L ÉPISCOPAT
phis sublimes sont, en un sens, l'obligation, la loi et le caractère habituel de sa vie. Citons Suarèz : Omnino asserendiim est Episcopos, ratione muneris pastoralis, esse in statu perfectionis, non tanqiiàm in via, sed tanquàm in termino, qui propriè dicitur status perfectorum et perfcientium... Attamen non est ahsolutè necessarium ut, in re ipsâ et in execiitione , talis perfectio prœcedat ; sed satis est ut proposito et voluntate de se efficaci Tiabeatur, saltem quoad implenda omnia, quœ ex vi talis muneris necessaria sunt et suh ohligatione cadunf, quamvis perfectissima sint : qualia sunt pro ovihus animam ponere'^.
Quelle admirable disposition ! quelle vie ! L'aliment d'une âme d'Evêque, c'est le Sacrifice; elle brûle d'un feu divin, le feu consumant qui fait les holocaustes parfaits. Il lui a été dit, le grand jour de sa Consécration: « Recevez cet anneau qui est le signe de la fidélité, afin que, orné d'une foi inviolable, vous gardiez saintement l'Église, Épouse de Dieu 2. » Il la garde, au prix de sa vie; ill'aime d'un amour qui le dévore. Il dirait volontiers, comme ce grand Évêque de Cantorbéry, pour l'honneur de la dignité et des droits de l'Église: Et ego pro Ecclesià Dei Jihenter mortem suh/bo^.
Il mourrait avec joie pour elle ; mais, en vérité, il « meurt chaque jour* » pour sa cause, pour ses intérêts, pour sa liberté, son honneur, son triomphe. Que sont ses travaux incessants, ses fatigues toujours croissantes, ses sollicitudes de toute sorte, ses sacrifices de tous les ins-
« De Rellglone, Tract. VII, lib. I, cap. xv, n. 5. — Cfr. S. Thom. II, II, q. CLxxxiv, art. 7, ad 1, et q. clxxxv, art. 1, ad 2 et art. 5, c.
' Accipe annulum, fidei scilicet signaculum, quatenûs sponsam Dei, sanctam videlicet Ecclesiam, intemeratâ fide ornatus, illibatè custodias.
» In offic. S. Thom. lect. vi.
* Quotidie morior per vestram gloriam, tratres. — I Cor. xv, 31.
tants, sinon une sorte de dépense continuelle de sa vie? Le grand Evêque, Paul, connaissait cette immolation qui ne cesse jamais, quand il disait : Impendam, et superimpendar ipi^e pro animabus vestris^... Qiils infirmatur, et ego non infirmorf Qiiis scandcdizatur, et ego non tiror-... FilioU mei, qtios iteymm parturio''^,.. optaham ego ipse anathema esse à Christo pro fratrïbus meis^...
C'est l'Hostie qui pousse son cri d'amour; c'est l'Evêque, Epoux de l'Eglise, qui a soif d'immolation et de sacrifice pour l'Eglise, qui n'a qu'une ambition toujours croissante, toujours plus tyrannique en son cœur: protéger, servir, glorifier l'Eglise, multiplier sa joie en multipliant ses enfants, et la rendre toujours plus forte et plus puissante, pour l'accomplissement de sa mission divine. — Saint Augustin dit que le nom d'Evêque indique le travail et non l'honneur ij; il le sait ; il sait aussi, par expérience, la vérité de cette autre parole du saint Docteur: Tanquàm in mari mogno, iUiûs officii tempestate jactamur^; et de cette autre: Nihil est in hâc vitâ, et maxime in hoc tempore, difficiliîis,Jahoriosius,periculosius Episcopi... officio'^.
* II Cor. xir, 15. — Quand et par qui saint Paul fut-il ordonné Évêque ? V. Corneille I^apierre, Oomvi. in act. Ax>ostolor. xiii, 'à.
2 II Cor. XI, 29.
3 Galat. IV, 19.
* Rom. IX, ;i.
* Episcopatiis... nomen est operis, non honoris.— De Civif. Del, Vih. XIX, cap. XIX. — Patr. Int., t. XLI, col. G47. — Cfr. S. Bernard. De Consideratione, lib. II, cap. vi, n. 10. — Patr. lat., CLXXXII, col. 747-748. — Item. S. Thom. Il, II, q. clxxxv, a. 1, ad 1.
