CHAPITRE VII
LE SAINT VÊTEMENT DES CLERCS — DISPOSITIONS SUKNATl' BELLES qu'il RECOMMANDE — I LA PÉNITENCE
Nous avons vu précédemment que, dans la pensée de l'Eglise, le vêtement des Clercs a une signification très réelle et toute pleine d'utiles enseignements. Nous avons cité Durand de Mende. Saint Thomas parle comme lui. « Les vêtements qui servent aux Ministres de l'autel, dit l'Ange de l'école, désignent les aptitudes et les qualités qui sont requises en eux pour traiter les choses divines 1. » Hugues de Saint Victor exprime une pensée semblable : « Ces vêtements, ces ornements divers sont comme de mystérieuses pages d'écriture, où les clercs doivent lire quelles sont les vertus qui leur sont nécessaires 2. »
Rien de plus clair. Mais relativement à la soutane et au surplis, quelle peut être la signification spéciale qui leur est propre? Il nous convient de faire cette recherche,
' Vestes miiiistroruni desig-naut idoueitateiu qua- in eis re(iniritur ad tractaiidum divina. — SiippJeiiieiit.(\ xl, a. 7, c.
'^ Hiec sunt virtntum insignia quibus, tanqnàni scripturis utentes, doeeii-
tiir qnales esse delieaut. — Hugo à S. Vict. Seriitoiies, Serni. XIV. — Patr.
t. CLXXVII, col. 9-27-9-28.
'at.,
cette étude. Saint Charles Borromée l'exige expressément des jeunes Clercs i.
Or, voici ce que nous lisons d'abord dans saint Denys, l'Aréopagite; son témoignage qui date du premier siècle, a une grande autorité : « La déposition de l'ancien vêtement, dit-il, et la vêture du nouveau proclament le passage d'une vie sainte, mais médiocre, à une vie plus parfaite: de la même manière que, dans la régénération divine (le Baptême ), le changement d'habit indiquait le passage de la vie inférieure qui a besoin d'expiation, à un état plus élevé d'intelligence et de contemplation 2. »
Le saint Docteur nous met sur la voie. Porter un vêtement nouveau, c'est faire profession d'une vie nouvelle. Quelle vie ? La vie surnaturelle du chrétien et du clerc. Comment s'appelle cette vie? Saint Paul répond: Ckristus, vita vestra 3. Nous revenons à ce que nous avons dit au chapitre précédent :1a soutane, le saint surplis, c'est la figure de Jésus-Christ. Porter ce saint costume ecclésiastique, c'est porter Jésus-Christ 4 ; c'est porter JÉsus-
* Nous devons le citer plus loin. — Il serait très utile au jeune clerc de lire, dans les Acfa Ecchsiœ Medi.olanensln, les prescriptions si sérieuses et si sages du grand Archevêque de Milan sur la vie des clercs au Séminaire, leurs études et leurs exercices spirituels. Tout ce que nous trouvons plus tard dans de saints aiiteurs, est là en substance. (Lib. III. De vîtâ et honestate C'iericoruni eormnque sfudiis et spiritnaUhus occupât ionibiis. — et Appendix V: Instifnfio Sejuinarii.) Tout le monde sait que parmi les hommes suscités de Dieu j)our l.a sanctification du clergé, S. Charles est au premier rang.
''' Prioris autem vostis detractio, et alterius assumptio, significat à mediâ sanctâ vitâ ad perfectiorem, traductionem : sicut, in divinâ illâ regeneratione, vestis immutatio declarabat expiatae vitœ ad contemplandi et intelligendi statum, transmigrationem et evectionem. — De Ecclesiast . Hierarchiâ, cap. vi, n. 4. — Pair, grîec, t. III, col. 58.5.
3 Coloss. III, 4.
* Vestis ad houorem et gloriam ])lanè sacrati sanctique generis, Cliristus est. — S. Cyrill. Alexand. De AiJoraf. iii, spiritu et verifate, lib. XI. — Patr. gnec, t. LXVIII, col. 780-7:^.
Christ dans son cœur devant Dieu, c'est le porter dans ses actions devant les hommes : « fardeau délectable, dit saint Bernard, charge délicieuse, merveilleuse dignité, immense honneur ; car, si c'est régner que de servir Jésus- Christ, ajoute le saint Docteur, c'est être comblé de gloire que de le porter i. » Or, qu'est-ce que porter Jésus- Christ comme un vêtement? C'est porter sa volonté sainte, c'est se soumettre à sa grâce, c'est être uniquement sous sa dépendance, de manière à le faire régner et triompher en nous •^. C'est sa vie qui s'impose; ce senties caractères de cette vie qui nous marquent de leur divine empreinte ; c'est ce que Notre-Seigneur a été, que nous avons le bonheur de devenir : de sorte que tout homme qui voit le Clerc de Jésus-Christ, voit Jésus-Christ.
