GErlaf von Talleyrand an Otto2 Paris 9 fructidor an VII
Prusse 190.
Eröffnungen an Sangwit und Zaftrow.
... Profitez du courrier que je vous expédie pour revoir M. de Haugwitz et M. de Zastrow.
Le ministre vous parlera de la Hollande: suivant son usage, il en réclamera l'indépendance. Faites-lui voir qu'elle existe, que si l'influence française y a été quelque temps trop exercée, il est manifeste que volontairement nous la laissons décliner chaque jour et que les 20 mille Français qui sont en Batavie ne sont réellement plus que des auxiliaires dont la présence en ce moment est indispensable pour repousser l'attaque instante des Anglais et des Russes.
Avec M. de Zastrow, comme vous trouverez plus de bienveillance, vous serez plus expansif. Vous lui direz que nous ne pouvons pas croire que le Roi de Prusse n'ait pas formé quelque plan, et pour sa propre sécurité, et pour l'arrangement des affaires d'Allemagne ; que nous sommes toujours prêts à agir avec lui et pour lui; que son intervention nous sera chère; que nous sommes
1) Ich füge noch einige Stellen fiber Struenfee aus ben Berichten Otto'8 bei. 12.November: M. de Struensée et tous les autres roturiers en place me comblent d'honnêtetés et se réjouissent des succès de la République. Am 19. November berichtet er, Struenjee babe ibm gejagt: »Le Roi seul nous a épargné une guerre absurde. Comptez sur lui et sur M. de Köckritz. Quant au ministère du cabinet, il n'a jamais été franc envers vous, et il ne le sera pas de si tôt. Il ne sera vraiment Prussien que lorsqu'il cessera d'être noble .... De tous les ministres du Roi, M. de Struensée est le seul qui juge sainement des hommes et des choses« . ..
2) Talleyrand war bereits am 20. Juli burd Reinhard erfeht, führte inbef noch eine Zeit lang die Gejchäfte weiter,
Schriftwechiel zwifchen Otto und Talleyrand. 507
prêts à répondre aux ouvertures qui nous seraient faites de sa part et qui auraient pour objet de chercher à rendre la paix à l'Europe. Présentez un champ vaste aux combinaisons de la Prusse à cet égard. Si son affaire prineipale est d'empêcher que les deux cours impériales ne culbutent l'Allemagne et ne la disposent à leur profit, qu'elle comprenne que ce résultat particulier se lie à des résultats généraux, qu'il lui convient et dans les affaires du Levant et dans celles mêmes de l'Angleterre ; que si elle veut une fois et en toute sincérité, s'entendre avec la République, sa médiation peut terminer toutes les querelles du continent.
Travaillez done sur cette base, citoyen, sans rien spécifier, sans rien écrire ; excitez la Prusse à prendre un parti, et que ce parti nous soit favorable . .. Si la Prusse a le sentiment de ses vrais intérêts, il ne doit pas lui suffire de faire des vœux pour que nous ne soyons pas écrasés. Les efforts de sa politique doivent tendre à nous fortifier contre une coalition qui la menace moins directement sans doute, mais aussi sûrement que nous.
Eigenhändige Nadihrift von Talleyrand: Vous sentirez sûrement que tous les objets contenus dans cette lettre ne peuvent être traités que de vive voix et dans la conversation.
27. Bericht von Otto an Talleyrand. Berlin 10 fructidor an VIL.
Prusse 190.
Unterrebung mit Graf Saugwits über Holland unb die finférbeinifhen Befitungen Preußens. Saftrow. Rüdris. Swiefpalt zwiichen Cabinet und Minifterium,
Empfang des Erlafjes vom 14. Auguit'). J'ai envoyé un ami commun chez M. de Köckritz. Le moment n'était pas favorable; le Roi venait de recevoir des plaintes des habitants de Clèves touchant la rigueur avec laquelle on introduisait dans leur pays la conscription militaire et l'emprunt forcé. M. Köckritz était en colère. »Que voulez-vous, s'est-il écrié, que je dise au Roi? Les Français ont-ils done oublié les traités? Savent-ils que ce pays ne leur appartient pas encore « . . .
Après cette première insinuation, j'ai demandé une audience à M. de Haugwitz ?). J'ai prévu qu'elle serait orageuse,et je me suis muni de tout mon sangfroid:/Je lui ai exposé toutes les raisons qui s'opposent à l'accomplissement des vues du Roi touchant la Batavie, et combien la dignité et la bonne foi du Directoire exécutif se trouveraient compromises, s'il abandonnait nos alliés au moment même d'une invasion ennemie. VII a paru étonné, et ma prié de répéter mes observations, ce que j'ai fait avec plus de force encore en lui disant que rien ne pourrait justifier la mesure proposée, puisqu'il est notoire que l'expédition contre la Hollande est déjà commencée, et que peut-être dans le moment le débarquement est consommé |/ Il a gardé le silence ; mais voyant que je ne disais rien touchant les provinces du Rhin, il s'est écrié : »C'est donc un refus net... Il me semble que 8. M. a mérité plus d'égards et de confiance de la part du Directoire exécutif; assez longtemps elle a lutté contre
1) Bergl. No. 278, ©. 331.
2) Die Unterredung fand am 26. Auguft ftatt.
Aug. 27.
Aug. 27.
508 Bierter Anbang. Urkunden No. 27—29.
les importunités de la coalition; plusieurs fois elle a manqué de se compromettre pour ne pas rompre avec la France. Depuis quatre ans, nous réclamons inutilement contre les mesures arbitraires de votre gouvernement dans nos provinces; nous n'avons pas même obtenu une réponse. Nous avons entre le Weser et le Rhin assez de troupes pour nous remettre en possession, et je vous avoue que c'est le seul parti qui nous reste à prendre« . . .
Pour mettre fin à cette tirade, je l'ai assuré, comme vous m'y avez auto-
risé, que la République se prêterait volontiers à tout arrangement qui ne bles-
Sept. 4.
serait pas ses intérêts, ni sa dignité. Il m'a répondw que le Directoire exécutif ayant refusé d'accueillir les dernières ouvertures, il n'avait plus rien à proposer. J'aurais pu provoquer une déclaration plus positive et qui dans le moment aurait été hostile, mais il m'a semblé qu'il fallait laisser au ministre le temps de se calmer. J'ai fait semblant de ne pas sentir toute la force de ses menaces . .
La personne que j'ai chargé de sonder M. de Zastrow est de retour ; elle me dit que ce favori envisage notre discussion sur les provinces du Rhin avec beaucoup plus de modération que le ministre. »Si on ne veut pas nous rendre nos provinces, qu'on nous fasse au moins une convention éventuelle, d'après laquelle nous serons autorisés à y envoyer un nombre déterminé de troupes pour assurer la possession de ces provinces dans le cas où elles seraient menacées d'une invasion russe. Il est évident que sans cette précaution les alliés les considéreraient comme une conquête faite sur les Français et nous ne pourrions les reprendre qu'en faisant la guerre.« Voilà ses propres paroles, et il me fait prier de vous les transmettre. Au reste M. de Zastrow a paru étonné quand on lui a dit que M. de Haugwitz m'avait parlé de l'occupation du pays de Juliers comme d'une mesure nécessaire pour couvrir les provinces prussiennes. Vous remarquerez, citoyen ministre, qu'il y a toujours une forte nuance entre la politique du cabinet et celle de la cour !).
28. Bericht von Otto an Reinhard. Berlin 18 fructidor an VI. Prusse 190.
Unterrebung mit Daugwits über bie linférbeinifhen Befigungen Preußens.
... M. de Haugwitz m'a dit: »J'ai rendu compte à 8. M. de la réponse que vous m'avez faite au nom du Directoire; je ne vous cacherai pas qu'elle
1) Am 31. Auguft berichtet Otto: "L'opinion de M. de Köckritz s'accorde avec celle de M. de Zastrow ... Il désire qu'une convention éventuelle autorise le Roi à reprendre ses provinces dans le cas où les Anglo-Russes fissent des progrès en Hollande. Les deux partis sont déterminés à employer la force, si le Directoire refuse de s'arranger à l'amiable, avec cette différence, que la cour ne veut prendre ce parti qu'à la dernière extrémité, et que le ministère demande que les ordres soient donnés sur-le-champ.« Derfelbe 5. September: »M. de Köckritz m'a fait dire lui-même que pour ne pas déplaire au ministre, je ferais bien de ne plus aller à Charlottenbourg.« Derjelbe 5 Oftober: »Je vous exhorte, citoyen ministre, à ne pas perdre de vue qu'il y a ici deux partis bien prononcés, celui du Roi et celui du ministre, que plus il importe de repousser les prétentions injustes, les demandes insidieuses de ce dernier, plus aussi il est de notre intérêt d'entretenir les dispositions amicales du Roi en lui donnant personnellement quelques marques de bienveillance.«
Schriftwechiel zwifchen Otto und Reinhard 509
en a été très surprise et même très peinée . . . va me charge de vous déclarer qu'il a donné l'ordre à son ministre à Paris de demander formellement l'évacuation des provinces cédées, et qu'en attendant la réponse du Directoire, l'armée de démarcation a également reçu l'ordre d'avancer vers le 7 Je me suis borné à protester contre l'interprétation donnée par M. de Haugwitz au silence du Directoire touchant les provinces [transrhénanes]. Je lui ai rappelé qu'il n'avait jamais présenté cette proposition comme une demande isolée, mais comme une conséquence, un corollaire de la première touchant la Batavie . . . Je vous ai dit dans le temps, citoyen ministre, que je m’apercevais bien que la restitution des provinces était l'objet principal de la politique de M. de Haugwitz; mais cette demande était tellement obseurcie par la proposition ostensible touchant la Hollande, que les ruses de M. de Haugwitz ont évidemment abouti à nous autoriser à garder le silence sur les provinces et à gagner environ cinq décades sans rien décider. Il me semble que c'était là l'intention du Directoire, et elle a été parfaitement remplie. J'ai donc insisté très particulièrement sur cette différence essentielle entre les deux propositions, dont l'une était principale, et l'autre accessoire; j'en ai appelé à la bonne foi du ministre, qui s'est tiré de ce mauvais pas en divaguant à sa manière, mais sans pouvoir me donner un démenti .
