‹ Prêtre et hostieChapitre 7 sur 56 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Les jours, les semaines, les mois se succèdent ; la prière, l'étude, quelques délassements remplissent le temps. Avec la vie qui paraît au dehors, il y a la vie intime, la vie de rintelligence, des pensées, des souvenirs, des craintes, des espérances, la vie du cœur qui a ses joies, ses peines, ses tentations, sa bonne volonté et ses inconstances, ses moments de ferveur et d'abattement, ses jours pleins de lumière et de vie, d'autres couverts de ténèbres et d'un voile de mort. Il y a tout ce monde intérieur dont on composerait des volumes. « La vie de l'homme est une lutte 1 », une lutte incessante d'éléments très divers, très opposés, et pourtant mêlés, liés à nous, que dis-je ? d'éléments dont l'ensemble c'est nous, c'est notre personnalité : problème quelque fois étrange, grand, presque sublime, d'autres fois très vulgaire, très insignifiant, même assez bas et vil 2.

» Job VII, 1.

* Bossuet a dit : « L'homme est un grand abîme, dans lequel on ne connaît rien ; ou plutôt, l'homme e.st un grand prodige et un amas confus de choses contraires et mal assorties. » — 11^ Sermon pour le VewJredi Saint, second point, au commencement.

Mais tout cela, ô mystère ! peut être pénétré ou transformé par la grâce divine, et ce qu'il y a en nous de plus commun, ou de plus dangereux peut devenir, par le sacrifice qu'on en fait, ou par la destination qu'on lui donne, un principe de vie éternelle. Que Jésus en se faisant homme et en devant l'un de nous, en tout semblable à nous, sauf en ce qui est péché i, a été condescendant et miséricordieux pour notre basse et misérable nature ! Nous ne savons peut-être pas assez tout ce qu'il y a de consolation, de lumière et de force, dans cette ravissante parole : « Le Fils de Dieu est l'un de nous. »

Peu à peu, par ce que ses lectures plus sérieuses lui font entrevoir, par ce que ses examens de conscience lui révèlent de lui-même, et surtout par la lumière que répand dans son âme la Direction de l'homme de Dieu qui en a la garde, le jeune Séminariste est initié à la science de ce fond mystérieux qui est la personnalité humaine; mais ce qu'il arrive à comprendre toujours mieux^ c'est que « Jésus-Christ est tout » et « qu'il faut tout ramener à Jésus-Christ, dit saint Augustin, pour tenir le chemin d'une saine intelligence de toute chose 2. »

Une cérémonie se prépare qui lui rappellera de nouveau, mais plus sensiblement encore que l'entrée au Séminaire, le Mystère si beau de l'Incarnation du Fils de Dieu.

Un jour, un conseil a été tenu par le vénérable Supé-

1 Hebr. iv, 15.

^ Totum ad Cliristum revoceniu.s, si volumiis iter rectiie intelligentise teiiere. Citons la suite du texte: Non recedanius a Lapide ang-ulari, ne intellectus iioster ruiuam faciat ; in illo solidetur, qiiod instabili niotu nutabat ; in illo inc-mnbat, qvxod per incerta pendebat. Qiiidqiiid dubitationis habet homo in aniino, auditis Scripturis Dei, à Christo non recédât. Ciim ei fuerit, in illis verbis, Christus revelatus, intelligat se inteliexisse ; antequàin autem perveniat ad Cliristi intellectum, non se prœsumat inteliexisse. — Enarrat. in Psalm. - In Psalm. xcvi, n. 2. — Patr. lat., t. XXXVII, col. 1237.

rieur du Séminaire et par les Directeurs; et il a été décidé que notre jeuue Séminariste serait appelé à la «première Tonsure ». Un des Directeurs lui a ensuite porté cette heureuse nouvelle. Il s'est hâté alors d'aller soumettre à son Directeur particulier cette première démarche dans le sanctuaire de Dieu. Le Directeur savait bien d'avance la réponse qu'il donnerait ; et il n'y a que reconnaissance et joie dans l'Enfant de l'Egiise que Dieu va commencer à marquer de son sceau; il sera tonsuré à l'Ordination prochaine, quand d'autres seront Prêtres, Diacres, Sous- Diacres, Minorés i.

Qu'est-ce que la cérémonie de la Tonsure ?

Elle consiste dans les rites suivants : Celui que l'Evêque a élu « pour être fait Clerc 2 », s'avance vers le Sanctuaire, vêtu de la soutane, et portant un surplis sur son brfis gauche et dans la main droite un cierge. L'Evêque est assis devcint l'autel, portant la mître sur la tête. Quand le Clerc s'est agenouillé, l'Evêque se lève et invite l'assistance à la prière. Après, durant le chant du Psaume XVe : Conserva me, Doniine, il coupe la chevelure du nouveau Clerc en forme de croix. Ensuite le Psaume XXIIIe : Domini est ferra est chanté; il est suivi d'une oraison, après laquelle l'Evêque fait l'imposition dusurplis,disant : Induat te Dominus novum hominem, qui secundum Deuni creatus est injustitiâ et sanctitate verifatis.JJne dernière oraison et enfin l'allocution de l'Evêque terminent la cérémonie.

