HISTOIRE ‘ANCIENNE
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Y at-il eu autrefois, y a-t-il encore aujourd'hui de mauvais prêtres et de mauvais religieux ?
Les ennemis de l'Eglise sont tout fiers et croient leur fortune faite et leur cause gagnée, lorsqu'ils ont pu mettre la main sur un membre peu estimable du clergé. Ils ne sont vraiment pas difficiles à contenter. Ce qu'il y a de plus curieux, c’est que le prêtre ou le religieux oublieux de ses devoirs, parjure, est généralement bien accueilli par les soi-disant redresseurs d'abus.
Mais, depuis quand des exceptions, de rares exceptions surtout, peuvent-elles détruire la règle ?
Tous les écrivains sont-ils honnêtes, chastes, esclaves de leur parole? Non, n'est-ce pas? J'en connais, pour ma part, pius d'un qui déshonore la belle république des lettres. Que diraient les litté-
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rateurs honnêtes si je leur tenais ce langage : “ Un écrivain a commis telle ou telle faute ;: Won, vous êtes tous de mauvais drôles !”” [ls me trouveraient bête et insolent, et ils auraient parfaitement raison.
Un marchand fait banqueroute et vit grassement aux frais de ses fournisseurs ; tous les marchands sont-1ls pour cela des escrocs ?
Un avocat plaide mal la cause qu’on lui a confiée ; tous les avocats sont-ils maladroits ou incapables ?
Un ouvrier trompe ses maîtres ; tous les ouvriers sont-ils indignes de confiance ?
Un père de famille ne s'occupe guère de l’éducation de ses enfants ; une mère donne le mauvais exemple à ses filles ; tous les parents sont-ils mauvais ?
Un officier ou un soldat déserte devant l’ennemi, tous les militaires sont-ils des lâches ?
Un caissier se sauve avec les fonds qu’on lui a confiés ; tous les caissiers sont-ils des défalcataires ?
Un journaliste va trouver les chefs d’un parti qu'il s’est chargé de combattre... moyennant 5salaire ; il leur propose, toujours moyennant salaire, de leur révéler certains secrets, de leur fournir, sur le compte de certains candidats, des renseignements fort compromettants.. Cela prouve-t-il que lon ne trouve parmi les journalistes que des
polissons, des renégats, toujours prêts à trahir ceux qui les ont sauvés de la misère ?
Un individu, capable de tout vendre pour faire de l'argent, fournit des causeries honnêtes à un journal honnête et des saletés à une publication ordurière ; cela veut-il dire que tous les écrivains battent monnaie d’une façon aussi malpropre ?
Une touffe d’ivraie suffit elle pour gâter tout un champ de blé ?
Jésus-Christ avait choisi douze hommes pour en faire ses amis, ses coopérateurs, ses apôtres ; Pun des douze était Judas ! Nul, que je sache, ne méprisera, à cause de ce traître, tout le collége apostolique.
Les choses étant ainsi, ce serait donc un miracle inoui que les religieux seuls n’eussent jamais compté de misérables dans leurs rangs. [ls en ont compté, il le faut confesser de suite. Que celui Qui appartient à une classe sans tache lui jette la première pierre, cela lui appartient, mais à lui seul.
Pourquoi fait-on tant de bruit lorsqu'un prêtre tombe? Parce que le cas est rare. Ceci constitue le plus bel éloge du clergé catholique.
Je vous le demande, lecteur honnête et sincére, la Religion enseigne-t-elle le mal? Quand il vous est arrivé, C: qui arrive, hélas ! au meilleur des hommes, quand il vous est arrivé de commettre
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une faute légère ou grave, n’étiez-vous pas en contradiction avec les enseignements de l'Eglise? Et dites-moi, votre confesseur vous a-t-il approuvé, ou bien vous a-t-il conseillé paternellement d’amender votre vie ?
Prenez l'Eglise catholique dans son ensemble, jugez l'arbre par ses fruits, et vous serez forcé de reconnaître que les prêtres et les religieux ont toujours été, sont encore aujourd’hui et seront jusqu’à la fin des temps les bienfaiteurs et l’honreur de l’humanité !