29. Bericht Reinbard 8 an das Directorium. Paris 27 fructidor an VII. Prusse 190.
Unterrebung mit Sanboy Rollin. Franfreih muß Zeit zu gewinnen fuchen.
Le ministre de Prusse, après m'avoir annoncé par un billet qu'il avait reçu un courrier de Wesel qui lui avait apporté des objets de la dernière importance à me communiquer, est venu hier me porter une note, dont voici la substance !) ...
En lassurant que je la remettrai incessamment sous les yeux du Directoire, je lui ai témoigné quelque étonnement de ce qu'on parlait de refus de notre part avant même qu'on ne nous eût fait une proposition précise, et de ce qu'on avait donné ordre de faire avancer les troupes avant qu'il n'existât la moindre apparence d'approche de ces troupes russes dont on semblait craindre l'invasion. J'ai ajouté que le citoyen Otto avait reçu, depuis, par un courrier, l'autorisation de discuter les propositions qui pourraient lui être faites à ce sujet. CM. de Sandoz a pris sur-le-champ occasion de ce que je venais de dire pour m'offrir de reprendre sa note et d'en ajourner la remise jnsqu'au retour de notre courrier de Berlin. J'y ai consenti parce qu'il m'a paru que cela convenait dans nos négociations, où il nous importait de gagner” du temps.
Dans l'état où sont les choses , il importe que le Directoire exécutif décide si cette négociation doit être conduite de préférence par notre chargé d'affaires à Berlin ou par M. de Sandoz ici? La proposition du cabinet de Berlin n'a pas besoin d'être discutée ici où les avis ne sont pas partagés.
1) Bergl ©. 337, No. 283,
Sept. 4.
Sept. 13.
Sept. 13,
Sept. 20.
510 Bierter Anbang. Urkunden Ro. 29—30.
Comme il s'agit ou d'en empêcher ou d'en retarder l'exécution, il semble que le lieu de la négociation doit d'autant plus être placé à Berlin, que c'est là où l'on peut profiter de la différence d'opinion qui existe entre les ministres et les favoris et que c'est de là que partirait l'ordre de faire avancer les troupes !) . ..
30. Bericht von Otto an Reinhard. Berlin 4° jour complémentaire de l'an VII.
Prusse 190.
Unterrebung mit Yombarb.
Citoyen Ministre. Je n'ai pas voulu vous expédier le courrier le Comte sans pouvoir vous donner quelques renseignements positifs sur les intentions du Roi touchant le pays de Clèves. Ne pouvant approcher MM. Köckritz et Zastrow à cause du mouvement occasionné par les manœuvres militaires de Potsdam, je leur ai envoyé une personne sûre pour savoir enfin ce qu'on avait envie de faire; ils ont nié tous deux qu'il ait jamais été question d'envoyer une armée de l'autre côté du Rhin, comme M. de Haugwitz l'avait assuré. »Le Roi, disent-ils, demande seulement le rétablissement de notre régence et l'éloignement des troupes françaises. Les dispositions de S. M. pour la neutralité sont toujours les mêmes etc.« . ..
On a observé à M. Köckritz qu'il serait utile qu'il me parlât lui-même ; il a répondu que les circonstances ne le lui permettaient pas, mais que le ministre étant absent, M. Lombard secrétaire intime du Roi serait autorisé à me faire connaître les véritables intentions de 8. M. J'ai fait en conséquence le voyage de Potsdam, et j'ai eu avec M. Lombard une longue conversation, qui me confirme toujours dans l'opinion qu'il y a ici deux manières de voir et d'agir.
M. Lombard, que j'ai vu à cette occasion pour la première fois, paraissait s'être préparé à cette entrevue, il avait plutôt l'air de lire une note diplomatique que de causer. Il a exposé avec beaucoup d'art les nombreuses raisons que le Roi avait eues de se plaindre du dernier Directoire, qui avec une morgue sans exemple n'avait répondu ni à Paris ni à Rastatt à aucune demande faite par le cabinet prussien, qui avait traité avec le plus profond mépris les nombreuses réclamations faites en faveur des habitants du pays de Clèves et qui, au moment même où le Roi essuyait de la part des coalisés des attaques injurieuses pour le forcer à se déclarer contre la France, avait l'air de joindre ses efforts à ceux des ennemis de la République pour l’entrainer dans la guerre.
»Vous savez que nous avons été bien importunés depuis deux ans, mais vous ignorez les moyens innombrables qu'on a employés pour eireonvenir $. M. Les intrigues des coalisés ont pénétré jusque dans les relations les plus intimes du Roi, et pendant quelque temps on n’a pas même épargné les injures les
1) Gleidacitig fchrieh, Neinbarb an Otto: »Il résulte de votre correspondance que si nous avons des succès, on se désistera des demandes, et que si nous n'en avions pas, nous risquerions de les accorder à nos ennemis.«
Schriftwechjel zwifchen Otto und Reinbarb. 511
plus grossières pour piquer son amour-propre. Mais vous savez aussi que le 1799 Roi a été inébranlable et il s'en est félicité depuis le changement quis’est opéré Sept. 20. dans votre gouvernement. Je puis vous le dire aujourd’hui : en recevant les premières dépêches de M. de Sandoz touchant les dispositions franches et amicales du nouveau Directoire, le Roi est venu à moi d'un air satisfait, et en me montrant les dépêches, il m'a dit: Voilà enfin un gouvernement ; le nouveau Directoire est conséquent, je vous l'avais bien dit.«
M. Lombard s'est beaucoup étendu sur les petites tracasseries qui ont empêché l'année dernière la conclusion de la paix, le péage d’Elsfleth, la libre navigation de l'intérieur de l'Allemagne et d’autres questions oiseuses qui ont inutilement retardé le traité définitif, mais venant enfin aux provinces transrhenanes, il a répété avec énergie tout ce qui a déjà été dit relativement au danger de les voir tomber entre les mains des coalisés; que dans ce cas la dignité du Roi se trouverait compromise; qu'on lui dirait avec raison : »Vous avez permis aux Français d'occuper ces provinces pendant plusieurs années, pourquoi n’aurions-nous pas la même faculté ?« — qu'alors il faudrait faire la guerre pour ravoir ces provinces, et c'est précisément ce que le Roi veut empêcher. »8. M., a-t-il continué, est bien éloignée de rien exiger qui soit contraire à ses engagements ou à la dignité du gouvernement français. Le dernier Directoire n'a eu aucun droit d’abolir la régence prussienne, ni d'exiger des impositions autres que celles qui ont été consenties par la convention de Hoche; le Directoire actuel, beaucoup plus calme et plus éclairé sur les véritables intérêts, fera done simplement un acte de justice, et non de faiblesse, en rétablissant notre régence. Quant à vos troupes, leur présence ne servira qu'à attirer les coalisés dans ce pays, elles vous seront plus utiles ailleurs, et il dépend sans doute du Directoire de donner à l'armée la direction qui lui paraît la plus avantageuse. D'un autre côté je vous réponds que nos troupes ne passeront le Rhin que lorsque nos provinces seront dans un danger imminent d'être envahies par les coalisés. Vous savez que dans aucun temps la Prusse n'a eu des troupes de l’autre côté du Rhin et certes dans un moment comme celui-ci le Roi est bien éloigné de vouloir donner de l'ombrage en faisant passer le Rhin à notre armée de démarcation. Je vous conjure done au nom de la paix de contribuer de tous vos moyens à un arrangement amical sur cet objet, qui est extrêmement urgent; sous peu de jours il ne sera plus temps d'arrêter les mesures qui pourront être prises.
»Le second objet que je vous recommande très instamment, c'est d'avoir une confiance entière dans la franchise et le caractère loyal du Roi. Lorsque vous voudrez faire la paix, communiquez-lui sans aucun détour vos propositions, il les fera valoir, et certes, son interposition ne sera pas sans effet. Croyez que le Roi gouverne tout seul; \güelles que soient les dispositions de M. de Haugwitz, le ministre est obligé de rendre compte au Roi de tout ce que vous lui confierez, et il ne saurait en faife un mauvais usage. Avec nous, vous gagnerez tout par la franchise. %e Roi ne partage en aucune manière l'opinion des exagérés qui voient la France à deux doigts de la perte. Vos armées font des miracles, vous avez ‘des ressources inépui-
Sept. 20.
512 Bierter Anhang. Urkunden No. 30—33.
sables, tâchez enfin de faire ce que le dernier Directoire n'a jamais essayé, tâchez d'avoir des amis en Europe.«
Ces ouvertures, citoyen ministre, m'ont été faites avec l'accent de la sensibilité et d'un vif intérêt, et il m'est impossible d'y meconnaitre l'esprit du monarque, ses ordres immédiats et le ton d'un homme qui travaille tous les jours avec le Roi, qui est près de lui le rapporteur des affaires étrangères, et qui le connaît trop bien pour ne pas le peindre avec vérité.
En finissant la conversation, il a répété avec plus de force encore qu'auparavant : »Souvenez-vous bien que je vous recommande trois choses: 1° l'urgence d'une décision du Directoire ; 2° la nécessité de s'arranger à l'amiable en rétablissant la régence prussienne à Clèves ; 3° une confiance entière et illimitée dans la bonne foi du Roi, qui est bien résolu de ne donner aucun ombrage à la République et qui est prêt à coopérer loyalement au rétablissement de la paix aussitôt que le Directoire lui en aura communiqué franchement les bases« . ..
31. Grlafÿ von Reinhard an Otto. Paris 5° jour complémentaire de lan VL.
Prusse 190.
