CHAPITRE XXVIII
LA PLENITUDE DU SACERDOCE ET LA PERFECTION DE L'ÉTAT d'hostie — L'ÉPISCOPAT
Nous atteignons le sommet. C'est de lui que saint Ignace, martyr, a dit : Sacerdotium est omnium hoiiorum, quœ inter hommes sunt, apex^. Il n'y a au delà que le Sacerdoce du Fils de Dieu. Saint Jérôme écrivait : « Quelque part que l'on considère l'Épiscopat, à Rome, à Eugubium, à Constantinople, à Rhégium, à Alexandrie, à Tanis, le mérite est partout le même, le Sacerdoce est partout le même ; ce n'est pas la puissance de la fortune qui fait l'Evêque plus grand, ni l'humilité de la pauvreté qui l'abaisse. Ils sont tous, du reste, successeurs des Apôtres. Parmi les Apôtres l'institution fut la même, mais il en est un qui est au-dessus de tous -. » Ainsi, dans tous
* In Epislol. ad Smyrnœos, n. 9 (ex interpolatis). - Patr. grsec, t. V^ col. 854.
2 Ubicumque fiierit Episcopatus, sive Romse, sive Eugubii, sive Constaiitinopoli, sivoRhegii, sive Alexandri8e,sive Tanis, ejusdem semper est meriti, ejusdem et Sacerdotii ; potentia divitiarum et paupertatis liumilitas, vel sublimiorem, vel inferiorem Episcopum non facit. Cseteriim, omnes Apostolorum snccessores sunt. — îJ23istol. ad Evangelum sive Evagriuni, CXLVI (aliàs 85), n. 1. —Patr. lat., t. XXII, col. 1194.— At dicis, super Petrum fun- ■datur Ecclesia; licet id ipsum in alio loco super omnes Apostolos fiât, et
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les Evêques « l'Episcopat est un », suivant la parole de saint Cyprien, qui ajoute que « tous ne font qu'un dans cette unité 1 ». Ils sont donc tous égaux entre eux, dans leur Ordre ; tous ont recueilli la succession des Apôtres; tous sont souverains Prêtres, et, de droit divin. Chefs des Prêtres, des Diacres et de tous les Ministres; tous, et eux seuls, ont le droit et le pouvoir d'administrer le Sacrement qui fait les chrétiens parfaits, la Confirmation, et celui qui consacre les Prêtres, l'Ordre ; tous sont Juges de la foi; tous sont Époux de l'Eglise, et ses Pères, et ses Chefs; «mais il y en a un, qui est au-dessus d'eux-. » Il est Evêque comme eux, et, selon l'Ordre, il n'a rien de plus qu'eux; mais il est Evêque de Eome; par conséquent, il est Pierre, possédant les prérogatives de Pierre ; il est le fondement de l'Église, il est la force et le soutien et la solidité de l'Episcopat^. Seul, il confirme ses frères*; seul, il fait l'Episcopat un, il fait l'Église une, dans son union avec le Christ; car il est Pierre, et il est le Christ.
cuncti claves regni cœlonim accipiant, et ex sequo super eos Ecclesise fortitudo solidetur, tamen propterea iuter duodecim unus eligitur, ut, capite constituto, schismatis tollatur occasio. — S. Hieronym., Contra Jovinian., lib. I, n. 26. - Patr. lat., t. XXIII, col. 247.
1 Et Pastores sunt omnes, et grex unus ostenditur, qui, ab Apostolis omnibus, unanimi consensione, pascatur, ut Ecclesia Christi una monstretur... Episcopatus unus est, cujus à singulis in solidum pars tenetur. — De unitaie Ecdesiœ, n. 4. — Patr. lat., t. IV, col. 500-501.
2 Hoc erant utique cseteri Apostoli, quod erat et Petrus, pari consortia prsediti et honoris et potestatis ; sed exordium ab unitate proficiscitur, et primatus Petro datur, ut una Christi Ecclesia Cathedra una monstretur.
— S. Cj'prian. De imitât. Ecdesiœ. — Ejusd. t., col. 500.
3 Scientes quid Apostolicae sedi debeatur, à quâ ipse Episcopatus et tota aiictoritas nominis hujusemersit. — Innoc. I, ad C'onc. Carthagin. — Fa.tr. lat. t. XX, col. 5So. —Meus honor est lionor universalisEccîesiîe; meus honor estfratrum meorum solidus vigor. — S. Gregor. Magn., Ejiistol. lib. VIII.
