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Preußen und Öfterreich gegenüber dem bentfchen Neiche

(Empfang des Abberufungsichreibeng]. Je m'occupe actuellement avec zèle à préparer des succès au citoyen Sieyès. Il les obtiendra indubitablement après la paix de l'Empire; mais s'il m'est permis encore de dire mon avis, je doute beaucoup qu'il puisse avant ce temps déterminer le gouvernement prussien à l'alliance avec la République: je pense même qu'il ne serait peut-être pas sans inconvénient de paraître vouloir lui arracher actuellement un consentement qui viendra de lui-même aussitôt que le débrouillement des intérêts de l'Empire à Rastatt aura rendu sa situation un peu moins compliquée qu'elle ne l'est en ce moment. Vous êtes témoin de mes efforts constants pour déterminer le ministère prussien à s'arrêter moins aux considérations tirées des obligations du roi comme prince de l'Empire, en prouvant que ces obligations ne sont aucunement incompatibles avec notre alliance. J'ai parlé, j'ai pressé sans fruit. Voici le raisonnement du ministère. Il est impossible que le roi fasse abstraction de sa qualité de prince d'Empire. Sous ce rapport il fait partie intégrante du Corps germanique, et puisque ses intérêts sont jusqu’ à

1) Schreiben Gaillarb's vom 10. und preußifche Antwort vom 15. Mai. Bgl. S. 195 fa.

Mai 5,

Mai 22.

Mai 20,

Mai 29.

472 Dritter Anhang. Urkunde No. 32.

un certain point communs avec ceux du Corps dont il fait partie, il y aurait une sorte de contradiction et surtout lésion des convenances s'il concluait lalliance avec nous, tandis que ses intérêts sont encore en litige.

Ce raisonnement dont vous trouvez le germe dans la réponse que je viens de vous envoyer de M. de Haugwitz a été fort développé dans nos conférences, et ne serait pas sans réplique. Mais il a conduit la Prusse à un plan de conduite, dans lequel on se confirme de plus en plus depuis l'ouverture des négociations directes entre les cours de Vienne et de Berlin, et cette correspondance forme aujourd'hui une difficulté que nous n'avions pas prévue. L'Autriche, comme je vous l'ai mandé, n'ose s'expliquer ouvertement ni dire crûment à la Prusse: laissez-moi prendre la Bavière et prenez de votre côté tout ce qui vous conviendra ; car elle craindrait que le cabinet prussien n'abusät contre elle d'une invitation aussi franche. Mais son plan est d'arriver à l’envahissement par le chemin de la plus extrême modération. Persuadée que cette modération provoquera celle de la Prusse et que les deux cours auront alors un langage entièrement contraire à leurs désirs secrets, elle pense qu'en introduisant un intermédiaire, celui-ci se chargera de faire les propositions, lever les scrupules et mettre les deux cabinets parfaitement d'accord. Cet intermédiaire, c'est la Russie. Mais le prince Repnine échouera, parce que les deux cours ont des principes, non pas différents, mais opposés. Autant la modération de l'Autriche est fausse, autant celle de la Prusse est sincère, et j'en ai déjà dit la raison dans d'autres dépêches. La Prusse ne serait sûrement pas plus éloignée que d’autres puissances du système d’agrandissement, mais elle est trop éveillée sur son intérêt pour ne pas sentir que rien de ce qui lui serait offert ne pourrait balancer le danger de mettre la Bavière entre les mains de l'Empereur. Tous les bénéfices qui seraient sécularisés en sa faveur ne lui donneraient jamais une frontière militaire, et en étendant la monarchie prussienne, ils la rendraient d’une défense encore plus difficile contre un ennemi dont la force réelle serait augmentée dans une proportion effrayante. La modération de la Prusse est donc l'affaire d’un calcul très réfléchi, et c'est une grande raison pour croire à sa sincérité.

Dans cette situation respective des deux cabinets c'est à qui se montrera le plus constitutionnel, et le Corps germanique se trouve entre eux comme une maîtresse entre deux rivaux, avec cette différence que les caresses de l'un sont fausses, et celles de l'autre intéressées peut-être, mais sincères.

Voilà au juste la position de la Prusse au moment où j'écris . . .

Bierter Anhang.

Schriftwechfel der franzöfifchen Regicrung mit ihrer Gefandtichaft in Berlin. 1798 — 1800.

