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LE COURONNEMENT DE L'ŒUVRE

LE SACERDOCE MYSTiaUE DE MARIE MÈRE DE DIEU

Le titre de Couronnement, que nous donnons à ces dernières pages, paraîtra peut-être exagéré. Qu'on pense qu'il s'agit de la Mère de Dieu. Nous lui avons consacré, au début, notre travail; nous voudrions, en terminant, lui faire, si c'est possible, l'honneur de notre œuvre. Quelque modeste et humble que soit l'édifice que nous venons d'élever, nous avons à cœur (est-ce téméraire?) de faire resplendir, au sommet, sa douce image, comme on voit quelquefois, sur la haute tour d'une Eglise, où JÉsus- Hostie est jDrésent, la statue de Marie.

§ I l'émixexte dignité de marie, mère de dieu.

La grande dignité de MARiE,et la plus sublime que puisse recevoir une pure créature, c'est la Maternité divine i.

1 Xon potest aliquid fieri melius eis (id est : Humanitate Christi, Beatitu-

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Elle porte avec elle une sorte d'infinité i. Elle est, dans le plan divin, essentiellement liée à l'Incarnation du Verbe; elle en est partie intégrante. Il n'y a pas eu deux décrets de Dieu, l'un relatif à l'Incarnation et l'autre à la Maternité divine, mais un seul et même décret comprenant à la fois et l'Incarnation de la seconde Personne delaTrès- Sainte Trinité et la Maternité miraculeuse de Marie 2. En réalité, dans le dessein de Dieu, Jésus et Marie ne font qu'un. Et de même que Jésus-Christ qui est Fils de Dieu, en vertu de l'union hypostatique, est, en même temps, parla vertu de cette union, sanctifié d'une manière éminente et sans égale 3 ; de même Marie n'est pas seulement Mère de Dieu, destinée à donner au Fils de Dieu l'humanité dont il sera revêtu, mais elle est sanctifiée à cause de cette dignité et même par cette dignité, la Maternité divine étant, au sentiment des Théologiens, une cause formelle de sanctification 4 : de sorte que Marie,

dine qnœ est fruitio Dei, et Beatâ Virgine ex eo quod sit Mater Dei), sicut non potest aliquid esse melius Deo. — S. Thora. I, q. xxv, art. 6, ad 4. — Quid dicam, aiit quid proloquar de prseclarâ et sanctâ Virgrine? Solo enim Deo excepto, cunctis superior extitit. — S. Epiphan. Oratio de laiidibus S- Marice Deiparœ, Breviar. Rom. /« offirio diei octavœ Immac. Concept. B. M. P'., leet. VII.— Hoc solumde Beatâ Virgine pr?edicari,qiiod Mater Dei est, excedit oinnem altitudinem qua?, post Deum, dici aut excogitari potest. — Eadmer. De exceUeidiû Virgin is, cap. ii. — Patr. lat., t. CLIX, col. 559. — Cfr. S. Joann. Chrys., Brev. Rom., In festis B. M. V. per annmn, lect. v. » Dicendum est, quod... B. Virgo ex hoc quod est Mater Dei, habet quamdam dignitatern intinitam, ex bono intinito quod est Deus. — S. Thom., uhi suprà.

2 Ipsissima verba, quibus divinœ Scripturœ de increatà Sapientiâ loquuntur, ejusque sempiternas origines représentant, consuevit Ecclesia... adhibere, et ad illiiis Virginis primordia transferre, quse uno eodnnque décréta cum divmae Sapientise incarnatione fuerant prjestituta. — Bulla Ineffabilis, in offic. Imm. Concept., Die X Decembr., lect. iv.

3 Voir notre Livre !<"', ehap. ix et x.

* Cfr. Seldmayr. TlieoJogia Mariana, part. II, qusest. x : De Maternitate divinâ, quatenus liajc est forma sanctificans. — Art. i ; Maternitas divina est, etiam jjrœcisè sumpita à (jratiâ hnhidiali, vera forma sanctificans. —

Mère de Dieu, est sainte, immaculée, pleine de grâce; comme Jésus, Fils de Dieu, est « le Saint, l'Innocent, l'Immaculé, séparé des pécheurs, plus élevé que les Cieux 1. »

Nous lisons dans l'Office de l'Immaculée Conception : In Mariam, totiûs grafiœ, qiiœ in Christo est, pJeniiudo venit, quanquam aliter '-. Il est à remarquer qu'il s'agit de la même plénitude dans le Christ et dans Marie ; mais, premièrement, la plénitude de grâces est de plein droit en Jésus-Christ, et seulement par concession et par faveur en Marie; et, secondement, la plénitude de grâces qui est en Marie, a son principe et sa cause en Jésus-Christ.Nous allons, tout à l'heure, revenir sur cette dernière vérité.