— Epist. XXX, ad Eulog. Episcop. Alexandr. — In constitut. dogmaticâ ^ De Ecdesiâ Christi, Conc. Vatican., cap. m. — Patr. lat., t. LXXVII^ col. 933.
* Luc. sxii, 32.
Au delà de l'Episcopat, il n'y a que le Sacerdoce du Christ; le Pape, en un sens très vrai, n'est pas un intermédiaire entre l'Épiscopat et le Christ ; il est un avec rÉpiscopat, étant Evêque, et il est un avec le Christ, étant Evêque de Rome, c'est-à-dire, Pierre, Fondement comme le Christ, selon la belle remarque de saint Léoni.
Nous ne terminerons pas ce troisième Livre, sans nous être élevés, avec humilité et amour, à ces magnificences divines.
Nous sommes maintenant devant la sublime majesté de l'Evêque, en qui réside la plénitude du Sacerdoce, et quiiDossède, par conséquent, la perfection de l'état d'Hostie. — Considérons, sous ces deux aspects, l'éminente grâce épiscopale.
I. L'Evêque possède la plénitude du Sacerdoce. Cette plénitude, c'est toute la grâce et la vertu du Sacrement; c'est tout ce que Notre-Seigneur a daigné communiquer de son Sacerdoce à son Eglise. Saint Ambroise expose ainsi cette belle doctrine : « La dignité de toutes les ordinations est dans l'Evêque, parce qu'il est le Chef de tous les autres membres. Tous les ordres sont dans l'Evêque, parce qu'il est le premier Prêtre et le Prince des
1 Et ego dico tibi: Quia tu es Petrus, id est, cûm ego sim iuviolabilis Petra, ego lapis angularis, qui facio utraque unum, ego fondamentum prseter quod nemo potest aliud ponere ; tameu tu quoque Petra es, quia meà virtute solidaris, ut, quse mihi potestate sunt propria, sint tibi mecum participatione communia. — Serm. IV (aliàs 3), cap. ii, in Annivers. assumpt. snœ, post iuitium. — Patr. lat., t. LIV, col. 150. — In feslo Cathedrœ S. Pétri, Antiocliice,xxn Febr., lectio vin. — Manot ergo dispositio veritatis, et beatus Petrus in accepta fortitudine Petrœ perseverans, suscepta Ecclesise gubernacula non reliquit. — Serm. III (alitas 2), cap. m, in Annivers. assumpt. suœ. — Ejusdem t. LIV, col. 146. — In festo S. Leonis, 2)apœ, xi April. lect. vu.
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Prêtres, et Prophète, et Evangéliste, et Pasteur, et Docteur, remplissant dans l'Egiise tous les offices nécessaires au bien des fidèles i.» Il comprend donc, dans sa dignité et dans sa grâce très sublime, le Presbytérat, le Diaconat, et tous les autres ministères, toutes les autres fonctions hiérarchiques"^; et c'est de sa divine plénitude qu'il donne à tous les Clercs, aux Portiers, aux Lecteurs, aux Exorcistes, aux Acolytes, aux Sous-Diacres, aux Diacres, aux Prêtres. Sa grâce est plenière et parfaite ; elle est non seulement parfaite, mais, suivant la doctrine si connue de saint Denys, elle donne et communique la perfection ^. Il la communique à tous les fidèles ; et il en fait participants d'une manière plus admirable les Prêtres, et, spécialement, celui d'entre eux (j[ui serait appelé à recevoir l'ordre épiscoj)al; car, l'Evêque consacre et fait l'Evêque; et c'est alors surtout, dans cette consécration, que se révèle plus magnifiquement l'éminente plénitude de son ordre.
Mais elle se révèle sans cesse. Lui seul confère tous
t n Episcopo, omnium ordinationum dignitas est ; caput est enim caeterorum membrorum. — Commentar. in Epist. I ad Corinth. i, 17. — Patr* lat., t. XVII, col. 187. — In Episcopo omnes ordines sunt ; quia primus Sa' cerdos est, hoc est, priiiceps est Sacerdotum, et Propheta, et Evangelista, et caetera ad implenda officia Ecclesise in ministerio tidelium. — Comment, in Epist. ad Ephes. ii, 12. — Patr. lat., ejusd. t., col. 388. — Pontificum itaque divinus ordo primus est eorum ordiiium qui Deum vident, idemque et summus et ultimus, quippe in quo et absolvitur et expletur omnis hiérarchise nostrœ distinetio. — S. Dionys. Arcop. De Ecclesiasticû Ilierarch., cap. V, § 5. — Patr. grsec, t. III, col. 506.
