‹ Preuves et bases de l'astrologie scientifique: methodes, applicationsChapitre 3 sur 12 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ATTITUDE DE LA SCIENCE OFFICIELLE EN FACE DE L'ASTtlOLOGIE

La crédulité négative à propos tic rasirologic. •L'opinion de C. Flanlinîirion. La malice île Voltaire.

Bacori, que Ton a sUrnotomé « le pore de Ifl philosophie moderne, Tinventeur de la Raison et de l'expérience », écrivait un jour à l'un de ses amis : « J'espère que vous avez fait justice des billevesées de cet Italien ». L'Italien en question n'était autre que Galilée, et ses « billevesées » avalent trait à la dotation de la terre.

Plus près de nous un savant n*a-t*il pas déclaré au nom de TAcadémie des sciences, sur la question des aérolithes : « il il'existe pas de pierres dans le ciel, il ne saurait par conséquent en tomber sur la terre ».

M faudrait des volumes pour collectionner les

propos semblables qui accueillirent la plupart des progrès scienlifiques à leur début; il devient même aujourd'hui presque banal d'en parler. Il y a déjà longtemps qu on a dit qu'il est parfois plus difficile de faire reconnaître une vérité que de la découvrir. On pourrait croire que de tels exemples sont de nature à diminuer les cas de a crédulité négative »,au moins chez les esprits cultivés qui se piquent d'impartialité : il n*en est rien, et de nos jours ceux qui signalent ces exemples sur un ton de haute sagesse philosophique commettent parfois les mêmes erreurs. On peut aisément le constater à travers Tessor donné, depuis un quart de siècle, aux sciences soidisant occultes. Vastrologie plus que toute autre en est une preuve. Et ce qui est singulier, c'est que son discrédit soit dû beaucoup plus au sens charlatanesque que la routine attribue à ce mot qu'au principe même de la science qui n'offre rien à priori de contraire à la raison. Je conviens que le mot « astrologie >ï a un arrière-goût moyenâgeux qui déplaît et qui évoque des images repoussantes; mais, outre que ce mot convient mieux que tout autre à la question par son étymologie,je ne vois pas la nécessité de l'abandonner à ceux qui l'ont faussé. Du restè^ une discussion de mots qui peut avoir sa valeur pour répandre une doctrine, ne doit en avoir aucune pour r^cAert'Aer ^ût la/t^ïfr fondamentale. Et il est plus urgent d'établir cette dernière que de la vulgariser. Tout chercheur sincère doit considérer comme parfaitement secondaire pour Tinstant cette querelle de mots ; de même qu'il ne doit pas critiquer un exposé scientifique en s'attachant à un détail de style, ou

éluder le fond de la question posée en discutant l'accueil que celle-ci pourra trouver vis-à-vis de telle ou telle classe d'individus.,. Il faut avoir le courage d'entrer coûte que coûte dans le vif de la question 1

Récemment, un de nos plus illustres savants contemporains, d'un esprit mêmeoseuret généralement impartial, n'écrivait-il pas :

« ...Il y a encore des astrologues! op, comment peut-on croire à la valeur d'un horoscope, lorsqu'on sait qu'il naît en moyenne un enfant par seconde sur l'ensemble du globe, soit une soixantaine par minute ou environ 3.600 par heure, ou 86.400 par jour, que, dans un même jour, les étoiles et les planètes ne changent pas de place, que, si elles avaient une influence réelle sur les destinées, dix enfanls nés au même moment devraient avoir le même avenir : une ^eineet une ouvrière, qui deviennent mères en même temps, devraient donner le jour à deux êtres régis par les mêmes lois,etc., etc.. »

Il faut noter de plus que ce passage est extrait d'un chapitre qui a pour titre les Crédules (1) où l'auteur, M. Camille Flammarion, voulant remettre toute chose en place, termine en déclarant qu'il veut montrer « que nous devons nous tenir en garde contre Vincrédulité au même titre que contre Ir crédulité K,.^

Il est vrai que Colbert, lorsqu'il fonda en 1666 Tacadémie des sciences, crut devoir défendre expressément aux astronomes de s'occuper d'astrologie et aux chimistes de chercher la pierre philosophale. Mais la vérité sait attendre, et si la scieuce officielle

(1) VînconnUf par C. Flammarion.

à des ordre» à recevoir, la science libre d'avant-^garde n'a pas à s'en préoccuper.

L'objection de Flammarion qui a trait aux nali^ viiés semblables mérite d'être définie avec précision avant d'en chercher la valeur expérimentale : l'astrologie véritable, science de pure observation, vise les correspondances entre les facullés ou la destinée de l'homme et le ciel sous lequel celui-ci est né. Ce ciel dépend d'une part des positions lentement va<>riables des planètes dans le zodiaque, et d'une autre de leurs positions perpétuellement changeantes par rapport au méridien et à Thorizon du lieu de naissance.

L'importance du lieu et du momew/ précis de la nativité est mise en évidence, comme on le verra ailleurs, soit par les lois ^'hérédité astrale^ soit par des statistiques comme celle des ascendants.

L'ascendant en effet (point de l'écliptique qui se lève à la naissance et qui est un facteur héréditaire très fréquent) dépend exclusivement du //ewetdu moment précis de la nativité.

La disposition des planètes ne revenant jamais exactement la même, le ciel de naissance ne peut donc être identique pour plusieurs individus que s'ils naissent à la fois au même moment et au même lieu du globe.

On voit donc déjà que les 3.600 naissances à l'heure ou les 86.400 par jour sur le globe citées précédem-' ment n'ont qu'un rapport éloigné avec la question astrologique ici enjeu. Et si M. Flammarion était mieux renseigné, il saurait qu'aucun astrologue sérieux n'a jamais prétendu que le facteur astral régit seul toute

la vie humaine et que « dix enfants nés au morne moment doivent avoir le même avenir »<

Nous avons exposé longuement aDleurs ce qui découle des considérationâ précédentes {Elude nouvelle sur r hérédité y chap. V^ et Influence astrale^ chap. II et III).