On peut considérer, en Marie, deux sortes de relations avec Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit. Nous les appellerons une relation de coopération et une relation de sanctification. La première consiste en ce que Marie, par une disposition toute gratuite delà Bonté divine, coopère directement et efficacement à la grande Œuvre de Dieu,

Art. II : Mafernitas divina œquè et emlnentiori modo est formalis et jjhysica participatio natnrœ dlvinœ, quàm f/ratia hahitualis. — Quest. ix, art. vi.: Maternitas divina est prœstaiitior gratiû hahituali sanctificante. — Summa aurea, éd. Migne, t. VII, col. 1313-1321 et 1304.

1 Hebr. vu, 26.

2 In offic. ZniîH. Coî^cep^, VIII December. lect. IV.— Xoiis venons de dire que la Maternité divine implique la grâce sanctifiante. Xe pourrait-on pas opposer à cet enseignement la parole de Notre-Seigneur à cette femme de l'Évangile, qui proclame bienheureuses les entrailles qui l'ont porté ? « Bien plus heureux, dit le Sauveur, sont ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui l'accomplissent. » Mais on peut répondre que Xotre-Seigneur parlait ainsi à cause de l'ordre d'idées, dont l'exclamation de cette femme était l'expression. Celle-ci félicitait la Mère de Jéscs, sans s'élever à son titre de Mère de Dieu. Reconnaissant dans Jésus-Christ, non le Fils de Dieu, mais un grand Prophète, elle voyait seulement, dans sa Mère, une femme bienheureuse d'avoir un tel fils. A ce point de vue tout humain Notre-Seigneur répondait, qu'il était bien meilleur d'être docile à Dieu, que d'être la Mère du plus grand homme.

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qui est l'Incarnation du Fils de Dieu i ; la seconde est celle dans laquelle Marie reçoit la sanctification spéciale, tout extraordinaire, qui convient à la grandeur et à l'excellence de sa Coopération. Donnons quelque développement à cet exposé.

Premièrement, Marie a une relation d'opération avec le Père. Comme le Père engendre éternellement son Fils; Marie engendre dans le temps ce même Fils. L'opération est la même, dans des conditions, avec des caractères essentiellement, absolument différents. Il y a en Marie une vertu capable d'engendrer un Dieu, un Dieu incarné ; cette vertu toute divine est semblable à celle du Père 2. Il est très vrai de dire de l'auguste Vierge (c'est le langage même de la foi), qu'elle engendre une Personne divine, mais une Personne divine qui se fait homme '^. Or, il en résulte, entre le Père et la Vierge, une union d'une sublimité absolument ineffable et incompréhensible, « une sorte d'identité », dit saint Pierre Damien 4. Marie est Epouse du Père. Ce titre, qui est d'une rigoureuse vérité, exprime la relation d'opération.

Mais il ne se peut pas que l'union qu'il indique ne soit

1 Domine, opus tuum, in medio annorum vivitica illurl. — Habac. m, '2.— Quid énim hoc est, nisi prsecognitse, novae, ac repentinse salutis hominiim ineft'abilis admiratio? — S. Aiigust. De civit. Dei, lib. XVIII, cap. xxxii. — Patr. lat., t. XLI, col. 588.

• Cfr. Bossuet, Deuxième Sei'mon sur la Compassion de la Sainte-Vierge, 1^^ point; et Sermon pour la fête du Rosaire, I<"' point. — Item, S. Joann. Damascen. jam citât., t. 1'='", p. 23.

3 Quia veraciter et propriè generanti semper est consubstantialis ille qui nascitur, accepit ab eâ (Maria) Deus undè ei rieret consubstantialis, et sic ex eâ nasci dignatus est. Ità igitur propriè sicut veraciter Maria divinitatem Filii genuit, sod incarnatam. — Fulgentius Ferrandus, Diaconus, Epistol. III, adAnn.tolium,n. 17. - Patr. lat., t. LXVII, col. 906.

* Deus inest Mariise Virgini, identitate, atque idem est quod illa. — Serm. XLIV, De Nativitate. — Patr. lat., t. CXLIV, col. 738.

point sanctifiante. Marie est réellement sanctifiée par le Père; et il faut dire d'elle la parole que Jésus a dite de lui-même : Qiiem Pater sanctificavit i.

