CONCLUSION DU TROISIÈME LIVRE « UT SIT DEUS OMNIA IN OMNIBUS
Voici le texte de saint Paul, qui précède cette grande et profonde parole : Deindè finis ; cum tradiderit regnum Deo et Patri, cum evacuaverit omnem principatum, et potestateni, et virtutem. Oportet autem iUum regnare, donec ponat omnes inimicos suh pedihus ejus. Novissima autem inimica destnietiw morsiomnia enim suhjecit suh pedihus ejus... Cum autem suhjecta fuerint iUi omnia ; tune et ipse Filius suhjectus erit ei, qui suhjecit sihi omnia, ut sit Deus omnia hi omnibus'^.
Le grand Apôtre dit : Deindè finis. Il vient de parler^ de la Résurrection de Jésus Christ, qui est la cause de la nôtre, et de la résurrection des élus, « qui en effet ressusciteront les premiers'- »; et il annonce, qu'en ce moment « Jésus-Christ livrera à son Père », lui remettra entre les mains, comme une oblation digne de sa gloire,
> I Cor. XV, 24, -28.
' IhlfL 23. — Et mortui qui in Cliristo sunt, résurgent priuii. — I Tlie.ss. IV, 15.
digne de ses desseins miséricordieux, l'Eglise, ce royaume qu'il a conquis avec son Sang, cette Épouse bieu-aimée qu'il s'est unie sur la Croix, cette assemblée des élus qu'il a enfantés dans la douleur du Calvaire, qu'il a nourris de sa chair, qu'il a dirigés ici-bas par son Vicaire, le Pape, par ses Evêques, par ses Prêtres ; et saint Paul appelle cette remise, cette consécration, cette oblation de Jésus- Christ à son Père, la fin de toutes choses : Deindè finis. C'est qu'en effet, c'est bien là le terme final de tout ce que Dieu, Créateur, Rédempteur, Sanctificateur des âmes, avait eu en vue, au commencement. Il y avait une somme de gloire, d'hommages, d'obéissance, qu'il voulait recevoir de son Christ complet, c'est-à-dire, non-seulement de ce Fils, objet de ses complaisances, dans sa vie personnelle (qui ne pouvait être que son parfait contentement et sa plénière satisfaction), mais encore de l'Épouse de ce Fils bien-aimé, l'Église, qui est son complément et sa plénitude. Dieu voulait, dans son infinie sagesse, qu'il lui revînt de cette Église, Corps mystique de son Verbe incarné, qui ne fait qu'un avec ce Verbe incarné, dont les d<'stinées sont absolument liées à celles de « ce Fils de sa dilection », il voulait, disons-nous, qu'il lui revînt une somme, inconnue aux hommes, mais réglée et déterminée, par sa Sagesse, d'honneur et de satisfaction, par la ressemblance de cette Épouse sainte avec son Époux adorable. Elle devait acquérir, pour avoir cette ressemblance, un degré, fixé d'avance, de grâce, de vertu, de sainteté; elle avait à atteindre cet achèvement de la Passion de Jésus-Christ, dont saint Paul, dès le commencement, se préoccupait avec tant d'amour et de dévouement i. Il fallait qu'après des siècles d'épreuves, de luttes, d'efforts
' Qui mine g.audeo in passionibus pro vobis, et adimpleo ea quse desunt
généreux, de sacrifices de toute sorte, elle fût digne du Christ, « glorieuse, sans tache, sans ride, ni rien de semblable, mais sainte et immaculée i. »
Eh bien! cette perfection sera atteinte; ce degré de sainteté, l'Eglise le possédera; cette somme d'honneur, de gloire, de satisfaction, le Père l'aura reçue; et ce sera la fin. Car, toutes les choses terrestres, les siècles, les événements, le ciel, la terre, les races humaines, n'existent qu'à cause de l'Eglise. Le jour où elle aura accompli sa mission, qui est de glorifier Dieu, selon ses vues, dans le Christ et avec le Christ, ce jour là, rien de ce qui existe n'aura plus sa raison d'être 2.
Ce sera donc la fin: Deinclè finis ; et non seulement la fin de toute chose terrestre, mais encore de ce qui est saint, mais qui, n'étant que figure, ne doit être que pour un temps : l'eau du Baptême est une figure, l'huile sainte aussi, les apparences du pain et du vin aussi, et toutes les cérémonies sacrées, et par conséquent tout ministère. C'est la fin; tout ce qui est signe sensible ou symbole disparaît, et tout ce qui est moyen n'est plus nécessaire.
C'est pourquoi, au sentiment de saint Augustin, quand saint Paul dit : Deinclè finis... citmevaciiaverU omnemprincipatum et potestatem et virtutem, il désigne la cessation de l'autorité et du gouvernement que les Anges exercent dans l'Église '^. Mais cette vue du grand Docteur nous
passionum Cliristi, in carne meâ, pro corpore ejus, quod est Eccle.'.ia. — coloss. I, 24.
1 Ephes. V, 27.
2 Nous avons vu ailleurs que c'est la doctrine de saint Augustin (Livre m, chap. vii). — Corneille Lapierre dit sur ces paroles : Deinclè finis, etc.: Totius enim univers! finis est Christus, ejusque Electi, ut si lii finiantur finiatur et universum. — Comment, in I Cor. X.V.
