Bericht des Fürften Neuß. Berlin 1798 October
Überfenbung eines Berichtes von Hubelift, betreffend geheime Anträge von Sieyes burd Sermittelung bes fpaniihen Gefanbten Muzquiz.
Monsieur le Baron. Un incident aussi imprévu qu'il me paraît important pour ne pas devoir tarder à avoir l'honneur de le mettre sous les yeux de Votre Excellence dans l'exposé suivant, et qu'il ne serait pas prudent de confier à la voie de la poste quoique en chiffre, me fait espérer que V. Exec. voudra approuver que je l'expédie par le courrier de la mission jusqu'à Dresde.
La manière obligeante dont M. le marquis de Muzquiz a eu soin de rechercher la société de M. de Hudelist dans ses promenades et de s'ouvrir à lui dans de bons principes sur les affaires du temps, aussi bien que la confiance qu'inspire sa personne, ne m'a pas moins porté à engager M. de Hudelist de cultiver cette connaissance, que l'espoir de me procurer par ce moyen des lumières sur les vues de Sieyès, et j'ose me flatter d'avoir eu le bonheur de rencontrer en cela les intentions révérées de V. Exec. Quoique ses relations avec Sieyès, auxquelles il doit se prêter malgré lui, m'aient toujours retenu dans la plus grande circonspection vis-à-vis de lui, il n'a pas discontinué ses prévenances, et c'est par lui que me sont parvenues les notions de l'aigreur croissante entre Sieyès et Haugwitz, que je n'ai pas lieu de suspecter et que j'ai eu l'honneur de transmettre à V. Exc. dans plusieurs de mes rapports.
C'est dans une de ces promenades que le ministre d'Espagne a entamé la conversation dont j'ai l'honneur de soumettre ci-joint aux lumières de V. Exec. le rapport, lequel, pour plus d'exactitude, j'ai cru devoir faire mettre par écrit par M. de Hudelist, et dans laquelle il s'est expliqué sur les intentions de Sieyès, sur lesquelles Monsieur de Muzquiz m'a entretenu hier matin lui-même dans les mêmes termes dans une visite qu'il m'a faite, en appuyant itérativement sur le parti qu'avait pris Sieyès d'abandonner toute idée de compter sur la Prusse pour les vues de la France, et d'employer tous ses moyens pour en convaincre le Directoire, auquel il ne restait à présent que de s'arranger rondement avec l'Autriche s'il voulait avoir la paix et si la cour de Vienne la désirait encore; et que c'était dans le dessein d'ouvrir des voies de conciliation qu'il avait désiré causer relativement à cet objet avec quelqu'un de la mission impériale. M. de Muzquiz ajouta que, d'après ce que Sieyès lui avait dit et ce qu'il lui avait lu de ses rapports au Directoire, il devait y avoir eu des scènes très vives entre lui et M. de Haugwitz, et qu'il regardait les relations entre la France et la Prusse impossibles à rétablir.
J'ai répété vis-à-vis de M. de Muzquiz, dans des termes qui ne pouvaient blesser ni Sieyès ni ses commettants, ce dont j'avais chargé M. de Hudelist, en ajoutant que l'objet dont il m'entretenait était de trop haute importance pour ne pas en rendre un compte fidèle à ma cour, mais aussi d'autant plus délicat que Sieyès avouait lui-même attendre encore du Directoire le résultat
Berichte des Fürften Neuß aus Berlin. 549
des observations qu'il lui avait soumises, et que je ne connaissais autre chose des intentions de ma cour que la disposition générale de procurer à la monarchie une paix solide, qui assurerait réellement la tranquillité à ses états et l'honneur du trône. J'en ferais donc un rapport exact à ma cour, dont je devais attendre les ordres.
