‹ Preussen und Frankreich von 1795 bis 1807Chapitre 230 sur 234 · Unterrebung mit Graf Haugwib · texte numérisé non relu

Unterrebung mit Graf Haugwib

. In einer Unterredung, zu welcher ich von dem Herrn Cabinet3-Minifter Grafen Haugwiß eingeladen worden, hat mir derfelbe zu erkennen gegeben, daß das am 21. nad Wien abgegangene fünigl. Antwortjchreiben !) dasjenige wirtlic enthalte, was mir fon vorhero befannt gemacht worden fei, und mit welchem Berlangen nunmehro des Königs Majeftät der Ausfertigung von Seiten Ihrer Kaiferl. Majeftät der Vollmachten zu den Unterhandlungen entgegen fähen. Se deutlicher und furchtbarer Ihnen das Bild der von Frankreich her drohenden Gefahren, und je tröftlicher die Zuverficht auf ein aufrichtiges Einverftändniß ziwifen den drei benachbarten Höfen als das einzige aber wirkfame Rettung» Mittel vor Augen jchwebe, defto feiter fei Ihr Vorfag, S. À. M. durch die That zu beweifen, wie ernitlid Sie wünfchten,, diefe Vereinigung in dem möglichit fürzeften Zeitraum zu ftande gebracht zu jehen, um der franzöfifchen Regierung, welche alle Nationen des übrigen Europa nunmehr ohnleugbar für ihren gemeinfamen Feind anerkennen müßten, nicht Zeit zu laffen, zerftörende Gegen - Maß: regeln ins Bert feben zu können, und um den vielleicht jebt nod günftigeren Zeitpunkt zu nüben, in welchem diefelbe ihre zu den zerftörenden Planen in der Schweiz und in Jtalien verwendete militärifche Macht noch zerjtreut habe.

Eine ganz gleiche Sprache bat diefer Herr Eabinet3-Minifter in einer fpäâteren Unterredung mit bem Herrn Grafen dv. Banin gegen denfelben geführt, und bat nur der Nußerung: „daß, fo erwünjcht S. M. des Raifers Vorfblag, S. Rubijh Kaiferl. M. um Ihre Intervention zu diefer vorhabenden Übereinkunft anzugehen, dem Könige gewejen wären, Höchjtderjelbe fid eben jo zuverfichtlich der willfährigen und balbigiten Unterziehung von Seiten S. Ruffiih À. M. biejes Bermittlungs : Gefchäftes fchmeichelten”, die Erläuterung Hinzugefügt, daß des Königs Majeftät Wunsch fi auf die ruffiiche Vermittlung zu den vorliegenden gefammten Reichs » Angelegenheiten erjtrede ; welches von dem, was der Herr Graf von Haugwig mir eröffnet bat, mir febr abzuweichen fcheint . .

10, Audienz bei König Friedrich Wilhelm III. Unterrebung mit Graf Haugwig. Diner in Potsdam. Graf Lufi. Minifter Schulenburg.

Votre Excellence. Je m'empresse d'avoir l'honneur de mettre sous les

1) Bergl. Hüffer 2, 225.

Berichte des Fürften Neuß aus Berlin. 539

yeux de V. Exc. le résultat de l'office dont, muni d'instructions aussi éclairées 1798 et des pièces y appartenantes qu'elle a daigné me faire parvenir !), je me suis April 17. acquitté auprès de Sa Majesté Prussienne et de ses ministres, en tächant d’influer sur M. de Haugwitz, qui malheureusement sait toujours conserver son crédit auprès du monarque par les artifices que j'ai eu l'honneur de développer antérieurement.

