Grlaÿ an Sandoz:Rollin in Paris. Berlin 1796 Mai
MWieberholte Forderung der Anerkennung der Neutralität Norbdeutichlands unb ber Feftfeßung einer Demartations-Linie.
... Il est fächeux qu'on ait eu tant de peine à se persuader à Paris que c'est tout simplement la tranquillité du Nord de l'Allemagne que j'envisage dans les mesures dont je m'occupe, sans que ni l'Empereur ni le roi d'Angleterre y entrent pour rien; que j'agis pour moi seul . .. et que c'est uniquement à sa situation locale que le pays de Hanovre doit sa participation à la neutralité. Mais je compte qu'enfin on aura cessé de mettre cette vérité en doute. La Prusse a été la première de toutes les puissances coalisées qui ait désiré de se rapprocher de la France et qui ait effectué ce rapprochement auquel doit être attribué en très grande partie la situation avantageuse où la France s’est trouvée du depuis. J'ai stipulé par la paix de Bâle la neutralite du Nord de l'Empire, et j'y insiste aujourd'hui afin d’&carter tout ce qui pourrait altérer entre nous le maintien inaltérable de l'harmonie et de la bonne intelligence; je viens de restreindre considérablement la ligne de démarcation, afin de laisser, comme la France le désire, la liberté nécessaire aux mouvements des armées; enfin je viens de réitérer . . . la déclaration la plus positive que je n'ai pas la moindre vue hostile contre la Hollande... Que puis-je faire davantage pour convaincre la République de la sincérité de mes intentions et de mon désir d'entretenir et de cimenter de plus en plus les relations d’une parfaite amitié avec elle? J'ai témoigné en outre, dans la réponse remise au sieur Caillard!), que j'étais très disposé à me concerter et à m'entendre avec la France sur les objets qui se rapportent à la pacification future, pourvu que nous fussions préalablement d'accord sur la neutralité, et je n'ai différé ces autres objets que
1) Preußifhe Note vom 10. Mai, als Antwort auf Gaillarb's Note vom 26. April (f. biefe bei Häuffer 2, 71). Im jener Note ift nod folgende Stelle merfwürbig: il est presque superflu d'observer que ce n'est qu'en faveur de ses propres États que le Roi est entré dans les susdites stipulations (Neutralität und Demarfation); que c'est uniquement leur repos, leur sûreté parfaite pendant la durée de la guerre actuelle, qu'il avait en vue à cet égard... Si d'autres pays de l'Allemagne en profitent, c'est leur situation topographique qui en est la seule cause, puisqu'ils se trouvent comme enclavés dans ces mêmes Etats.
Schriftwechiel mit Sanbo;-Rollin in Paris. 69
parce que celui-ci, infiniment pressé par sa nature, semble n’admettre aucun retard. Si effectivement le gouvernement français n’a pas de vues offensives contre l'Allemagne, ... je puis me flatter que cet arrangement sera d'autant plus facile à conclure, et nos explications sur les bases de la future paix ne pourront qu'en devenir plus actives . ..
Berichte von Sandoz-: Rollin aus Paris, 49. Klagen des farbiniféen Gefanbten Revel über Delacroir.
... Un ministre qui éprouve combien il est difficile de traiter avec le gouvernement français, c'est le sieur Revel!). Avant-hier il est venu à moi et m'a dit: »j'ai l'ordre exprès de ma cour de vous consulter sur ce qui doit faire l'objet de ma négociation; j'en ai le plus grand besoin du monde .. . Le Directoire abuse de son triomphe et nous met le couteau sur la gorge. Rien de plus humiliant et de plus insultant que l'accueil du sieur Delacroix; ce n'est pas à vous, m'a-t-il dit, d'ouvrir des propositions de paix; vous n'avez à faire autre chose qu'à écouter les nôtres, vous y soumettre y signer. Puis entrant en matière, il m'a déclaré que la Savoie et Nice devaient être réunies à la France, et que toutes les places fortes piémontaises du côté de celle-ci seraient démolies sans aucun délai. Vainement veux-je demander du temps pour consulter l'Espagne, notre médiatrice, il s'y refuse non seulement, mais il me presse au contraire sans interruption de signer et de signer promptement, afin de mettre entièrement de côté ladite médiation, ce qui est son but. Le roi mon maître avait à cœur de sauver Nice et de céder la Sardaigne pour le racheter; mais cela a été rejeté avec le dernier mépris et avec beaucoup d'aigreur. Offensé à mon tour, je n'ai pas pu m'empêcher de dire au sieur Delacroix: agissez donc, monsieur, de manière à ce que nous ne regrettions pas les Autrichiens, et agissez encore de manière que nous puissions devenir vos amis, et non pas vos prisonniers ?) . . .
