COMTE DE FALLOUX A PREYOST-PARADOL
Bourg- d'Iré, 12 décembre 1863.
Monsieur, une crise névralgique me tient encore sous sa griffe et me laisse à peine la faculté de dicter quelques mots ; mais j'aime mieux vous paraître imbécile qu'ingrat, et, d'ailleurs, il me semble que je me guérirai un peu, en vous remerciant. Vous m'avez comblé. Je vous demandais à peine la simple mention d'un fait, et vous m'avez accordé un article, un de ces articles qui, même courts, sont complets, parce qu'ils sont toujours exquis.
Ah! Monsieur, comme vous parlez de Dieu et de ses consolations, du cœur et de ses plus tendres charités, en homme qui s'y connaît! Comme Mme Swetchine vous avait bien deviné dans la prédilection qu'elle vous voua dés votre première apparition ! Aussi, permettez-moi de vous assurer que, bien au-dessus de moi qui vous rends grâce, c'est elle qui vous bénit, et laissez-moi vous serrer les deux mains comme un très ancien ami, qui ne peut plus manquer de vous demeurer fidèle.
Falloux.
PREYOST-PARADOL A GRÉARD
Lundi, 1" août 1864.
Mon cher Octave, Je suis bien heureux d'avoir de tes nouvelles et bien fâché de ne t'espérer — comme on dit ici — qu'en septembre, car je pars le 25 et ne reviendrai que le i^^ Je compte te garder ici chez moi, où la place est grande, et
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te faire tant causer et promener que tu ne t'en iras plus. Je ne me console pas de ne pas t'avoir ici où l'on vit si libre, si seul si l'on veut, et dans un admirable pays. J'ai tant de choses à te conter!
Sur le désir de ma femme, j'achète ici une maison, et c'est par économie. De plus, je t'écris dans un grenier que j'ai connu trop tard, puisque c'est le seul coin d'Étretat où j'aie le courage de travailler. J'ai entrepris mon livre : Démocratie et Liberté. Il serait fini, si j'avais connu ce grenier deux mois plus tôt. J'ai corrigé à Paris l'épreuve de l'Introduction de Montaigne, qui fait deux feuilles juste, soit huit cents francs, si ces gens-là payent, ce que j'ignore.
Ma propriété n'est pas le vol; elle vaudrait quatre sous au lieu de huit mille six cents francs, que ces quatre sous me resteraient, tandis que l'argent comptant aurait disparu dans les dépenses de chaque jour. J'aurai une pierre à moi pour reposer ma tête, un asile en temps de calamité publique et de dégoût, et tu t'y enseveliras un jour avec moi. Mille tendresses.
Anatole.
PREVOST-PARADOL A SAINTE-BEUVE
Jeudi 5 janvier 1865.
Monsieur, Voici un petit volume qui vous est bien dû comme à l'écrivain de notre temps qui a le mieux parlé des mêmes sujets, et qui devrait le plus décourager l'imitation, si la jeunesse n'était toujours imprudente et souvent condamnée, sous peine d'oisiveté, à répéter ce qui a été mieux dit avant elle^ Mais votre ancienne bienveillance