avant et plus intimement dans les dispositions du Fils de Dieu, à l'égard de son Père. Il lui faut les voir de près, et il lui faut se les assimiler; en d'autres termes, l'ambition de cet ami de Jésus, c'est d'être Vic-

' hi feslls B. M. V. 2>er anninu, Il iioct. 3 Antiph.

time avec lui. La Victime est devant Dieu, et elle se donne tout entière ; elle se donne tout entière, parce qu'elle sait qu'originairement et foncièrement elle n'a rien en propre; que tout ce qu'elle paraît avoir lui vient de son Auteur; que, donnant, absolument et universellement, elle ne fait qu'un acte de justice^. Mais cet acte de justice peut être, dans son cœur, un acte d'amour; elle aime, en donnant; elle aime les droits de Celui à qui elle donne; elle aime ses droits de Créateur, d'Auteur, de Principe unique et absolu ; elle aime son Domaine essentiel et essentiellement inamissible ; elle aime sa Souveraineté qui pourrait réduire au néant ce qu'elle a tiré du néant ; elle aime son Autorité toute puissante qui s'impose à tout, à ce qui est inanimé, ou animé, ou libre, sans qu'il soit possible, même pour la créature libre, de se soustraire réellement à ce qu'il veut; elle aime tant de Grandeur, tant de Majesté, tant d'Excellence, ou plutôt cette Grrandeur qui est unique, cette Majesté, cette Excellence nécessairement une; elle aime cette Infinité une, cette Immensité une, cette Immutabilité une, cette Eternité une; elle aime ce Tout, en dehors duquel il n'y a rien.

Ces vues sont grandes, ces dispositions donnent cà l'âme qui se les rend habituelles, une admirable simplicité; une parfaite liberté, beaucoup d'élévation et de noblesse. C'est l'esprit propre du Séminaire de faire des âmes vraiment simples, libres, nobles et élevées. Le jeune Séminariste dit : « 0 Père! le monde ne se donne pas à vous, et rien de ce qui est de lui ne vous est agréable; voilà que je viens ! pour reconnaître tout ce que vous êtes et tout ce

' Deo, qujB sunt ejus propria, reddere iio.s oportere, corpus, animain, voluntatem. Ab eo enim hsec profecta atqiie aucta retinemus; et proindè condigfuum est, ut ei se totum reddant, cui debere se recolunt et orig-inein et profectum. — S. Hilar. Pictav. In Matthœtim, cap. xxiii, n. 2. — Patr. lat., t. IX, col. 1045.

qui VOUS est dû, ô Créateur ! ô Souverain ! ô Maître absolu! » Et, avec joie et amour, il offre, il donne tout, son corps et ses sens, ses forces, sa santé, sa jeunesse, sa vie, son âme et ses facultés, son intelligence, son jugement, sa raison, son cœur, sa volonté et, à tout jamais, toutes les actions et les œuvres de son âme et de son corps, n'ayant qu'une ambition, à savoir que tout en lui soit un témoignage perpétuel du Domaine de Dieu et un instrument docile et fécond de sa gloire. 11 est Victime offerte avec JÉSUS, anéanti au sein de sa Mère ! Ecce Venio... Mea omnia tua sunt^ !

III. — JÉsus,dans le Mystère desonIncarnation,s'élève vers son Père, et lui dit : « Il a été écrit en tête du Livre, que je fasse, ô Dieu, votre volonté. » « Il y a (en effet) un Livre éternel, où est écrit ce que Dieu veut de tous ses élus, et, à la tête, ce qu'il veut en particulier de Jésus- Christ, qui en est le Chef. Le premier article de ce livre est que Jésus-Christ sera mis à la place de toutes les Victimes, en faisant la volonté de Dieu avec une entière obéissance. C'est à quoi il se soumet; et David lui fait ajouter: Mon Dieu! je l'ai voulu; et votre Loi est au milieu de mon cœur 2. »

La parole de Notre-Seigneur nous révèle quelle est la dignité et l'excellence de la volonté de Dieu. Kien ne se fait que par elle, qu'il s'agisse d'être Victime ou d'être Prêtre, même pour le Fils de Dieu. Il est Victime par cette volonté, nous venons de le voir, et il ne sera Prêtre que par cette volonté ; car il est écrit : « Nul ne se donne cet honneur...., et le Christ lui-même ne se l'est jDas attri-

1 Joann. xvii, 10.

* Psalm. XXXIX, 9. — Bossiiet, Elévations nur les Mystères, XIII'= Sem., vii« Elévation.

LE GRAXD SÉMINAIRE 63

bué ; mais il l'a reçu de Celui qui lui a dit : Vous êtes mon Fils, je vous ai engendré aujourd'hui i. » C'est pourquoi, dans tout l'Evangile, nous verrons sans cesse le Fils, pour ainsi dire, sous la main du Père. Le Père seul fixe ses heures, ses actions, ses paroles, toute sa conduite ; et il le mène, par la force et la suavité de cette volonté, à la mort de la Croix -.

Elle est donc la loi de la vie en toute chose '^, mais jDrincipalement et très expressément quand il s'agit d'être Prêtre et d'offrir un Sacrifice.