3 Tune revelabitur à Filio Pater, cum evacuaverit omnem principatum, et omnem potestatem et virtutem, id est, ut necessaria non sit dispensatio
en donne une autre, qu'elle amène naturellement. Si, alors, le ministère des Anges doit finir, évidemment celui des hommes aussi i, même le plus élevé et le plus sublime de tous, celui que nous avons vu être, dans l'Egiise, le plus nécessaire et le plus étendu, le ministère de l'Épiscopat et du Souverain Pontificat. N'est-il pas écrit d'ailleurs: « Considérez avec soin l'état de vos brebis, remarquez attentivement les besoins de votre troupeau; car vous n'aurez pas toujours la puissance sur lui -'? »
Voilà donc la fin universelle de tout ce qui est destiné à servir l'Eglise, dans le temps, soit les Sacrements, soit le culte, soit le gouvernement et la juridiction; que restera-t-il donc de notre Sacerdoce? Voyons la suite du texte.
Le Fils a tout remis à son Père (cuin tradiderit regnum Deo et Patri) ; à son tour, le Père remet tout à son Fils (omnia enim subjecit sub pedibus ejus) . C'est la grande gloire et le triomphe du Fils; c'est, devant toute l'Eglise composée des Anges et des Elus, la solennelle manifestation de la vérité de cette parole : « ilie« omnia tua sunt, et tua mea sunt^.y> Que fait alors le Fils? 0 profonde, ô lumineuse, ô ravissante doctrine de l'Apôtre ! Il dit : « Quand toutes choses auront été soumises au Fils; alors
similitudinum per ang'elicos principatus et potestates et virtutes. — De Trinitate, lib. I, cap. viir, n. 10. — Patr. lat., t. XLII, col. 831.
1 Nous savons, par saint Ambroise, que le ministère des Évêques et celui des Anges concourent simultanément au g-ouvernement de l'Eglise : Quia non solum Episcopos ad tuendum gregem Dominus ordinavit, sed etiam Angelos destiuavit. — In Ecangel. secund. Luc, \\h. II, n. 50. — Patr. lat., t. XV, col. 1571.
2 Diligenter agnosce vultuni pecoris tui, tuosque grèges considéra ; non enimhabebis jugiter potestatem. — Proverb. xxvii, 23, 24. — Nous avons remarqué sans doute l'expression de saint Bernard, écrivant à Eugène III : Indagemus diligentiùs quam géras pro tempore personam in Ecclesiâ Dai. — (Chap. précédent.)
' Joaiin. XVII, 10.
le Fils lui-même se soumettra à Celui qui lui aura tout soumis. » C'est uu nouveau retour du Fils vers le Père, c'est un retour éternel. Le Fils possède tout, de la manière la plus absolue, puisque le Père vient de lui soumettre toute chose; et ainsi tout est dans le Christ, et la parole de saint Paul est vraie plus manifestement, plus glorieusement que jamais : Omnia et in omnibus Cliristus^\ et voilà que le Christ, dans cette possession universelle, dans cette plénitude où il apparaît, portant en lui tout ce qu'il est et tout ce qu'il a, son être divin et humain, et, en même temps, son corps mystique, toute son Eglise bien-aimée, se soumet au Père. Que veut dire cette parole: « Se soumet au Père ? » Saint Augustin va répandre quelque lumière sur ce secret de l'éternité.
« Nous contemplerons alors, dit-il, Dieu Père, Fils et Saint-Esprit, quand le Médiateur de Dieu et des hommes, Jésus-Christ Homme, aura remis son royaume entre les mains de Dieu son Père. Alors, notre Médiateur et notre Prêtre, Fils de Dieu et Fils de l'homme, n'aura plus à intercéder pour nous. Mais lui-même, en tant qu'il est Prêtre, et dans cette forme d'esclave qu'il a prise pour nous, sera assujetti à Celui qui lui aura assujetti toutes choses, et à qui il aura lui même tout assujetti : de sorte qu'en tant qu'il est Dieu comme le Père, il nous aura sous son autorité; mais, en tant qu'il est Prêtre, il sera soumis à Dieu comme nous 2. »
S'il est assujetti, en tant que Prêtre, il est manifeste que cet assujettissement est son Sacrifice. Donc, au Ciel, il se fait sans cesse Hostie devant son Père et pour sa gloire (ailleurs nous avons dit pourquoi) ^.
' Coloss. III, 11.
« Voir le texte latin, t. I^"-, p. 206.
3 Livre I'^'', cliap. xx: Son Sacrifice dans le Ciel.
Mais, parce que tous les Elus lui sont assujettis et que tous les Elus sont en lui, tous les Elus sont Hosties comme lui, en lui et par lui. Et, parce que cet état de Jésus-Christ et de ses Élus, c'est l'ordre excellent et consommé, c'est la vérité très parfaite, très absolue, et que Dieu le Père se complaît dans l'ordre et dans la vérité, cet état d'une part et cette complaisance de l'autre sont déjcà désignés par cette grande et mystérieuse parole : Uf sif Deus omnia in omnihus. Ce n'est pourtant pas le seul sens qu'elle renferme, nous le verrons bientôt. Présentement, il nous faut insister sur ce point essentiel : Que Jésus-Cheist et son Église sont Hosties du Père, et Hosties du Père dans le Saint-Esprit; car c'est toujours par le Saint-Esprit que Jésus-Christ s'offre comme une Hostie immaculée ^ Mais, s'il s'offre, et s'il offre aussi son Église, ses Anges et ses Saints, c'est qu'il est Prêtre. Or, est-il seul Prêtre?
Comme il n'est pas seul Hostie, il n'est pas seul Prêtre, tout en étant nécessairement l'unique principe de tout Sacerdoce. Les Saints aussi sont Prêtres. Ils le chantent avec transport, en présence de l'Agneau : « Vous avez été mis à mort, et vous nous avez rachetés dans votre Sang; et vous nous avez fait Prêtres -. » Us sont Prêtres, parce que leur Baptême était déjà un Sacerdoce -^i toute grâce actuelle a été pour eux, dans la vie, une confirmation de cette dignité et de cette fonction. Or, présente-
^ Per Spiritum Sanctum semetipsum olitulit immacnlatum Deo. — Hebr. IX, 14.