Après avoir écouté avec attention ce que j'osais porter à sa connaissance du contenu de la lettre que j'avais à remettre aussi bien qu'en détail de ce que V. Exec. m'a ordonné d'exposer au ministère, 8. M. me répondit que, extrêmement sensible à la précieuse confiance que S. M. l'Empereur voulait accorder à ses sentiments pour elle et à ses intentions pour ce dont il s'agissait, elle n'avait rien de plus précieux à cœur que d'en convaincre 8. M. Impériale et de lui donner des preuves de son éloignement de toute vue d’agrandissement ; qu'en se conformant aux considérations énoncées, en ce qu'il ne serait point donné de suite aux propositions faites à M. de Goertz à Rastatt avant l’ouverture des négociations qui devaient avoir lieu ici sous l'intervention de la Russie, 8. M. ordonnerait de nouveau à ses ministres à Rastatt de se concerter avec les plénipotentiaires impériaux sur toutes les démarches à faire par des voies de négociations, pour obtenir de la France une prompte et solide paix sur la base de la renonciation à toute idée de possession et d'entreprises sur la rive droite du Rhin, ne voulant cependant pas cacher à 8. M. I. qu'elle croyait d'autant plus se borner aux voies de la négociation, en évitant ce qui pourrait amener de nouvelles hostilités, que ce principe répondait aux observations éclairées de S. M. l'Empereur; que cependant 8. M. Prussienne restait résolue de repousser vigoureusement toute infraction intentée de la part de la France à la neutralité du Nord de l'Allemagne. (C'est là le cheval de bataille de M. de Haugwitz dont il est si glorieux). Lorsqu'alors j'osais observer à 8. M. que comme les vœux de S. M. l'Empereur s'étendraient non à une partie, mais à toute l'Allemagne, et comme 8. M. Pr. avait déclaré partager ces vœux magnanimes, non seulement j'osais réclamer au nom de mon souverain le concours d’un langage énergique vis-à-vis de la France vers ce but, mais aussi, solennellement autorisé par ma cour, supplier 8. M. Pr. de vouloir confier à S. M. I. ses avis sur le principe de ce langage le plus propre pour sauver l'Empire du danger dont il était si éminemment menacé, 8. M. me répondit qu'une fois les bases posées ici pour le concert dont elle désirait si ardemment la plus prompte confection , elle ne doutait aucunement que l'on ne püt convenir alors des mesures à prendre pour atteindre à ce but conservateur, pour lequel la réunion des deux cours était si nécessaire, et qu'elle me chargeait surtout d'assurer S. M. I. qu'il n'y avait rien qu'elle puisse plus ardemment désirer que cette réunion cordiale et prompte qu'elle était bien éloignée de vouloir fonder sur aucune vue d'agrandissement, qui en général n'entrait pas dans ses principes et qui lui paraissait,

1) Am 3. April hatte Thugut bem Fürften Neuß 'geichrieben: bie Gauptgrunblage für eine Berflänbigung bilde gemeinfamer Wiberftand gegen die Anfpride ber Franzojen auf Stüde vom rechten Rheinufer unb gegen ihre Abfidten auf gewiffe Geftungen, nament-

lié Ehrenbreitftein. Über bas gleichzeitige Schreiben des Kaifers an ben König von Preußen vergl. Hüffer 2, 227.

April 17,

540 Fünfter Anhang. Urkunde No. 10.

à cette époque-ci surtout, devoir être mise plus encore hors de ligne de compte. Après avoir réitéré les protestations de son sincère dévouement et de son amitié inaltérable pour $. M. l'Empereur, $. M. Pr. me congédia gracieusement.