Otto wirb ermächtigt in ber Frage der linférbeinifhen Befigungen Preußens Radgiebigfeit von Frankreih in Ausficht zu ftellen.
Überjendung des Notenwechfels mit Sandoz-Rollin. Vous remarquerez qu’en conséquence du principe que le Directoire a admis, et qui fait la base de ma réponse, la négociation ne pouvant être établie que sur des pièces écrites, elle n'a véritablement commencé que par la remise de la note de M. de Sandoz, et que c'est à Paris qu'elle doit se suivre. Cependant si l'échange des notes officielles se continue ici, il n'est pas moins évident que vous demeurez chargé de la véritable négociation qui est celle des conversations . . .
Presse sans doute par le ministre ou par les favoris d'aborder la question principale, vous répondrez qu'elle doit être traitée à Paris; mais en même temps vous pourrez faire entendre que pour faire cesser une bonne fois toutes les contestations auxquelles l'administration des provinces transrhénanes a donné lieu, on ne refuserait pas de faire un nouvel arrangement et de concerter avec la Prusse le mode d'administration de ce pays.
Telle est la marche des événements militaires, qu'il faut prévoir les chances les plus défavorables, et s'il devenait impossible de se refuser à ce que les troupes prussiennes occupassent les provinces transrhénanes, comme il n'est pas probable que le cabinet de Berlin accepte l'offre que nous avons faite de les occuper en commun, il faudrait au moins écarter les dangers qui pourraient naître du retour d’une armée prussienne à la gauche du Rhin en exigeant une garantie solennelle des intentions de la Prusse et de ses opérations ultérieures, garantie qui ne pourrait être refusée et à laquelle le caractère personnel du Roi permettrait de donner quelque confiance.
Si dans le cours de vos communications verbales, et le sort de la Batavie n'étant pas encore décidé, vous receviez quelques propositions éventuelles
Edrifimebiel zwifchen Otto und Reinhard. Durcc an Napoleon. 513
touchant la neutralité de ce pays dans le cas où nous parviendrions à en chasser les Anglais, vous ferez bien de les accueillir et de nous les transmettre, parce que tout ce qui tend à prolonger une négociation dont le profit ne peut qu'être pour nous est bon à employer, de même que si la chance des armes devenait plus favorable, nous ne manquerions pas de jeter de nouveau dans la discussion le projet d'une convention d'échange pour les provinces transrhénanes . . .
32. Bericht von Otto an Reinhard. Berlin 3 vendémiaire an VII. Prusse 191.
König Griebrib Wilhelm III. und feine Umgebung. Sédrit, Zaftrow, Haugwit, Lombarb.
... Voici des renseignements très exacts que je me suis procurés sur linterieur du château. Le Roi a une confiance entière et illimitée en M. de Köckritz, dont la droiture et les sentiments personnels s'accordent avec ceux du monarque. M. de Zastrow est très estimé et devenu nécessaire par son assiduité et ses talents, mais il n'est pas aimé, et il règne entre les deux favoris une petite jalousie qui pourra avoir des suites désagréables. M. de Haugwitz, ami de M. de Zastrow, craint l'influence de M. de Köckritz et le ménage beaucoup ; il n'est pas aimé du Roi, mais on estime ses talents, son expérience, et il n'y a pas dans la carrière diplomatique un homme assez fort pour le remplacer., M. Lombard, secrétaire intime du Roi fait des progrès rapides dans l'opinion du monarque, et sans pouvoir aspirer à la place de ministre, il pourra devenir sous peu un personnage plus important qu'aucun des membres du cabinet. Il joint à beaucoup de talents une grande assiduité et une simplicité de mœurs qui plaisent au Roi!). Le monarque lui-même est ferme dans ses résolutions et très jaloux de son pouvoir. Les mécontents appellent sa fermeté entêtement, mais l'observateur impartial doit rendre justice à sa pénétration, à son bon sens et à une sorte d'instinct qui l'a toujours fait marcher dans la bonne route, malgré les intrigues de toute espèce que l'on fait jouer autour de lui. Sa persévérance est d'autant plus louable, qu'elle le met constamment en opposition avec la Reine, pour laquelle il a d'ailleurs la plus grande affection.
33. Schreiben Duroc8 an Napoleon Bonaparte, Berlin 14 frimaire an VIII.
Œigenbänbig. Paris, Archives Nationales AF. IV 1690. Empfang bei bem Könige und ben Miniftern. Stimmung in Berlin.
Mon Général. Le Roi est arrivé ici de Potsdam le 11 au soir. Le 13 au matin, j'ai eu l'honneur de lui être présenté par son premier aide de camp. Je lui ai remis la lettre des Consuls, il m'a reçu et m'a répondu avec beaucoup de bonté et d'honnêteté. Il m'a parlé de la révolution du 18 brumaire, il pense
1) Am 25. Februar 1800 fchreibt Beurnonville: Le Roi travaille habituellement avec Lombard; il travaille quelquefois avec ses aides de camp, très rarement avec ses ministres.
Bailleu, Preußen u. Granfreid. 1. 33
Sept. 21.
.__. De. 5.
(Anfang Dezember].
514 Vierter Anhang. Urkunden No. 33—34.
aussi qu'elle donnera la paix à l'Europe, et il désire beaucoup d'y coopérer. Mon arrivée ici a beaucoup intrigué les ministres étrangers qui ont aussitôt expédié des courriers. L'accueil que j'ai reçu ne peut qu'être favorable à la nation.
Les ministres ont un peu réclamé en faveur de l'étiquette ; ils craignaient que la lettre ne renfermât des plaintes contre eux, cependant tout s'est parfaitement arrangé. Tous, et particulièrement M. de Haugwitz que j'ai vu le plus souvent, m'ont fait beaucoup de politesses. J'ai aussi été présenté à la Reine et à toute la famille royale; partout je suis vu avec plaisir et reçu avec distinction. J'ai eu l'honneur de diner chez le Roi avec la Reine, plusieurs de ses généraux et ministres. Tous les deux m'ont beaucoup questionné sur l'Égypte. Tout le monde ici est enthousiasmé de cette expédition, chacun voudrait l'avoir faite et en demande des details avec intérêt.
J'espère, mon général, que vous serez content de la manière dont j'ai rempli cette mission, pour laquelle je vous remercie de m'avoir désigné. J'ai fait en sorte de me rendre digne d'elle et de vous.
On est très content de la révolution du 18 brumaire. La Prusse a besoin de la paix générale et la désire, le commerce de la Westphalie particulièrement est tout à fait interrompu.
Nous n'avons ici contre nous que la haute noblesse. Le Roi, son armée et le peuple aime et estime les Français. L'armée est contente de nos succès et des revers de nos ennemis, particulièrement de ceux des Russes et des Autrichiens.
La Russie, après avoir tant menacé, est actuellement aux pieds de la
Le Roi est militaire, économe, populaire et très aimé. Ses finances et les différentes parties de l'administration de ses états sont sur un très bon pied !).
Je resterai encore quelques jours à Berlin pour assister à quelques exercices et répondre à plusieurs invitations qui m'ont été faites.
Salut et respect. Votre aide de camp
Duroe.
34. Instructions pour le Général Beurnonville?. Paris frimaire an VII.
Mad einer Abidrift in Prusse, Mémoires et Documents 9. Die Beziehungen zwiihen Preußen und Grantreit. Preußens Politit in ber belländiichen Frage und in der Angelegenbeit der lintsrbeinifhen Provinzen.
Gründe ber Zurüdhaltung Preußens gegen Franfreih. Aufgabe Beur: nonville's. ’
Les rapports généraux de la Prusse avec tous les États de l'Europe sont trop connus pour qu'il soit besoin de les exposer dans des instructions. Les
1) In einem andern Schreiben von bemjelben Tage fagt Duroc: Le Roi aime beaucoup le militaire, sa seule passion est de faire exercer ses troupes qui sont très bien composées. Je crois que le soldat a plutôt de l'apparence et qu'il manque tout à fait de nerf et d'intelligence.
2) Der gegen Preußen bôdft feinpfelige und gebäffige Geift biejer Juftruftion gebt aller Mabrfcheinlichkeit nach auf den Einfluß von Sieyis zurid.
Duroc an Napoleon. Inftruttion für Beurnonville. 515
rapports particuliers avec la France ont peu varié depuis quarante ans. La 1799 France monarchique, la France républicaine a toujours été pour elle un objet [Anfang d'inquiétude, de défiance et de jalousie. Seulement on peut dire que la mo- Drimber.] narchie avait tout fait pour justifier ces sentiments et que c'est en vain que la République a tout fait pour les changer.
Le général Beurnonville trouvera dans le traité de Bâle la base des rapports qui nous lient à la Prusse. Les instructions données au citoyen Sieyès son prédécesseur lui montreront le tableau historique des efforts qui ont été faits de la part de la France pour cultiver, pour améliorer ces rapports et en étendre les bases, et celui de la résistance que le ministère prussien n'a cessé d'apporter à ces efforts. Il trouvera dans la correspondance du citoyen Sieyès la succession des mêmes tentatives soutenue de tous les moyens de persuasion et d'influence qui semblaient devoir en assurer le succès. Enfin les instructions envoyées au citoyen Otto chargé d'affaires de la République, en fructidor dernier, lui présenteront la situation où étaient nos rapports diplomatiques à cette époque. Il ne reste plus qu'à tracer un précis des incidents qui ont fait subir quelques changements à cette situation.
En prairial an VII, des espérances insensées agitaient les cours qui s'étaient coalisées pour asservir la France, et des inquiétudes non moins exagérées égaraient les vues des gouvernements qui n'avaient pas pris part à la coalition. La Prusse cependant, avant la nomination du citoyen Otto à la place de chargé d'affaires, s'était fixée à une détermination positive de résistance contre tout ce qu'on avait fait pour l'engager dans la guerre. Le citoyen Sieyès avait obtenu tout ce qu'il avait annoncé qu'on obtiendrait de la Prusse, tout ce qu'il était en effet possible d'obtenir.