Comme les notions successives que M. de Muzquiz a données de l’aigreur prononcée entre M. de Haugwitz et Sieyès coïncident avec c& qui m'est parvenu là-dessus par d'autres voies, je crois devoir considérer, dans cette communication de M. de Muzquiz, comme l’objet le plus important la confirmation de la mésintelligence entre la Prusse et la France, produite par la conduite et les prétentions de Sieyès, mésintelligence que V. Exc. a regardée comme utile et désirable dans la dépêche qu'elle m'a fait l'honneur de m'adresser sous la date du 21 juin. Car pour ce qui est des propositions de Sieyès, elles semblent se présenter plutôt sous des faces insidieuses que favorables. En examinant les principes qui dirigent le Directoire, le sujet de tous les discours publics dans les deux Conseils, la continuation de l'exécution des projets destructeurs, enfin le caractère de l'homme de la révolution, de Sieyès, je n'ai pas pu m'empêcher de me faire bien des questions à ce sujet sans pouvoir les résoudre, et j'ose en soummettre à V. Exc. quelques-unes, qui surtout m'ont mis en garde contre ce qui me paraît un piège de la part de Sieyès.
Quel pourrait être le motif qui ferait renoncer tout à coup au gouvernement français à ses principes de fonder son existence sur la désunion des monarchies? L'alliance de la Porte avec la Russie et l'Angleterre, qui ne peut qu'augmenter les embarras extérieurs et intérieurs de ce gouvernement, ne lui rend-elle pas cette désunion plus nécessaire? N'ayant pas réussi à se servir de la Prusse pour humilier la maison d'Autriche, en faisant marcher la première d'après sa volonté, ne paraît-il pas que la France pense à tramer une intrigue à l'inverse, espérant nous séparer en même temps de la Russie? En accordant même à Sieyès le désir personnel de voir reparaître la tranquillité en Europe, les cinq tyrans de la France seront-ils d'accord avec lui? Ne serait-il pas à craindre que Sieyès ait voulu exciter la jalousie de cette courci, ne doutant point qu'au moment où l'Autriche aurait lieu de se croire près d'un arrangement avec la France, il sera aisé de faire accéder la Prusse à toute proposition que l'on appuierait alors d'offres acceptables, ayant en même temps empêché la réunion des puissances que la France craint peut-être en ce moment plus qu'autrefois, à cause de l'opposition qu'elle a rencontrée ici contre son attente? La condition que Sieyès demande, qu'il ne soit pas formé des prétentions à la charge des républiques appelées alliées de la France, semble outre cela viser à ce que l'on s'attend en France à une proposition à la charge de l'Empire, ce qui ne me paraît pas annoncer des dispositions pacifiques.
V. Exec. daignera juger dans sa sagesse ces observations qui se sont présentées à ma réflexion en objection aux témoignages que M. de Muzquiz a cru pouvoir donner aux intentions pacifiques de Sieyès, lequel apparemment reviendra à la charge si le Directoire entre dans ses vues sincères et [ou ?] insidieuses, pour quel cas bien difficile j'ose avoir recours à la haute bienveillance et à la sagesse de V. Exc., en la suppliant de vouloir bien me guider par ses
Oct. 24,
Oct. 24.
Dct. 24.
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lumières, pensant ne devoir pas passer sous silence l'observation que me fit M. le comte de Panine lorsque je lui ai confié l'état embarrassant des choses et les idées qu'il m'avait fait naître, si, dans le cas où V. Exc. m'ordonnerait d'éluder les tentatives subséquentes de Siey&s, elle ne daignerait pas juger à propos de déjouer cette trame (odieuse certainement si la proposition de négocier sous les yeux du cabinet de Berlin avait pour but de faire éclater la discorde entre celui-ci et la cour impériale), en démasquant Sieyès et ses commettants aux yeux de ce ministère, et en ajoutant par là un poids très fort à la mésintelligence entre la Prusse et la France amenée par un heureux hasard, et laquelle parviendrait à son comble par une preuve de confiance de cette nature!) ...
14. Bericht des Legationd-Secretärd Hudelift an den Fürften Reup. Berlin 1798 Dctober 24.
(Beilage zu Ro. 13.)