Demeurant à Potsdam, S. M. m'y avait fait venir et M. de Haugwitz m'introduisait à l'audience, vis-à-vis duquel j'étais entré la veille dans un grand détail sur les objets que V. Exc. m'a ordonné de tächer de faire adopter de nos intentions à cette cour; mais quoiqu'il parût à la fin vouloir s'y rendre, il ne fit que prendre ad referendum jusqu'à ce qu'il aurait pris les ordres du Roi, après avoir fait toute sorte de tentatives pour obtenir de commencer d'abord les négociations sur ce qu'il appelle la base du concert ultérieur (c'est-à-dire l'article des dédommagements), en cachant ses sentiments réels sur l'empressement joué de voir les denx cours réunies, et ajoutant que l'on prierait la cour de Russie d'y accéder dès que les pleins pouvoirs seraient arrivés, cédant cependant à la fin à mon opposition motivée sur les ordres dont V. Exec. m'avait honoré. Et ce fut le lendemain de l'audience que M. de Haugwitz me dit au nom du Roi que quoique 8. M. fût empressée de commencer les négociations le plutôt possible, qui devront faire la base de la réunion des deux cours, elle consentait à en différer l'ouverture jusqu'à ce que la Russie pourrait y participer; qu'en attendant MM. de Goertz et de Jacobi recevraient sans délai des ordres réitérés de se concerter avec les plénipotentiaires impériaux sur les moyens d'obtenir, par toutes les voies de la négociation, de la France les deux points que le Roi regardait comme 8. M. l'Empereur comme les plus urgents : 19 la renonciation de la part de la France à toute possession sur la rive droite du Rhin et 2°la cessation de tentatives sur les forteresses situées sur cette rive; que tout pénétré qu'était le Roi du désir de sauver de la rive gauche ce qui pourrait l'être, il avouait, ayant perdu tout espoir de l'obtenir de l'opiniâtreté trop prononcée des Français, être d'avis que sans leur accorder cette injuste prétention, on n'obtiendrait jamais le point aussi essentiel dont le Roi sentait toute l'importance, d'évacuer la rive droite. 8. M. ne se cachait point combien il sera difficile de porter le gouvernement français à consentir à cette aussi juste condition, et que ce point lui paraissait être le plus essentiel à considérer, après que les deux cours se seraient entendues sur les articles sur lesquels elles étaient convenues de traiter sous l'intervention de la Russie, dans le cas — que trop à prévoir — que les moyens des représentations (Borftellungen était le mot) que les ministres du Roi mettraient en œuvre à Rastatt devraient ne point avoir eu de succès, et par lesquelles ils tâcheraient nommément d'obtenir la retraite des armées françaises; mais comme le Roi n'avait que trop lieu de craindre que les Français n'y consentiront point avant la signature de la paix et qu'ils ne la signeront point avant le consentement formel de la cession de la rive gauche entière, il lui paraissait indispensable, pour les écarter de nos arrangements de l'intérieur, d'être auparavant d'accord sur ces points avec 8. M. l'Empereur, et que c'était surtout dans ces vues que le Roi désirait si ardemment la confection des négociations concertées entre les trois cours, durant lesquelles S. M. I. se convaincrait du désintéressement du Roi et de son désir sincère d'établir entre les deux cours l'union la plus cordiale.

En consentant à transmettre fidèlement à ma cour cette réponse, je ne

Berichte des Fürften Neuß aus Berlin. 541

cachais pas à M. de Haugwitz qu'en y découvrant toujours le même principe de méfiance certainement si injuste et nuisible, je ne pouvais regarder ceci que comme une ouverture fort imparfaite et que craindre à ma cour une impression égale et peu encourageante ; qu'en appelant aux assurances qu'il m’avait faites si souvent de ses sentiments et de ses intentions, je le priais de peser les sensations qui naîtraient certainement en lui, si un jour il aurait à se reprocher d'avoir fait manquer par des soupçons aussi mal fondés, ou peut-être par des considérations de ménagements relativement à la France, le seul moment qui s'offrait encore de pouvoir sauver de l'Europe ce qui en est encore à sauver; sur quoi M. de Haugwitz reprit, en se peignant des plus avantageuses couleurs, qu'il n'hésitait point de me confier préalablement que le Roi n'attendrait que l'ouverture des négociations pour déclarer qu'il se contenterait pour tout dédommagement de l'évêché de Hildesheim, quoique très inférieur à ce qu'il perdait de l'autre côté du Rhin; qu'il ne désirait pour la maison d'Orange d'autre avantage que celui que le prince lui avait fait connaître depuis peu (c'est-à-dire l'idée de M. de Stamford, dont j'ai déjà eu l'honneur de faire mention) comme M. Tollius à M. de Goertz; que l’on s'ouvrirait alors sans détour sur tous les autres objets relatifs à larrangement général des affaires ; que la condition de se garder le silence mutuellement sur tous les sujets dont il serait question s'entendait de soi-même, mais que le Roi s'y engageait solennellement; mais que ceci s’entendrait surtout pour le concert des moyens qui seront nécessaires pour nous délivrer des Français et de leur influence, comme aussi ceux qui devront nous assurer la sûreté de la puissance et de l’indépendance de nos États respectifs. Lui adressant la question ce qu'il répondrait à Caillard si peut-être il osait s'informer auprès de lui sur l'objet des conférences qui auraient lieu, le comte Haugwitz me répondit qu'il dirait sans hésiter que l'intérêt de l'Allemagne touchait de trop près la part que devaient y prendre l'Empereur et le Roi, pour qu'ils ne concertent ensemble les arrangements que les suites des négociations à Rastatt rendaient nécessaires; qu'au reste il n'était question de rien qui puisse causer de l’ombrage au gonvernement français. Le comte Haugwitz me dit que je pouvais compter là-dessus.

