‹ Preussen und Frankreich von 1795 bis 1807Chapitre 179 sur 234 · Unterredung mit Boiffy d’Anglas · texte numérisé non relu

Unterredung mit Boiffy d’Anglas

... Je reviens en ce moment-ci de Boissy d'Anglas, membre du Comité de Juli 17. salut public, qui est à la tête de la section diplomatique qui regarde l'Allemagne et nos affaires. Il m'a montré beaucoup de bonne volonté pour nos intérêts et m'assurait qu'on ferait la paix avec l'Allemagne à des conditions très modérées, et même en faveur de la médiation de notre cour. C'est un des hommes les plus probes de la Convention ; il m'a parlé avec franchise sur les menées qu'on emploie pour discréditer notre paix et la représenter comme peu stable et loyale. Je l'ai rassuré sur cet article sous tous les points de vue. Il m'a encore répété la nécessité d'envoyer promptement un ministre ici, et m'a fait quelques excuses de ce qu'on n’a pas auparavant sondé notre cour sur le choix du ministre qu'elle aurait peut-être pu désirer !} les circonstances ayant paru si pressantes au Comité, pour nommer sur-le-champ un ministre à Berlin, qu'on n'avait pu gagner du temps pour cela . ..

1) Am 11. Juli war Gaillarb zum Gejanbten in Berlin ernannt, 26 *

404 Erfter Anhang. Urkunden No. 10.

10, Geipräde mit Graf Capletti !).

Ayant trouvé à la Convention le ministre de Toscane, comte Carletti, avec lequel je suis sur un pied assez amical, il me prit à part et témoigna beaucoup d'inquiétude sur l'état actuel de la France, vu qu'on n'avait point de nouvelles de la Vendée et qu'il n'était pas tranquille du tout sur cet article, sur la défiance qu'elle avait encore sur notre compte, et ajouta que nous devions nous prononcer rondement et du moins garder une très stricte neutralité à l'égard des puissances belligérantes ; que si la République ne restait pas sur pied, toutes les cours qui avaient fait la paix, la nôtre, celle de Suède et de Toscane, seraient huées et bafouées aux yeux de toute l'Europe; qu'on soupçonnait la Prusse d'intelligences secrètes avec les puissances belligérantes et de menées sourdes en Hollande pour le stathouder; que je savais que lui, comte, pensait en philosophe et en amateur de la liberté. Il est aigri contre la cour de Vienne, contre les cours en général, parce que la première l'a compromis par ses déclarations, qui démentent sa négociation avec la France, et contre les autres, parce qu'il les croit trop acharnées contre l'établissement de la liberté française, dont il est un amateur zélé. Il s'attacha à prouver que nous avions un intérêt direct de secourir et appuyer la France dans son système républicain. Je répliquai que la France avait les moyens de le fortifier et de le consolider très sûrement en faisant la paix avec l'Empire et sur le continent, en adoptant des principes de modération, et en diminuant promptement ses dépenses, le seul remède de rétablir ses finances et de soulager le: peuple: que nous avions fait la paix avec la France pour la paix et non pas pour prolonger ou répandre davantage la guerre; et que nous souhaitions de vivre en bonne intelligence avec tout le monde, et de procurer la paix avec et pour la France à l'Europe; qu'on y parviendrait probablement, si la France voulait écouter la voix de la modération, et surtout au sujet de l'Empire germanique, au démembrement duquel nous ne pouvions pas nous prêter. »J’en suis d’accord«, fut la réponse du comte, »mais il faut une paix stable et glorieuse à la France, qui ne peut pas rendre ses conquêtes, et pour les garder, si on ne veut pas y consentir de bonne grâce, il faut aller en avant avec les armées, passer le Rhin, prendre Mayence, et forcer l'Empire et l'Autriche à la paix à ces conditions«. »Comment«, régérai-je, »vous, monsieur, ami de l'humanité et de la France, vous qui m'avez souvent dit que la France devait se relâcher de ses prétentions et faire la paix le plus promptement possible, vous donnez dans leurs opinions exaltées; vous voulez la continuation de la guerre, et exposer la France plus longtemps à tous les maux dont elle se voit entourée, et qu'elle doit craindre encore pour l'avenir si la paix ne se fait pas bientôt? Croyez-vous sincèrement qu'elle trouvera son bonheur avec un pareil système, qu'elle puisse conserver ses conquêtes et même en faire d'autres en Allemagne pour garder les pays du Rhin«? »Oui, je le crois sous deux conditions«, dit le comte, »1° si la Prusse reste au moins parfaitement neutre ;