Or, si nos pensées ne nous trompent pas, il nous semble voir, dans cette initiation au Sacerdoce, de grands et beaux

' Nous parlons ainsi, parce que c'est ce qui arrive, surtout dans les Grands- Séminaires qui ne sont pas nomlireux. Mais la cérémonie de la tonsure peut avoir lieu, eu tout temps de l'aimée, à toute heure et en tout lieu. Clericus fier!, potest etiani extra Mifuanim solemnia, quocumque die, horû et loco. Pontif. Kom.

* De CJerico faciemJo porte k- Pontifical Romain.

mystères. Qu'il y ait des mystères sublimes dans les plu» simples cérémonies de l'Église, nous le savons par l'enseignement des plus graves liturgistes i. Mais ce que sont ces mystères, ils ne l'ont pas toujours indiqué. Nous ignorons si ce qui suit, a été dit. C'est probable, si l'interprétation est bonne ; mais, parce que nous l'ignorons, nous avons dit : Si nos pensées ne nous trompent pas.

L'Evêque, portant la mître sur la tête, est assis devant l'autel ; que représente l'Evêque ? L'élu de l'Evêque arrive portant le vêtement noir des Clercs, avec le surplis et le cierge : que rappelle cet élu? Les cheveux tombent: que signifie ce retranchement ? Le surplis est imposé au nouveau Clerc : quel est le sens de cette vêture ?

L'Evêque se montre ici ce qu'il est dans l'Eglise. Or, dans l'Église, « l'Evêque est l'image du Père. » C'est l'expression même de saint Ignace, martyr : Episcopus typus est Dei Patris^. Il est l'image du Père, parce que de même que le Père donne son Verbe au monde, l'Evêque a seul le droit de dire la parole de Dieu à l'Église, pour l'instruire et pour l'enseigner. Il l'est, parce que de même que le Père est le Principe de tout ce qu'il y a dans le Fils^ et, notamment, le Principe de son Sacerdoce ; de même l'Evêque a, le premier, le devoir de baptiser, ce qui est donner la vie dans l'Église, et il est seul dans l'Église la source du Sacerdoce.il est encore l'image du Père, parce que de même que le Père donne tout au Fils, excepté d'être Père ; ainsi l'Evêque donne tout ce qu'il a du Sacerdoce au Prêtre, excepté d'être Évêque. Il l'est aussi, parce que de même que le Fils (et cette remarque est pareillement de saint Ignace) ne fait rien sans son Père^

* Quîecunique in ecclesiasticis officiis rébus ac ornameiitis consistimt, diviuispleiiasuiit signis atciuemysteriis. — Durand. — Divin, offic. proœniium. 2 Epîst.ad Trallesios, III (ex interpolatis). Patr. grvcc, t. V, col. 779.

■de même le Prêtre ne doit rien faire sans son Evêque. Qtiemadmodum igitur Dominus Jésus Chrisfus niliil facit Mne Pâtre, sic nec nos, nec Preshijter, nec diacomis, sine JSpiscopo 1. C'est pourquoi dans un autre passage que nous avons cité ailleurs, le même saint Ignace appelle le Père « l'Évêque universel ». Consentientes Preshyterl ijjsi Episcopo, non ipsi autem, sed Patri Jesu Christi, omnium Episcopo'^.

Ainsi l'Évêque est l'image du Père, et c'est à ce titre qu'il appelle à laCléricaturelejeuneélèvedu Sanctuairecar la Cléricature est une première initiation au Sacerdoce de Jé.sus-Christ. Nec quisquam sumit sihi Tionorem, ^ed qui vocatur à Deo.

Cela paraît démontré. Ne pourrait-on pas, toutefois, avec une égale justice, dire que l'Evêque représente Notre-Seigneur lui-même, dans la plénitude de son Sacerdoce, telle qu'il l'exerce après sa Résurrection ? Cela peut se dire avec la même exactitude. Seulement, il faut bien se rendre compte de la corrélation des idées. Si, dans le jeune Clerc, on considère celui qui doit être un jour un autre Jésus-Christ, comme c'est le Père qui envoie le Fils et qui le fait son Prêtre, il faut dire que l'Évêque, élisant le jeune Clerc pour cette identité de ministère, est plus sensiblement et plus expressément l'image du Père que du Verbe. Si, au contraire, l'on considère ce jeune élu comme destiné à être ministre de l'Eglise, il est plus vrai de dire que c'est Jésus-Chkist, Souverain Prêtre et Chef de l'Église, qui fait cette élection •^. Mais ici, préoccupé que nous sommes du développement de la

' Epist. ad Ma(j7ieiiio.i, a. 7. — Patr. grœc, t. V, col. CG5. — Et encore, ad JSmi/rn., n. 8 : Omnes Episcopum sequimini, ut Jésus Christus Patvem. — col. 714.

^ Eplstol. ad Magnes, n. o. — Patr. grœc, t. V, col. G65.

•^ Cfr. M. Olit'r, Traité des Saints Ordres, II® partie, cliap. i, vers la fin'.

grâce Sacerdotale, qui aboutit à l'oblation du Sacrifice,, oblation dans laquelle Jésus-Christ et son Prêtre ne font qu'un, nous voyons dans le choix de l'Evêque un acte du Père, parce qu'il a pour objet de produire et de créer un autre Jésus-Christ, ou plutôt Jésus-Christ lui-même,. Aâvant dans le Ministre de sa Sacrifîcature.

