Haltung Preußens. Bernabotte
Le marquis de Muzquiz prétend que la France aurait tort de s'alarmer le Sept. 20. moins du monde sur les dispositions de la Prusse. »Elle est, dit-il, et sera inébranlable dans sa neutralité, rien ne pourra l'en faire départir, ni le refus de lui rendre ses provinces d'outre-Rhin, ni même celui de la dédommager de leur perte. Les demonstrations qu'elle pourrait faire à ce sujet ne seront jamais que des démonstrationse. Ces propos ne manqueront pas de faire impression et détermineront peut-être le Directoire à donner une réponse négative ou du moins évasive et dilatoire sur la note remise par le ministre du Roi!). En attendant le Directoire a pris un arrêté portant qu'il sera formé une armée sous la dénomination du Nord dans les environs de Mastricht, ce qui a l'air d'un paroli au camp que les troupes prussiennes forment, à ce qu'on dit, au-dessus de Wesel.
Ce qui suit est très authentique. »Tiens, le voilà, a dit Bernadotte à Sept. 21. Roger Ducos, en lui jetant à la tête le portefeuille de son ministère, que ce directeur lui redemandait. Lorsque le général Lefebvre est venu apporter à l’ex-ministre la lettre par laquelle le Directoire accepte sa démission, il l'interpella ainsi: »comment est-il possible que toi, mon brave frère d'armes, que
1) Note vom 13. September; vergl. ©. 337.
428 Zweiter und britter Anhang. Urkunden No. 23—24. Jo. 1.
Macdonald, que Beurnonville, vous vous chargiez des commissions de ces ee 8, plutôt que de leur couper les oreilles«? Le lendemain, il envoie aux directeurs une lettre dérisoire, demande et obtient le traitement de réforme de général divisionnaire, quoiqu'il eût fait insérer sa lettre dans les papiers publics. Le même jour, douze à quinze employés des bureaux de la guerre se démettent de leurs places et écrivent des lettres insolentes. Marchant entre autres termine la sienne par ces mots: recevez ma démission, çar je ne vous estime pas. Le Directoire avale ces outrages et justifie pour ainsi dire l'épithète dont Bernadotte l'a gratifie.
24. Die Gatobiner. Gelbnoth. Politit des Direltoriums gegen Preußen.
Nicht hiffrirt] Les Jacobins sont plus audacieux que jamais. Forts des calamités publiques, ils saisissent avidement le mauvais côté des opérations tant législatives qu'administratives, pour y exercer leur censure, et ils s'en acquittent avee une amertume, une méchanceté, une constance, bien faites pour désoler leurs adversaires. Rien n'égale leur insolence à cet égard, si ce n'est la débonnaireté ou plutôt la faiblesse de ceux qui, ayant les moyens de la châtier, n'osent en avoir la volonté.
Au milieu des tracasseries que les Jacobins ne cessent de susciter au Directoire, celui-ei voit croître tous les jours ses embarras pécuniaires ; il porte dans ce moment la peine de son extravagante administration financière. Sans argent, sans crédit, il n'a absolument d'antres ressources que celles révolutionnaires . . .
.. . 1! me semble évident que l'arrière-pensée du Directoire, en donnant sa réponse !}, est celle-ci: le roi de Prusse trouvera notre refus mauvais, à la bonne heure; mais nous fera-t-il la guerre pour cela? non, au moins nous l'espérons. S'il était décidé à entrer dans la coalition, lui accorder sa demande, ne nous eût sauvé qu'une attaque subite, mais ne nous eût pas garanti la continuation de sa neutralité. S'il n'y était pas décidé, notre refus ne l'y déterminera pas. Nous gardons les provinces, si nous le pouvons; si nous y sommes attaqués par les Autrichiens et les Russes, nous les défendrons faiblement, et force sera à la Prusse de se joindre à nous pour se les conserver, et alors nous gagnons un allié; ou bien si la Prusse reste tranquille spectatrice du combat, nous gagnerons encore à ce que les coalisés s'emparent d'un pays dont la possession ou la restitution feront immanquablement naître des difficultés, qui peut-être brouilleront la cour de Berlin avec celles de Vienne et de Pétersbourg, et dans cette hypothèse encore la Prusse sera notre alliée . . .
1) Bergl. S. 339.
Dritter Anhang.
Berichte von Gaillard aus Berlin.