Mais comment la sainte soutane et le béni surplis nous disent-ils cela? Quels sont les caractères de la vie de Jésus-Christ ?
Il y en a deux : l'un qui est la mort, l'autre qui est la vie. Le premier embrasse tout le temps qui s'écoule de l'Incarnation au dernier soupir sur le Calvaire, et même à l'ensevelissement; le second comprend la vie glorieuse depuis la Résurrection jusqu'à l'Éternité. Le premier caractère est appelé mort, parce que Notre-Seigneur ne vivait que pour mourir, et que tout en sa personne était couvert, pour ainsi dire, d'une ombre de mort, à cause de sa pauvreté, de son abjection, de son obscurité, de ses travaux,
' Gloriticate, dilectissimi, et portate intérim Cliristum in corpore vestro, omis delectabile, suave pondus, sarcinam salutarem.. Egregius plané titulus (lif^nitatis, et commendatio lionoris immensi. Nempè cui servire, regnarc est ; gestare liuuc, non onerari est, sed honorari. — S. Bernard. In Psahu. xc. Serm. VII, n. 3 et 4. Patr. lat., t. CLXXXIII, col. •201--202.
- Dicitur induere Christum qui Cliristum imitatur; quia sit-ut homo continetur vestimento, et snb ejus colore videtur, ità in eo qui Christum imitatur, opéra Christi apparent. — S. Thomas, In Epiatol. ad liom. — Cap. xiii, V. 14.
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des contradictions dont il était l'objet, des humiliations et des souffrances qu'il endurait. Le second caractère est appelé vie, parce qu'en effet, « une fois ressuscité, il ne meurt plus i » ; sa vie est sûre, stable, non plus soumise aux vicissitudes du temps, ni aux nécessités de la condition présente ; sa vie n'est plus terrestre, mais toute céleste.
Tels sont les deux grands aspects de la vie de Notre- 8eig-neur ; telle est aussi sa grâce. Jésus-Christ vivant en nous, par la grâce, y opère ces deux effets, y imprime ces deux caractères.
C'est pourquoi, saint Paul nous dit à tous : « Vous êtes morts, et votre vie est cachée en Dieu avec Jésus- Christ 2; » et encore plus explicitement : « Jésus-Christ est mort pour détruire le péché, et il est mort une fois ; mais maintenant il vit, et il vit pour Dieu et en Dieu. C'est pourquoi, pensez et soyez convaincus que vous êtes morts au péché, et que vous êtes vivants pour Dieu et en Dieu, en Notre-Seigneur Jésus-Christ •'. » Toujours la mort en pi'emier lieu, et ensuite la vie, soit dans le Chef, Jésus-Christ, soit dans les membres, nous, qui avons le bonheur d'être ses membres. C'est une doctrine tellement familière au grand Apôtre, qu'il y revient sans cesse : « Notre vieil homme a été crucifié avec Jésus- Christ, dit-il •!; nous tous, qui avons été baptisés en Jésus- Christ, nous avons été baptisés dans sa mort, nous sommes morts avec lui -j ; nous avons même été ensevelis
1 Rom. VI, 9.
- Mortui estis, et vita ve«tra est absfoiidita ciim Christo in Deo. — Coloss. III, 3.
* Quod enim mortuus est peccato, mortuns est semel ; quotl autem vivit, vivit Deo. Ità et vos existimate, vos mortuos quidem esse peccato, viveutes autem Deo, in Christo Jesii Domino Nostro. — Rom. vi, 10, 11.
* Vêtus homo noster simul crucifixus est. — Rom. vi, 6.
* Si commortui sumus, et convivemus. — II Timotli. ii, 11.
avec lui i. » Voilà bien la mort. Voici maintenant la. vie : « Si vous êtes ressuscites avec le Christ, cherchez ce qui est en haut, où le Christ est assis à la droite de son Père ; goûtez ce qui est en haut et non ce qui est sur la terre-. Dieu qui est riche en miséricorde, par un effet de l'amour extrême dont il nous a aimés, alors que nous étions morts par nos péchés, nous a rendu la vie en Jésus-Christ, par la grâ ce duquel nous avons été sauvés ; et il nous a ressuscites avec lui, et il nous a fait asseoir avec lui dans les cieux 3. C'est pourquoi il dit : Levezvous, vous qui dormez, et relevez-vous d'entre les morts, et le Christ vous illuminera •!. »
Rien n'est plus évident. Nous avons à dire nécessairement, dans ce chapitre et dans la suite de ce Livre,, comment nous pouvons pratiquement nous établir d'abord dans la mort, la mort surnaturelle et mystique, et ensuite dans la vie, surnaturelle aussi et mystique. Il nous faut auparavant répondre à la question déjà posée: Comment le saint vêtement ecclésiastique, la soutane et le surplis nous recommandent-ils, l'un la mort, l'autre la vie?