M. le marquis de Muzquiz, ministre d'Espagne, m’ayant rencontré à la promenade dans la journée du 21 de ce mois, il m'aborda comme à son ordinaire, et me dit qu'il avait eu l'intention de venir me trouver exprès pour s'entendre avec moi sur une ouverture confidentielle de Sieyès, qui l'avait chargé de lui ménager comme par hasard en troisième lieu une entrevue avec quelqu'un de la légation d'Autriche ; dans quelle entrevue, d'après ce qu'il avait annoncé en général, il serait beaucoup question de son mécontentement avec la cour de Berlin, de laquelle il n'attendait plus rien pour la paix continentale, et d'un nouveau projet de s'arranger pour cet effet, si cela était possible, avec la maison d'Autriche, J'ai remercié M. le marquis de Muzquiz de l'attention de m'en avoir prévenu, en l'assurant que je ne manquerais point d'en faire mon rapport au prince de Reuss et de lui en apprendre incessamment le résultat.
C'est avec l'autorisation expresse de Votre Altesse que j'ai fait observer en réponse à M. de Muzquiz que n'ayant aucune sorte d'instruction pour le cas dont il s'agissait, et une entrevue, soit secrète soit ouverte, ne pouvant en ce moment, et en cette ville, qu'exciter des conjectures de toute espèce, contraires peut-être même aux propres vues de Sieyès, V. A. était d'avis que celles-ci trouveraient bien moins d'obstacles, s'il voulait les communiquer par écrit, en se servant du canal confidentiel de M. de Muzquiz, de la bonté duquel V. A. oserait se flatter qu'il s'en chargerait avec plaisir. Ce ministre m'ayant là-dessus donné rendez-vous pour le lendemain, me dit que Sieyès, lequel paraissait n'avoir pas eu d'autre but en faisant sa démarche que de sonder
1) Thugut ift auf diefe Eröffnungen von Sieyes nicht eingegangen. Reuß wurde angewiefen, weitere Erflärungen höflich abzulehnen. Preußen davon in Kenntniß zu feten, verweigerte Thugut, einmal weil die Sade nichts mit den Neichsangelegenbeiten zu thun babe, über die allein man verpflichtet fei Mittheilungen zu machen, dann weil baburd viels feicht grade der augenblidlihen Entzweiung zwiihen Preußen und Franfreih ein Ende ge» macht werde, endlich weil Haugwig mit derartigen Eröffnungen bod nur Mißbrauch treibe. (Erlaf vom 6. November.)
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si la cour de Vienne se prêterait à un arrangement avec la France, avait paru piqué d'avoir vu éluder ses avances, et observé qu'il ne pouvait rien donner par écrit, puisqu'il ne s'agissait aucunement dans tout ceci de démarches officielles, ce qu'il pria M. de Muzquiz de bien expliquer à la légation d'Autriche pour ne pas le compromettre. Sur quoi les choses en restèrent là jusqu'au jour 23 où M. de Muzquiz vint lui-même faire visite à V. Altesse.
Comme en attendant ce ministre, dans les entretiens que j'ai eu l'honneur d'avoir avec lui, est entré en des détails puisés dans ses relations journalières avec Sieyès, et dont la connaissance pourra peut-être contribuer à répandre du jour, j'ai cru de mon devoir de relever surtout de ce nombre les suivants : que, quoique Sieyès n'aurait pas en ce moment des ordres précis, ils ne pourront pas manquer de lui parvenir sous très peu, parce qu'il avait mandé rondement au Directoire que la Prusse, bien loin de contribuer à la paix, ne cherchait qu à pêcher à l'eau trouble et de troubler même l'eau pour cet effet plus encore qu'elle l'était déjà, et que, rempli de cette idée, il avait voulu s'assurer d'avance des intentions de la cour de Vienne, pour savoir jusqu'à quel point il pourra espérer d'y réussir; que jusqu'à présent le parti dominant dans le Directoire avait compté sur la Prusse et sur les succès des négociations entamées à Berlin, parce que, disait Sieyès, moi-même j'ai eu à Paris une grande opinion de cette cour et du parti qu'on en pourrait tirer, mais que ses derniers rapports en auront tout à fait désabusé le Directoire, et qu’il avait lieu de se flatter que les principes de la nouvelle politique à adopter seront conformes aux bases qu'il avait proposées; que le genre de gloire auquel Sieyès paraissait absolument aspirer, était celui d'avoir contribué à pacifier le continent, et que de son côté il fera (à ce que croit M. de Muzquiz) de bonne foi tout ce qui pourra y