König Griebrid Wilhelm III
Jitoyen ministre. Les deux dépêches qui précèdent !}, amènent pour
‘1. vous parler du roi et de la nouvelle cour de Berlin une occasion que je ne
veux pas laisser passer.
Je dis la nouvelle cour, car rien ne ressemble moins à l’ancienne que
celle-ci, à commencer par le roi. Rien ne ressemble moins en effet à Frédéric-Guillaume II que Frédéric - Guillaume II. Autant le premier était inattentif, inappliqué, autant celui-ci est actif et laborieux; autant le père détestait les affaires, autant le fils y apporte de suite et d’ardeur; mais le trait le plus essentiel et le plus distinctif, c'est la règle sévère qui donne tout à la
justice et rien à l'arbitraire. Le règne des maîtresses et des valets de chambre
est passé ?); rien ne s'obtient par faveur, tout s'accorde au mérite, et ceux qui 1) Die beiden erften Beridte vom 31. Januar enthalten Nachrichten über die Grfranfung des Königs an den Mafern, preußifche Klagen über die Behandlung ber lints-
theinifchen Lanbe u. f. w.
2) Am 18. November 1797 idreibt Eaillarb: »le règne de la justice, de l'ordre
Berichte von Gaillarb aus Berlin. 467
ont cru arracher quelque emploi par l'intrigue ont été reçus de manière à se guérir de leur confiance dans ce moyen. Vous savez déjà que Bischoffwerder est éloigné avec douze cents écus de pension. Des aides-de-camp que le feu roi distinguait, le colonel Zastrow est le seul qui ait été conservé; aussi sa probité est-elle universellement connue, et sans doute elle a dû être à l'épreuve pour résister à la corruption de l'ancienne cour. La comtesse Lichtenau est toujours détenue et vient de subir un interrogatoire qui a duré trois jours, et tel est le respect du roi pour la justice que lorsqu'il s'élève contre cette femme un cri d'indignation universel de toutes les parties de la monarchie prussienne, son affaire s'instruit dans toute la régularité des formes ; on ne veut pas la priver d'un seul moyen de justification, et si elle doit être punie, elle ne le sera certainement que lorsque son délit aura reçu le dernier degré d'évidence. Elle est traitée d'ailleurs avec toute l'indulgence et toute l'humanité due à une coupable qui n'a contre elle que des certitudes morales sans que la preuve juridique soit encore acquise . . .
On a taxé le roi d’avarice. Voici ce que c'est que cette avarice. Ce prince considère le revenu de l'État comme un dépôt sacré remis entre ses mains et auquel il ne se permet de toucher que pour l'usage auqnel il est destiné. Je citerai deux anecdotes qui développeront mieux la nature de ses sentiments. La reine sa mère lui fit au commencement parvenir une pétition pour l'engager à payer les dettes qu'elle avait contractées. Il lui répondit : l'argent de l'État ne m'appartient pas. Les besoins sont immenses, et je ne puis encore les remplir; je ne puis donc disposer du revenu publie pour payer vos dettes; mais si les épargnes que j'ai faites lorsque j'étais prince royal peuvent vous donner quelques facilités, je vous les offre avec grand plaisir ; ces épargnes formaient un objet de cent mille écus qu'il lui envoya. Son frère Henri, entré dans sa dix-huitième année !}, s'avisa un jour de le prier de lui faire un état comme c'est l'usage dans la maison de Prusse quand les fils cadets ont atteint cet âge. Il n'accucillit pas cette demande aussi favorablement que celle de la reine-mère. »Mon frères, lui dit-il, »l'État a de grands besoins auxquels je ne puis suffire, je vous refuse donc votre demande; mais si vous avez besoin d'argent pour votre instruction et pour payer vos maîtres, je vous promets que je les payerai très volontiers de ma poche.«
La reine son épouse n'a point son établissement à part. Le roi dit qu'il aime à vivre en famille, et en conséquence il n'y a qu'une seule table. Rien n'est changé dans son régime de prince royal; il habite la même maison et n'entend la quitter pour passer au château que lorsqu'il aura achevé de payer les dettes de son père, ce qui, dit-on, doit durer trois ans.
Sans ce grand esprit d'économie, jamais les finances de la Prusse ne pourraient se rétablir, car dans l'examen de toutes les caisses et des comptes
et de l'économie va commencer«. Diefe Außerung wurbe fogleid in Paris verbreitet; am 30. November berichtet Saudoz-Rollin: »dès le moment où la nouvelle de votre avènement au trône a été répandue ici, Sire, il n'y a plus eu qu’un@’voix pour dire et répéter que le règne de l'ordre, de l'économie et de l'énergie allait commencer«.
1) Prinz Heinrich flanb damals erft in feinem 17. Jahre. 30*
San, 31.
