Chevalier Gallatin an Baron NReede. 1798 April
(Beilage zu No. 11.) Überjenbung der Sbeen des Herzogs von Braunfchweig.
Vous connaissez, mon cher baron, la grande circonspection de celui dont Aprif 30. vous aviez désiré connaître les opinions sur le moment critique où nous nous trouvons. Peut-être n'est-ce pas un des traits les plus remarquables qu'il en donne que de se refuser à dresser un mémoire sur un objet éventuel et aussi délicat. Le seul tempérament que j'aie su imaginer était d'engager le duc à me confier ses idées et d'obtenir sa permission de vous les transmettre, avec la faculté d'en faire part à M. le prince Reuss. Le caractère personnel de ce ministre et l'estime que le duc lui porte a beaucoup contribué à ce consentement que j'ai obtenu. Quant à vous, mon cher ami, la confiance qu'il vous accorde est telle que vous la méritez, c'est tout dire. Il reste à déplorer que les idées d'un grand homme aient dû être transmises par un apprentif tel que moi; j'ai tâché du moins d'être exact, et si j'ai omis quelque chose, je suis sûr de n'avoir rien ajouté de mon chef. Dans le cas où l'idée sur la Suisse serait goûtée à Vienne, il y aurait divers moyens de sonder le terrain et le brave avoyer Steiger serait de toute manière l'homme auquel il faudrait s’adresser . ..
Observations confiées de la part du Duc de Brunswick au chevalier de Gallatin sur la crise actuelle, pour les faire parvenir à la cour impériale.
L'on ne perd pas le temps à discuter la nécessité de s'opposer avec effcacité au torrent dévastateur qui menace de tout envahir. Il paraît aujourd'hui que le bandeau est tombé de dessus les yeux de tous ceux qui ont eu longtemps la faiblesse de croire soit à la loyauté, soit à la modération du gouvernement français. Les dangers dont il menace l'Europe entière, les moyens qu'il emploie pour parvenir à ses fins, et l'état actuel de ses ressources ont paru fort énergiquement développés dans un mémoire rédigé par Mallet du Pan, et joint à ces considérations.
L'avis de celui d'après les opinions duquel on l'a dressé, est d'abord qu'on doit essentiellement établir d'une manière positive le but de l'alliance qu'il s’agit de former. Il pense que les souverains qui la composent ne sauraient trop clairement prouver à leurs peuples, à l'Europe, et à la nation
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française, que cette ligue nouvelle a pour objet de forcer le Directoire à une paix qu'il éloigne sans cesse.
Pour remplir cette condition, la même personne avait pensé qu'une déclaration faite en commun par les cours de Vienne et de Berlin aux plénipotentiaires français à Rastatt devrait précéder toute autre démarche, qui pourrait contenir en substance: »que quelque grands que fussent les sacrifices faits déjà par la députation de l'Empire pour obtenir une paix si désirée, on les confirmait volontiers, s'ils amenaient ce bien précieux; que l'on irait même jusqu'à s'engager envers la France à faire jouir les princes d'Empire avec lesquels le Directoire avait fait des traités particuliers des avantages que ces traités leur assurent; mais qu'en même temps on se refuserait absolument à consentir que le gouvernement français intervint dans la répartition des indemnités destinées aux princes dépossédés, objet qui devait regarder uniquement l'Empire, et auquel la France n'aurait rien à dire, ni droit ni prétexte de prendre part; que le Directoire devrait de plus retirer sans délai ses troupes de la rive droite du Rhin, et renoncer à toute espèce de prétentions sur cette partie de l'Allemagne.
Si le gouvernement français était composé d'hommes attachés à leur patrie, de véritables administrateurs, nul doute qu'une déclaration de ce genre, faite par des puissances aussi respectables, ne dût produire l'effet désiré, mais dans l'état actuel des choses, il est à craindre que des hommes passionnés, entourés d'agents avides et ambitieux, intéressés à maintenir l'état de guerre qui leur est si favorable, il est à craindre, dis-je, que de tels hommes ne méconnussent les dangers de leur obstination et ne forçassent les puissances déclarantes à soutenir leur démarche par les armes; elle n'en aurait pas moins dans ce cas l'avantage mentionné ci-dessus, de prouver avec évidence le but de l'alliance contractée, et d’&carter toute idée d'intérêt et d'ambition ; elle ferait de cette nouvelle guerre, s'il est permis de s'exprimer ainsi, une guerre de paix.