Sa neutralité était irrévocablement arrêtée, mais le Roi, à qui cette résolution de justice et de sagesse devait être attribuée, était en butte à toutes les attaques directes et secrètes des ministres et des fauteurs de la coalition. On désespérait de le porter à une rupture, mais des événements militaires d'une haute importance se préparaient, et on espérait qu'en faisant naître entre la légation française et les ministres prussiens des sujets d’altercation, l'aigreur mutuelle qui en résulterait secondant les frayeurs qui devaient naître de tous les résultats possibles des grandes entreprises de la coalition, entrainerait le Roi comme malgré lui à une détermination conforme aux espérances des cours coalisées et aux vues serviles de leurs partisans.
Les préparatifs de l'Angleterre pour subjuguer la Hollande étaient inconnus en Europe, mais la conduite de la Prusse depuis le milieu de l'an VII ne permet pas de supposer qu'ils fussent un secret pour elle. Dès lors elle commença à manifester le plus vif intérêt pour la paix et l'indépendance de la République batave. Le stathouder eut à Berlin des défenseurs zélés, ses partisans en Hollande parlaient hautement de l'espoir qu'ils fondaient sur le patronage le la Prusse. Et comment n’auraient-ils pas compté sur cet appui? Le comte de Haugwitz ne cessait de se récrier contre l'influence de la France en Batavie, contre la présence d'une armée française. Les événements qui ont suivi semblent faire croire qu'il eût voulu dès lors préparer aux Anglo- Russes un abord sans résistance et une invasion sans danger.
16 Vierter Anhang. Urkunde No. 34.
1799 Cependant toutes les communications entre le ministre prussien et la (Anfang légation française se passaient en conversation. Souvent, il est vrai, le comte Deyember.] de Haugwitz présentait ses inquiétudes et ses vues pour la Hollande comme des objets de négociation et d'une négociation instante : il parlait des ordres donnés à M. de Sandoz pour l’entamer à Paris. On s'attendait tous les jours à recevoir des notes officielles sur ce sujet, ainsi que sur celui de la longue contestation relative à l'occupation des provinces transrhénanes, mais la négociation était toujours annoncée et ne s'ouvrit jamais. Cette bizarrerie a besoin
d'être expliquée.
IL faut partir du fait que le projet de l'invasion de la Hollande était connu de la Prusse et que le gouvernement français l'ignorait. Ces deux points de vue donnent la clef de la conduite inconvenante et fausse du cabinet prussien. Sous ce dernier aspect, il proposait à la France de neutraliser la Hollande ; sous le premier aspect il ne voulait pas faire d'une manière formelle cette proposition dans un temps où elle eût pu empêcher l'invasion. De là sont résultées les insinuations verbales si souvent répétées au citoyen Otto sur la neutralisation de la Hollande, et le délai de la négociation qui ne s'est ouverte sur ce point qu'au moment où l'invasion commencée rendait la proposition tellement impraticable, que les ministres prussiens n’ont pu s'en dissimuler le redicule et ont été honteux de la naïveté avec laquelle M. de Sandoz la été forcé d'exposer leur duplicité.
Il en a été de même de la négociation sur la possession des provinces transrhénanes. La conservation du droit d'occupation de ces provinces est certainement d'un grand intérêt pour la France, en ce qu'elle préjuge pour elle ses titres à la fixation definitive des limites du Rhin. Elle est certainement encore de peu d'intérêt pour la Prusse, en ce qu'elle ne sépare d'elle que des pays qui accoutumés aux lois françaises ne rentreraient pas sans danger pour les principes monarchiques dans la masse des états qui sont soumis à la domination du Roi. Mais nos revers en Italie, les progrès du prince Charles en Suisse et les préparatifs de l'invasion de Hollande réveillaient d'autres idées dans l'esprit des ministres prussiens. Ils crurent la Suisse, la Hollande, la Belgique déjà conquises, et ils craignirent que l'occupation française dans les provinces prussiennes ne fût pour les coalisés victorieux un titre plausible d'envahissement. Cependant, la France sans ascendant militaire, les armées républicaines chassées de toutes lenrs conquêtes et repoussées sur le territoire français, étaient une perspective si nouvelle qu'avec quelque ardeur qu'on se portät vers elle, on ne pouvait guère l'embrasser sans défiance et sans inquiétude. De là l'hésitation de la marche du cabinet prussien.
Une négociation fut annoncée avec tout l'éclat d'une exigeance mal séante. Des troupes s'avancèrent sur le Rhin dès le début de la discussion. Cette discussion s'épuisa en préludes. Elle n'était pas entamée et déjà les résultats allaient en être déterminés par les voies de fait, quand la nouvelle simultanée des victoires de l'Égypte, de la Suisse et de la Batavie mirent un terme et donnerènt un caractère vraiment ridicule aux réclamations prussiennes et aux communications officielles qui devaient en être l'objet. Cette affaire est presque entièrement tombée, mais les détails ont besoin d'en être conservés et
Snftruftion für Beurnonville. 517
étudiés parce qu'ils sont extrêmement propres à faire connaître l'esprit diplo- 1799 matique des ministres du Roi de Prusse et celui des seuls rapports politiques l‘Infang sur lesquels nous devions compter dans les combinaisons particulières de notre Dezember]. systeme fédératif à l'égard de ce gouvernement.
En général les traités, ou ce qui est la même chose, le droit politique n'est rien quand il n'est pas une déclaration et une sanction publique de ce qui est en fait. Inutilement la France formerait-elle un traité d'alliance avec la Prusse ou telle autre puissance si la communauté d'intérêts entre les deux États n'était pas également sentie par elles. Les volontés des gouvernements ne se trouvant pas d'accord, c'est en vain qu'on s’imaginerait les avoir liées. L'alliance serait en théorie et la politique resterait désunie après comme avant la promulgation du lien fédératif. Aujourd'hui la Prusse, quoique engagée par les mêmes intérêts à marcher d'accord avec la France, n'est pas liée de volonté au système d'union et de concert qu'elle devrait suivre.
Plusieurs causes concourent à cette aberration de principes qui l’éloigne de la ligne que lui tracent tout à la fois et la véritable gloire et qui devrait être sa véritable ambition.
La première est la passion aristocratique qui dans les gouvernements les plus soumis à l'influence de la France donne à la correspondance de leurs mesures avec les nôtres l'air de la résignation et de la contrainte plutôt que celui du consentement. Toutes les cours sont plus ou moins atteintes d'une espérance plus ou moins prochaine de l'abolition et de l’entier oubli des institutions qui font l'objet de leurs haines et de leurs alarmes, et les plus claires perceptions de l'intérêt de l'avenir y sont obombrées par les prétentions de l'esprit d'hérédité.
La deuxième cause en Prusse est le caractère des hommes qui gouvervent. L'amour de l'argent y est héréditaire et à côté du trésor qui se forme, le souvenir de celui que le règne précédent a dissipé, fait naître une ardeur immodérée de le remplacer, et en attendant ce terme des vœux les plus passionnés, la pareimonie la plus rigoureuse &loignera des conseils tout projet qui exposerait ou retarderait le succès d'une aussi précieuse accumulation ! .
La troisième enfin est l'absence de toute idée grande, de tout sentiment élevé dans tout ce qui a quelque ascendant dans le gouvernement de Prusse, Personne, et le prince moins encore que ses entours, n'est capable d’embrasser l'ensemble d'un système fondé sur des intérêts plus vastes que ceux du passé. A cet égard, l'idée de nouveauté suffira toujours pour effaroucher des esprits timides que quelques misérables souvenirs de vanité empêcheront à jamais de se porter vers des objets dignes d'une grande ambition.
1) Am 1. Dezember 1798 berichtet Sieyes: La Prusse soupire après le moment où ayant amassé les 30 millions qui lui sont nécessaires pour mobiliser son armée, elle se verra en état de mettre la main sur tout ce qui sera à sa convenance. ... 30 millions d’&cus, dans 2 ou 3 ans ils pourront être dans le coffre qui en recèle déjà 5. Alors le cabinet prussien se montrera. Mais alors, comme aujourd’hui, la République française ne souffrira pas que le Nord de l'Allemagne sera réuni sous la domination d'un Roi qui, donnant bientôt la main à l'Angleterre, ruinerait notre crédit et nous obligerait à remettre en question les limites du Rhin et de l'Escaut.
[Anfang Deyember].
518 Bierter Anhang. Urkunden Nr. 34—35.
Tant que cet état de choses durera en Prusse et ailleurs, la France ne négociera ses alliances qu'avec un grand désavantage. Elle s'engagera avec toute sa franchise et les autres gouvernements ne se tiendront pas engagés. Elle calculera les chances de l'avenir avec des aveugles dont la sagacité ne s'étendra pas au delà des tâtonnements du présent. Elle imaginera enfin un système fédératif et ne trouvera des matériaux pour l'édifier que dans son courage, dans l'emploi de ses forces, et dans la volonté trop généreuse d'être seule à en faire les frais et à en supporter le fardeau.
La mission diplomatique de Berlin doit donc se borner aujourd'hui à attendre, à observer, à transmettre des renseignements locaux et à faire connaître au gouvernement prussien les vues constamment libérales du gouvernement de la République.
Le ministre plénipotentiaire de la République surveillera avec le plus grand soin les rapports de la Prusse avec les cours ennemies et avec plus de soin encore les rapports de cette puissance avec les gouvernements qui n'ont pas adhéré à la coalition. Par son caractère d'indécision et de faiblesse, autant que par sa prépondérance politique dans le Nord, la Prusse attache au système de ses mesures et de ses projets toutes les puissances de l'Empire que leur dépendance place plus immédiatement sous l'empire des circonstances et expose par tous les incidents de la fortune à toutes les vicissitudes du temps présent. Étudier les rapports de ces états avec la Prusse, c'est entrer dans le secret de toutes les impulsions qu'ils peuvent en recevoir, de tous les mouvements irréguliers auxquels ils peuvent s'abandonner. Par le traité de démarcation la Prusse exerce dans le Nord de l'Allemagne une influence consentie par la France. Ce consentement donne à la France le droit d'en surveiller la direction. L'influence de la Prusse doit être tout à la fois préservatrice pour la République et pour les états neutralisés. Les obligations que la neutralité impose deviennent pour les nations belligérantes des droits dont la violation emporterait pour la France la décharge de toute espèce d'obligation.