C. Flammarion, interrogé par Jules Bois sur ce qu'il pensait de rastrologie, écrivit deux lettres publiées dans le Matin (n"^ des 10 et 27 janvier 1002) (1) et dont nous tirons les principaux passages :

«... L'astrologie avait son, excuse à Tépoque où l'humanité terrestre s'imaginait exister seule dans Tunivers et se considérait comme \e> centre et le but de la création...

«L*action de la Lune.^n ce qui concerne la vie humaine, est d'un ordre tout à fait intinitésimaL., On n'a pu constater jusqu'à présent aucune action im- ] portante de sa lumière et de sa chaleur.

« Les planètes agissent encore moins. Quant aux étoiles, leur influence peut être regardée comme absolument nulle...

« SongeZjd'autre part.que les signes du zodiaque^sui" la position desquels sont basées les prédictions as^^ trologiques, n'existent pas,.,

« D'ailleurs, les figures se sont déplacées de la douzième partie du cercle zodiacal depuis les origines de l'astronomie, etc., etc.,

« Aucun fait d'observation ne prouve que les planètes, ou, à plus forte raison, les étoiles, aient une action quelconque sur nos tempe rame ntSj noa aptitudeSjUOs

(i) Lettres reproduites daae le Monde invisibÎÉ de Jules Boie^

actes ou notre destinée. C'est de la dernière invraisemblance.

<3[ Il me paraît impossible que lessignesdu zodiaque exercent une action quelconque sur notre destinée, lors même qu'on confondrait les constellations avec les signes ; mais si le fait était démontré, je n'imiterais pas les juges de Galilée et ne fermerais pas les yeux. On me permettra néanmoins de penser que notre petite planète tournera longtemps encore avant que la démonstration soit faite »...

Nous réfuterons plug loin ce qui précède, mais deux choses principales sont à retenir pour le moment des objections de M. Flammarion :

1^ L'ignorance dont il fait preuve sinon pour la définition de Tastrologie, du moins pour ses procédés,

S*" Le caractère vague de ses objections : aucun fait, aucune preuve, aucun argument précis n'est fourni; on ne peut y trouver autre chose que des appréciations personnelles, des questions posées ou des affirmations conclues, comme celle par exemple où il dit tt qu'aucun fait d'observation ne prouve que les planètes ou le zodiaque aient une influence sur nous »- M- Flammarion commence d'ailleurs par déclarer Taction de la Lune et des planètes sur nous € d'un ordre tout à fait infinitésimal. » En admettant même que Taction des astres au point de vue de l'action physique ordinaire soit négligeable, où prendre le droit de conclure à priori que l'influence astrale présente le môme caractère illusoire dans tous les plans d'action possible (magnétique, psychique^ ete.)^

Da reste, quand ou constate que des étoiles, même invisibles à l'œil nu, laissent la preuve réelle de leur influence sur la plaque photographique, il est téméraire d'affirmer qu'elles ne peuvent en laisser aucune sur Torganisme humain, dont personne ne connaît la réceptivité totale!

Quand on s'appuie sur ce qu'il faudrait précisément démontrer, la discussion devient évidemment inutile.

Le numéro du Malin du 19 janvier 1902 contenait deux lettres de réponses aux objections de Flammarion (1) : Tune était signée d'un astrologue anglais, M. Nankiwelt, et l'autre de moi. Voici cette dernière adressée à Jules Uois ;

a Monsieur,

ti Voici certaiQs faits digacs dlotérèt que la seleace astrologique me permet d*uflrir à vos lecteurs, au sujet de la discussion qui est ouverte*

« L'élude des personnaUtéa typiques me paraît capable de fournir les preuves les meilleures de a t'influence astrale » sur rhomme, à condition d'opérer sur uu grand nombre de cas>

H Vous me permettrez donc de prendre comme exemple te Vacher jî, le lueur de bergers^ malgré le peu de aympalbie que son nom inspire. Mais n'étant pas bÂiî comme tout le monde, l'indlvida me paraît remarquable à étudier*

€ Le ciel de nativité du personnage frappe à première vue par une sensualité vicieuse et d'une intensité anormale. De plus^ la conjonction de Marss et de Saturne dans le méridien,

(!) Lettres reproduites par Julea Bois dans son livre du Mmdû invisible.

indiquait ici une évolution inquiétante dei facultés et une destinée par conséquent où de grands orages étaient à prévoir. Inutile d'ajouter qae cela pouvait ne pas dégager fatament toute responsabilité de l'individu. — L'avenir semble être arrangé d'avance en « potentiel » mais pas en « forme ».

Ces deux notes capitales du thème de Vacher m'avaient du reste permis, en prévoyant leur importance d'après les lois d'influences astrales, de retrouver l'heure exacte de la naissance, ne connaissant tout d*abord que la journée.

(( J'arrive là à l'un des points importants de la science astrale dont la vérité se vérifie plutôt qu'elle ne se démontre : partant de données mathématiques, l'astrologie peut y revenir par le problème inverse.

« Autrement dit, si le but normal de cette science est de définir les potentialités et l'évolution des facultés innées, je puis, en attribuant d'une façon juste ces dernières à quelqu'un, reconstituer son thème de nativité ; par exemple, retrouver l'heure précise où il a dû naître. Gomme la fin ici doit justifier les moyens, si ces moyens sont les « lois d'inûuences astrales » à contrôler, tout n'est donc pas illusoire en celles-ci.