Le jeune Séminariste le sait, ou ne tarde pas de l'apprendre, et, soumis à l'esprit de Jésus, dans le Mystère de son Incarnation, il n'a d'autre désir que de faire en toute chose, mais principalement en ce qui regarde le saint état du Sacerdoce, la volonté de Dieu. Est-il l'élu de cette volonté libre et souveraine? Y a-t-il en luiles indications de l'appel divin, qui sont nécessaires, mais pour l'examen et la constatation desquelles nul ne peut être juge en sa propre cause ? C'est l'innocence de la vie, c'est la rectitude de l'intention, c'est l'aptitude aux saints ministères; c'est une inclination, pour ces saints ministères, qui soit surnaturelle. Peut-il répondre qu'il porte en lui, dans sa vie, dans son cœur, ces marques indispensables"? Quel malheur eftroyable ne serait pas le sien, si, au jour du Jugement, le juste Juge devait lui dire, comme à ces ministres indignes qui auront même prophétisé en son Nom: « Je vous le dis, en vérité, je ne vous ai jamais ■ connus^! »

1 Hebr. V, 4-Ô.

2 Philipp. Il, 8.

3 Et vita in voluiitate ejus. — Psalm. xxix, 6.

* Non omnis, qui dicit mihi : Domine, Domine, intrabit in regnum cœlorum, sed qui facit voluntatem Patris mei... Multi dicent mihi in illâ die ; Domine, Domine, nonne in nomino tuo prophetavimus?.. Et tùnc confitebor illis, quià nunquàm novi vos. — Matth. vu, 21-23.

C'est pourquoi, cet enfant de Dieu, humble et prudent,, se préoccupe avant tout de connaître quelle est la volonté de son Maitre adorable.

Il la connaîtra infailliblement, s'il se sert de deux moyens, qui lui sont offerts par la miséricorde même de ce divin Maître.

Ces deux moyens sont la Prière et la Direction.

Nous ne croyons pas devoir insister sur la Prière; nous ne faisons que l'indiquer. Tout le monde en connaît l'excellence et la nécessité, l'efticacité et la pratique. Dans tous ses exercices de piété, ses oraisons, ses visites au Saint Sacrement, ses actions de grâces après la sainte Communion, aux pieds de Marie, récitant le rosaire ou le saint office, le fervent Séminariste demandera avec foi, avec humilité, avec persévérance, la lumière qui lui est nécessaire. « Notam fac milii (Domine) vlam, in quâ ambulem; quia ad te levaci animam meam...Doce mefacere voluntatem tiiam, quia Deus meus es tu i.» Faites-moi connaître ma voie, la voie dans laquelle je dois marcher; enseignez-moi votre volonté; car « si vous ne m'enseignez pas, dit saint Augustin, je ferai ma propre volonté et mon Dieu m'abandonnerai. » Le Prophète ajoute : « Mais votre Esprit qui est bon, me conduira dans une terre de justice-^. » C'est la confiance de cet humble suppliant, qui ne veut s'avancer « vers la montagne sainte et vers les tabernacles du Seigneur, que dirigé jDar sa lumière et par sa vérité^ », qui ne veut « entrer vers l'autel de Dieu, que

' Psalm. cxLii, 8, 10.

2 Si non me docneri.s, faciam voluntatem nieain, et deseret me Deus mous. — Eiiarrat. in Fscdm. In Psalm. cxlii, n. 17. — Pair, lat., t. XXXVII, eol. 185Ô.

•'' Spiritus tuus bonus deducet me in terram rectam. — Psalm. cxlii, 10.

* Einitte lucem tuam et veritatem tuam; ipsa me deduxerunt, et adduxeiimt in montcm sanctum tuum et in tabernaeula tua. — Psalm. xlii, ;5.

pour l'amour du Dieu qui réjouit sa jeunesse i. » Cette confiance sera bénie. L'enfant de Dieu aura la lumière de Dieu; l'Esprit du Seigneur, qui est toute bonté, lui sera envoyé; et cet Esprit le conduira, et il marchera dans cette lumière.

Mais cet Esprit du Seigneur, qui dirige dans la lumière « vers une terre de justice, » quel est-il? Comment se révèle-t-il ? A-t-il un nom connu ?

Nous ne craignons pas de le dire, cet Esprit qui vient de Dieu, cet envoyé de sa bonté et de sa miséricorde, cet ange de son conseil, qui saura le dessein de Dieu pour le communiquer à l'humble suppliant, c'est le Directeur spirituel.

Xous désirons traiter, avec quelque développement, de la sainte pratique de la direction au Séminaire : pratique grandement importante, souvent mal comprise ou incomplètement comprise, et par suite nécessairement dénaturée, non seulement par le monde qui se trompe toujours sur ces sortes de sujets, mais même par des laïques pieux ; pratique sans l'intelligence, l'estime et le sérieux et fréquent exercice de laquelle, les années du grand Séminaire passeraient presque sans fruit ; et plus tard la vie s'écoulerait au milieu de beaucoup de grâces, presque sans progrès, — c'est une expression inexacte, — il faut dire : infailliblement sans progrès, dans la voie de la sainteté qui nous est propre.

1 Ibid. 4. Et introibo ad altare Dei. — Remarquons le commentaire de S. Augustin : « Introibo ad altare Dei. » Quale ibi sacriticium est? Ipse qui intrat assumitur in liolocaustum. Quid est quod dicit: « Ad Deum qui Isetificat juventutem meam V » .Tuveutus novitatem significat; tanquàm diceret Ad Deum qui Itetificat novitatem meam. — Enarrat. in Pscdm. In Psalm. xLii, n. 5. — Patr. lat., t- XXXVI, col. 479.

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