‹ Preussen und Frankreich von 1795 bis 1807Chapitre 233 sur 234 · Allgemeines Svftem der preufiichen Potitit · texte numérisé non relu

Allgemeines Svftem der preufiichen Potitit

Monsieur le Baron. Le propos échappé à M. le Comte de Haugwitz dans un entretien que j'ai eu l'honneur d'avoir avec lui, que le Roi ne s'intéressait pas au sort de la France que lorsque elle sera rentrée dans ses anciennes limites, paraît dans les conjonctures actuelles donner occasion de se demander si Sa Majesté Prussienne se croira dans ce cas, si les alliés étaient assez heureux de pénétrer en France du côté de la Suisse ou du Piémont, tant que toute la rive gauche du Rhin serait encore au pouvoir des républicains ? si les conquêtes qui pourraient être faites dans le Sud de la France ne pourraient pas avoir une autre destination que celle d'obtenir du Directoire la restitution de ladite rive? enfin si, mettant en avant l'idée du statu quo ante bellum, le cabinet de Potsdam est disposé de s'y conformer et de rendre ses possessions en Pologne en reprenant ses provinces d’outre-Rhin? Une réponse claire et nette fournirait — non pas certainement la mesure des intentions de la cour de Berlin, car comment cela serait-il possible tant que sa première maxime sera d'agir selon les circonstances? mais un puissant argument de plus pour prouver aux alliés la marche de sa politique tortueuse.

On sait assez que son grand projet a été depuis l'année passée de profiter des négociations entamées à Berlin pour amener la Russie et l’Angleterre à ce qu'on appelle ici un concert de mesures défensives pour consolider la sûreté du Nord de l'Europe, qui aurait irrévocablement mis le sceau au schisme politique en Allemagne, et qu'il y a eu un moment où le ministère prussien s'était même flatté d'obtenir de l'Angleterre des moyens pécuniaires pour arriver à ce but. La reprise des armes de l'Autriche a dû faire ajourner l'exécution de ce projet, qu'on est bien loin d'avoir abandonné, s'étant borné en attendant à resserrer par tous les moyens possibles les liens entre les princes neutres, dont Potsdam est l'étoile polaire, et dont on espère que le mécontentement, la haine, la peur et la jalousie pourra augmenter le nombre au moment de la paix, surtout si cette paix devait être faite sans l'intervention de l'Angleterre.

Le ministère 'prussien s'est assez clairement et à plusieurs reprises ex-

Juni 5.

Sept. 9.

Sept. 9,

558 Fünfter Anhang. Urkunde No. 18.

pliqué qu'il ne croit point que l'Empire germanique, ébranlé dans toutes ses parties, puisse tel qu'il est aujourd'hui subsister plus longtemps. (C'est sur cette supposition et sur la possibilité d'autres contingents futurs qu'est fondé le système de la ligne, laquelle a donné à l'Allemagne un anti-empereur, qui dans l'enceinte de son cercle enchanté s'est ménagé par la peur à peu près la même influence que le Directoire avait eue au commencement de cette année en Suisse et en Italie. Les puissances belligérantes et victorieuses ont-elles des vues d’agrandissement quelconques, elles seront, dit-on ici, trop épuisées et trop affaiblies par une guerre sanglante, pour concevoir le projet hardi de combiner avec la sûreté de leurs nouvelles acquisitions la conservation de l'intégrité de l'Empire germanique, par laquelle on s'imaginerait d'empêcher le Roi de Prusse d'en faire autant. Tout doit-il rentrer dans l'ancien ordre du statu quo ante bellum: la Prusse n'en aura pas moins recueilli des avantages précieux, et j'y compte qu'au milieu de l'orage elle est devenue le centre où des fortunes immenses de la France, des Pays-Bas, de la Hollande, d'une partie de l'Allemagne, de la Suisse même et de l'Italie ont été successivement déposées comme dans un lieu de sûreté, ce qui a tellement fait regorger de puméraire et d'or surtout les caisses publiques à Berlin que tandis que le taux de l'intérêt est partout de cinq et même six pour cent, elles ne donnent que trois pour les capitaux qu'on leur confie. J'y compte la richesse réelle que la Prusse a acquise par un commerce et plus encore par une contrebande extrémement lucrative, par le perfectionnement de ses manufactures, et par la prospérité de la ville d'Embden, qui a su se rendre l'intermédiaire d'une partie du commerce de la ville de Hambourg.