I. Mémoire pour servir d’instruction au Citoyen Sieyès, ambassadeur extraordinaire de la République française près Sa

Majesté le Roi de Prusse'). Saris 4 Prairial an VI. Ardiv im Minifterium des Auswärtigen zu Paris. Prusse 158.

Verhandlungen zwifchen Frankreih und Preußen feit bem $riecben von Bajel. Anzeichen einer neuen Koalition. Zweifelhafte Stellung Preußens. Zmed der Sendung von Sieyes if: Abfdluf einer Offenfiv- und Defenfiv-Allianz zwiihen Franfreih und Preußen. Bortheile biefer Allianz für Preußen. Der Berliner Hof.

Afin de mettre l'ambassadeur extraordinaire que le Directoire exécutif envoie près la cour de Berlin à même d'apprécier l'importance des motifs qui ont rendu la mission nécessaire et d'en saisir toute l'étendue, il conviendrait de placer sous ses yeux le résumé complet des négociations qui ont eu lieu depuis la fin de 1794 entre la République française et la Prusse.

Mais comme le citoyen Sieyès a été un des principaux coop6rateurs du traité de Bâle, comme il en connaît particulièrement les préalables, l'esprit et le texte, il suffira de lui présenter aujourd'hui le tableau des négociations postérieures à ce traité, qui ont eu pour objet soit de donner à notre alliance les développements dont elle paraissait susceptible, soit d'assurer la neutralité du Nord de l'Allemagne, pendant que le centre et le Midi continuaient d'être livrés à toutes les calamités de la guerre.

Le citoyen Caillard était parti au mois de vendémiaire an IV ayant reçu du Comité de salut public pour instruction générale de ne pas négliger un moyen d’attacher la Prusse à notre système fédératif, de prouver à ce gouvernement que sa gloire, sa prépondérance et sa prospérité dépendaient de son alliance avec nous ; de jeter en avant le principe d'une vaste sécularisation en Allemagne comme le seul moyen d'opérer la paix définitive à l'avantage commun de la République, de la Prusse et de tous les membres du Corps germanique qui prendraient parti autour de l’une et de l'autre.

1) Das Concept biefer Imftruction ift ebenfo wie die der folgenden Erlafje und Dent: friften von Durant de Mareuil. Bergl. über ibn Masson, le Département des Affaires étrangères pendant la Révolution, ©. 369,

Mai 23.

179% Mai 23.

474 Vierter Anbang. Urkunde No. 1.

Aussitôt que le gouvernement constitutionnel eut été organisé, le Directoire exécutif, en confirmant les premières instructions de son ministre à Berlin, lui en fit passer de plus particulières, et dans lesquelles, après avoir exposé en détail les bases qui devaient servir aux négociations, il ajoutait qu'elles devaient avoir pour but: 1° d'assurer à la France une paix solide et le Rhin pour frontière, comme fruit de ses conquêtes, comme augmentation de forces nécessaire à l'effet de rétablir l'équilibre détruit en Europe par le dernier partage de la Pologne : 2° à la République batave, la paix au dehors, la prospérité au dedans; 3° à la maison d'Orange un dédommagement qui ne lui laissât plus de prétexte pour troubler le pays qui l'a rejetée; 4° au Roi de Prusse, l'indemnité de ce qu'il perdait en deçà du Rhin, des échanges avantageux, la réunion de ses domaines, la concentration de ses forces ; 5° aux autres princes séculiers d'Allemagne, une augmentation de puissance et de nouveaux moyens de résister à la prépondérance de l'Autriche; 6° à la Suède, au Danemark, à la Porte ottomane, la garantie de leur existence politique, fortement, immédiatement menacée par la Russie.

Les instructions ne demeurèrent point infructueuses dans leur totalité, et tandis que les ouvertures du citoyen Caillard paraissaient accueillies à Berlin, le Roi de Prusse chargeait M. de Sandoz d'en faire à Paris, qui étaient purement relatives à l'établissement d'une nouvelle ligne de neutralisation.

Le Directoire avait eu un trop juste sujet de se plaindre de la manière dont celle stipulde à Bâle avait été violée, pour se prêter volontiers à la formation d'une autre; et il ne fallut pas moins que les instances itératives de la cour de Berlin et l'intérêt que mettait dès lors le gouvernement français à l'associer à sa cause, pour qu'il consentit à ce que la convention éventuelle et secrète qui fut conclue à Berlin le 28 thermidor an IV et qui était relative aux arrangements de la paix d'Allemagne, fût accompagnée d'une convention de neutralité, dont le bénéfice pour le Nord de l'Allemagne s'étendit encore par l'accession de l'électeur de Saxe qui eut lieu le 9 frimaire an V.