conduire, parce que, d'après sa façon d'envisager les choses, il regarde la paix comme le plus sûr moyen de consolider son gouvernement ; que c'est cet objet majeur qui uniquement a pu l'engager d'accepter la mission de Berlin, et qu'il croit, quelles que puissent être les intentions de Directoire, qu'il n'en chargera point un autre de cette honorable commission, après la confection de laquelle il comptait absolument de rentrer en France. Il paraît d'autant moins douter de la supposition que le Directoire reviendrait incessamment au projet de s'arranger avec l'Autriche, que d'après ce qu'il a dit à M. de Muzquiz, les ministres français à Rastatt, lesquels sont en correspondance suivie avec Sieyès et ont même l'air de le consulter, ont déjà commencé à écrire à Paris dans le même sens, s'étant aperçu de la duplicité des ministres prussiens, qui font tout sous main pour fair naître une nouvelle rupture, leur langage étant encore évidemment différent de celui que tient M. de Sandoz, de façon qu'à l'heure qu'il est, on aura eu tout le loisir à Paris de se pleinement convaincre des abominables projets de la cour de Berlin; que c'était très peu politique, si deux grandes puissances se déchirent mutuellement en nuisant par là à leurs propres intérêts, et que si sur ce chapitre on pensait à Vienne comme lui, on ne pourrait pas assez se häter de s'entendre ; que pour cet effet la France devait contenter l'Autriche et la mettre à son aise, même en faisant des sacrifices, et s'entendre ensuite avec elle sur l'intérêt général.
M. de Muzquiz prétend avoir plusieurs données qui prouvent que Sièyes
Dit. 24.
Oct. 24.
Bebr. 16.
552 Fünfter Anhang. Urkunden No. 14—16.
est parfaitement au courant des affaires les plus importantes de son gouvernement; qu'il est informé de l’état des négociations à Campo Formio et à Seltz, et qu'il continue de jouir auprès du Directoire d'un crédit et même d'une influence qui permettait de bien augurer de ses efforts et de donner quelque poids à ses assertions, dont il ne paraît point fort prodigue.
M. le ministre d'Espagne ayant fait visite le jour 23 à 8. A. M. le prince de Reuss, pour lui confirmer tous ces détails, et ayant ensuite rendu compte de cette conversation à Sieyès, repassa le même jour chez moi pour me dire que Sieyès lui en avait témoigné sa satisfaction, ajoutant qu'il commençait à se persuader que $. A. avait mieux vu que lui la chose, en déclinant l’entrevue projetée. Sur quoi il a prié et particulièrement chargé M. de Muzquiz de lui dire que ce qu'il désirerait le plus, serait que l'Autriche, sans s'obliger à rien, lui fit connaître confidentiellement l'ultimatum de ses intentions, puisqu'il était dès à présent suffisamment autorisé par son gouvernement pour répondre en des termes précis à chaque article et faire connaître ainsi en même temps les dernières intentions du Directoire, ce qui abrégerait infiniment, selon lui, la marche de l'affaire et mettrait d'abord les deux gouvernements à même de prévoir ce qu'ils s'en pourront promettre; qu'il ne prétendait point que l'aperçu qui contiendrait les propositions de l'Autriche sortit des mains de celui qui serait chargé de le lui communiquer ; et que le changement des circonstances survenu depuis son séjour à Berlin contribuerait à y mettre des facilités qui pourront conduire à un arrangement pacifique, si l'on se hâtait de profiter du moment; que si l'Autriche préférait d'envoyer son ultimatum à Dresde, à Leipzig, ou à Hambourg, il s’y rendrait avec plaisir sous un prétexte qui ne pourrait pas donner d’ombrage, pourvu qu'on lui indique le temps et le lieu où il devra se trouver pour cet effet. Parlant confidentiellement à M. de Muzquiz et en lui enjoignant de n'en faire point usage vis-à-vis de la légation d'Autriche, il lui a dit qu'il oserait presque répondre du succès si la cour de Vienne ne voulait pas former des prétentions à la charge des républiques alliées de la France. Sur quoi n'ayant pu m'empêcher de lui demander si c'était peut-être la base de l'ultimatum de Sieyès, M. de Muzquiz répondit que ce n'était pas à lui d'entrer en matière, ni de préciser quelque chose à ce sujet; que pourtant pour lui il ne croyait pas que cela devrait former un obstacle invincible à l'arrangement proposé.