* Ce qui ne veut point dire toutefois, on le comprend, que le laïque ouïe clerc qui recevrait l'Episcopat, sans être Prêtre, recevrait par là même le Presbytérat et les autres Ordres. Le Concile de Sardique (347) a condamné cette doctrine dans son xvii^ Canon. — Labbe, collect. Concil. t. II, col. 679-
3 Est igitur Pontifieatûs seu Episcopatûs Ordo, qui, consummante virtute fultus, perficientia quaeque sacri ordinis munia praeminenter consummat. — De Ecdesiast. Hierarch. cap. v, § 6. — Patr. grœc., t. III, col. 506. - Cfr. S. Thom. III, q. lxxxii, a. 3, ad 3.
les Sacrements de plein droit, de sa propre autorité, tandis que les Prêtres ne les peuvent administrer que sous sa dépendance. Il en est ainsi de la Prédication de la parole de Dieu. C'est à l'Evêque de prêcher; quand le Prêtre prêche, il est l'envoyé et le délégué de l'Évêquei. Il est Docteur et il enseigne ; il est Père et il nourrit: la nourriture de l'Eglise, c'est la foi pure qu'il lui donne 2. Il est Père de l'Eglise, il est nourricier de l'Eglise; il en est aussi l'Epoux. Nous dirons comment, dans la suite de ce chapitre. Il est Epoux et il est Chef. Tous les titres qui désignent une plénitude de puissance, d'autorité, d'influence ; tous ceux qui expriment la communication de la vie, de l'accroissement et de la perfection de la vie, lui conviennent. « Car, comme dit saint Ignace, qu'estce que l'Evêque ? sinon celui qui est élevé à cette plénitude de pouvoir et de principauté, qui le place au-dessus de tous, autant qu'un homme qui a été fait l'imitateur du Christ du Seigneur, puisse être élevé ici-bas. C'est pourquoi, suivez l'Evêque, comme le Christ suit son Père ^. »
Ce dernier mot nous ramène à la doctrine, plusieurs fois exposée dans ce Livre Ille : l'Evêque dans l'Église représente le Père, la dignité du Père, la puissance du Père. Il est, dans l'Eglise, un principe de vie, comme le
1 Voir, dans Rorhbacher {Histoire universelle de l' Ucjlise catholique, livre XXXIX, années 430-433), les paroles du Pape saint Célestin aux Evêques des Gaules : « Que faites-vous dans les Eglises, si les Prêtres ont l'autorité de prêcher ? etc. »
2 Justus autem ex fide vivit. — Rom. i, 17.
3 Quid enim aliud est Episcopus, quàin is qui omnem principatum et potestatem ultra oinnes obtinet, quoad licet obtinere homini qui pro viribus imitator Christi Dei factus est. — Episl. ad Traites, n. 7 (ex interpolatis). — Patr. g-rsec, t. V, col. 786. -- Oranes Episcopum sequimini, ut Jésus Cliristus Patrem. — Epist.ad Smyrnœos,\\.S (ex genuinis). —Patr. graec.» t. V, col. 714.
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Père est créateur et principe de toute vie. 11 donne le Verbe à l'Église, c'est-à-dire la parole de la foi, comme le Père engendre le Verbe, qui est sa Parole. Il est, dans l'Église, la source unique du Sacerdoce, comme le Père est source unique du Sacerdoce de son Fils, et, en son Fils, de tout le Sacerdoce qui est dans l'Église. C'est pourquoi l'Évêque reçoit l'onction, non aux mains seulement, comme les Prêtres, mais sur la tête ; et il porte le Livre de l'Évangile, non dans les mains, comme les Diacres, mais sur les épaules et la tête : ce qui exprime sa qualité de Chef, de Principe, et de Père. Nous avons dit cela ailleurs.