2 Ceciderunt coram Ag-no... dicentes... Occisiis es, et redemisti nos Deo in sanguine tuo... et fecisti nos... sacerdotes. — Apoc. v, 8, 9, 10. — Beatus, et Sanctiis, qui habet partera inresurrectione prima... Erunt sacerdotes Dei et Christi. — Apoc. xx, 6.
^ Sacerdotium laici. Baptisma. — S. Hierouym. Advers. Luciferianos, n. 4. - Patr. lat., t. XXIII, col. 1 58.
ment, dans notre exil, la grâce n'est que le commencement de ce que sera plus tard la gloirei... C'est pourquoi, les Saints sont Prêtres, dans le Ciel. Mais, s'ils sont Prê-. très au Ciel, ils y exercent indubitablement la fonction de leur Sacerdoce. Cette fonction, quelle est-elle? Elle consiste en ce qu'ils s'offrent eux-mêmes à Dieu, selon ce que dit saint Pierre en ses épîtres 2, Ils s'offrent maintenant dans la Patrie, comme ils se sont offerts autrefois sur la terre; et avec d'autant plus de perfection dans la Patrie, qu'ils auront été plus fervents, sur la terre, dans l'exercice de leur Sacerdoce mystique 3. 0 spectacle sublime! ô ravissante espérance!... Or, il n'y a aucune offrande qui puisse être agréable à Dieu, si elle n'est faite en Jésus-Christ; ils s'offrent donc en Jésus-Christ. Il faut dire même qu'il n'y a qu'une offrande qui soit agréable au Père, c'est Jésus-Christ. C'est pourquoi, ils s'offrent en la très parfaite unité du Sacrifice de Jésus- Christ; ils s'offrent par le Sacerdoce de Jésus-Christ; ou bien (ce qui est encore plus vrai), c'est Jésus-Christ qui les offre et qui s'offre en eux, leur donnant l'esprit et la vertu de son très unique Sacerdoce, pour qu'ils s'offrent et pour qu'ils l'offrent lui-même. Et c'est ainsi que, d'une manière ineffable, mais très réelle, en Jésus- Christ, par Jésus-Christ, avec Jésus-Christ, les Élus
' (jrratia et gloria ad idem genus referuntur, quià g-ratia niliil est aliud quàm quseilam iuchoatio glorise in nobis. — S. Tliom. II, II, q. xxiv, a. o, ad 2. — I, H, q. €xr. art. 8, ad 2.
2 Sacerdotium sanctum, offerre spirituales liostias, acceptaljiles Deo per Jesum Cliristiim — I Petr. ii. 5.
3 C'est la pensée de saint Augustin : Non soluni Caput nostrum unctiim est, sed et Corpus ejus nos ipsi... Ideo adoranes Cliristianos pertinet unctio... Unctio ista perticiet nos spifitaliter in illâ vitâ, quœ nobis promittitur. — Enarrat. in l'salni. — Psalni. xxvi^ Enarrat. ii, n. 2. — Patr. lat. t. XXXVI, col. -ii.O.
sont à la fois Victimes et Prêtres de Dieu le Père, par l'ciction du Saint-Esprit i.
Voilà la part glorieuse de tous les Saints. Nous serons du nombre, s'il plaît à la Bonté et à la Miséricorde divines, « que nous ayons cette société avec les Saints, et que cette société soit avec le Père et son Fils Jésus- Christ 2. »
Mais, si nous sommes du nombre des Saints, n'y a-t-il rien de plus à dire, sinon que nous serons Prêtres comme les Saints? Nous venons d'affirmer qu'ils le seront, parce qu'alors la grâce de leur Baptême, qui est une grâce sacerdotale, aura atteint sa perfection. S'il en est ainsi, que faut-il penser de notre Sacerdoce dans le Ciel, Sacerdoce qui sera la perfection de la grâce de notre Ordination, laquelle grâce nous a été donnée avec un signe, un sceau, un caractère qui est indélébile même dans l'Éternité 3? Si ce caractère demeure, même dans l'Eternité, il est manifeste qu'il nous distinguera des élus. Il nous montrera et nous désignera à tous, comme ayant reçu ici-bas une grâce sacerdotale, plus élevée et bien plus parfaite que celle des simples fidèles. Ne sera-t-ilpas, par conséquent, un droit à une gloire sacerdotale plus élevée, plus parfaite, c'est-à-dire, à une union éternelle, plus intime, plus glorieuse, avec Notre-Seigneur, Prêtre éterneH?
1 Revenir encore à notre cliap. xxi, du Liv. I«>'.
2 Ut et vos societatem liabeatis nobiscuni, et societas nostra sit cum Pâtre, et cum Filio ejus Jesu Cliristo. — I Joaun. i, '6.
3 Quamvis post liane vitani non remaneat exterior cultus, remanet tamen iinis illius cultûs. Et ideo post hanc vitam remanet cliaracter et in bonis ad eorum gloriam, et in malis ad eorum ig-nominiam. — S. Tliom. III, q. lxiii, art. 5, ad 3.
* Saint Grégoire de Xazianze dit de saint Basile, qu'il offre toujours des sacrifices dans le Ciel : Nunc ille in cœlis est ; illic etiam, ni fallor, sacrificia pro nobis ofTerens. — Orat. XLIII {^nliks 20) in laudem Basil, magni, n.