Auprès d'une cour telle que celle de Berlin, le premier emploi qui doive être fait de l'activité diplomatique est celui de surveiller: le second est celui d'empêcher; et le troisième est de ne rien proposer ou accepter sans avoir eu un ordre précis du gouvernement. Les circonstances recommandent encore cette règle de conduite qui, par le caractère inhérent de la politique prussienne, peut être regardée comme la maxime fondamentale du système diplomatique de la France à l'égard de ce gouvernement.
Quant au caractère personnel des hommes qui gouvernent, le général Beurnonville sera privé de toute ressource de tradition par le départ du citoyen Otto, mais il en trouvera d’abondantes dans la lecture de la correspondance des dernières années de la légation.
Il y verra que deux systèmes parallèles de communications y présentent sans cesse aux ministres de la République le gouvernement prussien sous deux aspects divers. Le système d’une partie des entours intimes du Roi sous un point de vue de bon accord et quelquefois de libéralité, le système des ministres et de leurs entours sous un point de vue versatile comme la fortune des armes. Nos revers exaltent leur malveillance secrète ; nos succès ne font qu'en
Inftruftion für Beurnonville. Beurnonville an Hauteriwe. 519
déguiser les apparences. Le ministre plénipotentiaire n'aura pas de peine de 1799 s'apercevoir que dans les temps prospères les déclarations ministérielles ex- [Anfang priment assez fidèlement les intentions du prince et sont plus d'accord avec Degember]. les véritables intérêts du gouvernement prussien; et que dans les temps diffi-
ciles, il faut chercher à connaître les dispositions du Roi par d'autres intermédiaires que celui de ses ministres. La correspondance lui indiquera les
noms de ces intermédiaires . . .
35. Beurnonville an Hauterive!). Berlin 12 pluviöse an VIII. Prusse 191.
Die Königlihe Familie.
Je suis arrivé à Berlin, mon cher d'Hauterive, sans accidents fächeux, 1800 comme vous avez dû le voir par mes lettres au ministre, et j'ai reçu de cette Btbr- 1. cour aimable l'accueil le plus gracieux, le plus flatteur comme le plus distingué ; cet accueil, mon cher d’Hauterive, a été partagé par la légation et mes aides de camp qui composent ma famille, douce, unie et vraiment charmante.
J'ai voulu en arrivant ici ne succéder aux préjugés ni aux opinions de personne, j'ai voulu y dater de moi-même. Les circonstances avaient dû changer les dispositions par le fait de notre régénération. J'ai mis et recommandé à toute ma famille la plus grande politesse envers tout le monde, même envers nos ennemis . ..
Il ne s’est pas encore écoulé un seul jour que nous n'ayons reçu du Roi, de la Reine, de la famille royale et de toute la cour des marques d'une bonté vraiment touchante . .. Le Roi est un fort bel homme d'une extrême modestie et d'une affabilité rare; je l'ai vu tous les jours et entretenu. Notre campagne de Champagne, ma manière franche et loyale de l’aborder a établi entre le Roi et moi des rapports qui me procureront son estime et sa confiance ; il se loue beaucoup de notre Premier Consul, qu'il aime et qu’il admire; le Roi est vraiment notre ami ?).
La Reine, belle, charmante, est pleine de grâce; il est impossible de mieux recevoir ; la famille royale en agit avec les mêmes bontés .
Le chef de brigade Duroc a mérité à cette cour, par sa modestie, par sa réserve, et par sa conduite, l'estime de tout le monde, le Roi et la Reine m'en ont parlé avec un véritable intérêt.
Pour vous donner une idée définitive du Roi et de la Reine, c'est un ménage charmant et le modèle des ménages de l'Europe, la famille royale jointe. Il en résulte à cette cour un ton de bonté, de simplicité et d’affabilite, qui ne peut rendre que très agréable la vie à ceux qui en approchent .
1) Über Hauterive vergl. Mafjon, Département des affaires étrangères S. 409jg.
2) Ich füge nod einige Außerungen Beurnonville’s über Friedrih Wilhelm III. hinzu: 23. Januar (nach der erfien Aubdienz): J'ai cru remarquer en même temps que le Roi est essentiellement honnête homme et plein de loyauté; que sa bonne foi est égale à la simplicité de ses mœurs et de ses manières; qu'à travers les craintes et les dangers dont on assiège son imagination, il a dans certains cas une volonté très positive et claire, celle d'être notre ami. 1. Wür;: Je respecte beaucoup le Roi, parce qu'il est notre ami.
[Anfang 1800).
520 Vierter Anhang. Urkunde No. 36.
36. Bericht Talleyrand'3 an Napoleon Bonaparte. Paris an VII. Prusse 192.
Empfichit Antnüpfung neuer Berbandlungen mit Preußen; bas Scheitern ber früheren war wejentlid burd die Politit des Directoriums verfchulbet.
Lorsque le Premier Consul m'a demandé s'il ne serait pas possible de tirer parti de la Prusse, pour accélérer la paix soit générale, soit partielle, et de quelle manière on pourrait la décider à se placer àla tête d'une ligue puissante dans le Nord pour mettre un frein à l'ambition des coalisés!}, ma première réponse a été: que je ne croyais pas que la proposition formelle d'une alliance püt être accueillie en ce moment à Berlin mieux qu'elle ne l’a été à des époques précédentes . . .
Cependant en réfléchissant aux premières idées du Consul, j'ai considéré que s'il ne fallait pas s'attendre que la Prusse fût disposée même aujourd'hui à associer sans réserve sa cause et ses efforts aux nôtres par une alliance offensive et défensive, on pouvait croire au moins qu'elle avait apprécié les avantages de notre position présente, et que prévoyant pour la République de nouvelles chances de puissance et de gloire, elle mettrait quelque soin, sinon à se lier entièrement, du moins à se rapprocher plus qu'elle n'a fait jusqu'à présent.
Sous ce rapport, j'ai conçu qu'il pouvait être utile d'aller au-devant des déterminations de ce gouvernement et de le provoquer à quelques discussions communes sur les grands objets qui se lient à la pacification générale . . .
Je pense donc qu'il conviendra . . . de provoquer la Prusse à un examen approfondi des intérêts réciproques et des vues qui doivent être communes aux deux États par rapport à la pacification de l'Europe.
Le mauvais succès des ouvertures du même genre qui ont été faites à diverses époques du gouvernement directorial, n'est pas un argument sans réplique contre ce qui serait tenté aujourd'hui. Il est trop vrai que la conduite du Directoire envers les puissances armées et neutres avait été, surtout après le 18 fructidor, pleine de maladresse et d'irritation.
La Prusse, quoique plus ménagée, avait perdu toute confiance dans le gouvernement et dans la stabilité de sa politique. L'expulsion du Roi de Sardaigne, l'invasion de la Suisse, les atteintes trop évidemment portées à l'indépendance de la Batavie, avaient été particulièrement sensibles à la cour de Berlin, qui mécontente encore de l'organisation définitive donnée aux provinces transrhénanes et entourée d'ailleurs de toutes les suggestions des coalisés, était parvenue à ce point d'exaspération qu'il faut savoir peut-être quelque gré au jeune monarque d'être resté fidèle à la neutralité, quand son ministère était à peu près livré au parti de la guerre et quand les disgrâces de la République donnaient un poids si formidable aux excitations de ses ennemis.
Mais à présent les principes et la forme du gouvernement français n'ont plus rien qui effarouche. Les premiers magistrats de la République jouissent personnellement d'une considération qui fait naître la confiance, et après l'avoir acquise, ils sauront la conserver.
1) Bergl. Correspondance de Napoléon Ier, 21. Januar 1850.
Dentidrift Talleyrand's. 521
La Prusse, qui hait l'Autriche et redoute la Russie, a toujours conservé dans son sein un parti nombreux et attaché à la France comme puissance par conviction et par intérêts. Les torts de notre conduite antérieure, la versatilité ou l'extravagance de notre conduite politique avaient seuls paralysé l’opinion qui nous est favorable. Il n'est pas impossible de la relever, c'est l'ouvrage d'un peu de temps, de sagesse, de constance et de force.
Jusqu'ici on s'est imaginé qu'il suffisait de dire à la cour de Berlin que nos intérêts et les siens étaient communs, que l'alliance des deux pays était naturelle, pour la décider en effet à s'unir avec nous. Jamais le cabinet prussien n'a réfuté la vérité de cette assertion, mais toujours il nous a fait comprendre par des refus, auxquels les prétextes n'ont pas manqué, que s'il était d'accord sur le principe, il ne pouvait s'entendre sur les conséquences avec une nation dont les gouvernants n'inspiraient que de la défiance.
Ce à quoi il faut donc s'attacher aujourd'hui, c'est à détruire les mauvaises opinions qui ont prévalu sur notre compte. La restauration de notre crédit extérieur a commencé avec l'établissement de notre nouvelle constitution, il faut l'accélérer par tout moyen, et c'est particulièrement à Berlin qu'il importe d'agir efficacement pour ramener ce cabinet à notre système.
Le général Beurnonville est parti avec des instructions formelles à cet égard. Sans doute il ne négligera rien pour établir entre les deux gouvernements de France et de Prusse une confiance parfaite et des rapports d'étroite amitié. Mais je serais d'avis que dans ce moment, pour accélérer un pareil accord et pour donner jour peut-être aux résultats les plus importants, le Premier Consul se décidât à provoquer quelque franche et grande explication sur les affaires de l'Europe.