« D'autres faits n'exigent même pas la croyance en la bonne foi de l'initié : la ressemblance atavique des positions planétaires à la nativité chez plusieurs membres d'une même famille, porte naturellement à conclure qu'on ne naît pas à n'importe quel moment, mais bien sous un ciel conforme à celui de ses parents. Exemple les horoscopes de Napoléon III et de son fils.

« Le langage de la psychologie astrale permet encore des vérifications semblables à celle de l'heure retrouvée ; en attribuant, je suppose» à quelqu'un, d'après ses facultés, une nativité sous a l'opposition de la Lune et de Mars », mon jugement comporte un contrôle scientifique par le fait même du langage employé.

€ Les faits tangibles cités précédemment et pouvant être

~ Ifl —

mullipliéi à Tinfini par celui qui éludie expérimentalement l'astrologie ne pourront jamais fUre détruits par les hypothèses plus ou moins savantes de ceux qui ne veulent voir dana cette étude qu'une croyance, là où se trouve au contraire une expérience.

(( Au reste, il est difficile a priori de taxer de folie ou Je mauvaise foi tous ceux qui, avec les génies les plus complets des anciens temps, comme Ptoiémée, Kepler, Tycho-Brahé et des centaines d'autres savants et philosophes de lou& les temps et de tous les pays, ont pratiqué et défendu Tastrologie dont le discrédit n'a, au fond, été diY qu'aux charlatans ou aux négateurs. Parmi ceux qui ont voulu la re'fuler, il est impossible d'en citer un seul qui Tait approfondie expérimentalement.

<K Je vous prie, d'agréer, Monsieur^ mes senlimentâ les plus distingués.

« Paul Flambart, « ancieiï Élève lic l'Ecole PolyUcliDÎqne. h

M. Flammarion, malheureusement, n'a pas daigné poursuivre la discussion engagée et nous donner la réponse, comme le prouve sa lettre à Jules Bois parue le 27 janvier 1902 dans le Maûn.

Il eut été pourtant intéressant de voir un astronome contemporain, ayant déjà faitees preuves au sujet de l'indépendance des idées, consentir à aller droit aux faits positifs et à entrer dana le vif de la question pour réfuter les preuves de Tinlluence astrale exposées plus loin. Etant donné surtout que M. Flammarion déclare hautement à maintes reprises ne vouloir par fermer les yeux devant les faits d'observation concernant l'astrologie...

11 trouve plus simple d'affirmer « qu'aucun fait

d'observation ne prouve l'influence des planètes et très probablement que personne ne trouvera de démonstration aux influences du zodiaque... » Il n'y a qu'une chose à faire ici, c'est d'opposer, à cette affirmation sans preuve, les preuves données^ sans affirmation nécessaire.

Les articles de M. Piéron parus dans la Bévue Scientifique contre un de nos distingués confrères, M. E. C, ancien élève de l'école Polytechnique (n*" des 8 octobre et 10 décembre 1904) ont à peu près la même portée que les objections déjà citées.

Par courtoisie, M. Piéron finit par admettre volontiers qu'on a le droit de parler d'astrologie sous forme d'amusement, ou à la rigueur de possibilité vague, mais il se fâche dès qu'il y trouve une « écorce scientifique » paraît-il dangereuse !

En somme, son argumentation, comme celle de Flammarion, renferme implicitement l'affirmation dogmatique que nul n'a pu donner jusqu'ici des preuves scientifiques de Tinfluence astrale sur la vie humaine, — sans même se donner la peine de chercher si des esprits qui ne sont pas inférieurs au sien et qui du moins peuvent être mieux renseignés, ont soutenu le contraire avec preuves à l'appui.

On trouve là le fréquent écueil de l'esprit spécialiste qui consiste à vouloir placer toujours la défense d'une idée sur le terrain scientifique expérimental (et il a peut-être raison en cela) mais, par contre, qui admet la réfutation de la même idée sur le terrain des jongleries plus ou moins vagues d'appréciations individuelles.

Le propre du véritable esprit scientifique est de

n'admettre qu'aucune opinion ne soit dispensée d'argument, pour démolir autant que pour bâtir et Tesprit critique n'a aucune raison pour montrer plus d'indulgence envers la crédulité négative qu^envers la crédulité positive. Ceux qui ont la « terreur du ridicule » et ne craignent rien tant que paraître dupes devraient cependant s'en souvenir.

Du reste, en face de Tastrologie, il ne s'agit pas tout à fait d'une idée nouvelle à laquelle on a le droit de demander des preuves d'appui au risque de Téluder. Il s'agit non seulement d'une science très ancienne, mais d'une science défendue ei pratiquée — je le répète — par les esprits scientifiques les plus éminents des temps anciens. On peut donc affirmer a priori qu'il est tout au moins téméraire de la condamner sans examen aussi complet que possible.

Il est peu sérieux, disons le mot^ quand on admire les œuvres de génies comme Kepler et tant d'autres savants illustres, il est peu sérieux, dis-je^ et surtout peu scientifique, de passer sous silence la partie de leur œuvre reconnue par eux-mêmes comme capitale, je veux dire la partie astrologique.

Il n'est nullement question, en elïet, desimpies croyances superstitieuses dues à l'esprit d'une époque : il s'agit ici de longs traités avec des observations multipliées sur des centaines d'exemples à Tappui- La forme de ces écrits, reconnaissons-le, laisse beaucoup à désirer ; elle semble peu faite pour réconcilier l'esprit scientifique d'aujourd'hui avec le principe de rinfluence astrale, mais cette forme démodée ne doit pas empêcher le triage de la vérité et de Terreur, Il est donc permis de se demander si les savants en

f/Tf— r

question ont réellement oublié de chercher les preuves d'une Rfîience soi-disant chimérique qu'il» auraient praiir/uf'p pendant une partie de leur vie saUB s'apercevoir qu'ils étaient dupes !