L'union de ministère qui aura existé ici-bas, dans l'exil, exclusivement pour nous, non pour les fidèles, n'est-elle pas l'indice de l'union spéciale qui se fera dans la Patrie? N'y a-t-il pas une relation naturelle entre ce que fait sur la terre ia grâce divine, et ce que fera. dans le ciel la gloire divine i ? Et n'est-ce pas afin que la distinction éternelle, dont nous serons l'objet, soit admirablement justifiée, que notre caractère sacerdotal brillera aux yeux de tous ?
Il faut croire, sans doute, que ce qui déterminera le degré d'union, c'est l'excellence des mérites, et non le ministère, quelque saint qu'il soit, rempli sur cette terre ; mais ne faut-il pas aussi penser, qu'à égalité de mérites, il y aura dans ceux que la miséricorde divine aura fait Prêtres dans le temps, par une faveur toute gratuite, une distinction toute gratuite aussi, mais réelle et évidente et glorieuse, dans l'Eternité ? Il semble que ce soit le sentiment des Pères -.
L'Apôtre conclut : Ut sit Deus omnia in omnibus. Que
80.— Patr.grsec, t. XXX^'I, col. 002. — Même pensée dans son Panégyrique de saint Mélèce, évêqiie d'Antioche. — t. XLVI, col. 8G2.
1 II est remarquable que saint Jérôme, démontrant contre Jovinien l'inégalité du bonheur des Saints dans le ciel, apporte comme preuve l'inégalité des divers ordres de Prêtres et de Lévites dans l'ancien et le nouveau Testament, et dit que cette différence de dignité annonce ce qui aura lieu dans
le ciel.— Âdvers. Jovianian., lib. II, n. 28. — Patr. lat., t. XXIII, col. 325.
2 Cfr. S. Thom. Supplem., q. xcvi. — De aureolis, art. i. — Utrùm auréola sit aliud à prœmio essentiali. — Du reste, les mérites acquis ne sont pas au ciel la seule raison de la gloire des Bienheureux. Quand le grand poëte-théologien du moyen-âge remarque dans le Paradis, que les petit.s enfants, morts après le Baptême, sont placés à des degrés différents (ce qui, semble-t-il, ne devrait pas être, puisqu'ils n'ont tous, pour entrer au ciel, que le droit du Baptême), saint Bernard qui le conduit à la vision de l'essence divine, lui répond que Dieu, qui est absolument libre dans la communication de sa grâce, la donne avec une mesure inégale même aux petits entants. {Faradiso, cant. XXXII, vers 01 et suiv.)
signifient ces paroles? Elles expriment la consommation suprême, plénière, éternelle, de l'miion divine. Mais cette union, comment doit-elle s'accomplir ? Qu'est-ce que le « Tout » de Dieu, le « Tout » du Père qui sera en chacun des Élus ? Le Tout du Père, c'est JÉsus-CHRiST.Tout ce qu'il a plu au Père de communiquer de lui-même, de sa vie, de sa sainteté, de ses perfections, c'est Jésus- Christ 1. Est-ce que saint Paul n'écrit pas de lui : « Qu'il a plu au Père de faire habiter dans le Christ toute plénitude -, et que tout est résumé dans le Christ '^, et que tout consiste dans le Christ^, et que le Christ est tout 0,» C'est pourquoi, n'est-ce pas dans le Christ que le Père s'est réconcilié le monde 6? Eh bien ! de même qu'il s'est réconcilié le monde dans son Christ Jésus, c'est en lui qu'il s'unira ses Élus, et qu'il se répandra dans ses Élus, qu'il possédera ses Élus, qu'il sera possédé par eux. Jésus- Christ sera le centre où le Père et les Élus se rencontreront, pour la plus parfaite union dans le Saint-Esprit; et ainsi véritablement Jésus-Christ étant ce « Tout » de lui-même que le Père a voulu être en son Fils incarné, il sera ce même « Tout en chacun de ses Élus » : Ut sit Deus omnia in omnibus.
Et, j)arce que, pour Dieu le Père, être « Tout en tous»,
* Le Fils, dit saint Grégoire de Nazianze, est la manifestation abrégée, et facile pour nos regards, de la nature du Père : Compendiosa facilisque Paternpe naturse declaratio est Filius. — Tract. XXX. (aliàs 36) Tkeolog., IV, n. 20. — Patr. graec, t. XXXVI, col. 130. — Cfr. S. Irenajum, contra Hœres. lib. IV (alià.s 14) cap. 6, n. 3. — Patr. grsec, t. VII, col. 1)87 et 988.
2 Quia in ipso complacuit, omnem plenitudinem iuhabitare. — Coloss. 1,19.
3 Ut notum faceret nobis sacramentum voltintatis suse... instaurare omnia in Christo, quse in cœlis, et quae in terra sunt, in ipso. — Eplies. i, 9, 10.
* Omnia in ipso constant. — Coloss. i, 17.
* Omnia... Christus. — Coloss. m, 11.
6 Deus erat in Christo mundum reconcilians sibi. — II Cor. v, 19.
c'est être vu tel qu'il est, aimé tel qu'il est, possédé tel qu'il est par tous les Élus, il faut conclure que c'est en Jésus-Cheist que les Élus verront le Père, aimeront le Père, posséderont le Père. Car, Jésus-Christ seul voit le Père tel qu'il est, l'aime et le possède tel qu'il est; et au Ciel, comme ici-bas, nous ne pouvons rien faire sans lui i, et nous n'aurons, là-haut, comme ici, que ce que nous recevrons de sa plénitude -. C'est donc en Jésus-Christ et par Jésus-Christ et avec Jésus-Christ, que nous verrons, que nous aimerons, que nous posséderons le Père. Car « en cela consiste la vie éternelle, dit saint Jean, que nous soyons dans le Fils ^. »
Il serait certainement superflu d'insister sur ces vérités. Jésus-Christ demeurera éternellement notre Médiateur, non plus pour intercéder, quand nous serons au terme et dans la possession de tout bien, mais pour consommer en nous ce qui était la fin de son intercession, et de son Sacrifice, et de son Incarnation, et de toute sa mission parmi les hommes : à savoir, que finalement, pour les siècles des siècles, « Dieu soit Tout en tous », dans la vision béatifique, dans l'amour et la possession déifiques.