1. Empfang bei dem König, der Königin, ben Prinzen Heinrich und Ferbinand !).
Citoyens. Je viens de remplir enfin les formalités qu'exigeait mon admission. Le 6 du courant [brumaire, 28 oetobre], le roi se rendit de Potsdam à Berlin vers la nuit. M. de Finckenstein m'avait indiqué le lendemain et l'heure de midi pour le moment de ma présentation. Je ne sais comment toute la ville en avait été instruite; mais dès les 10 heures du matin, il se formait déjà à ma porte un rassemblement d'hommes amenés par la curiosité et le désir de voir un ministre de la République française. Ils étaient au reste parfaitement calmes et leurs physionomies annongaient même la bienveillance plus que tout autre sentiment. A midi, je sortis de chez moi au milieu de cette foule, et j'en trouvai une beaucoup plus considérable encore en arrivant au palais, où elle encombrait la cour et les degrés, au point de me laisser à peine l'espace nécessaire pour passer. Des gens de pied à grande livrée étaient venus me recevoir à la descente de ma voiture. J'arrivai au salon où le comte de Finckenstein m'attendait. 11 était seul et en très grande parure. Après quelques minutes d'entretien, les portes de l'appartement du roi s’ouvrirent. Nous nous avançâmes. Le comte de Finckenstein me présenta et se retira surle-champ, me laissant ainsi seul et tête à tête avec le roi. Je débutai par un discours composé de trois périodes tout au plus, que le roi parut écouter avec attention et intérêt. Il prit ensuite la parole et me répondit avec un grand air de douceur et de bonté, en s'exprimant d'une manière parfaitement convenable sur la République française, sur son attachement pour elle et son désir que la bonne intelligence et l'harmonie la plus parfaite subsistât éternellement entre les deux nations. Il voulut bien ajouter à la fin qu'il était très satisfait en particulier que le choix du ministre que la République destinait à résider auprès de lui fût tombé sur moi. La conversation se particularisa ensuite, il se rappela de m'avoir déjà vu à Potsdam il y a onze ans, lorsqu'il n'était encore que prince royal. Après un quart d'heure d'audience, je lui présentai mes
1) Säimmtliche Berichte Œaillarb's mad ben Abichriften im Manufcript 98 bes Geh. Staatd-Arhivs. Von den Berichten ift der erfte an bas Comité de salut public, bie jolgenden find au den Minifter des Auswärtigen gerichtet.
Nov,
Nov. 1.
„Dee. 5.
430 Dritter Anhang. Urkunden No. 1—2.
lettres de créance qu'il accepta, et je me retirai dans le salon où M. le comte de Finckenstein m'attendait. Je lui fis mes remerciements, et je regagnai ma voiture à travers la même foule, qui me prodiguait de profondes révérences de tous les côtés.
J'allai de là au palais de la reine, où 8. M. m'a reçu avec un grand ton de franchise et de cordialité. Iei la conversation n'a rien eu de politique, mais je n'ai pu qu'être extrêmement satisfait de l'accueil poli et prévenant que j'ai reçu.
L'après-midi à cinq heures, je me suis rendu chez le prince Henri, qui était venu de Rheinsberg à Berlin pour la cérémonie du baptême}. J'ai trouvé ce prince au milieu de Berlin tel que nous l'avons vu au milieu de Paris, doux, affable, spirituel, poli, manifestant toujours le penchant le plus décidé pour la France et les Français, tel enfin que nous pouvons le désirer, car la révolution n'a pu altérer en rien ses sentiments à notre égard. Il m'a témoigné combien il avait été affligé de cette malheureuse guerre de la Prusse contre la France, combien il avait désiré d'en voir le terme, et combien il s'applaudissait d'avoir contribué au rétablissement de la paix. On ne peut rien ajouter aux prévenances dont il m'a comblé. Il paraît s'intéresser à nos succès autant que nous-mêmes, et j'ai eu lieu de m'en convaincre par la satisfaction avec laquelle il m'a annoncé la prise du convoi entier et des vaisseaux de guerre que la marine de la République vient de faire sur les Anglais à la hauteur du cap Saint-Vincent. Ce n'est qu'après une grande heure de conversation que je me suis retiré, bien affligé que son séjour habituel à Rheinsberg, éloigné de Berlin de 20 lieues, ne me laisse pas l'espérance de le voir aussi souvent que je le désirerais.