Toutefois, parce que toute sanctification ne se fait et ne peut se faire qu'en Jésus-Christ, c'est en Jésus-Christ que Marie est sanctifiée. Comment en est-il ainsi? La grâce qui nous vient de Jésus-Christ, est une grâce de Fils de Dieu ; nous sommes fils adoptifs, comme il est Fils naturellement et de plein droit. C'est pourquoi, Jésus-Christ veut bien nous appeler ses frères 2. C'est aussi la condition qui est faite à la divine Vierge. Epouse du Père, dans sa relation d'opération, elle est Fille du Père dans la relation de la grâce et de la sanctification. Coopératrice du Père, elle est Epouse du Père; sanctifiée par le Père, elle est Fille du Père et Sœur de Jésus-Christ. La grâce, c'est la communication de la nature divine '^, mais de cette divine nature, en tant qu'elle est en Jésus- Christ ; lequel Jésus-Christ, étant Fils de Dieu, nous donne de sa filiation, en nous faisant part de ce qu'il a reçu 1. Ainsi s'explique ce nom que la piété catholique donne habituellement à Marie : Fille du Père, et cet autre moins connu, non moins vrai, principe même de tous les autres titres : Marie, Épouse du Père.

Il y a aussi en Marie un rapport d'opération et un rapport de sanctification, avec le Fils. Son rapport d'opération consiste en ce qu'elle fait pour le Fils; son rap-

' .loann. x, 36.

2 Hebr. ii, 11-17.

s II Petr. I, 4.

4 Misit Deus Filium suum, factura ex muliere... ut adoptionem filiorum reciperemus. — Galat. iv, 4, ô. — Factus est Filius Dei Filius hominis, ut filios hominum filios Dei faceret. — Hugo à S. Victor., De sacranientis, lib. II, part. I, cap. ii. — Patr. lat., t. CLXXVI, col. 372.

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port de sanctification consiste en ce qu'elle reçoit du Fils. Ce qu'elle fait pour le Fils, c'est l'acte tout divin par lequel elle l'engendre, elle lui donne l'être humain, la vie humaine, elle le fait Homme-DiEU ; et elle fait cet acte librement, avec une pleine intelligence de la grande importance de l'œuvre qu'elle accomplit, et un plein consentement à tout ce qui en sera la suite. Elle est donc Mère du Fils de Dieu d'une manière très sublime et incomparablement plus parfaite que ne peut être mère selon la chair une femme ordinaire, soit parce que Marie engendre dans la vertu du Père, soit parce que son Fils est Dieu, soit à cause de la perfection de ses dispositions,, de ses lumières et de sa liberté.

Les admirables conditions, dans lesquelles la divine Vierge engendre le Fils de Dieu, la font sa coopératrice dans l'œuvre de notre salut. Elle est réellement, j)ar le fait de sa Maternité, coréparatrice, corédemptrice.

Comme il y a en Marie un rapport d'opération avec le Fils de Dieu, il y a un rapport de grâce, de sanctification. Il consiste en ce que Marie est la première de toutes les âmes, que Jésus ait eues en vue, dans l'œuvre de la Rédemption 1. Il est venu en ce monde, il a souffert, il a prié, il a versé son sang, bien plus pour elle que pour tout le reste du monde. Elle a été le centre et l'objet de ses opérations sanctifiantes; c'est principalement pour elle qu'il a envoyé son Esprit; c'est principalement en

* On pourrait se demander comment Marie peut être à la fois corédemptrice et raclietée. Le fait d'Eve, notre première mère, nous éclaire sur ce point. Elle est coopératrice de notre perte ; c'est bien évident ; et elle a été perdue par Adam ; c'est le péché d'Adam, et non pas celui d'Eve, qui a fait déchoir la première femme de l'ordre surnaturel. Donc, coopératrice d'Adam pour notre ruine, Eve est perdue par Adam. Eh bien ! de même, Marie a été coopératrice de Jésus-Christ pour notre salut, et en même temps sauvée par Jésus-Cheist.

elle qu'il voit et qu'il aime son Église. Ce que nous affirmons ici, est le résumé d'une multitude de témoignages des saints Pères et l'enseignement même de l'Eglise i.