1) Nah der von Oarbenberg am 13. Auguft bem König und Minifterrum überfhidten Abichrift.

Schreiben von Gerwinus in Paris an Hardenberg. 405

2° si la France peut seulement rétablir sa marine, pour tenir tant soit peu la marine anglaise en échecx . . .

Le comte Carletti voulait sans doute en partie sonder le terrain en me tenant ces propos; mais d'ailleurs il est véritablement irrité contre la cour de Vienne et très républicain de système, craignant pour la république et croyant qu'on pourrait forcer la paix, et que la France, pour sa sûreté et gloire, devait garder ses conquêtes, ou en faire des républiques intermédiaires.

Le 22 juillet, le comte de Carletti m'est venu voir, et me dit: »Je suis toujours comme vous pour la modération, et je sens très bien la force de vos arguments d'hier, et j'en ai fait aujourd'hui un bon usage envers plusieurs membres du gouvernement; mais il est difficile de ramener des têtes exaltées à des principes etc.« J'ai appris depuis que le comte en a parlé effectivement dans notre système à quelques membres de la Convention . . .

Hier, à l'occasion des nouvelles de la Vendée, qu'un député vint nous dire à la loge diplomatique où j'étais avec le ministre de Toscane, et que peu après un membre du Comité de salut public lisait de la tribune, ce ministre témoigna de nouveau ses inquiétudes sur le sort de la République française . . .»La paix, ai-je dit, avec l'Empire et quelques autres puissances de terre, devient de plus en plus indispensable à la France. Cette paix seule pourra affermir et consolider l'établissement de la République, et je crois qu'il ne tient qu'à elle de la conclure. »Non, cela ne tient pas à elle, reprit le comte. Parlons franchement et en philosophes. Vous en Prussien, et votre cabinet, vous * devez certainement souhaiter la paix avec l'Empire, et qu'elle se fasse sous votre médiation, cela est clair. L'Empereur par contre ne pourra s'y prêter, à moins qu'elle ne se fasse sous ses auspices, cela est encore clair. Mais qu'estce que la France gagnera au fond par cette paix, si elle ne peut pas l'avoir en même temps avec la maison d'Autriche? et comment y parvenir, sans rendre ou les Pays-Bas à l'Autriche dont cette maison se soucie très peu, et que la France d’ailleurs ne peut presque pas rendre sans se déshonorer, ayant promis depuis peu encore de la manière la plus sacrée de ne pas les abandonner à l'Autriche, ou de donner un autre dédommagement quelconque à l'Autriche, pour l’engager à faire la paix. Si on ne veut ou ne peut pas venir à un pareil arrangement, il ne reste à la France que la force des armes pour avoir la paix, remède qui de jour en jour devient plus critique et pourra traîner la guerre en longueur . .. À mesure que les difficultés dans les finances et dans les esprits augmentent ici, la cour de Vienne et l'Angleterre deviennent plus difficiles. Je vous parle franchement, continua le comte, je ne vois pas la paix si prochaine avec l'Empire. La cour de Vienne est actuellement gouvernée par celle de Londres. Il y a 5 à 6 mois, que le cas était différent, et que l'Angleterre avait peu de crédit à celle de Vienne et fut sur le point de le perdre entièrement. Ce temps n'est plus. Je ne vois qu'une grande vigueur dans les mesures de la Convention, soit pour l'intérieur de la France, soit pour les affaires de l'extérieur, qui puissent la sauver et conserver la république. Je suis intéressé de toutes manières à favoriser le système républicain, comme ministre de Toscane, comme philosophe, et comme particulier; mes opinions sont connues ; je ne les ai jamais cachées et je les dis à qui voudra les en-

Juli 21.