(îetto recherche, approfondie sur le terrain expérimental, apportera vraisemblablement au jour unre* virement complot dans l'attitude qu'a pris la science offlclolle depuis deux siècles en face de Tastrologie.

Ceux qui désirent s'éclairer sur là valeur des attaques dirigoos contre l'astrologie peuvent encore llrn avec quoique intérêt les pages que Voltaire y a corïsacrons dans son Dictionnaire philosophique. Après avoir jonglé avec les objections courantes sans s'arrêter positivement à aucune, il s'étend plus lon-i guornont sur quelques anecdotes amusantes d'as- Irologuos trompés, cherchant, suivant le procédé qui lui est cher, à gagner sa cause en mettant avant tout les rieurs de son côté.

Il semble pourtant s'arrêter un instant victorieusement à l'objection du t changement du zodiaque». Voici le passage le plus important de son article sur ix rastronomio » : « Ce que nous venons de dire du ohangomenl arrivé dans le ciel et de rentrée du soleil dans d^aulres constellations que celles qu'il occupait autrefois» était le /^/^/vV fort argument contre les prétendues ivgles de Taslrologie judiciaire. Il ne paraît pas cependant qu on ait fait valoir cette preuve avant nolrt" si'\'le pour tt^truire cette ejrtrava*/aice universelle, t/^* <i >*< tcn^.'r^mps iitftw'c le i/enre huî.Kain, et qui est euoort^ fort ou voi^uo dans la Perse... une chose assez pUi:<aute c\\<t (/f<t' t.'utf< (es !ois de fastroloyie étaient i\i*ii'\ii''ifs i) c^^.\s de tasttvnomie.^. Comment donc

s'est-il pu faire que, malgré la physique et la géométrie, cette ridicule chimère de l'astrologie ait dominé jusqu'à nos jours, au point que nous avons vu des hommes distingués par leurs connaissances et surtout très profonds dans rhistoire, entêtés dans leur vie d'une erreur si méprisable ? Mais cette erreur était ancienne et cela suffit... »

Chose singulière, l'argument que Voltaire appelle « le plus fort contre l'astrologie » est réfuté par luimême à une autre page de son Dicliorumire philosophique, quand il déclare à l'article « astrologie » :

..... « les astrologues, au grand malheur de leur art, attribuent aujourd'hui à une maison du soleil ce qui appartient visiblement à une autre. Cependant, ce n'est pas encore une raison démonstrative contre l'astrologie; les miaîtres de Vart se trompent; mais il n'est pas démontré que l'art ne peut exister,,. »

Ainsi Voltaire réfute lui-même l'argument qu'il tient pour le meilleur et le plus décisif contre la science qu'il attaque !

V On se demande alors où existe la véritable « raison démonstrative » qu'il prétend chercher pour avoir le droit de parler victorieusement à ce proposa d'extra* vagance, de ridicule chimère, d'erreur si méprisable, etc. qui a dupé tant d'esprits d'élite, certainement mieux éclairés que celui de Voltaire sur la question dont ce dernier ignorait totalement la pratique.

En résumé, Voltaire n'avance aucune réfutation, aucune « raison démonstrative » suffisante pour enterrer l'astrologie. Il l'élude avec des plaisanteries d'abord et des injures ensuite, voilà tout.

Ses objections ne peuvent satisfaire que ceux qui, étant comme lui de parti pris sur la question, cherchent à rétouffer plutôt qu'à la résoudre.

Les opinions de Voltaire étaient, il me semble, à citer, moins à cause de Taulorité qui s'est attachée à son nom, qu'à cause de leur note caractéristique d'un siècle tout entier, du moins dans le monde de la science officielle.

Chose assez amusante : après avoir abordé la question sur un ton d'impartialité badine, Voltaire passe promptement aux anecdotes malicieuses puis en arrive peu à peu aux insultes, — comme ceux en gênerai qui, furieux de ne pouvoir trouver d'argument qui les justifie, veulent avoir raison quand même.

Son procédé n'offre du reste que des variantes chez tous les ennemis de l'astrologie anciens ou nouveaux : ne sachant trop comment l'attaquer par la méthode logique et expérimentale, ils la ridiculisent tout d'abord et montrent ensuite une haine qui éclate généralement en flot d'injures où ils cherchent à noyer la question. — L'honneur de la véritable astrologie est d'avoir eu toujours pour ennemis ou des gens frivoles ou des hommes ignorant la question.

L'histoire de l*Astrolos:ie d'après Bouché - Leelercq .

Sous le titre (ï Astrologie grecque (1), M. Bouché- Leclercq, membre de l'Institut et professeur à la

(1) Chez Ernest Leroux, éditeur, 1899.

faculté des lettres de Paris, a entrepris l'histoire de l'astrologie dans Tantiquité. Sa tâche était d'autant plus difficile qu'il semble, au débutde l'ouvrage, vouloir rester sur le terrain neutre au sujet des disputes qui s*y rattachent. Malheureusement, — et c'était inévitable de la part d'un érudit manquant totalement de pratique et qui n'a puisé que dans les livres^ — le ton général de l'ouvrage d'un bout à l'autre est manifestement contraire à l'impartialité.

Il commence par une définition qui, à elle seule, peut indiquer la valeur scientifique de l'œuvre ; l'astrologie, pour Bouché-Leclercq, est « une foi qui parle le langage de la science et une science qui ne peut trouver que dans la foiy la justification de ses principes » (1).

Il insiste du reste à plusieurs réprises sur cette définition, car il déclare plus loin encore que « Tastrologie consiste en l'art de tirer d'axiomes imaginaires fournis par la religion, des démonstrations conformes aux méthodes de la science » (2).

Il est clair que son travail d'historien se trouve ainsi singulièrement simplifié en partant d'un tel dogme ; car du même coup il supprime toute discussion embarrassante sur le sujet, et toute sélection judicieuse par conséquent des citations d'auteur.