Quelle gloire et quelle félicité ! Nous verrons le Père, en JÉSUS- Christ, par Jésus -Christ, comme Jésus- Christ ; car, « nul ne connaît le Père, si ce n'est le Fils, et celui à qui le Fils aura voulu le révéler 4 » ; et cette
1 Joann. xv, 5.
* Joaiin. 1, 16.
* Et hoc est testimoniiim, quoniam vitam îeternam dédit nobis Dens. Et hsec vita in Filio ejus est. — l Joann. v, IL — Dédit nobis sensnm, ut cognoscamus verum Denm, et simus in vero Filio ejus. Hic est veriis Deus, et vita seterna. — Ibid. 20.
* Nenio novit Filiiim, nisi Pater; neqne Patrem quis novit, nisi Filius, et cui voluerit Filius revelare. — Matth. xi, 27. — Origène dit, dans son Commentaire sur saint Jean, à ces paroles : Iti 2^^^'>^<^^P^'^ ^^^^ Verbum : Tum
CONCr-USION DU TROISIÈME LIVRE 569
vision sera le ravissement et la joie et le rassasiement de notre esprit; et nous aimerons et nous posséderons le Père en Jésus-Christ et par Jésus-Christ et comme Jésus- Christ, selon le degré de nos mérites et la gratuite bonté du Père ; et alors s'accomplira cette admirable promesse de notre Dieu : « En ce jour-là, vous connaîtrez que je suis dans mon Père, et que vous êtes en moi, et que je suis en vous i » ; et alors aussi sera exaucée son amoureuse prière après la Cène: « Que tous soient un ; comme vous, mon Père, êtes en moi, et moi en vous, qu'eux aussi soient un en nous. La gloire que vous m'avez donnée, je la leur donne, afin qu'ils soient un, comme nous, nous sommes un. Je suis en eux, et vous êtes en moi; qu'ils soient consommés dans l'unité 2. » Et ce sera le rassasiement et la joie totale et parfaite du cœur, de la volonté et de tout l'être des Prédestinés. Encore une fois : 0 Gloire ! ô Paix ineffable ! ô Béatitude infinie ! L'Apôtre dit : Quod oculus non vldit, nec aurh audivit, nec in cor hominis ascendit, quœ prceparavit Deus ïLs qui diligunt ilhim '^.
Mais revenons à nous, heureux Prêtres ! Nous serons du nombre de ces Prédestinés de Dieu, nous serons de
uiia erit actio, iiempè cognoscendi contemplandique Deum, eoruni qui ad Deum pervenerint, duce eo Verbo quod est apud Deum; ut sic sint in cognitione Patris formati omnes accuratè Filins, nt nnne solus Filins novit Patrem... Haud aberrabit, si dixerit neminem novisse Patrem, etiamsi apostolus, etiamsi propheta qnis fuerit, sed tum Patrem ab his cognoscendum esse, quùm unnm erunt, sicut Filins et Pater unnm sunt. — Comment, in Joann., 1. 1. n. 16. — Patr. graîc, t. XIV, col. 50.
1 In ilio die, vos cognoscetis, quia ego sum in Pâtre meo, et vos in me, et ego in vobis. — Joann. xiv, 20.
* Ut omnes iinum sint, sicut tu Pater in me, et ego in te, ut et ipsi in nobis unum sint. . . Et ego claritatem, quani dedisti mihi, dedi eis : ut sint unum, sicut et nos unum sumus. Ego in eis, et tu in me : ut sint consummati in unum. — Joann. xvii, 21, 22, 23.
3 I Cor. II, 9.
ceux en qui Dieu sera tout, en Jésus-Christ, et par Jésus-Christ. Mais, dans cette union béatifique et déifique, est-ce que rien ne nous distinguera des autres Elus, que le Père s'unit éternellement, en son Fils, « le Fils de sa dilection » ? Notre sacerdoce, si glorieux ici-bas, le caractère de ce Sacerdoce que nous porterons dans la gloire même et dans cette union où Dieu sera Tout en tous, et cette grâce éminente d'union qui accompagnait sur la terre notre caractère divin, est-ce que tant de biens sur naturels disparaîtront dans ce bien désormais unique de l'union déifique ? et n'y aura-t-il pas un état, un degré particulier, une manière tout extraordimiire de participer à Dieu en Jésus-Christ, qui correspondent à ce que Dieu a daigné faire pour nous, dans son Eglise ?