15. Bericht des Gefchäftsträgerd Hudelift !). Berlin 1799 Februar 16. Unterrebung mit Graf Haugmwiß.
... ch babe vorgeftern meiner Schuldigkeit gemäß ben hiefigen drei Herrn Staats: und Cabinets : Miniftern meine Aufwartung gemadt, um mid) bis zu Erhaltung Ew. Ercellenz weiteren gnädigen Weifungen derfelben gütigem Wohlwollen zu empfehlen, und die Zufriedenheit gehabt, von felben fämmtlid auf eine für mich febr jchmeichelhafte Art und mit der Verficherung aufgenommen zu werden, daß fie immer jehr gerne bas unterftüben, was ich bei ihnen anzubringen
1) Fürft Neuß (Heinrich XIV.) war am 12. Februar 1799 geftorben.
Berichte von Hubelift und Dietriftein aus Berlin. 553
haben fünnte. Seine des Herren Grafen von Haugwit Ercellenz; haben bei diefer 1799 Gelegenheit ihren Wunfch zu erkennen gegeben, daß fich die vier großen Mächte Febr. 16. Œuropens vereinigen und dabei alle Kleinen Rüdjichten, alles Miftrauen und Privat-Sntereffe gänzlich bei Seiten feten möchten; weil, wie diefer Herr Mi-
nifter bingufebte, eine folche wahre und dauerhaft gegründete Vereinigung allein
fon hinreichend fein würde, Ehrfurcht zu gebieten und der allen Staaten ohne Unterfchied und jedem öffentlichen und Privat » Eigenthum drohenden Gefahr Schranken zu feben. Seine Ercellenz äußerten fih, daß Sie wenigftens Ihrer:
feitö ganz von der Wahrheit überzeugt wären, »que la Prusse peut ajourner,
mais non pas éviter la guerre«, nur meinten Sie, daß eine Vereinigung der Mächte, welche nicht ganz die oben angeführten Eigenfchaften hätte, wie e8 das Beifpiel des Coalitions - Kriegs gelehrt babe, der vorgefebten Ubficht nicht entfpreden dürfte... .
16. Bericht des Grafen Dietrichftein-Prosfau. Berlin 1799 April 15.
... Le 12 avril, je rencontrais M. de Haugwitz à dîner chez M. Gren- April 15. ville. Il me dit qu'il était arrivé tard de Potsdam, qu'il avait eu beaucoup d'affaires, qu'il n'avait pas encore pu voir le comte Finckenstein, mais que le lendemain, ou au plus tard le surlendemain, je serais certainement invité à une conférence, pour recevoir la réponse que j'avais demandée.
Dans le sens de mes instructions, je n'ai pas cessé, dans mes conversations officielles et particulières avec les ministres prussiens, de mettre la plus grande douceur dans mon langage !}, pour les convaincre de l'amitié personnelle de Sa Majesté pour le Roi et de son désir sincère de s'entendre avec lui pour le bien de l'Allemagne et de l'Europe; mais en même temps j'ai cru ne devoir nullement les presser d'entrer dans la coalition, et tout en convenant toujours avec eux de l'énormité du danger commun, leur laisser soupgonner que nous étions par nos succès assez rassurés sur les événements futurs, persuadé, comme je l'étais, que cette opinion devrait faire le meilleur effet sur ce cabinet. D'un autre côté, pour ne point fortifier les justes [injustes ?] soupçons du comte Panine sur nos intentions, qu'il aurait pu faire partager peut-être à M. Grenville, j'ai toujours rendu mot pour mot mes conversations à ces deux plénipotentiaires des cours alliées, et tous deux, surtout M. Grenville, ont paru persuadés que le meilleur moyen de finesse qu'on püt dans ce moment employer ici pour produire l'accession de la Prusse à la coalition était de lui laisser croire qu'on ne la désirait plus très fortement, et qu'on ne croyait pas en avoir un si pressant besoin. J'ai rempli par là le but prescrit, sans m'exposer à aucun des inconvénients qui eût pu en résulter.