C'est ainsi que les plus saints Auteurs l'ont entendu. Pierre le Vénérable écrivait à saint Bernard : « Pour moi, s'il m'est permis de dire ici ce que je pense, il me semble que les anciens Pères, ces grands et vénérables personnages, ont préféré pour leur vêtement la couleur noire, parce qu'elle est plus convenable à une vie d'humilité, de pénitence et de larmes : ils ont ainsi voulu qu'on appropriât la couleur et les vêtements aux mœurs et aux vertus particulières de la vie, qu'ils avaient em-
1 Consepulti enim .sumns cuni illo per Baptismum in mortem. — Rom. VI, 4. — Coiisepulti ei in Baptismo. — Coloss. ii, 12. - Coloss. III, 1, 2.
3 Ephes. II, 4, 5, 6.
•* Ephes. V, 14.
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brassée!. » Saint Bernard dit à son tour : « Un vêtement noir indique l'humilité de l'esprit 2. » Nous ne pouvons pas ne pas entendre M. Olier :
« La sainte soutane, dit l'homme de Dif,u, est comme un suaire qui nous tient ensevelis, et qui exprime au saint Evêqiie l'état de mort et de sépulture où se trouve le saint clerc qui se présente à lui... La sainte soutane signifie donc, que le clerc est mort au siècle ; et c'est ce qu'il i^roteste, lorsque, en étant revêtu, il dit qu'il ne veut plus que Dieu : Domînus pars hœredlfatis meœ... Ainsi la soutane couvre tout le corps, en témoignage que toute la chair est morte, et que le clerc qui en est revêtu, porte en soi la mort de Jésus-Christ dans tous ses membres. Il faut donc que celui qui est élevé au saint état de la cléricature, fasse voir en sa personne la mort de Jésus- Christ^. » Et, un peu plus loin: « Comme le crucifiement, la mort et la sépulture précèdent la résurrection intérieure, l'Evêque veut voir im entant revêtu de la soutane, comme d'un drap mortuaire qui couvre toute sa chair et qui la tienne ensevelie, avant que de lui donner le surplis ^. »
Il n'y a plus de doute dans notre esprit ; la sainte sou-
' Ut quod seutio fatear, visuiu est, ut inilii videtur, magiiis Patribus illis {// cite l'exemple de S. Martin de Tours) iiigrum hnnc, de quo ag'ilur, colorem magis humilitati, magis pa-nitentise, magis luctui convenii'e ; quibus studiis, qiiià totam monachi vitam maxime invigilare oportet, decreverunt, lit color moribiis, vestes virtutibns, quâ possent cognatione jiingerentur. — Petr. abb. Cluniac. Inter opp. S. Bernard. Eplst. CCXXIX, n. 24. — Patr. lat., t. CLXXXII, col. 40-2.
* Nigra vesti.s insinuât Immilitatem mentis: vile vestimentum denuntiat muiidi contemptum. — De modo hene vicendl, cap, ix, n. 27. — Inter opp. S. Bernardi. — Patr. lat., t. CLXXXIV, col. 1216. — Vestis nigra, dit aussi Siniéoa de Thessalonique, humilitatis et religiosse vitse symbolum est. — Lih. de iSacris ordiiiib. cap. ii. — Ap. Olier, Traité, etc. loco hic proximè citalo.
■■' Traité des Saints Ordres, première partie, cliap. viii, § 1.
* Ihid.
tane nous recommande une vie de mort, c'est-à-dire, pénitente et mortifiée.
Et du surplis, qu'en est-il? Mêmes sentiments des auteurs ecclésiastiques. La sainte Église nous l'a donné, afin de nous déterminer à vivre d'une vie ressuscitée, d'une vie céleste, qui soit toute pureté, chasteté, innocence. « Le surplis, dit Durand de Mende, désigne par sa couleur blanche, la candeur intérieure, la pureté, la chasteté, l'innocence de la vie. C'est pour cela que l'Eglise nous le donne et nous en impose la vêture, avant tout autre vêtement liturgique ; il convient, en effet, que ceux qui sont députés au culte divin, soient remarquables par l'innocence de leur vie et la pratique de toutes les vertus, selon cette parole du psaume : Ceux qui sont innocents et droits, se sont attachés à mon service i. » Le vénérable Auteur du Traité des Saints Ordres dit : « Le surplis représente la vie nouvelle de Jésus-Christ, établie en nous sur la mort du péché; il exprime encore sa Résurrection et sa vie divine, rendue sensible aux enfants de l'Eglise par l'innocence, par la sainteté et par toutes les vertus qui doivent reluire dans les Clercs 2. »
Nous n'avons plus à chercher. Ce qu'exigeait de nous le saint Archevêque de Milan: Quœratur ex singulis {Clericis)... an sacrarum vestium quihus induuntur niysteria et significata noverint?... Qiiid per superpelliceum quo Clerici induuntur dedaretur ?... Nous avons trouvé. Notre sou-
' Superpelliceum..., propter sui candorem, muiulitiam .seu puritatem carnis de.signat..., dénotât imiocentiain; et ideo aiitè onines alias vestes sacras induitur, quia divino cultui deputati, innocentiâ vita; cuuctis virtuti;m actibus superpoUere debeiit, juxtà illud Psalni. : Innocentes et recti adhseserunt mihi. — liafion. Divin. Offic. Lib. III, cap. i, n. 10, 11.