468 Dritter Anhang. Urkunden No. 28—30.
justificatifs des dépenses, on découvre chaque jour de nouveaux effets de l'esprit de gaspillage qui a caractérisé le feu roi jusqu'au dernier moment de sa vie. Toutes ces plaies se fermeront avec le temps, et il ne faut pas douter que le trésor sous le jeune roi ne revienne au point d’abondance dans lequel le grand Frédéric l'avait transmis à son successeur.
Il se lève tous les jours de grand matin, travaille beaucoup par lui-même et avec ses ministres; et il ne faut pas croire que ce soit par simple esprit d'imitation de Frédéric IL; son régime, sa méthode lui appartient, et l'exemple d'autrui n'y entre pour rien; ce qu'il fait, il le fait parce qu'il se croit obligé de faire son métier de roi par lui-même, au lieu de l'abandonner aux autres, et qu'il ne pense pas pouvoir le faire autrement. Il le fait surtout parce qu'il a une volonté qui est la sienne et non celle d’un autre, un caractère qui lui est propre. Le grand Frédéric l'avait deviné lorsqu'il n'était encore qu'un enfant et avait tiré son horoscope d'une manière bien plaisante que je hasarde de rappeler ici, parce que vous ignorez peut-être l'anecdote. Il était à jouer avec une balle dans la chambre même où Frédéric travaillait sans faire attention à lui. La balle tomba sur la table, et Frédéric, que ce jeu commençait à gêner, s'en empara. L'enfant redemande sa balle que Frédéric ne veut pas rendre. Il se fäche, se jette sur la main du vieux roi, et veut la lui arracher. Cette scène amusa quelque temps Frederic, qui à la fin le prit dans ses bras, en lui disant: »viens, mon enfant, viens que je t'embrasse; je vois bien à présent que l'Empereur ne te reprendra pas ta Sildsie«.
Il est adoré de sa nation, qui fonde les plus grandes espérances sur son règne. Ce sentiment de bienveillance universelle a éclaté dès le commencement lorsque le roi a refusé de rétablir la ferme de tabac et détruit tout ce qui s'était fait à cet égard sur la fin du dernier règne, et il a redoublé lorsqu'on a vu qu'il songeait à porter la lumière dans les déprédations des favoris et surtout de la comtesse Lichtenau. Ennemi déclaré du faste et de toute superfluité, il vit avec la plus grande simplicité, se promène au Parc seul ou accompagné d'un aide-de-camp, et accueille avec une égale affabilité et sans distinction de classe ni de rang quiconque veut lui parler . . .
Il me reste à vous le présenter sous le point de vue politique. Vous voyez déjà qu'on peut le regarder comme un très honnête homme, juste et qui montre de la fermeté. Il suit de là que si ce prince promet et s'engage, on pourra compter sur ses promesses et ses engagements; mais il demandera certainement que sa confiance et sa franchise soient payées par la franchise et la confiance, et que sa propre dignité (plutôt encore celle de l'homme que celle du roi) ne reçoive d'atteinte en aucun cas. Son inclination le porte décidément vers la République, et si je vous mandais autrefois: »le ministère prussien est bon, le roi ne vaut riens; je puis vous dire aujourd'hui: »le ministère est bon et le roi vaut encore mieux«. C’est que cette idée d'égalité que les vieux ministres ont encore plus ou moins de peine à digérer, effarouche infiniment moins cette âme jeune et presque neuve, qui n'a pas eu le temps de se corrompre sous la croûte des préjugés. Lorsque je lui ai remis mes lettres de créance, les ministres m'avaient déjà prévenu que je recevrais de S. M. un accueil distingné, mais mon espérance a encore été surpassée ; et ce n'est pas
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dans un cérémonial particulier ou d’autres misères de cette espèce que j'ai trouvé cet accueil distingué: je l'ai trouvé dans la candeur, la bonne foi, le ton affectueux avec lequel il m'a parlé de la République française, dans la conviction intérieure que les intérêts des deux nations ne devaient jamais se séparer ; dans l'assurance qu'il n'épargnerait rien pour entretenir la meilleure et la plus inaltérable harmonie avec nous; et il ne faut pas croire que ce soit ici de vaines phrases de compliment. La vérité, le sentiment portent un caractère particulier auquel on ne se méprend guère, pour peu qu'on soit exercé à observer, et je me flatte de ne m'être pas mépris; je me suis rappelé l’embarras du père, et les deux ou trois phrases de compliment qu'il m'ânonna à ma première audience, et j'ai bien su en sentir et en apprécier la différence. Je juge aussi que les dispositions personnelles du roi à notre égard sont plus ou moins connues dans le public par le ton humble des émigrés et le redoublement de ferveur dans les égards que je reçois moi-même à la cour et dans les sociétés!) . ..