Il est à remarquer que dans la première de ces conventions, la République s'était montrée facile dans la stipulation des dédommagements de la Prusse, à laquelle on accordait l'évêché de Münster ‘Haut et Bas) avec le pays de Recklinghausen, et plus généreuse encore envers le prince d'Orange, auquel on promettait en quelque façon les beaux évêchés de Würzbourg et de Bamberg avec la dignité électorale, mais le Directoire qui n'était point alors dans le cas de prévoir un terme prochain à la guerre qu'il poursuivait contre l'Autriche et qui avait un intérêt immense à décider la Prusse, dut se montrer disposé à favoriser ses projets d’agrandissement. Il espérait que la franchise et l'importance des ouvertures qu'il avait chargé son ministre de faire amèneraient de prompts et heureux résultats. La conduite de M. de Haugwitz, ses discours, l'espèce d’assentiment qu'il paraissait donner à tout ce qui lui était proposé, étaient autant d'indices favorables des déterminations du eabinet de Berlin.

Mais sur ces entrefaites Catherine II mourut. Cet évènement donna à toute l'Europe et particulièrement à la cour de Prusse une impulsion qui pendant quelque temps absorba presque sans partage tous les calculs de sa

Inftrnftion für Sieyes. | 479

politique. Aussi longtemps que l'impératrice avait vécu, ses liaisons intirnes avec la cour de Vienne, le ressentiment non dissimulé qu'elle nourrissait contre la Prusse, avait été pour celle-ci un motif toujours agissant d’attacher sa cause à celle de la République française. L'avènement de Paul 1°" suggéra des idées nouvelles, et comme elles étaient mieux d'accord avec les affections du prince et de sa cour, on s'y abandonna volontiers. On crut qu'il était possible de prendre sur l'esprit du nouvel empereur un tel ascendant, qu'en le détachant de l'Autriche et en prenant la place de celle-ci, on se mettrait à même de n'être plus si dépendant de l'alliance française. Ce caleul exista ; il fut trompé parce que la Russie, après quelques jours de déviation, se montra promptement revenue au système de l'impératrice, mais il eut toujours cet effet funeste qu'il mit de la part de la cour de Berlin un refroidissement sensible dans la négociation que nous suivions avec elle et que nos ouvertures les plus pressantes n'obtinrent que des réponses dilatoires et peu satisfaisantes.

Les choses en étaient à ce point lorsque des lettres!) interceptées à l'armée d'Italie nous mirent dans le cas de renouveler nos stimulations vis-à-vis du gouvernement prussien et de leur donner une nouvelle énergie. Ces lettres écrites de Pétersbourg par le duc de Serra-Capriola et par le commandeur de Litta témoignaient d’une manière évidente l'accord des deux empereurs et la malveillance des dispositions qu'ils concertaient contre la Prusse. Un courrier fut expédié à Berlin: le citoyen Caillard reçut ordre de profiter de ces communications importantes pour porter des coups décisifs et provoquer des mesures d'après lesquelles il ne fût plus possible de reculer. La négociation fut ouverte et déjà M. de Haugwitz paraissait convaincu, déjà il parlait des moyens de se procurer l'argent nécessaire pour l'expédition commune qui était proposée, et le citoyen Caillard, en l'invitant à faire reconnaître sans de plus longs délais le gouvernement actuel de la République batave, lui indiqua comme une ressource précieuse la facilité d'un emprunt en Hollande. Cette insinuation n'avait point été repoussée ; toutes les pièces communiquées avaient été mises sous les yeux du Roi qui se trouvait à Potsdam ; on attendait la décision, lorsqu arriva de Francfort la nouvelle de l'armistice général qui venait d'être conclu entre les armées de la République et celles de l'Empereur.

Dès ce moment la négociation tomba d'elle-même ou plutôt elle se réduisit à s'occuper des moyens d'agir en commun dans le congrès qui devait avoir lieu conformément aux préliminaires de Léoben, pour la pacification définitive de l'Allemagne.

Cependant les conférences pour le traité particulier avee l'Empereur s’ouvrirent à Montebello, et la Prusse commença à s'inquiéter d'un rapprochement direct entre deux puissances qu'il lui agréait de voir sans cesse opposée l'une à l'autre.