Cette discussion pourrait avoir lieu soit à Paris entre M. de Sandoz et moi, soit à Berlin entre le ministère et les agents de la République ; comme c'est à Berlin que les préventions, les résistances ont existé et subsistent encore, il paraît convenable que la discussion s'engage d'abord sur ce terrain, düt-elle ensuite être transportée à Paris, si elle devait mener à des résultats décisifs.
Mais pour ouvrir à Berlin une discussion générale sur tous les points qui tiennent à la pacification de l'Europe, à la médiation de la Prusse, à son alliance avec la République, pour préparer un ouvrage aussi vaste, pour écarter les reproches anciens, pour aplanir les difficultés récentes, pour combattre pied à pied les objections du cabinet, pour triompher des irrésolutions du monarque, enfin pour amener le prince au rôle que la République est intéressée à lui voir prendre, je ne crois pas qu'il suffise du général Beurnonville, ou du moins il paraissait convenable d'envoyer d'abord à Berlin un agent spécial particulièrement instruit des rapports anciens et présents de la République, ainsi que des intentions du Premier Consul, et qui sans titre publie, sans caractère officiel, aurait pour mission de provoquer la Prusse à une explication catégorique sur ses sentiments et ses vues.
Cet agent serait porteur d'une lettre du Premier Consul pour 8. M. Pr. Dans cette lettre, le Premier Consul, sans prononcer le mot d'alliance, sans exciter à une association de guerre s'attacherait à ouvrir une carrière vaste aux discussions . .
[Anfang 1800].
[Anfang 1800].
Gebr. 15.
Gebr. 26.
522 Vierter Anhang. Urkunden No. 36—38.
C'est toujours se mettre dans une bonne position au commencement d'une campagne que de se montrer animé du désir de la paix et de tout tenter pour la rétablir. Si la campagne est heureuse, on acquiert le droit de se montrer sévère. Si elle est funeste, on n'a point à supporter le reproche de l'avoir provoquée.
Je ne puis douter que celle-ci ne promette à la République de nouveaux triomphes, mais pour rendre la victoire utile, il faut en préparer le prix, et le prix c'est la paix; et pour que la paix soit honorable et solide, il faut qu'elle soit basée sur des négociations préparées de longue main, et qu'elle se fortifie d'un système d'alliance capable de rendre à l'Europe l'équilibre qu'elle a perdu par huit années d’agitation et de bouleversement.
37. Grlafÿ von Talleyrand an Beurnonville. Paris 26 pluviôse an VIII.
Prusse 191.
Antniüpiung neuer Allianz- Verhandlungen mit Preußen. Gefahren ber fortvauernden Neutralität für Preußen.
... Dans le cas où il n'y aurait aucun espoir d'amener les cours coalisées à une conciliation raisonnable, serait-il done impossible d’exeiter enfin la Prusse à quelques résolutions décisives et qui s'accordassent avec celles du Premier Consul, pour obtenir de la force des armes ce qui aurait été refusé à la raison et au bien de l'humanité? Le moment actuel ne ressemble en rien à ceux où la Prusse fut déjà sollicitée par la République. Si cette puissance s'est fortifiée dans le repos, un repos trop long pourrait aussi devenir funeste à sa considération politique et militaire. Il est temps qu'elle reparaisse comme partie principale dans les affaires de l'Europe, sans quoi, ce qui jusqu'ici a été prudence, pourrait bientôt ne paraître plus qu'indécision; et si le gouvernement prussien ne saisit pas le rôle de pacificateur et d’arbitre, d'après des plans convenus avec son allié naturel, tout équilibre en Allemagne, en Europe, peut être détruit sans retour, et la Prusse, froissée entre des voisins jaloux, aura, pour ne s'être pas décidée à temps, perdu à la fois et les avantages d'une neutralité de cinq ans et ceux que lui promettait un concert entier d'action et d'efforts avec la République pour la pacification générale . . .
38. Bericht von Beurnonville an Talleyrand. Berlin 7 ventôse an VII.
Prusse 191.
Uuterrebung mit König Friedrih Wilhelm III. Die Frage ber linférbeinifden Befitungen Preußens.
J'ai saisi hier, citoyen ministre, l'occasion d'un bal donné par le prince Radziwill pour entretenir le Roi sur les diverses questions contenues dans vos 3 dépêches du 26 pluviôse!) . .. Je puis vous assurer que le Roi, dans cette
1} Dieje brei Grlaffe betrafen die Statue $Gricbrids des Großen (vergl. S. 369), bie lintsrheiniihen Befigungen Preußens und die Anfnüpfung von Allianzs Berbanbiungen (vergl. bas vorhergehende Altenftüd.)
Schriftwechfel zwifchen Beurnonville und Talleyrand. 523
occasion comme dans toutes les précédentes, m'a répondu naturellement, sans 1800 faire et sans ruse. Je ne le crois vraiment capable que de bons procédés pour Br. 26. nous, tant qu'il suivra les mouvements de son cœur juste et bon . . . Je lui ai fait part du projet que nous avons de réunir dans la galerie du Louvre les statues ou les bustes des grands hommes de tous les pays. Je lui ai exprimé le désir qu'a le Premier Consul de tenir de S. M. le buste du grand Frédéric destiné à en devenir un des principaux ornements. »Je suis on ne peut plus sensible, m'a répondu le Roi, à cette preuve particulière de l'estime du Premier Consul pour le grand Frédéric. Je vous prie de lui en témoigner toute ma gratitude. J'ai regret de n'avoir ni statue ni buste de Frédéric II, mais je me ferai un plaisir de vous faciliter les moyens de vous en procurer.« Vous savez, citoyen ministre, qu'on est essentiellement économe dans cette cour, et que c'est là le caractère particulier du Roi. Je crois done devoir m'attendre à acheter ce buste, lorsqu'on l'aura trouvé . . .. Au reste le Roi m'a paru extrêmement flatté de cet hommage rendu à la mémoire d'un grand homme qu'il prend pour modèle, au moins dans sa conduite administrative.
A cette première question succéda celle des provinces transrhénanes ... Le Roi s’6tendit . . . sur les griefs et concussions de tout genre qu'on nous reproche et qu'on ne manque jamais d'exagérer à ses yeux . .. »Ce sont mes sujets, dit-il, an moins jusqu'à une cession definitive qui ne peut être arrêtée qu'à la paix. Je leur dois jusque là mes soins paternels. Je ne puis pas dissimuler que le gouvernement français n'ait agi avec aigreur et injustice à mon égard, tandis que je lui donnais des témoignages de bonne volonté qu'on n'a pas toujours appréciés« . . . Je répondis que l'occupation par nos troupes, qui nous était assurée par le traité de Bâle, entraînait évidemment en notre faveur la faculté de régir et d’administrer, . .. qu'enfin la Prusse avait consenti de fait à l'organisation française, et qu'en la laissant établir elle avait reconnu la faculté précise que nous en donne le traité de Bâle.
Le Roi, après m'avoir écouté attentivement, me fit cette réponse que je tâche de vous rendre le plus littéralement possible. »La preuve, me dit-il, que mon père n'a point entendu que l'occupation volontaire dût entraîner de fait un changement dans le gouvernement civil qu'il n'a jamais eu intention de céder, c'est que ce même et ancien gouvernement a existé depuis le traité de Bâle jusqu'en 1797. Il ne s'éleva jusqu’ alors aucune contestation, parce que vos généraux pleins d'honneur et de délicatesse, s'entendirent parfaitement avec ma régence . .. Vous concluez mal à propos que le fait de l'établissement de l'administration française en prouve le droit. Le Roi mon père n'y a jamais donné son consentement et j'ai toujours réclamé comme lui, mais sans succès . . . Cependant j'ai été pressé par la coalition de me venger. On a employé envers moi jusqu'à la menace. Ai-je varié dans ma conduite avec la France? Quoiqu'elle m'eût dépouillé du gouvernement civil de mes provinces transrhénanes dans un temps où elle faisait trembler l'Europe, n'ai-je pas toujours cherché à entretenir avec elle la meilleure intelligence dans le temps même de ses malheurs? On a pu un moment suspecter mes intentions, lorsque j'ai fait marcher mes troupes du côté de ces provinces : je voulais seulement les garantir des horreurs de la guerre. Je voulais prévenir de la part des
Febr. 26.
März 4.
Mai 31.
524 Bierter Anbang. Urkunden No. 33—40.
coalisés qui avaient de l'humeur contre moi cette conquête alors très possible et ses suites malheureuses pour ce pays. Tel a été mon seul but, et je ne suis pas fait pour en imposer . .. Mes intérêts sont liés à ceux de la France par la nature, par nos relations. Je les apprécie, et la République n'aura qu'à se louer de mes procédés; mais je désire, je l'avoue, avoir également à me louer des siens; il faut que tout soit réciproque pour que cette bonne intelligence se soutienne et se resserre encore. C'est le cas de laisser subsister les choses telles qu'elles étaient depuis le traité de Bâle jusqu'en 1797 . .. Je compte sur les bonnes dispositions du Premier Consul. Dès lors il me trouvera prêt à seconder de tous mes moyens la paix qu'il désire. Personne ne la veut plus ardemment que moi. Mais vous sentirez aisément que je n'avais pu rien faire jusquiici« . ..
Beurnonville empfiehlt der preußifchen Forderung nadzugeben. Si l'antieipation de l'ancien Directoire fut une injustice, si seulement c'est un acte douteux dont on peut respectivement soutenir le droit et l'illégalité, le pas rétrograde que nous ferions en cette circonstance n'aurait rien d'humiliant pour nous. Ce serait la rectification d'une erreur et dans tous les cas un témoignage de bonne volonté dont le Premier Consul serait fondé à se faire un mérite auprès du gouvernement prussien. Je ne me permets ces réflexions, citoyen ministre, que par suite des observations que je fais sur les lieux. Le Roi, ses ministres, ses aides de camp, son secrétaire, tous sont d'accord sur ce point, et il est bien vraisemblable que tant que cette difficulté ne sera pas aplanie, on ne voudra entendre à aucune proposition de notre part!) ...