Si les cours de Vienne et de Berlin se voyaient forcées, par l'opiniâtreté et aveugle persévérance du Directoire dans son système de tout bouleverser, à reprendre les armes contre l'ennemi de tous les gouvernements, l'on pense que, malgré les conquêtes de celui-ci et les avantages que semblent lui assurer au premier coup d'œil cette ligne de places fortes dont il est en possession, il serait encore possible d'imaginer un plan de campagne qui lui ravit la plus grande partie de ces avantages et le forgät à y renoncer lui-même. Ce n'est point par une guerre de sièges qu'on croirait devoir débuter, comme elle présente le double inconvénient d'une grande dépense et d'une perte de temps considérable ; l’on pense plutôt que le seul moyen d'attaquer avec succès cette ligne formidable qui s'étend de Huningue aux frontières de l'Over-Yssel, serait de la tourner par ses deux ailes, en se contentant de l'observer sur son front. Ce plan, qui demanderait à être expliqué fort en détail, rencontre par un heureux hasard des facilités locales particulières. Les deux extrémités de la ligne susmentionnée se trouvent dans les Provinces-Unies et dans la Suisse; deux pays soumis à la vérité à la domination française, mais l'un et l'autre, surtont le dernier, portant impatiemment ce joug étranger, et dis-
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posés à seconder les efforts de ceux qui se présenteraient pour les aider à les secouer. C'est une vérité reconnue qu'il existe dans les sept Provinces un parti nombreux attaché à l'ancien gouvernement, et les nouveaux excès du parti jacobin en Hollande ramènent à ce système ceux que l’on appelait des patriotes modérés; en Suisse, à quelques intrigants près, tout est ennemi des Français, tout serait prêt à prendre les armes contre eux et à favoriser les efforts d'un liberateur qui paraîtrait dans ces contrées. A ces circonstances politiques, il se joint des avantages locaux. On peut faire par la Suisse une heureuse diversion, en pénétrant par ce pays dans la Franche-Comté, dans la Bourgogne, dans la Champagne, et surtout dans le Lionnais et les provinces méridionales, où l'esprit public se soutient bon malgré tous les efforts du Directoire pour le comprimer.
L'on penserait d'après un premier aperçu que l'exécution de ce plan de campagne n'exigerait pas au delà de 200 mille hommes, sans compter les forces nécessaires en Italie. On évalue à 100 mille hommes le contingent que pourrait fournir le roi de Prusse, et à 40 mille celui des divers princes d'Empire sur lesquels on peut compter, d'où il résulterait que 8. M. l'Empereur serait dans le cas d'en fournir 60 mille en Allemagne pour compléter le nombre cidessus marqué, indépendamment des 80 mille que l'on paraît regarder comme nécessaires pour conserver la supériorité en Italie. L'on pense que les Prussiens devraient se charger de l'expédition de la Hollande et de couvrir le Rhin jusqu'au - dessus de Mayence; que les troupes de $. M. l'Empereur seraient appelées à défendre la haute Allemagne et à l'expédition de la Suisse; on partagerait les contingents de l'Empire entre les deux armées autrichienne et prussienne selon les convenances de localité. On n'a point fait entrer dans ce calcul le secours d'une armée russe, parce que rien ne paraît indiquer assez positivement qu'on puisse y compter; mais si telle chose arrivait, nul doute que cette augmentation de forces ne contribuât à étendre et à assurer le plan cidessus ébauché.
D'après des états qu'on est en droit de eroire exacts, les Français n'ont pas en ce moment plus de 300 mille hommes sur pied. Il faut de nécessité, même en renonçant à l'expédition contre l'Angleterre, qu'ils en conservent sur les côtes, et il en faut au Directoire, pour maintenir son autorité dans l’intérieur, un nombre assez considérable. On peut done se flatter qu'avec 280 mille hommes effectifs on aurait sur l'ennemi une supériorité réelle en nombre.
Dans le cas où ces idées pourraient trouver leur application par la tournure que les négociations prendraient entre les deux cours, on pense que le seul moyen efficace, pour bien concerter les opérations militaires dont on n’a jeté ici que de légers aperçus, serait une entrevue de personnes du métier. On verrait avec plaisir, si la chose était possible, que le général Mack fût choisi pour cette commission, et l’on serait très disposé à traiter avec lui. On imagine qu'une course de ce genre pourrait se faire incognito et secrètement, aussitôt que l'on en apercevrait la convenance.
En général, on fait des vœux pour que la célérité, cette arme aussi puissante chez l'ennemi, s’introduise dans les négociations et dans les opéra-
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Oct. 24.
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tions qui devront les suivre. On est loin de désespérer de la bonne cause, si les puissances s'entendent promptement et si les intérêts particuliers cèdent sans retard au grand intérêt commun qui doit tout réunir.