Bericht von Sandoz -Rollin aus Paris
Unterrebung mit Delacroir über bie NRheingrenze. Bewegung in Paris. linterrebung mit Rewbell.
... Un des chapitres favoris du ministre [Delacroix] est de parler des nouvelles limites de la France jusqu'au Rhin. Il y revint encore. Je combattis de nouveau ce système par les raisons mêmes qui servent ici à l'établir. »Vous croyez contrebalancer l'agrandissement de la Russie par des conquêtes en Allemagne? Vous n'y réussirez pas: elles ne seront pour vous, au présent et au futur, qu'un moyen d’embarras et de discorde. Vous croyez de plus, continuai-je, en imposer par ces nouvelles limites aux projets d’envahissement de la Russie contre la Porte Otto-
Findenftein an Haugwig. Bericht von Sandoz-Rollin. 55
mane? Vous vous trompez encore. Soyez bien persuadés que plus l'Europe s'épuise par la continuation de la guerre, et plus la Russie se fortifie pour consommer ses vastes projets sur Constantinople. Une paix prompte, conclue demain, peut rendre à l'Europe et à vous ses forces. Laissez done là ces prétentions gigantesques qui ne feront de votre négociation qu'un chaos interminable. C'est la paix qui doit sauver la Turquie et l'Europe d’un bouleversement général, et non pas vos misérables conquêtes«. Comme la Russie est ici le point central de la haine du Directoire, mes réflexions parurent faire la plus forte impression sur le ministre Delacroix. Au moins n’eut-il rien à alléguer pour combattre cette opinion. Tout n'est pas dit au reste sur ce système politique de la République. Un grand tiers du Corps législatif partage entièrement mon sentiment, et j'ai engagé, sans y paraître directement, quelques-uns de ses membres de répandre leurs idées à ce sujet dans les journaux, ce qui a déjà été effectué. L'essentiel serait de ramener le Directoire à ce système raisonnable, et j'y coopérai avec le plus grand zèle.
La cessation de la distribution à bas prix du pain et de la viande au peuple de Paris avait causé beaucoup de mécontentement. La taxation de ces mêmes denrées à un prix plus haut qu'on ne s'y attendait, a produit la plus grande fermentation !). Des aventuriers, des Jacobins et des royalistes, mettaient tout en œuvre pour l’augmenter encore et exciter le peuple aux derniers excès; leurs cris de soulèvement étaient perfides : sous Robespierre, disaient-ils, les assignats avaient de la valeur; sous le Directoire ils n’en ont aucune. On s'attendait à un mouvement dans Paris; un bruit sourd semblait l'annoncer: mais les mesures vigoureuses et imposantes du gouvernement ont contenu les mécontents et les brouillons : tout est resté dans l'obéissance et dans l’ordre . . .
J'ai vu hier au soir le sieur Rewbell. »Votre agent Caselli à Cleves«, lui ai-je dit, »est aussi actif à inquiéter les peuples des provinces prussiennes de la rive gauche du Rhin, qu'à provoquer mes réclamations. Je perds mon entendement et mon temps à vous remettre mémoire sur mémoire à son sujet. Quand cela finira-t-il% »Taxez-nous d'inactivité, mais ne nous taxez jamais de mauvaise volonté envers le roi de Prusses, répondit-il, »le vrai est qu'à force d'affaires majeures, nous négligeons presque toujours celles d’une moindre importance. Nous sommes débutants en affaires d'administration; nous croyons gouverner une république, et nous gouvernons un monde. Priez le roi, votre maître, de vouloir bien nous excuser et d'être bien persuadé que nous arrangerons
1) Mit bem 20. Februar wurbe die Bertbeilung von Brob und Gleijé fo gut wie aufgehoben unb eine Zare dafür eingeführt.
Febr. 22,
Febr. 22.
Mary 9,
56 Urkunden No. 37—39,
toutes choses dans ces provinces d'une manière à lui prouver nos dispositions à lui complaire«. »Pas même un sursis pour l'emprunt % reprisje, avant de nous séparer. »Impossible de nous en occuper dans ce moment«, répondit-il, »nous sommes des pauvres qui rassemblons toutes nos guenilles«.')
38. Hardenberg an Bifchoffwerder. Berlin 1796 März 9 »au soir«. Eigenhändiges Concept in Hardenberg's Radlaë. Rechtfertigung gegen das Miftranen bes Königs.