L'Évêque représente aussi le Fils, mais en la i^lénitude de sa gloire, de sa puissance et de son autorité, non uniquement le Fils, Sacrificateur sur la Croix (il semble que ce soit le Prêtre qui ait plus visiblement part à cet état et à cette dignité du Fils de Dieu), mais le Fils, Cxi tant qu'il est vraiment l'unique Prêtre du Père, dans la majesté et l'éclat de sa Résurrection et de son Ascension. C'est alors, suivant ce que saint Jean nous apprend, que Jésus-Christ donne le Saint-Esprit: il semble que, dans le dessein du Père, il n'aurait pas pu le donner auparavant!. C'est pourquoi, l'Évêque, et non le Prêtre, donne le Saint-Esprit à l'Église, et apparaît aux yeux de tous les fidèles si majestueux et si saint. Sa vie est une vie parfaite, disent tous les Théologiens 2; elle est l'expression de cette grâce si élevée de la Résurrection, dont nous avons parlé à plusieurs reprises; elle réalise la parole de
* Hoc aiitèm dixit de Spiritu, quem accepturi erant credentes in euin Nondum enim erat Spiritus datus, quia Jesvis nondum erat gloriticatus. ^ Joann. vu, 39.
* Conimunis et omiiino tenenda doctrina. — Bouix, De Regul. 1. 1, p. 19. — Cfr. S. Tliom. II, II, q. clxxxiv, art. 6, 7.
saint Paul : « Notre conversation, notre vie, est dans le Cieli. » Et les honneurs si extraordinaires dont l'Evêque est entouré, soit dans les saintes cérémonies, soit même en dehors du Sanctuaire, partout où il paraît (honneurs qui étonnent et qui scandalisent quelquefois les enfants du siècle), ne sont que le témoignage sincère, mais imparfait, de ce qui lui est dû de gloire et d'hommage, en sa qualité de Pontife, portant en soi l'image du Fils de Dieu ressuscité et glorifié dans le Ciel,
L'Évêque porte aussi, dans l'Eglise, l'image de la Personne divine du Saint-Esprit. Car, de même que le propre du Saint-Esprit, dans la Très-Sainte Trinité, est d'opérer l'union du Père et du Fils, et, dans l'ordre delà grâce, d'opérer l'union de la créature à Dieu, ainsi l'Evêque est véritablement, dans son Eglise, l'union universelle et indivisible des âmes; il est le centre des fidèles, il les réunit dans l'unité : ce qui a fait dire à saint Cyprien que « l'Evêque est dans l'Église, et que l'Eglise est dans l'Evêque. » « Toute la grâce de l'Eglise, dit à son tour Bossuet, toute l'efficacité du Saint-Esprit est dans l'unité: en l'unité est le trésor, en l'unité est la vie; hors de l'unité est la mort certaine... C'est le dessein du grand Architecte, faire régner l'unité en son Eglise et par son Eglise: voyons maintenant l'exécution... Il a imprimé dans l'Ordre et dans l'Office des Pasteurs le mystère de l'unité de l'Eglise ; et c'est en ceci que consiste la dignité de l'Episcopat. Le mystère de l'unité ecclésiastique est dans la personne, dans le caractère, dans l'autorité des Evêques. En effet, chrétiens, ne voyez-vous pas qu'il y a plusieurs Prêtres, plusieurs Ministres, plusieurs Prédicateurs, plusieurs Docteurs; mais il n'y a qu'un seul Evêque dans un
1 Philipp.iii, 20.
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Diocèse et dans une Eglise. Et nous apprenons de l'Histoire ecclésiastique, que, lorsque les factieux entreiDrenaient de diviser l'Episcopat, une voix commune de toute l'Eglise et de tout le peuple fidèle s'élevait contre cet attentat sacrilège, par ces paroles remarquables : « Un Dieu ! Un Christ ! Un Evêque ! » Unus Deus ! Unus Christiis! Unus Episcopus'^! Quelle merveilleuse association: Un Dieu, un Christ, un Évêque ! un Dieu principe de l'unité, un Christ médiateur de l'unité, un Evêque marquant et représentant, en la singularité de sa charge, le mystère de l'unité de l'Église 2. » Le mot de saint Ambroise est donc vrai: « Xihil in hoc sœculo sutUmius Episcopis. Honor et sublimitas episcopalis nullis poterit compa7'ationibu& adœquari^. »
A la pensée de cette œuvre si belle de la puissance et de l'amour de la Très-Sainte Trinité, comme il s'élève naturellement de tout cœur chrétien et, plus vivement, jde tout cœur de Prêtre, ce cri de David: « Quelle joie vous répandez dans mon âme. Seigneur, quand je considère ce que vous faites ! Que vos œuvres sont magnifiques! etjque vos conseils sont profonds*!»