Comme on a fait accroire au Roi qu'une bonne armée toute prête et des coffres remplis sont préférables, dans le moment actuel, aux chances les plus heureuses d'une guerre de coalition, et que le souverain, qui payera exactement ses serviteurs sans aggraver les sujets de nouveaux impôts, ayant pour lui la partie éclairée de la nation, est celui qui aura le moins à craindre des convulsions du siècle, il s'est prêté d'autant plus volontiers à cette doctrine, qu'elle est conforme à son indolence naturelle, à son penchant qui l'entraîne visiblement vers l'avarice, et à son aversion de jouer un rôle qui le forcerait à une vie publique.

En jetant les yeux sur les alliances actuellement subsistantes entre les différentes puissances, le ministère de Potsdam n'a point cru qu'on devra compter sur leur durée. C’est ainsi qu'on juge ici de celle conclue entre la Russie et la Porte Ottomane, à laquelle, quoique invitée, la Prusse pour de bonnes raisons n’a jamais voulu accéder. Les débats parlementaires ont appris à tout le monde que l'Angleterre est bien loin d'être tout à fait d'accord avec l'Autriche, et on en dit autant vis-à-vis de la Russie par rapport aux affaires du Levant et de la Méditerranée. Le sort des îles ci-devant vénitiennes ne pourra pas à la paix être indifférent à l'Autriche, aussi peu que le ton dictatorial, auquel on dit ici qu'on a eu l'imprudence d’accoutumer un souverain sur les affections duquel il n’est point permis de compter. Sans rien dire du statu quo, qui est devenu le grand pivot de la politique anglaise et russe, auquel la Prusse fait semblant d’adherer et qui doit empêcher les puissances bel-

Berichte bes faiferlihen Gejchäftsträgers Hubelift aus Berlin. 559

ligérantes de s'entendre. On sait que les véritables sentiments de la Suède et du Danemark, dont les convois continuent d'être confisqués par l'Angleterre, sont comprimés par la force des circonstances ; que la Suisse et le Piémont sont et seront toujours méfiants envers leur libérateur voisin, et que ce n'est sûrement pas dans l'électeur de Bavière, qui a l'ambition de jouer un rôle, que l'Autriche pourra se flatter de trouver un prince docile à sa voix.

Quelques coryphées des sociétés secrètes, dont l'influence obscure est bien loin d'être éteinte à la cour de Berlin, lui ont persuadé qu'elle est aujourd'hui en possession d'un avantage qui avait essentiellement contribué à préparer les triomphes de la France révolutionnaire, celui d’avoir pour elle le suffrage des lettrés et des gens à grands principes, dont les liaisons s'étendent sur toutes les parties de l'Europe où la doctrine du jour a pu pénétrer, qui par ce moyen ont beaucoup de fois fourni des renseignements précieux, et qui plus ou moins influent sur les opinions des peuples. Ces messieurs ne s'énoncent qu'avec horreur sur la guerre actuelle, laquelle, à les entendre, n'a pas pour but que de bannir de la terre le règne de la raison, et ils font comprendre que c'est à une conduite opposée, à la protection accordée aux lumières et à la réforme, que la Prusse doit sa grandeur, et que c’est indirectement à elle qu'on en veut en ramenant les ténèbres et la superstition en Europe.

C'est de là qu'il faut expliquer la liberté avec laquelle il est permis ici de s'énoncer sur la plupart des nouvelles opinions et sur ce qu'on appelle iei le perfectionnement du genre humain; liberté qui doit paraître inconvenable à ceux qui n'en connaissent pas les motifs secrets. On peut hasarder de dire qu'ici on ne donnerait qu'à regret la main à un projet qui tendrait à ramener le catholicisme en France. Les principes ecclésiastiques de l'Empire sont appelés hautement une monstruosité ridicule dans le siècle éclairé où nous vivons.