Seuls les fous et les gens de mauvaise foi prétendront le contraire.
Encore, si ces pamphlétaires, qui se prétendent ‘ vertueux, animés par l'amour du devoir et une sainte horreur du crime,” commençaient par écrire leur nom en tête de leur ouvrage; s'ils nous prouvaient que tout dans leur passé leur donne le droit de s’ériger en vengeurs de la morale ; s'ils nous disaient au moins comme l’impie fean-Jacques : “ Voici notre livre et l’histoire de notre vie; maintenant, jugez-nous !” Mais non! un simple e. cafard point d'interrogation ! Les réformateurs qui se cachent ne sauraient inspirer beaucoup de confiance.
J1 fut un temps où des hommes comme saint Benoit et saint Bernard, ayant jugé que des réformes sévères étaient devenues urgentes, élevé-
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rent la voix et stigmatisèrent sans pitié les vices du siècle. Ils avaient ie droit d'en agir ainsi, parce que leur science était grande et leur vie sans tache. Tout le monde savait ce qu'ils étaient et d’où 1ls venaient : on les écouta.
Voyons, messieurs les chevaliers du point d'interrogation, ce que vous voulez, n'est-ce pas, c'est une réforme. Tout va mal et vous désirez que tout aille bien. Réformer une chose, c’est la rendre meilleure. L'Eglise, que vous critiquez, a eu Saint Bernard et Saint Benoit pour ne citer que ces deux noms. Vous, vous êtes trois, vous allez faire mieux que nos deux saints. Cependant, ce bon peuple que vous voulez convertir, instruire, éclairer, rendre heureux, désire beaucoup vous voir et vous connaître.
Vos ‘‘prédécesseurs” se montraient partout où ils espéraient rencontrer des auditeurs, dans les temples, les palais, les lieux d= réunion, les cabanes des pauvres et les habitations luxueuses: des riches ; ils parlaient dans les rues et sur les places publiques. Et l’on disait: Pierre, Paul, ‘Jean, Antoine, Benoit, Bernard seront tel jour à telle place pour parler de telle chose...
On les connaissait, on savait ce qu'ils étaient, d’où ils venaient, ce qu'ils voulaient...
Aussi, voyez ce qu'ils ont obtenu ! Depuis les apôtres jusqu’à nos jours l’œuvre de ces prédica-
teurs est debout et répand ses bienfaits dans Île monde entier.
Mais, que peut on attendre d'apôtres qui rougissent de leurs. propres écrits ?
Ceux qui ont, dans tous les siècles, accepté la noble et sainte mission de travailler à la conversion des peuples et à la propagation de la vraie foi, édifiaient le monde autant et même plus par leurs œuvres que par leurs enseignements. Renonçant aux biens de la terre, ils quittent même des uoms glorieux, pour prendre celui d’un martyr ou d’un élu de Dieu. Jamais 1ls n’ont eu la singuhère idée de se cacher derrière un signe qui ressemble plus ou moins à la queue du diable !
Bas les masques ! beaux réformateurs et alors ce bon peuple que vous insultez, ce peuple qui est moins ignorant que vous ne paraissez le :roire, ce peuple qui a l’habitude de regarder les gens en face saura à quoi s'en tenir,
L’utilité des Prêtres et des Religieux
Le célèbre Balmès, ce champion dévoué de la vérité, s'exprime comme suit: ‘“ Au moment où le Christianisme attrquait le monde païen, l'apparition des ordres religieux dans le monde chrétien doit être envisagée comme l'expression à la fois et la satisfaction des grandes nécessités sociales et aussi comme un moyen puissant dont s'est servie la Providence pour procurer non seulement le bien spirituel de Eglise, mais, de plus et en même temps, /a régénération de la soctété civile.”
Faut-il citer des faits et prouver l'utilité des prêtres et des religieux dès les siècles les plus reculés ?..