De son côté le Directoire exécutif s'apercevant que les dispositions de l'Autriche devenaient plus équivoques à mesure que la mésintelligence s'établissait en France entre les premières autorités de la République, n'eut pas

1) Bergl. bierüber Hüffer 1, 321.

Mai 23.

476 Bierter Anhang. Urkunde No. 1.

1795 plutôt triomphé dans la journée du 18 fructidor qu'il s'empressa de faire un Mai 23. nouveau pas vis-à-vis du gouvernement prussien.

Cette fois les ouvertures du Directoire furent plus complètes et plus pressantes qu'elles n'avaient jamais été, mais Frédéric- Guillaume vivait encore, et il fut impossible d'amener ce Roi languissant à une volonté forte. Sa réponse fut négative. Le courrier qui la rapporta était de retour à Paris vers la fin de vendémiaire. Dans les premiers jours du mois suivant on apprit que la paix avec l'Empereur avait été signée à Campo Formio. Il n'y,eut plus lieu à regretter que nos excitations eussent manqué leur effet à Berlin.

Telle était notre position avec la cour de Prusse lorsque le Roi mourut et que le congrès s'ouvrit à Rastatt pour la paix de l'Empire. Les dispositions du nouveau monarque se montrèrent bientôt d'une manière assez favorable. M. de Haugwitz ayant conservé le ministère parut se rattacher davantage au parti français. La crainte que le rapprochement qui venait d’avoir lieu entre la France et l'Autriche ne fût suivi d'une alliance plus étroite parut dominer ce cabinet, et le silence qui fut gardé avec lui sur les stipulations secrètes du traité de Campo Formio ne contribua point à le rassurer. Son inquiétude le

rendit affectueux, elle avait pour premier fruit l’espèce de reconnaisance à laquelle consentit la Prusse vis-à-vis du gouvernement batave en ordonnant à son agent à la Haye de reprendre ses communications officielles ; elle eut pour effet plus utile de la disposer à beaucoup de condescendance pour les arrangements que nous devions proposer au congrès.

Effectivement, et en résultat général, nous avons vu que dans les deux grandes questions qui ont été agitées au congrès de Rastatt, savoir la limite

ÿ du Rhin et la sécularisation des domaines sacerdotaux, les plénipotentaires prussiens n'ont jamais contrarié nos vues, les ont souvent servies. De la part de l'Autriche nous avons éprouvé une conduite différente, et les derniers événements ont prouvé que ce n'était pas seulement le chef de l'Empire qui répugnait aux arrangements que nous avons provoqués, mais que le cabinet autrichien voyait aussi son intérêt à résister aux désirs de la République, à prolonger la négociation, peut-être à rallumer la guerre. Du moins il n'est plus douteux que telle était l'intention d'une partie du ministère de Vienne, et en même temps qu'on y trouve l'explication de ce qui a eu lieu, on y reconnaît l'effet des intrigues, de l’acharnement des cours de Londres et de Pétersbourg. Il est sensible que la première, voyant que la pacification du continent nous permettait de diriger contre elle toute la puissance de nos efforts et ne s’aveuglant point sur les résultats possibles de cette lutte individuelle, a dû mettre tous ses soins à réunir une seconde fois contre nous la coalition que nous avions vaineue et dissoute.

On peut apprécier les moyens dont elle se sera servie pour atteindre son but. Si d'une part notre puissance et notre gloire en imposent à l'Europe, il n’est point douteux qu'à cette admiration ne se joignent la crainte et l'envie, deux sentiments qui dominent les nations comme les individus, et qui souvent ont suffi pour liguer des peuples entiers contre la puissance qui se trouvait prépondérante. Combien d'autres ressorts l'Angleterre a pu faire jouer dans cette circonstance et par rapport à nous! La paix conclue avec les Rois de

Inftruttion für Sieyes. 477

l'Europe n'empêche point que leur pensée secrète ne soit toujours contre la 1798 République ; et quand ils auront vu briser à Rome le trône autour duquel tant Mai 23. de prestige avait été réuni, quand ils auront vu la Suisse affranchie de son régime oligarchique, quand il aura été facile de les inquiéter sur le sort de Naples, de Turin et de leur prédire les extensions prochaines du système représentatif, on aura eu l'espoir de les précipiter vers un nouveau concert de mesures et d’hostilites.