Oui, notre Sacerdoce nous sera, dans cette participation à l'a vie divine du Père, en Jésus-Christ, une bénédiction spéciale pour l'Eternité; et voici comment :
Dans cette union consommée des Bienheureux où «Dieu sera tout en tous » , il y aura rassasiement, mais non satiété. Le rassasiement, c'est la plénitude de la satisfaction et de la joie. Le prophète en a parlé, quand il a dit : « Je serai rassasié, quand aura paru votre gloire i. » La satiété, c'est l'état d'une âme qui dit : « C'est assez, ce que j'ai me suffit. » Or, en présence de l'infinité de Dieu, de l'infinité de ses perfections, de l'infinité de ses amabilités, et, si l'on peut dire ainsi, de l'infinité de ses attraits et de ses charmes, aucun des Elus ne dira : « C'est assez, ce que j'ai me suffit. » Quand Notre-Seigneur parle de cette table qui sera dressée dans l'Eternité, de ce festin auquel éternellement participeront les élus -, ne nous apprend-
1 Satiabor cuin apparuerit gloria tua. — Psalm. xvi, 15.
* Et intrabo ad illuin, et cœnabo cum illo, et ipse nieciim. — Apoc. m, 20.
il pas, par cela même, qu'il y aura dans ces âmes rassasiées une faim toujours nouvelle et toujours satisfaite, un désir toujours nouveau d'attirer Dieu en elles, et toujours satisfait, un progrès très véritable dans l'union, dans la vision, dans l'amour, dans la possession, progrès toujours nouveau et toujours actuellement accompli et consommé? C'est la doctrine des Pères.
« Sur cet autel du Ciel, dit saint Grégoire, Pape, le feu ne fera pas défaut, le feu ardent d'une charité toujours croissante. Il s'agit de la contemplation éternelle du Dieu tout-puissant; plus les Élus le verront, plus ils l'aimeront i. » Préoccupé de cette pensée, le grand Evêque de Lyon, saint Irénée, ne craint pas de dire que même au Ciel il y aura un exercice de l'espérance, l'Elu désirant toujours plus connaître Dieu et l'aimer toujours plus, et réussissant à le connaître ainsi et à l'aimer toujours davantage : ce qui lui fait conclure même à un exercice de la foi, puisque le désir de connaître suppose actuellement qu'on ne connaît pas encore et qu'on croit; et ainsi, le Ciel, en un ^e??*-, c'est encore éternellement l'exercice de la foi, de l'espérance et de la charité '-.
— Beati qui ad cœiiain nuptiarum Agni vocati sunt. — Apoc. xix, 9. — Cfr Matth. XXVI, 29.
* Nunquam profecto de altari ignis iste deficiet, qui etiani post banc ritam eorum mentibus fervor charitatis accrescit. .iEternâ quippè contemplatione agitur, ut omnipotens Deus, quo magis visus fuerit, eo amplius diligatur. — Moral., lib. XXV, cap. vu, n. 16. — Patr. lat., t. LXXVI, col. 329. — Cfr. Ejusd. in I lieg. expositiones, lib. IV, cap. v, n. 8. — Patr. lat., t. LXXIX, col. 286.
* Non .solum in boc sseculo, sed et in futuro... Haec tune per.severare, quae sunt fides, spes et cbaritas... Speremu.s subindè plus aliquid accipere et discere à Dec, quia bonus est, et divitias babens interminabiles, et regnum sine line, et disciplinani immensam. — Contra Hœreses, lib. II, cap. xxviii (aliàs 47), n. :^. — Patr. grac, t. VII, col. 806. — Un de nos poëtes religieux qui n'a probablement pas lu saint Irénée, Reboul, de Nîmes, a dit du Ciel : « C'est une éternelle Espérance, — Satisfaite éternellement. >
— Le dernier jour, poëme.
Saint Grégoire de Nysse parle de la faim et de la soif de Dieu, toujours inassouvie et toujours satisfaite i. « C'est Dieu, dit-il, qu'il s'agit de voir et de connaître; mais le désir de cette vision est nécessairement sans terme. C'est pourquoi, il y a un progrès éternel, puisque le rassasiement du désir n'est jamais possible, à cause de celui que le Prédestiné désire 2. »
Un disciple de saint Bernard, Guillaume de saint Théodoric, a exposé cette même doctrine, avec beaucoup de grâce et d'onction. Il dit : « C'est là, au Ciel, qu'est la Fontaine de vie, Fontaine qui coule toujours et jamais ne déborde... Celui qui désire aime toujours à désirer ; celui qui aime désire toujours d'aimer ; et ainsi. Seigneur ! toujours, en abondance, vous lui faites arriver ce qu'il aime, ce qu'il désire sans fin... C'est bien là la perfection suprême : toujours aller en avant, et toujours parvenir. Hœc est affectio, liœc est perfectio : sic semper ire, hoc est pervenire ^. »
Nous ne croyons pas nécessaire d'insister sur un point de doctrine, que l'Ecriture elle-même semble confirmer, quand elle dit des Anges : « Qu'ils désirent voir Dieu toujours davantage *. >
ï De Animû et Resurrectione, post médium. — Patr. grac.jt. XLVI, col. 106.
* Id est verè Deum videre, ut nunquam ad desiderium terminetur. Quare necesse est, ut eum videamus, sicut nobis possibile est ; majore desiderio videndi exai'descamus, et sic nullus imquàm terminus abscindit nobis itineris hujus progressum, quum neque ipsius boni terminus aliquis sit, nec satietas hujus desiderii possit tieri. — De Vitû Moi/sis, Mijstica interpretatio vitœ Moysis, post médium. — Patr. grsec, t. XLIV, col. 402.
3 Hic est enim fons vitœ, qui semper fluit, et nunquam pereffluit... Ideoque et qui desiderat, semper amat desiderare; etc. Hœc est affectio, haec est perfectio : sic semper ire, hoc est pervenire.— Guillelmi, abbat. S. Theodorici, De contevijjlando Deo seu soUloquia, cap. m, n. 8. — Inter. opp. S. Bernardi. - Patr. lat., t. CLXXXIV, col. 371. - Cfr. Petr. Cellens. De PanUms, cap. i. — Patr. lat., t. CCII, col. 929.
