J.-J. WEISS A PREVOST-PARADOL
Aix, 15 mars 1857.
Je ne veux pourtant pas, mon cher Prévost, m'exposer à reparaître devant toi à Pâques, sans t'avoir remercié de tout ce que tu avais fait ici, avant ton départ, pour me préparer un bon accueil auprès de les collègues, de
tes amis et de ton public'. On m'a reçu partout à bras ouverts et tu en es un peu la cause. Je voudrais de gi-and cœur reconnaître tes prévenances, en te disant qu'elles ont eu pour résultat de me rendre Aix agréable. J'ai vu bien des villes, je n'en ai vu aucune à laquelle il soit aussi impossible de se faire qu'à celle-ci. Dans ta maison de campagne, sur le poirier où l'on m'a dit que tu aimais à percher, tu n'étais, pour ainsi dire, pas à Aix. Rue Villeverte, n° 20, voilà la véritable Aix, et il n'y a que Mazas où l'on puisse être plus tristement! Je me résigne, parce que j'ai une paresse naturelle d'esprit qui fait que je n'aime pas trop à prendre la peine de me révolter contre la situation où il plaît au vent de me jeter. Mais il faut une fière résignation ou une fiére paresse. Le voisinage de Marseille n'est guère une consolation. 11 ravive chaque semaine mes douleurs. Quand je reviens le lundi matin des allées de Meilhan, Aix me fait le même effet que Titus à Bérénice.
Je crois toujours la voir pour la première fois.
Mais ce n'est pas pour la même cause. Les Marseillais, pour me rendre courage, m'assurent qu'ils auront la Faculté d'ici à dix ans. D'ici dix ans, j'espère être ailleurs. Je te remercie de ta bonne lettre ; c'est un rayon de Paris que j'aimerais à voir quelquefois se renouveler. Tout ce qu'il y a de beau ici, c'est le plus magnifique soleil du monde, mais il n'est si beau soleil que les brouillards de la Seine.
Ton tout dévoué, J. J. Weiss.