50. Babeuf’s Berihwirung. Unterzeihnung ber Allianz zwiihen Frankreih und Sardinien. Sieyes.
... Le Directoire, en exagérant l'histoire de ladite conspiration
de Babeuf], a dû exagérer aussi ses mesures et ses arrêts; ce qui est
une faute qui a accumulé d’autres fautes. Des soupçons ont tenu lieu
1) Revel und Tonfo waren von ber farbinifhen Regierung zu Friebensunterhandblungen nad Paris geichidt.
2) Bergl. Biani, Storia della Monarchia Piemontese (1878) 2, 321: »Trattateci per modo que possiamo diventare vostri amici, e non giä vostri prisonnieris ... »A voi non spetta imporre condizioni, bensi udire e sottoscrivere le nostre«.
Mai 23,
Mai 16.
Mai 20.
Mai 20.
70 Urlunben No. 50—52.
de faits, et des actes d'un despotisme outré ont tenu lieu de formes judiciaires; l'emprisonnement même de Drouet de Varennes est devenu une infraction à la constitution: car les propos violents et menaçants de cet anarchiste contre le Directoire n'étaient pas un délit de conspiration, et l'inculpation de l'avoir pris en flagrant délit, sans articuler en quoi et comment, étant une accusation vague et frivole, a porté le peuple à en porter ce jugement!). Le Corps législatif, intéressé à donner une grande importance à la repr&sentation[?) d'un de ses membres, et intéressé surtout de se mettre hors de la juridiction du Directoire, ne se prêtera pas à le trouver coupable; il cherche des preuves et n’en trouve pas encore. La situation du Directoire est assez embarrassante: si d'un côté il est allé trop loin, il achèvera d’aliéner la nation, et si de l’autre il a prétendu essayer son autorité par désir de vengeance, il élèvera entre lui et le Corps législatif une défiance et une désunion qui ne sauraient qu'être funestes. Je crois l'avoir dit: le Conseil des Anciens est le grand médiateur et le pacificateur entre le Directoire et le Corps législatif, et entre celui-ci et le peuple, et en tout sens il est le palladium de la constitution de 1795.
Trois jours après ma conversation avec le chevalier de Revel, le traité de paix a été arrêté le 15 au matin, sans attendre la médiation de l'Espagne. Il n’y avait plus moyen de reculer: »signez«, disait le sieur Delacroix, »autrement le courrier chargé de l'ordre de recommencer la guerre part demain; »signez«, dis-je, »autrement Turin est attaqué, pris et pillé«. Le négociateur piémontais a donc été forcé d'y consentir, et il n’a pu obtenir d'autre adoueissement que la démolition de deux [trois] places fortes au lieu des cinq exigées; car, »à qui en appeler«? m'observa-t-il, »au Directoire? J’en ai vu les principaux membres; je les ai trouvés inflexibles; l'arrêt était prononcé au Corps législatif; la commission ne m'a pas permis d'avoir aucun accès auprès d'elle; ainsi ne voyant plus aucun moyen de rien changer, j'ai été forcé d'obéir et de signer«. »Bien vous en a pris, lui disais-je, »de n'avoir pas eu d'accès auprès de la commission; l'abbé Sieyès, qui en était le rapporteur, vous aurait dit ce qu’il a fait entendre en plein conseil, savoir qu’un des premiers articles dudit traité aurait dû stipuler d'amener le roi de Sardaigne à la barre de l'assemblée, langage qui a excité un mouvement d'indignation générale? N'y a-t-il pas dit encore que les traités avec la Prusse et avec l'Espagne couvraient de honte la République de France, et décelaient l'ineptie de leur auteur Barthélemy«? Le sieur Rewbell, que
1) Bergl. ‚Schmibt, Tableaux 3, 206, 215.
2) Diefe Auferung wirb beftritten.
Berichte von Sanboy-Nollin aus Paris. 71
j'ai vu hier, m'a confié, à propos de ce discours, que l'abbé Sieyès ne serait plus jamais rapporteur dans une commission diplomatique, et qu'il
n'y aurait pas été admis sans la basse complaisance d'un représentant... Svbel 4, 190.
(An Graf Haugwip.) O1. Preußiiche und franzöftiche Politik.
