Bericht Hardenberg’d. Bafel 1795 Auguft
Ziele Preußens bei Übernahme der Verwendung oder Bermittlung in ben Friedensunterbanblungen. Annäherung an Öfterreich. Borfchläge für die fernere Politik Preußens, falls eine Annäherung an Öfterreich unmöglich ift,
. [Nicht Hiffrirt] Je crois pouvoir partir du principe qu’en se chargeant des bons offices ou de la médiation, soit pour l'Empire en corps, soit pour ses membres en particulier, (car il ne sera pas question probablement d’autres puissances) V. M. veut jouer un rôle utile et honorable pour elle et sa monarchie, ou ne point s’en mêler du tout. Je crois pouvoir me persuader de plus que le but de V. M. se réduit: 1° à procurer et conserver à ses États le repos et les moyens si nécessaires pour se refaire et pour regagner, tant à l'égard des finances que de l’armée et de toutes les branches de l'administration, cette force intérieure qui, avec une politique loyale et modérée, peut uniquement faire la base solide de la grandeur et du bien-être de sa monarchie; 2° qu'il s’agit de ne pas la voir diminuée et affaiblie par aucune cession de territoire; 3° de lui conserver le poids qu'il lui faut pour sa sûreté dans la balance relativement aux autres puissances et aux acquisitions qu'elles vont faire.
Il sera sans contredit très difficile d'atteindre au premier de ces trois points, qui est le plus désirable, en même temps qu'aux autres. Pour cela, il faudra : 1° ravoir les provinces d’outre-Rhin encore oceupées par les troupes françaises, ou obtenir une indemnité territoriale pour ces provinces: 2° s'assurer la possession de la Prusse méridionale ; 30 s'il n’est pas possible de conserver, entre les États de V. M. et ceux de la Russie et de l'Autriche, une Pologne quelconque, ce qu’à plusieurs égards je croirais le plus conforme à ses intérêts, d'acquérir, autant que les circonstances épineuses du moment pourront le permettre, telle partie de ce pays qui, en lui conservant son poids dans la balance, exposera le moins que possible la sûreté de ses frontières futures; 4° de conserver de l'influence dans la pacification, afin de pouvoir, dans la grande incertitude où se trouvent tant les affaires générales que celles de l’Allemagne, tirer parti des circonstances, soit qu'on adoptât le statu quo ou
Sdriftwediel mit Hardenberg in Bafel. 17
approchant, soit que la France conservât la rive gauche du Rhin, et qu'un bouleversement de la constitution germanique, qui dans ce cas paraît inévitable, dût s'ensuivre. Le statu quo semble toujours ce qu'il y aurait de plus sûr et de plus désirable pour les intérêts de V. M. et même pour ceux de la France, parce qu'il u la paix pour atteindre le principe fondamental : le repos .
Les points 3 et 4 sont les motifs qui peuvent faire désirer à V. M. la médiation ou les bons offices pour les négociations de paix en Empire, supposé toujours qu'elles puissent avoir lieu efficacement et honorablement. Voyons s'il est encore possible de se flatter de cette espérance, ou si plutôt cela paraît devenir de jour en jour moins vraisemblable.
19 La France se méfie de la Prusse; elle ne favorise pas décidément ni sa médiation, ni ses bons offices, pas même pour les états d'Empire séparément; elle ménage la cour de Vienne et traite peut-être secrètement avec elle; elle écoute les propositions de l'Empereur par le canal de la cour de Copenhague. Elle paraît du reste hausser le ton, et la vraisemblance d'obtenir des conditions favorables pour l'Empire, du moins pour le moment, n’est pas grande; la médiation deviendrait par conséquent odieuse.
2° L'Empire en corps, toujours sous l'influence prépondérante de son chef, ne se prononcera que d'une manière insuffisante ou du moins beaucoup trop tardive pour ce parti.
30 Les états séparément, ou faibles ou mal intentionnés, manqueront, pour la plupart, de l'énergie ou de la bonne volonté qu'il faudrait pour faire des démarches décisives . . .