'^ Traité, etc. I® partie, ch. viii, § 2. — Le saint abbé de Cluny, que nous avons cité tout à l'heure, fait remarquer aussi que, dans les Mj'stôres do la Transfiguration et de la Résurrection, Notre-Seigneur et ses Anges portent des vêtements blancs. — Loco cit.
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tane exige de nous une vie pénitente et mortifiée, notre surplis une vie élevée au-dessus des sens, une vie vraiment céleste. « vSoyons donc par notre conduite, dirait saint Bernard, ce que signifie le vêtement que nous portons 1. »
Il nous faut exposer maintenant ce que doit être cette conduite. Mais, parce que la signification symbolique du surplis du nouveau clerc est la même, proportion gardée, que celle de l'aube du sous-diacre, et que nous devons traiter de la vie céleste qui convient à une âme sacerdotale, après avoir assisté à l'ordination du sous-diacre, nous renvoyons à ce moment ce que nous aurions à dire ici du surplis. La soutane seule va donc nous occuper; et nous formulons ainsi notre proposition : Vie du Clerc, vie pénitente et mortifiée.
Voici l'oracle de saint Paul : Qui sunt Christi, carnem ftiiam crucifixerunt cum vitiis et conciipiscentiis -. Qui sunt Christi... « Ceux qui sont du Christ. » Qui est plus du Christ, que le Clerc du Christ ? Qui est plus du Christ, que l'élu, le préféré, le consacré, le bien-aimé du Christ ? Qui est plus du Christ, que celui qui est destiné à être le Christ? Carnem suam crucifixerunt. Quelle expression ! Elle est familière à saint Paul : Vêtus Jiomo noster simul crucifixus est '^. Christ o confiœiis suni cruci^. Mihi mundus crucifixus est, et ego mundo 5. Cum ritiis et concupiscentiis : Cum vitiis, ce sont nos péchés commis. Il s'agit ici
' Nunc ergo moiieo te ut liabitum, quem osteudis specie, impleas opère. Obsecro te ut liabitum orduiis bonis ornes moribus. Sanctus est habitus, sanctus sit animus ; sicut saucta sunt vestimenta, sic opéra tua sint sancta. — De modo henè vtveadi, cap. ix, n. 27. — Inter opp. S. Doctor. — Patr. iat., t. CLXXXIV, coi. 1-21G.
2 Galat. V, 24.
^ Rom. VI, 6.
i GaUl. II, 1<).
5 Galat. VI, 14.
de l'exercice de la pénitence qui a pour fin l'expiation du péché commis. Ciim concupiscentiis : les concupiscences sont nos inclinations au péché. Crucifier sa chair avec ses concupiscences, c'est donc s'exercer à la mortification qui a pour but de détruire en nous ce qui est racine du péché. C'est ainsi que saint Thomas entend ce texte: Qnl .nuit Chrisfi, carnem stiam crucifîxerunt, id est, Christo crucifîxo se confornicweriint, affligendo carnem suam, cum vitiis et concupiscentils : cum vitlis, id est, cum peccatis ; et concupiscentîis, id est, passionilms, quihus anima inclinatur ad peccandîim. Non enim henè crucifigit carnem, qui passionihus locum non aufert i.
Parlons donc séparément de la pénitence et de la mortification.
I. — La Pénitence. — Ce qu'exige le Sacrement nous révèle en quoi consiste essentiellement la vertu. Deux éléments la constituent : la haine du j^éché et la satisfaction pour le péché ~. L'accusation qui est nécessaire au Sacrement, est déjà une véritable satisfaction ; de sorte que nous sommes dans le vrai, en disant, que les principales dispositions qui constituent la vertu de pénitence, sont la haine du péché et la satisfaction pour le péché. Or, voici les pensées, les sentiments, les dispositions surnaturelles, que le jeune Clerc doit se rendre de jdIus en plus habituelles.
Qu'il attache d'abord la plus grande importance à cette disposition humble, profonde, pleine de force et de vie surnaturelle, qui s'appelle la haine du péché. Elle est peut-être une des grâces les plus précieuses ; et, peutêtre aussi, faut-il dire sans hésiter, qu'il n'y a rien, dans
' In Episfol. ad (ialat., lect. VII.