.. . (Richt Hiffrirt] Je dois répéter à V. Exec. ce que j'ai rapporté à différentes reprises au Roi et au ministère : les dispositions du Directoire exécutif sont des plus favorables aux intérêts de la Prusse; j'en suis témoin et je puis en garantir la vérité. Mais malheureusement on ne s’entend pas bien sur la manière et le temps de s’en donner des preuves. Ici, on voudrait s'assurer de l'attachement de la Prusse par des arrangements antieipes; là, on voudrait attendre l'issue de la guerre pour juger de la prépondérance que la République française pourra acquérir. Tel est en deux mots le précis de la situation politique des deux puissances. Mais celui qui, comme moi, est placé entre des intérêts si divers et si agités, est en butte à tous les désagréments imaginables: il ne saurait adopter les idées de l’un sans déplaire à l’autre, et il ne saurait tenir une exacte impartialit sans devenir passif et nul . ..
52. Unterrebung mit Delacroix über bie frambfiféen und preufiféen Bertrags:
entwärfe.
... Avant-hier matin, j'ai remis au sieur Delacroix la réponse du ministère de V. M. à la note du sieur Caillard et le projet de convention sur la ligne de démarcation'). Il fit lecture en ma présence de l’une et de l’autre de ces pièces; son observation fut de me dire ensuite : »le roi de Prusse veut que nous contractions des engagements sur la ligne de démarcation, et ce monarque de son côté n'en veut prendre aucuns avec la République de France. Où est la réciprocité et la justice? Nous traitons néanmoins de puissance à puissance. Puis entrant dans une discussion assez verbeuse, il s’efforça de me prouver que les sécularisations proposées en dédommagement contribueraient essentiellement à augmenter l'influence de la Prusse dans l'Empire; tout dépend, selon lui, de fortifier le parti protestant dont V. M. était le chef. »Pour parvenir à cette fin, notre intérêt politique et celui de nos alliés exigent que la Prusse se décide sur une indemnisation à procurer à la maison d'Orange, et nous
1) Note Gaillarb's vom 26. April; preußifche Antwort vom 10. Mai. Der bei Häuffer 2, 71 angeführte Erlaß vom 8. Mai an Sandoz ift ein nicht vollgogener Entwurf.
Mai 20.
Mai 22.
Mai 25.
Mai 25.
Auni 1.
72 Urtunben No. 52—53.
sentons que la bonne intelligence ne sera jamais bien affermie aussi longtemps que cette pierre d’achoppement subsistera. J'insiste encore et de nouveau à ce que S. M. Prussienne s'explique clairement sur les propositions qui lui ont été faites, et je ne suspendrai ma réponse définitive que dans l'espérance que les deux pièces remises ici ne sauraient être considérées pour son ultimatume. . . »Séculariser d'avance, disais-je, c'est ébranler la constitution de l'Empire, et c’est élever un cri général de réprobation contre la Prusse. Tous les princes de l'Empire se rallieront dès ce moment à l’Empereur«. »Séculariser d'avance, observait-il de son côté, c'est ôter à l'Autriche les moyens de placer et d'enrichir ses archidues, et puis c'est miner son influence et affaiblir le parti catholique. Il est de l'intérêt d'un roi protestant de saisir cette idée . . . D'ailleurs la forme militaire de la République de France la rapproche du gouvernement militaire de la Prusse !)« . . .
93. Neue Unterrebung mit Carnot und Retobell über bie Neutralität Rorbdeutfchlands, Gintradt zwifchen Direktorium und NRätben.
Auf die Nachricht von der Kündigung des Waffenftillftandes in Deutich- (and, begiebt fih) Sandoz-Rollin zu Carnot und Rewbell, um die Unterhand: lung über die Demartationslinie zum Abjchluß zu bringen. Carnot prit la parole en sa qualité de président: »Vous dirai-je que le Directoire est attaché au roi de Prusse; qu'il a à cœur d'agrandir sa puissance et de le mettre en état de résister un jour aux deux cours colossales qui l’avoisinent? Ce monarque ne saurait le mettre en doute; vous en êtes chaque jour le témoin. Nous ne pouvons pas consentir dans cette guerre à une convention publique sur la ligne de neutralité, sans l'accompagner d'une autre secrète qui nous garantisse au moins les faits [?| du roi de Prusse à notre égard, et nous ne pouvons pas renoncer aux avantages d'intimider nos ennemis en leur laissant la crainte d'être envahis, sans en être dédommagés par d'autres avantages bien déterminés. Tout cela est d'une bonne et juste prévoyance, et c'est en ceci que consiste le mobile secret de notre politique; mais si nous voulons laisser ignorer à notre plus cruel ennemi, le roi d'Angleterre, nos prétendus projets sur le Hanovre, nous ne voulons rien dissimuler au roi de Prusse à cet égard, et nous pouvons prendre avec lui l'engagement secret de ne rien entreprendre sur le Nord de l'Allemagne. ni sur l'électorat de Hanovre, pendant la durée de cette guerre. C'était déjà notre plan, et votre maître peut être assuré que le Directoire l’observera avec le plus grand serupule; nous en prendrons acte devant vous ... Si cet engagement
1) Den Erlaf (6. Juni) auf biefen Bericht |. bei Häuffer II, 72 Note.