Ein dem Reihe ungünftiger Friede unter preußifcher Vermittlung wird nur Anflagen gegen Preußen veranlaffen. ... Dans la position actuelle, le rôle de médiateur ou les bons offices pour l'Empire ne peuvent plus vous convenir, Sire, que dans la supposition 1° ou d’un concert avec la cour impériale même sur la pacification et de son consentement à la médiation ou l'interposition des bons offices de V. M. énoncé bien différemment et de meilleure grâce que dans le décret de ratification et par toutes ses démarches; 2° ou de démarches beaucoup plus prononcées, tant de la part de l'Empire ou de ses membres séparément, que de la France même. Celle-ci allègue, parmi les raisons pourquoi elle n’a pu répondre que vaguement aux ouvertures faites par V. M., que l'Empire, dans le dernier conclusum, ne vous a pas donné les pleins pouvoirs nécessaires pour traiter, Sire; qu'il s’en est remis au contraire à l'Empereur seul, et n'a envisagé la coopération et l'intervention de V. M. que comme une mesure collaterale et presque surérogatoire à prendre durant les né-
Bailleu, Preußen u. Granfreid. 1. 9
Aug. 26.
Aug. 26.
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gociations entamées par l'Empereur. L'on ne peut disconvenir du fait; les intrigues des ministres impériaux ayant effectivement donné cette tournure au conclusum.
J'ai encore appuyé, dans mon très humble rapport du 14 août, sur la nécessité de se rapprocher de la cour de Vienne et d'établir un concert avec elle, !) et je suis’encore de ce sentiment si la chose est possible, vu que sans doute ce serait ce qu'il y aurait de plus désirable et de plus sûr, surtout en considérant l'état précaire où se trouve la France, et le danger que la Prusse courrait si elle se voyait assaillie par la force des deux cours impériales. Je serais même d'avis que V. M. devrait consentir à l'acquisition de la Bavière si elle paraît inévitable, pourvu qu'elle obtienne un équivalent proportionné à cette superbe province; je crois encore que même le changement de la constitution germanique, quoique toujours dangereux par la grande complicité d'intérêts, pourrait offrir des avantages pour V. M., et qu'elle pourrait s'y prêter, pourvu que ce ne soit pas elle qui le causät.
Mais si tout se réunit pour rendre illusoires les espérances qu'on pourrait concevoir à l'égard d'un concert avec l'Empereur? Si V. M. risque d'être absolument isolée, pendant qu'elle a des intérêts aussi compliqués à débattre pour elle-même que le sont les affaires de la Pologne et celles des provinces d’outre-Rhin, pendant que ses propres forces se trouvent affaiblies? Elle jugera mieux que moi ce qui en est, mais elle me pardonnera que je prenne la liberté de tracer la marche qui, dans ces suppositions, resterait peut-être à suivre relativement aux objets dont elle a daigné me charger, afin de savoir ses hautes intentions d'avance.
1° Sans entrer avec la France dans des liaisons offensives ou dans ses vastes plans d’agrandissement, il faudrait toutefois se rapprocher d'elle afin d'établir, s'il est possible, un concert sur la pacification et les affaires qui vous intéressent, Sire, afin de maintenir et faire respecter la neutralité du Nord de l'Allemagne, ou d'abandonner d'un commun accord cette mesure; il faudrait du moins ménager la France et ne rien faire qui pourrait contrecarrer ses vues. Je connais la juste répugnance de V. M. contre des liaisons plus intimes avec le gouvernement actuel de la République, et ce n’est aussi que pour le cas seulement où elle y serait absolument forcée par la conduite des autres puissances que je les croirais admissibles et indispensables. Des notions sûres et plus précises sur des vues hostiles des cours impériales ou de celle de Londres contre V. M. ou des démarches même qui les annonceraient, produiraient, il me semble, la nécessité de prendre avec la France des arrangements purement dé-
1) Bergl. Häuffer, II, 22. Note.
Schriftwechfel mit Hardenberg in Baiel. 19
fensifs pour ce cas. Les circonstances décideraient ce qu'il y aurait à 1795 faire alors envers les autres puissances, qu'un intérêt commun rallierait "8: ?6pour le même but, comme l'Espagne, la Porte, la Suède etc.
29 Quoi qu'il en soit, il s'agirait toujours de se mettre dans l'avantage et dans une position qui ne compromette pas V. M. relativement à la médiation pour l'Empire et ses membres, en semblant s'y refuser et en ne reprenant les négociations pour cet effet qu'en tant que l'Empire ou ses états séparément prononcent leurs démarches à cet égard d'une manière bien décisive et pressante. V. M. prendrait les mesures suivantes: 1° elle enverrait le plus tôt possible un ministre à Paris et recevrait celui qu'on lui destine, pour influer sur le système de la France, ce qui peut-être sera d'autant plus faisable, pourvu qu'on s'y prenne bien, qu'on aura à faire à des hommes nouveaux et que la Prusse sera la première ; 2° elle me rappellerait d'ici, en exposant les motifs à la France et lui prouvant que cette démarche, loin de reculer les affaires, ne ferait que les avancer, ce qui est déjà le sentiment du sieur Barthélemy . . .