On a dit à la Prusse que sa sûreté pourra être compromise par les vietoires et par les progrès des armes de l'Autriche. Mais on croit ici que c’est très souvent au moment de la victoire, surtout si elle a été aussi sanglante que le sont ordinairement celles qu'on remporte sur les Français, qu'on peut le plus espérer d'imposer au vainqueur, et on s’effarouche tout aussi peu de l'idée qu'une contre - révolution faite en Hollande pourrait tourner au profit d'autrui qui l'aurait dirigée; car on sait trop bien que le stathouder, malgré ses engagements quelconques, sera toujours obligé de revenir à ses liaisons avec la

La cour de Berlin, à les entendre, profitera des conquêtes que ferait la coalition dans le Sud aussi bien que dans le Nord de l'Europe, si dans la crise actuelle où tant de passions humaines sont agitées dans le sens le plus opposé, elle parvient à faire respecter toujours sa neutralité, laquelle, étant en ce moment la source de sa prospérité nationale, ne pourra pas manquer de lui fournir dans la suite quelque chance favorable. Pour cet effet ik lui est nécessaire : 1° de conserver toujours la plus entière liberté de pouvoir agir selon les eirconstances ; 2° de concentrer ses forces et d'augmenter par des négociations habiles et par la crainte le nombre de ses alliés ou plutôt de ses auxiliaires, et de devenir ainsi par l'accession de plusieurs petits princes le centre d'une

Sept. 9.

Sept. 9.

Mary 31.

560 Fünfter Anhang. Urkunden No. 18—19.

confédération respectable, dont les vues dirigées du cabinet de Potsdam pourront se développer en son temps; 3° de faire naître des défiances entre les puissances belligérantes et d'isoler le plus possible l'Autriche au moment de la paix; 4° de préparer par tous les moyens possibles les esprits à une nouvelle réforme dans l'Empire, laquelle, si l'on parvient à l'organiser sans convulsions, mettrait la Prusse à la tête des affaires, et fournira en cas contraire l'occasion de pêcher à l'eau trouble. Il ne faut point oublier qu'en même temps où le cabinet de Berlin a déclaré qu'il renoncerait à toute indemnité dans l'Empire si l'Autriche en faisait autant, ses ministres ont toujours parlé d'une frontière solide et sûre contre la France, objet pour lequel l'Autriche s'est exposée à une guerre sanglante, et que la Prusse se flatte d'obtenir sans tirer l'épée. La mesure de ses prétentions sera dans les acquisitions de l'Autriche en Italie ou ailleurs, dans les avantages de la Russie, et dans les dédommagements auxquels l'Angleterre aspire à la paix. Le Roi n'a sûrement pas des vues d’agrandissement dans ce moment, mais il sera de l'avis de son ministère quand on lui prouvera la nécessité de marcher de pair avec l'Autriche lorsqu'il s’agit de prendre, et qu'il pourra le faire sans risquer une guerre avec les autres puissances. Car il ne faut point s'en faire illusion, qu'une guerre de la Prusse contre l'Autriche est populaire, et que le gouvernement peut espérer d'y être secondé par les vœux et par les efforts de la nation entière, la haine contre nous étant le seul sentiment qui réunit tous les cœurs prussiens sous le titre spécieux de patriotisme, qui ne leur est guère connu que sous cette forme hideuse.

Sieyès, avant de quitter cette ville, a énoncé son opinion sur la conduite politique de la cour de Berlin dans une lettre confidentielle ; qu'il importait à sa propre sûreté que le système de conquêtes révolutionnaires de la France fût arrêté dans ses progrès, mais elle doit sentir aussi que les triomphes non interrompus de l'Autriche ne seraient pas moins préjudiciables à sa tranquillité. Elle a également à redouter les succès complets des deux partis belligérants ; son rôle est très difficile à jouer. Il était visiblement de son intérêt, il y a quelques mois, d'attaquer la France; aujourd'hui que la scène a changé, l'intérêt de la Prusse demande qu'elle assiste la République française.

Page 1