Tout ceci était accompagné des assurances les plus fortes de sincérité, qui, malheureusement, dans la bouche de ce ministre signifieraient, vu une affligeante expérience, comme jusqu'ici le contraire, si des notions que le respectable comte Panine et moi avons été à même de recueillir d'autres sources sur quelque changement dans la façon de voir du comte Haugwitz, amené par les événements et par les vues de la France, dont il commence à reconnaître tout le danger, et par la magnaminité de notre cour, reconnaissant que la Prusse ne pourra pas se soustraire au danger général qu’en se liant étroitement à notre cour ; si ces notions, dis-je, ne nous portaient à espérer mieux de la conduite à venir de ce ministre, qui, à ce qu'il semble, paraît venir à l’épreuve par les transactions que le comte Panine vient d'entamer par ordre de Sa COUT . . .

Pour ce qui concerne les ordres dont V. Exec. m'a honoré . . relativement aux décorations de chevalerie de la couronne de France !)}, le comte

1) Die franzöfishe Regierung batte von der preußifchen Negierung die Zuficherung

April 17.

542 Fünfter Anbang. Urkunde No. 10.

Haugwitz m'a répondu que . . le Roi avait eru devoir condescendre à cette réquisition du Directoire de moindre importance pour ce qui regarde les émigrés reçus dans ses états ou à son service; mais qu'il avait déclaré en même temps ne jamais penser à étendre cette complaisance jusqu'à ceux qui, dans un autre service ou sous une protection étrangère, viendraient dans ce paysci, et qu'au reste on avait évité la peine à tous les émigrés décorés d'un ordre émané en les priant personnellement de tirer le Roi d’embarras en quittant d'eux-mêmes les ordres ete. Comme V. Exec. m'ordonne de me borner aux représentations amicales à ce sujet, et comme cette cour a malheureusement déjà cédé sur ce point en exceptant cependant le cas cité ci-dessus, je me flatte d'avoir rencontré les intentions éclairées de V. Exc. en témoignant seulement mes sensibles regrets de cette complaisance pour des réclamations qui compromettaient la dignité des cours et mes vœux que dans des occasions futures l'on convaincrait le gouvernement républicain et arrogant que l'on aura assez d'énergie pour ne pas céder à tout ce qui lui passerait par la tête pour nous humilier. M. de Haugwitz parut prendre tout ceci fort bien, et assura que sûrement l'on se conduirait avec dignité dans des objets plus graves.

Comme d'après les ordres de V. Exc. je n'ai non seulement conféré avec mon bien digne collègue, le comte Panine, sur toutes mes démarches vis-à-vis de cette cour, après lui avoir communiqué toutes les pièces dont V. Exc. me permet de lui faire part, je me suis trouvé trop heureux d’avoir rencontré dans le respectable général Stamford (dont je connais depuis longtemps les principes honorables et le zèle à les faire fructifier) pour ne pas l'avoir soigneusement cultivé, autant qu'il m'était permis sans autorisation, comme aussi le brave comte Panine, à qui je l'ai fait connaître pendant son séjour ici, et ce n'est qu'avec bien de la peine, que nous l'avons vu partir d'ici, comme j'ai eu l'honneur de le mander à V. Exec. !).

J'ajouterai ici ce que je dois encore avoir l'honneur de rapporter, au sujet du général Lusi, qui se dit jaloux de l'honneur d'être connu à V. Exc., le récit du dîner qui eut lieu à Potsdam après l'audience, que le Roi fit servir à l'auberge où j'étais descendu, dont M. de Haugwitz fit les honneurs, et pour lequel étaient invités le général [général - major] Rüchel, M. de Zastrow, de Köckritz, le général Lusi et le maréchal de la cour de Massow. La conversation fut animée et dirigée principalement sur les dangers toujours plus approchants, sur la réalité desquels on ne devait plus se faire illusion, sur la fermeté du gouvernement anglais, sur la part que l'on prenait au bonheur de ce que l'explosion de la révolte tramée en Irlande avait avorté, et à l’espoir que l'expédition contre l'Angleterre échouerait par cet événement, ce qui amena, après que nous nous étions levés de table, de la part de MM. de Zastrow et de Köckritz l'application de cette conversation, qu'ils m'adressèrent retirés dans l'em-

erhalten, baf bie Emigranten die alten Löniglich-franzöfifhen Orben in Preußen nicht mehr würben tragen bürfen.