M. de Haugwitz paraît avoir donné entièrement dans le piège ; car dans la conversation mentionnée , il s'est attaché à me convaincre des dangers que nous courions malgré nos succès, et dont la coopération active de la Prusse pouvait seule nous garantir pendant l'espace des deux générations, ce qui de-
1) Dies madte ibm Thugut, auf ausprüdlichen Befehl des Kaifers, am 7. April zur Piidt.
April 15.
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vait nous engager tous deux, ou à renoncer pour toujours à toutes nos jalousies particulières, ou du moins à les ajourner jusqu'à la troisième génération. J'abondais toujours dans ce sens, mais je laissais tomber entièrement une phrase de son discours, où il avançait que ce motif majeur devait aussi nous faire passer sur les considérations qui nous donnaient à nous de l'éloignement pour un rapprochement plus contigu entre nos États, car il voulait sans doute parler de leurs vues sur la Franconie, où, tout comme en 1796, ils viennent d'essayer un nouvel empiétement sur le territoire de Nuremberg et de s'en désister depuis les succès de Mgr l'archiduc. M. de Haugwitz ayant avancé le principe que, dans une guerre où l’ennemi s’attachait principalement à dépouiller entièrement les pays où il la fait, et particulièrement ceux dont il se retire, ces mêmes pays ne doivent compter pour rien tous les sacrifices portés à leurs libérateurs, et que par conséquent ceux-ci étaient en droit d'en exiger tous ceux dont ils avaient besoin pour l'entretien de leurs troupes et le succès de leurs opérations, je ne pus qu'applaudir à ce principe, que, dans le cas d'une coopération active de la Prusse, il ne manquera pas d'appliquer aussi, comme de raison.
Je lui dois la justice d'ailleurs que dans ce cas supposé, il n'a pas paru vouloir aborder le moins du monde un projet d’agrandissement autre qu'aux dépens de l'ennemi; il a ajouté que rien n était plus juste sinon que nous rentrions par la guerre dans nos anciennes possessions en Italie, et que par conséquent nous nous y agrandissions; mais qu'il ne voyait pas encore comment et de quelle manière la Prusse pourrait effectuer un semblable projet dans le Nord. »Le mieux serait assurément, me dit-il, que vous voulussiez reprendre les Pays-Bas, mais je crois que vous n’en avez guère envie, et je conviens que vous pouvez avoir raison, cette possession ayant toujours été précaire, et telle qu'elle était, difficile à soutenir«. »Eh bien, lui dis-je, prenez-les, si vous en avez envie«! Il trouva que cela aurait pour eux à peu près les mêmes inconvénients que pour nous (ce dont je ne pus pas convenir, à cause de la proximité de leurs provinces de Gueldres), et qu'il faudrait faire un furieux saut pour cela par-dessus la Hollande. »Mais, lui dis-je, au lieu de sauter, poussez, fdieben Sie, dédommagez la Hollande aux dépens des Pays-Bas, et vous aux dépens de la Hollande. Il convint que cela serait tout à fait de leur convenance, mais que je devais savoir que le projet des cours de Londres et de Pétersbourg avait été d'établir un boulevard formidable contre la France en fortifiant la Hollande par les Pays- Bas; mais il convint volontiers aussi que le même but serait atteint par ce que j'avais dit. Pour me donner bien bonne opinion de lui, il me dit que je ne pouvais croire combien le Roi était éloigné de tout projet d’agrandissement quelconque, et qu’en cela il était absolument le contraire du Roi son père, qui en avait été toujours trop avide. Je donnais des louanges à cette façon de penser, en ajoutant que certainement les projets d’agrandissement ne pouvaient plus être que la seconde pensée, tandis que la première devait être celle de se sauver et de se préserver, mais que je croyais bien aussi que si, après avoir adopté le système que celle-ci prescrivait, on se trouvait à même de réaliser facilement la seconde, on ne s'y refuserait probablement pas. Il ne put s'empêcher d’en convenir en riant. J'observais aussi que d'ailleurs les souverains
Berichte von Dietrichftein und Hubelift aus Berlin. 555
devaient au temps présent de se déterminer moins par leurs inclinations particulières que par les indications impérieuses des événements. Comme il me dit qu'il était de mon avis, je crus devoir lui dire qu'il me paraissait que le Roi ferait mieux, en se conformant à ce principe, de ne pas laisser éclater sa façon de penser sur de pareils objets, notamment sur le dernier partage de la Pologne, auquel il avait pourtant incomparablement plus gagné que nous, attendu que cela ne pouvait que contribuer à faire fermenter les têtes polonaises, qui n'avaient pas encore abandonné tout espoir !). M. de Haugwitz parut un peu effrayé de ce que j'étais si bien informé, et me protesta avec toutes les assurances possibles que le Roi tiendrait toujours inviolablement et fermement aux engagements pris avec les deux cours impériales.