39. Bericht von Beurnonville an Talleyrand. Berlin 11 prairial an VIII.
Unterrebung mit Graf Gaugwit.
. .. Ilserait superflu, citoyen ministre, de vous rendre dans tous ses détails cet entretien que la stérile fécondité de M. de Haugwitz a prolongé pendant trois grandes heures. C’est une admiration sans bornes pour les talents extraordinaires du Premier Consul; un attachement sincère à la République française, alliée naturelle de la Prusse, et une amitié toute cordiale pour moi. C'est une méfiance raisonnée du caractère changeant de Paul I”, qu'on veut
1) In einem Privatichreiben an Talleyrand bemerlt Beurnonville: Je ne vois aucun inconvénient au rétablissement du gouvernement civil prussien dans les provinces transrhénanes sur le pied de 1796, et j'en trouve un très grand dans un refus puisque ce serait enchaîner la bonne volonté du Roi ... D'ailleurs vous refuseriez le plus positivement possible, que le cabinet ne se déterminerait point à nous faire la guerre; il est neutre par essence; il ne vise qu'à remplir ses coffres; il a bien de l'amour-propre, mais point d’ambition, et si même il en avait, je le crois dépourvu des moyens de génie propres à la satisfaire grandement. Il méconnait le brillant et l'avantageux de sa position, il n'a pas le sentiment de ses forces (6. Män).
Schriftwechiel zwiihen Beurnonville und Talleyrand. 525
lier solidement avant de s'engager avec lui dans des opérations communes; c'est du côté du Roi une délicatesse scrupuleuse qu'aucune considération ne peut déterminer à proposer le démembrement de l'Empire; c'est une volonté décidée de nous soutenir si nous éprouvions des revers en Italie où l'on ne veut pas que l'Empereur s'agrandisse ; c'est encore le projet d'une ligue du Nord qui tendrait à limiter la navigation britannique et à faire restituer par cette puissance les colonies qu'elle a conquises sur la France et ses alliés ; c'est enfin le rétablissement en Europe du juste équilibre qu'il convient à la Russie et à la Prusse d'opérer en y faisant concourir le Danemark et la Suède, ouvrage dont le résultat tournerait surtout à l'avantage de la France, de l'Espagne et de la Hollande. Tels sont les textes principaux des longues dissertations de M. de Haugwitz, mais en définitif, il ne pose aucun fait, et il s’est excusé sur la déclaration faite par le Premier Consul qu'il remettrait à un temps plus opportun de profiter des bons offices de S. M. Prussienne !), On n'a pas encore fait cet aveu à la Russie, de peur de la dégoûter et de changer ses bonnes dispositions qu'il importe de ménager pour en tirer parti lorsque le moment opportun sera venu . ..
40. Bericht von Beurnonville an Talleyrand. Berlin 24 prairial an VII.
Prusse 192.
Unterrebung mit Prinz Heinrid.
Mai 31.
‚. . Le prince Henri est ici depuis quelques jours. Ce voyage à Berlin Juni 13.
est comme un tribut annuel que ce prince paye à un reste d’ambition toujours sans effet, mais toujours subsistant. Il serait au reste à désirer pour nous qu'il parvint à obtenir quelque influence et que ses vues fussent adoptées. Ses sentiments pour la France sont dès longtemps connus, mais l'état actuel de nos affaires n'a pu que les fortifier encore. Avant-hier il dînait chez le Roi à Charlottenbourg. Le soir, il se rendit chez le prince Ferdinand, où étaient réunies les légations d'Espagne et de France. Nos premiers entretiens se portèrent naturellement sur la marche victorieuse de l'armée du Rhin et sur l’étonnante diversion exécutée par le général Bonaparte. Ce n'est pas sans quelque plaisir, citoyen ministre, que j'ai entendu les deux frères de Frédéric II exprimer leur admiration pour le Premier Consul et leurs vœux pour le triomphe de la République. Les personnes qui entourent ces deux princes sont pour la plupart dans les mêmes sentiments, et nous ne voyons guère à leurs cours que des amis de la nation française.
Le prince Henri me dit qu'il n'était venu que pour faire connaître au Roi son opinion sur les circonstances actuelles ; qu'il ne lui avait pas dissimulé que la conduite de son cabinet ne tendait à rien moins qu'à changer l’ordre de la saine politique et à mettre l'Autriche à la place de la Prusse; qu'il pouvait en résulter des conséquences d'autant plus funestes que les deux cours impériales ne seraient jamais de bonne foi avec le gouvernement prussien, et que
1) Bergl. ©. 376.
Juli 22.
526 Vierter Anhang. Urkunden No. 40—41.
celui-ci finirait par perdre son allié puissant et naturel, la France, pour qui il ne voulait pas se décider. Le prince Henri pense encore qu'il serait d'un intérêt majeur de former sous les auspices de la Prusse une ligue des princes du Midi de l'Allemagne, tels que Cassel, Darmstadt, Bade, Württemberg etc. ; il voudrait par l'association de ces petits états assurer leur indépendance contre le despotisme autrichien.
Non content de sa démarche auprès du Roi, le prince Henri a fait aussi une tentative auprès de M. de Haugwitz. Il a envoyé auprès de ce ministre son aide de camp Laroche-Aymon pour lui communiquer ses idées. Celui-ei me disait avant-hier soir que M. de Haugwitz ne rejetait point les vues du prince et qu'il semble même y adhérer. Mais il est facile de prévoir que cette apparente condescendance de M. de Haugwitz n'a rien de solide et de réel. Le prince Henri retourne à Rheinsberg, et bien probablement son apparition ici n'aura apporté aucun changement dans la politique de ce cabinet . ..
41. Bericht von Beurnonville an Talleyrand. Berlin 3 thermidor an VIII.
Prusse 192.
Unterrebung mit Lombarb über die Note vom 30. Juni!).
... Je me trouvais avant-hier à dîner avec M. Lombard, que je n'avais pas vu depuis assez longtemps. Il débuta par me demander comment j'avais trouvé la note qui m'a été remise par le cabinet. Le ton avec lequel il me fit cette question annonçait que le gouvernement prussien croit avoir fait un grand pas et qu'on attache une haute importance à cette démarche. Je ne dissimulai pas à M. Lombard que cette note, dans laquelle je n'avais pu voir qu'avec plaisir les sentiments humains et généreux qui animent 8. M., ne m'avait point paru d'ailleurs très satisfaisante, puisqu'après avoir négligé de donner suite à nos ouvertures précédentes, on se borne aujourd'hui à nous demander des communications nouvelles, sans nous promettre même encore d'une manière positive ce concours de la Russie qu'on nous fait espérer depuis cinq mois. La réponse de M. Lombard se réduisit à des protestations du désir du Roi de concourir de toutes ses forces à la pacification générale . . .
1) Bergl. Nr. 342, ©. 382.
Nünfter Anhang.
Berichte von öjterreichifchen Gefandten aus Berlin.
Berichte des Fürften Reuß aus Berlin).
1. Berfude, Preußen wieder zum Beitritt zur Coalition zu beftimmen. Cflgin. Kalytibew. Unterrebung mit Graf Gaugwit.
Ob e3 fi) zwar, was den Gang anbetrifft, dem fid der biefige Hof in 1796 der jebigen Lage der Dinge zu folgen vorgenommen haben mag, nod nichts Bebr. 18. weniger al3 Klar feben läßt, jo ergreife ich doch biefe fichere Gelegenheit, um wenigitens dem erleuchteten Ermefjen €. €. dasjenige zu unterlegen, was biefe Beit her meine Aufmertfamfeit bejchäftiget bat, und zwar bemnad) mit der fürzlihen Darftellung der Thatfahen anzufangen.
Gleich in den erften Tagen des ierfeins des Milord Elgin vertraute mir berfelbe, wie febr zwar das englische Minifterium wünfhe, den König von Preußen wieder dahin zu bringen, daß er neuen thätigen Antheil an dem Krieg gegen Frankreich nehmen möge, und zu dem Ende auch Höchitdenfelben mit Gelbe zu unterftügen geneigt fei, wie aber zugleich das in England gegen Preußen entftandene Miftrauen zu allgemein geworden fei, al3 daß ein englijer Minifter e3 jebt wagen dürfe, im Parlament von Subfidien an Preußen zu fprechen; diejer Borfchlag müffe alfo von Rußland an beide Mächte gemacht werden, um fid auf einigen Erfolg Hoffnung maden zu können. Da e8 mir an Berbaltungsbefehlen für diefen Umstand gebrad, id auch mit diefem neuen Minifter, jo feierliche Proteftationen er mir aud von der Aufrichtigfeit und Wärme Englands in feinen Gefinnungen gegen ©. Raiferl. M. fowobl, al3 von feiner perfünlichen Anhänglichkeit an diefes Syftem fprad, und fid auf unfere individuelle Befanntichaft berief, vorfichtig zu Werke gehen zu follen glaubte?), jo bejchränfte ich mid), al3 er mein Urtheil über die hiefige Lage der Dinge, und über die Möglichkeit, feinen Wunfch in Gang zu bringen, zu wiffen wünfchte, in meinen Yußerungen auf Generalia.
Hierzu fam, daß nun auch der Herr vd. Kalytfchew mit den beftimmten und €. €. gewiß befannten Weifungen dahier eintraf, welche er bem Milord Elgin münblid, mir aber in Originali mittheilte, und deren darin enthaltene Aufträge
1) Die Berichte find fämmtlid an Baron Thugut gerichtet. 2) So hatte Thugut felbft anempfohlen, da Elgin in Wien für preußiich gefinnt galt. (Erlaf an Reuf, 1795 Sept. 9.)
Febr. 18.