C'est, en effet, Jésus-Christ même que nous voyons dans cet enfant, qui s'avance, couvert d'un vêtement noir, vers le Sanctuaire. Mais comment représente-t-il Jésus- Christ ? Il porte un vêtement nouveau ; c'est par anticipation qu'il le porte ; c'est avec le gré de l'Evêque, qu'il le porte. C'est comme la vêture ecclésiastique faite à demi ; elle s'achèvera par l'imposition du surplis. Comment cet humble élu, qui s'avance avec ce vêtement de deuil, représente-t-il le Verbe Incarné?

La réponse n'est pas difficile. Nous n'avons qu'à nous rappeler ce qu'a été l'Incarnation. Est-elle autre chose qu'une mystérieuse vêture? Que dit l'Eglise en plusieurs endroits de la Liturgie? « Quand la jalousie et la ruse du démon eurent corrompu la nature humaine, vou& vîntes, ô divin Ouvrier, réparer tant de mal, en vous revêtant de la Chair comme d'un vêtement i ; et Vous, le bienheureux Créateur de l'univers, vous apparûtes portant comme un vêtement, un corps d'esclave 2.» Le Prophète avait dit à Dieu, parlant de la gloire de sa Divinité :

1 Cùm livor et fraus dsemonis — Fœdasset liumanum genus, — Tu carne amictus perditam. — Formam reformas, Artifex. — Dominicâ m Albis, ad Matulinum.

* Beatu.s auctor sseciili — Servile corpus induit. — In N^ativit. Dominiy ad Matutinum. — Atque ventre Virginali, — Carne amictus prodiit. — Temp.

Posai onis, ad Matutinum. — N'y a-t-il pas cette idée au fond de l'expression dont S. Paul se sert, parlant de l'Incarnation : Habitu inventus ut homo (Philip. II, 7) ? C'est la pensée de S. Augustin, Uh. de diversis qnœst.

LXXXIII, qusest. Lxxin, n. 2. — Voir aussi Corn. Lapierre sur ce passage de S. Paul. - Patr. lat., t. XL, col. 85.

« Vous êtes revêtu d'honneur et d'éclat ; vous êtes revêtu de lumière comme d'un vêtement i. » Tout est changé ; c'est maintenant la chair qui le couvre, et non point une chair glorieuse, comme il conviendrait à sa qualité de Fils de Dieu, mais humiliée et obscure ; une chair destinée à la pauvreté, aux opprobres, aux souffrances et à la mort ; de sorte que, si on se demandait quelle est spirituellement la couleur du vêtement qu'il prend, au jour de sa mystérieuse vêture, il faudrait dire la couleur sombre de la mort 2. Car, en toute vérité, il ne naît que pour mourir, ou plutôt, suivant la belle remarque de saint Grégoire de Nysse, tandis que les autres hommes naissent, et, parce qu'ils naissent, sont condamnés à mourir, lui vient pour mourir ; et, parce qu'il faut naître d'abord pour mourir ensuite, il a une naissance comme les autres hommes s. Il représente donc d'une manière bien sensible et bien touchante le Verbe incarné, au sein de sa Mère, ce jeune Clerc qui s'agenouille devant l'autel, couvert de sa soutane noire. Serait-il singulier de faire quelques autres rapprochements ? Comme la cérémonie de vêture

' Confessionem, et flecorem induisti ; amictns lumine siciit vestimento. — Ps. cm, 2.

2 Sur ce texte : Expedit ut unus moriatur homo pro populo, et non tota gens pereat (Joann. xi, 50), S. liernard dit : Expedit ut unus pro omnibus denigretur, similitudine carnis peccati, et non tota gens nigredine condemnetur peccati. Splendor et figura substantise Dei..., candor lucis feternîe nigrescat in carne, pro carne purgandâ, etc. Agnosco clenigratœ formam natur{)e;agnosco tunicas illaspelliceas, protoplastorum peccantium Iiabitiiin. Denique semetipsum denigravit, formam servi accipiens, in similitudinem liominum factu.s, etc. — In Canfira, Serm. XXVIII, n. 2. — Patr. lat., t. CLXXXIII, col. !)2L

3 Portasse quispiam, cùm mysterium accuratè et exacte didicerit, magis consentanèe dixerit non evenisse mortem (in Christo) proptereà quod natussit (Christus); sed contra, mortis causa, fuisse ab eo acceptam nascendi conditionem. Neque enim ^ternus ille corpoream proptere.à generationem subiit quia vitâ egeret, sed ut à morte nos ad vitam revocaret. — Oratio Catechetica, cap. xxxii. — Patr. grsec, t. XLV, col. 79.

ecclésiastique se passe dans un sanctuaire, n'est-ce pas aussi dans un sanctuaire, mais le plus beau de tous, mais absolument sans pareil, qu'eût lieu la divine vêture du Fils de Dieu ? Quel sanctuaire ? Le sein de Marie.