Du temps des Romains, dit M. Postel, les combats de gladiateurs, pour ne citer que ce fait, offraient à la multitude l'égorgement des malheureux prisonniers de guerre. N'est-ce pas l’empereur Trajan, réputé un prodige de mansuétude et de paternelle clémence, qui célèbre une de ses victoires en faisant égorger dix mille hommes à Rome, en présence du peuple battant des mains ? Pas une voix ne s'élève de la société païenne pour protester contre ces horreurs érigées en plaisirs nationaux. Mais un moine arrive du fond de son désert; il s'appelait Télémaque,
Ce vaillant protecteur des opprimés 8e précipite au milieu de l’arène déjà couverte de sang, en tendant les bras et s’écriant : ‘‘ Frères, aimezvous et ne vous égorgez pas!” Le peuple, furieux qu’on interrompe ses fêtes, lui répond en l’égorgeant lui-même. Télémaque est martyr de sa charité; mais les combats de gladiateurs cessent et jamais cette infamie ne s’est relevée...
Nous arrivons à la chute de l'empire romain qui succombe sous les coups des barbares venus du nord.
‘ Bientôt, dit de Montalembert, la contagion des mœurs romaines presse et infecte ces races jeunes et passionnées. Leur énergique vitalité tombera en proie aux caresses impures d’une civilisation décrépite. La conquête va devenir une orgie, et le monde risque d’avoir changé de maître sans changer de destinée. Qui donc disciplinera ces races indomptées ? qui les façonnera au grand art de vivre et de gouverner ? qui leur enseignera à fonder des royaumes et des sociétés ? qui les assouplira sans les énerver? qui les préservera de la contagion ? qui les empêchera de se précipiter dans la corruption, et de pourrir avant d’avoir mûri? Ce sera l'Eglise, mais l'Eglise par les moines...”
Après cela, le grand écrivain nous montre saint Benoit et ses disciples, fondateurs de paroisses, de villes et de socit'és, fécondant l'Europe par leur travail, la relevahñt de ses ruines, cultivant ses champs dévastés, peuplant ses déserts et convertissant ses conquérants...
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Voilà ce que faisaient les moines autrefois ; voilà ce que font encore leurs successeurs qui vont, au péril de leur vie, sauver les infidèles du crime et de l’abrutissement ; voilà ce que font nos prêtres canadiens, ces conquérants pacifiques sans lequels n’existerait aucune de nos cités.
Oh! mon travail est bien facile! Je n'ai qu'à laisser parler les témoins de tant de nobles entreprises, des écrivains célèbres qui signaient leurs écrits et dont l'autorité vaut bien, il me semble, celle de trois calomniateurs embusqués derrière un point d'interrogation. Ces admirateurs sincères de l’œuvre civilisatrice et charitable de l'Eglise portaient des noms honorables et honorés : leur témoignage est irréfutable.
‘ Des cléricaux !” dira-t-on peut-être, des gens intéressés... Nullement.
Octave Feuillet s'exprime comme suit dans la Revue des Deux Mondes, en 1856 :
‘“ J'aime et je vénère cette ancienne société monastique, telle que je me la figure, recrutée parmi les races malheureuses et vaincues, conservant seule, au milieu d’un monde bizarre, le sentiment et le goût des jouissances de l’esprit, et le seul refuge possible, dans une telle époque, à toute intelligence qui laissait voir, fût-ce sous le sayon de l’esclave, quelque étincelle de génie. Combien de poëtes, de savants, d’artistes, d’inventeurs anonymes, ont dû bénir, pendant dix siècles, ce droit d’asile respecté qui les avait
arrachés aux misères poignantes et à la vie bestiale de la glèbe ! L’a bbaye aimait aussi à couvrir ces pauvres penseurs plébéiens et à seconder le dévelophement de leurs Pr diverses ; elle leur assurait le pain de chaque jour et le doux bienfait du loisir; elle s’honorait et se parait de leurs talents. Quoique leur cercle fût étroit, ils exerçaient du moins librement les facultés qu'ils tenaient de Dieu ; ils vivaient heureux, quoiqu'ils dussent rester ignorés.”