" Serm. CCCXL, n. 1. — In die Ordinalionis suœ, ii. — Patr. lat., t. XXXVIII, col. 148;^.
' EjJÏst. XXI ad Valer.Episcoj). 7//^^po/(.,n.l.— Patr. lat., t. XXXIII, col. 88. — Quand saint Augfusrin parlait ainsi, il n'était encore que Prêtre. Plus tard, célébrant avec son peuple d'Hippone le second anniversaire de .son Épiscopat, il en énumérait ainsi les œuvres laborieuses et difficiles :
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Il est Hostie pour l'Église. « Immolor suprà Hacrificm m», répondrait l'Evêque, avec saint Paul, à quiconque s'étonnerait de sa vie de labeur, de sollicitude, de patience, de longanimité, de fermeté, d'abnégation, de privation, de souffrance et de mort à lui-même. « Les fidèles, les Prêtres sont un Sacrifice par leur Baptême, leur Ordination, la grâce de Jésus-Christ qui est en eux; sur eux je verse mes prières, mes larmes, mes sueurs, et je verserais mon sang même, s'il le fallait: Immolor si(2)rà Sacrifcium. Mes ennemis, les ennemis de l'Eglise et de Dieu, sont aussi à mes yeux des victimes, mais les plus malheureuses, victimes de l'erreur, de la malice, victimes du démon dès maintenant; je voudrais sur elles verser tant de douceur, de longanimité, tout mon zèle, même quand il paraît amer et austère, afin de les attirer à l'union au Sacrifice de Jésus-Christ, comme le voulait le grand Apôtre : Immolor suprà Sacrificium^. »
Grande et sainte et vraiment divine vie que celle d'un Évêque ! Au dehors, des honneurs, qui lui sont dus à cause de son éminente dignité, au dedans, de profondes tristesses et quelquefois de douloureuses agonies, à cause de sa grâce de parfaite Hostie de Dieu. C'est Jésus- Christ dans la gloire de sa Résurrection, mais avec des
Corripiendi sunt iiiquieti, pusillanimes consolaiidi, iniirmi suscipiendi, contradicentes redargueudi, iusidiantes cavendi, imperiti doceiidi, desidiosi excitandi, contentiosi cohibendi, sixperbientes reprimendi, litigantes pacandi, inopes adjuvandi, oppressi liberandi, boni approbandi, mali tolerandi, omnes amandi. In hâc tantâ, et tam raultiplici ac varia rerum diversarum actione, adjuvate nos, et orando et obtemperando; ut nos vobis non tam prseesse, quàra prodesse delectet. — Ubi supi'à, ivt die ordinafioiiis sHœ,u, n. 1. — Patr. lat., t. XXXVIII, col. 1-184. — Bossuet a dit i « I/exercice de l'autorité ecclésiastique est une perpétuelle abnégation de soi-même. » — Méditations sur V Ecangile, dernière semaine du Sauveur, lviii^ jour.
* Voir dans Corneille Lapierre le commentaire de ces belles paroles, Philipp. n, 17.
plaies aux mains, aux pieds et au cœur, et des plaies saignantes 1.
Du reste, cette condition d'Hostie immolée, s'unissant à la gloire de son Pontificat, lui a été annoncée, d'une manière saisissante, dans son Ordination épiscopale ellemême. Rappelons cette circonstance.
On a mis d'abord, sur les épaules et sur la tête de l'Évêque consacré, le Livre de l'Évangile. Puis, un moment vient où l'Evêque consécrateur dit, au milieu du chant d'une Préface : Comple (^Dominé) in Sacerdote tuo ministerii tui summum et ornamenfis totius glorifîcationis instructum cœlestis unguentl rore sanctifica.
Après ces paroles, on lie la tête de celui qui doit être sacré, avec une bande de toile blanche. En même temps, le consécrateur entonne à genoux le Veni Creator. A la fin de la première strophe, il se lève, s'assied, reçoit la mitre et le grémial, et fait sur le nouvel Evêque qui est à genoux l'onction de la tête, à l'endroit de la tonsure, y formant une croix et étendant ensuite l'onction du Saint- Chrême sur tout le reste. Après cela, il continue la Préface et l'achève. On chante alors le Psaume: Ecce quàm bonum, durant lequel on met au cou du Consacré une nouvelle bande de toile blanche, qui doit servir comme d'écharpe pour soutenir ses mains, après leur consécration. Le nouveau Pontife est toujours à genoux. La consécration des mains a lieu. Le consacré joint les mains l'une sur l'autre, et les appuie, ainsi jointes, sur la bande de toile suspendue à son cou. Il porte toujours le Livre
1 Alvarus Pelag-ius (Lib. de l'ianctn Ecdesue, art. 18) ex S. Hieroiiymo sic explicat : Qui Episcopalum desiderat, boniim opus, id est martyriuiii^ desiderat. — Coniel. à Lap., \n I Epistol. ad Timoth. m, 1. — Dans les temps que nous traversons, l'Episcopat est-il autre chose qu'un continuel martyre ?