Il y a aussi, en Marie, un rapport d'opération et un rapport de grâce et de sanctification avec le Saint-Esprit. Nous avons appris de saint Ambroise que l'Esprit-Saint est l'auteur de l'Incarnation 2. Maeie lui donne, avec une humble obéissance, mais dans la plénitude de sa liberté, ce qui est la substiince nécessaire de la divine Incarnation, son sang, sa chair immaculée. On peut dire que c'est ensemble, et d'un commun accord, que l'Esprit d'amour et l'humble Vierge font cette Œuvre. Par conséquent, le nom de coopératrice du Saint-Esprit convient d'une manière très spéciale à Marie. On l'appelle souvent du nom d'Épouse; mais ce n'est pas dans la relation de coopération que ce titre lui est donné; car l'Esprit-Saint qui est l'auteur du Mystère, n'est pas le Père de Jésus-Christ, comme Marie en est la Mère. Elle est la très digne Alliée de l'Esprit d'amour, sa ti^ès parfaite Associée, et JÉSUS qui est le Fruit de l'union du Père et de la Vierge, est l'œuvre de la commune opération de la Vierge et de l'Esprit-Saint.

Ce qui fait et consacre Marie Épouse de ce divin Esprit, c'est la relation de grâce et de sanctification. Sous

1 Cfr. Suarez, in III Part. S. Thomœ, âlsput. III, sect. V, ubi refert illud S. Bernardin. Senens.: Plus pro illA redimendâ venit (.Jésus), quàmpro omnibus hominibus (etiam simul sumptis).— Item, disjiutat. XVIII, sect. IV, Qiionani specAali modo B. V. redempta st7.— Omnes nôrunt quantoperè solliciti fuerunt Sacrorum Antistites... profiter!, sanctissimam Dei Genitricem... sublimiorimodo redemptam. — Bulla lueffahilis... Die XIV deceni.,lect. iv.

2 Dubitare non possumus Spiritum Creatorem, quem Dominicœ cognoscimus Incarnationis auctorem.— De Spiritu Sancto, lib. II, cap. v, n. 41. — Patr. lat., t. XVI, col. 751.

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ce rapport, suivant le langage de l'Ecriture, toutes les âmes saintes sont ses Épouses ; il aime à les orner de ses dons et à leur témoigner ses divines tendresses. Mais Marie est l'objet de son plus grand amour. Elle est « sa Bien-Aimée, sa toute- belle, son unique ». Ces expressions si vives et si touchantes, et beaucoup d'autres, qui se lisent au Livre sacré du Cantique des Cantiques, sont très réellement le langage de l'Esprit-Saint envers l'auguste Vierge, et sont attribuées à Marie, dans les offices de l'Eglise et les écrits des Pères, « non pas par une sorte d'application pieuse, mais à la lettre ». Ainsi parle Bossuet 1.

Nous ne disons rien de plus sur un sujet qui est toute une grande et vaste théologie. Saint Jean Damascène affirme que « le seul nom de Mère de Dieu représente et embrasse tout le Mystère de l'Incarnation -. » La gloire et la grâce de Marie, ni les Anges, ni les hommes ne la connaissent ; Dieu seul pourrait nous la révéler. On sent, dans les magnifiques louanges des saints Pères et des saints Docteurs, comme un effort sublime, pour atteindre à la vérité 3 ; mais tous disent avec saint Augustin : Quid nos tantilU, quid actione pusilli, quid in ejus laudihus refe-

1 Ex hoc Cantico, Ecclesia, Patres ac prsesertim S. Ambrosium, eo in argumento copiosissimum, secuta, multa transtulit in Mariam... qnse eo magis Marise cong-ruunt, non tantum accommodalione piâ, sed etiam ad litteram, que inter siiblimissimas ac perfectissinias animas subliinissimaipsa ac perfectissima est. — Bossuet, Canticum canticorum, siimma et conclusio operis.

2 Hoc enim Deiparse nomen omne Incarnationis Mysterium commendat. — De fide orthodoxâ, m, 12. — Patr. graec, t. XCIV, col. 1030.

* Beata virgo secundùm dignitatem et nobilitatis modum fuit nobilissima et dignissima in sumnio. — B. Albert. Magn. Tract, de Lavdlh. B. M. — Cfr. ejusd. B. Doctor. : De XII Frivil. B. F. — Summa aurea, t. VIII, col. 201. — Gratia sanctse Virginis est immensa. — S. Epiphan., In officio diei octavœ Immac. Concept. XV Decemb. lect- ix.

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remus, cùm ets'i omnium nostrum memhra verterentur in linguas, Eam laiidare sufficeret nidlus? Altior enim cœlo est, de quâ loquimur, abysso profundior, cui laudes dicere conamur: Deiun enim, qiiem omnis creatura non capit,ipsa immacuîato utero claustim gestavit i.

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