Ecoutons les Pères : « Le Tabernacle dans lequel notre Prêtre a été élu et consacré, n'est pas tel que quelqu'un ait pu y entrer ou en sortir, si ce n'est le Seigneur luimême. La porte en est scellée, elle est intègre, elle est sans souillure, elle ne fut jamais violée. C'est la main de Dieu qui l'a fermée ; c'estle doigt de Dieu qui l'a scellée. Ce Tabernacle n'a pas été fait par les hommes ; c'est l'Esprit-Saint qui l'a construit ; c'est la vertu du Très- Haut qui le protège ; et ce Tabernacle digne de toutes sortes de louanges, c'est Marie, Mère de Dieu et toujours Vierge. » Ce sont les paroles d'un Père grec du me siècle, saint Denys d'Alexandrie i. Saint Proclus de Constantinople s'écrie : « 0 Sein ! ô Entrailles de la Vierge ! ô Temple auguste, dans lequel Dieu a été fait Prêtre, sans altérer sa nature divine, mais en se revêtant, par un effet de sa miséricorde, de celle qui l'a rendu capable d'être Prêtre selon l'ordre de Melchisédech 2! » Le sein de Marie fut le sanctuaire. Nous pouvons ajouter sans crainte : Le Père présida ce rite sublime. L'Esprit-Saint

^ Nec in Tabernaculum eju.s veruin alius introivit vel exivit, nisi solus Doininits. Et signata est porta ejus, intégra et incorrupta et inviolata; manu enim Dei claiisa est et digito ejus siguata. Neque manu hominis Sacerdos noster consecratus est, aut electus, ueque Tabernaculum ejus ab hominibus fabricatum, seil Spiritu Sancto tbrmatuni est, et virtute Altissimi proteg-itur illud semper laudatissinmm Dei Tabernaculum, Maria Deipara et Virgo. — Epistol. contra Pauluni Saiaosateiiiitu., quœst. v. — Magna Biblioth. Patrum, Colon. Agripp. 1018, t. III, p. 72 et 7H. — Iterùm, qusest. VIII, p. 75.

2 () Uterum !... O Ventrem!... O Templum in quo Deus factus est Sacerdos, non naturam demutans, sed eum qui est secundum ordinera Melchisédech induens, per misericordiam. — Oratio I, De Laiidlb. S. Mariœ, n. 3. — Patr. grsBc, t. LXV, col. G83.

en fut le Ministre, et rien n'empêche que nous appelions de l'humble nom de Clerc, ce Verbe si amoureusement anéanti devant son Père, qu'il proclame lui être tout, et pour la gloire duquel il est universellement et à jamais consacré. « Le Clerc, dit saint Jérôme, s'appelle de ce nom, ou bien parce qu'il est la part de Dieu, ou bien parce que Dieu est sa part ; et celui qui est la part de Dieu, et de qui Dieu est la part, doit se conduire en toutes choses comme possédant Dieu, ou comme possédé de Dieu i. » Or, qui est la part de Dieu, et qui est possédé de Dieu, comme l'humble Victime qui s'offre au sein de Marie ? et pour qui Dieu est-il la part, et l'unique possession, comme pour le Verbe incarné ? Il est donc vrai de dire que Jésus, revêtu de notre humanité, comme du vêtement obscur et sombre qu'il portera jusque dans la mort, parce qu'il annonce sa mort, est notre Clerc par excellence, modèle, type, principe de grâce et de vie, pour tous les Clercs qui viendront après lui, dans l'Église, se présenter, couverts de la sainte soutane, pour la Tonsure cléricale -.

La cérémonie est à peine commencée. Le jeune Clerc est à genoux devant l'Évêque ; l'Évêque se lève, et dit : Oremus, fratre^ charissimi, Dominiim Nostrum Jesum Christum,pro his famulis suis, qui ad deponendum comas

* Cité ci-devant, chap.ii. — CtV. S. Ambros. De Caiii et Ahel, lib. II, cap. ni, n. 11. — Patr. lat., t. XIV, col. 345. — Item eumdem S. Doct. in Psalm. cxviii, Serm. III. n. 26. — Patr., t. XV, col. 1238.

- Nous n'avons pas la pensée de faire le commentaire de tout le Pontifical; ce serait dépasser de beaucoup les limites du plan que nous nous sommes tracé. On ne tardera pas de s'apercevoir de la vue générale qui nous occupe. Les diverses manières d'intex'préter ces détails de la sainte Cérémonie de la Tonsure, et de toutes cérémonies de l'Ég-lise, sont bonnes et utiles. Pour nous, nous avons pensé que, principalement quand il s'agit des rits sacrés des ordinations, il est à propos d'appliquer la parole de S. Ambroise: Omnia habemus in Cliristo... et omnia C'Iu'istus est nohin. — De virijinitate. Lib. unus, cap. xvi, n. i)9. — Patr. lat, t. XVI, col. 2ftl.

capitum suorum pro ejus amore festinant, ut donet eifiSjnrifum Sancfum, qui habitnm religionîs in eis in pevpefuum conservef, etc. Prions, mes très chers frères, Notre-Seigneiir Jésus-Christ pour ses serviteurs qui sont ici, pressés de sacrifier pour son amour leur chevelure ; et supplions-le de leur donner l' Esprit-Saint qui conserve toujours en eux l'habit de la Religion. » Quelles touchantes paroles! « Ils ont la sainte soutane, habit sacré de la Religion, vêtement vénérable qui va les faire religieux de Dieu ; mais prions Notre-Seigneur, qu'il lui plaise de conserver toujours en eux ce vêtement si saint. Car, voilà qu'ils sont empressés, pour l' amour de Jésus-Christ, de faire le sacrifice de leur chevelure !... » Et l'Evêque coupe les cheveux des jeunes Clercs à cinq endroits de la tête : sur le front, sur la partie de derrière, de chaque côté près des oreilles et au sommet de la tête. Durant ce temps, le chœur chante le Psaume: Conserva me, Domine ; et à mesure que les cheveux tombent, le nouveau Clerc dit : Domimis pars hœreditatis meœ, et calicis mei ; tu es qui restitues liœreditatem meani mihi.

