Gepräde mit Talleyrand und Don Azara
... [Talleyrand m'a dit] : »J’ai soutenu encore en dernier lieu qu'il fallait montrer à l'Europe qu'on pouvait prendre confiance aux engagements et aux traités contractés avec la République française, et j'ai soutenu de plus qu'il fallait assujettir les envoyés et les agents dans l'étranger à leurs instructions, et à une responsabilité sévère s'ils s’en écartaient. .. Die Friedensunterhandlungen drohen zu fdeitern. La cour de Vienne n'y songe pas assez: ce n'est pas l'armée française qu'elle aura principalement à combattre: c’est l'esprit révolutionnaire qui se répandra comme un torrent dévastateur et qui ravagera toute l'Allemagne!) ... L'on croit à Vienne que la République française a un besoin urgent de la paix, et l'on croit à Paris que l'Autriche ne peut pas soutenir deux années de guerre. Voilà l'esprit qui règne dans les négociations des deux partis et qui arrête la conclusion de la paix qui préserverait l'Europe d’un bouleversement générale . . .
Le chevalier Azara, avec qui je me suis lié, croit la guerre inévitable. »J'ai été témoin en Italie«, m’a-t-il dit, »des exactions répétées
1) Bei einer anderen Gelegenheit bemerft Talleyrand: Des traînées de poudre révolutionnaire ayant des ramifications fort étendues sont toutes prêtes et n’attendent que le signal d'être allumées; leur explosion bouleverserait le monde. (Sandoz, 22. Juli.)
Berichte von Sandoz-Rollin aus Paris. 217
des Français et du vœu secret et général des peuples de retourner plutöt à l'Empereur que de rester dans une dépendance aussi humiliante. J'ai entendu au Directoire cisalpin me dire en confidence : si la guerre recommence, la République cisalpine croule, et nous favoriserons sa chute bien loin d'y mettre opposition . . .
185. Distuifion im Direktorium über Krieg und Frieden. Oebante einer Ver-
mittelung Preußens.
... La cessation des conférences de Selz n'est pas regardée ici comme un sujet de rupture avec l'Empereur, mais c’est de celles de Rastatt qu'on attend la grande solution de la paix ou de la guerre. Le conclusum de l'Empire, reçu ici avant-hier !), a causé autant d'étonnement que d'humeur, et a donné lieu à des débats assez sérieux dans la dernière séance du Directoire. Il était question de déterminer si l’on devait continuer les négociations et reporter à Rastatt les objets qui n'avaient pas été réglés à Selz. Larevellière-Lepeaux soutenait qu'après tant d'offres et d'essais infructueux, il fallait rompre et recommencer la guerre. Le sieur Merlin avouait qu'en voyant la mauvaise foi du cabinet de Vienne, il n'avait pas des idées assez nettes des propositions faites d'une part, et du refus de l’autre, pour fixer son jugement à cet égard. Le sieur Treilhard pensait qu'avant de prononcer définitivement la güherre, il fallait épuiser au moins les derniers moyens de rapprochement soumis à leurs plénipotentiaires. Le sieur Rewbell, toujours malade, disait par écrit qu'il avait besoin de toucher au doigt et à l'œil les ressources et les moyens de la République, avant de voter une guerre qui deviendrait générale et terrible. Le sieur Barras s'est rangé de l'avis de Treilhard; mais tous se sont réunis au même sentiment, de rassembler un grand appareil de guerre pour en imposer à l'Empereur et à l'Empire. On a déjà réuni près de 100 mille hommes en Italie, et l'on doit porter l’armée d'Allemagne à 300 mille hommes. Le général Hatry, regardé ici comme un général de paix, a été remplacé par Joubert?), estimé pour être le meilleur militaire après Bonaparte. La crise est véritablement commencée pour l'Allemagne.
En effet, de la manière dont je connais les passions qui agitent ici le gouvernement, un rien peut décider la guerre. Le grand plan de l'Autriche, et je erois le deviner, n’est pas de s'inquiéter du sort de l'Allemagne, mais de s’agrandir en Italie en renversant les Républiques
1) Bergl. Hüffer 3, 176.
2) Hatry tourbe im Kommanbo ber franzöfijhen Truppen in Mainz burd Joubert erfetst.
Juli 12.
Juli 14.
EN Urkunden No. 185 —188.
1798 Veisalpine et romaine. Tout cédera peut-être à cette funeste idée de
Juli 14.
Juli 18.
Juli 26.
son ambition: mais il conviendra aussi peu aux intérêts de V. M. de voir l’Allemagne révolutionnée et dévastée, qu'il lui conviendra de soutenir tous les efforts de la guerre pour l'empêcher. C'est done le moment pour V. M. d'interposer ici ses bons offices pour arrêter la reprise d'une guerre qui embraserait l'Europe dans toutes ses parties, et c'est une démarche digne de la grande célébrité de son règne. L'Espagne y interviendra aussi pour sa part, à ce que m'a assuré le chevalier Azara. »Si la Prusse ne veut pas la guerrex, m'a dit hier le sieur Barras, »ainsi qu'elle nous en a donné à différentes reprises l'assurance, elle devrait intervenir pour conjurer l'orage prêt à bouleverser l'Europe; le Directoire ne sera pas éloigné de faire quelque sacrifice pour se rapprocher. Le sieur Treilhard m'a tenu le même langage, aux sacrifices près, dont il n'a sonné le mot, ajoutant de plus que les succès de la guerre pouvaient être douteux, mais que les succès de l'esprit révolutionnaire ne le seraient pas; circonstance qui devait être prise en sérieuse consideration . . .