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de l'Évangile sur les épaules et sur la tête. Dans cet état, il reçoit le bâton pastoral qui lui annonce le droit qu'il a de gouverner le troupeau de Jésus-Christ, l'anneau qui est le signe de l'alliance avec l'Eglise, et le Livre de l'Évangile qu'il touche sans ouvrir les mains. L'Évêque consécrateur lui donne le baiser de paix-, et le nouveau Pontife, accompagné des deux Évéques assistants, se retire vers sa cliapelle, portant autour de la tête la bandelette qui la lie, et les mains jointes, engagées dans la bande de toile qui les supporte.
Or, qui ne voit là un mystère touchant et profond ? Le voilà oint sur la tête et dans les mains ; c'est le Christ de Dieu. Il est Pontife, Pontife souverain, puisque l'huile sainte a coulé sur lui i. Mais il est lié, sa tête est ceinte, ses mains sont retenues par des liens. In funiculis Adam traham eos, in vincuUs cliaritatis 2. Il rappelle les liens avec lesquels Jésus, notre Victime, lié pour notre amour, fixé avec des clous dans les mains, sur la Croix, et oint du baume de son Sang sur la tête et sur tout le corps, nous a attirés à lui, quand il offrit son Sacrifice ^ . Ainsi fera le saint Évêque ^. Il enseignera, il gouvernera, son
' Pontifex, id est, Sacerdos maximus inter fratres suos, super cujus caput fiisum est unctionis oleiim. — Levit. xxi, 10.
- Osée XI, 4.
3 Traxit nos Christus in funiculis Adam, ut, docendo, patiendo, moriendo pro nobis, nos ad se et ad Deum traheret... Corpus et sanguinem dédit in Eucliaristiâ : liic est funiculus Adam, que nos sibi Deoque astrinxit... Audi et S. Hieronymum : In tantum dilexi et tam démens pastor fui, ut morbidam ovem in humeris meis ipse portarem ; ipsi verô ignoraverunt quod meâ illos Passione curarem, et qui amator sum hominum omnium, |traherera eos ad credendum, in vinculis charitatis. — Cornel. à Lap. in illud Osée, XI, 4.
* Nous sommes heureux de trouver cette vue si touchante sur ces divers rits de la Consécration épiscopale, dans la vie du vénérable Mgr Galletti, évêque d'Alba (Piémont), de sainte mémoire. Son historien, M. le chanoine Allaria, dit, racontant la cérémonie du sacre : In questo momento, scorre
autorité sera reçue, avec amour, de ses enfants; mais, réellement, c'est parce qu'il sera Hostie avec Jésus- Christ, autant Hostie que Pontife, Hostie parfaite, puisqu'il est Pontife parfait, qu'il donnera à l'Église tant de joie, à Jésus-Chkist, au Père, à la Trinité Sainte tant de gloire.
Mais nous voici en présence de TEvêque qui donne à l'Eglise la plus grande joie, et à la Trinité Sainte la plus grande gloire.
il Crisnia su quella fronte radiante lU maestà... Ecco la vitt.ima carica del peso degli Evangelii, col capo e colle niani legate, caâuta dinanzi alV aitare, morire onninamente a se, al niondo, alla patria, alla famiglia, sotto la spada délia parola pontificale, ecc. — Vita, capit. xii. — Si l'on peut dire ces paroles de tout Évêque, elles sont admirablement appliquées à Mgr Galletti. — Nous avons personnellement (V. ApprohatioH de notre livre : De l'union à N.-S. J.-C. dans sa vie de Victime) le témoignage de son grand amour pour la doctrine, qui fait de la vie de Victime le fond et la substance de la vie chrétienne.— Mgr Galletti est mort h Turin, le 5 octobre 1879.