Beridte von Sanboy-Rollin aus Paris. 73
agrée au roi de Prusse, nous pourrons de notre côté renvoyer à la pacification la convention secrète. On se contenterait de part et d'autre d'assurances tacites qui vaudraient celles écrites et signées formellement; d'assurances de la part du roi de Prusse de contenir l'armée d'observation dans les limites de la ligne de neutralité, et de la part des Français, de respecter la ligne de démarcation et d’en réitérer les ordres les plus formels à leurs généraux. Ce monarque voudra seulement nous faire connaître ses dispositions par une note verbale dont vous nous donnerez communication‘). Cent fois et mille fois, et nous ne cesserons jamais de le répéter: notre intérêt politique est d'entretenir la meilleure amitié avec la Prusse, et de saisir toutes les occasions d’augmenter ses forces et sa puissance. Ce doit être également celui de la Prusse, qui tôt ou tard aura besoin peut-être des secours de la France. Telle qu'elle est, cette politique ne saurait jamais lui être suspecte. Un mot encore, dit Carnot avant de rompre cet entretien: s'il convenait mieux au roi de Prusse que les deux conventions fussent signées en même temps, je veux parler de celle de la ligne de démarcation et de celle des arrangements secrets, nous attendrons sa réponse à cette dernière, et nous ne contreviendrons en rien au plan déjà projeté«?) ...
»Ne pensez pas, dit le sieur Rewbell, »que nous ayons un système de paix bien arrêté: nous tenons peu ou point par ex. aux conquêtes sur le Rhin; mais nous serons entraînés par l'opinion publique qui domine présentement la France; elle seule décidera des conditions de la paix prochaine, si tant est que les chances de la guerre n’y influent en rien. En quoi notre système est arrêté invariablement, c’est que tels succès que nous puissions avoir, nous nous enfermerons toujours dans les bornes du Rhin, et même dans nos anciennes limites ...
L'union est rétablie entre le Directoire et le Corps législatif. J’ai pu m'en convaincre à la fête de la victoire *), où j'ai assisté avec tout le corps diplomatique. Les membres du Directoire m'ont assuré plus ou moins confidemment que la dernière conspiration avait produit le bon
1) Das preußifhe Minifterium ging, burd eine Note vom 11. Juni, auf biefen Bor: fblag ein. Bergl. Häuffer, II, 72.
2} Gaillarb, der von Delacroix Weifungen erbielt, welche biefem Bericht wiberfprachen, fchreibt über benjefben: Je suis tenté de croire que dans les conférences de M. Sandoz avec le Directoire, le cours de la conversation aura amené quelques propos fugitifs et sans conséquence que le ministre prussien aura sur-le-champ convertis en propositions formelles; qu'il aura vu des faits là où le Directoire n'aura voulu présenter que de simples possibilités, et que donnant à tout cela une importance à laquelle on n'avait pas songé, il aura établi son rapport sur cette base et aura induit en erreur le cabinet de Berlin et moi par conséquent. (25. Juni.)
3) 29. Mai, fête de la Reconnaissance, zugleich Siegesfeft.
Juni 1.
7 uni 1.
Juni 5.
Juni 11.
74 Urkunden No. 53—57.
effet de leur faire eonnaitre leurs amis et leurs ennemis, comme aussi de rallier autour d'eux les provinces et les honnêtes gens de Paris. J'en suis certain; on sent bien que le gouvernement a acquis dès ce moment plus de force et plus d'autorité : aussi tout obéit et tout cède à l'impulsion de ses décrets. Si l'on entend des murmures, ce sont de vains cris qui sont étouffés dans l'immensité du mouvement et du bruit de cette capitale. Dirai-je, d'après les journaux, que la fête de la victoire était pompeuse et magnifique? Non certainement; le peuple en a été exclu, par crainte et toutefois sous prétexte de maintenir l'ordre. Au reste les différentes évolutions militaires étaient pitoyables en tout, dans l'ensemble, dans l'alignement et dans le maniement des armes. On y avait poussé l'oubli des bienséances jusqu'à inviter les ministres de Sardaigne, c'est-à-dire jusqu'à vouloir les rendre témoins des drapeaux pris sur leur maître. Ce n'était point l'effet d'aucune jactance ou de mépris; non, c'était tout simplement celui d'une gaucherie in-
discrète . ..
Hüffer 1, 306, 307, Sybel 4, 244.