De cette manière V. M. ne pourrait jamais être compromise par les circonstances, qui semblent menacer depuis peu de très grands inconvénients, la médiation ou les bons offices dont elle s'est chargée; elle se verrait en pleine liberté de reprendre ce rôle dès qu'il deviendrait glorieux et utile: elle determinerait, d’après les événements si incertains encore, ce qui lui conviendrait, et quand le congrès serait fixé: si et comment elle y enverrait un ministre? En attendant elle pourrait toujours faire recommander par moi, avant mon départ, ceux des princes de l'Empire qui méritent, par leur attachement et leur conduite, plus que les autres qu'elle s'y intéresse. Elle conserverait toujours des facilités pour cet effet par son ministre à Paris et par celui de France à Berlin. J’ose encore observer que ces mesures me paraissent à présent les seules propres à déterminer l'Empire en corps, ou plusieurs de ses membres réunis, ou enfin les états les plus prépondérants, à rechercher d'une manière convenable la médiation de V. M. ...
Rante-Darbenberg 1, 323.
14. Grlaÿ an Hardenberg. Berlin 1795 September 7. Concept vom Geh. Legationsrath Te Coq; gez. Alvensleben. Hangwig.
Billigung der Anfidten Harbenberg’s. Die Politit Preußens hängt von bem Aus-
gang der polnifhen Berwidiung ab.
... Je reconnais parfaitement la justesse et la solidité de vos r&- Sept. 7. flexions sur la situation très critique et difficile où je me trouve dans ce moment entre la France et les puissances coalisées et sur les mesures qui deviendraient indispensables, si celles-ci venaient à manifester contre
moi des vues hostiles. Ce cas pourtant n’existe pas jusqu'à présent . . .
* Comme j'ai épuisé tout ce qui dépendait de moi pour établir une sorte de
confiance avec la cour de Vienne par rapport à l'affaire de la pacification, je ne vois pas qu'il me reste rien à faire pour cet effet, et ce sera uniquement d'après le résultat des affaires de Pologne que je pourrai arrêter ma conduite future et les principes que j'aurai à suivre à son égard et vis-à-vis de la Russie et prendre mon parti en conséquence. Ce n’est qu'alors aussi que je serai en état de me décider relativement à votre rappel de Bâle, d'autant plus que vous jugerez vous-même des inconvénients qui pourraient en résulter si vous quittiez cette ville, tandis que mon ministre destiné pour Paris n'y serait pas encore, et que j'aurais ici sur les bras le nouveau ministre de France avec ses insinuations et peutêtre ses propositions indiscrètes et embarrassantes. Mais je n’en suis pas moins d'accord avec vous sur les raisons de ce rappel que vous tirez de l'état actuel de l'affaire de la pacification, et vous aurez vu par ma précédente combien j'entre dans vos idées sur le peu d'avantage et de gloire que le rôle de médiateur pour l'Empire m'offrirait dans les circonstances présentes, et sur les motifs qui en résultent pour moi de n'y montrer aucun empressement quelconque . . .
15. Snitruftion für den Gefandten Granfreidh8 in Berlin, Gaillard. Paris 1795 September 10.
Abfchrift in Manufcript Nr. 98 des Geh. Staats-Arhive. Preußen und bie beutichen Filrften. Der Kurfürft von Bayern. Ablehnung eines Baffenftillftandse. Die Rheingrenze. Säcularifationen.