J'imagine avoir approfondi la vraie raison du mécontentement que le Roi a paru me témoigner, très cher ami, et je ne puis m'empêcher de vous en parler le plus tôt possible à cœur ouvert, en vons conjurant de rendre compte de ce que je vais dire à S. M., parce que, si je ne me trompais pas dans mes conjectures, le motif de cette disgrâce serait pour moi des plus affligeants. Mais venons au fait. Plusieurs combinaisons me font croire que S. M. me soupçonne de vouloir travailler, de concert avec le prince de Hohenlohe, à la faire rentrer dans la coalition et d’intriguer pour obtenir la place du comte de Haugwitz. Des propos trop favorables que le prince a peut-être tenus, sans doute dans les meilleures intentions, sur mon compte, la proposition qu'il convient avoir faite au Roi d'envoyer le comte Haugwitz ou moi à Vienne, la lettre du baron de Jacobi au comte Haugwitz que vous connaissez ?), mon cher général, et dont le comte Haugwitz m'a fait part lui-même, enfin plusieurs autres circonstances trop longues à exposer dans ce moment peuvent avoir donné lieu à ces soupçons. Vous savez, mon cher général, que j'ai suivi scrupuleusement dès mon arrivée le principe de ne me mêler de rien qui ne fût de ma sphère, de ne parler des objets qui n'y entrent pas directement que lorsque je serais questionné; que j'ai cru seulement devoir vous donner, à vous et au comte Haugwitz comme à mes amis, mon sentiment par écrit sur notre situation politique, afin de prévenir par là que mon opinion ne fût pas citée à faux?): que loin de vouloir dans les circonstances présentes entraîner le Roi dans la coalition, et quelle que soit ma façon de penser sur ce qu’on aurait dû et pu faire dans le cours de la guerre, mes idées sont conformes au système que S. M. a adopté et qu'on poursuit d'après ses ordres et d’après les circonstances impérieuses qui le commandent.
Mais, la présomption à part qu'il faudrait que j'eusse, ne serais-je pas l'être le plus méprisable, si, lié comme je le suis d'amitié avec le
1) Die linférbeiniféen Befitungen Preußens wurben zur Theilnahme an bem Zwangsanlehn angehalten.
2) Über biefen Brief bat fit nichts ermitteln laffen. 3) Bergl. Häuffer 2, 46—48.
Hardenberg an Bilchoffwerber. Berichte von Sanboz-Rolin. 57
comte Haugwitz, je pouvais avoir un instant l’idée de le supplanter? J'ose me persuader que lui-même est plus éloigné que personne de me croire capable d'une telle noirceeur. Nous avons plusieurs fois parlé sur cette matière; il forme les mêmes conjectures que moi sur le mécontentement de $. M.; il sait que je vous écris sur cet article, et j'ai trouvé une grande consolation dans la justice qu'il me rend. Toutefois vous sentez bien, cher ami, qu'il m'importe plus que je ne puis l’exprimer que le Roi n'ait pas l'ombre d’un doute à cet égard. Que penserait-il de mon caractère moral et de ma probité si cela pouvait être? Et tous les bienfaits, toutes les distinctions dont S. M. me comble et que j'envisage avec un cœur pénétré de la plus vive gratitude, ne sont rien en comparaison de l'estime et de la confiance d'un souverain que je sers avec l'attachement le plus pur et le zèle le plus ardent. C’est là la récompense principale que j'ambitionne. Si je pouvais perdre ces sentiments de sa part, je serais affecté d'une douleur d'autant plus extrême que je suis fort de mon innocence. Puisse done le Roi me connaître plus partieulierement! il verrait que je suis absolument incapable d’intriguer; que très content du poste que j'oceupe, je ne connais que le vif désir de le bien servir et d’obeir à ses ordres là et comment il le juge à propos; que lorsque j'aurai quelque chose à demander à ses bontés, j'y aurai recours avec une confiance illimitée et sans détours; que quand je croirai devoir lui dire mon sentiment sur les affaires, ce ne sera ni en m'ingérant d'une manière indiscrète dans celles dont S. M. ne me confie pas le soin, ni par des voies sourdes, mais avec franchise, d’après ma conviction et en soumettant mon opinion à ses lumières et à sa haute décision. Encore une fois, mon cher général, représentez ceci au Roi; il est juste, il est bon; je ne serai en repos que lorsque je serai sûr que S. M. me rend justice sur ces objets. Peut-elle me blämer? Non; je ne mériterais aucune de ses bontes, si je n'envisageais cette affaire avec la plus vive sollicitude.
Berichte von Sandoz:Rollin aus Paris.
39. Gejpräde mit Delacroix und bem Direktorium über die Demartationélinie.
. »Vous pouvez être assur&«, me dit le ministre des relations extérieures, »que mon rapport au Directoire exécutif sur la ligne de neutralité sera entièrement favorable aux désirs du roi de Prusse. Vous pouvez être assuré également du suffrage du sieur Rewbell; mais je ne vous en promettrai pas autant de Carnot, de Petiet, ministre de la guerre '), ainsi que de Ramel, ministre des finances; tous ont à ce sujet
1) Seit bem 6. Februar Nachfolger des oben erwähnten Aubert:Dubayet.