* In quem desiderant Angeli prospicere. — I Petr. i, 12. — Saint Ber-
Tel est donc le ravissant état des Bienheureux. Or, il y a, dès maintenant, dans les âmes ferventes une disposition surnaturelle, qui correspond à cet état tout divin : cette disposition, c'est la communion spirituelle. Elle consiste à ouvrir la bouche du côté de l'Hostie et à en attirer l'esprit en nousi; de sorte que l'union se fasse et que l'Hostie nous possède et que nous possédions l'Hostie, et que Jésus-Chelst qui est l'Hostie « soit tout en nous - », et que, dès maintenant, par Jésus-Christ et en Jésus-Christ, « Dieu soit tout en nous. » Les Saints au Ciel « ouvrent leur bouche et toujours elle est pleines»^ parce que rien ne peut se perdre de ce qu'ils reçoivent. Il n'en est pas ainsi de nous; nous ouvrons notre bouche et elle est pleine ; mais les conditions de la vie présente ne nous permettent pas de conserver cette délicieuse plénitude. Elle nous est cachée ^ ; toute chose, dans cet exil, ne nous est révélée qu'à demi ^ ; et notre amour, qu'une lumineuse connaissance n'alimente pas, est souvent faible ; il est toujours inconstant. Et, toutefois, nous ouvrons nos lèvres , nous regardons amoureusement l'Hostie et le Dieu de l'Hostie, et nous voulons nous nourrir, nous rassasier ; notre désir augmente toujours, notre faim, notre soif s'accroissent toujours davantage ; et notre communion spirituelle devient à la fois plus habi-
nard a dit: Cuni ascendunt (Angeli) ad contemplationem, inqiiiriint veritatem, de quâ et desideraudo satiantur, et satiando desideraiit. — In Ps. xc : Qui habitat, Serm. XI, n. 10. — Brev. Rom. offic. voliv. de Sauctis Angelis, lect. VIII. - Patr.lat., t. CLXXXIII, col. '230.
1 Os meuni aperui, et attraxi Spirituui. — Psalm. cxviii, 131.
2 ColoSS. III, 11.
' Dilata os tuum, et implebo illud. — Psalm. lxxx, 11.
* Quam magna multitudo dulcedinis tuœ. Domine, quam abscondisti timentibus te ! — Psalm. xxx, 20.
•■* Xunc cognosco ex parte : tuuc autem cognoscam sicut et cognitus 8um. — I Cor. XIII, 12.
tuelle et plus fervente, à mesure que nos Messes se suivent de jour en jour.
Je dis : « nos Messes ». Cet état convient aux fidèles ; et il est vrai qu'un grand nombre d'âmes, dans les cloîtres et même dans le siècle, ont cette faim et cette soif et ces désirs insatiables et ce besoin impétueux accomi^agné de surnaturelles défaillances i. Mais cet état tout d'amour est surtout l'état habituel des Prêtres. Nous en avons traité précédemment dans le Livre Ile 2^ en expliquant comment la communion spirituelle était l'état ordinaire, même des saints Prêtres de l'ancienne Loi, un Phinéès, un Jérémie, un Onias.
Mais si la grâce spéciale de notre Sacerdoce est un état de perpétuels et amoureux désirs de la vie de Dieu en nous, par l'Hostie, cette grâce n'est qu'un commencement; elle aura sa perfection au Ciel. Sa perfection sera dans la pleine et indéfectible et éternelle possession de l'Objet tant aimé et tant désiré. Or, nous croyons qu'elle se révélera aussi, aux regards des Saints, par une communion à la Vie de Dieu, à la Sainteté de Dieu, à la Beauté de Dieu, à la Joie et à la Béatitude de Dieu, plus magnifique, plus abondante, plus élevée. De même que notre caractère sacerdotal apparaîtra, pour qu'il soit manifeste aux Elus que nous avons une sorte de droit particulier à l'Oblation éternelle de Jésus-Christ, dans son Sacrifice de l'Éternité ; de même, il est permis de le penser, ce divin caractère nous revêtira d'une lumière plus éclatante, pour que les Anges et les Saints voient, par quel effet de la Bonté du Tout-Puissant nous sommes
1 Defecit caro mea, et cor meuni'; Deus cordis mei, et pars mea Deus in seternum. — Psalm. lxxii, 26. — Cfr. Psalm. lxxxiii, 2.
2 Chap. IV : De la Covimimion du Prêtre et de son union hahituelle à Jésus-Hostie.
admis à une participation singulière de la Communion éternelle à Dieu, en Jésus-Christ. Et les Anges et les Saints, qui ont tant admiré ici-bas le prodigieux honneur qui nous venait de notre Sacerdoce, se réjouiront, et loueront Dieu, et son Fils Jésus, et le divin Esprit du Père et du Fils, de notre Communion tout extraordinaire à Dieu, de nos désirs plus ardents et plus satisfaits, de notre faim et de notre soif d'union plus rassasiées, et de ce rassasiement de nos âmes sacerdotales toujours renouvelé, toujours renaissant, toujours progressant, toujours consommé...
0 heureux Prêtres ! ineffablement heureux et aimés de Dieu sur la terre ! ineffablement heureux et unis à Dieu, en JÉSUS, en l'Agneau, en l'Hostie, dans le Ciel !...