2 Cfr. S. Thom. III, q. lxxxv, a. 1, 3. — Q. xc, a. 1, 2, 3.
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toute la vie spirituelle, de plus propre à donner à l'âme de la vigueur, de la constance dans le bien, dans l'accomplissement du devoir, dans la fidélité aux avances divines, comme cette haine vive et forte, surtout quand elle devient habituelle. Il n'y a aussi rien de plus pratique, puisque, hélas ! nous avons été pécheurs, et que nous le sommes toujours. Sous un certain rapport, elle est véritablement un don du Saint-Esprit ; car elle fait partie de la crainte de Dieu. Elle suppose, quand elle est profondément établie dans une âme, une grande foi, une humble défiance de soi-même, une parfaite prudence dans la conduite de la vie, surtout dans les circonstances difficiles, et en même temps une filiale confiance dans la prière, une remise modeste, mais généreuse, à toutes les conduites de la Providence divine, même les plus crucifiantes.
Il serait difficile de dire tout ce que donne de bien à l'âme cette disposition si absolument pure, si naturellement dégagée de tout alliage humain. C'est la grâce surnaturelle, dans toute sa simplicité et sa vérité. Du reste, si l'on y réfiéchit, on reconnaîtra sans peine que la haine du péché est comme le fonds de l'œuvre de la Rédemption : Ut destruatiif corpus peccati i ; elle a occupé sans cesse l'âme, le cœur du Verbe incarné; c'est elle qui a répandu dans cette âme et ce cœur les plus grandes amertumes. Rien n'a été négligé pour assouvir cette haine implacable. Le Père y a sacrifié son propre Fils ; le Fils s'est livré à toutes les extrémités de l'humiliation et de la souffrance. La mort même, la honteuse mort de Celui qui est la Vie, étant exigée comme une condition nécessaire pour la destruction de ce mal sans pareil, le péché '-*, cette mort a été subie
• Kom. VI, (j.
- Kom. VI, 20. vai, )), 10.
Que le jeune Clerc, destiné à être un même Prêtre et une même Victime avec Jé.sus-Christ, demande par d'instantes prières la g'râce de haïr profondément, souverainement, et comme incessamment le péché, mortel et véniel, en sa propre personne d'abord, et dans sa vie tout entière, dans son enfance, son adolescence, et aussi, considéré en lui-même, en sa difformité essentielle, en sa malice, quelque part qu'il existe. Nous lui conseillons de faire de cette supplication humble, intime, une partie de ses actions de grâces après la sainte Communion et de ses visites au Saint Sacrement et à la Très-Sainte Vierge. Tout chrétien devrait être ambitieux d'une si pure et si sainte grâce; mais il appartient à une âme sacerdotale de la posséder abondamment et fermement. Ce que Jésus a éprouvé, il faut que nous le sentions dans nos cœurs -.Hoc sentite in robis, qnod et in Chri.sfo Jesu i.
Que la haine du péché soit l'objet des prières du pieux Séminariste; mais qu'il seconde la grâce de la prière par de sérieuses méditations. Il faut qu'il arrive à connaître toute la malice (si c'est possible) de ce mal effroyable : ce qu'il est, considéré comme offense de Dieu Créateur, de Dieu Rédempteur, de Dieu Sanctificateur ; ce qu'il est, par rapport à nous, toutes les ruines qu'il fait, tous les périls épouvantables où il nous jette. Il y a plusiellrs sortes de péchés mortels ; il faut qu'il parvienne à en discerner le mal, la difformité spéciale ; il y a le péché véniel envisagé en lui-même et étudié aussi dans ses infinies variétés. Il n'est pas utile qu'il connaisse toutes ces variétés ; mais il faut qu'il obtienne de l'Esprit de vérité, de l'Esprit de JÉsus-Hostie, la grâce admirable de sentir, dans l'intime de son cœur, ce que c'est que blesser les droits, la Sain-
' Pliilipp. II, 5.
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teté, la Justice, l'Amour, le Cœur de Dieu, le Cœur de notre Prêtre, Jésus-Christ. Cette grâce admirable fait essentiellement partie de notre sainteté sacerdotale. Ce n'est probablement que plus tard, qu'elle sera donnée à l'ordinand, à mesure que les saints Ordres se succéderont. S'il est fidèle, il la recevra infailliblement, avant de commencer son ministère ; mais, dès maintenant, qu'il plaise à Dieu de lui communiquer quelque part de ce don céleste, sans lequel la vertu de son Sacerdoce serait extraordinairement amoindrie.
Que ce soit dans cet esprit d'opposition forte au péché, qu'il se prépare à ses confessions et qu'il fasse ses accusations. Pas de scrupule, pas de fatigue de tête; mais pas de routine, pas d'indifférence, pas de lâcheté. Qu'il soit simple, qu'il soit humble, précis, sincère, et que, dans son cœur, il sache bien qu'il est un criminel, que son fonds mauvais a porté autrefois des fruits de mort et de perdition, et qu'il est toujours capable de faire et de multiplier toutes sortes d'iniquités. Qu'il aime à penser aux fins dernières, la mort, le jugement, l'enfer, le purgatoire, le ciel. Qu'il fasse de temps en temps (sauf avis contraire de la part de son Directeur, ) de sérieuses méditations sur ces grandes vérités, trop peu connues, et c'est à dessein que nous insistons sur ce mot : trop peu connues. De mémoire, pour avoir appris dès notre bas âge ce qu'elles sont, nous pourrions en parler ; mais il y a une intelligence intime, profonde, celle que demandait à Dieu le saint Prophète : Confige timoré tiio carnes meas i, que nous n'avons pas, ou pas assez -.