März 9.
Mär 7.
Mary 7.
58 Urkunden No. 39—40.
des idées différentes. Je crains surtout que cette ligne de neutralité ne se trouve en opposition avec un plan militaire qu'a fourni le général Jourdan, et qui a eu la sanction d'une commission de guerre. Eerivezmoi une lettre ostensible sur ce même objet et déduisez-y les raisons que vous jugerez les plus propres à entraîner le Directoire dans cette opinion et dans la mienne: j'en ferai usage. Seulement je dois vous prévenir que la réponse pourra tarder 6 jours avant de vous être rendue. Trois affaires occupent dans ce moment le Directoire, et qui devront être terminées avant de prendre en considération la demande du roi de Prusse; mais fiez-vous à mon exactitude, vous la recevrez au terme indiquée. »Puis-je y croire interrompis-je, »tant de fois j'ai parlé à ma cour de vos réponses, j'en attends encore la majeure partie. Un moment de silence succéda ici à cette scène assez vive de ma part. Le sieur Delacroix linterrompit pour me dire: »j'ai une idée, et ce serait celle de faire entrer dans ce même arrangement de neutralité celui d’un dédommagement pour la Maison d'Orange: tout sujet d’ombrage et de défiance cesserait dès cet instant entre les deux puissances; par ex. si dès à présent le roi de Prusse pouvait désigner les sécularisations propres à former à la paix un arrondissement convenable à ladite Maison, nous n'y donnerions pas seulement notre consentement, mais de plus notre garantie: cela deviendrait même un moyen de faire agréer au Directoire la ligne de neutralitée . . .
»Vos intentions sont bonnes«, repris-je, »mais toutes vos idées de dédommagement sont bien futures; j'ignore même si vous aurez la possibilit à la paix de pouvoir les realisere. »Oui! nous l’auron&, interrompit-il avec fierté, »si la République de France et le roi de Prusse veulent bien s'entendre à cet égard, je ne sais pas où est la force qui pourrait y mettre empêchement. Ce ne sera pas l'Autriche, soyez-en sûre . .. Il alla jusqu'à me dire qu'il serait possible de faire des paix particulières dans l'Empire au gré de V. M., en exceptant néanmoins l'électeur de Hanovre. Il alla plus loin encore, qu’on pourrait très bien garantir les nouvelles possessions prussiennes en Pologne, et de manière à en consolider l'acquisition. Ces citoyens législateurs embrassent l’univers dans leur politique, et peuvent à peine prévoir les événements les plus rapprochés . ..
Geprüd mit dem Direktorium und den Miniftern über die Demarfationslinie. [Nicht hiffrirt) Les sentiments de plusieurs de ses membres furent très favorables à cet arrangement: ils me le témoignèrent à plusieurs reprises. D'autres y montrèrent plus d'opposition, en ce qu'une ligne semblable pouvait gêner les opérations des armées : mais tous convinrent du grand
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interetque la République avait de consolider la meilleure intelligence avec V.M. |Ehiffrirt) »Oui! la République doit consentir«, disait Rewbell, »à cette ligne de neutralité, afin de montrer à l'Europe entière l'estime et l'amitié qu'elle porte au roi de Prusse; elle le doit en dépit même de la fluctuation de ses sentiments à notre égard: ce monarque envisage peut-être notre gouvernement comme éphémère et peu stable, et notre République comme ne pouvant pas lui offrir les mêmes moyens de forces que les puissances qui l’avoisinent. Assurez-le qu'il est dans l'erreur; assurezle que notre gouvernement acquerra un degré de vigueur et de puissance inconnu au reste de l'Europe. Assurez-le surtout qui il trouvera plus de fidélité dans notre amitié que dans les promesses feintes de ses voisins. Quel rôle plus glorieux peut-il désirer que d’être le médiateur de l'Allemagne et du continent ?« Les sieurs Benezech et Larevellière- Lepeaux partagèrent entièrement ces sentiments. Jusqu'ici je n'avais pas entendu parler de l'accession de la cour de Vienne à cette ligne de neutralité; aucun des membres dont j'ai transmis les opinions ne m’en avait touché le plus léger indice. Il n’en fut pas de même des sieurs Carnot, Barras et Letourneur; et ce fut à cet objet que le premier s’arrêta davantage. Selon lui, la République pourrait difficilement donner son consentement à la ligne de neutralité, sans que la cour de Vienne en fit autant de son côté. C'était un aveu mutuel bien caractérisé de leur part qui devait en faire la garantie. Agir autrement, cette ligne tomberait à la charge de la puissance qui serait seule à l’observer; d’ailleurs, autant qu'il en pouvait juger, la ligne de neutralité proposée gênait en totalité le plan de campagne du général Jourdan, de ce général qui avait tant à se plaindre de la partialité du prince de Hohenlohe en faveur des Autrichiens. Letourneur et Barras répétèrent, comme par écho, ces objections et s'exhalèrent en imprécations contre les derniers ...