Voici la suite de la révélation du Mystère divin:
» Cornel. Epist. ad Cyprian. Î7iter epist. S. Cijpr. xlvi. — Theocloret., Hist. Ecclesiast., lib. Il, cap. xiv.
* Oraison funèbre du R. P. Bourgoing, supérieur général de l'Oratoire, II» point. — Le grand Évêque ne manque pas d'ajouter un peu après : « [Mais Dieu, voulant maintenir l'unité inviolable du tout, entre les pasteurs des troupeaux particuliers, il a donné un Père commun, il a préposé un Pasteur à tout le troupeau, afin que la sainte Eglise fût une fontaine scellée par le sceau d'une parfaite unité. »
» De digniiate sacerdotali, cap. ii et m. — Patr. lat., t. XVII, col. Ô69-570.
* Quia delectasti me. Domine, in factura tua... Quàm magnificata sunt opéra tua, Domine ! Nimis profundse factse sunt cogitationes tuse. — Psalm. xci, 5, 6.
IL L'Evêque, qui a la plénitude du Sacerdoce, possède la perfection de l'état d'Hostie. Cela doit être. Tout Sacrificateur est Hostie. L'Evêque a reçu la perfection de la divine Sacrificature, il a reçu aussi la grâce de la perfection de l'état d'Hostie. Voici comment :
Un des plus beaux titres que porte l'Evêque, et peutêtre le plus élevé et le plus saint de tous, est celui d'Époux de l'Eglise. Bien qu'il ne soit Pasteur que d'une Egiise particulière, il est réellement « Epoux de l'Eglise universelle ». Le mot est de saint Ambroise : Ecclesiœ cathoUcœ vir, Episcopus vocitetur^. Cette vérité est fondée sur ce que l'Episcopat est un, ou, comme dit hardiment le même saint Docteur, parce qu'il n'y a « qu'un seul Evêque dans l'Eglise 2 ». En vertu de cette unité, tout Evêque est Epoux de l'Eglise. Or, saint Paul nous apprend qu'il n'y a qu'un seul Epoux de l'Eglise, Jésus- Christ : De.s'pondi enim vos uni Vivo virginem castam exhibere Christo^. L'Eglise voit donc dans l'Evêque JÉSUS- Christ, et Jésus-Christ en sa qualité d'Epoux ; elle voit donc en lui son Hostie, en même temps que son Epoux. Mais c'est ici un admirable aspect du mystère, auquel il faut nous appliquer avec une attention émue.
« Le Verbe, dit saint Augustin, est venu sur la terre y célébrer des noces et y contracter une alliance. Les noces ont eu lieu, l'alliance divine s'est faite. L'Epouse, c'est l'hii n.mité ; le lit nuptial, c'est le sein de la Vierge-*.» Union très sublime qui fut et qui est à jamais indissoluble.
* De di(]u'tal<' Sacerdotall, cap. iv. — Patr. lat., t. XVII, col. 572.
* Nuniqiii'i onmes apostoli (I Cor. xii, 29) '? Verum est, quia in Ecclesiâ unus est Hp .scopus. — Comment, in Epist. 1 ad Corintk. — Patr. lat., t XVII, col. 2:)i>.
3 II Cor. XI, 2.
* Qiiid luirii.ii .si in illam domuin (civitatis Cana) ad nuptias venit, qui in hune inundaiii ad nuptias venit?... Verbuni enim sponsus, et sponsa caro
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Une fois contractée, elle subsiste aux siècles des siècles. La mort douloureuse sur la Croix ne la brisa point, ni le séjour dans le tombeau.