1 Psalni. cxvin, 120.
* « II arrive très rarement ou plutôt jamais, «lisait saint Aug-ustin, que quelqu'un veuille se faire chrétien, à moins d'y avoir été poussé par la crainte de Dieu. » Rarissime quippe accidit, iino vero nunquàm, ut quisquam veniat volens Heri Cliristianus, qui non sit aliquo Dei timoré percuisus. —
De tout ce que nous avons à dire dans la suite de ce ciuipitre, rien n'est comparable à ce que mérite de considération cette grande, forte, toujours persévérante, toujours humble, toujours simple, toujours tranquille, mais toujours implacable haine du péché, surtout en tant qu'il est l'offense de Dieu et de Jésus. Y a-t-il, dans la vie spirituelle et mystique, un état d'âme plus beau que celui d'une contrition habituelle toute pleine d'amour, fruit de l'amour, sauvegarde de l'amour le plus élevé, et messagère de l'amour pour l'exécution des œuvres les plus pures et les plus héroïques ?
Après la haine du péché, la satisfaction pour le péché. La haine du péché, forte, douloureuse et amoureuse, nous porte nécessairement à cette résolution généreuse et constante de satisfaire à la Justice, à la Sainteté et à l'Amour de notre Dieu.
Quelle parole!... et quelle œuvre elle annonce! Satisfaire, donner satisfaction à Dieu !... Etnous sommes tenus de faire cette œuvre si prodigieuse, si sublime!... etnous le pouvons!... Nous le pouvons, non par nous-mêmes, mais en Jésus-Christ, « qui s'est offert pour nous à Dieu comme une Hostie immaculée i ; qui a été fait pour nous, par la volonté de son Père, sagesse, justice et rédemption-; et en qui nous avons, par son sang, notre rédemption, qui est la rémission de nos péchés, selon les richesses de sa grâce qui a surabondé en nous, en toute sagesse et prudence-'. » Si, après le péché, tous les hommes avaient
De Cateclilzandls nidlbas, cap. v, ii. il. - l'atr. lat., t. XL, coL 31G. — Même pensée dans saint Basile: Timor quasi quidam introductorius necessariô ad pietatem condiscendam assumitur. — Jlomil. in Fsalni. xxxii, n. 6. — Patr. Gifec, l. XXIX, col. a:i,s.
1 Hebr. ix, 14.
2 (^ui fae'tus est nobis sapientia ;i Deo, et justitia, et sanctificatio, et redeiuptio. — I Cor. i, 30.
s In quo liabemus red3niptioaeni per sanguinem ejus, remissionem pecca-
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été damnés et livrés à tous les supplices et pour l'éternité, la Justice du Père n'aurait pas été satisfaite : mais son Fils, « le Fils de sa dilection i », est mort pour nous-, et sa Justice a été satisfaite-; pleinement satisfaite, surabondamment satisfaite : ad onines sfricfissimi Jur/s aplces, dit la Théologie.
Or, la satisfaction qu'il a donnée pour nous, est notre bien. Il ne l'a pas donnée, comme un homme riche paie pour un pauvre une somme d'argent à un créancier, de sorte que le pauvre n'en retire rien et ne touche jamais cet argent. Notre Prêtre et notre Victime a donné à son Père la plénitude de sa satisfaction, et cette plénitude nous reste ; elle est à nous 3. C'est là que nous puisons sans cesse, et c'est parce que nous y puisons que nous opérons notre salut. Quand le Prêtre nous donne avec l'absolution une pénitence à faire, il nous offre en réalité la satisfaction de Jésus-Christ, que nous nous appliquons par l'accomplissement de cette pénitence. Le Prêtre nous présente en ce moment la satisfaction de Jésus-Christ ; mais Dieu, sans cesse, nous l'offre aussi, pour que nous en usions. Il nous l'offre, par toute sorte d'événements et les plus communs et les plus vulgaires. Tout ce qui contrarie, humilie, im-
torum, secundum divitias gratise ejus, quse superabundavit in iiobi.s, iu omni sapientiâ et prudentiâ. — Eph. i, 7, 8. — Cfr. Colos.s. i, 14.
1 Coloss. I, 13.
2 l'ius plané roddituni est ju.stitire, quando Christus mortuus est, quàm sit recompensatum, quando homo damnatus est. — Petr. Venerab. Cluiiiacens. — Epistola seu Tractât. Contra Petrohrusianos, contra quartum artic. — Patr. lat., t. CLXXXIX, col. 797.