Que ces suggestions de l'Angleterre, qui ont promptement entraîné la lourde Russie, aient aussi prévalu à Vienne, ce n'est plus la matière d'un doute. La disgrâce de M. de Thugut, si elle est réelle, prouve seulement que ces vues inamicales ont cessé d'exister; si elle n’est qu'apparente, elle laisse craindre quelle existe encore. | |

Mais la question importante c'est de savoir jusqu'à quel point les us / tions réunies de Londres, Pétersbourg et Vienne ont influé à Berlin.

L'Europe est pleine du bruit que cette cour n'est point étrangère aux arrangements qui ont été pris entre les trois autres, et que quelque traité 7 spécial déjà signé ou prêt à l'être, renferme tous les éléments d'une nouvelle coalition qu'on va voir éclater contre la France et les républiques alliées.

Cependant le citoyen Caillard est resté dans une sécurité complète, le . caractère particulier du jeune Roi, celui du ministre principal, lui paraissent "4 une garantie suffisante de leur sincérité. Il affirme que les communications plus fréquentes qui ont eu lieu entre Vienne et Berlin, les relations directes établies entre les deux monarques ne sont relatives qu'aux arrangements intérieurs de l'Allemagne, sur lesquels on est encore loin d'être d'accord . . .

Mais d'une autre part, il résulterait de la conduite actuelle des plénipotentaires vr prussiens au congrès de Rastatt, de quelques mots échappés à M. de Jacobi et de la déclaration embarrassée qu'ils viennent de faire relativement à la dernière note des plénipotentaires français, qu'effectivement quelque intrigue secrète est sur le point d'entraîner le cabinet de Berlin vers un autre système.

Ainsi la question reste indécise, et cependant sa décision importe essen- Ltiellement aux intérêts de la République.

C'est dans ces entrefaites que le Directoire exécutif a jugé convenable d'envoyer à Berlin le citoyen Sieyès en qualité d’ambassadeur extraordinaire.

Il connaît à présent toute l'importance de la mission qui lui est confiée. Il saura la remplir. Ses travaux, ses talents, sa réputation sont autant de garants du succès qui lui est réservé.

Il s'agit de conduire à terme un ouvrage si souvent ébauché et qui est toujours demeuré imparfait, il s'agit de lier la Prusse à notre système par la conclusion d'un traité d'alliance offensive ct défénsive, auquel puissent accéder ensuite la Suède, le Dänemark, quelques puissances d'Allemagne, et qui devienne le garant véritable de la paix du continent contre les éternelles intrigues de l'Angleterre, les emportements de la Russie et les ressentiments de l'Autriche.

C'est assez dire que si ce but important ne pouvait être obtenu, il s'agirait d'empêcher au moins que la cour de Prusse, séduite, entraînée, allât grossir le nombre de nos ennemis publies;et secrets.

Mais on ne craint point de s'attacher à la première hypothèse, parce que

475 Vierter Anhang. Urkunde No. 1.

1795 tant de motifs puissants militent en sa faveur, qu'on ne peut se refuser à croire Mai 23. qu'ils prévaudront à la fin.

Déjà par une sorte de pressentiment qui était fondé sur la marche des négociations au congrès et sur la conduite de l'Autriche, quelques jours avant d'être instruit de linsulte faite à Vienne à l'ambassadeur de la République, le Directoire avait chargé le citoyen Caillard de présenter de nouveau au gouvernement prussien la proposition formelle d'une alliance offensive et défensive.

Ce qui est arrivé depuis a rendu cette détermination plus profonde, cet intérêt plus puissant.

Le citoyen Caillard a porté les premières paroles, le ministre est prévenu, le Roi doit l'être à présent, il aura énoncé une opinion quelconque. C'est au citoyen Sieyès à en profiter si elle est favorable, à la faire changer si elle est contraire.

Le Directoire ne compte pas peu sur les efforts de son zèle et sur son habilité, car il ne se dissimule point les obstacles de tout genre qui vont affluer sur sa route. Peut-être ne sont-ils pas plus grands dans la supposition que la Prusse aurait déjà pris des engagements avec l'Autriche, que dans celle où pour échapper aux propositions qui lui auraient été faites, elle se serait renfermée dans l'assurance d'une neutralité absolue.

Ce qu'on connaît de la position intérieure de la Prusse et des moyens actuels de son gouvernement atteste que l'une et l'autre ont en effet besoin de repos.