Hier j'ai été présenté au prince Ferdinand, frère du prince Henri. Ce n'est pas la même vivacité, le même enthousiasme pour la nation française. mais le fond des sentiments m'a paru le même, et il m'a semblé que les deux frères ne différaient guère que dans leur manière de s'exprimer . .
Quant à ma tenue extérieure, j'ai tâché d’allier la simplicité avec les convenances et les égards dus à un grand prince et à l'étiquette de sa cour, et il m'a paru qu'on pouvait y être très bien accueilli sans y apporter la magnificence de l’ancien régime.
2. Stellung Preufens zwiichen Frankreich und Rußland. Gefinnung des Königs. Neigung der Minifter und Prinzen zu Frankreihd. Gebanfen über eine Allianz.
Citoyen.... Lorsque je suis arrivé à Berlin, j'ai été accueilli avec un empressement sans exemple; je n'ai trouvé personne qui ne prétendît qu'il avait dès le commencement désapprouvé la guerre contre la France. C'est qu'ici, comme ailleurs, personne ne veut avouer ses torts; mais le fait est qu'à l'exception du prince Henri et peut-être du général Müllendorff, tout le monde à Berlin participait plus ou moins à la frénésie de la coalition. Le roi surtout
1) Am 28. Oftober 1795 tourbe ber jpätere König Friebrih Wilhelm IV. getauft.
Berichte von Gaillarb aus Berlin. 431
était l'ennemi déterminé de la révolution française, en sorte que si la nécessité de la paix ne s'était pas fait sentir impérieusement en Prusse, le ministère de Berlin ne serait encore aujourd'hui pas plus notre ami que celui de Vienne ou de Londres. Mais un trésor épuisé, une guerre à soutenir en Pologne, des rapports politiques entièrement nouveaux amenés par le voisinage immédiat de la Russie et qui appelaient la majeure partie des forces militaires de la Prusse à son extrémité la plus éloignée de la France, toutes ces raisons ne permettaient pas de continuer plus longtemps la guerre contre nous. La paix fut donc faite, mais ce ne fut certainement pas pour l'amour de la France.
Lorsque cette grande opération fut consommée et que les liens qui attachaient la Prusse à la coalition furent entièrement rompus, les idées politiques prirent à Berlin une direction toute différente; il fallait trouver des torts à la coalition, ce qui n'était pas difficile; on sentit combien, en suivant son impulsion, on s'était écarté de son véritable intérêt, combien il était important de se rattacher à la France pour acquérir dans l'Empire une influence capable de balancer et même de surmonter celle de la maison d'Autriche ; en un mot, on en revint aux véritables principes dont il aurait été bien important au salut de la Prusse de ne jamais s'écarter. (Ces vérités sont aujourd'hui tellement connues et senties de tout le monde, que si les rapports politiques de la Prusse ne s'étaient pas compliqués et embrouillés de nonvean pendant la guerre même, je ne doute pas que le ministre de la République à Berlin ne jouât aujourd'hui le rôle absolument dominant dans cette résidence.
Mais ce malheureux esprit d’envahissement qui avait déterminé le roi de Prusse à manquer à ses engagements les plus solennels envers les Polonais ; l'invasion des palatinats en 1793; l'impossibilité où la guerre contre la France l'avait mis de résister aux progrès des Russes ; la nécessité qui en résulta de les favoriser même et d'accéder au partage général de ce qui restait de la Pologne ; la position topographique où la Prusse se trouva par le contact immédiat avec la Russie et la maison d'Autriche ; toutes ces circonstances amenèrent des éléments nouveaux dans le système prussien et introduisirent à Berlin une influence étrangère qui n'y avait pas été connue jusqu'à présent. La considération publique se partage donc entre le ministre de la République et celui de la Russie; et la politique prussienne, lorsqu'elle est obligée d’ob£ir à la fois à deux impulsions aussi différentes, ne peut guère que suivre une direction moyenne, qui exprime les ménagements qu'elle veut avoir pour l'un et pour l'autre.
C'est sur cette combinaison d'impulsions différentes qu'il faut calculer désormais les mouvements du cabinet de Berlin. Si elles agissaient à la fois dans un sens absolument contraire, ‘le ministère se trouverait étrangement comprimé; mais il se déciderait à la fin en faveur de celle qui lui ferait craindre un péril plus prochain, et je crois que la saine politique exige qu'on s'abstienne, aussi longtemps qu'il sera possible, de lui faire subir une aussi rude épreuve. Rien n'est plus propre à déceler un grand état de faiblesse qu'une pareille disposition. Le ministère sent très bien cette faiblesse. Il la dissimule de son mieux par des formes d'une grande dignité; mais il n'est pas nécessaire d'être bien clairvoyant pour pénétrer un voile aussi léger.