3 Qnemadmodnm si quis eum qui obolos decem sibi débet, in carcerem conjiciat, née eum solum, sed uxorem, liberos, famulos propter ipsum ; et hic superveniens aliquis non modo decem obolos numeret, sed quùm infinita aun talenta largiatui-, tum verô in aulas regias vinctum illum introducat, etc. Multo enim plui-a liis quje debebamus, dépendit Christus, atque adeo tanto plura quanto mare immensum adpusillam guttaui collatum majus esse possit ; etc. — S. Joann. Chrys. lu Epist. ad Boni. Homil. X, n. '2. — Patr. grœc, t. LX, col. 477.
mole, en toute occurence, un peu de froid, ou de chaleur, une infirmité, une incommodité, la parole d'une personne peu bienveillante, un insuccès, des riens en apparence : tout cela, dans le plan de la Providence de ce Père, qui a voulu que le Sang de son Fils bénisse et sanctifie tout l'univers i, est véritablement instrument de la Rédemption de Jésus-Christ; tout cela se présente à nous, portant sa divine satisfaction 2. Et, en même temps que Dieu nous l'offre de la sorte, nous pouvons par nous-mêmes, par nos œuvres de religion, de mortification ou de charité, nous procurer efficacement les effets de cette même intarissable satisfaction du Verbe incarné 3,
Tout cela est grandement considérable, et nous fait voir la vie présente sous un jour nouv^eau. Comme la condition que Dieu nous a faite est sérieuse ! Quelle importance est celle de notre âme! Nous voilà toujours dans ce milieu adorable qui s'appelle la satisfaction du Fils de Dieu! Il le faut, sous peine de périr éternellement; mais nous acceptons, avec une très grande reconnaissance, cette grave, et sublime, et glorieuse condition.
Que le pieux Séminariste ne l'oublie pas. A son cage, de telles pensées ne s'établissent que lentement dans l'intime de l'âme. Leur sérieux, leur gravité même, sont un obstacle à ce qu'elles deviennent habituelles, quand on jouit encore de toute la vivacité et de toute l'activité delà jeunesse. Mais il est convenable que, peu à peu, « sa vie
' Terra, pontus, astra, mundus — Quo lavantur flumine. — Hijmn. fenij). Pasaionis, ad Landes.
2 Si flagella, quœ pro poecatis à Deo infliguntur, tiant ali^uo mode ipsius patientis, rationem satisfactiouis accipiiiut. Fiuiit autem ipsius, in quantum ea acceptât ad purgationem pet-catorum, eis utens patienter. — S. Thomas. iSiipplem. q. xv, a. 2, c. — Quam doctrinam contirinat Conc. Trid. Sess. XI\', De Fœnitentlû, cap. ix.
3 S. Tliomas. Supplem. q. xv, a. V>. — Conc. Trid. Sess. VI, cap. xiv, et Sess XIV can. xiii-
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-éprouvée soit comme celle des vieillards i. » Dans quelques années, il sera Prêtre, et le mot Prêtre signifie vieillard. Qu'il s'exerce donc, avec paix, sans contrainte d'esprit, avec cette foi « qui est au cœur 2, et dont les actes doivent surtout venir du cœur'^, » à cette maturité de vues et de sentiments, qu'inspirent le don de Dieu et son adorable conduite sur nos âmes.
Après la confession sacramentelle, qu'il fasse toujours l'action de grâces, et que, dans cette action de grâces, il -accomplisse avec une grande religion la pénitence imposée. C'est peut-être ce manque de religion et de reconnaissance, qui est la cause du peu de fruit que portent nos confessions. Qu'il soit donc fidèle. Plus tard, dans le cours de son ministère, il n'aura pas toujours la facilité de cette exactitude à remercier Notre-Seigneur, immédiatement après la réception du Sacrement, et à faire avec un grand silence la pénitence sacramentelle : vrai malheur pour plusieurs. Qu'il prenne, au Séminaire, l'habitude d'un grand respect, d'une grande foi, à l'égard du Sacrement, et d'une profonde religion, dans l'œuvre de satisfaction qu'il offre à Dieu, en observant ce que le confesseur a prescrit.
Qu'il ne considère jamais comme de simples événements subordonnés aux causes secondes, ces accidents de la vie dont nous avons tous à souffrir : les intempéries des saisons, les rigueurs de l'hiver, la fatigue qu'occasionnent les chaleurs de l'été, les désagréments qui s'ensuivent pour la santé, pour les affaires. Qu'il n'y ait rien, pour lui, pour son esprit de foi, d'indifférent ou de singulier, dans
' Quorum prol)at;i vita seuectus sit. — Conc. Trident. Sess. XXIII, De Reformat, cap. xii.