Juli 22,

Juli 25,

Suli 25.

406 Erfter Anhang. Urkunden No. 10—11.

tendre. Si la république ne se soutient pas, je ne saurai où aller reposer ma tête, excepté en Amérique. Si les comités, qui n’entendent rien aux affaires et auxquels j'ai souvent dit des duretés, avaient voulu m'écouter, la France ne se trouverait pas si embarrassée, comme elle l’est actuellement. Il est temps encore, mais linsoueiance, l'ignorance, la défiance et la sécurité du gouvernement rendent l'exécution des bons conseils extrêmement difficile. Pour sonder davantage le comte, je lui ai dit que notre cour était bien éloignée d'ôter à l'Empereur la gloire de procurer, conjointement avec la Prusse, la paix à l'Empire, et qu'on s'entendrait facilement sur ce point, d'autant plus que le principe de la pacification, la restitution des pays d’outre-Rhin, était aussi celui de l'Empereur. »Il faudrait, répondit le comte, aborder la question de la paix courageusement, et que chacune de ces puissances, la Prusse, l'Autriche et la France, se prononçassent clairement sur les dédommagements à accorder à l'Autriche, et même, si on veut, à la Prusse »Oü les trouver, monsieur«? »Dans le clergé, fut sa réponse. La France a attendu trop longtemps avec son projet de changer la constitution germanique et de contribuer à un arrondissement salutaire pour l'Autriche, la Prusse et elle-même. Si la paix ne peut pas se faire de la manière susmentionnée, il fandra des alliances entre la France, la Prusse, la Suède, le Danemark et la Porte, car sans cela il sera difficile que la république subsiste longtemps, et vous autres Prussiens serez les premiers perdus si le royalisme revient, qui est votre ennemi, de même que tous les aristocrates«!).

Le comte Carletti est un grand ennemi dn clergé, . . . et il en veut absolument aux évêchés en Allemagne. D'ailleurs on m'a déjà donné à entendre qu'on pourrait offrir Salzbourg et Passau à l'Autriche, et je crois que les idées se tournent maintenant dans le Comité de salut public sur ce pivot. Le comte Carletti est sans contredit révolutionnaire ou républicain par principe, mais en même temps obligé par sa cour de favoriser les intentions de celle de Vienne, et sans être directement chargé par la dernière, il a cependant négocié ou cherché à trouver les moyens de concilier les intérêts de la France avec ceux de l'Autriche, et a parlé plus d’une fois de l'échange de la Bavière.

La pacification de l'Empire et la restitution des pays du Rhin s'accroche principalement à la peur de ne pas parvenir en même temps à une paix avec l'Autriche, si on l'accordait à l'Empire par la médiation de la Prusse. Je le remarque par tout ce que le comte Carletti me fait sentir, et je le sais par les membres du Comité qui sont pour nous et qui regardent la paix sur le continent indispensablement nécessaire à la France; ils ne voient pas jour d'y parvenir sans accorder des avantages à l'Autriche ou faire encore une guerre à mort et sacrifier son dernier denier . . .

1) In gleibem Sinne bemertt Gaillard am 19. September 1797, ber Staatsftreich vom 18. Gructibor babe in Berlin fchr gefallen, benn ber wieberhergeftellte König würbe ein Feind Preußens fein, bas zuerft von der Coalition zurüdgetreten fei.

Schreiben von Gerwinus in Paris an Hardenberg. Sein Journal. 407

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