1) General Stamforb war am 8. März in Berlin angelommen, um auf Beranlaffung bes Herzogs von Braunfchiweig eine Verbindung zwijchen England unb Preußen zu vermitteln. Nach einer Aubienz beim Könige, bie zu feinem beftimmten Ergebniß führte, reifte er nach Petersburg.

Berichte des Fürften Neuß aus Berlin. 543

brasure d'une fenêtre, tendant à me donner les plus fortes assurances non seulement de la droiture des sentiments du Roi envers 8. M. l'Empereur et de son désir de s'unir à nous, mais de la vive part qu'ils prenaient eux à l’empressement de leur maître, protestant que le Roi, en renonçant aux projets antérieurs d'indemnisation pour lui et la maison d'Orange et étant prêt à se contenter de bien moins, n'avait principalement en vue qu'une union cordiale avec la maison d'Autriche. Mais si, dans cette conversation, j'ai eru découvrir, à travers une prévention caractérisant cette nation et difficile à supporter, une espèce de conviction de la nécessité de se prononcer pour la réunion avec nous, je ne me suis pas moins aperçu dans le fond de leur âme d'un manque de confiance dont je ne leur ai pas caché mon étonnement et mon juste ressentiment, finissant cependant par leur dire que si telles étaient les intentions du Roi, dont à la vérité quant aux renonciations des prétentions au moins le ministère ne s'était pas ouvert jusqu'ici, qu'au contraire ete., l'accomplissement d'une transaction aussi salutaire n'en serait que plus proche, comme surtout les principes magnanimes de ma cour devraient être hors de doute.

M. de Lusi m'ayant prié de prendre le thé chez lui, je m'y rendis, et c’est à cette occasion, qu'il me dit qu'ayant à présent souvent occasion de parler au Roi, il avait pu se convaincre de sa désapprobation de la politique du règne précédent, et de sa ferme résolution de réparer le mal par une marche droite, comme aussi non seulement de son éloignement de toute prévention contre nous, mais de son désir de se lier étroitement à nous, et que, pour bien affermir cette impression, M. de Lusi ne se lassait pas de lui dire (comme il le prêchait aussi sans cesse à ses alentours) qu'il n'existait plus pour lui de puissance rivale, que toutes les puissances ne devaient que fixer leurs regards sur un ennemi implacable et commun, qui était la France, et réunir leurs efforts pour opposer une barrière défensive à ses projets funestes et à découvert; que le principe qui devrait diriger son cabinet devrait être de gagner la confiance des autres pour prouver aux Français que tous leurs efforts de brouiller les Rois n'aboutiraient qu'à resserrer leur amitié; et il finit en assurant qu'une fois la confiance établie, le Roi trop pénétré de ces vérités, resterait fidèle à ses engagements et n'en souffrirait pas de déviation. Sur ce que je me plaignais visà-vis de M. de Lusi de ce que les duplicités suivies de M. de Haugwitz me paraissaient être un obstacle invincible aux vœux de tout homme de bien malgré les bonnes dispositions du Roi, et que je lui en fournissais plusieurs preuves, il en parut sérieusement affligé, disant cependant qu'il ne perdait pas l'espoir qu'une fois le rapprochement des deux cours entamé, le Roi serait jaloux de le cimenter et de faire suivre sa volonté par ses serviteurs. Ayant eu occasion d'apprendre à connaître à différentes occasions la façon de penser de M. de Lusi, et combien il a toujours désapprouvé la marche perfide de ce cabinet sous le règne passé et les infamies de Lucchesini, j'oserais concevoir quelque espérance que l'on pourrait peut-être profiter de ses bonnes intentions en cas de besoin.