Pour désarmer les astrologues contre lui et avancer lui-même avec plus de sécurité sur les voies de la science astrologique, il déclare en outre celle-ci

(i) Préface, p. i et v.

(2) Ch. i^"", p. 1 et ch. m, p. 81o

« morte en dépit des tentatives faîtes tout récemment pour la revivifier » (1).

Il oublie malheureusement de justifier la condamnation scientifique de ces tentatives (antérieures à 1899, année de publication de son livre).

Sans se soucier du mouvement d'astrologie scientifique qui a germé à la fin du siècle dernier et qui va en s'affirmant au commencement du xx* siècle, il déclare que Thistorien seul désormais a droit de s'inquiéter de ces choses ! — t Je constate volontiers, dit-il, et même avec plaisir, que peu de gens se soucient aujourd'hui de Tastrologie. Si elle est encore vivante et agissante dans les pays d'Orient, chez nous elle appartient au passé et n intéresse plus que les his" toriens (2). »

En résumé, la profession de foi qui sert d'assise à Tétude soi-disant impartiale de Fauteur se réduit nettement aux deux affirmations suivantes :

lo L'astrologie est contraire à la Raison et ne peut être basée que sur des axiomes imaginaires fournis par une sorte de foi religieuse.

2° L'astrologie est morte et enterrée^ en dépit de toutes les tentatives présentes ou futures faites pour la ressusciter et qui ne valent même pas la peine qu'on s'y arrête : elle ne doit donc plus intéresser que rhistorien et lui appartient.

Ces deux dogmes ainsi posés, on prévoit sans peine le ton général et la portée de l'ouvrage en question.

(1) Préface, p. ii.

(2) Préface, p. m.

Je demande pardon à lauteur de faire ainsi ressortir la fragilité de son édifice, mais si je ne veux point douter de sa bonne foi, il m'est difficile d'en faire autant de son impartialité.

Nul ne saura sans doute jamais au juste quelle fut Torigine de Taslrologie dans l'antiquité ; mais il est plus que probable, — puisque les principes de la science peuvent se démontrer aujourd'hui avec des preuves positives — que les véritables représentants de la Science ancienne basaient leurs études sur autre chose que des « axiomes imaginaires fournis parla religion... *

D'ailleurs Bouché-Leclercq reconnaît que « les astrologues avaient la prétention d'appuyer leurs théories sur des preuves expérimentales » (1) et il a raison en cela ; seulement, il eût été bon de les discuter avec les plus autorisés d'entre eux.

Je crois en effet impossible que l'astrologie — du moins chez les esprits cultivés, — n'ait pas pris dès le début le caractère expérimental d'une science d'observation; car enfin on ne penl pratiquer indéfiniment et pendant des siècles une science chimérique en pensant qu'elle est fondée. Comment les règles astrologiques eussent-elles survécu si aucune parcelle de vérité n*y était entrée? Conçoit-on des savants comme Kepler, Cardan, Gauriô, Morin de Villefranche et tant d'autres publiant des recueils de thèmes de nativité qui n'eussent offert aucune preuve de correspondances, entre leâ astres et la nature humaine? — D'ailleurs, en lisant leurs œuvres il est

(1) Ch. XII, p. 439.

facile de toucher du doigt ces correspondances et par conséquent de voir le point d'appui des astrologues anciens. Il n'est donc pas vrai de dire que « leur science trouvait dans la foi seule la justification de ses principes ».

Toutefois, n'hésitons pas à le reconnaître, un choix d'horoscopes probants peut toujours sembler fait pour le besoin de la cause ; la preuve par Vinterprétation est peu scientifique quand il s'agit de démontrer aux autres. Elle est surtout utile pour se convaincre soi-même ; mais il est à supposer que les auteurs anciens, qui s'en sont servi comme preuve à donner aux autres, s'en étaient auparavant servi pour eux.

11 est hors de doutes que l'astrologie a été faussée et qu'elle a sombré au milieu de chimères qui sont bien mortes, espérons-le. Mais si ces chimères (d'ailleurs plus difficiles qu'on ne croit à démêler) appartiennent à l'historien, — et nous les lui abandonnons très volontiers si la question l'intéresse, — les parcelles de vérité qu'on peut y trouver enfouies appartiennent à l'homme de science et, quelle que soit leur rareté, peuvent justifier et l'astrologie et les astrologues vrais.

Ne confondons pas les choses à plaisir pour déclarer, comme le fait Bouché-Leclercq, que « si l'astrologie est une chimère, les astrologues eux ont été une réalité » (1). — Il serait à peu près aussi sensé d'en dire autant de la médecine et des médecins. Pour se mettre en garde contre le ridicule et justi-

(i) Ch. XI, p. 340.

fier son livre, Bouché-Leclercq, prétend « qu'on ne perd pas son temps en recherchant à quoi d'autres ont perdu le leur » (1). J'estime qu'il est permis d^ajouter « qu'on le perd encore moins en recherchant si les prédécesseurs ne Font pas perdu tout à fait, »

L'historien certes est libre d'écrire une histoire des chimères de l'astrologie ; mais nous sommes libres aussi d'en écrire une sur ses réalités^ et même de déclarer celle-ci d'un intérêt au-dessus de Tautre.

Il faut avoir la franchise de l'avouer : quand on parle d'astrologie la question qui prime tout est de savoir si oui ou non il y a quelque chose de vrai làdedans. Que l'on ne vienne pas me dire ; vous pouvez trouver certaines preuves de TinHoence astrale, mais vous ne sauriez justifier rastrologie. Cette fin de non-recevoir est inacceptable au point de vue de la raison et de la loyauté scientifique. Du moment que l'influence générale des astres sur le caractère et la destinée de Thomme peut se prouver positivement, le principe servant de base à Tastrologie est réel^ donc l'astrologie doit être reconnue réelle en tant que science; ce n'est plus dès lors, dans la discussion, qu'une question de triage d'erreurs et de vérités proclamées en son nom, ou bien de lois nouvelles à découvrir. Et toutes les ridicules affirmations des faux adeptes, anciens ou modernes, ne peuvent rien prouver contre les pures vérités qu un observateur impartial peut trouver.

