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Unterredungen mit Talleyrand und Siebès

Mai 17.

.… .[Talleyrand m'a dit}: »cent fois et mille fois je reviendrai à vous le Mai 17.

Mai 17.

Mai 27,

208 Urkunden No. 174— 76,

dire: c’est un mal que votre cour ait voulu diviser et compliquer ses négociations ; elle n'obtiendra rien avec Vienne, elle aura refroidi considérablement l'amitié du Directoire. Je parle de tout cela en homme dévoué aux intérêts de la Prusse, et j'en parle surtout en homme qui y sera bientôt étranger; je serai destitué vraisemblablement d'un ministere où je n'ai essuyé que des déboires, et je serai nommé peut-être à l'ambassade de Constantinople: je la desire et je l'accepteraic . . . Dans le cours de cette conversation entiérement amicale, il me confia qu'il avait eu il y a peu de jours des discussions fort vives avec le sieur Rewbell sur les affaires de la Suisse: son sentiment était de soutenir que si on n’adoptait pas bientôt d’autres mesures, on y perdrait toute espèce d'influence; c'était un peuple belliqueux qu'on avait réduit au désespoir. La restitution des créances du canton de Berne était due à ses soins et avait coûté deux millions de livres de France!) ...

P.S. C'est le lendemain?) du départ de ma dernière dépêche que j'ai vu l'abbé Sieyès: je le trouvai entouré d'un grand nombre de ses collègues des Cinq-Cents qui étaient venus pour le féliciter sur sa nomination. | Après les premières paroles de politesse d'usage, il me prit à part et me dit: »avant d'accepter la mission de Berlin, j'ai voulu vérifier si l'amitié entre les deux nations n'était point équivoque, et si je ne courais pas peut-être la chance d’une rupture entre elles. Les dépêches de Caillard m'ont tranquillisé. Mon intention est de prêcher la paix à Berlin comme à Paris; la paix, qui est le seul moyen de maintenir l'Europe dans son assiette et de la garantir d'une anarchie affreuse. La Prusse a dans sa puissance la faculté de l’accélérer. On ne trouvera pas en moi . . . un politique dans l’acception du terme qui y est donnée ordinairement; mais on y trouvera un homme qui aime l'ordre moral et social, qui ne se prêtera pas à tous les projets du Directoire et qui saura même opposer dans l'occasion. De tout temps je n’ai vu qu'une liaison et une alliance naturelle pour la France: c'est celle avec le roi de Prusse. Je vois de même aujourd'hui, et je serais bien flatté si je parvenais à l’établir et à la cimenter« . |.

175. Unterrebung mit Talleyrand: preufifte Bolitit; drohende Entlaffung Talleyranb's.

. »Tenez-le pour certain«, [m’a dit Talleyrand] : »les négociations du roi de Prusse avec les deux cours impériales ne sauraient avoir

1) Bergl. Hüffer 2, 323. Sybel 5, 123.

2) 15. Mai.

Berichte von Sanboy- Rollin aus Paris. 209

une bonne issue; de deux choses l’une: s'il obtient ce qu'il désire, il faudra qu'il entre dans un concert avec lesdites cours contre la Erance; s’il s’y refuse, il n’obtiendra rien, on contestera de plus ses indemnités, et il passera pour suspect et bientôt pour ennemi de l’un et de l’autre«... »Je m'explique librement avec vous, ajouta-t-il, en homme attaché sincèrement aux intérêts de la Prusse et qui ne sera bientôt plus rien dans les affaires« . . .

[(Talleyrand] m’apprit qu'aujourd'hui même dans la nuit le sieur Treilhard devait faire une motion dans le Directoire pour le maintenir en place, que le sieur Merlin l’appuierait de tout son suffrage, et qu'ils hésitaient de croire que Larevellière-Lepeaux lui fût contraire. Les deux autres directeurs s'étaient déclarés ouvertement contre: le sieur Barras, pour avoir attribué la froideur du général Bonaparte à son égard à quelque mauvaise insinuation de lui, Talleyrand; et le sieur Rewbell, pour avoir éprouvé sa critique et son opposition dans plusieurs objets politiques . . .

176. Unterrebung mit ŒEreilbarb. Debatte im Direktorium über die Schweiz. Talleyranb.

J'ai eu occasion de voir le directeur Treilhard d'abord au Directoire et ensuite chez lui; j'ai été content de ce qu’il m’a dit dans cette conversation de ses dispositions pour la Prusse et du grand intérêt que la France devait mettre à lui procurer des indemnisations équivalentes à celles de l'Autriche . . . J'ai été content de ses principes sur la politique future du Directoire, savoir qu'étant parvenu aujourd’hui à fonder l'existence et la durée de la République, il devait s'occuper du bonheur de ses peuples et n’intervenir dans les affaires de l'Europe que comme une grande médiatrice pour en affermir la paix; je n'ai rien vu en ceci ni dans ses autres discours qui annonçât le chaud révolutionnaire comme on la accusé . ..