'•* Christum habitare per fidein iu cordibns vestris. — Eplies. m, 17. ^ Corde creditur. — Kom. x, 10.
les dispositions peu favorables des créatures à son égard. Que les défauts même personnels qu'il subit, défaut d'intelligence, de savoir-faire, défaut d'énergie morale, incapacité et par suite infériorité, insuccès; que rien de tout cela ne lui soit un simple résultat de sa condition première, de celle de ses parents, de son tempérament, etc. Mais que tout, au contraire, oui ! tout ce qui abaisse, humilie, fait souffrii* ou seulement contrarie ses goûts, ses vues, ses plans; que tout cela lui apparaisse comme autant de dispositions de la divine Providence, destinées à le marquer du sceau de la Rédemption de Jésus-Christ; car, il n'y a rien dans la création qui n'ait de quelque manière cette fin. La formation du corps mystique est ce travail que Dieu fait sans cesse et que Notre-Seigneur fait aussi i ; et ce travail, c'est d'abord, avec la sanctification de l'âme, cette perfection de satisfaction qui rétablit pleinement en nous l'amitié de Dieu et l'union avec Jésus-Christ 2.
La prière, le jeûne, c'est-à-dire toute œuvre de mortification, l'aumône et les autres exercices de la vie spiri-
1 Pater meus usque modo operatur, et ego operor. — Joann. v, 17. — Cette pensée « que l'unique travail de Dieu, c'est la formation du corps mystique », a fait dire à saint Augustin cette mémorable parole : Quasi propter aliud retardetur hoc sseculum, nisi ut impleatur prœdestinatus numerus ille Sanctorum, quo citius complète, profecto nec terminus sseculi ditleretur. — De Bono Vichdtatis, cap. xxiii, n. 28. — Patr. lat., t. XL, col.
2 Si enim nnius delicto mors regnavit por ununi ; multo magis abundantiam gratifi-, et donationis, et justitise accipientes, etc. — Rom. v, 17. — Non dixit « gratiam » sed « abundantiam gratiae » ; non enim quantum indigel)anius ad peecati interitum, tantnm accepimus modo ex ipsâ gratiâ, .sed et multo aniplius.Nam etliberati sumus supplicio, et vitiositatem omnem deposuiuuis, et de integro regenerati sumus, et resurreximus, sepulto vetere honiine ; et redempti sumus, et sanctiticati, et in adoptionem adducti, et justitieati, et fratres effecti Unigeuiti et colian-edes, et in eamdem corporis unitatem redacti, et in ipsius carnem censemur, atque, ut corpus capiti, sic illi uniti sumus. — S. Joann. Chrysost. In Epist. ad Boni. Homil. X, n. 2. — Patr. graec, t. LX, col. 476, 477.
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tuelle, dit le saint Concile de Trente, sont aussi des œuvres satisfactoires i. Le jeune Clerc ne le perdra pas de vue. La prière, l'oraison, peuvent avoir un caractère affligeant ; qu'il persévère, il expie ; mais la prière, lors même qu'elle est simplement sujDpliante, est par elle-même une expiation. S'il peut s'imposer quelque mortification afflictive, qu'il le fasse avec la permission de son Père spirituel. Serait-il impossible que les élèves des Séminaires adoptassent, dans leur règlement particulier, certaines pratiques de pénitence, qui sont si usitées dans tous les noviciats religieux? Est-ce qu'ils ne sont pas dans un état de perfection, plus élevé que celui des jeunes gens de toutes les maisons monastiques? Sans doute, telle pratique n'est pas nécessaire. Nul ne le conteste. Mais l'esprit, qui fait faire cette pratique, et que cette pratique nourrit, fortifie dans le religieux, est j)lus nécessaire à une âme sacerdotale, qu'à un frère couvers de la Trappe ou à une fervente fille de sainte Claire ou de sainte Thérèse.
L'aumône a aussi la bénédiction de Dieu, pour la satisfaction de nos péchés -. Si le jeune Séminariste a quelques ressources à sa disposition, que d'œuvres qui provoquent et sollicitent sa charité, aujourd'hui surtout! S'il est pauvre, ce qu'il donnera aura plus de valeur encore. Nous avons connu un jeune Séminariste qui trouvait le moyen de gagner quelques sous pour les pauvres, en n'exigeant pas de la personne chargée de blanchir et de plisser les surplis, une certaine perfection que d'autres demandaient, et avaient par conséquent à payer. Un Séminariste , « qui donne de son indigence 3 » aux
1 Sess. VI, cap. xiv.
2 Peccala tua eleeinojsynis redime, et iniquitates tuas misericordiis paiipenim. — Daniel, iv, •24.
* Marc. XII, 44.
pauvres, aux œuvres de zèle et de charité, se prépare de grandes bénédictions, parce qu'il est écrit : Quandiù fecisfis nui ex his frafrihns meis minimis, mih'i fecistls i.
Nous ne dirons rien de plus sur la pratique de la pénitence. Ces indications suffisent. Nous allons, au chapitre suivant, nous entretenir de la vertu de mortification.
1 Matth. XXV, 40.