L'œuvre très touffue et très documentée de Bouché- Leclercq a, au point de vue de l'historien, un intérêt

(1) Préface, p. ix.

qu'il faut lui reconnaître : C'est de donner sur l'astrologie l'opinion générale de ses adversaires du monde orflciel en même temps que la défense assez misérable de ses partisans qui ne sont pas toujours choisis comme les plus autorisés; en somme, l'ouvrage donne peut-être la note juste des préoccupations astrologiques au point do vue officiel. Mais le tort qu'on peut lui adresser est de passer sous silence les motifs qui purent porter les esprits les plus cultivés à défendre l'astrologie et à y consacrer de longs écrits.

L'auteur cite beaucoup Ptolémée, considéré avec quelque raison comme le conservateur de la tradition antique et le père de l'astrologie du Moyen Age. Mais il semble difflcile de juger son œuvre sans avoir soi-même pratiqué les études qu'elles visent.

Bouché-Leclercq tend souvent à ridiculiser TastrO' logie par des citations de Ptolémée, avancées comme les meilleures du genre.

Un autre choix de citations du même auteur pourrait aussi bien embarrasser ses adversaires... Le sys^ tème des citations d'auteurs ne prouve-t-il pas tout ce que Ton veut?... Il y a maints passages dans Ptolémée qui, pour sembler naïfs ou en désaccord avec la raison, renferment des vérités profondes; et ces vérités, présentées sous la forme positive contemporaine, seraient facilement acceptées par les plus subtils logiciens de la science moderne. Quand on refuse d'aller au fond des choses, la forme de présentation est tout pour convaincre les esprits faibles dans un sens ou dans l'autre.

A juger l'astrologie par la faiblesse de réfutation

et le ton invariablement badin de ses adversaires, qu'on trouve dans le présent ouvrage comme dans tous les autres ayant trait à la condamnation de Tastrologie, on peut supposer que les véritables astrologues des temps anciens ne perdaient pas facilement leur temps à y répondre.

Le fait, par exemple, d'attaquer Tastralogie comme enseignant le fatalisme absolu (1) a été mille fois ré^ futé.

On chercherait en vain quelque part un argument scientifique définitif contre le principe même de l'astrologie. En général, on se tire d'affaire par une « question » et non par une « réfutation », — question posée le plus souvent sur un ton de badinage qui élude d'avance toute discussion suivie. Questions, vraisemblances, suppositions, dogmes négatifs et badinage, tel a toujours été en somme le tissu des attaques contre l'astrologie. — « Ses adversaires même, avoue Bouché-rLecleroq, ne sachant trop par où la réfuter (et pour cause) se prenaient à la haïr » (2).

Aussi l'auteur en question, pour ne pas avoir à se reprocher cette haine contre elle et discuter plus librement, commence-t-il pas la déclarer morte et enterrée, ce qui prête facilement à l'apparence impartiale et au ton légèrement dédaigneux qui paraît de rigueur en cette matière pour s'affranchir du ridicule.

Il est fâcheux que cet auteur ne se soit pas borné

(1) Ch. m, p. 72.

(2) Préface, p. ii.

à rétude historique des opinions courantes sur l'astrologie. Il eût pu le faire sans nier le fond de vérité qui s'y rattache et sans avoir besoin, par conséquent, d'étudier l'œuvre des savants qui l'ont réellement connue.

Du reste, que n'a-t-il utilisé la dixième partie du temps consacré à son travail, au service de l'astrologie vraie ?

Il eût jugé la question avec plus d'impartialité et de mesure.

La dernière page de son livre qui est imprudente vaut une citation complète, pour la défense même de la nouvelle astrologie scientifique :

€... Ce qui a tué l'astrologie, ce ne sont pas les arguments de toute sorte, philosophiques et théologiques dirigés contre elle au cours des siècles... Elle renaissait, plus hardie que jamais, à l'aurore des temps modernes, lorsqu'elle reçut le coup mortel, un coup qui n'était pas dirigé contre elle et qui la frappa de côté, par une incidence imprévue. Tant que la science astronomique s'était contentée de dilater l'univers en laissant à la terre sa position centrale, les idées naïves qui avaient engendré l'astrologie... conservaient la force persuasive d'une tradition... Une fois la terre réduite à l'état de planète et lancée dans l'espace, la base se dérobant, tout réckafaudage croula du même coup. Il n'y a d'incompatible avec l'astrologie que le système jadis proposé par Aristarque de Samos, repris et démontré depuis par Copernic. V incompatibilité est telle qu'elle na pas besoin d^être mise en forme logique. Elle se sent mieux encore qu'elle ne se comprend. Le mouvement de

— sala terre a rompu comme fils d'araignée tous les liens imaginaires qui la rattachaient aux astres, — des astres tout occupés d'elle, — et ce qui en reste, le concept de l'attraction, ne suffirait pas au sophiste le plus intrépide pour le renouer »* Comme style, la page a belle allure, mais elle n'apporte aucune solution : Le procédé de réfutation qui consiste à dire « la chose ne mérite pas d'être réfutée.*. » est à la fois commode et fréquent ; mais on se demande comment il peut avoir du succès quand il attaque une chose que des esprits d'élite ont défenduep..

Ce serait en effet imprudent, pour un adversaire de l'astrologie, de chercher à c mettre en forme logique V incompatibilité d entre l'astrologie et la rotation de la terre autour du soleil ! A moins toutefois de donner au mot « astrologie i> un sens ridicule qui, je le répète, n'a jamais existé chez les vrais astrologues.