Ce qu'on connaît des dispositions du jeune monarque témoigne qu'il est plus animé du désir de réparer le funeste effet des dérèglements de son père, que de celui d'embrasser trop tôt les idées pelitiques et belliqueuses qu'il pouvait avoir héritées de son grand-oncle. 4 n'est donc point par les illusions de la gloire qu'il faut attirer ce prince. Une guerre précoce pourrait leffrayer. Son ministère veut aussi la paix, parce que ceux qui sont en place craignent de s'exposer aux chances résultantes de la guerre.

C'est en prouvant au contraire à la cour de Berlin que l'intérêt même de son repos actuel et de son agrandissement futur exigent qu'elle s'unisse à la République par l'alliance la plus étroite qui puisse exister entre deux États qu'on peut espérer de la décider. Cette preuve s'acquiert et se donne de mille manières, que l'ambassadeur de la République saura bien développer et dont il suffit d'indiquer les principales.

/ D est impossible que la Prusse puisse jamais croire à des dispositions (&ineèrement amicales de la part de l'Autriche. L'une ne voit dans l'autre qu'une maison parvenue, usurpatrice, dont elle médite sans cesse le châtiment et la ruine. Ce qu'elle appelle sa défection dans la guerre des Rois est un grief dont le souvenir sera longtemps présent et qu'une nouvelle condescendance de la part de la Prusse ne pourrait expier, parce qu'elle ne serait pas maîtresse de réparer le tort que sa séparation a fait à la coalition. Si la Prusse veut obtenir des témoignages plus sensibles de la constante animosité de la maison d'Autriche, on les lui montrera un jour déposés dans le traité secret de Campo Formio. Ce n'est point la République qui a provoqué cette exclusion de la Prusse de tous dédommagements ; si elle a laissé introduire des

Inftruftion für Sieyes. 479

clauses pareilles, c'est qu'elle savait bien qu'en dernier ressort elle serait maitresse d'en annuler l'effet, et qu'il Ini était précieux de recueillir ce.monument de l'animosité autrichienne. De quelque espèce que soient les liens que la cour de Vienne proposerait à celle de Berlin, s'il s'agit de les cimenter par des acquisitions communes, eroit-on qu'elle n'aurait pas soin cette fois de rendre sa part tellement supérieure, qu'elle réparât le détriment qu’elle a réellement éprouvé dans le partage de la Pologne et que l'équilibre en Allemagne ne fût détruit de plus en plus au désavantage de la maison de Brandebourg ?

Ces conjectures ne sont point vaines. Si c'est par le concours de l'Autriche que la Prusse veut étendre sa domination, elle ne le fera qu'en voyant celle-ei obtenir une extension plus grande. Avec la République au contraire, la Prusse peut acquérir, arrondir ses possessions, concentrer ses forces, sans que l'Autriche s'accroisse ou se fortifie dans une proportion plus grande, et pour opérer de si grands résultats, il ne s'agit point de prendre aujourd'hui les armes, il faut seulement associer sa cause et ses moyens.

Le but sera obtenu quand on aura montré à l'Europe par cette alliance principale, qui sera inévitablement fortifiée de l'accession d'un grand nombre de puissances du second rang, une telle masse de volonté et de forces, qu'il suffira de proclamer des intentions communes pour en voir le suce&s assuré.

Tout se réduit à ceci: examinez l'effet que produirait en Europe, si elle était tout à coup divulguée, l'alliance formidable de la France, de la Prusse. de l'Espagne, des Républiques batave et helvétique, des Républiques d'Italie, des Rois de Suède et de Danemark, et d'une grande partie des membres les plus influents du Corps germanique.

Voilà ce qui tient à un traité unique, à celui qui peut être conclu dans l'espace de quelques jours entre la République et la Prusse, et auquel seront facilement rapportés tous ceux qui lient déjà la République. Voyez les conséquences et Calculez les résultats : à la fois l'agrandissement de la Prusse et la paix du continent. L’une ne sera point troublée par l'autre. Le principe des sécularisations est reconnu; avec son secours et par des échanges habilement combinés, la Prusse peut transporter sa puissance à l'Est et au Nord de l’Allemagne en s'éloignant de nos frontières et en se rapprochant de la Pologne destinée peut-être à reformer un jour un corps de nation sous la domination prussienne.