Il ne reste plus rien à dire. « Dieu est tout en tous », en Jésus-Christ, par l'Esprit d'amour. Cet Esprit fait l'unité ; il fait l'unité de Dieu et des Elus en Jésus-Christ, et aussi l'unité des Elus de Dieu entre eux, en Jésus- Christ ; et cette unité, c'est la consommation de toute l'œuvre de Dieu créant, sanctifiant, glorifiant les âmes. Il y a, en vérité, variété et différence dans l'état des Prédestinés, la divine Sagesse l'ayant ainsi voulu, soit à raison de la diversité des mérites, soit à cause de la diversité de ses dons i ; mais, il n'y a plus que Dieu, Dieu le Père Principe et Fin, Dieu le Fils Auteur et Vie, Dieu le
1 In clomo Patris mei mansioues multîe smit. — .Joann. xiv, 2. — Et quidem apud Patrem mansiones multœ sunt, et tamen eiimdem denavium dispares laboratores accipiunt, quia una cunctis evit beatitudo Isetitise, quamvis non una sit omnibus sublimitas vitse. — S. Greg. Mag-n. Moral., lib. IV, cap. XXXVI (aliàs 31, vel 42), n. 70. — Patr. lat., LXXV, col. 677. — Adamemus Deum, qui solus et vult honore afticere, et lial)et quo non tantùm pro dignitate, sed etiam suprà meritum honoret. — S. Isidor. Pelusiotas Einstol, Uh. V. — Epistol. CCCLXXI. — Patr. grsec, t. LXXVIII, col. 1550.
Saint-Esprit Centre et Consommateur de l'éternelle et indéfectible et béatifique Unité : Ut sit Deus omnia in omnibus^.
Et, d'ici bas, le regard de l'âme s'élève et se fixe dans .cette contemplation amoureuse et délicieuse, dans la contemplation de ce Bien, de cette Gloire, de cette Béatitude, de cette Unité ; et, comme les Apôtres dont il est écrit, après que Jésus se fut élevé dans le Ciel : « qu'ils étaient debout, et que leurs regards ne pouvaient plusse détacher de ce côté du ciel, où Jésus avait pénétré dans le royaume de sa gloire^ », nous sommes debout, et nous regardons ; et nous voudrions n'être jamais plus distraits, par rien de terrestre, dans ce ravissement si doux. Mais les Anges de l'Ascension dirent aux Apôtres : « Pourquoi êtes-vous debout, regardant le Ciel ? Allez à Jérusalem, où la vieille Synagogue infidèle et ingrate vous attend"; allez au monde, au monde romain, grec, barbare, où des âmes sans nombre vous attendent. » Et les Evangélistes disent : « Et ils partirent avec une grande joie, et ils allèrent partout porter la parole de Dieu, et le Seigneur, agissant avec eux, confirmait sa parole par des miracles ^. »
Et à nous aussi, Prêtres, voués aux divers ministères, dans la grande et vénérable et sainte Hiérarchie du Clergé séculier, ou liés par des vœux à quelque famille apostolique, à nous tous, les Anges gardiens de l'Eglise mili-
1 Unâ heatitudine perfecti erunt, quià et uuâ perfectione Leati fiituri sunt... Etsi il)i distantia niansiouum, summa tanien in illis erit iniius perfectionis œqnalitas, quibus erit regni cœlestis ima félicitas. — Julian. Pomerius., De vitâ contemplativâ, lib. I, cap . iv, n. ;i. — Patr. lat., t. LIX, col. 422.
2 Act. Apost, I, 10. — Cumque intuerentiir in cœluin, id est iiiteiidentes, et intentis defixi oculis, ac suspensi. — Corn, à Lap. in illud Act.
3 Et ipsi adorantes, regressi sunt in Jérusalem cum gaudio magno. — Luc. XXIV, 52. — Uli autem prot'ecti prsedicaverunt ubique, Domino coopérante, et sermonem confirmante sequentibus signis. — Marc, xvi, 20-
tante disent : « Votre contemphition est sainte. N'oubliez jamais, rappelez sans cesse à votre esprit, à votre cœur, le ravissant spectacle de cette divine Unité : Dieu, son Verbe, son Esprit, et tous les Elus en Lui, les Prêtres, toujours Prêtres, toujours communiant à Dieu dans une union spéciale et plus sublime... C'est le terme, c'est la récompense, bientôt. Mais, maintenant, regardez là-bas, sur la terre ; les âmes vous attendent ; les petits, les faibles, les ignorants, les affligés, les pécheurs, les justes, toutes les âmes rachetées du Sang de l'Agneau vous attendent. Allez! Chaque âme appartient à la moisson de Dieu, dont le Maître a parlé i. Chaque âme est le grain destiné à devenir pain ; allez à elle, consacrez-la, qu'elle devienne Hostie de Dieu '^. Vous surtout, soyez pain, soyez Hostie, donnez-vous ! Que tous se nourrissent de vos travaux, de vos expiations, de vos prières, de vos œuvres, de toute votre vie d'Hostie ; et qu'ainsi, comme l'Eglise le chante des Apôtres, des saints « Apôtres de l'Agneau '^ », « vous soyez la gloire du Père, et le triomphe du Fils, et l'accomplissement de toute volonté du Saint- Esprit ; et tout le Ciel en sera plein de joie. In his Paterna glorla, in his triumphat Fllius, in his voluntas Spiritûs : Cœliim repletur gaudio ^. »
1 Ecce dico vobis : Levate ociilos vestros, et videte regiones, quia albse sunt jam ad messem. — Joann. iv, 35. — Messis quidem multa, operarii autempauci; rogate ergo Dominum messis, ut mittat operarios iu messem suam. — Matth. ix, 87, Ô8. — Luc. x, 2.
* Victimse prsestantissimïB sunt ipste animse ; Sacrificium est ipsa earum conversio. — Cornel. à Lap. in Boni, xv, 16.
3 In ipsis, duodecim nomina duodecim Apostolorum Agni. — Apoc. xxi, 14.
* De comm. SS. Aj^ostol. — Hymn. ad Matutin.