Qu'est en effet l'astrologie? l'étude de Tinfluence générale des astres sur l'homme. On ne voit vraiment pas pourquoi les astres nous inlluenceraient moins réellement par leurs radiations si c'est la terre qui tourne autour d'eux que si ce sont eux qui tournent autour de la terre ! L'ensemble de leurs modalités vibratoires, — leur lumière totale, — nous arrivent tout aussi bien d'une manière que de l'autre. Le choix d'un système astronomique, comme on Ta dit ailleurs, ne peut ici que modifier les représentations graphiques de Tétude de l'influence astrale, c'est-à-dire de l'astrologie scientifique.

Notons, du reste, qu'on ne peut que formuler des hypothèses sur l^mode d'opération de cette iniluence qui est, elle, un fait de correspondance expérimen

taie. L'astrologie doit être une question de fait, avant d'être celle d'une théorie. Et Ton s'explique mal que les partisans scrupuleux de la méthode expérimentale éludent le fait par la négation de la cause supposée, en étant le parti-pris sur le mode d'opération de celle-ci I [C'est pourtant le cas de l'objection présente.

Il serait iintéressant de savoir comment Bouché- Leclercq et Flammarion, qui invoquent l'argument de tt la rotation de la terre » contre l'astrologie, entendent cette prétendue « incompatibilité » ? Et comment ils réfuteraient les preuves données plus loin.

Il est dommage que l'auteur de V Astrologie grecque se soit crû autorisé à terminer son ouvrage par un argument de cette valeur, en guise de réfutation suprême et de t mot de la fin », car, je le répète, son livre, comme histoire des chimères de l'astrologie, cest-à-dire des opinions courantes les plus répandues à travers les siècles, — livre qui est très documenté, tie se lit pas sans un réel intérêt pour tous ceux que passionne ajuste titre la question toujours renaissante de l'astrologie et que le xx® siècle n'est pas près d'enterrer.

Un évèque astrologue. — Luc Gaupic (i).

A côté des opinions de Flammarion et de Bouché- Leclercq qui donnent la note la moins hostile des appréciations modernes sur l'astrologie dans le monde

(1) Article paru dans la Revue du Monde invisible, n* du 15 mars 1902.

officiel, il n'est pas sans intérêt de montrer ce que d'illustres savants en pensaient au Moyen Age.

Celui qui entreprendra un jour Thiistoire vraie de Tastrologie aura beaucoup à faire. Les livres qui en parlent, si nombreux au Moyen Age, ont disparu pour la plupart. Toutefois deux astrologues de valeur, parmi ceux qui ont laissé des écrits, paraissent limiter les recherches que l'on peut faire là-dessus.

Le plus ancien est Ptolémée, conservateur de la tradition antique, et le plus récent est Morin de Villefranche^ médecin célèbre du règne de Louis XIV.

Depuis Morin jusqu'à notre époque, aucun écrit n'a tenté de relever la science astrologique éludée par les savants depuis bientôt deux siècles.

Parmi les rares ouvrages anciens qui nous sont restés sur elle, le Traité d'astrologie de Luc Gauric, étudié à travers la science moderne, donne des aperçus historiques et philosophiques d'un très grand intérêt.

II y a matière à réponse sérieuse en face de ceux qui considèrent l'astrologie comme une chimère ou encore comme une œuvre diabolique et condamnée par le christianisme et tous les gens d'Ëglise.

C'est à ce titre principalement que nous voulons parler de Luc Gauric.

Luc Gauric, prélat italien, était originaire de Oifoni, ville de Tancien royaume de Naples, où il naquit le 12 mars 1476. Il se livra d'abord presque entièrement à l'enseignement des mathématiques. D'aptitudes assez universelles et porté également vers la poésii\ la philosophie et les belles-lettres, il fut conduit naturellement vers la science astrologique qui, à son épo-

que, passait, — non sans quelque raison, — pour la première de toutes.

11 professait encore les mathématiques à Ferrare en 1531 et prononça la même année un discours « à la louange de rastrologie. »

Peu de temps après, il se rendit à Rome où ses études astrologiques lui valurent de puissants protecteurs» tels que les papes Jules II, Léon X, Clément Vil et Paul IIL

Ses prédictions eurent un grand succès et lui valurent l'estime de beaucoup de princes de son temps.

Catherine de Médicis s^adressa à lui pour avoir rhoroscope de Henri II.

Le Traité (T astrologie de Gauric a été publié à Venise en 1552. C'est un recueil de près de deux cents thèmes de nativité de ses contemporains; Fauteur y analyse en détail l'existence de ceux-ci. Il montre en même temps les correspondances frappantes entre les phases les plus nettes de leur vie et les influences astrales indiquées par leurs thèmes de naissance, et cela de la façon la plus précise pour un lecteur au courant du langage astrologique.

En face de tels ouvrages, il faut même ignorer complètement le langage de Tastrologie pour penser que cette science n'avait pour base qu'une croyance aveugle et chimérique!

L'ouvrage en question a le titre suivant, d'une complication bien caractéristique de Tépoque:

« Traité iV astrologie^ dans lequel on examine avec le plus grand soin et par leur thème de naissance, les accidents qui ont marqué la vie d'un grand nombre d'hommes. A la lumière de ces exemples semblables,

chacun pourra, en consultant son thème de naissance, prédire des choses futures, car, selon la diversite des cas, Y expérience sert de fondement à Tart ou à la science et l'exemple indique la vole ».