Ces vastes changements peuvent être opérés sans qu'il y ait du mécontentement que de la part des membres de la triple-alliance, l'Angleterre, la Russie, l'Autriche, dont l'impuissante colère viendrait se briser contre la masse fédérative dont la France et la Prusse formeraient la base.

On s’abstient de donner ici aucuns développements à ces vues générales. Il est urgent que l'ambassadeur extraordinaire de la République se rende à sa destination. gl trouvera à Berlin quelques hommes sincèrement attachés au parti français, et à la tête desquels il faut placer le prince Henri, qui dans toutes les circonstances a témoigné hautement son opinion contre les intrigues qui tendaient à désunir la Prusse et la République. Malheureusement il est connu que son crédit n'est point au niveau de sa bonne volonté et que lui-même il compromet souvent son influence ou par ses bouderies ou par ses indis-

Mai 23.

Mai 23.

Zuli 7.

480 Bierter Anhang. Urkunden No. 1—4.

crétions ; néanmoins l'ambassadeur de la République aura soin de réitérer à ce prince les assurances d'estime et d'intérêt que le Directoire exécutif lui a constamment fait transmettre, et il saura faire concourir au succès des vues dont l'exécution lui est confiée ce qui reste de crédit et de poids au frère du grand Frédéric. On a déjà dit que le comte de Haugwitz, ministre des affaires étrangères, paraissait s'être de plus en plus rapproché de la France; on sait que cet attachement est le motif des efforts que fait la faction opposée pour le renverser. Le maréchal de Müllendorff, qui est toujours un homme influent par son rang et son crédit dans l'armée, paraît être resté fidèle aux principes qui l'ont porté dans le temps à tenter les premières ouvertures de paix vis-à-vis de la République. On répugne à croire que M. de Schulenburg, qui fut éloigné au commencement de la guerre par suite de l'opposition qu'il manifesta contre elle, soit rentré au ministère avec des dispositions différentes de celles qu'il avait alors.

Il serait superflu d'énumérer ici les hommes qui jouent un rôle en Prusse.

Dans le pays où l'autorité administrative est plus divisée que dans aucune autre monarchie, on ne remarque dans le moment ni favori, ni premier ministre. L'influence des femmes paraît nulle aujourd'hui. La Reine a toute l'affection de son époux, mais elle se tient très écartée des affaires. Ce n'est point dans le début d'un règne qu'on peut connaître encore l'esprit et les ressorts du gouvernement. Ce qui est certain, c'est qu’en Prusse la nation et l'armée sont d'autant mieux disposées pour la République, que le sentiment qui les domine, c'est la haine de l'Autriche.

Pour ajouter à cette donnée précieuse, la première tâche de l'ambassadeur de la République sera de se procurer sur les lieux les notions locales qui lui sont nécessaires. Une grande part lui sera fournie par son prédécesseur, ainsi que par le citoyen Parandier que le Directoire exécutif avait placé comme observateur à Berlin et que le citoyen Sieyès sera autorisé à employer dans tel point qu'il jugera le plus utile. La correspondance ministérielle lui transmettra dans le plus bref délai les instructions particulières relatives au matériel du traité d'alliance qu'il s'agit de conclure avec la cour de Berlin . .

Approuvé par le Directoire exécutif, 4 prairial an VI.

Merlin. Larevellière-Lepeaux. Barras. Treilhard. Reubell.

2. Bericht von Sieyes an Talleyrand. Berlin 19 messidor an III.

Andienz bei König Friedrih Wilhelm III. und Prinz Heinrich.

... J'ai prononcé au Roi le discours que voici!) ... Vous ne trouverez pas mauvais que j'y aie parlé de moi beaucoup plus qu'il n'eût été décent de le faire en toute autre circonstance. L'opinion est extrêmement remuée ici sur

1) Bergl. Nr. 182, ©. 214. Das Direftorium veranlafite Die Beröffentlihung biefer Ansprache, um, wie Talleyrand am 20. Juli fehreibt, ben übrigen franzöfifhen Agenten zu jeigen »dans quel style il était convenable de parler aux puissances près desquelles ils sont envoyés.«

Schriftwechiel zwiichen Sieyes und Talleyrand. 481

mon compte depuis mon arrivée, et si j'ai négligé longtemps l'individu, il entre aujourd'hui dans mon devoir de ne pas présenter l'envoyé avec désavantage.