Or, cette union était le prélude d'une autre: l'union du Verbe incarné avec l'Eglise rachetée. La première avait été le fruit d'un grand amour; on dirait que l'amour qui lui fit contracter la seconde, fut plus grand encore. Car, si la première avait été accompagnée d'humiliation, comme saint Paul l'atteste i, on n'y voit ni sang versé, ni opprobres, ni surtout le supplice de la mort. C'est ce qui eut lieu dans la seconde. Cette fois le lit nuptial ne fut pas le sein de la Vierge, mais la croix ignominieuse et sanglante. Le même saint Paul nous révèle ce mystère, quand il dit: « Le Christ a aimé l'Eglise et il s'est livré pour elle 2 » ; il s'est livré à toutes les confusions, à toutes les souffrances et à la mort. Il a fait tout cela, afin de l'avoir pour Epouse"^; et, dans la vue de lui donner toute sorte de biens, de la purifier de toute tache, de lui ôter toute défectuosité^, il n'a rien épargné, il a tout sacrifié, brisant même, pour son amour, l'union de son âme et de son corps, par la mort, comme si la première alliance avec l'humanité n'avait été faite que pour réussir à contracter cette seconde union; comme si son Corps naturel, qu'il avait pris dans cette alliance d'autrefois, était sacrifié
liuniana ; et utrumque nmis Filins Dei, etc. Ille utérus Virginis, thalamuf} ejus, undè processit tanquàm sponsus de thalamo siio. — In Evangel. Joannls, tract. VIII, n. 4. — Patr. lat., t. XXXV, col. 1452.
1 .Semetipsum exinauivit, fonnam servi accipiens. — Philipp. ii, 7.
* Cliristus dilexit Ecclesiam, et seipsiim tradidit pro eâ. — Epli. v, 25. 3 Quain acquisivit sanguine suo. — Act. Apost. xx, 28.
* Ut exliiberet ipse sibi gloriosam Ecclesiam, non habentem niaculam aut rugam, aut aliquid liujusinodi, .sed ut sit sancta et imniaculata. — Eplies. V, 27 .
au bien, à rhonneur, à la gloire de son Corps mystique^ qu'il se donnait en contractant une alliance nouvelle.
C'est ainsi que le Verbe incarné a aimé son Epouse, l'Eglise; c'est ainsi qu'il a montré son amour: il s'est fait sa Victime.
Or, telle est manifestement la condition de TÉvêque. Il est Epoux ; il est Victime. Il gouverne une Eglise particulière ; mais « c'est une partie inséparable du tout i ». Il est très réellement et indissolublement lié à l'Eglise universelle ; c'est à cette Église, l'Église de Jésus-Christ, qu'avant tout il se doit. Et ce devoir, cette liaison intime^ cette union sublime, c'est le devoir, c'est la liaison, c'est l'union d'une Hostie à qui doit recevoir le fruit de son Sacrifice. C'est pourquoi, l'Évoque n'est arrêté par aucun lien qui puisse mettre obstacle à sa parfaite immolation. Son admirable chasteté, plus absolue que celle d'aucun de ses Prêtres, le fait un Holocauste saint et tout consumé devant Dieu 2. Son sang coule sans peine pour sa cause. L'héroïsme lui est comme naturel. Les Pères et les Docteurs enseignent que son état est celui de la perfection, non à acquérir, mais acquise. C'est pour cela que les plus grandes vertus et les actes de dévouement les
1 Cfr. Bossuet, Lettres de piété et de direction ; iv« à une demoiselle de Metz, n. 'Al. — Elle est très remarquable.
- Personne n'ignore la loi spéciale de la chasteté pour l'Evêque, dans l'Eglise grecque unie, comme dans l'Eglise latine. Quant à la très parfaite intégrité virginale qui lui convient, il est facile de voir la liaison particulière et admirable qu'elle crée entre le Pontife visible et le Pontife invisible dont saint Paul a dit : Talis enini decehat ut nohis esset Pontifex, sanctus, innocens, impollatus, etc. (Hebr. vu, 26). Toutefois saint Augustin voit dans le fait que suppose saint Paul, quand il dit : Oportet Ejjiscopum... esse unius uxoris virum (I Tim. m, 2), un mystère divin. Sicut plures tixores antiquorum Patrum, dit-il, significaverunt futuras nostras ex omnibus gen tibu» Ecclesias uni viro subditas Christo ; ità noster Autistes « unius uxorig vir » significat ex omnibus gentibus unitatem uni viro subdiiam Christo. — De hono co/ijugali, cap. xviii, n. 21. — Patr. lat., t. XL, col. 388.