Quelle est la signification spirituelle de ce retranchement des cheveux, et du rit et des paroles qui l'accompagnent ?

Saint Augustin a dit : « Les cheveux figurent le superflu des choses temporelles. A la vérité, ils n'ont pas été faits inutilement par Dieu, dans le corps humain ; ils lui servent d'un certain ornement. Cependant, comme on les coupe sans qu'on le sente, ceux qui sont unis de cœur avec Dieu regardent les biens terrestres comme d'aussi peu de valeur que les cheveux i. »

1 Capilli superflua rerum temporalium sig-niticant. Qui quidem capillinon superflue facti sunt à Deo iu corpore homiuuui, sed ad aliquod ornamentum. Tamen, quia sine sensu prœciduntur, illi qui hœrent in corde Domiuo, sic

Tous les auteurs ont remarqué que c'est en forme de croix, que l'Evêque fait le dépouillement de la chevelure. Ce rit particulier est certainement significatif. Quelques auteurs se sont attachés à expliquer pourquoi les cheveux sont coupés sur le front, par derrière, aux oreilles i. Hugues de saint Victor, que Bossuet appelle « un des plus grands théologiens et des plus sublimes contemplatifs du xiie siècle - », a dit du retranchement des cheveux qui se fait au sommet de la tête : Summifafem capitis radimus, iit mentem ad siiperna contemplanda et desideranda lïberam esse doceamur 3.

Ces vues sont belles, et il faudra nous en souvenir. Mais désireux, présentement, d'aller toujours à Celui qui soutient et la réalité et les figures, Notre-Seigneur Jésus- Christ, nous ramenons tout à lui, selon la recommandation de saint Augustin : Totum ad Christum revocemus, si volumus îter rectœ infelligenfiœ tenere *. L'entrée du Séminariste couvert de la soutane nous a rappelé le Mystère de l'Incarnation. C'est toujours le même Mystère qui nous apparaît dans la suite de la cérémonie. Qui est celui, à qui le superflu de tout ce qui est du temps a été enlevé, sinon Notre-Seigneur Jésus-Christ ? Et vraiment est-il exact de dire, qu'il n'a été privé que du superflu ? Dès qu'il paraît au monde, dans quel état se montrè-t-il ? N'est-ce pas l'état du plus extrême et du plus universel dénûment? C'est la misère abjecte et souffrante ; et c'est pour toujours : la pauvreté est un des grands caractères

liabent ista lerrena tanqnam capillos. — Enarrat. in Psahn. — In Psalm. Li, n. 9. — Patr. lat., t. XXXVI, col. 605.

1 Cfr. Instructions Ecclésiastiques, de M. de Lantages. — Titre II. De la. sainte Tonsure.

2 Bcssuet, Instructions sur les états d'oraison, additions, viii.

3 De Sacramentis, Part. III, cap. i. — Patr. lat., t. CLXXVI, col. 4-2L * Cité au commencement de ce chapitre.

de rincariiation. L'Enfant de Bethléem est pauvre, pauvre à l'excès; l'adolescent de Nazareth est pauvre à l'excès. Parce qu'il était pauvre, « il a été dans les travaux dès sa jeunesse i » ; et quels travaux! Nous l'avons dit et adoré ailleurs. Le Dieu de la Vie publique dira : « Les renards ont leurs tanières, et les oiseaux du ciel leurs nids; mais le Fils de l'homme n'a pas où reposer sa tête 2.» Cela ne s'était jamais vu. Quel retranchement! Est-ce seulement le superflu? n'est-ce pas aussi le nécessaire qui lui manque ? Et ne faut-il pas dire que tout fut retranché de cette vie du Verbe, Prêtre et Victime : la gloire, la considération, la liberté, le repos après les travaux les plus pénibles, la reconnaissance des hommes après tant de peines endurées pour eux. Comme si Jésus avait été à genoux aux pieds du Père, portant avec humilité et confusion le vêtement noir de sa chair couverte des péchés des hommes, et comme si le Père avait voulu absolument le réduire, ce Fils nécessairement « riche », à être de toute manière « pauvre, pour nous enrichir 3 » ; rien ne fut épargné ; le dépouillement fut complet 4.