Dee.
Dec. 5.
432 Dritter Anhang. Urkunden Jo, 2—4.
En sondant plus avant les dispositions générales, voici ce que j'ai trouvé et dont jusqu'à présent je n'ai pas la moindre raison de douter.
1° Un grand attachement aux acquisitions polonaises de la part du ministère, mais surtout de la part du roi. Ce prince, comme tous les hommes faibles et médiocres, est fort entêté et très irascible. Malheur au ministre qui hasarderait quelques représentations sur ce point. Il ne fait rien, mais il veut paraître tout faire. Bischoffwerder, qui a très bien saisi son caractère et qui sait accommoder sa souplesse à toutes les formes, est le seul qui oserait se charger d'une tâche aussi difficile; encore n'est-il pas sûr qu'il voulût l’entreprendre. Quant aux ministres, on peut leur en parler sans crainte, et je m'en suis entretenu fort au long avec M. de Haugwitz. Il sent parfaitement le péril de la position et n'a contredit aucune des réflexions que je lui ai présentées ; mais j'ai trouvé avec étonnement qu'en dernière analyse il ne mesure la durée du péril que sur celle de la vie de l'impératrice.
2° J'ai trouvé en second lieu un grand fond de haine contre les Russes. Je n'en suis point étonné. Il y a du personnel entre le roi et l'impératrice, et je me rappelle d'avoir vu naître ce sentiment à Pétersbourg, où j'étais alors quand Frederie-Guillaume y vint comme prince royal de Prusse. L’amourpropre n'oublie guère les offenses qui lui ont été faites publiquement.
3° Enfin je trouve que le véritable penchant dans la nation, dans le ministère et chez tous les princes, est entièrement pour nous. On nous pardonne notre révolution, c'est une affaire faite. On fait les vœux les plus sincères pour nos succès au dehors et pour notre tranquillité an dedans. La haine qui est ici portée au comble contre les Autrichiens, l'espérance de gagner une grande influence en Allemagne lorsqu'on sera soutenu par la République, celle de jouer un rôle distingué à la pacification générale, toutes ces circonstances influent beaucoup sans doute sur ces sentiments favorables, mais je puis assurer qu'il y a quelque chose de plus pur chez les princes, excepté le roi, et particulièrement chez le prince Henri, chez tous les jeunes princes sans exception, et, ce qui mérite d'être observé, chez le prince héritier du trône.
On pourrait donc fonder de grandes espérances sur ce pays-ci; mais la faiblesse de ses moyens actuels et la dépendance où il se met de la Russie à beaucoup d'égards, mérite de notre part une très sérieuse attention. Sur ce que M. de Haugwitz, dès la première conversation, m'avait dit, que les liens d'amitié qui subsistaient entre les deux nations en demandaient de plus étroits encore, je l'ai mis plusieurs fois, mais inutilement, sur la voie de s'expliquer plus clairement. Je me suis abstenu de faire aucune proposition directe, non seulement parce que la dignité de la République exige qu'on recherche son alliance, et ne permet pas qu'elle l'offre la première, mais encore parce que je me suis demandé 1° si, dans le cas même où elle serait offerte, on ne la déclinerait pas ici pour ne pas offenser l'impératrice, et 2° si l'alliance de la Prusse, dans l’état de faiblesse où elle se trouve, ne nous serait pas encore plus onéreuse qu'utile. Or ces deux questions sont encore bien loin d'être résolnes dans mon esprit, à moins que vous n'ayez dans le vôtre, citoyen, quelque plan que j'ignore et qui tranche la difficulté.
En paraissant craindre qu'on ne déclinât ici une proposition d'alliance,
Berichte von Gaillarb aus Berlin. 433
je ne veux point dire qu'on ne la désire pas infiniment; je crois être sûr au contraire qu'elle est dans le cœur de tous les Prussiens. Je veux dire seulement que je doute qu'ils osassent se livrer en ce moment à leur désir, et je pense que ce sentiment durera jusqu'à ce que leurs affaires avec la Russie en Pologne aïent reçu leur dernière forme . .