M'étant trouvé ces jours-ci à un dîner à côté du ministre Schulenburg, et profitant de l'occasion qu’il me donna de parler des affaires du temps, pour exciter son amour-propre à mettre son crédit auprès du Roi en œuvre pour laf-

April 17.

April 17.

Mai 4.

544 Flinfter Anhang. Urkunden No. 10—12.

fermir dans les bons principes ete., il me dit: »vous pouvez être assuré que le Roi pense bien, qu'il sent ce qu'il doit faire et qu'il veut sincèrement s'unir à vous, qu'il est en chemin pour faire respecter sa volonté chez lui; mais suivez mon conseil: poursuivez la marche de la correspondance personnelle et des audiences, pour le porter à la decision; ce qui sera en mon pouvoir de faire pour le bien, je le feraia . . .

11. Gallatin, Reede und der Herzog von Braunfchweig. Lorb Elgin.

Monsieur le Baron. La communication qui m’a été faite de la part du duc de Brunswick par un canal qu'il honore de sa confiance, me paraît être trop importante pour ne pas me hâter de la soummettre aux lumières de Votre Excellence par la voie usitée et sûre, pour qu'elle lui parvienne sans la connaissance de cette cour, et j'ose me flatter de l'approbation respectée de V. Exec.

Le séjour que le baron de Reede {autrefois ministre de Hollande ici) et le chevalier de Gallatin, Suisse de naissance, ont fait à Brunswick durant tout l'été dernier, les a fait connaître au due sous un jour favorable, tant en égard de leurs principes, que de leurs facultés, de sorte que non seulement le duc leur parla souvent sur les affaires du temps avec confiance, mais qu'il est resté en connexion avec eux depuis que tous les deux se sont établis ici, et qu'il reçoit de leurs avis de cette ville.

Depuis quelque temps M. de Reede, informé par ses connexions des démarches faites par Leurs Majestés l'Empereur et le Roi de Prusse pour effectuer un rapprochement entre elles, chargé en secret, je crois, par le duc de tâcher d'apprendre la raison des retards et croyant que des ouvertures de ce côté-ci pourraient acheminer un accord entre les deux cours, mais ne pouvant pas influer sur le ministère même pour le porter à se corriger de sa réticence, a engagé M. de Gallatin, qui était allé à Brunswick pour y voir Mallet du Pan, à proposer au duc de coucher sur le papier les observations sur la situation des affaires et sur les moyens d'arrêter le torrent des principes et des progrès révolutionnaires, pour me les communiquer, dans le dessein de les soumettre au jugement de ma cour. Sur quoi le duc ne pouvant surmonter cette circonspection invincible, mais se prêtant cependant à s'ouvrir sur cette matière dont il sent toute l'importance, s'est prêté à confier ses idées à M. de Gallatin et à lui permettre de me les transmettre par écrit par le canal de M. de Reede, en s'engageant de porter à la connaissance du Roi de Prusse sa façon d'envisager la situation menaçante de l'Europe et son plan des mesures pour la sauver dans toute leur étendue et avec l'ardeur dont il est animé, quand il viendra ici pour les revues (vers la fin du mois de mai), d'après l'invitation qu'il a reçue du roi.

Si les opinions du Roi et de ceux qui l'entourent, comme d'un grand nombre des personnes d'ici, sur la presque impossibilité de maintenir l'indépendance de son royaume sans une nouvelle reprise des armes et dont nos notions de Potsdam nous assurent, ne peuvent qu'acquérir plus de fondement de jour en jour, elles pourront changer en conviction par l'appui des repré-

Berichte bes Fürften Reuß aus Berlin. 545

sentations venant de la part du duc de Brunswick et produire peut-être 1798 (pourvu que l'influence coupable du comte de Haugwitz ne parvienne à en ai 4. affaiblir l'impression) l'accession aux propositions d'alliance, qui ont été faites

de la cour de Russie et à quel but lord Elgin a reçu de très amples instructions

et un plein pouvoir ministériel il y a peu de jours. Quoique milord Elgin ne

m'ait pas communiqué in extenso ses instructions, il m'a assuré y avoir trouvé

une grande latitude pour aplanir les difficultés qui pourraient arrêter la confection de l'alliance projetée, et qu'il ne s'y trouvait aucune prétention ou objet

de demande qui puisse embarrasser les puissances dans la négociation . . .

Page 1