1 Psalm. LxxxviT, 16.

2 Matth. VIII, 20.

3 II Cor. VIII, 9.

* S. Augustin, à qui rien n'échappe de ce qui est occasion de parler de Notre-Seigneur et de ses Mystères, remarque que plusieurs psaumes portent cette inscription : « Pour la fin, pour les fils de Coré » ; et il dit : « Pour la fin ». Qui est cette fin ? c'est le Christ; car S. Paul a écrit: « La fin de la loi, c'est le Christ (Rom. x, 4). » Or, qui sont les fils de Coré ? C'est nous, ce sont tous les chrétiens. Comment, nous qui sommes les fils de l'Epoux, sommes-nous les fils de Coré ? C'est parce que Coré, c'est encore le Christ. Comment le Christ est-il Coré? C'est parce que Coré signifie tête dénudée {commemoro .-os scientes Core interpretari calvitium vel calvariam). C'est pourquoi le Christ a été crucifié au lieu appelé Calvaire. » — Et le grand Docteur est bien loin de soupçonner, dans cette interprétation, quoi que ce «oit de singulier ou de simplement ingénieux ; il déclare qu'il s'agit au contraire d'un mystère profdtid : Nos arcam sacramenli scrutemur, ut nomen hoc (Core) Mysterlum quo f/ravidum est, i^arlat : Magni enlm Sacramenti

Que le jeune Clerc ait l'intention d'honorer ce Mystère de la conduite de Dieu le Père sur son Fils, notre Prêtre et notre Victime, au moment où, ageneuillé devant l'Evêque, ses cheveux tombent sous les ciseaux liturgiques ; et qu'il sache qu'il ne peut dire en vérité le Do mi nus pars hœreditatis meœ, qu'à la condition de préférer à tous les biens du monde l'indigence et la pauvreté de Jésus- Christ.

Mais nous avons eu soin de remarquer que le retranchement est fait en forme de croix par l'Évêque. Qu'estce à dire ? L'Évêque nous apprend que la Croix est le principe, la raison d'être et la forme de tous les Mystères de Jésus-Christ. La Croix les fait ce qu'ils sont. C'est parce que Jésus devait être crucifié, qu'il fut pauvre, privé et dépouillé de tout, dès le commencement. Le caractère qui domine tout, en sa vie, fut donc la Croix. La Croix est donc aussi le caractère dominant de la vie chrétienne. Ecce in crues totum constat, et in moriendo totum jacet 1. Qui doit le savoir et le mettre en pratique comme le Prêtre-? On commence à l'apprendre au jeune Clerc. Mais voici un autre enseignement. Le dépouillement des cheveux qui se fait en forme de croix, devient une couronne. Il y a retranchement, privation, humiliation ; et, quand tout cela est accompli selon le rit de l'Eglise, c'est une couronne, une couronne d'honneur et de gloire, que le Clerc porte sur sa tête. Que veut dire ceci ? Revenons à Notre-Seigneur Jésus-Christ. Etait-il couronné dans le Mystère même de son Incarnation ? Il l'était indubitablement. Le fut-il plus tard d'une manière encore plus so-

res est, ut christ iani appeUentur Filii Core. — Enarrat. in Fsalm.— In Psalm. XLi, n. 2. — In Psalra. xliii, n. 1. — In Psalm. xliv, n. 1. — In Psalm. xlv, n. 1. - Patr. lat., t. XXXVI, col. 514.

' De Imitât. Vhristi, lib. Il, chap. xii, n. 3.

2 Cfr. Liv. II, chap. xxiii: Le Prêtre, toujours Hostie.

lennelle? Il le fut, nous le savons par saint Paul. Mais quelles sont ces deux couronnes, dont l'une apparaît au moment de son Incc'irnation, et l'autre lui fut donnée après sa Passion ? La première est une couronne de Charité, la seconde une couronne de Gloire.

Qui dit couronne, dit signe d'honneur et ornement de triomphe. Or, il est impossible que l'humiliation, la pauvreté, le dénûment, la souffrance, soient des signes d'honneur et des ornements de triomphe. Evidemment, ils ne peuvent l'être par eux-mêmes ; mais si l'humiliation, la privation, la pauvreté, le dénûment, sont librement et généreusement acceptés par charité, est-ce qu'ils ne sont pas un honneur, un triomphe? C'est ce qui est advenu dans le Mystère de l'Incarnation. Jésus-Christ s'est revêtu de notre chair, mais par amour ; il s'est anéanti, mais par amour : il s'est dépouillé, selon la volonté de son Père, il a été pauvre, mais par amour ; plus tard il a porté la croix et il a expiré sur cette croix, mais toujours par amour. C'est pourquoi, il est manifeste que son Incarnation est sa couronne; son anéantissement, sa couronne; sa pauvreté, ses privations, son dénûment universel, sa couronne. Ecoutons ce que dit à ce sujet le continuateur des Discours de saint Bernard, sur le Cantique des Cantiques : « Voyez, dit-il, la chair que le Christ a prise du genre humain. Oh! bienheureuse chair, que le Christ s'est unie, non pour s'y enfermer comme dans une prison, mais pour s'en faire une couronne! C'est assurément à bon droit que l'on dit de ce corps immaculé, qu'il est un diadème, corps de triomphe, corps d'honneur et de gloire. Pour d'autres, l'Incarnation est une honte ; pour nous, l'Incarnation, c'est la couronne du Fils de DiEUi. »

' Videtecaniem, quam humanosumpsit ex génère, triumphantem in ligno. Félix caro, quam sibi Ciiristus, non quasi carcerem, sed quasi coronam

C'est donc la couronne qu'il a portée, tout le temps de son existence, depuis le moment où il dit à son Père : « Vous m'avez donné un corps; c'est pourquoi j'ai dit : Voilà que je viens ! » Couronne faite de son anéantissement, de sa pauvreté, de toutes ses privations, endurés par amour.

