Unterrebung mit Haugwit
... Le ministre me dit: »Mais enfin, il faudra tôt ou tard en venir à la paix générale, et je n’en vois pas encore la base. Vous désirez augmenter l'influence de la Prusse en Allemagne, et le moyen le plus sûr pour cela serait que vous rétablissiez les princes dans leurs États sur la rive gauche du Rhin«. »Monsieur le comtes, répondis-je, »il ne m'est pas possible de raisonner sur la paix dans une autre supposition que celle qui nous conserve le Rhin pour limite, et je crois que cette supposition même nous fournira assez de moyens pour augmenter considérablement votre influence dans l'Empiree. Je lui demandai alors s'il était bien sincèrement attaché à la constitution germanique ; s'il lui importait beaucoup qu'il y eût ou non trois électeurs ecclésiastiques, que l'on conservât tant d'évêques, d'abbés, de chapitres en Allemagne ? Il me répondit que rien de tout cela ne linteressait en aucune manière. Alors je lui ai fait la première ouverture sur la grande sécularisation, en lui faisant voir (ce qu'il sentit au premier mot), que cette opération offrait des dédommagements pour tous ceux que les opérations de la guerre auraient déplacés, sans oublier le prince d'Orange, auquel le roi de Prusse s'intéressait si fort. »Et remarquez«, lui dis-je, »que la constitution germanique ne serait pas pour cela altérée dans son principe; car il importe peu que les électeurs soient dans un lieu ou dans un autre; vous remplaceriez les catholiques par les protestants, voilà la seule différence«. Je puis vous assurer, citoyen ministre, que M. de Haugwitz a goûté cette ouverture. Je vous avouerai cependant qu'il préférerait que le roi de Prusse gagnât la faveur des princes d'Allemagne en leur procurant leur rétablissement sur la rive gauche du Rhin . .. |
4, Garbenberg. Oobenfobe. Schulenburg. Grünbe für die Neutralität Preußens.
... Le ministre Hardenberg est depuis environ quinze jours à Berlin, et tout ce que j'en apprends ne me permet pas de le regarder autrement que comme un homme pour le moins très injuste et très prévenu contre notre gouvernement. Son opinion particulière importerait fort peu si elle n'avait aucune influence ultérieure. Mais le roi l'accueille parfaitement et l'écoute avec plaisir; vous savez d'ailleurs qu'il a beaucoup d'esprit et qu'il est fort insinuant ; je le vois en grande liaison avec les ministres d'Angleterre, de Russie et d'Autriche, et avec tous les Prussiens connus par leurs sentiments contre la France. Voilà done un véritable ennemi, et même un ennemi dangereux. Ce nest pas tont. Le prince de Hohenlohe est aussi arrivé à Berlin depuis peu}. Vous
1) 14. Januar.
Bailleu, Preußen u. Grantreid. 1. 28
Dec. 5.
San. 16.
San. 23.
San. 23.
434 Dritter Anhang. Urkunden No. 4—5.
n'ignorez sûrement pas que ce prince, servilement dévoné à la maison d’Autriche, porte jusqu'à la démence sa haine contre la République française. Le roi lui montre aussi beaucoup de confiance. Enfin M. de Schulenbourg reparaît; il est fort considéré du roi, et bien des gens croient qu'il va rentrer au ministère. Or il convient de vous dire que M. de Schulenbourg est un de ceux qui ont travaillé avec le plus d’ardeur à engager la Prusse dans la guerre contre la France. Je ne puis douter que ces trois personnages ne travaillent l'esprit du roi dans tous les sens pour l'égarer une seconde fois. Malheureusement ce prince ne nous aime point du tout, ainsi que je l'ai marqué dans ma dépêche du 13 nivôse [2 janvier], depuis laquelle j'ai acquis la preuve irréfragable de ce fait. Je dois croire que cette disposition n'a point échappé au ministre autrichien et qu'il en aura informé sa cour; car on massure qu'à Vienne on ne parle plus aujourd'hui du roi de Prusse qu'avec la plus grande décence, tandis qu'on le traitait sans ménagement il n'y a pas plus de six semaines ; mais cette différence peut tenir aussi aux nouveaux rapports des deux cours en Pologne. Quoi qu'il en soit, l'intrigue est si forte autour du roi, que le prince Henri, sous prétexte de venir le remercier de quelques présents qu'il en a reçus, doit quitter sa retraite et venir après-demain à Berlin pour lui faire entendre la voix de la raison et le replacer sur la ligne du véritable intérêt prussien. Voilà l'état des choses au moment où j'écris . . .
Cependant je pense que ces dispositions, quelque peu favorables qu'elles paraissent, ne sont point de nature encore à nous alarmer véritablement. 1° Ce ne sont que les dispositions personnelles du roi, et le ministère, M. de Haugwitz en particulier, en montre de très différentes. M. de Haugwitz même m'avait déjà fait des confidences très franches sur le caractère et les opinions de M. de Hardenberg à notre égard. 2° La nation en général, sans en excepter le militaire, est tout à fait de notre côté et répugnerait prodigieusement à une guerre contre la France. Je crois même avoir des raisons de douter que le respectable Müllendorff voulût s’en charger, comme je doute aussi que le roi osât exciter un mécontentement aussi général dans son pays. Je sais bien qu'on pourrait déguiser cette guerre sous la simple apparence d'une guerre contre la Hollande, mais j'ai déjà déclaré si péremptoirement notre résolution de soutenir notre alliée par les armes contre ses agresseurs quelconques, j'ai pris tant de soins pour que cette résolution ne restât point ensevelie dans le cabinet des ministres et pour qu'elle eût à Berlin le degré de publicité nécessaire, qu'il serait difficile actuellement de faire prendre le change à la nation sur ce point. 30 La masse des forces militaires doit, par la nature des nonveaux rapports, se porter nécessairement vers la Pologne et la Silésie, et Varsovie seule doit avoir 12 mille hommes de garnison. Il est très difficile, suivant moi, que ces vastes frontières soient suffisamment garnies, et qu'il reste encore à la Prusse assez de forces pour nous faire une guerre qui ne serait pas ridicule. De plus on va s'occuper, et cela est instant, d'élever des forts sur les points qui présenteront une défense plus sûre et plus facile, ce qui n'est pas l'affaire d'un moment. Penserait-on que la Russie pourrait persuader au roi de Prusse d'amener contre nous les forces qu'il destine à la Pologne, en lui promettant de lui conserver elle-même ses possessions, et que le ministère
Berichte von Gaillarb aus Berlin. 435
prussien consentirait à un pareil arrangement? Je ne puis le croire. 4° En-
fin il est notoire que la Prusse n'a plus d'argent. M. de Haugwitz en convient Jan. 23.
même avec moi; je ne sais même si le courant est exactement soldé, et le roi, accoutumé à un train de plaisirs assez dispendieux, n'est pas d'humeur à se rien retrancher de ce côté. Cette raison paraît décisive et ne pourrait être combattue que par l'espérance du renouvellement des subsides de l'Angleterre : mais cette difficulté vaineue laisserait encore subsister les autres . . .