528 Fünfter Anhang. Urkunde No. 1.
derjelbe auch, wenige Tage nach feiner Ankunft, an den Herrn Grafen v. Haugwiß fid erledigte, jo wie er auch in Betreff derjelben mit dem Herrn General v. Bijchoffwerder eine Unterredung verlangte und erhielt. Während diefer Zeit langten der Freiherr v. Hardenberg und der Erbprinz v. Hohenlohe hier an, erfterer wahrfheinlich — lebterer aber, wie id aus mehreren Unterredungen mit ihm nicht zweifeln fann, gewiß in der Abjicht, in den friedlichen Gefinnungen des biefigen Minifteriums eine Veränderung hervorzubringen. Ob num ihon der General v. Bifhoffwerber jowohl als der Erbprinz v. Hohenlohe dem Herrn dv. Kalytichew, aus ihren erften Rüdäußerungen zu jchließen, Anlaß gegeben haben, daß des Königs von Preußen Majeftät, mit dem Betragen der franzöjiihen Regierung unzufrieden, nicht abgeneigt wären, wenn aud nicht offensive, bod wieder gewaffnet fid auf das Theater zu jtellen; Bilchofjwerder aber zugleich merten ließ, e8 würde dem König lieber fein, wenn die Anträge von der Seite des Raifers Majeftät herfämen (diefes verficherte mich Herr dv. Kalytichem wenigjtens), jo gab doch Graf Haugmwiß diefem Minifter zu erfennen: der König werde biefer Monardin Vorfchläge in reife Überlegung ziehen; er könne aber in diefem Augenblide, in welchem er über mehrere Bunkte eine fategorifche Antwort von Frankreich erwarte, feinen Entichluß fallen, werde aber aladann über bas, was ihm die Umstände vorjchrieben, fid in vollem Vertrauen gegen die Raiferin erklären.
Sn der Zwifchenzeit war ein von dem Minifter v. Struenfee wegen eines jeit mehreren Jahren fehlgeichlagenen VBerfuches, fich im Auslande oder im Staate Geld zu verjchaffen, um die während des Krieges zu Frankfurt am Main aufge nommenen Gapitalien zu deden, entworfener Finanzplan zum Vortrage fertig geworden, und ward von einer aus bem Herrn Grafen v. Schulenburg, dem Herrn vd. Struenjee, und dem General v. Bifchoffwerder beftehenben Commiffion dem König in einer Conferenz vorgelegt, und von Höchftdenenjelben angenommen und beftätiget, beffen Ausführung wahrjcheinfich als ich nicht mit einem neuen thätigen Antheil an dem Kriege reimend vorgeftellt worden fein mag, ba feit diefer Beit diejenigen, welche bis dahin nicht allein für eine neue levée de bouclier ftimmten, fondern auch an dem König einige Neigung hierzu zu bemerfen glaubten, ihre Sprache verändert haben.
Da num deffen ungeachtet von Verjtändigen und Unverftändigen, von unterrichtet jein fünnenben und folchen, die fid für unterrichtet ausgeben, mit eben jo viel Gewißheit von einer nahen Wiederrüftung, und von dem angenommenen Grundjage gejprohen wurde, daß man fich gegen Frankreich nicht anders ficher ftellen könne, ala wenn man mit den Waffen in der Hand jprechen könne, als von der andern Seite erwiefen wurde, die beträcdhtlichjten Subfidien müßten ben biefigen Hof keineswegs bewegen, wieder mit Truppen auf dem Theater zu ereinen, fo glaubte id, bas wiederholte Anerbieten des Herrn Grafen v. Haugwis, in jeder Sache, welche Aufklärung bedürfe, diefelbe bei ihm zu juchen, jebo vornehmlich nügen zu follen, um eine donnée mehr zu erhalten, und fie mit der gegen den Herrn dv. Kalytjchew geäußerten Auskunft vergleichen zu fönnen. Ich brachte alfo die Sade in einer freundichaftlichen Unterredung auf die Bahn, und erhielt in einem auf alle Weije gefälligen Tone zur Erläuterung: daf der Kaijerin von Rußland Majeftät den König fürs erjte in einem eigenhändigen
Berichte des Fürften Neuß aus Berlin. 529
Briefe zu einer neuen Theilnahme an dem Kriege aufgemuntert, fpäter aber burd 17% den Herrn dv. Kalytfchero diefen Aufruf ministériellement habe wiederholen Laffen, Bebr. 18. und fi nicht nur anbeijhig gemadt, England zu vermögen, daß diefe Macht neue Subfidien an Preußen zahlen würde, jfondern zu verjtehen gegeben, daß Höchjftdiefelbe zu glauben alle Urfahe babe, England würde fi) vollfommen bereit dazu finden lafjen. Hierauf babe der Herr Graf Haugwig dem Herrn dv. Ralbtider im Namen des Königs geantiwortet, man erwarte hiefigerjeit3 auf eine ernithafte Anfrage an die franzöfiiche Regierung über drei Gegenftände Antwort, und febe fit daher für biejen Augenblid außer Stande, fid gegen der Raiferin Majeftät auf eine beftimmte Art zu erklären; der König werde aber nad) eingetroffenen Nachrichten aus Paris nicht verfäumen, die Lage der Dinge und feine davon abhängenden Entihliegungen dem Ermefjen der Raiferin zu unterlegen. Diefe drei Gegenftände bejtänden in dem Betragen der franzöfiichen Truppen in den von ihnen noch bejegten preußifchen Provinzen, in dem Scidjale der Republik Holland und der Dranifhen Familie, und in der Neutralität für das nördliche Deutichland, um welcher Willen Preußen vorzüglich Frieden mit Franfreich gemacht babe. Über diefe Neutralität aber, welche dem König am meiften am Herzen liege, und von welcher Er unter feiner Bedingung das minbdeîte nadzugeben feft entjchloffen fei, juche die franzöfifche Regierung jede beftimmte Er- Härung zu elubiren; deswegen habe man jich bei Kurbraunjchweig, bei dem Herz0g von Braunfchweig, Hefjen-Eaffel, Oldenburg u. f. w. bemühet, dieje Fürften zu bewegen, daß fie ir Militär auf folhem Sub erhalten möchten, daß man im Stande bleibe, einer ernithaften Sprache Nahdrud zu geben, fo wie aud die fönigl. preußifchen Truppen fich im gleichen Stande befänden; welche Partei aber ergriffen werden würde, fünne man noch auf feine Weife angeben. An mid) fügte der Herr Graf Haugmwih hinzu: der König werde es fich zur Pflicht machen, dasjenige, wozu die Umftände ihn beftimmen würden, vor Allem ©. M. dem Raifer im vollflommenften Vertrauen vorlegen zu laffen. C8 jei zwar vor einigen Tagen ein von dem Herrn dv. Sandoz abgefhidter Courier hier angefommen, welcher aber nur einen Bericht über die Lage der Dinge, jo wie er fie in den erften Tagen feines Aufenthaltes babe beurtheilen fünnen, die Nachricht der ernfthaften Zurüftungen auf den bevorjtehenden Feldzug, und aud diefes mitgebracht babe, daß die Mitglieder des Directoriums fid im Discurfe gerühmt hätten, es fei mit DOfterreich und England in Friedensunterhandlungen begriffen, welchem aber hier nicht der minbeîte Glauben beigemefjen werde. Diernäcit fei diefer Tage ein Courier bei Gaillard angefommen, von beffen wahrjcheinlich mitgebrachter In= ftruction oder Nachrichten er fich aber das geringite nicht habe verlauten laffen, e3 Tafje fic) auch nicht conjecturiren, was der Inhalt wohl fein möge.
Aus dem Gegeneinanderhalten diejer Fürzlich dargeftellten Beobachtungen und verfchiedenen Hußerungen möchte fich daher ergeben, daß die Eröffnungen des Grafen Haugmwiß, umfomehr, da fie mit bem, was er dem Herren dv. Kalytjcherv gejagt bat, übereinftimmen, am vorzüglichiten zum Leitfaden zu wählen fein möchten, an bem e3 fi am wahrjcheinlichjten fortichliegen laffen Eünnte, wie viel man von bem hiejigen Hofe in den vorliegenden Umständen zu erwarten haben mag, und dabei hoffen laffe, daß derjelbe wenigjtens den coalifirten Mächten in den befdloffenen Maßregeln fein Hinderniß in den Weg legen werde, weswegen
Baillen, Prenben u. frantreid. 1. 34
Gebr. 18.
Mär 30.
530 Fünfter Anhang. Urkunden 1—2.
noch überdies der Herr Graf Haugmwiß, fo oft über diefe Gegenftände e3 zwifchen uns zur Sprache fommt, mir jedesmal die feierlichften Berfiherungen giebt.
Diernädit foll ich noch Hinzufügen, daß mir nod durch andere Canäle zuge: fommen ift, daß ein folder Plan von einem aufzuftellenden Neutralitäts » Corps wirflicy bei bem biefigen Gabinete auf bem Tapet fei, und daß man, wenn aud das franzöfifche Directorium verfprechen follte, die Neutralität des nördlichen Deutfchlands zu refpectiren, deffenungeachtet Hier nicht geneigt fei, der Zufage eines folhen Gouvernements zu trauen. Was über diefen wichtigen Gegenstand nun etwa ferner transfpiriren jollte, werde ich nicht anftehen laffen, €. €. ohne Verzug ganz gehorfamft einzuberichten. Son ziemlich guter Hand habe id inbeffen nod vernommen, obwohl ich e3 nicht ganz verbürgen fann, man habe die Idee dahier, im Salle e8 zur wirklichen Formirung des oberwähnten Neutralitäts- Eorp3 fommen follte, aud den Herrn Kurfürften von Sachfen anzugehen, daß er zu demfelben ebenfall3 Truppen ftellen folle; e3 ift daher zu hoffen, daß man nicht den Einfall Haben möge, auf das nunmehr wieder zu Felde gehende fächfife Reichscontingent zu diefem Ende Anfprud machen zu wollen . .