Le Roi m'a adressé plusieurs questions en lieux communs ; il a parlé assez longtemps; je ne l'entendais pas plus que s'il eût parlé allemand. Enfin les mots »politique d’Europe« échappés de sa bouche m'ont permis de lui répliquer que s'il y avait des doutes, il était réservé à 8. M. d'acquérir beaucoup de gloire en concourant avec nous à les éclaircir et à les fixer d'une manière favorable à une bonne paix générale. Dans toutes mes conversations je me présente comme un ministre de paix, mais en prouvant, ce que je pense, que la République n'a pas à redouter l’état de guerre . . .

| J'ai montré tant d’empressement à voir le prince Henri, qui tout malade qu'il est, m'a donné une audience dont j'ai été fort content. J'ai admiré la netteté de ses idées dans un âge si avancé et la pureté de son langage. Du reste, pour la pensée, j'ai eru causer avec un Français. Quelle différence d'avec tout ce que j'ai vu! Mais, vous le savez, il est nul dans les affaires . |.

3. Bericht von Sieyes an Talleyrand. Berlin 26 messidor an VI.

Prusse 188.

Die franzöfifche Politit und bie bentfhen Mittelftaaten. Gedante einer Schliefung der Häfen gegen England.

... La politique de la France ne peut pas être de laisser disparaître ni même de laisser trop s’affaiblir ce tiers-parti de l'Allemagne, ces états indépendants qui doivent être ses futurs alliés les plus intéressants, ses protégés nécessaires. Avec eux, la République tiendra sous son influence les côtes occidentales de l'Allemagne, la portion du globe la plus importante pour nous, quand on songe que par ce moyen le Directoire pourra à son gré fermer au

commerce anglais tous les marchés, tous les ports du continent depuis Gibraltar

jusqu'au Holstein ou même jusqu'au Cap-Nord. Il est impossible que nous laissions établir sur cette mer une grande puissance militaire susceptible d'échapper à notre protection et capable de sallier un jour à la Grande-Bretagne. Quand nous avons ôté à cette dernière les leviers de la Belgique et de la Hollande avec lesquels elle a si longtemps troublé la paix de l'Europe, commettrons-nous la faute capitale de lui rendre un pied-à-terre sur le continent? . ..

4, Bericht von Sieyes an Talleyrand. Berlin 6 thermidor an VI.

Prusse 188.

Frankreichs Politit in Deutfblandb muß die Zurüdbrängung Preußens über die Elbe zum Ziele haben.

... Je ne saurais trop vous remettre sous les yeux, citoyen ministre, que les embouchures du Weser et de l'Elbe ne doivent pas être confiées à une puissance du premier ou même du second ordre, Il faut que ces ports du continent soient gardés par des protégés, des amis essentiels, invariables de la

Bailleu, Preußen u. Franfreid. 1. 31

Gui 14.

Juli 24.

Juli 24.

Suli 24.

482 Bierter Anhang. Urkunden No. 4—6.

République française. Je ne crois pas à la paix continentale, si je ne vois pas entre l'Angleterre et les grands États d'Allemagne une masse interposée comme une barrière insurmontable qui coupe à jamais la communication électrique directe entre l'Orient et l'Occident de l'Europe. Certes, ce serait un assez beau sort pour la monarchie prussienne que d’occuper sur la Mer Baltique, si l’on veut, depuis Lübeck jusqu'à Memel, sans compter les chances futures contre la Russie. Les ministres prussiens semblent quelquefois disposés à nous abandonner et Wesel et Embden, enfin tout ce qu'ils ont en Westphalie, en se retranchant, disent-ils, derrière le Weser. Cette disposition les rendrait maîtres des côtes maritimes entre ce fleuve et l'Elbe. C'est derrière l'Elbe qu'ils doivent être contenus en tirant une ligne à peu près droite des frontières oceidentales du Mecklenbourg sur ce fleuve. Puisqu'on me paraît déjà sentir la nécessité d'établir un État intermédiaire entre le Rhin et la Prusse, on finira par concevoir également la nécessité d'un intermédiaire entre la Prusse et l'Angleterre. Alors véritablement l'Europe occidentale sera en paix. Je vois venir toutes les combinaisons. Il est de notre intérêt de les laisser se former et s'avancer jusqu'à un certain point; mais le Directoire exécutif, quand il sera temps, y prendra part et saura les diriger aux fins les plus utiles pour la prospérité française et le repos général de l'Europe !) . . .

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