Il y en a une autre qui est toute de gloire. Elle vient après toutes les humiliations, les privations et les souffrances ; elle en est comme la récompense. Saint Paul en parle en ces termes : « Voilà que Celui qui a été un peu inférieur aux Anges, nous le voyons, à cause de sa Passion et de sa mort, couronné de gloire et d'honneur. Dieu le Père, par sa bonté, ayant voulu qu'il goûtât pour tous l'amertume de la morti. » Ailleurs, le grand Apôtre avait dit, indiquant la cause et le fait de son triomphe : « Il s'est anéanti, en prenant la forme de l'esclave... Il s'est humilié, en se faisant obéissant jusqu'à la mort, et la mort de la croix. C'est pourquoi, Dieu le Père l'a exalté, et lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom'-. » Notre- Seigneur lui-même n'avait-il pas dit : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît tout cela, et qu'ainsi il entrât dans la gloire ^ ? »

Il sera doux au jeune Clerc de penser, au moment où ses cheveux tombent sous les ciseaux de l'Evêque, que le dépouillement, la pauvreté, les privations que cette céré-

assnmpsit, qiine fuit ornameuto, non oneri... Benè quasi diadema accipitur corpus iiiuiiaculatum, corpus triuniplii, corpus liouoris et gloriie... Corona nobis est liicarnatio, quam vos putatis contumeliam. — Iii Cantica, Serm. XX, n. 6. - Patr. lat., t. CLXXXIV, col. 105-106.

1 Eum autem, qui modico quàm Angeli minoratus est, videmiis .Jesum, propter passioneui mortis, g-loriâ et honore coronatum : ut, gratiâ Dei, pro omuil)us g-ustaret mortem. — Hebr. ii, 9.

- Semetipsumexinanivit..IIumiliavit semetipsuni... Propter quod etDeus, etc. - Pliilipp. II, 7, 8, 9.

•' Nonne htpc oportuit i)ati Clu-istiun, et itàintrare in gloriam suam ? — Luc. XXIV, 20.

monie signifie, sont déjà, maintenant, dans notre vie d'exil^ une couronne, à cause de l'amour de Jésus-Christ qui nous fait endurer toutes ces afflictions. Oli! que cette pensée est consolante et belle ! Dans la vie, pour un Prêtre fervent, toutes sortes de croix abondent. Or, toute humiliation est une couronne : la pauvreté, une couronne ; la contradiction, une couronne; la souffrance du corps, du cœur, de l'esprit, une couronne. La tonsure qu'il porte en est le symbole. Que ce symbole lui soit cher, qu'il le respecte, qu'il l'honore ! L'amour voudrait peut-être se contenter de la couronne mystérieuse des épreuves de la vie présente. Une grande âme a dit : « Toujours souffrir et non mourir i ! » Mais le Seigneur a résolu d'être luimême au ciel « notre couronne de gloire et notre diadème de joie 2. » C'est ce que doit espérer le Clerc fidèle, qui aura dit sincèrement, tandis que ses cheveux tombaient : Dominus pars hœredifafis meœ, et calicis mei ; tu es qui restitues hœr éditât em meam 7nihl 3.

Après la cérémonie du retranchement des cheveux, suit celle de l'imposition du surplis. L'Evêque couvre entièrement de son surplis le jeune Clerc, et dit : Induat te TJominus novum Jiomhiem, qui secundum Deum creatus est in justitiâ et sanctitate veritatis. Ces paroles sont de saint

1 Universis cœli deliciis, quibiis copiosè affluebat, lieroic<â virlute renuntians, illud fréquenter in ore habebat : Pati, non mori. — S. Magdal. de Pazzis. — Brev, Rom. xxvii maii, ad Matutin. lect. vi.

2 In illâ die erit Dominus exercitunm corona glorise, et sertum exultationis. — Isaiaî xxviii, 5.

3 S. Germain de Constantinople rapporte la tradition suivante, sans en indiquer la source: «Quand S. Pierre fut envoyé par le Sauveur, pour annoncer l'avènement du Messie aux bourgades de la Palestine, les Juifs, incrédules à sa prédication, se saisirent de sa personne, et par dérision lui coupèrent les cheveux en rond sur le haut de la tête. Au retour de cette première mission, le Christ bénit son Apôtre, et cette bénédiction changea en une couronne de gloire, plus précieuse que l'or et les perles, la couronne d'ignominie infligée à S. Pierre. » — Petits Bollandistes. Vie de S. Aniceti pape et martijr, 17 avril. — (t. IV, p. 455.)

Paul 1. Quel est l'homme nouveau dont le jeune Clerc doit être revêtu? C'est Jésus-Christ. «Il n'y a dans toute l'histoire que deux hommes, dit saint Augustin, Adam et Jésus-Christ. Totum genus huma nu m quodam modo siint homines duo, 2J>'i'>ii(-'< et secundus, Adam scUlcet et Christus Jésus -. » C'est aussi ce que saint Paul insinue 3.

