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respectives, le devoir des docteurs du protestantisme nous semble analogue à celui du prêtre catholique ; il se résume dans l’obligation de combattre tout ce qui peut éloigner de Dieu, de favoriser tout ce qui en rapproche, tout ce qui peut y conduire. Ils n’ont malheureusement point tous compris que la sécularisation des écoles est une pierre d’achoppement pour le christianisme. Nous le déplorons particulièrement. Nous déplorons aussi le ton agressif que beaucoup d’entre eux ont pris à notre égard Nous n’allons point jusqu'à les accuser d’ingérence indue dans la politique.
Nous en aurions pourtant bien
plus qu'eux le droit. En effet, ceux qui, dans leurs églises, se sont rangés du côté du gouvernement, ont dû, pour justifier leur attitude à leurs propres yeux et au regard du public, dépouiller la question, du moins apparemment et par tactique, de son aspect religieux, et la ré-
duire aux proportions d’une
simple controverse politique.
D'où il faut conclure que ceuxci, se débarrassant des scrupules qu’ils voudraient rendre gênants pour les autres, ont, de leur propre aveu, mis le pied sur le terrain politique.
Pour le clergé catholique, au contraire, l'éducation de la Jeunesse touche à des intérêts reli-
gieux de l'ordre le plus élevé, embrassant l'humanité tout entière, son bonheur sur la terre, et son salut éternel. Tels sont les enseignements de son Eglise, et ses convictions intimes. Si, dans ces matières, 1l intervient, il reste dans sa sphère, sur le terrain religieux. Il ne vise ni les hommes n1 les choses politiques.
C’est Dieu, ce sont les âmes dont il a la garde, qui l'intéressent par dessus tout, encore qu'il sache bien que les intérêts matériels des familles, du peuple et de la société, reçoivent, directement et comme par surcroit, une salutaire et puissante impulsion d'üne éducation saturée de la pensée religieuse.
À la différence, donc, du clergé protestant, qui intervient pour des motifs humains, le prêtre catholique n'ose parler que par devoir d'état, pour servir des intérêts religieux, sacrés, comme tout ce qui tient à l’âme.
Dans ces conditions, le moins que nous puissions exiger, c’est qu'on ait la pudeur de ne pas imputer à crime, chez le clergé catholique, une attitude que l’on se permet chez soi avec beaucoup moins de raison.
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Nous réclamons pour tous les clergés, indistinctement, le droit
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d'exprimer leurs opinions sur les |
choses de la politique. Les pré-
tres et les révérends ministres, sont citoyens, comme les laïques ; ils possèdent de l'instruction ; À leur refuser les franchises accor- s | dées au reste de la nation, serait enfreindre les lois du pays comme
celles de la justice et du plus simple bon sens.
Dans l’exercice de leurs droits il leur convient, à cause des responsabilités spéciales qui s’attachent à leur ministère, d’user d’une sage discrétion. Pour sa | part le clergé catholique n’ou- LL Li blie point cette règle. La calomee nie le contestera toujours en vain.
S'il y a des prêtres qui exer-
cent en toute occasion leurs droits civiques, nul ne saurait s'en plaindre, surtout dans un temps où l’on veut rendre universel et obligatoire le suffrage, et les ministres protestants moins que les autres, parce qu'ils sont les plus empressés à user de leurs privilèces en cette matière.
Règle générale, cependant, notre clergé se réserve.
Que les législateurs construisent des ponts ou qu'ils fassent des lois municipales; que les gouvernements subventionnent des chemins de fer, que les partis s'agitent pour ou contre la protection en matière commerciale ; que le pays négocie des traités avec ses voisins, le prêtre n’en
dirærien. De lui-même il bornera son rôle à rappeler géné:
ralement à ses ouailles qu'il est défendu de prendre le bien d'autrui, qu’en tout les lois de la justice et de la morale doivent être observées. La nation pourra même aller plus loin; elle pourra changer son régime politique; le clergé n'exigera pas autre chose—et c’est beaucoup, nous l’admettons—que le respect du drapeau, des traditions, et de la loi de Dieu. Si l'Angleterre possède encore le Canada, elle le doit à la loyauté de nos évêques à deux époques mémorables On devrait le savoir, ou l’apprendre.
Qu'en matière d'éducation méme, l'Etat détermine les condi-
tions matérielles d'existence des districts scolaires et de l’école elle-même ; qu'il charge d’un impôt équitable la population qui profite des avantages de cette école ; qu'il fasse des programmes, qu'il surveille et stimule l’enseignement des sciences profanes : qu’il se rende compte du bon emploi des deniers publics dont il grève son budget pour les fins d'éducation, nonseulement l'Eglise ne lui suscitera pas d’embarras, mais elle l’aidera. Tout le monde est d'accord pour souhaiter une large et intelligente diffusion de l'instruction. Tenant compte des besoins et de la composition de la société moderne, le prêtre et
les parents acceptent, dans l’accomplissement du grand devoir que les préceptes divins et la loi naturelle leur imposent, la coopération de l'Etat.
Ce que l'Eglise ne peut pas consacrer, c’est l’omnipotence de l'Etat sur les consciences.
La conscience suit l'enfant partout, à l’école comme ailleurs.
Il faut donc que le prêtre puisse l’atteindre là, comme dans la fa-
mille, comme à l’église.
L'école, c’est l’église de l’enfant. En éloigner le prêtre, c'est l'empêcher d'exercer son ministère, c’est bannir Dieu de l’enseignement, c’est faire de l’école un lieu d’indifférence d’abord, et d’athéisme bientôt.
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Dès lors que les lois violent la liberté du culte, blessent les droits de la conscience, et les saintes immunités de la religion, le prêtre sort de sa réserve. Il ne se fait point l’agresseur, il repousse l’attaque. Dieu lui a confié la garde des vérités religieuses ; il est tenu de les protéger contre le temps et contre les hommes, dans l'intérêt même de ceux-C1 ; il fait comme toute sentinelle à l’approche de ‘ennemi, il sonne alarme. Il ne sort point de son rôle: ce n’est pas lui qui met le pied dans la politique ; c’est la politique qui met le pied dans l'Eglise, contre tout droit, et pour le malheur de la nation
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Qu'arriverait-1l si. pour éviter à tout prix le reproche d’ingérence politique, le prêtre se taisait chaque fois qu'il prendrait fantaisie à l'Etat de faire des incursions sur le domaine reliœieux ? Le domaine entier serait bientôt la proie de l’envahisseur !
Le pauvre prêtre se verrait réduit à la servitude, comme le sont les popes grecs ; la vérité religieuse n'aurait plus d’interprète dans le monde, et l'humanité retomberait sous l’empire de la loi naturelle seule, impuissante, depuis la prévarivation d'Adam, à toujours retenir la conscience dans les droits sentiers, et surtout à la relever de ses chutes ; la loi du Christ a seule cette vertu.