Le sieur Delacroix est accusé dans le public de ne pas marcher avec activité, et de laisser une multitude d'affaires en arrière. C’en serait assez pour qu'on s'occupât de le remplacer. J’en serai fâché pour ses bonnes intentions et pour l'attachement qu'il a voué aux intérêts de TN:
40. Diner bei bem amerifaniféen Gefandten. Œoaft auf die Frankreich befreun-
beten Könige.
... . Nicht Hiffrirt Avanthier, ... à un dîner diplomatique chez le ministre d’Amerique[Monroe|, j'ai eu l’avantage d'entendre les présidents du Conseil des Anciens |Regnier) et du Corps législatif [(Thibaudeau] me témoigner les assurances les plus expressives de leur attachement aux
Mär 7.
Mary 14.
Mary 14.
Mary 24.
60 Urkunden No. 40-42,
intérêts de V. M. C’est le second dîner de ce genre qui a été donné aux principaux membres du gouvernement français. Une santé a été remarquée dans ce dernier, et que je ne {puis me résoudre de passer sous silence: c’est celle des rois amis de la France, portée par le président du Conseil des Anciens. Tous les convives y ont répondu avee acclamation: elle peut donner une idée du changement qui s'opère ici dans les idées et qui est un effet de l’ascendant que le gouvernement acquiert . ..
41, Unterrebung mit Delacroix: Annahme der Demartationslinie im Princip; Gervinus; Taufchpläne.
Mittheilung einer Note des Dinifters Delacroix vom 24. März, wonad die franzöfiiche Regierung die Neutralität Norddeutichlands und die Demarkation anerkennt; Gaillard wird zu den näheren Verhandlungen bierüber bevollmächtigt. Certainement le sieur Delacroix a tenu tout ce qu'il m'avait promis. Il m'a donné communication de son rapport, qui était bien rédigé pour le style et pour le raisonnement. J'aurais à cœur que V. M. püt lui faire dire quelques paroles obligeantes à ce sujet. Ces grands législateurs sont vains et sensibles aux éloges . .. Mais le début de notre conversation a eu de quoi me surprendre. »Le Directoire a pris hier«, me dit-il, »la résolution de signifier à M. Gervinus de sortir de la France; il m'a chargé de vous en prévenir. Le Directoire se plaint de ce qu’il ne garde plus aucune mesure dans ses discours, dans ses relations et dans ses écrits contre le gouvernement; les preuves lui en sont acquises de la manière la plus formelle«. En témoignant ma surprise et mes doutes au sieur Delacroix de ce que j'entendais, je m’attachai au moins à écarter la violence et la publicité. Le renvoi du sieur Carletti me vint à la mémoire. »Les égards que vous devez au roi, mon maître, et les ménagements usités entre les puissances exigent que vous vous borniez à charger le sieur Caillard de demander son rappel, et qu'il se retire sans bruit; vous ne pouvez rien vouloir davantage !). Ces réflexions firent impression sur Delacroix et le ramenèrent à des sentiments plus modérés. Il me promit de déterminer le Directoire à suivre cette marche .
Le sieur Delacroix revint ensuite aux projets tant de fois rapportés du Directoire d'agrandir la puissance de V. M.: c'est son vœu et c’est
1) Eaillarb that dann in Berlin Schritte, um bie Abreife von Gervinus zu befchleu: n:gen; er bemerkt, berfelbe jei längft als ein »intrigant actif et dangereux« belannt gewefen. 1796 April 9.
Berichte von Sanboz-Rollin aus Paris. 61
sa politique. Entrant même en quelques détails à ce sujet, il me dit que si V. M. jugeait de sa convenance de réunir le duché de Mecklembourg à ses États et [ou ?] de l'ériger en électorat pour servir de dédommagement à la Maison d'Orange, le Directoire serait prêt à y donner les mains et à en garantir la stabilité de la manière la plus formelle . ..
Avanthier j'ai vu les sieurs Rewbell et Letourneur, et je les ai trouvés obstinément résolus de continuer la guerre, en convenant que les fonds déposés à la trésorerie nationale ne seraient pas suffisants pour la terminer. Il attendent des chances et des moyens fortuits'), et puis ils comptent aussi sur l'impuissance des efforts de l'Autriche. Telle est la situation présente des affaires: Ramel, ministre des finances, est dans la détresse; Petiet, ministre de la guerre, est aux abois; on résume, on calcule, on vend des marchandises, on bat monnaie, et on n'avance rien, le numéraire paraît s’engloutir à mesure qu'il se montre sur la place ...
Hüffer 1, 301. 302.