Adam est le premier. Il nous donne la vie de la chair, qui n'a que des inclinations terrestres; c'est pourquoi, en vertu de sa génération, nous sommes charnels et terrestres. Jésus-Christ est le second. Il vient après pour réparer un si grand mal; il nous donne la vie de l'esprit qui n'a que des inclinations célestes; et en vertu de la grâce de cette vie, nous sommes spirituels et nous avons des inclinations célestes ^. La communication de l'une et de l'autre vie a été tellement abondante, qu'elle est considérée comme nous couvrant, nous enveloppant, à la manière d'un vêtement. Elle est au dedans, mais elle déborde au dehors, et nous sommes comme vêtus de chacune de ces deux vies. C'est poin^quoi, saint Paul dit expressément : « Dépouillez le vieil homme, suivant lequel vous avez vécu une première vie, qui se corrompt, en suivant les passions pleines d'erreurs^. Dépouillez le vieil homme avec ses œuvres; et revêtez-vous du nouveau, qui se renouvelle sans cesse, par une connaissance plus parfaite

' Eplies. IV, -24.

■'' Lih. Sentent iarif m ex ojjcrihiis S. Augutstiu/'., auct. S. Prospero Aquitano. - Sent. CCCI (aliàs 299). - Patr. lat., t. LI, col. 473. - Cfr. ejud. S. August. 02}ns impevfectiini rontrà JuUanum, lib. VI, n. 7. — Patr. lat., t. XLV, col. \ôl-2.

3 I Cor. XV, 21, 22, 47, 49.

* Primus homo de terra tcrreuiis, secuudu.s liomo de cœlo cœlesti.s. Quali.s terrenus, laies et terreni ; et qualis cœlestis, taies et cœlestes. Igitiir, sicut portavimiis iniagiiiein terreni, portemus et iniaginem cœlestis. — I Cor. XV, 47-49.

•' Deponere vos, .secnnduni pristinain couversationem, veterem hominem, qui corhuupitur secniiduiii desideria erroris. — Eplies. iv, 22.

de Jésus-Christ, selon l'image de Dikit qui l'a créé i. » II y a donc eu, au sein de nos mères, comme une première vêture, une vêture de chair ; et c'est là notre ignominie. Notre âme sortie des mains de Dieu, mais revêtue de chair, est couverte d'opprobres, parce qu'elle est couverte de la honte du péché originel, et disposée à toute sorte de péchés actuels. C'est cette vêture première qu'il faut réprouver. C'est la vêture nouvelle, qui a lieu au sein de l'Église, que nous voulons faire avec une sainte joie. Il est vrai que tout chrétien fait cette vêture par le Baptême. Sairt Paul l'affirme : « Quiconque parmi vous a été baptisé en Jésus-Christ, a revêtu Jésus-Christ 2. » Mais le simple chrétien n'en porte pas extérieurement le signe et le témoignage authentiques. Son vêtement séculier est même, en quelque sorte, la marque de la honte de sa première naissance. C'est pourquoi l'Evêque dit, en parlant de ce vêtement : « qu'il est un signe d'ignominie 3. » Le Clerc, au contraire, revêtu intérieurement de Jésus- Christ, en porte au dehors la preuve manifeste, le surplis, qui ne parle que d'innocence de vie, de pureté de vues, d'élévation de cœur, de mouvement et d'ascension d'amour vers Dieu. Le Clerc est revêtu du saint surplis au même titre qu'il est revêtu de la sainte soutane. Sa vêture est déjà une sorte de profession. Il déclare, en ne paraissant jamais au milieu du monde, qu'avec son vêtement noir, et dans les assemblées des fidèles, à l'Eglise, qu'avec son vêtement blanc, qu'il est un autre JÉsus-

' Expoliantes vos vetereni hominem ciiin actibns suis, et induentes novnm, <'iiin qui renovatur in agnitioneni, secunduni iuiag'iuein ejns qui creavit illum. — Coloss. III, 9, 10.

^ Quicunique eniin in Christo baptizati e.stis, Christum induistis. — Galat. 111,27.

^ Pontif. Rom. De faciendo Clerlco : Oninipotens sempiterne Deus... ab oinni servitute sieculaiis habitûs lios famulos tuos einunda ; ut dùm igno- Tuiniam sœcularis habitûs deponunt, etc.

Christ x mort, une seule fois, une fois décisive, pour la ruine du péché, mais vivant etn'ayant de vie que pour Dieu i. » Le Clerc porte le vêtement ecclésiastique, et c'est le témoignage de la sainteté de sa vie en Jésus- Christ ; mais il le porte, en présence du monde et de l'Eglise, pour être la condamnation du monde et la joie de l'Église.

Mais cette considération mérite quelque développement. Nous en ferons le sujet des chapitres qui vont suivre.

La touchante cérémonie s'achève par ces graves paroles de l'Evêque : Filii charissimi, an'imadveriere dehetis, quod liodie de foro Ecclesiœ facti estls, et pricUegia derlcalia sorfifi estis. Cavefe igifur, ne propfer cidpas vesfras illa perdafis ; et hahitu honesto, honisqiie morihus, atque operïhîis, Deo placere stiideath. Quod ijj.se cohis concédât per Spiritum Sanctum suum.

' Quod eiiim mortmis est peoeato, mortuiis est semel : quod autem vivit, vivit Deo. — Rom. vi. 10.

Page 1