Il crut encore devoir me faire des protestations de son mépris et de sa haine contre les Français et contre leurs agents, et combien il souffrait de devoir encore leur parler, et il saisit cette occasion pour me raconter combien ils s'étaient donné de peine avec le prince Henri, oncle du Roi, qui croyait par là devoir jouer un rôle, pour engager le feu Roi dans les derniers temps de sa vie à s’allier avec eux et de nous attaquer. Il ajouta que l'état précaire de la santé du Roi l'avait engagé alors, lui Haugwitz, à mettre dans son langage une fermeté et un tranchant qu'il n'avait pas encore employé jusquelà, et que c'était dans ce ton qu'avait été conçue la réponse aux Français par le Roi, dans laquelle il disait: »qu'il se regardait toujours comme allié de Sa Majesté Impériale et Royale Apostolique, que jamais il n'écouterait de pareilles propositions, et qu'en s'en abstenant à l'avenir les Français lui prouveraient leur désir de rester en bonne harmonie avec luis. Il me dit encore qu'à cette occasion il avait eu une prise assez vive avec le prince Henri, qui lui avait demandé: comment il avait pu donner une aussi sotte réponse aux Français ? et que, piqué du terme, il avait répondu au prince Henri: »par une raison prépondérante que Votre Altesse Royale ne paraît pas connaitre« — »laquelle ? « — » l'honneur « . . .
Berichte des faiferlihen Gefchäftsträgers Hudelift aus Berlin.
17. Berjuge, ben König zum Beitritt zur Coalition zu beflimmen. Panin. Grenville. Stamforb.
Monsieur le Baron. M. le comte de Panine et M. Grenville paraissent avoir réuni tous leurs moyens pour faire presser vivement Sa Majesté Prussienne dans sa tournée actuelle ?) de se déclarer pour la guerre, et ils comptent fortement cette fois-ci non seulement sur M. de Haugwitz, mais encore sur Mgr le duc de Brunswick, sur Mgr le landgrave de Hesse-Cassel et surtout sur la force des événements et des circonstances. Une députation de nombreux mécontents dans les provinces unies doit assurer à S. M. qu'elle n'a qu'à se
1) Am 21. Guni 1799 berichtet auch Hubdelift, der König fei nicht jehr gufrieben mit feinen polnifden Landen und wiünfche fie gegen beutie aus;utaufden.
2) Am 25. Mai hatte der König Potsdam verlaffen, um feine weftfäliichen und frän: tijen Provinzen zu bereifen.
Guni 5,
556 Fünfter Anhang. Urkunde No. 17—18.
présenter avec son armée pour y être accueillie sans coup férir, et certainement, s'il y a quelque chose qui puisse faire impression sur l'esprit du Roi, c'est si l'on parvient à le persuader de la facilité de l'entreprise, ce motif étant si conforme au système adopté par la Prusse. Enfin on a renouvelé la promesse d'un corps auxiliaire russe et de subsides.