Non, le sieur Treilhard n'est point un chaud révolutionnaire; j'en ai la preuve dans ce qui vient de se passer dans le Directoire même, au sujet des arrangements à prendre pour la Suisse: le ministre des relations extérieures était présent et ne m'en aura point imposé dans cette occasion. Il était question de savoir si on donnerait droit aux commissaires français, dans la discussion concernant les scellés sur les caisses publiques}, ou au Directoire helvétique. Le sieur Rewbell voulant soutenir son beau-frère Rapinat, posait en principe que le Directoire

1) Bergl. Hüffer 2, 324.

Daillen, Preußen u. Franfreih. 1. 14

Mai 31.

Mai 31.

Juni 2,

210 Urkunden No. 176—179.

d’Aarau n'était qu'une magistrature provisoire: qu’en conséquence le commissaire pouvait être envisagé comme le centre de l'autorité jusqu'à ce qu'un nouvel ordre de choses fût établi. Le sieur Treilhard a attaqué le principe et le commissaire; il a soutenu que vouloir attribuer plus d'autorité à un particulier qu'à un corps gouvernant, était dérisoire et attentatoire à l'indépendance de l'Helvétie: qu'il fallait de toute nécessité adopter un autre système à l'égard de cette nation, sans quoi on la soulèverait et la jetterait dans les bras de l'Autriche. »Faire la guerre sans être en guerre et même sans la déclarere, a-t-il observé, »est un acte peu digne d'une grande nations. Le sieur Rewbell a repoussé faiblement ces arguments, et cependant rien n'a été décidé dans cette séance sur l’objet de la discussion . ..

Talleyrand m'a parlé de particularités injurieuses répandues sur son ministère dans les papiers américains et publiés par ordre du Congrès, particularités présentées d’une manière à influer sur son sort ministériel. L'air affecté et déconcerté avec lequel il a touché cette dernière circonstance m'a fait préjuger qu'il y avait du vrai dans leur exposé; je l'ai dit: la soif de l'argent l'aura entraîné dans une multitude de souillures ‘) . . . Je le crois perdu pour le ministère des relations extérieures. Le sieur Truguet est arrivé d'Espagne avec des preuves de sa vénalité dans le traité avec le Portugal . . .

177, Talleyrand über bie Ablehnung der franzöfiihen Allianz » Anträge burd Preußen.

Gefprüd mit Talleyrand über die Ablehnung der franzöfiichen Allianz: Anträge durch Preußen. Il me dit d'un air affecté et très serieux: »Mais savez-vous que c'est trop souvent repousser les avances amicales de la République? peu de puissances ont été privilégiées à ce degré. Il entre dans tout cela de l'humeur, des préventions et peut-être aussi des obstacles secrets; je ne sais plus qu’en penser, tant de refus continués de votre cour pour des liaisons naturelles et nécessaires à l’affermissement de la paix deviennent incompréhensibles. Le Directoire, peu habitué à voir des propositions de cette espèce rejetées, sera forcé de se tourner d'un autre côté et de rechercher l'alliance de l'Autriche, à laquelle il répugnait. La Prusse en aura la faute de toute nécessité. La République française a besoin d’une alliance en Allemagne pour compléter son système politique. Toutes démarches ultérieures cesseront dès aujourd'hui envers la Prusse sur cet objet« . . .

1) Bergl. Sybel 5, 17.

Berichte von Sandoz-Rollin ans Paris. 211

178. Magen Talleyranb's über bie franzöfiihen Gefanbten im Auslande.

... Le ministre des affaires étrangères, que j'ai vu ce matin, était abattu et consterné. »Concevez-vous«, m'a t-il dit, »que la République française n'ait que des fous pour agents, pour ministres, pour ambassadeurs? c'est à qui me donnera le plus d'embarras. A Turin, Ginguené fait des scènes ridicules, par ex. il écrit au Directoire: j'ai pris une grande mesure digne de ma représentation; c’est celle de ne plus aller chez le ministre des affaires étrangères piémontais, mais de le requérir de venir chez moi; mesure qui sera tancée et redressée, comme il convient. A Naples, Garat fait un discours de maître d'école, qui aura fait rire d’&tonnement toute l'Europe. A Gênes, Sotin voulait soulever la République ligurienne contre la Sardaigne; il écrivait que cette puissance lui déplaisait. A la Haye, le sieur Delacroix bätissait des systèmes contre l'Angleterre, tandis que le gouvernement hollandais eroulait sous ses pieds. Guillemardet, en Espagne, est trop novice pour qu’on ne doive pas attendre de sa part les plus grandes écoles. Aussi longtemps, ai-je dit en dernier lieu au Directoire, qu'on ne voudra employer en diplomatie que des conventionnels, on ne réussira qu’à faire abhorrer la République françaises . . .

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