Et l'historien Cantu :
‘“ Jj est certain que la chevalerie ne s’est nulle part montrée plus digne d’admiration que dans les instituts religieux et militaires, où il fallait faire 12 sacrifice de toutes les affections, renoncer à la gloire du guerrier comme à la retraite du monastère, pour réunir la charge de ces deux vies, vivre tantôt dans les campset tantôt dans l'asile de toutes les douleurs, être à la fois la terreur des ennemis et la consolation des afHigés. Les autres chevaliers, en Europe, cherchaient les aventures au nom des dames et au nom de l'honneur : ceux-ci les cherchaient pour les pauvres et au nom du malheur. Le granud-maître des Hospitaliers aimait à se faire appeler le (Gardien des pauvres de JÉSUS CHRIST; celui de l’ordre de S. Lazare devait toujours être un lépreux ; les pauvres étaient désignés par ce mot: Nos maîtres. Merveilleuse puissance de la Religion! dans des siècles où le sabre était partout le maître, elle savait humilier la valeur et la séparer de cet orgueil qu’onen croit l'accompagnement obligé... ??
‘ Aux religieux, dit M. Postel, nous devons presque la découverte de l'Amérique. Lorsque Christophe Coïomb, fatigué de longues années d'attente, de démarches infructueuses auprès de plusieurs cours de l’Europe, avait désespéré
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de son œuvre, qui est-ce qui releva son courage ? qui est-ce FL prit généreusement en main sa cause et celle du mcnde entier, avec laquelle elle se confondait? qui est-ce qui lui ouvrit entin la cour et l’oreille des rois d’Espagne ? Un navigateur sans doute ? un ministre? un prince avide de nouveaux domaines ? un marchand désireux de faire fortune ? un général d’armée ? Non: ce fut un pauvre moine ! Il avait vu d’un coup d'œil, mieux que tous les ministres, tous les princes, tous les navigateurs célèbres du temps, l’importance capitale des desseins de Colomb ; seul il les fit aboutir. — Et maintenant demandez aux Américains à quoi servent les religieux !
‘ Puisque nous sommes à l’étude de leur influence politique, rappelons qu’ils ont donné, dans cette même Amérique du Sud, au Paraguay, le modèle du plus parfait des gouvernements.
Après avoir civilisé d'innombrables tribus sauvages, vivant auparavant dans des forêts presque comme des bêtes et quelquefois avec des mœurs plus féroces, ils ont su, sans armée, sans violence, sans contrainte, les réunir sous une loi commune, leur faire bâtir des villes, creuser des cananx, tracer des routes, cuitiver les campagnes ; en un mot, les rendre, comme peuple, un objet d’admiration pour le monde. On peut voir ce qu’en a dit, dans son enthousiasme d'homme d’Etat, Lillustre Chateaubriand ( Génie cu Christianisme, IVe partie.) Lorsque, grâce aux calomnies de leurs ennemis, ils reçoivent l’ordre d’abandonner cet Etat fondé par eux, qu’ils pouvaient parfaitement défendre à main armée, ils se soumettent sans murmurer, quittent cette magnifique création de leur zèle. L'impiété, qui la leur avait arrachée, l’a détruite, et ces peuplades sont retombées dans leur barbarie et dans ieur misère ! ??
On ne gouverne pas un pays sans lui dicter des lois. Or, quel fut le code appliqué au Para-
mn Ab
guay au temps où les Jésuites avaient la haute direction de cette belle colonie chrétienne ? Il ne fallait pas de longues études pour le connaître À fond, car il n'avait pas des milliers et des milliers d'articles ni des commentaires, des modifications et des amendements à perte de vue... Il s'agissait tout simplement des Commandements de Dieu et de l'Eglise.
Je voudrais bien savoir quel serait le sort d'une colonie placée sous la surveillance des Points d’[nterrogation !.. Pour eux, ni prières ni enseignement religieux : l'horreur du vice et l'amour de la vertu, chacun appelant vice tout ce qui lui déplaît et vertu tout ce qui lui fait plaisir.
Riche idée ! On leur érigera une statue en sucre d'érable ! C’est alors surtout qu’ils se mangeront entr'eux !
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