Sans oser l’avancer positivement, je ne serais point surpris si le zèle extraordinaire qui anime MM. les ministres de Russie et d'Angleterre les avait portés de mettre en avant encore deux autres considérations, dont j'ai entendu parler M. le comte de Panine; l’une, qu'il lui paraît très possible que l'Autriche, d'accord avec la Russie, fasse dans un moment favorable, que ses victoires pourront lui présenter, une paix avantageuse avec la France, par laquelle la Prusse perdrait à jamais l'occasion qu'elle a en ce moment pour le rétablissement et l'agrandissement du stathouder, sans lequel il n'y a pas de sûreté pour le Nord de l'Europe; l’autre, que l'Autriche malgré toutes les protestations du contraire, n'aimerait pas au fond que la Prusse prît une part active à la guerre. M. le comte de Panine me dit que c'est une personne qui ne saurait être suspecte au cabinet de Vienne, qui le lui a écrit, me faisant comprendre que c’est M. de Rasoumofski, et il est sûr que cela étant, ce serait un motif puissant pour la Prusse pour se déterminer.
Je n'ai rien omis pour le tirer de cette erreur, surtout lorsqu'il y a ajouté que l'agrandissement même de la Prusse au delà du Rhin ne serait pas vu de bon œil à Vienne. Je lui ai cité surtout la dépêche de V. Exc. au prince Reuss en date du 4 juin de l’année passée, dans laquelle il est dit exprès: »que notre façon de penser est bien différente de celle de la cour de Berlin, et que si, an lieu d’opprimer ses faibles coétats germaniques, la Prusse voulait bien, par des moyens digmes de l'énergie d'une grande puissance, se procurer quelque acquisition du côté de la Hollande, de la Belgique, ou de tout autre pays nouvellement travesti en république, bien loin de nous livrer à une jalousie déplacée, ou à des inquiétudes sur l’affaiblissement de la grande masse démagogique, nous regarderions toute conquête faite sur l'anarchie comme un avantage pour la cause générale des gouvernements légitimes et que nous applaudirions à tous les succès de la Prusse bien sincèrement et de bien bon caur«. Mais n'ayant rien à répondre, il était bien loin pourtant d'être persuadé, et il persista à dire que nous préférions la neutralité de la Prusse. M. Grenville a l'air de partager cette opinion.
Le ministère prussien, tout en se familiarisant peu à peu avec l'idée de la nécessité de la reprise des armes, diffère pourtant jusqu'ici d'opinion avec les plénipotentiaires de Russie et d'Angleterre sur le moment, en croyant, comme je l'ai entendu dire ici, que deux mois plus tard on pourra le faire à moins de fraix, si les armées autrichiennes continuent d’avoir des succès, et qu'en cas contraire il aura été plus prudent de n'avoir point éclaté. Si M. le général de Stamford !) peut persuader S. M. l'Empereur de toutes les Russies de faire en son nom du rétablissement du stathouder un article de paix avec la France, il est encore probable que la Prusse se dispense de la guerre.
1) Über Stamforb vergl. oben ©. 542. Er war inzwifchen wieder in Berlin gevefen und hatte es Mitte Mai 1799 verlaffen, um fich abermals nah Petersburg zu begeben.
Berichte des laiferliben Gefchäftsträgers Hubelift aus Berlin. 557
En tout cas il n'y a guère d'apparence qu'avant le retour du Roi on prenne un parti décisif, ne fût-ce que pour gagner du temps, et comme il en faudra après encore pour mettre l'armée en état de marcher, ce ne serait point avant la fin d'août, que la levée de bouclier aurait lieu, si toutefois on parvient à vaincre la répugnance du Roi, les sollicitations de la Reine, les représentations des médecins, et surtout du vieux Köckritz, qui craint qu’à la guerre d'autres officiers pourraient trouver occasion de s'insinuer auprès du Roi, et les menées secrètes de certains individus justement suspectés de partialité pour la France.
Ayant parlé des affaires d'Italie avec M. le comte de Panine, il s'est expliqué qu'il croit que la cour de Berlin, en obtenant d'une façon ou de l’autre le rétablissement du stathouder, est préparée et s'y attend même de voir la Lombardie autrichienne repasser sous la domination de l'Autriche; » mais, ajouta-t-il, il ne faut pas s'aviser de toucher au Piémonte . . .