... La cour de Berlin est trop éclairée pour ne pas sentir que, dans sa position par rapport à l'Autriche, l'amitié des princes et états de l'Empire et une influence puissante sur leurs délibérations sont pour elle un besoin de première nécessité. De leur côté ces princes, justement effrayés de l'ambition autrichienne, de cet esprit d’agrandissement qui jamais ne repose et qui met dans un péril imminent les libertés germaniques, portent naturellement leurs regards vers la Prusse, et semblent disposés à réclamer ses secours pour arrêter le torrent qui menace de les inonder. C’est done ici le moment où la Prusse doit chercher à s’acquérir de grands droits à la reconnaissance de ces princes, pour les fortifier dans ces heureuses dispositions et les attacher solidement à sa propre cause. La circonstance ne peut être plus favorable. Ces princes, imprudemment engagés dans une guerre désastreuse contre la France, reconnaissent, un peu tard à la vérité, leur erreur, et ne demandent que du repos et la paix, et la Prusse peut contribuer puissamment à leur rendre ce précieux avantage. Fidèles au traité que nous venons de conclure à Bâle
Gnftruftion für Gaillarb. 31
avec elle, nous accueillerons avec les plus grands égards tous ceux quise 1795 serviront de son intervention auprès de nous. Nous lui accorderons tout ce rt- 19. qui sera compatible avec l'intérêt et la dignité de la République, et en leur donnant la paix, loin d’affaiblir auprès d'eux le mérite de l'intervention du roi de Prusse, nous ne négligerons au contraire aucune occasion de leur faire connaître tout le prix que nous attachons à ses bons offices, pour conserver dans son entier la reconnaissance qu'ils lui devront d’un service aussi important. C’est par une conduite calculée sur ces principes que la Prusse acquerra en Empire une influence que toute celle de l!’Autriche ne pourra plus balancer: et nous croyons la cour de Berlin trop sage pour laisser échapper une occasion qui se représenterait diffieilement dans la suite.
Parmi les princes de l'Empire, il en est un en particulier qui par la position géographique de ses États, par les anciennes prétentions de la maison d'Autriche et les efforts qu'elle a faits récemment pour s'en emparer, mérite toute l'attention non seulement de la Prusse, mais de l'Allemagne entière. C'est l'électeur de Bavière dont nous voulons parler. Ce sont ces prétentions dangereuses qui suggérèrent au grand Frédéric la première idée de cette ligue germanique dont il devint le chef, et c'est ce même système abandonné mal à propos que la Prusse doit chercher à renouveler, si elle ne veut pas laisser prendre à sa rivale une prépondérance dont rien ensuite ne pourrait arrêter les effets. Il faut avouer cependant que cette réunion de la Prusse et des princes de l'Empire contre ce débordement de l'ambition autrichienne serait encore insuffisante, sans le concours, et, à plus forte raison, contre le gré de la France. Et c'est ainsi que, dans les combinaisons qui importent le plus au salut et à la prospérité de la Prusse, la raison, disons plus, la nécessité et la force des choses la conduisent irrésistiblement au système de la République française . ..
La cour de Berlin, flattée de la marque de confiance que lui ont donnée les princes et états de l'Empire à la Diète de Ratisbonne en réclamant dans un conclusum solennel l'intervention du roi de Prusse dans l'ouvrage de la pacification du Corps germanique avec la France, aurait désiré que nous prêtassions l'oreille à la proposition d’un armistice qui, suivant elle, était très propre à préparer les voies à la conciliation. Son objet était de gagner la bienveillance de l'Empire en justifiant sa confiance par une démarche qu'elle savait lui être très agréable. Nous ignorons si le ministère a renoncé entièrement à cette idée depuis que le citoyen Barthélemy s’est expliqué positivement sur ce point avec M. de Hardenberg. Il serait donc possible que cette proposition se reproduisit dans les premières conférences du citoyen Caillard avec les mini-
Sept. 10.
22 Urkunden No. 15.
stres prussiens, et il l’&cartera par les mêmes raisons qui ont été alléguées par notre ambassadeur en Suisse à M. de Hardenberg.
Il est clair en effet qu'un armistice, même limité, ne nous convient en aucune manière. Nous croyons qu'il ne servirait qu'à ralentir le courage et l’ardeur de nos troupes; que nos braves républicains, condamnés désormais à l'inaction, auraient besoin de grands efforts pour résister au désir d'aller revoir leurs foyers; que les princes allemands, délivrés d’une crainte présente, profiteraient de la circonstance pour nous entraîner dans un dédale inextricable de négociations, de difficultés, de demandes, de prétentions, qui se croisant en mille manières les unes avec les autres, ne nous présenteraient d’issue que dans un grand lointain; en sorte que la mesure proposée pour accélérer la paix, ne servirait au contraire qu'à la retarder davantage. Ainsi la Prusse ellemême aurait manqué son but, qui, ainsi que le nôtre, n’est pas seulement de procurer la paix à l'Empire, mais de la lui procurer aussi prompte qu'il sera possible, et rien ne saurait y conduire plus efficacement les princes d'Allemagne que le parti que nous avons pris de rester en armes et d'ouvrir aux pacifications particulières une voie dont chacun d'eux est le maître de profiter. Et la cour de Berlin ne doit pas craindre de voir par là diminuer son mérite auprès des princes de l'Empire, ni son influence à la Diète de Ratisbonne. Elle peut toujours intervenir dans ces paix particulières, certaine que ses bons offices seront bien accueillis de notre part. Et lorsqu'elle aura par ce moyen acquis de grands droits auprès de chacun d'eux en particulier, il est impossible qu'elle ne jouisse pas de toute leur confiance au moment où, rassemblés par leurs ministres en congrès, il sera traité de la paix générale de l'Empire. Le citoyen Caillard aura soin de donner à ces raisons tout le développement dont elles sont susceptibles; et ses efforts pour y amener le ministère prussien doivent être d'autant plus soutenus, que c’est de notre part un parti sur lequel nous ne pourrions revenir que par des événements très extraordinaires et impossibles à prévoir.