L'analyse du thème du pape PaulllI^ donnée dans le livre, montre que la vraie science astrologique était alors en honneur dans l'Eglise. Paul \\\, d après Gauric, était doué de facultés très supérieures, — comme l'indique au reste son thème de naissance. — Astrologue pratiquant lui-même, il se lia avec Gauric très intimement, en reconnaissant sa compétence dans la science des « prédictions vraies w. 11 le combla d'honneurs et de présents, le nomma chevalier de Saint-Pierre et en fit son commensal intime»

En 1545, le Pape le nomma évêque de Givitata. Gauric s'exprime clairement sur ces difTérents points de sa propre existence {Traité d'astrologie de Gauric, chap. II, p. 11).

Au sujetde l'horoscope du pape Léon X, Luc Gauric parle encore de l'intimité qu'il eut avec celui-cL II raconte également une anecdote peu connue dont il fut témoin et qui arriva au futur pontife quelque temps avant son avènement : un moine du nom de Séraphin, théologien, astrologue et chiromancien très compétent, fut consulté par le futur Pape auquel il prédit son pontificat. Celui-ci d'abord fut incrédule, objectant a que la chose était impossible à cause de sa pauvreté, de l'infirmité de ses yeux et de sa jeunesse » (il avait 37 ans). Le moine astrologue s'obstina dans sa prédiction qui se réalisa Tannée suivante.

Léon X voulut récompenser le devin par des pré-

sents. Celui-ci refusa, mais l'argent offert fut destiné à la restauration du monastère du père Séraphin (1).

Entre autres épisodes de son existence d'astrologue, Gauric raconte encore (2) son aventure avec Bentivoglio, célèbre par ses cruautés, et dont le thème est cité dans l'ouvrage comme type astrologique remarquable. Jean Bentivoglio, seigneur de Bologne et dé* testé de ses contemporains, fut irrité des prédictions que fit Gauric sur son compte et d'après lesquelles, avant une année, il serait chassé de ses Etats.

Il retint en prison l'astrologue et lui fit subir la torture.

L'année suivante, le pape Jules II expulsa plusieurs tyrans parmi lesquels Bentivoglio.

Le Traité astrologique de Gauric montre très nettement jusqu'où allait la part attribuée par Tesprit de répoque à la fatalité des influences astrales.

Les chapitres II, III et IV passent j en revue un grand nombre de papes, de rois et d'esprits célèbres divers du xvr siècle ; les exemples fort bien choisis montrent des facultés morales innées très caractéristiques.

Les deux derniers chapitres V et VI, sont encore plus frappants, ils sont consacrés aux individus pré'^ disposés aux accidents ou vicieux de constitution. Ils ont respectivement pour titres : De Biothanatis, hoc est violenta strage peremptis et De Azemenatis^ hoc est viciatis, et in aliquo corporis membro mutilatis.

(1) Traité d* astrologie, ch. ii, p. d9.

(2) Ch. III, p. 49.

A chaque exemple, Tauteur montre la correspondance entre les accidents entraînant souvent la mort, et la dissonance de Tinfluence astrale, indiquée par les aspects planétaires de Tépoque.

11 est certain que Luc Gauric, de même que les papes Paul m et Léon X, n'étaient pas pour cela des partisans du fatalisme absolu^ qui n'a jamais eu d'ailleurs beaucoup d'adeptes intelligents et conséquents avec leurs principes...

On peut croire à la nécessité des influences astrales dans les phases d'évolution d'une destinée humaine, sanspourcelaadmettreleur^wZ/î^ance entraînant une fatalité absolue.

Le traité de Luc Gauric a le vif intérêt de rappeler des lumières trop oubliées aujourd'hui. 11 montre que les esprits éminents du Moyen Age, parmi lesquels des papes et des prélats haut placés, ont pris très au sérieux et sans timidité la science des prédictions astrologiques et chiromanciques ; quelques-uns ont même été très loin dans ces sciences psychiques. Sî leurs livres font aujourd'hui sourire par leur forme démodée, le sens caché qui s'y trouve peut être clairement saisi par ceux qui ont quelque pratique des thèmes de nativité.

Pour ceux-ci, il est en tout cas aisé de s'assurer que Luc Gauric n'appuyait pas sa science sur une foi aveugle mais bien sur des faits positifs ; avec beaucoup d'exemples à l'appui, il faisait en somme de la pure science expérimentale j qui ne date pas d'aujourd'hui I

Malgré la haute valeur de Tévêque italien, on conçoit, avec les idées modernes, que le ton grave

— iode ses discussions planétaires ait pu exaspérer ses biographes, dbmme, d autre part, il est difficile d'admettre qu'un esprit éclairé puisse passer sa vie à pratiquer expérimentalement une science vaine sans s*apercevoir de sa duperie, on s'explique l'embarras qu'ont eu presque tous les historiens modernes au sujet des vrais astrologues tels que Luc Gauric, qu'ils préfèrent prudemment passer sous silence.

Luc Gauric mourut à Rome le 6 mars 1558 dans sa 82* année. Ses œuvres scientifiques sont importantes. II fut un des promoteurs de la réforme du calendrier.

Il écrivit de nombreux ouvrages d'astronomie et d'astrologie (deux sciences confondues en général à § on époque sous le nom d'astronomie).

On a aussi de lui quelques œuvres sur les belles lettres et sur les poètes anciens.

Ses principaux ouvrages astrologiques en dehors de son Traité analysé plus haut, ont des titres assez significatifs et capables de laisser rêveur plus d'un esprit mystique contemporain :

1** De coneepta natorum ei septimestri partu ex Valenti Aniiocheno (Venise, 1533).

2" De eclipsi solis miraculosa in passione Domini objtervata] item de annOy mense^ die et hora conceptionis, naiivitatisy passionis et resurrectionis ejus (Venise, 1539); 3° Notes sur Ptolémée et sur le traité des naissances d'Abraham Judœ us; enfin des réflexions sur les jours critiques (des influences astrales).

Le Traité d'astrologie de Luc Gauric, dont nous avons parlé, figure à la bibliothèque nationale de Paris (cote V 8783.)

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