Ces discussions en amèneront infailliblement une autre plus importante encore, et on s’empressera de chercher à connaître auprès du citoyen Caillard les intentions du Comité sur la démarcation qui nous donnerait la rive gauche du Rhin pour limite. Nous n'avons pas d’instructions précises à lui donner sur ce problème politique, qui présente, de quelque côté qu'on l’envisage, de grandes raisons et de grandes difficultés, et dont la solution complète est attachée à des événements plus ou moins soumis à un certain degré d'incertitude. Il aura donc soin de laisser jusqu'à nouvel ordre cette question dans le vague, de manière cependant à ne se permettre aucune expression de laquelle on pourrait
Inftruftion für Gaillarb. 23
inférer quelque disposition de notre part à rentrer dans notre ancienne enceinte. Mais en puisant toujours ses raisonnements dans l'hypothèse que nous conserverons toujours la ligne du Rhin, il recueillera soigneusement les objections qui lui seront faites: il les pèsera, les discutera et nous les fera parvenir accompagnées de ses propres réflexions, afin que nous puissions balancer les unes par les autres et juger en pleine connaissance de cause. Lorsque la question aura été pleinement éclaircie, politiquement et militairement, et que la discussion nous aura fourni des lumières suffisantes pour prendre un parti décidé, nous aurons soin d'envoyer au citoyen Caillard un supplément d'instructions sur lequel il réglera sa conduite et son langage. Nous croyons en attendant devoir lui fournir une base de raisonnements qui paraît propre à repousser beaucoup d’objections.
Les princes d'Allemagne possessionnés sur la rive gauche du Rhin étaient avant la guerre en pleine discussion avec la France sur les indemnités qui leur étaient dues par rapport aux revenus et aux privilèges qu'ils perdaient par l'effet de la révolution française. Ils ont été le prétexte dont la coalition s’est servie pour nous déclarer la guerre. Au lieu d'entrer en accommodement avec nous, ils ont rejeté toutes nos propositions; ils ont accédé à la coalition; c’est le terrible jeu de la guerre qu'ils ont voulu jouer contre nous, et leurs États ont été leur enjeu; ils ont perdu la partie, que pensent-ils nous demander? l'enjeu ne nous appartient-il pas légitimement? et eroit-on que s'ils eussent gagné le nôtre, si nous eussions perdu l'Alsace et la Lorraine, nous les eussions trouvés bien disposés à nous en faire la restitution? et les trésors que nous a consumés cette expédition? et le sang de nos braves républicains qui y a été prodigué? ces pertes retomberont-elles sur nous en entier, et sans aucune sorte de dédommagement? et quelle indemnité pouvons-nous demander plus naturellement que celle que nous avons déjà sous la main, ce territoire dont la valeur de nos troupes nous a rendus les maîtres ?
On ne peut donc rien nous demander avec fondement, et si jamais nous nous déterminions à abandonner nos conquêtes de ce côté, cet abandon serait chez nous, ou un acte de grande générosité, ou un sacrifice que nous ferions à des convenances générales et particulières. Tels sont les principes sur lesquels s’expliquera le citoyen Caillard avec le ministère prussien, jusqu'à ce qu'il reçoive de notre part les instructions nouvelles que la chaîne des événements pourra rendre nécessaires.
Cependant, pour ne pas rester sans réponse à la question si les princes privés d'une partie de leurs États lorsque nous conservons la
Sept. 10,
Sept. 10.
Oft. 13.
24 Urkunden No. 15 —16.
ligne du Rhin doivent rester absolument sans dédommagement, le citoyen Caillard fera naître l'idée d'une grande sécularisation des états ecclésiastiques d'Allemagne, qui présente un moyen très étendu de compenser les pertes de ces princes sur la rive gauche du Rhin ...